L’exécutif reconnait que Snapchat ou TikTok, et l’intelligence artificielle, lui compliquent la tâche dans la maitrise des débordements en marge du soulèvement lycéen (casseurs, black bloc, pilleurs, etc.) Analyses.
La promesse de l’intelligence artificielle, capable, selon ses créateurs ou experts, d’améliorer le monde comme de le détruire, dépasse largement le cadre d’une nouvelle révolution technologique. Le spectre de l’intelligence artificielle, qui s’est immiscé, lui aussi, dans le mouvement lycéen, hante les fondements fragilisés de notre société.
« ChatGPT, rédige-moi un tract pour la manif. » « ChatGPT, crée-moi une image de confrontation musclée entre les jeunes et la police. » Comme toute activité humaine de nos jours ou presque, le mouvement lycéen, qui secoue la France depuis plusieurs semaines, possède son double numérique. Et ce double numérique serait probablement, si l’on en croit le dernier classement PISA, plus intelligent que la plupart des adolescents qui dénoncent la pénurie de professeurs et le manque de moyens dans les établissements d’enseignement français.
Couper Internet arrêterait-il la protestation ?
Depuis le début de la crise, partie du lycée professionnel Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil à la mi-septembre, les algorithmes de l’intelligence artificielle ont œuvré à la diffusion massive, sur les réseaux sociaux, de tracts rédigés par des assistants virtuels de type ChatGPT, mais aussi de vidéos et de visuels, souvent truqués, qui agissent sur les adolescents comme un véritable Red Bull émotionnel.
Lors de son audition devant la commission de l’Assemblée nationale, le 7 octobre dernier, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a souligné l’impact considérable de l’IA et des réseaux sociaux dans l’amplification du mouvement, ainsi que les difficultés du gouvernement à contrer cet élan.
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Internet et les réseaux sociaux avaient déjà joué un rôle prépondérant lors de l’émergence des gilets jaunes, il y a huit ans. L’IA a permis de porter l’action protestataire actuelle à un autre niveau, en assurant cette fois non seulement la coordination entre les différents groupes de manifestants, mais également en les guidant dans leurs choix de messages et d’images pour amplifier le mouvement.
« Tout se fait sur nos téléphones », ont raconté les filles du lycée Paul-Cornu, à Lisieux, au journal Ouest-France, le 9 octobre dernier. « On n’a pas vraiment de porte-parole, ça se joue plus sur la personne qui va prendre les devants. Mais c’est très suivi, en général. »
Par le passé, les figures des luttes populaires se sont appelées Robespierre, Trotski, Che Guevara ou Cohn-Bendit. Aujourd’hui, elles se prénomment ChatGPT, Claude et Gemini ! D’ailleurs c’est un outil IA qui a permis de concevoir, spécialement pour les manifestations du samedi 17 octobre, l’application qui avait pour objectif de cartographier en temps réel les positions des forces de l’ordre, afin de permettre aux black blocs de maximiser la casse en toute impunité.
Elon Musk dans les pas de Karl Marx
Cette capacité de l’intelligence artificielle à s’immiscer dans le fonctionnement politico-social de notre société s’affirme davantage chaque jour, et pas uniquement en France. Au mois de juillet, Elon Musk, encore lui, a déclaré, lors d’un entretien accordé au magazine The Economist, que, dans dix ans, l’humanité n’aurait plus besoin d’argent. Car l’intelligence artificielle et les robots fourniraient davantage de produits et de services que nous pourrions consommer !
L’hypothèse avancée par l’homme le plus riche de la planète traduit l’ambition réelle des fondateurs du Golem 2.0 : ne pas se contenter d’un rôle dominant dans le secteur traditionnel des géants de la tech. L’ivresse provoquée par la puissance des algorithmes, capables d’écrire des livres, de composer de la musique et de résoudre des problèmes mathématiques sur lesquels des chercheurs ont buté pendant des décennies, propulse l’intelligence artificielle au rang des forces susceptibles de bouleverser l’ordre social actuel dans les pays occidentaux, déjà fragilisés par la perte de multiples repères traditionnels.
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« Quand auront disparu les sources de la richesse collective et que tous les ressorts de la richesse collective jailliront avec plus d’abondance, alors seulement l’horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » Cette promesse, formulée un siècle et demi avant Elon Musk par Karl Marx dans sa célèbre Critique du programme de Gotha, écrite en 1875, frappe par les parallèles troublants entre les discours des deux hommes. À une différence près : Marx misait sur l’homme, dont l’erreur est le propre, tandis que Musk promeut la logique implacable des microprocesseurs, qui ne doutent jamais.
La doctrine marxiste a conditionné l’évolution du monde pendant de nombreuses décennies. Il a fallu des dizaines de millions de morts dans les révolutions communistes russe et chinoise, ainsi qu’une guerre parmi les plus atroces de l’histoire de l’humanité, dont l’une des causes fut la peur paranoïaque du Troisième Reich face au prétendu « judéo-bolchevisme » mondialisé, pour finalement parvenir au constat qu’un régime totalitaire ne pouvait constituer une issue convenable pour une société égalitaire.
Le monde va changer de base…
La percée de l’intelligence artificielle dans tous les secteurs de l’activité humaine ne rencontre, pour le moment, aucun obstacle majeur sur son chemin. La logique du progrès technologique, qui constitue depuis les origines de l’humanité l’un des principaux moteurs de l’évolution des civilisations, laisse présager la généralisation des robots dans tous les domaines d’activité.
Selon un rapport publié par Goldman Sachs, l’IA pourrait remplacer, en 2026, l’équivalent de 25 millions d’emplois à temps plein dans le monde. Ce chiffre atteindrait 270 millions d’ici à 2030. Un autre rapport, celui du Forum économique mondial, affirme que, sur la même période, la percée de l’IA permettrait de créer 78 millions d’emplois. Les statistiques peuvent naturellement varier, mais l’équation homme-robot sur le marché du travail ne semble pas favorable à l’homme.
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En attendant, les grands patrons de l’intelligence artificielle jouent sur le terrain des valeurs morales de leur créature. Au mois de mai dernier, Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic et de son « ami qui nous veut du bien », Claude, l’assistant d’IA, s’est rendu au Vatican pour évoquer avec le pape Léon XIV la question d’une « conscience artificielle », dont les robots pourraient, selon cet entrepreneur de 34 ans, être dotés. En d’autres termes, pour M. Olah, la conception d’un robot serait comparable à la création divine de l’homme racontée dans la Bible. Sam Altman, le patron d’OpenAI et principal rival d’Anthropic, avait, quant à lui, parlé il y a quelques années de l’IA comme d’une « intelligence magique dans le ciel ».
« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant de le transformer », écrivait Karl Marx en son temps. La toute-puissance de l’intelligence artificielle, revendiquée par ses créateurs, capable du meilleur comme du pire, place la technologie du supercalcul informatique au cœur des doctrines sociétales et de nouvelles croyances, que le monde n’avait plus vu émerger avec une telle ambition depuis la chute du mur de Berlin.
On aurait tellement aimé que l’intelligence artificielle, à laquelle ses créateurs ne fixent aucune limite, sache soigner les maladies incurables, aider à prévenir les incendies ravageurs dans les forêts ou agir lors des crises migratoires, comme celle de Ceuta en août dernier. Mais c’est dans le registre politico-social que l’impact des algorithmes et des calculs surpuissants risque d’être le plus considérable. En nous promettant des bouleversements sans précédent, un monde nouveau et, peut-être, un monde heureux et juste. C’était comment, déjà, dans le chant de L’Internationale ?
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
[…]
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !




