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Keiko Fujimori: des cellules de prison au palais présidentiel?

Le résultat final de l'élection ne sera proclamé à Lima qu'à la mi-juillet


Keiko Fujimori: des cellules de prison au palais présidentiel?
Keiko Fujimori en campagne à Lima, le 21 mai 2026 © Martin Mejia/AP/SIPA

Le scrutin présidentiel péruvien se joue dans un mouchoir de poche. Keiko Fujimori pourrait finir par l’emporter.


La quatrième tentative sera-t-elle la bonne ? La fille de l’ancien président Alberto Fujimori — surnommé « el Chino » en raison de ses origines japonaises — et que tout le monde appelle simplement Keiko, a doublé hier son rival de gauche, Roberto Sanchez. Alors qu’il ne restait que 1,5 % de bulletins à dépouiller, la candidate a pris la tête du second tour de la présidentielle péruvienne qui s’est déroulé le dimanche 7 juin.

Long recomptage

L’avantage est minime : 0,006 %, soit quelque 5 000 voix sur un corps électoral de 27 millions d’électeurs. Mais pour les experts locaux, la tendance semble désormais irréversible. « La tendance qui s’est esquissée lui est favorable », a notamment soutenu en substance Alfredo Torres, directeur du très fiable institut IPSOS, dont les prévisions du premier tour s’étaient vérifiées. « Elle a bénéficié du vote de l’étranger qui lui est en grande majorité acquis. L’écart devrait s’amplifier. » Lors des précédentes élections, 70 % des électeurs résidant hors du pays avaient en effet voté pour elle.

Toutefois, l’organisme électoral (l’ONPE), prudent, a annoncé qu’il ne proclamerait les résultats officiels qu’à la mi-juillet, avant la fête nationale du 28 juillet, date d’investiture traditionnelle du nouvel élu. L’institution doit d’ici là procéder à une vérification des procès-verbaux et au recomptage des suffrages de certains bureaux pour lesquels il existe un doute.

Lors de ses précédentes candidatures, Keiko Fujimori avait échoué à chaque fois d’un cheveu. En 2011, elle avait recueilli 48,6 % des voix face au candidat de gauche Ollanta Humala (proche d’Hugo Chávez et plus tard inquiété pour corruption) ; en 2016, face à l’homme d’affaires Pedro Pablo Kuczynski (cousin de Jean-Luc Godard, plus tard placé en détention provisoire pour des motifs similaires), elle avait obtenu 49,8 %. En 2021, face à ce même Pedro Castillo, elle avait échoué à 49,9 % avant que ce dernier ne soit destitué et emprisonné fin 2022 après une tentative de coup d’État.

Preuve s’il en est que la présidentielle au Pérou, ces quinze dernières années, s’est toujours jouée dans un mouchoir de poche. Une victoire étriquée s’inscrira donc dans une suite logique. Par ailleurs, Keiko Fujimori est la seule personnalité politique à avoir atteint le second tour lors de ces quatre consultations successives.

Divorce fracassant

Ses débuts en politique se sont faits, pour ainsi dire, un peu malgré elle. À la surprise générale, son père Alberto Fujimori est élu en 1990 face à l’écrivain Mario Vargas Llosa, grand favori et futur prix Nobel de littérature. Il hérite alors d’un pays au bord de l’abîme. En l’espace de quatre ans, il parvient à le redresser. Il brise la guérilla maoïste du Sentier lumineux, qui voulait implanter un régime de type Khmers rouges et paraissait sur le point de l’emporter, terrasse une inflation galopante, libère l’économie des entraves bureaucratiques et engage une politique sociale en faveur des plus démunis. Il réinsère également le Pérou dans le système financier international, qui avait été banni sous son prédécesseur, le social-démocrate Alan García, qui refusait de rembourser la dette étrangère. Enfin, il dote le pays d’une nouvelle Constitution (1993), toujours en vigueur.

En cette année 1994, Keiko a 19 ans et étudie l’administration des affaires aux États-Unis. Elle a un frère aîné, une sœur et un frère plus jeunes. Tout va pour le mieux, jusqu’au divorce fracassant de ses parents. En tant que fille aînée, son père l’appelle auprès de lui pour assumer le rôle de Première dame en lieu et place de sa mère. Bien que cette fonction soit essentiellement protocolaire, elle lui permet de découvrir les coulisses de la politique et les arcanes du pouvoir au plus haut niveau de l’État. Elle participe très activement à la campagne présidentielle de 1995, que son père remporte haut la main, ainsi qu’à celle de 2000. Elle l’accompagne dans ses déplacements officiels et lors des sommets internationaux. Comme apprentissage du métier de chef d’État, seuls les héritiers des familles royales bénéficient d’une meilleure école.

Lorsqu’en fin d’année 2000, acculé par les scandales de corruption de son conseiller Vladimiro Montesinos, son père fuit le pays et s’exile au Japon (dont il possède la nationalité), Keiko reste à Lima. Impavide, elle fait front aux campagnes de dénigrement. Elle repart ensuite aux États-Unis pour terminer ses études, où elle rencontre son futur mari, Mark Vito Villanella. Le couple s’installe au Pérou en 2004 (ils divorceront en 2022). De leur union naissent deux filles, aujourd’hui jeunes adultes, qui se sont affichées aux côtés de leur mère lors de son dernier meeting de campagne.

Quel héritage !

Le mariage catholique de Keiko en 2004 donne lieu à un rassemblement spontané de milliers de partisans d’Alberto Fujimori. Cet événement scelle son destin : elle devient l’héritière politique naturelle de son père, toujours exilé à Tokyo. En 2006, elle se présente aux élections législatives. Grâce au système du vote préférentiel, elle recueille plus de 600 000 voix à Lima. Elle devient la députée la mieux élue de l’histoire du pays, ce qui l’impose définitivement comme la cheffe de file du mouvement fujimoriste.

Toujours en 2006, Alberto Fujimori tente un retour en passant par le Chili, où il est arrêté puis extradé vers le Pérou. Les autorités le défèrent devant un tribunal spécial pour sa responsabilité dans des massacres perpétrés par un escadron de la mort au plus fort de la guerre contre le terrorisme. Le procès s’ouvre en décembre 2007. Keiko assiste courageusement à toutes les audiences. En avril 2009, son père est condamné à 25 ans de prison pour « responsabilité indirecte ». Keiko a toujours contesté ce verdict, y voyant un procès politique. Si elle est élue, sa victoire sonnera comme une réhabilitation éclatante pour son père.

Elle-même a connu de sérieux démêlés judiciaires. Soupçonnée de blanchiment d’argent dans le cadre de l’affaire Odebrecht, elle a passé au total près de 500 jours en détention préventive, une épreuve au cours de laquelle elle confie avoir redécouvert la foi. Keiko Fujimori n’a cessé de dénoncer une persécution politique et une machination orchestrée par des magistrats politisés pour bloquer ses ambitions présidentielles. Le procureur qui s’occupait de son dossier a été radié. Il s’est recasé comme conseiller juridique de son rival de ce second tour.

Face à l’explosion de la criminalité, elle s’est engagée durant cette campagne à construire des méga-prisons sur le modèle salvadorien de Nayib Bukele, et à confier la gestion du périmètre pénitentiaire à l’armée afin de libérer les forces de police pour le terrain. Sur le plan économique, elle entend nommer un gouvernement de techniciens axé sur la croissance, condition sine qua non pour faire reculer la pauvreté. Revendiquant l’héritage de son père, Keiko Fujimori incarne donc une droite social-libérale, inflexible sur les questions de souveraineté et de sécurité régalienne.




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écrivain et journaliste français.

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