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CNews au piquet: l’Arcom invente la météo des opinions au doigt mouillé

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


CNews au piquet: l’Arcom invente la météo des opinions au doigt mouillé
Image d'illustration © Edouard Gayet/SIPA

L’Arcom met en demeure CNews de se conformer à ses obligations de pluralisme. Selon le régulateur, il y aurait « un déséquilibre manifeste et répété » des opinions sur la chaîne. Elisabeth Lévy revient sur cette décision dans sa chronique.


L’Arcom réprimande la chaîne CNews pour manquement au pluralisme1. C’est une décision qui aggrave le contrôle éditorial des télévisions par l’État. L’étape d’après, c’est la vérité officielle. Donc la censure pour ceux qui ne la respecteront pas.
Au départ de cette affaire, il y a le mouchardage de Reporters sans frontières. Une organisation de défense de la liberté de la presse dénonce un média privé. Original !
En 2024, le Conseil d’État en profite pour sortir un nouveau lapin de son sac. Au-delà de l’équilibre des temps de parole politiques déjà mesuré, les médias audiovisuels sont désormais astreints au respect du « pluralisme élargi » — c’est-à-dire à la représentation équilibrée des opinions.
Faute de pouvoir ficher les intervenants, on évaluera les interventions grâce à la célèbre méthode du doigt mouillé.

Après 168 heures de visionnage du canal 14, nos juges ont fait les deux découvertes suivantes:

  • CNews a une ligne éditoriale. De droite. Et il n’y a pas assez de contradiction. Ne pourrait-on pas dire la même chose de nos confrères de Quotidien ? Exemple donné : il y a une quasi-unanimité sur les plateaux observés pour critiquer les magistrats. C’est amusant, car chez les Français aussi, il semble qu’il y ait une quasi-unanimité. Vont-ils être mis en demeure de mieux penser ? L’Arcom pointe aussi le lien fait entre immigration et délinquance sur la chaîne. Ce n’est pourtant pas une opinion mais un fait attesté par la surreprésentation des étrangers dans les prisons. Même si, bien sûr, on peut l’analyser de mille façons. L’équilibre souhaité par le gendarme de l’audiovisuel exige-t-il que quelqu’un nie les faits ? Si tel est le cas, il faudrait aussi des climatosceptiques sur tous les plateaux…
  • Certains sujets sont plus traités que d’autres sur CNews — ça s’appelle la hiérarchie de l’information. Tous les médias le font. L’Arcom va-t-elle décider demain quel sujet doit faire la une ? Et pourquoi pas, en interdire certains ? CNews parlerait trop d’immigration et d’islam. Après tout, peut-être que les autres n’en parlent pas assez.

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On peut encore critiquer les choix éditoriaux de CNews, me répliquerez-vous ! Évidemment. Et même choisir de ne pas la regarder.
Mais qui peut vraiment mesurer le pluralisme ? Le pluralisme n’est pas une affaire de comptage mais d’état d’esprit, et il ne brille pas chez ceux qui prétendent le garantir. « On ne juge pas les opinions » nous disent-ils. Tu parles. Sur CNews, notent les juges de l’Arcom, on pense que LFI est plus responsable de l’antisémitisme que le RN. Cela les gêne. Si c’était le contraire, comme on le dit dans beaucoup d’autres médias, seraient-ils aussi gênés ? Enfin, ils critiquent ensuite le tropisme russe de la chaîne info. Personnellement je ne l’aime guère, mais je me battrai pour qu’il puisse s’exprimer, car nous sommes dans un pays libre. Si toutes les opinions sont vraiment à égalité, comme ils le disent, les membres de l’Arcom reprocheront-ils à LCI son tropisme ukrainien, et à France Inter sa croisade permanente contre la supposée extrême droite ? En réalité, l’exigence de pluralisme (élargi, étendu…) devrait s’imposer aux seuls médias publics financés par tous les citoyens. Et les autres médias rester simplement soumis à la loi (pas de diffamation, pas de racisme, etc.).

Confier à une autorité administrative indépendante, c’est-à-dire à des fonctionnaires qui ne rendent jamais de comptes, un droit de regard sur la ligne éditoriale des médias, c’est créer une véritable police des idées et piétiner la liberté d’expression. La gauche applaudit, car la gauche aime aujourd’hui surveiller et punir, surtout CNews. On dirait que la chaîne de Vincent Bolloré terrifie le camp du Bien. Malgré ses défauts, c’est peut-être la preuve qu’elle est indispensable.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth dans la matinale les mardis, mercredis et jeudis, après le journal de 8 heures.

  1. https://www.arcom.fr/presse/pluralisme-des-courants-de-pensee-et-dopinion-mise-en-demeure-de-cnews ↩︎


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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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