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L’apathie française, dernier carburant du pouvoir

L’analyse politique d’Ivan Rioufol


L’apathie française, dernier carburant du pouvoir
Station essence à Nice, 9 avril 2026 © Syspeo/SIPA

Malgré le cessez-le-feu en Iran qui a fait baisser le baril de Brent sous 100 dollars, les prix des carburants en France restent élevés à la mi-avril. Un décret envisage d’encadrer les marges des stations-service et de lisser les prix jusqu’au 31 août, sans gel des prix à la pompe ni ristournes comme en Italie ou en Espagne. Les aides ciblées se cantonneront à l’agriculture, à la pêche et au secteur des transports. Comme pour l’idée de réformer le 1er-Mai obligatoirement chômé, Sébastien Lecornu veille, joue la montre et l’apaisement. Mais où sont donc passés les gilets jaunes ? Notre chroniqueur semble se désoler de constater que seule la révolution est en rupture de stock…


Le calme avant la tempête ? Tout est là pour enflammer les colères françaises. Or la société, bloquée à son sommet, donne le sentiment d’être gagnée par la torpeur à sa base.

La Ve épuisée

En 2018, le gasoil à 1,50 euro avait lancé le mouvement des gilets jaunes et l’occupation des ronds-points par la France périphérique. Cette fois le carburant a dépassé les 2 euros et… Et rien. Le gouvernement en profite même pour tenter de relancer, via un amendement, son projet de Zones à faibles émissions (ZFE) qui rendraient certaines villes inaccessibles aux voitures trop polluantes, dans une discrimination sociale refusée hier par les députés. La violence, elle, se répand jusque dans les petites villes. Parallèlement le bloc central n’en finit pas, Emmanuel Macron en tête, d’ériger le populisme en ennemi à abattre. Se faisant, le système se coupe d’une société civile fulminante. Celle-ci fédère les citoyens qui savent leur nation fragile et s’affolent de l’irénisme des dirigeants. Ces derniers se félicitent de l’échec de Victor Orban lors des législatives hongroises, dimanche ; ils feignent d’ignorer que son successeur, Péter Magyar, s’inscrira dans la continuité banalisée de la révolution conservatrice construite sur la foi, la famille, la nation et la protection des Hongrois d’une immigration invasive. Reste ce constat, en France, d’un semblable moment révolutionnaire en manque, paradoxalement, de révolutionnaires. Alors que la Ve République ne cache rien de son épuisement, les indignés ne sont actuellement identifiés que par les sondages qui notent leur « dégoût ». Ils semblent vouloir réserver leur réponse à la prochaine élection présidentielle, en portant le RN en premier parti de rupture.

A lire aussi, Richard Prasquier: Trump, Ormuz et les mollahs: fera-t-on la paix sans la chute du régime iranien?

Cette absence apparente d’élan vital au cœur de la France des oubliés participe à l’ankylose du pays : un immobilisme aggravé par un Premier ministre habilement pantouflard qui a juré de tenir en jouant la montre et l’apaisement. En dépit des pressions sur le prix du carburant, liées à la crise iranienne et au blocus du détroit d’Ormuz par Donald Trump, l’Etat aux poches trouées exclut de baisser les taxes.

Manque de courage

Cette solution de bon sens a pourtant été choisie par de nombreux pays européens dont l’Allemagne dernièrement. L’apathie des usagers reste en fait le meilleur allié du pouvoir. Il s’épargne d’avoir à penser dans l’urgence des économies pouvant équilibrer le manque à gagner des recettes non perçues. Le chef de l’Etat peut évidemment faire valoir qu’il n’est pour rien dans cette guerre israélo-américaine contre les mollahs ; un conflit qu’il n’a pas voulu et qui affecte les stations-services françaises. Reste que Macron est l’héritier d’un Etat ventripotent dont il a aggravé la dette de plus de 1000 milliards d’euros, sans le début d’une réforme pour alléger les dépenses. Il est comptable, par manque de courage, de l’état de banqueroute des finances publiques et de la guerre civile qui s’est installée dans les esprits et ici et là sur le terrain. Seuls les Français sauveront leur pays en congédiant les faillis. Encore faudrait-il que la société se délivre de sa dépression, entretenue vicieusement par l’Etat-Mamma. Français, l’heure est venue : révoltez-vous !

La révolution des oubliés

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Journaliste, éditorialiste, essayiste. (ex-Le Figaro, CNews, Causeur)

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