Chaque fois que des Arabes semblent accomplir un exploit extraordinaire, il y a quelqu’un pour expliquer qu’en fait il s’agit d’un complot sioniste, américain, occidental et/ou sarko-atlantiste. Le dernier à se livrer à cet exercice de réductionnisme est Me Jacques Vergès. On aurait pu penser que la défense de ses deux derniers clients – Mouammar Kadhafi et Laurent Gbagbo – exigeait tout son talent et toute son énergie, et bien, on aurait eu tort! Maître Vergès est toujours là, armé de son analyse géopolitique, inchangée depuis un demi-siècle.

Ainsi dans un entretien publié par le site Investig’Action, Maître Vergès nous explique la situation en Syrie : « Il y a très clairement une tentative de déstabilisation extérieure de la Syrie. Dans ce pays l’Arabie saoudite est à la manœuvre, via les groupes salafistes qu’elle inspire et finance. Et, bien sûr, les Etats-Unis supervisent cette ébauche de guerre civile. Israël, Etat frontalier et ennemi de la Syrie, et qui dispose de services de renseignements et d’action assez performants, est selon moi directement impliqué aussi. Et je n’aurai garde d’oublier le rôle moteur que, joue, sur le plan diplomatique, la France pour discréditer et isoler le régime syrien. »

Fou, certes, mais loin d’être idiot, Maître Vergès ajoute une goutte de « bon sens » à son analyse: il « ne nie pas pour autant qu’il existe des problèmes sociaux en Syrie. » Or, comme il le dit si bien, qui n’en a pas, des problèmes ? « La France aussi connait de graves problèmes sociaux et l’on peut même dire que la société française est confrontée à un certain nombre de blocages. » Voilà, la Syrie a des problèmes, la France en a aussi et franchement, cher lecteurs, moi aussi j’en ai des problèmes et je parie que chez vous non plus ce n’est pas toujours la grande forme ! Le fait qu’en France, on ne fasse pas appel aux chars Leclerc pour régler ces fameux problèmes est sans doute un détail insignifiant ! Et le maître ajoute pour ceux qui entretiennent encore des doutes « Quant à moi, je suis très clairement un ami de la Syrie telle qu’elle est. »

Si j’étais méchant, j’aurais proposé à Jacques Vergès de traduire cet entretien en arabe, de se rendre à Deraa et le diffuser sur le marché. En conclusion, à la place de Bachar el-Assad je ne serais pas rassuré. A l’instar de certains oiseaux, quand maître Vergès plane dans les parages, la fin n’est pas loin.

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