
Ces titres laissés systématiquement en anglais, c’est agaçant, à la longue. Mieux aurait valu traduire The Fin en français : La nageoire. Plus euphonique et dispensateur de mystère, non ?
Coréen grandi à Toronto, Syeyoung Park, 30 ans, situe l’univers urbain postapocalyptique de The Fin dans une Corée dystopique imaginaire – ni Corée du Nord, ni Corée du Sud-, soumise à une dictature totalitaire qui distille sur écrans géants, un peu partout, une propagande férocement punitive au cœur d’une mégapole sinistrée faite de barres de béton déliquescentes, et que l’érection d’une fantastique, vertigineuse muraille protège de l’intrusion sournoise d’une espèce thérianthrope appelée Oméga, laquelle, semble-t-il, mute à partir d’une déformation (assez moche) du pied, espèce invasive dont le cri strident paraît être un vecteur de contagion dans l’organisme humain – on y échappe en portant un gros casque aux oreilles.
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Les Omégas sont repérables à cette nageoire qui leur pousse sur l’échine… L’eau est devenue denrée rare ; on rince tout avec parcimonie. La pêche est désormais interdite ; on ne s’y adonne que clandestinement, nostalgie d’un règne aquatique éteint. Tout le monde se surveille et s’espionne, dans une société où afficher un visage maculé de crasse est signe de patriotisme.
Au-delà d’une intrigue trop étale où le spectateur se noie quelque peu, et au cours de laquelle finissent par se fondre – et se confondre – les traits hébétés de Sujin, employée du gouvernement, et de Mia, réfugiée dans la pratique solitaire du piano mais traquée par les nervis du régime qui chassent les présumés Omégas, The Fin, expérience étrange, hypnotique, élabore avec grand soin, d’un bout à l’autre, une texture visuelle et sonore saturée, rougeoyante, pixellisée, d’une beauté formelle envoûtante, pourvu qu’enveloppé dans le manteau de la bande-son, l’on veuille s’y laisser porter. La dimension horrifique du film esquive, non sans adresse, la tentation du gore.
Long métrage précédent de Syeyoung Park, The fifth Thoracic Vertebra n’a pas connu, sauf erreur, de distribution sur nos écrans. Tourné en pleine pandémie de Covid, The Fin est l’aboutissement d’un travail de longue haleine. Le cinéaste termine actuellement son prochain. Titre : Who stole my Cross. Un autre chemin de croix pour les protagonistes ?
The Fin. Film de Seyoung Park. Corée, couleur, 2026. Durée: 1h24. En salles le 8 juillet
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