Alors que de nombreux Palais de justice en sont à devoir organiser des journées « portes ouvertes » pour calmer la colère populaire après l’affaire Lyhanna, la presse rapporte l’existente d’un nouveau signalement de l’Aide sociale à l’enfance visant Jérôme Barella en date du 12 mars, après des accusations de gestes déplacés formulées par une adolescente placée. Entendue seulement après la mort de Lyhanna, la jeune fille de 11 ans a porté plainte. L’explication avancée par la procureure d’Auch concernant ce nouveau raté, un « problème de boîte de réception », résume à elle seule la crise des institutions qui ne découvrent leurs failles qu’au moment d’une tragédie.
Les désastres et les tragédies réveillent les politiques que la normalité indiffère. Le quotidien des institutions, notamment régaliennes, se déroule et personne ne prend la peine, sans y être sollicité par des catastrophes ou par la survenue de crises parfois d’une intensité exceptionnelle comme celle de Lyhanna, d’examiner à froid ce qu’il vaut, s’il ne serait pas porteur de menaces ou d’inquiétudes pour l’avenir. Puis, soudain, survient un séisme qui ne démontre pas que tout allait bien avant, mais qui oblige à regarder ce qu’on aurait continué à ne pas voir. Parce qu’il est essentiel, pour justifier ses impuissances, de présumer que la normalité des services publics est acceptable et de bonne facture, et qu’on peut tranquillement attendre la suite – qui sera la brutale résurgence, dans le réel, de forces de décomposition et de délitement – pour se mobiliser.
Déplorable lenteur
À moins d’un miracle démocratique, sans jouer la politique du pire, on va réclamer la démission du garde des Sceaux ; le Premier ministre va écouter et tenter de faire une synthèse molle entre des revendications maximalistes et des propositions plus modérées et pragmatiques ; les oppositions en profiteront pour dénoncer et lancer des idées plus radicales les unes que les autres ; et, le 22 juin, les rapports d’inspection seront remis aux ministres concernés. Quelle lenteur ! On a l’impression que l’urgence est une notion, un rythme totalement étrangers au monde du contrôle, comme si l’obligation d’aller très vite avait pour conséquence paradoxale une triste et déplorable lenteur !
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Si les conclusions des rapporteurs mettent clairement en cause des responsables, où qu’ils se trouvent, on verra si, pour une fois, on ira jusqu’à les sanctionner. Et, j’en suis persuadé, le grand manteau d’une noble routine recouvrira tout. Et les espérances trop légèrement satisfaites causeront, lors de la prochaine révélation d’un réel gangrené jusqu’à l’os, des amertumes et des aigreurs encore plus vives. Parce qu’on focalise sur l’horreur sombre de Lyhanna alors que rien ne doit être oublié de ce qui malmène la justice au quotidien, la rend parfois injuste, incompréhensible, répétitive et lui permet de s’abandonner à des têtes de chapitre alors que c’est le livre tout entier qui est le problème.
Mots-valises lénifiants
Les perroquets sont en pleine action. Des transgressions qu’on n’arrive pas à maîtriser et qui nous dépassent ? Vite, un Parquet spécialisé ! On aura tellement de parquets spécialisés qu’on n’aura plus de Justice en général. On disposera aussi du charme lénifiant des mots-valises : « crise systémique », « échec collectif » ! On est noyé dans une abstraction reposante ! À Lectoure, un restaurateur qui n’en pouvait plus a affiché l’identité et le visage de son cambrioleur, condamné à plusieurs reprises. Il a été interpellé à Agen. Mais on trouvera bien quelque chose à reprocher à la victime !
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Il n’y a pas que Lyhanna. Elle est la monstruosité qui cache mille imperfections, retards, défaillances et faiblesses. La France tout entière se rappelle sans cesse à notre bon souvenir sur le plan de la sécurité et de la justice : « Mais j’existe ! » L’impuissance est doublement traumatisante : parce qu’elle existe et parce qu’elle demeurera. Faute de vrais combattants.
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