Jeudi dernier à Bizerte, station balnéaire du nord de la Tunisie, à l’occasion de la journée internationale de Jérusalem qu’organise chaque année l’Iran pour récupérer, pardon soutenir, la cause palestinienne, on a frôlé le bain de sang, mais pas celui qu’on aurait pu craindre a priori. Alors que le président iranien Ahmadinejad, le Guide suprême Khamenei et le secrétaire général du Hezbollah Nasrallah ont encore tout récemment traité Israël de « tumeur cancéreuse » censée constituer « le principal problème du monde musulman », l’affrontement bizertin du 16 août n’a pas pris la forme d’un pogrom antijuif, mais d’un carnage intra-islamiste.

Comment en est-on arrivé là ? Lors de la première commémoration de la « Journée Al-Qods » dans la Tunisie nouvellement islamiste d’Ennahda, un anti-israélien au pédigrée particulièrement prestigieux était l’invité-vedette des débats : Samir Kuntar. Ce dernier est mondialement célèbre pour un haut fait d’armes: avoir assassiné en 1980 un père de famille et sa petite fille de quatre ans, en fracassant le crâne de celle-ci contre un rocher. Ces crimes lui valurent près de trente ans de détention dans les prisons israéliennes -avant qu’un échange de prisonniers entre l’Etat juif et le Hezbollah ne lui rende la liberté en 2008. Dès lors, ce druze issu du Front de Libération de la Palestine est devenu l’égérie du Hezbollah, qui a même eu l’obligeance de lui trouver une jeune fille chiite à son goût pour mariage.

Hélas pour lui, ce jeudi, Kuntar ne s’est pas contenté de faire feu sur la politique israélienne, il s’est cru obligé de faire du zèle au bénéfice de ses employeurs. En pleine guerre civile syrienne, il a claironné son soutien indéfectible à Assad et s’en est pris aux parrains saoudo-qataris de la guérilla armée dont il a fustigé la « puanteur des pétrodollars ». C’en fut trop pour quelques nervis salafistes présents dans l’assistance qui, apparemment sûrs de leur impunité, attaquèrent la foule des spectateurs à coups de bâtons et de sabres. Prudent, Kuntar s’est enfui par une porte dérobée avant d’avoir à confronter d’homme à homme ses arguments avec ceux de ses contradicteurs.

On pourra constater l’efficacité des troupes de choc salafistes à l’examen des gueules cassées qu’ils laissent derrière eux. Mais malgré leur sauvagerie, ces fanatiques ont encore quelques progrès à faire pour égaler celle du tueur de la petite Einat Haran. Finalement, s’il y a une conclusion à trouver à cette fameuse journée Al-Qods, c’est bien que sunnites radicaux et extrémistes pro-chiites n’ont pas besoin d’Israël pour s’entretuer…

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