Semi-autobiographique, le film de Sophy Romvari, Blue Heron, est un drame qui retrace l’installation d’une famille d’immigrants hongrois sur l’île de Vancouver à la fin des années 1990 à travers les yeux de la jeune Sasha, confrontée aux troubles du comportement de son frère aîné… Un premier long métrage pas totalement réussi.

Famille recomposée, comme on dit, un couple d’origine hongroise s’est établi avec sa nombreuse marmaille dans une modeste maison, du côté de Vancouver. Nous sommes dans les années 1990 – ordinateurs ventrus, téléphones géants, pas d’internet. L’aîné, Jeremy, un blond, pâle et malingre adolescent, binoclard et mutique (issu d’un premier lit, semble-t-il, car les autres enfants, filles et garçons, ses demi-frères et sœurs, sont aussi bruns que leurs tuteurs) pose problème : il n’obéit à rien ni à personne, dessine de mystérieuses cartes topographiques, chaparde dans les magasins, pique de l’argent dans le foyer, grimpe sur les toits en menaçant de sauter, n’en fait qu’à sa tête et paraît, surtout, inaccessible à toute empathie à l’égard des siens et de quiconque.
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Mauvaise conscience
Par touches, Blue Heron nous dévoilera de proche en proche l’ampleur des dégâts causés par l’oiseau rare depuis que ses troubles psychiques ravagent l’équilibre familial – les premiers signes de la maladie remontent à l’âge de ses quatre ans. Le beau-père, jeune barbu attentionné mais tout aussi dépassé par la situation que la mère du garçon, enregistre au camescope le quotidien de la tribu, forcée de déménager maintes fois à cause des voisins excédés : parcours du combattant, entre police, psy, assistants sociaux… Faut-il en venir à placer Jeremy en famille d’accueil, avec le risque majeur d’échec que comporte une telle option, et avec celui de d’assommer définitivement le moral des parents, minés par la mauvaise conscience à l’idée d’abandonner leur rejeton à son sort ? Famille décomposée…
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Manifestement autobiographique, le film, premier long métrage d’une cinéaste canado-hongroise dont pas mal de courts ont circulé, paraît-il, dans les festivals, s’emploie à montrer que l’abstraction des discours experts n’aboutit jamais qu’à éluder le diagnostic : ainsi le mot autisme n’est-il jamais prononcé. Par un glissement temporel assez confus avouons-le sur le plan scénaristique, Blue Heron nous transporte bientôt dans le souvenir de Sasha, la petite sœur de Jeremy devenue adulte, et s’employant à reconstituer par bribes la mémoire de son enfance traumatisée par la mort prématurée de son frère…

Impuissants
Ce n’est pas qu’on s’ennuie vraiment, c’est même intéressant de constater l’impuissance de toutes les bonnes intentions face à l’énigme d’une santé psychique altérée et inguérissable. Mais, d’une part, le problème, dans le film, demeure systématiquement regardé du point de vue des comparses, c’est-à-dire hors de la conscience impénétrable de Jeremy, si bien que, pour formuler les choses trivialement, on tourne un peu autour du pot, à force. D’autre part, les personnages manquent cruellement d’incarnation. Quid du rapport affectif entre les deux parents ? Quid de leurs activités (professionnelles) ? De leurs propres relations à leur entourage ? L’étoffe dramaturgique aurait gagnée à se voir épaissie, et la haine sourde portée par Jeremy, à être envisagée autrement que par son seul, déconcertant, immuable spectacle.
Blue Heron. Film de Sophy Romvari. Canada/ Hongrie, couleur, 2025.
Durée: 1h31
En salles le 24 juin.
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