Voici une petite polémique de Noël comme on les aime. Passons sur le texte punissant la négation des génocides qui met sur les dents l’Assemblée nationale à la veille des vacances parlementaires, je parle du vrai sujet : les Français pris en otage en pleine période des fêtes par les agents de sûreté chargés d’effectuer les contrôles dans les aéroports, grève reconduite depuis une semaine et qui touche Lyon, Nice et, dans une moindre mesure, Roissy.

Les « agents », comme on les appelle, réclament des augmentations de salaires. Le patronat ne lâche rien, le médiateur gouvernemental patine et la politique s’en mêle. A droite, on parle de prise d’otages, on garantit que tous les voyageurs pourront rejoindre leurs familles pour Noël et, sarkozisme oblige, on dégaine une future loi sur un service minimum dans les transports aériens. Enfin, cerise sur la bûche, vas-y que je te déploie des policiers et des gendarmes réservistes dans les aéroports pour remplacer les grévistes.

Tout est réuni pour nous occuper durant cette semaine un peu molle, où le triple A flanche mais pas autant qu’escompté, et où aucun sommet-de-la-dernière-chance-pour-sauver-l’Euro n’est prévu.

Reprenons calmement : cette grève est légale. Un préavis avait été déposé dans les temps, le patronat du secteur a attendu le jour du début du mouvement pour ouvrir les négociations, et une fois les pourparlers engagés, a refusé d’aborder le cœur du problème, c’est-à-dire des augmentations de salaires d’environ 200 euros. Bref, blocage.

Ensuite, on envoie des gendarmes et des policiers (qui, d’après certains de leurs syndicats, ne sont pas très contents de jouer les « briseurs de grève »,) selon des modalités compliquées à définir juridiquement. Pour embrouiller encore les choses, ces fonctionnaires vont avoir du mal à faire le boulot qui a été gentiment concédé au privé en 1996 sous le nom d’« externalisation des contrôles ». A l’époque, les politiques avaient considéré que fouiller les bagages des voyageurs pour vérifier que n’importe qui ne voyageait pas avec n’importe quoi ne faisaient pas partie d’une mission régalienne. Entre parenthèses, le matin du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, ce sont des agents publics qui étaient chargés de ce boulot et donc la panacée n’est pas de ce côté la non plus…

Mais celui qui n’a eu que des relations délicieuses avec ces agents français qui vous font mettre en slip selon leur bon ou mauvais vouloir, et semblent contrôler une valise sur deux me prévienne. Mal payés, certes, mais surtout mal formés, ils constituent une sorte de sous-classe dans la hiérarchie et la pyramide du prestige des aéroports. Parmi les fonctionnaires, les agents d’ADP et des autres aéroports, les salariés des compagnies aériennes, on découvre depuis trois jours qu’il existe un lumpen prolétariat. Il faut dire que ces faits étaient connus bien avant la grève et les fêtes-de-fin-d’année puisqu’un rapport parlementaire récent sur la sûreté aérienne, cosigné par deux député (un PS et un UMP), les avait signalés.

Or, au lieu de prendre les choses par le bon bout, c’est-à-dire obliger le patronat à négocier (oui, « obliger » et « négocier » employés ensemble, ça fait un peu bizarre), de calmer les syndicats et de proposer une solution à 100 euros, on dégaine une loi « service minimum dans l’aérien » qui prendra effet dès le 24 janvier. Toujours cette politique du coup de com’ qui non seulement ne résout rien, mais engendre des dégâts : le texte de loi proposé contient des failles juridiques énormes remettant purement et simplement en cause le droit de grève.

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