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Yakoub Abdellatif, lauréat du prix Clara-Lanzi

Les Dessous chics


Yakoub Abdellatif, lauréat du prix Clara-Lanzi
Yakoub Abdellatif © Photo : Philippe Lacoche

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La Sauvageonne et moi baguenaudions dans le centre-ville d’Amiens, à la fois graves et légers comme eussent pu l’être Caroline et son époux, l’écrivain Kléber Haedens. Le pas léger, je pensais justement à ce dernier et au magnifique article que lui avait consacré le 1er mai 2024, dans le journal L’Opinion indépendante, de Toulouse, mon confrère et ami Christian Authier. Il rappelait que le père d’Adios et de L’État finit sous les tilleuls aimait par-dessus tout « les livres qui nous apprennent à danser ». Que c’est beau ! Je continuais à me noyer dans l’eau fraîche et rassérénante de mes pensées. Je me souvenais des écrivains qui m’avaient appris à danser dans la vie : Michel Déon, Félicien Marceau, Jacques Perret, Paul Morand. Pas des auteurs de gauche, constatai-je, en passant devant un bistrot qui, longtemps, fut le repaire de l’extrême-gauche autoritaire, bien-pensante, parfois antisémite et moralisatrice dont certains membres, aujourd’hui, ne me saluent plus car j’ai la faiblesse d’aimer des écrivains de droite, voire royalistes. Pourtant, savent-ils pour qui je vote (ils n’en croiraient certainement pas leurs oreilles) ? Savent-ils que je lis tout autant les communistes Roger Vailland et Paul Nizan et que je les admire du fond du cœur ? Je me suis toujours fichu de la couleur politique des gens de plume ; l’important est qu’ils me procurent du plaisir de lecture. La littérature ne tolère pas l’intolérance car elle est nuisible. Nuisibles comme le furent, en 2008, les élus opposants à Philippe Juvin, maire de La Garenne-Colombes qui avait proposé de baptiser un nouveau collège de sa ville du nom de Kléber-Haedens. Les opposants poussèrent des cris d’orfraies, indignés par le fait que Haedens eût appartenu à Action française. Résultat : en 2009, le collège prit le nom de « Champs-Philippe » (un très beau prénom, certes) du nom du quartier dans lequel il est ancré.

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L’époque est triste et navrante. Triste, je l’étais aussi en songeant à toute cette crasse intolérance mais je n’en laissai rien paraître devant ma jeune muse ébouriffée et nouvelle rousse comme le petit héros de Jules Renard. Un peu plus loin, à la terrasse du Gambetta, on me héla ; c’était Yakoub Abdellatif, créateur et l’organisateur depuis une quinzaine d’années du festival de musiques du monde « Voyage au cœur de l’été » qui connaît un vif succès. Ecrivain, il est l’auteur de nombreux opus et d’une douzaine de pièces de théâtre, dont Ahmed Bouffetout, la gamelle et les fourchettes avec (éd. Avant-Scène théâtre, 1995), La chute des anges (2002), Pages d’amour, feuilles vierges ou la répétition (2004) ou encore Fatma la honte (2007). Il m’annonça qu’il venait de recevoir le prix Clara-Lanzi pour l’ensemble de son parcours d’écrivain et de dramaturge, et notamment pour sa pièce Ma mère dit « Chut », adaptation de son premier roman éponyme.

« Ce prix m’a été remis par le Secours de France qui œuvre pour le bien, pour la paix, pour le vivre ensemble », me confia-t-il avec le ton enjoué et passionné qui le caractérise. Cette association lui a acheté une représentation de sa pièce qui a été donnée dans le VIIe arrondissement, à Paris ; elle a également été jouée à Amiens, à Aix-en-Provence, et dans quelques autres villes. « Ma prochaine pièce, Strudel, a déjà été éditée aux éditions Dacres ; elle sera mise en scène par Jean-Luc Moreau, ancien pensionnaire de le Comédie française », poursuivit-il. « Le producteur a lu la pièce qu’il a beaucoup aimée ; il l’a fait lire à Jean-Luc qui a accepté de la mettre en scène. Ça raconte l’histoire d’un vieux Juif qui a été coupable d’avoir eu de vrais papiers et celle d’un médecin d’origine étrangère coupable de ne pas en avoir. Je n’ai pas voulu faire une pièce misérabiliste mais j’ai voulu évoquer l’importance du papier à l’ère du numérique. Dans l’attachement, on ne voit jamais nos différences ; c’est l’histoire de deux êtres qui s’attachent. Les préjugés tombent. Au départ, il y a une espèce de paranoïa ; l’un dit : « Tu es juif ; je me méfie de toi ! Il y a six millions de Juifs ; ce sont six millions de banquiers. » Un autre dit que tous les Maghrébins sont des voleurs. Ensuite, ils s’attachent et on découvre l’humanité. Cette pièce sera mise en scène en octobre 2027. Elle sera créée au Cap d’Agde ; elle a été mise sur le site de production et certains théâtres, déjà, la demandent. Elle avait déjà été montée par la metteuse en scène Eva Lewinson qui était l’assistante d’Antoine Vitez. Malheureusement, nous n’étions pas parvenus à la faire tourner. Cette fois, comme c’est un producteur qui s’en occupe, la pièce se vend. Je pense qu’il y a un mépris culturel ; on va monter plus facilement du Brecht, du Pinter, du Adamov… mais quand il s’agit de textes d’auteurs venant d’Afrique ou du Maghreb, c’est bien plus difficile, alors que ce sont les seuls qui écrivent leurs pièces dans la langue de Molière puisqu’ils sont issus de pays francophones. Or, comme l’Europe a tout colonisé, on n’est pas dans l’échange avec le Maghreb ou l’Afrique ; on est dans l’assistanat. » Yakoub écrit actuellement une pièce qui s’appellera A quai ; elle évoquera la mort des bouquinistes de Paris, ce dans le contexte de l’organisation des Jeux Olympiques. A découvrir sous peu.



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Il a publié une vingtaine de livres dont "Des Petits bals sans importance, HLM (Prix Populiste 2000) et Tendre Rock chez Mille et Une Nuits. Ses deux derniers livres sont : Au Fil de Creil (Castor astral) et Les matins translucides (Ecriture). Journaliste au Courrier Picard et critique à Service littéraire, il vit et écrit à Amiens, en Picardie. En 2018, il est récompensé du prix des Hussards pour "Le Chemin des fugues".

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