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Quand Hollywood illuminait le monde

Quand Hollywood illuminait le monde

Rendez-vous, d’Ernst Lubitsch, avec James Stewart et Margaret Sullivan, 1940 (Collection Fnac).
Employés d’une même boutique à Budapest, Klara et Alfred se supportent difficilement. L’un et l’autre entretiennent par ailleurs une correspondance amoureuse, passionnée et platonique, avec deux anonymes. La mise en scène de Lubitsch, si elle n’est pas tape à l’œil, joue à merveille avec l’espace de cette petite boutique : tout y est prétexte au malentendu, à la confrontation et au flirt – de préférence les trois en même temps. En s’emparant avec son brio habituel de la pièce de théâtre La Parfumerie, du Hongrois Miklos Laszlo, Lubitsch a tout simplement inventé la comédie romantique.[access capability=”lire_inedits”]

Gentleman Jim, de Raoul Walsh, avec Errol Flynn, 1942 (Collection Fnac).
Jeune Américain fougueux d’origine irlandaise, James J. Corbett est bien décidé à conquérir la fille du patron de la banque où il est employé. Comment ? En devenant champion du monde de boxe ! Brutal et symbolique, l’affrontement sur le ring va permettre à Corbett de partir à la conquête d’un nouveau statut social et, du même coup, lui ouvrir le cœur de la femme qu’il aime. Car nous sommes dans le San Francisco de la fin du XIXe siècle, en plein mythe américain, dans le pays où tout est possible pourvu qu’on ait courage et esprit d’entreprise. Raoul Walsh, avec sa réalisation discrète et efficace, excelle à rendre la grâce de cette ascension.

Tous en scène, de Vincente Minnelli, avec Fred Astaire et Cyd Charisse, 1953 (Warner Home Video France).
Ancienne idole des foules, Tony Hunter, revenant au pays, s’aperçoit qu’il y est oublié. Au cours des péripéties qui jalonnent son retour sur le devant de la scène, il va rencontrer la superbe et sculpturale Gabrielle… Incontestablement le plus grand musical hollywoodien. Minnelli au sommet de son art. Chaque séquence le dispute aux autres par sa virtuosité. Cyd Charisse y est magnifique et Fred Astaire, plus que jamais, un précurseur (on voit ici, encore plus qu’ailleurs, que Michael Jackson lui a tout piqué, notamment une chorégraphie qui sera reprise dans le clip de Smooth Criminal).

L’Affaire Cicéron, de Joseph L. Mankiewicz, avec James Mason et Danielle Darrieux, 1952 (Carlotta Films).
Le titre fait référence au nom de code donné par les espions du Troisième Reich à Diello, un domestique de l’ambassade britannique à Ankara. Diello avait été jadis le valet de chambre d’une belle comtesse ruinée à qui il demande d’organiser des soirées mondaines afin d’abriter un trafic de microfilms. Toujours aussi brillant scénariste que metteur en scène, Mankiewicz signe là un passionnant film d’espionnage, inspiré de faits réels, mais aussi une œuvre noire et amère, où l’amour et le bonheur figurent dans un paradis lointain, définitivement inaccessible au commun des mortels.

Monnaie de singe, de Norman McLeod, avec les Marx Brothers, 1931 (Universal Pictures Video).
Passagers clandestins d’un navire, Groucho, Harpo, Chico et Zeppo, découverts par le capitaine, parviennent à s’échapper. Le quatuor va alors semer désordre et panique à bord. On sait que la parole de Groucho, créatrice d’équivoques, devient vite un ferment d’anarchie, que les interventions de Chico allument la mèche de bâtons de dynamite que Harpo s’empresse de faire exploser. Inattendu, Maurice Chevalier traverse cette croisière en folie. Tordant.

Le Secret magnifique, de Douglas Sirk, avec Rock Hudson et Jane Wyman, 1954 (Carlotta Films).
Richissime et cynique play-boy, Bob Merrick est sauvé d’un accident de hors-bord par un médecin dont il provoque accidentellement la mort. Bob tombe amoureux de la veuve qui n’a que mépris pour lui. Pour échapper à ses assiduités, elle se blesse et perd la vue… Improbable sujet que Douglas Sirk, grand maître américain du mélo, sauve du ridicule par une mise en scène magistrale et une utilisation très personnelle de la couleur.

L’Impossible Monsieur Bébé, de Howard Hawks, avec Cary Grant et Katharine Hepburn, 1938 (Éditions Montparnasse).
Un paléontologue rêveur et un peu filou rencontre une jeune femme riche et passablement excentrique au point d’avoir apprivoisé un léopard, l’impossible Bébé, qu’un autre fauve − sauvage celui-là ! − va remplacer à leur insu. C’est l’archétype de la screwball comedy, où fusent des répliques aussi brillantes qu’imprévisibles. Situations comiques enchaînées à vive allure et quiproquos en cascades installent sur le film une folie douce et désopilante appuyée sur la mise en scène virevoltante du réalisateur de Les Hommes préfèrent les blondes. Un des chefs-d’œuvre du genre.

La Horde sauvage, de Sam Peckinpah, avec William Holden, Robert Ryan et Ernest Borgnine, 1969 (Warner Home Vidéo France).
Une bande de francs-tireurs de l’Ouest américain, pour se remplumer, prépare l’attaque d’un convoi d’armes. Sordide appât du gain, vengeances épouvantables, chasseurs de prime sans foi ni loi : La Horde représente le cas-limite du western classique, où la brutalité perd ses vertus civilisatrices et où même les enfants tuent. Une violence contre laquelle Sam Peckinpah semble s’insurger bien qu’elle soit le sujet de tous ses films et qu’il la considérât, avec un certain fatalisme, comme un élément inséparable de la vie des hommes.

Boulevard du crépuscule, de Billy Wilder, avec William Holden et Gloria Swanson, 1950 (Paramount Home Entertainment France).
Une vedette oubliée du cinéma muet rêve de son retour et, pour cela, convie à l’y aider un scénariste malchanceux, peut-être un peu raté, qu’elle va enfermer avec elle dans sa sombre et superbe villa gothique de Sunset Boulevard. Erich von Stroheim, en majordome de l’actrice déchue, est inoubliable. Onze nominations aux Oscars. Quand il en avait assez d’être un génie de la comédie, Billy Wilder pouvait l’être aussi du film noir, nous donnant ce huis-clos oppressant, ce tête-à-tête pathétique qu’est Boulevard du crépuscule, somptueux théâtre d’ombres sous le soleil écrasant de Los Angeles.

L’Homme de la plaine, d’Anthony Mann, avec James Stewart et Arthur Kennedy, 1955 (Sony Pictures Home Entertainment).
Ancien capitaine de l’armée et vrai dur à cuire, Will Lockhart, l’homme de la plaine, arrive dans une petite ville du Nouveau-Mexique où le convoi qu’il dirige doit livrer des marchandises. On apprend qu’il est là aussi pour y rechercher un trafiquant d’armes qui a commis l’erreur de descendre son jeune frère… De beaux personnages servent cette histoire forte, shakespearienne, qu’Anthony Mann lui-même prétendait avoir traité comme une libre interprétation du Roi Lear. Un classique du western.[/access]

Juin 2012 . N°48

Article extrait du Magazine Causeur


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Timothée Gérardin est l'auteur du blog cinéphile <a href="http://fenetressurcour.blogspot.com">Fenêtres sur cour.</a>

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