La reconnaissance n’est pas un synonyme de repentance et de demande de pardon, même si elle ne les exclut pas.

La reconnaissance, c’est ce qu’a fait Chirac le 16 juillet 1995, quand il a reconnu au nom de la France ce qui était connu et rendu public par les historiens : la responsabilité de l’État français de Vichy dans la persécution et la déportation des Juifs de France.

En 1992, une pétition lancée par le « comité Vel’ d’hiv’42 » avait demandé cette reconnaissance au président François Mitterrand, qui l’avait refusée, arguant que la République n’avait pas à rendre des comptes pour l’État français de Vichy. Il était pourtant bien placé pour savoir que Vichy n’avait pas été un corps étranger à la France.

À quoi a servi cette reconnaissance ? À deux choses.

À inscrire en pleine lumière, dans la mémoire et dans la conscience collective d’un peuple, un fait douloureux, un fait connu des historiens (après une très longue période de latence), mais largement contenu dans les colloques et travaux de cette instance savante.
Pas besoin d’avoir passé trente ans sur un divan pour comprendre qu’il est sain de reconnaître ce qu’on sait « quelque part » sans vouloir le savoir parce que ça fait mal.
Avant le discours de Chirac, Vichy était « un passé qui ne passe pas » comme l’écrivait l’historien Henry Rousso. Pour le faire passer, il fallait qu’il passe par un acte de reconnaissance, effectué symboliquement au nom de tous les Français, non juifs et juifs confondus..

La reconnaissance par le discours de Chirac a servi à réintégrer officiellement dans la communauté française les Juifs de France que Vichy en avait officiellement exclus.
Depuis ce jour, tous les Français, juifs et non juifs, partagent en principe la même mémoire, le même jugement, ce qui réconcilie tout le monde une fois pour toutes.

Il faut ajouter que la reconnaissance doit être faite au nom de la vérité, et, surtout, de toute la vérité. C’est pourquoi le discours de Chirac reconnaissait et rendait hommage aux Français résistants et aux Français qui ont aidé les Juifs, afin de ne pas tomber d’une vision unilatérale (La France entière résistante) à une autre (la France entière collaborationniste).

En ce qui concerne la tuerie du 17 octobre 1961 par la police française, la reconnaissance qui s’impose doit être celle des faits dans leur contexte, qui n’est pas celui de 1942, et elle doit être faite lucidement des deux côtés.

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