J’enrage de constater qu’au procès des Khmers rouges, l’idéologie dont ils se réclamaient n’est pas mise en examen, et qu’elle ne l’est pas non plus par les commentateurs. Imagine-t-on qu’au procès de Nuremberg l’idéologie national-socialiste n’aurait pas été évoquée, comme si le système et la folie des hommes étaient tombés du ciel ?

C’est pourtant bien dans Marx qui les Khmers rouges ont appris qu’il fallait abolir les droits de l’homme, supprimer l’État de droit et la société civile, et ériger la Terreur robespierriste (simple suspension pratique et provisoire) en principe légitime et permanent du pouvoir.

Formés au marxisme à Paris, la caution du barbu ne leur a d’ailleurs pas manqué après la révélation de leurs crimes. Elle leur a été apportée en 1979 par le plus marxiste de nos philosophes, Alain Badiou. On consultera avec quelques frissons rétrospectifs son article paru dans Le Monde du 17 janvier 1979 sous le titre « Kampuchea vaincra ! »

Quant aux Cambodgiens non rouges, qui ne comprennent toujours pas pourquoi ces dirigeants ont assassiné leur propre peuple, ils manifestent une ignorance coupable des idées émises par Marx : tant qu’existent des adversaires de la dictature du prolétariat, la société doit être la scène d’une guerre civile sans merci, au sein de laquelle les prolétaires n’ont pas de patrie.

Tout cela est écrit noir sur blanc dans « Sur la question juive » et dans le « Manifeste du parti communiste ». Derrière les hommes qui doivent enfin répondre de leurs crimes contre l’humanité, il y a eu un système et une idéologie, que certains de nos beaux esprits continuent de révérer. Au nom de l’émancipation !

Mais il faut enfin que je l’avoue : je suis devenu résolument anticommuniste.

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