« Personne ne t’a rien dit pour son visage? » Le nouveau film du Coréen Yeon Sang-ho, bien que prévisible et moins ambitieux que Dernier train pour Busan, est d’une belle noirceur. Mercredi prochain.

Im Yeang-gyu, aveugle de naissance, s’est acquis une puissante notoriété dans son pays, la Corée du sud, comme maître artisan de sceaux : il les grave à la perfection, perpétuant et magnifiant cette vieille tradition asiatique. Rappelons que, là-bas, le sceau n’est pas seulement un geste artistique : il fait office de signature, aussi bien pour les contrats que pour l’administration ou pour les comptes bancaires, par exemple. Toujours est-il que l’aïeul, patrimoine en chair et en os, vivant reclus avec son fils unique, la quarantaine révolue (lequel n’a pas hérité de la cécité paternelle), est interviewé dans son atelier pour la télévision par une jeune journalise tête-à-claques, qu’il juge exagérément intrusive. Entretiens successifs qui articulent l’intrigue…
Evocation de la Corée d’avant
Or le passé remonte à la surface, les autorités ayant retrouvé le squelette décomposé de l’épouse de l’artiste, disparue quarante ans plus tôt. Il avait dû élever seul son fils : ce dernier était encore un nourrisson quand elle aurait, semble-t-il, du jour au lendemain abandonné le foyer familial. Dans la Corée paupérisée d’avant le miracle économique, la vie était dure. Les flash-backs ponctuent l’évocation de ces temps révolus où la sainte femme travaillait comme une esclave dans une filature, affligée qui plus est, selon les témoignages qui s’accumulent au fil de l’enquête, d’une mocheté proprement monstrueuse. Une disgrâce qu’elle tentait de dissimuler dans l’épaisseur de sa chevelure ramenée sur son visage…
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Aucune photo du monstre ne circule – et dans le film, les séquences exhumant le passé du couple prennent soin de nous dissimuler ses traits. Egaré par son handicap, secrètement moqué par le voisinage, le candide mari s’est ainsi cru longtemps l’époux comblé d’une beauté qu’on lui enviait : son monde s’est effondré quand il a compris qu’il n’en était rien. The Ugly révèle ainsi par paliers le drame dont le fils se fait, tardivement, le témoin abasourdi.
Film d’épouvante mineur ?
Jusqu’au dénouement qui retourne l’intrigue comme un gant, et où l’on comprend que la laideur n’est pas celle qu’on croyait – le spectateur s’en doutait quand même un peu : ainsi The Ugly revêt-il la forme d’une allégorie qui, sur un registre infiniment moins chargé d’adrénaline, mais dans le sillage des blockbuster horrifiques Dernier train pour Busan (2016) ou Peninsula (2020), convoque sous d’autres figures les avatars de la monstruosité humaine. Film mineur ? En tous cas plus personnel, sans aucun doute : adaptation de Face, premier roman graphique d’un cinéaste qui a fait ses classes dans le film d’animation, The Ugly est d’une belle noirceur.
Film de Yeon Sang-ho, avec Park Jeong-min, Kwan Hae-hyo. Corée du Sud, couleur, 2024. Durée: 1h42.
En salles le 29 juillet 2026.




