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DZ Mafia: les 42 dealers l’ont dans le baba

La France face à ses mafias postcoloniales


DZ Mafia: les 42 dealers l’ont dans le baba
4 janvier 2026. Des techniciens de la police scientifique ont été déployés autour d'un corps sans vie retrouvé au sol, après une fusillade dans le quartier de Belsunce,. Des témoins ont signalé un groupe de type commando armé d’armes longues, qui aurait revendiqué son appartenance à la « DZ mafia » © Frederic MUNSCH/SIPA

La DZ Mafia est la pieuvre qui bouche le port de Marseille. Lors de l’opération « Octopus », 42 personnes soupçonnées d’y appartenir ont été interpellées hier lors d’un vaste coup de filet de la police, a annoncé le parquet de la ville. La DZ Mafia ne relève pas seulement du trafic de drogue : elle incarne une mafia post-coloniale et clanique qui profite du recul de l’État pour exercer un pouvoir territorial concurrent de celui de la République. Les discours victimaires « décoloniaux », tenus par l’extrême gauche ou par Alger, trouvent une oreille attentive chez certains enfants d’immigrés et compliquent la tâche des autorités françaises.


À Marseille comme ailleurs, la question n’est plus seulement celle de la drogue. La question est désormais simple : qui commande réellement certains territoires de la République ?

Il aura fallu des dizaines de morts, des quartiers transformés en champs de bataille et une organisation criminelle devenue hégémonique à Marseille pour que l’État se décide enfin à frapper.

Ce mardi, une vaste opération judiciaire a conduit à l’interpellation de plusieurs dizaines de membres présumés de la DZ Mafia, dont plusieurs chefs considérés comme les commanditaires de nombreuses violences. Le coup de filet est spectaculaire. Il est aussi révélateur. Car il confirme exactement ce que certains observateurs disent depuis des années — souvent dans l’indifférence, parfois sous les accusations de fantasme ou de « stigmatisation ». Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement le simple narcotrafic.

Une mafia d’un genre nouveau

Contrairement à l’image classique de la mafia — pyramidale, hiérarchisée, dotée d’un « parrain » — la DZ Mafia fonctionne selon un modèle bien plus moderne. Je l’ai écrit dans plusieurs tribunes : la DZ Mafia n’est pas une Cosa Nostra française. C’est une mafia post-coloniale. Elle ne repose pas sur un chef unique, mais sur un réseau de caïds, de cousins, de frères, de relais de quartier, capables de coopérer ou de s’affronter selon les circonstances. Une structure réticulaire, souple, difficile à infiltrer et presque impossible à démanteler durablement. On peut arrêter un chef. Un autre prendra sa place. On peut neutraliser un réseau. Trois autres apparaîtront.

Cette plasticité est précisément ce qui rend ces organisations redoutables.

Dès les années 1950, le FLN avait préparé le terrain. La France n’était pas seulement le pays de l’ennemi : elle était déjà le territoire de la septième wilaya. Des bureaux furent installés dans les villes industrielles et les quartiers ouvriers. On y organisait la collecte de fonds, l’intimidation des opposants, l’endoctrinement des travailleurs immigrés. Mais surtout, on y inoculait un récit. Un récit de séparation, de refus et de vengeance. Ce récit disait : tu vis en France, mais tu n’es pas Français. Tu es un Algérien en territoire ennemi.

Ce discours n’a jamais cessé d’exister. Il s’est transmis, pas toujours par les mots, souvent par les gestes, les silences, les regards. Il a produit des enfants qui, nés en France, n’ont jamais été élevés dans l’amour de la France. Mais dans le ressentiment. Dans la méfiance. Dans la volonté de prendre sans donner. De s’installer sans appartenir. Et de régner sans s’intégrer et encore moins s’assimiler. C’est ainsi qu’un demi-siècle plus tard, la DZ Mafia s’est imposée comme la face criminelle de cette guerre non terminée. Elle n’est pas qu’une organisation mafieuse de plus. Elle est la forme contemporaine des Barbaresques, sans voiles ni sabres, mais avec scooters, voitures-béliers, kalachnikovs, exécutions de rivaux et réseaux cryptés. Elle agit en meute, organisée en systèmes claniques, par razzias, par racket, par conquête de territoire. Elle fonctionne en marge du droit français, selon une logique de clan, d’honneur et d’impunité. Et elle se pense dans une hostilité profonde à la France et à ses lois.

Du narcobanditisme au narcoterrorisme

Pendant longtemps, les autorités ont parlé de narcobanditisme. Le terme suggère une criminalité lucrative classique. Mais la réalité qui se dessine est plus inquiétante. Car les méthodes employées — assassinats ciblés, exécutions spectaculaires, intimidation des habitants, terreur exercée sur les quartiers — relèvent désormais d’une logique de narcoterrorisme.

La violence n’est plus seulement un outil pour protéger un trafic. Elle devient un instrument de domination territoriale. Il s’agit d’imposer une autorité. Dans certains quartiers, chacun sait qui commande réellement. Ce n’est plus l’État. C’est le réseau.

Un phénomène criminel… mais aussi anthropologique

Réduire la DZ Mafia à un simple trafic de stupéfiants serait une erreur. Ce qui se joue dépasse le narcobanditisme.

Il s’agit d’un phénomène social enraciné dans des solidarités familiales, claniques et territoriales, qui remplacent progressivement l’autorité de l’État dans certains quartiers. La loyauté ne va pas à la loi. Elle va au groupe. Ce n’est pas la République qui protège. C’est le clan.

Dans ce contexte, la violence devient un langage normal : règlements de comptes, enlèvements, intimidations, démonstrations de force. La criminalité devient une économie parallèle structurante.

Les routes du trafic

Autre angle mort du débat français : les circuits d’approvisionnement. Les stupéfiants qui irriguent les marchés français proviennent de plusieurs sources. Le cannabis qui alimente une grande partie du marché européen provient historiquement du Rif marocain, vaste région montagneuse où la culture du kif s’est développée depuis des décennies.

La cocaïne suit quant à elle un autre itinéraire : Amérique du Sud, puis grands ports européens — notamment Rotterdam et Anvers — avant de se diffuser vers l’ensemble du continent.

Les réseaux criminels européens se disputent ensuite la distribution sur les différents marchés nationaux. La France, avec ses grandes métropoles et ses ports, constitue un territoire particulièrement stratégique.

L’autre mafia dont on parle peu

Dans cette géographie criminelle européenne, la DZ Mafia n’est pas seule. Une autre organisation s’est imposée depuis plusieurs années : la mocro-mafia, issue principalement de l’immigration marocaine aux Pays-Bas et en Belgique. Extrêmement structurée, très internationalisée, elle est devenue l’un des acteurs majeurs du trafic de cocaïne en Europe.

Son influence s’étend aujourd’hui sur les Pays-Bas, la Belgique et une partie du nord de la France. Cette organisation contrôle une part importante des flux de cocaïne transitant par les grands ports du nord de l’Europe.

Autrement dit, le phénomène dépasse largement le cadre national.

Nous sommes face à une économie criminelle européenne structurée par plusieurs pôles mafieux.

La continuité d’une histoire que l’on refuse de regarder

Dans plusieurs textes, j’ai avancé une hypothèse qui dérange : la France n’a jamais vraiment réglé les conséquences anthropologiques de la décolonisation.

On a voulu croire que l’histoire était close. Mais dans certains imaginaires collectifs, elle ne l’est pas. On entend encore parfois cette phrase dans certains quartiers : « On se rembourse de la colonisation. » Discours peut-être minoritaire, certes, mais qui existe et qui peut servir de justification morale à la prédation. Ces mafias post-coloniales prospèrent aussi dans cet imaginaire ambigu, où le crime peut se vivre comme une revanche sociale ou historique.

L’aveuglement français

Pendant longtemps, une partie des élites a refusé de nommer le phénomène. Par peur d’être accusée de racisme. Par prudence politique. Par idéologie. On a parlé de « trafic ». De « délinquance ». De « réseaux ». Certains osent le mot « pègre ». On a évité le mot essentiel : mafia.

Or une mafia n’est pas seulement une organisation criminelle. C’est une structure de pouvoir parallèle. Quand elle s’installe durablement sur un territoire, elle finit toujours par concurrencer l’État.

Un succès policier… mais une bataille beaucoup plus longue

L’opération menée cette semaine est importante. Elle montre que les services d’enquête ont compris qu’il fallait attaquer la structure du groupe, et non seulement ses exécutants. Mais il serait illusoire d’y voir une victoire définitive. Les mafias ne disparaissent pas avec quelques arrestations.

Elles disparaissent quand l’écosystème qui les nourrit disparaît.

Cela suppose de reprendre le contrôle territorial de certains quartiers, de frapper les circuits financiers et surtout de restaurer la légitimité de l’État là où elle a reculé.

La question que la France devra affronter

La vraie question n’est pas seulement policière. Elle est politique. Car derrière la DZ Mafia se dessine une interrogation plus vaste : la France est-elle encore capable d’imposer une même loi et une même autorité sur l’ensemble de son territoire ? Ou bien entrons-nous dans une époque où différents systèmes d’allégeance — clan, communauté, économie criminelle — se substituent progressivement à l’État ?

La DZ Mafia n’est peut-être pas seulement un phénomène criminel.

Elle est peut-être le symptôme d’une transformation plus profonde de la société française : celle d’un pays où l’État recule et où d’autres formes de pouvoir — claniques, communautaires, mafieuses — commencent à occuper le terrain.

Et tant que nous refuserons de regarder cette réalité en face, les coups de filet, aussi spectaculaires soient-ils, resteront ce qu’ils sont déjà trop souvent : des victoires policières dans une guerre que la France n’a pas encore décidé de mener.



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