Alors que les cérémonies de célébration de l’indépendance des Etats-Unis approchent, l’ambassadeur américain en Belgique, Bill White, défraie la chronique. Ses multiples sorties sur l’antisémitisme ou le socialisme ne lui font pas que des amis au pays du wokisme et de la gauche intolérante, raconte notre correspondant.
Tandis que se profilent les cérémonies commémorant le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis, incluant des festivités exceptionnelles à Bruxelles, un homme ne cesse de dégainer. Avec des airs de shérif d’un comté de l’Amérique profonde, Bill White assène des vérités que la caste politique belge refuse d’entendre ; avec une assurance très états-unienne, il pourrait à la fois être une incarnation moderne de l’Oncle Sam et interpréter un commandant de l’armée au cinéma ; dans son style direct et sans fioritures, il est assurément un trumpiste échoué au pays des compromis, du wokisme et de la gauche intolérante. Un pays qu’il aime néanmoins : « J’ai de la chance de ne pas avoir été nommé en Somalie. Je ne m’amuserais pas autant qu’en Belgique. »
Sa dernière sortie n’a pas manqué de susciter des réactions. Après que le parquet d’Anvers a indiqué vouloir poursuivre deux mohels pour des circoncisions illégales, Bill White a parlé de « tache pour la Belgique » et noté que son pays d’accueil pourrait être taxée d’antisémitisme dans le monde entier, propos qu’il a ensuite expliqué en précisant qu’il n’avait pas accusé la Belgique d’antisémitisme, mais que c’est ainsi qu’elle pourrait être perçue. On ajoutera de notre côté qu’il n’a pas fallu cette affaire pour que ce soit le cas : les islamistes qui paradent dans les rues de Bruxelles se chargent bien de nourrir la triste réputation du pays.
Bien sûr, de tels propos n’ont pas eu l’heur de plaire. Petit florilège venant d’hommes politiques qui ont tout raté depuis des décennies. Frank Vandenbroucke, socialiste flamand qui, dans les années 90, brûla les billets de la corruption et qui est malgré cela toujours actif en politique : « Il ferait bien de se taire ». Elio Di Rupo, ancien Premier ministre belge et pendant longtemps homme tout-puissant du PS wallon : « Si mon pays ne vous convient pas, rentrez à Mar-a-Lago. Il ne manque pas de vols » – on aurait aimé que le socialiste usât d’une rhétorique similaire à l’égard de tout étranger ne souhaitant pas s’intégrer. Maxime Prévot, ministre des Affaires étrangères, dont on se demande s’il n’est pas devenu davantage palestinien que Belge : « assez des caricatures ».
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Au fond, la gauche reproche certainement à Bill White de ne pas être socialiste, d’être Américain et de recevoir à l’occasion des personnalités du parti Vlaams Belang. Le 3 mars dernier, l’ambassadeur qui indique « parler avec tout le monde » – ce qui nous semble normal en démocratie – accueillait ainsi en grandes pompes Tom Van Grieken, président du parti nationaliste et indépendantiste flamand, avant de le remercier sur ses réseaux sociaux pour son soutien ; la semaine dernière, il réunissait des représentants de la même formation, assurément un crime de lèse-majesté au pays où l’on finira par inscrire la pratique du cordon sanitaire dans la Constitution.
En guise de représailles, des élus des partis traditionnels de gauche et du centre entendent mettre des bâtons dans les roues des organisateurs de la « big party » prévue fin juin pour célébrer l’indépendance, en présence du Secrétaire général de l’OTAN et d’une star planétaire pour ambiancer l’événement. Pour le député « Les Engagé-e-s » Ismaël Nuino, une telle manifestation est « inopportune ». Son coreligionnaire et ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, n’entend pas fermer l’espace aérien pour permettre aux F-35 de survoler la capitale belge. L’antiaméricanisme et antitrumpisme, dans ce qu’ils ont de plus bête, se portent bien.
Et dire que ce petit monde politique s’étonnera le jour où les Etats-Unis annonceront des représailles contre la Belgique – ceci dit, si Donald Trump ne veut plus du Groenland, peut-être peut-on lui suggérer de ramener Molenbeek dans le giron occidental ? En attendant, et plus sérieusement, Bill White vient d’annoncer des investissements en Belgique, tout en ne manquant pas de rappeler quelques principes élémentaires de l’économie : « Les entreprises fuient, il y a trop de règles. Aujourd’hui, l’Europe décroche à cause de la surréglementation. L’excès de règles étouffe le business. » Assurément, l’homme n’a rien d’un socialiste.
Pour conclure, en espérant que ceci me vaudra un carton d’invitation pour la cérémonie des 250 ans de l’indépendance, rappelons les liens qui unissent la Belgique et, plus largement, l’Europe avec les Etats-Unis : si l’on peut parfois s’agacer des ingérences, si l’on répugne aux anglicismes, le pays de l’Oncle Sam est et doit rester notre allié au sein de l’espace occidental.




