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La violence est-elle devenue la politique?

Le billet politique de Philippe Bilger


La violence est-elle devenue la politique?
Débordements à Paris lors de la fête du travail, 1er mai 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

La Jeune Garde, jugée “non violente” par Sébastien Delogu sur BFMTV, serait donc un club de méditation musclé affilié à LFI où l’on pratique la politique de façon un peu virile tout en expliquant très calmement que la brutalité, c’est toujours chez les autres… Drôle de climat.


Depuis le crime odieux commis à plusieurs par l’ultra-gauche contre Quentin Deranque, littéralement massacré, on s’interroge sur la violence en politique. Et, pour une fois, la réflexion s’est attachée à l’essentiel, voire à l’exclusif, depuis quelque temps : la violence politique est passée à l’extrême gauche. Michel Winock a beau affirmer que « la culture politique française est celle de la discorde et de la fureur[1] » on ne peut s’empêcher de penser qu’une accélération brutale de la violence s’est produite depuis la légitimation de comportements qui, longtemps, ont été considérés comme hors de la démocratie.

Temps brutaux

En effet, ce qui me frappe, c’est qu’il ne s’agit plus seulement d’actes violents, de séquences singulières ou collectives, agressives et parfois mortifères, mais de quelque chose de plus grave: j’ai l’impression que la violence est devenue la politique. Comme si l’on avait abandonné le classicisme et la mesure de celle-ci pour l’horrible schématisme et la brutalité de l’autre.

La violence serait-elle devenue la continuation de la politique par ce seul moyen jugé acceptable pour la lutte militante et le changement de société ?

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Avec, d’abord, l’inflation grotesque de ces termes guerriers et totalitaires d’hier – nazisme et fascisme – faisant croire que notre démocratie aussi imparfaite qu’elle soit aurait quoi que ce soit de commun avec les horreurs de ces régimes. Cet extrémisme du vocabulaire banalise une Histoire unique et affadira l’indignation à l’égard de ce qui n’est pas nommé à sa juste place et à la bonne époque.

Ce changement de climat tient principalement à une escalade constante qui, des mots aux gestes, de l’invective au crime, a irrigué l’ensemble de la vie politique, officielle ou dissidente, et fait apparaître qu’il n’y avait plus aucune solution de pacification dans les mécanismes ordinaires d’une République qui était d’autant moins discutée qu’on n’éprouvait pas le besoin compulsif de l’invoquer sans cesse pour tout et n’importe quoi !

La gauche n’admet jamais ses erreurs

À cette progression de l’inacceptable, il convient d’ajouter cet élément capital : l’idéologie de l’extrême gauche et de certains des mouvements sur lesquels elle s’appuie, non seulement ne se repent jamais des conséquences parfois ignobles d’un militantisme dévoyé, mais au contraire les assume en justifiant la violence comme outil fondamental pour obtenir ce que le dialogue démocratique et le vote ne sont jamais parvenus à accomplir.

L’atmosphère d’aujourd’hui a pris un tel tour extrémiste que les conseils d’apaisement tombent à plat et paraissent presque décalés par rapport à une ébullition sociale et politique qui les rend dérisoires. Le président de la République était dans son rôle quand il a invité les radicalités aux extrêmes à se calmer et à retrouver les voies d’une politique civilisée.

Mais, pour reprendre une considération de Michel Winock dans son livre sur « La Commune », Clemenceau et Victor Hugo, « qui ont voulu éviter la guerre civile (…) ont été eux aussi de grands vaincus ». Il me semble qu’on pourrait qualifier ainsi ceux qui, aujourd’hui — Emmanuel Macron notamment —, après avoir rêvé de rassemblement, sont confrontés à son exact contraire : le déchirement de notre pays en de multiples fractures.

Je ne peux pas non plus passer sous silence, pour expliquer les dérives mortelles de ces derniers jours, la bêtise et la mauvaise foi pures et simples de certains militants qui poussent l’inconditionnalité jusqu’au délire. Quand Sébastien Delogu — quel cauchemar ce serait pour Marseille de l’avoir pour maire ! — ose déclarer que « La Jeune Garde n’est pas violente et qu’il en est fier » sur BFMTV, on a le droit de questionner l’équilibre d’une personnalité qui, voyant le même réel que nous tous, décide de ne pas en tenir compte et de nier l’irréfutable…

Nous ne sommes évidemment pas éloignés de ce qui va agiter le débat présidentiel de 2027. La personne que les Français choisiront devra avoir mille qualités humaines, politiques et techniques, mais d’abord celle-ci, essentielle : être un président de réelle unité et d’authentique rassemblement.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/michel-winock-la-culture-politique-francaise-est-celle-de-la-discorde-et-de-la-fureur-20260220




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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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