En octobre 2026, deux ans après les manifestations contre la vie chère en Martinique, le RPPRAC de Rodrigue Petitot a relancé une « guerre d’usure ». Malgré les discours toujours incendiaires, le soutien populaire semble en chute libre, avec une baisse spectaculaire des effectifs mobilisés. Rien ne semble en revanche enrayer les violences qui accompagnent les journées d’action. Des revendications contestables et l’obsession difficilement justifiable pour le groupe Bernard Hayot (GBH) achèvent de discréditer un mouvement qui ne semble plus représenter que lui-même.
Le 19 octobre 2024, au plus fort de la mobilisation contre la vie chère, 2 000 personnes répondent à l’appel du RPPRAC (Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéens) à Fort-de-France. Deux ans après, jour pour jour, ils ne sont plus qu’une cinquantaine à bloquer les accès de l’hypermarché Carrefour de Dillon.
Rodrigue Petitot et le RPPRAC : en Martinique, des rangs de plus en plus clairsemés
Trois jours plus tôt, le mouvement avait réuni une centaine de sympathisants pour préparer la reprise de ses actions, annoncée depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux et dans les médias. Son dirigeant, Rodrigue Petitot, appelle à une « mobilisation prolongée » et promet une « guerre d’usure ». Mais les rassemblements suivants démentent rapidement ces ambitions.
Le 20 octobre, une trentaine de militants bloquent les accès aux magasins Decathlon et Mr Bricolage, dans la zone industrielle d’Acajou, en dépit d’une interdiction préfectorale. Le 21 octobre, les activistes qui investissent le centre commercial Oceanis sont moins nombreux encore. Le 30 octobre, ils ne sont plus qu’une dizaine sur le parking de l’hypermarché de Dillon.
Face à la baisse des effectifs, Rodrigue Petitot soutient que la mobilisation est « différente mais pas moins intense qu’en 2024 ». « Le R » – un surnom remontant à sa longue incarcération pour trafic de drogue – estime même que « le mouvement commence plus durement ». Il rappelle qu’en 2024, la contestation était partie d’une poignée de militants organisant des « opérations caddie » dans les supermarchés, avant de rassembler des foules entières. Mais si, à l’époque, chaque journée de mobilisation attirait de nouveaux participants, la dynamique est aujourd’hui inversée.
Les violences, autre visage de la mobilisation
Les doutes s’expriment aussi chez les habitants, face à un mouvement qui prétend incarner « le peuple martiniquais », mais dont les actions semblent attirer surtout les éléments les plus radicaux. Comme lors des précédentes mobilisations, en 2024 et en 2025, les journées d’action du RPPRAC ont coïncidé avec des épisodes d’émeutes, de pillages et de dégradations.
Les violences les plus graves se sont concentrées sur les nuits du 18 au 19 et du 19 au 20 octobre, au commencement de la « guerre d’usure » annoncée par Rodrigue Petitot. Elles ont pris des formes diverses : barrages sur les axes routiers, barricades enflammées, affrontements avec les forces de l’ordre – jusqu’à des tirs d’arme à feu à Ducos –, incendies de véhicules, pillages et dégradations de commerces. Cinq véhicules sont dérobés sous la menace d’une arme à proximité des lieux de blocage.
Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, après une nouvelle tentative de blocage de l’hypermarché Carrefour de Dillon, des barricades sont dressées dans le quartier. Des émeutiers incendient le siège de Martinique Développement, entièrement détruit par les flammes.
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Quelle responsabilité pour le RPPRAC dans les violences ?
Aucun élément ne permet, à ce stade, d’imputer directement ces violences au RPPRAC ou à ses militants. Les émeutes présentent toutefois une constante géographique : depuis 2024, elles éclatent régulièrement à proximité des lieux de rassemblement du RPPRAC ou des domiciles de ses dirigeants, notamment celui de Rodrigue Petitot. En septembre 2025, le préfet de Martinique, Étienne Desplanques, évoquait lui-même un « lien » probable entre les émeutiers et le RPPRAC, une analyse partagée par la députée PS Béatrice Bellay.
Les dirigeants du mouvement, eux, se sont toujours gardés de condamner clairement ces violences, entretenant ainsi une ambiguïté persistante. En octobre 2026, la CGTM a ainsi pris soin de distinguer son soutien à certaines revendications du RPPRAC de sa désapprobation du climat entourant ses actions. Gabriel Jean Marie, représentant du syndicat, s’inquiète de voir la population « impactée » par « la manière » dont la situation dégénère régulièrement.
Des revendications contestables et un bouc émissaire commode
La défiance à l’égard du RPPRAC tient également à certaines de ses prises de position et revendications. Le 17 octobre 2026, le mouvement conditionne la reprise du dialogue au départ du préfet et à la démission du président de la CTM. De telles exigences paraissent hors de proportion avec l’objectif affiché de lutte contre la vie chère et donnent l’image d’un mouvement qui entend imposer ses conditions aux institutions. Le contraste est d’autant plus marqué que les actions menées sur le terrain ne sont pas à la hauteur de l’influence que revendique le RPPRAC.
Certains sympathisants s’interrogent aussi sur le ciblage exclusif des centres commerciaux du Groupe Bernard Hayot (GBH). Rodrigue Petitot affirme vouloir « leur montrer qu’ils sont ciblés ». En faisant de GBH le responsable unique de la vie chère, le RPPRAC trouve un coupable commode, mais élude les multiples mécanismes économiques qui expliquent le niveau des prix en Martinique.
Or, le niveau élevé des prix en Martinique tient d’abord à plusieurs facteurs structurels : l’insularité, l’éloignement, les coûts d’approvisionnement, la fiscalité et la structure des marchés. À ces contraintes s’ajoute un pouvoir d’achat fragilisé par la faiblesse des revenus et un marché du travail marqué par un chômage élevé. Cette lecture à charge fait également l’impasse sur le poids économique de GBH en Martinique : premier employeur privé de l’île, le groupe joue aussi un rôle important dans le soutien aux filières agricoles locales.
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En Martinique, le crépuscule des ambitions de Rodrigue Petitot et du RPPRAC ?
Le RPPRAC continue de se poser en représentant privilégié, voire exclusif, du peuple martiniquais. En 2024, cette prétention était déjà discutable, mais l’ampleur de la mobilisation lui conférait une certaine légitimité. Ce récit se fissure de plus en plus, renforçant les critiques sur la personnalisation du mouvement autour de Rodrigue Petitot et de ses ambitions personnelles.
Lorsque « le R » explique que la population ne le suit pas parce qu’elle serait « maintenue dans l’ignorance et la manipulation », il préfère mettre en cause le discernement des Martiniquais plutôt que d’envisager qu’ils puissent simplement ne pas adhérer à son mouvement. À force de prétendre parler au nom de tous, Rodrigue Petitot semble oublier que le peuple a aussi le droit de ne pas le suivre.
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