De nouveaux chroniqueurs dans la matinale de France Culture, voilà qui excite ma curiosité. Je l’avoue, je me demande immédiatement quels réseaux ou puissances a voulu câliner David Kessler, le directeur de la station. Et là, je sèche – et m’en veux immédiatement pour ma propension à voir le mal partout.

Sur le site des « Matins », j’apprends en effet que cinq nouvelles recrues se partageront le créneau de 7h25 auparavant occupé par l’économiste Olivier Pastré. Ali Baddou, producteur et animateur de la tranche, accueillera le lundi Corinne Lepage sur l’écologie, le droit et la justice, le mardi Caroline Eliacheff sur la vie des nôtres (?), le mercredi Catherine Clément sur les cultures du monde, le jeudi Géraldine Mulhmann sur la presse et le journalisme, et le vendredi Rachida Brakni sur la culture. Je me garderai de critiquer les choix souverains de la direction – encore qu’il y aurait bien quelques petites méchanteries à dire.

Ma perplexité vient de ce que je ne vois pas vraiment la cohérence entre tous ces thèmes. Soudain, la lumière se fait : tous ces chroniqueurs sont des chroniqueuses. En d’autres termes, 7 h 25, c’est l’heure des nanas. Ce nouveau rendez-vous est une tournante – mais à la différence de celles que l’on pratique dans certaines caves, ce sont les femmes qui tourneront. J’imagine la réunion au cours de laquelle a émergé cette brillante idée et le ravissement des dames présentes.

L’ennui, c’est que le présupposé implicite de ce choix est qu’il y aurait une façon spécifiquement féminine de réfléchir, un regard féminin sur le monde et l’actualité. Après la campagne présidentielle, se trouverait-il encore des gens raisonnables pour servir le poncif éculé des femmes qui font de la politique autrement ? Eh bien, à France Culture, on semble penser que les femmes font de la radio autrement. Point de vue banalement machiste. Peu importe ce qu’elles pensent pourvu qu’on ait leur voix.

Me reviennent alors en mémoire quelques mots échangés avec David Kessler le jour où il m’a remerciée (façon de parler). Refusant le lot de consolations qu’il me laissait espérer, jouer les utilités occasionnelles dans une émission, je lui ai répondu que, pour moi, le minimum acceptable serait une chronique quotidienne. « Il est vrai que nous manquons de voix féminines », a-t-il observé, feignant de prendre ma proposition au sérieux. Je me souviens d’avoir alors trouvé hilarante l’idée que ma voix (peu connue pour sa douceur) pourrait contribuer à féminiser l’antenne. Eh bien, j’avais raison. Parce que moi, je n’y suis pas dans la tournante !

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