En ce premier dimanche de juillet, Monsieur Nostalgie a plongé dans sa bibliothèque pour nous présenter quelques livres d’été sous le signe de l’Espagne, de la Méditerranée et du voyage en paquebot…
La ville n’a pas encore tiré son rideau de fer. Elle piaffe d’impatience. Tout bazarder, tout oublier, voilà le crédo de l’homme civilisé. Déjà, à l’horizon, sable fin et baignades se profilent dans le cœur des travailleurs. Les doigts sur le computer et la tête, ailleurs, à la plage. Le salarié est un plagiste en détention provisoire.
On s’imagine allongé, hâlé, détendu, loin, très loin des guerres de bureaux et des universités d’été, enfin libre, sans commission rogatoire, ni interdiction d’allumer un barbecue (au charbon de bois, il va de soi). Dans une quinzaine de jours, trois semaines maximum, à nous les réflexes balnéaires, à nous les chipolatas trop cuites et les salades mal assaisonnées. Bientôt, nous pesterons contre le goût formaté des tomates et le prix des stationnements dans les villes d’eau. Avant de quitter les hautes enceintes de murs gris, avant de charger son break diesel de pneumatiques, bouées gigantesques en forme de hot-dog ou canoés des Gorges du Verdon, il faut bien s’approvisionner en livres. C’est un mal nécessaire. Une réminiscence de l’enfance, des cahiers de vacances et du bon élève que nous ne fûmes pas.
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Pour vous aider à ne pas bronzer idiot, je vous réserve des munitions, des textes courts, des « tapas » sur votre table de nuit, des envolées, des flaques d’huile. Commençons par l’archange andalou, Federico Garcia Lorca, le lointain cousin de mon grand-père de Puerto Lope, le seigneur de Fuente Vaqueros, roi de Grenade, voix de l’Espagne se redécouvre à tous les âges de la vie. Jean Cassou avait raison de résumer l’Andalousie en un mot : séduction. « C’est un art de séduire » écrivait-il, dans la préface des Poésies de Lorca (1921-1927) réunissant « Chansons, Poème du Cante Jondo et Romancero gitan ». On connaît les manières de Lorca, charnelles, envoûtantes, loin du folklore à castagnettes. Savourez ces lignes arrachées à « Séville » :
Séville est une tour
Pleine de fins archers
Séville pour blesser.
Cordoue pour y mourir.
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Ces espagnolades-là sont plus pures que le meilleur des vins cuits. Vous commencez à me suivre. Des froidures de la Sierra Nevada, remontons vers la Catalogne et arrêtons-nous chez le trublion fantasque et chocolaté Salvador Dali. Sa pensée en rhizomes, pénétrantes, éruptives, mélange de forfanterie, de coups de poignards et d’une alacrité toute méditerranéenne se déguste dans Les Cocus du vieil art moderne (Les Cahiers Rouges/ Grasset). On boit à la source. On s’abreuve de ce melon des Canaries et la tête nous tourne : « La tromperie commença avec Picasso dont le sang andalou charriait des morceaux de ce monument d’iconoclastie qu’est l’Alhambra de Grenade. Puis le cubisme s’employa à fragmenter la matière, en utilisant encore les matériaux du « maçon néo-platonicien » dont Cézanne se servait pour faire tenir debout des maisons ». Quittons l’Espagne pour aller faire un tour en Italie, chez le maître de l’imbrication, le géant de Turin, Mario Soldati le scénariste du trouble transalpin. Son roman Les Lettres de Capri publié en 1954, Prix Strega, le classa parmi les « écrivains italiens majeurs du XXème siècle », formule reprise dans tous les traductions du monde et sur toutes les 4ème de couverture. Avec Soldati, on tombe dans le panneau dès la première phrase : « Par un matin de printemps, l’année dernière, j’empruntais la via Margutta ». Nous sommes cueillis. Harponnés.
Poursuivons notre route jusqu’en Grèce, n’ayons pas peur de revoir un vieux camarade, un best-seller, un classique des boîtes des bouquinistes, je parle de l’Été grec de Jacques Lacarrière. J’ai encore en mémoire la consistance de son pain noir, compact, fabriqué par des moines : « Et je conserve encore dans la bouche ce goût d’humus et de paille, de réglisse et de terreau humide, le goût du pain d’Athos ». La Méditerranée vous ennuie, vous préférez les traversées transatlantiques, les paquebots, embarquez avec Louis Chadourne (1890-1925) dans Le Pot au noir et admirez, au matin, la Guadeloupe où « apparaît une baie lisse, plate, vert sombre sous un soleil déjà dur. Il pleut -une pluie tiède- sans qu’on voie un seul nuage ». Bon voyage !
A partir de la semaine prochaine, Thomas Morales vous proposera le dimanche à 14h une série d’été sur les bandes desssinées.
Poésies de Federico Garcia Lorca – Gallimard
Les Cocus du vieil art moderne de Salvador Dali – Les Cahiers Rouges – Grasset
Les Lettres de Capri de Mario Soldati – Le livre de Poche
Méditerranée (En cheminant avec Hérodote/ Promenades dans la Grèce antique /l’Été grec/ Le buveur d’horizon) de Jacques Lacarrière – Bouquins – Robert Laffont
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Le Pot au noir de Louis Chadourne – La petite vermillon
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