Accueil Monde Au pays du surréalisme, les « Magritte » deviennent les « René du cinéma » sur fond de  polémiques à répétition

Au pays du surréalisme, les « Magritte » deviennent les « René du cinéma » sur fond de  polémiques à répétition

Une cérémonie encore plus bobo / woke que nos César !


Au pays du surréalisme, les « Magritte » deviennent les « René du cinéma » sur fond de  polémiques à répétition
L'humoriste belge Charline Vanhoenacker à Bruxelles, le 23 février 2025 © Shutterstock/SIPA

Oui : surréaliste !


Il existe au pays du surréalisme une grand-messe annuelle du cinéma qu’absolument personne en réalité ne regarde, dont les primés sont presque gênés d’apparaître au palmarès et qui finissent toujours par susciter la polémique. Pendant quinze années, cette cérémonie pompeuse fut appelée les « Magritte du Cinéma », mais, las de voir le célèbre peintre couvert de honte, ses ayants droit ont décidé de retirer leur soutien. L’événement s’appellera donc désormais les « René du cinéma ». Ou même les « René.e » comme laisse supposer le « e » final, subrepticement redoublé sur le logo. Défense de rire.

Ceci n’est pas une pipe

Et si l’on ne rigole pas, c’est que la raison, largement tue par les médias, réside dans les propos qui y sont tenus, chaque année moins drôles et plus politiques, parvenant  presque à rendre élégante et légère une cérémonie des César présidée par Marina Foïs, hystérisée par une Corinne Masiero dénudée et interrompue par un coup de gueule néo-féministe d’Adèle Haenel – sans même une tirade inspirée de l’immense Fanny Ardant pour relever le niveau. Tout comme ceci n’était pas une pipe pour René Magritte, ceci n’était plus une cérémonie consacrée au cinéma, mais un meeting politique.

La politisation à gauche toute avait atteint, en 2025, son paroxysme. Une ô combien courageuse artiste dénonça alors « la montée de l’extrême droite partout dans le monde, entraînant un recul alarmant des droits humains, car aujourd’hui, ce sont les droits des femmes, des personnes queer, des personnes trans, des personnes racisées, ainsi que les droits des exilés qui sont bel et bien mis en péril ». Un autre acteur appela à  “déconstruire les imaginaires coloniaux, racistes, misogynes, islamophobes et homophobes.” Le président du parti libéral belge, sorte de Sarkozy du plat pays – sans la carrière littéraire de ce dernier – fut pris pour cible. A l’époque, à peine 15.000 téléspectateurs avaient regardé cet entre-soi, évidemment généreusement financé par le contribuable.

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La guerre battait alors son plein à Gaza, occasion rêvée pour les apprentis résistants de déverser leur haine contre Israël et son Premier ministre. Plus gênante que jamais, de l’aveu même de ceux qui d’ordinaire la soutiennent, Charline Vanhoenacker, dans ses habits de maîtresse de cérémonie, annonça la nomination de Benyamin Netanyahou dans la catégorie du meilleur décor « pour la bande de Gaza », le tout accompagné de quelques sifflets du public, à défaut de rires. Mais pas de quoi décontenancer l’humoriste, heureuse de cibler également Donald Trump : « Au cinéma, faire peur, ça s’appelle un film d’horreur. En politique, faire peur, ça s’appelle le programme de l’extrême droite ». Troquant une casquette MAGA rouge par une bleue, elle conclut : « Magritte du Cinéma Great Again ». Un an plus tard, on rit encore aux éclats.

Fini de rire

Les « Magritte » comme on les appelait en Belgique avaient déjà connu leur palanquée de polémiques. Le célèbre critique de cinéma Hugues Dayez avait ainsi été poursuivi en 2017 par le Conseil des femmes francophones de Belgique après avoir crié un malséant « A poil ! » à la maîtresse de cérémonie. Après plusieurs années de procédures, la justice déclara irrecevables les poursuites contre le malotru. En 2020, des professionnels du cinéma s’étaient élevés contre une cérémonie « lamentable » ; parmi ceux-ci Joachim Lafosse avait déclaré que « l’art belge vaut mieux que ça ».

Et il a raison car tout ceci ne devrait pas faire oublier la richesse du cinéma belge, mélange de surréalisme, de poésie et d’humour, avec souvent une dimension sociale. Il a toujours été porté par des acteurs de talent, comme Cécile de France, excellente dans différents registres (L’auberge espagnoleMademoiselle de JoncquièresQuand j’étais chanteur…), Matthias Schoenaerts (BullheadDe rouille et d’os…) ou la regrettée Emilie Dequenne qui se fit connaître dans Rosetta. Et pour terminer, deux ou trois films à voir ou à revoir : C’est arrivé près de chez vous, marquant les débuts de Benoît Poelvoorde, Toto le Héros de Jaco Vandormael et bien sûr, pour rire et comprendre la belgitude, Dikkenek avec François Damiens.



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