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Ivry-sur-Seine: exorcisme au conseil municipal

Laïcité : avec la multiplication des incidents dans les mairies de gauche, faut-il légiférer contre le voile dans les conseils municipaux ?


Ivry-sur-Seine: exorcisme au conseil municipal
Le RN Kévin Nader brandit une croix, le maire d'extrème gauche Philippe Bouyssou dénonce un "crime politique". Captures / Images retouchées avec Open AI.

Face au refus du maire de demander à des élues de retirer leur voile islamique, un élu RN d’Ivry-sur-Seine (94) a sorti une croix et a récité le « Je vous salue Marie » lors du conseil municipal. « Vous refusez la laïcité, on sera placé sous le signe de la Croix, dorénavant », a déclaré l’élu avant sa démonstration par l’absurde.


Il s’appelle Kévin Nader, et il lui a suffi d’un « Je vous salue Marie » pour dissiper tous les mensonges dont la gauche entoure son soutien à l’islamisation. Nous sommes le 11 juin, à Ivry-sur-Seine, au conseil municipal. Un jeune élu RN, Kévin Nader, propose un amendement : « Lors de la participation de l’élu local aux réunions de l’organe délibérant et des instances dans lesquelles il a été désigné, ainsi que dans l’exercice de toute fonction de représentation de la collectivité, le port d’un signe ou d’une tenue manifestant ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. » Le maire communiste, Philippe Bouyssou, refuse de soumettre cet amendement au vote et l’écarte tout en affichant son soutien à deux élues voilées, dont une adjointe au maire qui déclare : « Je suis fière d’être ici, d’être élue avec mon voile. » Kévin Nader procède alors à une démonstration par l’absurde en disant que puisque le maire refuse d’imposer au conseil municipal la neutralité laïque, alors rien ne s’oppose à ce que lui aussi affiche sa foi. Il prend en main une croix et récite le « Je vous salue Marie » tout en bénissant la municipalité au nom du dieu des chrétiens. Le maire s’emporte, tel un possédé en plein exorcisme, parle de « crime politique », prétend avoir « un profond respect pour toutes les religions », veut chasser Kévin Nader « au nom du règlement intérieur que nous venons de voter », et suspend finalement la séance face au refus de l’élu RN de se plier à son caprice.

Désinformation par omission

L’affaire, bien sûr, ne s’arrête pas là, puisqu’elle est massivement reprise, relayée, commentée sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Il y a tout dans cette histoire, qui est beaucoup plus qu’une anecdote : la désinformation par omission, la faillite intellectuelle et morale du relativisme, l’alliance des arbitraires contre la quête de vérité, la confrontation entre l’humilité d’une tradition et l’arrogance d’un modernisme creux, et au milieu, un panache paisible et courageux.

Désinformation par omission, quand beaucoup de médias (subventionnés avec l’argent de nos impôts) donnent des faits une version mensongère, au moins dans leurs titres et leurs tweets, puisqu’ils ne font référence qu’à la croix et à la prière de Kévin Nader, en « oubliant » ce qui est pourtant l’essentiel : il s’agit d’une démonstration par l’absurde pour mettre en évidence (avec succès) l’incohérence des arguments du maire communiste et sa position résolument pro-islam. De même, ces médias « oublient » de préciser que Philippe Bouyssou ne s’était pas gêné il y a quelques années pour déclarer devant une association cultuelle, au sujet d’un projet de construction de mosquée : « J’espère, Inch Allah, qu’on pourra signer le permis de construire avant la fin de ce ramadan. »

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Faillite du relativisme quand le maire proclame « J’ai un profond respect pour toutes les religions » (merveilleuse démonstration de l’hypocrisie communiste : manifestement, dénoncer l’opium du peuple c’est juste quand il faut saper les murs porteurs de l’Occident…). Je doute fort qu’il fasse ici la distinction antique entre religio et superstitio, (voir John Scheid, La religion des Romains) qui exclurait l’islam puisque selon les critères romains celui-ci est une superstitio et non une religio. Dès lors, il faut comprendre que Philippe Bouyssou a « un profond respect » pour tout ce que l’on appelle couramment des religions, y compris donc le culte de Tezcatlipoca et celui de Moloch. Réhabilitation des sacrifices humains ? Après tout, après les millions de morts du communisme…

Ça urge !

Faillite du relativisme, encore, chez ce zététicien (sa bio sur X : « de gauche donc laïque, anticlérical et universaliste, écologie pro-nucléaire et pro-ACS, NoFakemed », et ce n’est pas un compte parodique) qui écrit au sujet de l’affaire d’Ivry : « Mon ami imaginaire est mieux que le tien. On en est là. Il va falloir renforcer la loi de 1905. Ça urge ! » Outre le fait que ledit zététicien est probablement capable de réciter par cœur la liste officielle des biais cognitifs mais ne sait même pas reconnaître un raisonnement par l’absurde, voilà un point qui mérite qu’on s’y arrête. Admettons un instant l’hypothèse athée, selon laquelle le dieu des chrétiens et le « dieu » des musulmans sont tous deux des êtres purement imaginaires (au passage, qualifier Allah « d’ami » imaginaire est révélateur d’une totale méconnaissance de l’islam, tant le rapport d’Allah à ses adorateurs est éloigné de l’amitié). En déduire une équivalence entre leurs cultes est totalement irrationnel. Prenons un exemple. Tirés de l’univers fictif du Seigneur des Anneaux, les magiciens Gandalf (mentor des héros) et Saroumane (corrompu et maléfique) sont tous deux des personnages imaginaires. Pourtant, il y aurait une différence évidente entre une idéologie qui proclamerait que Gandalf existe et qu’il faut suivre son enseignement, et une idéologie qui proclamerait que Saroumane existe et qu’il faut obéir à ses ordres. La qualité des vertus que promeuvent et incarnent Gandalf, Aragorn et Galadriel ne dépend pas de l’existence réelle de Gandalf, Aragorn et Galadriel. De même, que Saroumane n’existe pas ne change rien au fait qu’il serait mauvais de vouloir s’inspirer de lui ou d’imaginer le servir. C’est le principe des fables : ce qu’elles enseignent est vrai même si les personnages qu’elles mettent en scène n’existent pas.

Bien sûr, je crois pour ma part à l’existence du dieu de G.K.Chesterton et à celle du « dieu » de Yahya Sinwar (qui ne sont évidemment pas le même). Mais il n’est pas nécessaire d’y croire pour comprendre que les renvoyer dos-à-dos est absurde, aussi absurde que de renvoyer dos-à-dos Gandalf et Saroumane, ou Panoramix et Tullius Detritus. Incidemment, c’est une limite de la démonstration de Kévin Nader : ce n’est pas sur sa dimension religieuse qu’il faut attaquer le voile, mais sur son statut d’étendard d’une idéologie intolérable. L’élu RN a brillamment montré l’hypocrisie de la gauche, mais le vrai fond du sujet de départ n’est pas la laïcité : les préceptes inacceptables de l’islam (refus de la liberté de conscience, inégalité des droits civiques entre femmes et hommes, etc) seraient tout aussi inacceptables s’ils étaient promus par une idéologie séculière ne revendiquant aucune origine « divine ».

Alliance des arbitraires

Arrogance moderne, ou plutôt post-moderne, de ce maire qui éructe « Au nom du règlement intérieur que nous venons de voter, je vous somme de quitter cette assemblée communale immédiatement » pour répondre à quelqu’un qui récite une prière ayant traversé les âges et invoque une puissance intemporelle. A l’exorcisme par l’appel à Marie, s’oppose la pathétique parodie gauchiste par l’appel au « règlement intérieur que nous venons de voter » – triste divinité !

Toute la scène évoque ce moment du Seigneur des Anneaux où Sam repousse les ténèbres en brandissant la fiole de Galadriel, dont la lumière resplendit, claire et pure, alors que le courageux jardinier récite une ancienne prière à la Dame des Etoiles (dont on sait que dans l’esprit du très catholique Tolkien, elle fait écho à la Vierge). Alors continuons avec cet autre passage de Tolkien, plus loin dans son épopée : « Là, Sam vit, pointant au milieu des nuages qui dominaient un sombre pic haut dans les montagnes, une étoile blanche et scintillante. Sa beauté lui poignit le cœur, tandis qu’il la contemplait de ce pays abandonné, et l’espoir lui revint. Car la pensée le transperça qu’en fin de compte l’Ombre n’était qu’une petite chose transitoire, et qu’il y avait à jamais hors de son atteinte de la lumière et une grande beauté. »

Quant à l’alliance spontanée des arbitraires contre ceux qui recherchent le Vrai, le Juste, le Beau, le Bien – que j’ai déjà évoquée dans un précédent article – elle est ici frappante. L’islam et le communisme sont deux idéologies rivales, mais qui partagent un point essentiel : elles ne voient le monde que comme un ensemble de rapports de force. Les « relations de domination » chères à Bourdieu et à l’église de sociologie. Comme le rappelle Rémi Brague (Sur l’islam) : « On connaît la question controversée depuis Platon : savoir si Dieu veut le bien parce qu’il est bien, ou si le bien est bien parce que Dieu le veut. Les penseurs de tradition chrétienne choisissent le plus souvent le premier terme de l’alternative. (….) L’islam, au contraire, se prononce en la majorité de ses penseurs pour le second : les valeurs dépendent entièrement de l’arbitraire divin. » Bien sûr, l’alliance de la gauche et de l’islam ne tiendra que le temps d’abattre notre civilisation, et l’islam sortira vainqueur de ce qui suivra – il a pour lui la force des siècles, la combattivité, l’exaltation mystique, alors que la gauche n’a pour horizon que la jouissance décadente et le chaos, effondrement ou délitement.

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La gauche « laïque et républicaine » continue à vouloir jouer les unes contre les autres les anthropologies incompatibles des cultures qu’elle a rassemblées sur un même territoire, pensant qu’elles se neutraliseront mutuellement et laisseront les individus vierges de toute tradition, livrés sans défense à l’ingénierie sociale des « élites éclairées ». Pari hors sol, dont l’échec est chaque jour plus visible partout en Europe.

La gauche que l’on disait jadis extrême, qui forme désormais la quasi-totalité de la gauche et une bonne partie du centre (Le président Macron faisant l’éloge du hijab « féministe », Laurent Nunez défendant le voilement des fillettes) voire de la droite, est plus simple et plus réaliste : elle assume ouvertement son alliance avec l’islam contre la civilisation occidentale. On aurait tort de n’y voir que du clientélisme.

Evidemment, c’est un calcul. Derrière « l’humanisme » de « l’ouverture à l’Autre » il y a surtout l’alliance égocentrique de l’oligarchie avec l’exogroupe contre l’endogroupe, pour en retirer un bénéfice personnel (argent, prestige, rente de situation, position sociale, satisfaction narcissique, etc). « L’altruisme pathologique » et « l’empathie suicidiaire » ne sont pas de l’altruisme et de l’empathie qui auraient mal tournés, seulement un égoïsme féroce, prédateur, qui adopte le masque de l’altruisme et de l’empathie pour tromper les naïfs et les désarmer. De même, il n’y a pas de « haine de soi » dans la critique permanente de l’Occident par le progressisme : ce n’est jamais une autocritique, c’est une tentative de disqualification de l’identité occidentale, c’est-à-dire de ce qui en Occident résiste aux diktats du « progrès ». Là encore, l’oligarchie fait alliance avec l’exogroupe contre l’endogroupe, contre « monsieur Tout-le-monde » et sa décence commune. Le tyran et ses mercenaires étrangers, en somme, version guerre culturelle (et on sait qu’à la fin, les mercenaires du tyran le renversent et prennent sa place).

Mais si la gauche et l’islam ont aujourd’hui des intérêts communs, ils appartiennent surtout ontologiquement au même camp : celui qui rejette les réalités du droit naturel, au profit de l’arbitraire – il est totalement secondaire qu’il s’agisse dans un cas de l’arbitraire du droit positif « classique » et dans l’autre de l’arbitraire de ce cas très particulier de droit positif qu’est le droit divin.

Je laisse la conclusion à l’abbé Clément Barré, homme de bien, homme de foi, homme de bon sens (et fin connaisseur de Tolkien) : « Quoi qu’on pense du geste du conseiller RN d’Ivry, je ne connais qu’un être que la récitation du Je vous salue Marie ou la vision du crucifix met autant en colère…. »

Sur l'islam

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Haut fonctionnaire, polytechnicien. Sécurité, anti-terrorisme, sciences des religions. Dernière publicatrion : "Refuser l'arbitraire: Qu'avons-nous encore à défendre ? Et sommes-nous prêts à ce que nos enfants livrent bataille pour le défendre ?" (FYP éditions, 2023)

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