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Allez France !

Allez France !

equipe france 1983

Nous entrons dans une intense période de commémoration. Que les moins de vingt-ans ne peuvent pas connaître… Les jeunes générations s’imaginent-elles qu’en 1983, le drapeau tricolore volait au vent de la victoire, qu’on entonnait La Marseillaise chaque week-end dans les stades ou sur les circuits et que nos champions n’étaient pas encore obsédés par leur image mais par leurs résultats ? Oui, ce monde irréel a bien existé. C’était avant la professionnalisation, le dopage médicalisé, les sponsors à l’affût, le vedettariat en guise de récompense, les droits télé maousses, les conférences de presse marketées et les JO de Los Angeles avec leurs millions de dollars.
Dire que le sport en 1983 avait conservé ses vertus éducatives originelles, son amateurisme éclairé ou sa mission pacificatrice entre les peuples serait quelque peu exagéré. Le sport professionnel avait déjà entamé sa mue pour se transformer en machine à cash. La finance internationale couvait tendrement cette nouvelle source de profit au moment où le pouvoir socialiste lançait sa politique de rigueur. Cette époque charnière coïncide avec les débuts de l’informatique de masse, l’invasion du cinéma américain et l’industrie du disque triomphante.
Le bloc de l’Est ne pouvait pas résister plus longtemps à Eddie Murphy, Michael Jackson, Terminator, Rambo et le Discman dans le cartable des lycéens. Si nous n’avions pas encore sombré dans le spectacle mondialisé des grands rassemblements sportifs, le chronomètre était enclenché. Quelques scrupules, vieux réflexes marxistes, un fond d’anti-impérialisme largement partagé par l’ensemble de notre classe politique et puis un attachement à cet étrange modèle social issu de la Libération nous empêchaient de nous vautrer dans le sport business. Assez rapidement, en fait, nous avons fini par céder à la mode sportswear, aux records truqués et aux athlètes VRP.
En 1983, nous avons pourtant vécu une parenthèse enchantée où tout nous réussissait. Le sport mondial pensait français, vibrait français, parlait français ! À la tête de la Fédération Internationale du Sport Automobile et de la Fédération Internationale de Tennis, deux dirigeants français : Jean-Marie Balestre et Philippe Chatrier. Sur les courts de Roland-Garros ou les routes du Tour de France, deux sportifs français ont fait de notre été 1983 la saison de tous les succès. Déjà en quart de finale, le 31 mai, face à Ivan Lendl, Yannick avait impressionné en s’imposant 6/0 dans le dernier set. Le 5 juin, la coupe des Mousquetaires ne pouvait plus lui échapper. L’ennuyeux Mats Wilander, bloqué sur sa ligne de fond de court, devait s’incliner 6/2-7/5-7/6 après 2h25 de match. Depuis 1946, plus aucun joueur de tennis français n’avait remporté le tournoi. Noah, dans sa tenue Le Coq Sportif, le short maculé de terre battue, était irrésistible ce jour-là. En plus, il avait gagné avec la manière, un jeu plein d’inventivité, d’émotion, d’agressivité. Depuis cette époque, nous n’avons plus revu des joueurs monter, comme lui, à la volée, conclure un point sur un smash, faire du tennis moderne un sport d’action et de stratégie. C’est le journaliste Denis Lalanne dans L’Equipe qui allait le mieux résumer cette victoire : « Formidable bête de court, c’est aussi une bête de scène, qui ferait pleurer tout le monde, la famille, les copains, la France entière ».
Fin juillet de cette même année 83, Laurent Fignon, aux couleurs du constructeur Renault, s’imposait sur la Grande Boucle pour sa première participation. Quelques jours avant l’arrivée sur les Champs, il remportait le contre-la-montre de Dijon, il fallait se rendre à l’évidence, c’était bien lui dorénavant le patron, ce minot de banlieue, blond comme les blés, lunettes d’instit sur le nez et un panache à la française. Décidément cet été 83, nous étions devenus imbattables. En saut à la perche, Pierre Quinon et Thierry Vigneron tutoyaient le toit du monde, nous avions évidemment empoché le Tournoi des Cinq Nations, sans faire le grand chelem, restons modestes. En Formule 1, nous étions capables d’aligner cinq pilotes au départ des Grands Prix : Prost, Arnoux, Tambay, Laffite et Jarier ! Qui dit mieux ? Au Championnat du monde des Rallyes, la phénoménale Michèle Mouton, sur son Audi Quattro, faisait la nique à ses petits camarades finlandais et suédois (Ari Vatanen et Björn Waldegard). Génération spontanée, solides structures fédérales, bonne détection des jeunes talents, sponsors français puissants et concernés, indispensable sport scolaire, professeurs investis, les raisons de cette série flamboyante sont multiples et mystérieuses. Trente ans après, on aimerait tellement revivre cette année 83 quand un garçon d’1,93 mètre affirmait au micro, avec la désinvolture et la force de ses 23 ans : « C’est pas parce qu’on est français, qu’on perd en finale ».


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Journaliste et écrivain. Dernier ouvrage paru : "Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo", Pierre-Guillaume de Roux Editions, 2021

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