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Qui connaît Herr Hans Detlef Sierck?

Douglas Sirk, né Detlef Sierck

Qui connaît Herr Hans Detlef Sierck?
"APRIL, APRIL !" de Douglas Sirk (1935) © Photos Capricci

Redécouvrez, dès la rentrée et cet automne, les premiers films, en allemand, de Douglas Sirk.


Cinéaste américain, Douglas Sirk n’a vécu que deux fois. Mais quelles vies ! Jusqu’au 26 octobre, la Cinémathèque française accueille la rétrospective intégrale du pape du mélomane, admiré de Godard, de Fassbinder ou d’Almodovar en dépit du mépris où la critique le tenait en son temps. Occasion unique de découvrir quelques pépites en Technicolor, tels Mirage de la vie (1959), avec Lana Turner dans un de ses derniers rôles, Ecrit sur le vent (1955), Le temps d’aimer et le temps de mourir (1958), etc. Ou encore – infiniment romanesques ! – La Ronde de l’aube, adaptation d’un roman de Faulkner, et Les Ailes de l’espérance, films dans lesquels se débride la passion de Douglas Sirk pour l’aviation. On oublie trop souvent ce que l’âge d’or d’Hollywood doit à l’immense réservoir d’artistes natifs du Vieux Continent. Comme nombre de ses pairs musiciens, écrivains ou réalisateurs, Sirk est un exilé, qui a n’a dû trouver refuge aux États-Unis que pour une seule raison : il se savait menacé par le régime nazi, sa femme était juive. 

Sept films en versions restaurées à découvrir

Ce qu’on sait encore moins c’est qu’à Herr Hans Detlef Sierck de son vrai nom, né à Hambourg en 1897, l’on doit un certain nombre de chefs-d’œuvre en langue allemande, produits entre 1935 et 1937 par le célèbre studio UFA, passé sous la férule hitlérienne. Ayant fui le Reich pour l’Amérique, il se rebaptise Dougas Sirk en 1943, et c’est sous ce nouveau patronyme qu’il se fait immédiatement connaître avec Hitler’s mad Man, l’histoire de Reinhard Heydrich (campé par la star John Carradine), le fameux vice-gouverneur de Bohême-Moravie assassiné en 1942 par un résistant tchèque. 

En parallèle à la rétrospective intégrale à la Cinémathèque française (qui donne justement lieu à la parution d’un livre de haute érudition, Douglas Sirk, né Detlef, Sierck, signé Bernard Eisenschitz – signature le 11 septembre à 18h30 : à vos agendas ! – on doit au distributeur Capricci la sortie en salle, restaurés par la Fondation Murnau, de sept longs métrages dont l’excellence n’a rien à envier à ceux qui feront son renom outre-Atlantique après-guerre. Le moins méconnu d’entre eux, sans conteste, est le dernier que Herr Detlef Sierck ait réalisé sous bannière germanique, La Habanera : joyau étincelant du mélodrame, tourné à Tenerife, en pleine guerre d’Espagne. Sans doute à cause de la chanteuse mythique Zarah Leander, qui interprète Astrée, cette jeune aventurière suédoise qui, au cours d’une croisière la ramenant d’un périple à Porto-Rico avec une tante rabat-joie, fugue pour convoler avec Don Pedro de Avila, riche propriétaire terrien dont elle s’est éprise un peu vite, sous le charme d’une chanson rêveuse : « la habanera »… Résultat, dix ans plus tard, la vie d’Astrée, sous la coupe de cet homme maladivement jaloux, s’est changée en un tel enfer qu’elle tentera d’y échapper avec son jeune blondinet aryen, le fils qu’elle a eu du méchant mari. 


Du mélo au cinéma total

Parmi ce corpus de films allemands si souverainement traversés de musique et de cette haute culture européenne dont notre époque sans mémoire ignore le prestige, retenons le délicieux, désopilant, immarcescible April, April (1935), comédie de boulevard dont les quiproquos rappellent l’esthétique d’un Ernst Lubitsch (encore un compatriote promis à l’exil). Julius Lampe, un parvenu, propriétaire d’une usine de pâte à pain, gonflé d’orgueil à l’idée de devenir le fournisseur du Prinz von Holsten-Böhlau (sic), se prend à des visées matrimoniales pour sa fille. Un « poisson d’avril » lui laisse croire à une visite royale. D’où une enfilade de rebondissements cocasses. Mais aussi, dans un genre moins frivole, ces chefs-d’œuvre que sont La fille des marais (1932) ou La neuvième symphonie (1936). Et surtout, Paramatta, bagne de femmes (1937), l’autre film avec Zarah Leander en diva du mélo, laquelle campe ici avec ferveur une chanteuse de music-hall qui se sacrifie à la place de son amant impliqué dans une affaire de faux en écriture, et se voit condamnée à des années de réclusion atroce… On en pleurerait, je vous dis.


Rétrospective Douglas Sirk, du mélodrame au cinéma total. Cinémathèque française. Jusqu’au 26 octobre.

Rétrospective Douglas Sirk, les mélodrames allemands. En versions restaurées inédites. Sept films en salles, à partir du 7 septembre.

Livre Douglas Sirk, né Detlef Sierck, par Bernard Eisenschitz. Editions de l’œil. Signature de l’auteur à la Cinémathèque française, le 11 septembre à 18h30. 

Douglas Sirk, né Detlef Sierck

Price: 35,00 €

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