(Avec AFP) – Manuel Valls poursuit sa contre-offensive visant à défendre la réforme du collège portée par sa ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, à la veille d’un mouvement de grève lancé dans l’enseignement secondaire et soutenu par une très large majorité de Français.

Le Premier ministre, qui a publié lundi dans Libération une tribune dénonçant les « contrevérités » portées selon lui par les opposants au projet du gouvernement, s’est présenté comme le défenseur d’une « école pour tous » et pas « seulement pour certains ». Un argumentaire tout en finesse, qui laisse perplexe à l’heure ou même la télévision ne présente plus depuis longtemps le monde en noir et blanc (quoique, le logo de Canal+…).

Ces grossiers éléments de langage rappellent ceux de la ministre de l’Education, lorsqu’elle parlait de « rumeurs » à propos de l’introduction de la théorie du genre à l’école. Ou encore ceux de l’indéboulonnable ministre de la justice au moment de faire passer au forceps son « mariage pour tous » – pas encore gratuit et obligatoire, mais presque – dont les opposants n’exprimaient selon elle que des « fantasmes ».

« Je pense que c’est difficile de réformer l’école », a pontifié M. Valls, invité pendant plus d’une heure lundi matin sur France Culture, « parce qu’elle est au cœur de la construction républicaine, parce que depuis que Jules Ferry a construit l’école de la République, chaque fois qu’on parle de l’école, il y a des débats ». Et le débat démocratique sur ce qui fait (ou défait) la République, forcément, c’est plus compliqué qu’une décision idéologique arbitraire.

Mais surtout, « derrière cela, il y a deux conceptions qui s’affrontent, entre l’idée d’une école pour tous et une école seulement pour certains », a-t-il osé, faisant référence aux propositions de l’ancien ministre UMP Bruno Le Maire. Comment ? L’outsider de l’UMP – pardon, Les Républicains – aurait-il l’intention d’exclure une partie des enfants de l’école républicaine ?

Jamais de la vie, mais Valls est Charlie : il défend le droit à la caricature. En l’occurrence, celle de tous ceux qui s’opposent aux projets gouvernementaux. Dans un entretien à Libération, M. Le Maire propose simplement de « remplacer le collège unique par un collège diversifié ». Objectif évident : en finir avec la croyance absurde selon laquelle il faudrait que « tous » les élèves empruntent la même voie, quels que soient leurs points de départ et d’arrivée.

« Il y a là une autre conception d’une école, qui, elle, est inégalitaire, qui ne donne pas les chances pour tous (sic). Nous voulons, nous, élever le débat, nous voulons élever le niveau pour tous les élèves », a plaidé M. Valls dans un français digne de François Hollande ou David Douillet… sans expliquer comment une baisse du nombre d’heures de cours pourrait bien conduire à une hausse du niveau général.

Le « pourtoussisme » a ses raisons que la raison ne connaît pas. Dans sa tribune publiée la veille par le quotidien, Manuel Valls va même jusqu’à avancer que cette réforme, considérée par de nombreux « pseudozintellectuels » (© Najat V.-B.) comme un attentat contre la culture française, « démocratise le latin et le grec ». Gag ultime, alors qu’un responsable syndical nous confiait récemment qu’« aucun programme de langues anciennes n’avait été prévu » par le Conseil supérieur des programmes.

Finalement, la réforme prévoit que les langues anciennes ne soient pas enseignées en tant que disciplines proprement dites, mais tout juste abordées dans le cadre des fameux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Pourquoi ? Jean-Luc Mélenchon a avancé une hypothèse dimanche sur RTL et LCI : « Voilà le PS en plein délire maoïste, a-t-il sobrement expliqué, puisque déjà, dans la révolution culturelle de Mao Zedong, on prétendait que le piano était spontanément réactionnaire. Donc voilà que le latin est devenu spontanément réactionnaire. C’est absurde ».

Selon un sondage Odoxa, 60 % des Français estiment « justifiées » les manifestations prévues mardi à l’appel de syndicats de gauche et de droite, qui représentent ensemble 80% des votes des enseignants du collège lors des élections professionnelles de décembre dernier. Mais Najat Valaud-Belkacem a répété que la réforme entrera en vigueur, comme prévu, à la rentrée 2016. Il semble que nos ministres adeptes de la novlangue sociétaliste aient, plus encore que certains collégiens, du mal à comprendre la langue que parlent encore la plupart des Français.

*Photo : © AFP/Archives Kenzo Tribouillard

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