Le poète Thomas Vinau, dans C’est un beau jour pour ne pas mourir, donne 365 poèmes. De quoi tenir encore un an, si on s’y prend bien.


Thomas Vinau, l’air de rien, avec une discrétion qui fait souvent penser à une de ses lectures favorites, Raymond Carver, devient un de ces poètes familiers, un de ces amis dans le paysage, qui peuvent nous accompagner le temps d’un trajet en bus, d’un café bu sur le zinc, d’un moment pris sur un banc de jardin public parce que soudain, la lumière est vraiment trop belle pour ne pas s’attarder un instant, reprendre son souffle, se retrouver quelques instants avec soi-même.

Son dernier recueil,  C’est un beau jour pour ne pas mourir  a déjà un titre qui est tout un programme. En détournant la citation attribuée à Sitting Bull le jour de la bataille de Little Big Horn, il fait le choix de la vie. Il y a finalement, semble-t-il nous dire, autant d’héroïsme dans une traversée des jours qui se succèdent que dans une charge de cavalerie, fût-elle pour la bonne cause.

C’est un beau jour pour ne pas mourir compte trois cent soixante cinq poèmes, c’est à dire de quoi tenir un an. Il présente son livre comme une rivière. Libre à vous d’y tremper les pieds chaque matin ou de vous y baigner plus longuement. De les lire dans leur ordre d’apparition ou d’ouvrir le recueil au hasard. Thomas Vinau nous laisse toute latitude, il ne se prend pas pour un oracle, juste un compagnon de route.

Ses poèmes qui dépassent rarement la page, qui se réduisent parfois à quelques vers, jouent sur toute une gamme de genres qu’il énumère avec humour dans son introduction : « Narratifs, contemplatifs, quotidiennistes, descriptifs, moralistes, lyriques, imagistes, etc-istes, mettez les istes que vous voulez. » Il est vrai que l’important ici, n’est pas de prendre la pose mais plutôt la pause :

Acheter quinze euros

Un Moleskine

Pour se la jouer

Hemingway

C’est le contraire

De la poésie

Vinau décide de faire avec ce que le monde nous donne, ce qui ne veut pas dire que le monde soit forcément aimable. Mais même ce qui n’est pas aimable peut se transformer en poème. C’est surtout dans ces moments-là, d’ailleurs, que le besoin de poésie se fait sentir:

Une nuée d’oiseaux gris

Sort de la bouche terreuse

De l’aube

C’est tout ce que tu auras aujourd’hui

Il faudra en faire

De la lumière.

Thomas Vinau y arrive très bien. Il ne monte jamais le ton, il module, joue sur les nuances, il ruse pour faire renaître le  bonheur d’être au monde. « Les braisent brisent la noirceur » comme le dit l’un des titres de ses textes, dans une belle allitération. On peut trouver du plaisir à regarder un tableau de Hopper ou un bébé qui mange sa bouillie. On  peut envisager avec la même désinvolture le poids d’un cœur dans une autopsie, 465 grammes, et régler la question de la poésie, au moins provisoirement quand on se retrouve face à un stère de bois avec une bonne tronçonneuse. L’humour, l’inquiétude, le lyrisme se succèdent dans une manière de cyclothymie qui pourrait bien donner une image des plus justes de notre humaine condition.

Trois cent soixante-cinq poèmes, trois cent soixante-cinq jours, encore une année de passée.

Mais avec Thomas Vinau, elle n’est pas passée pour rien.

Thomas Vinau, C’est un beau jour pour ne pas mourir (Le Castor Astral)

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