Jesus par Gotlib

« C’est dur de vivrensemble avec des cons ». Cette amusante formule figurait sur la pancarte confectionnée par Cyril Bennasar lorsque nous nous sommes rendus en bande à la manifestation de soutien à Charlie Hebdo, quelques jours après qu’un incendie eût dévasté le siège du journal, coupable d’avoir déconné avec la charia. Et ces jours-ci, entre les musulmans excités qui ont applaudi à l’attentat − personne, à ce jour, ne sachant qui l’a commis −, les cathos exaltés qui bombardent d’œufs pourris la scène sur laquelle est jouée une pièce qui leur déplaît, les européistes fanatiques qui voient revenir les heures les plus sombres de ce que vous savez parce qu’on ose critiquer la dame de fer allemande et les écolos qui crient au crime contre l’humanité parce qu’un écrivain ose plaisanter sur l’accent de la peste verte (et toc !), les cons, ce n’est pas ce qui manque. Comme disait l’autre, ils volent en escadrille. Et ils se tirent la bourre pour savoir lequel gagnera le pompon de la victime de la plus monstrueuse phobie.

L’ennui, c’est que ces cons, ce sont nos cons. Autrement dit, on n’a pas le choix, c’est avec eux qu’il faut « vivrensemble ». Reste à trouver le mode d’emploi. Cela serait relativement aisé si tout ce petit monde voulait bien admettre qu’en France, on peut être choqué en ouvrant un journal, excédé en allumant sa télé, horrifié en écoutant sa radio, mais que chacun peut également choquer, horrifier et excéder ses contemporains sans crainte de subir les foudres de la Sainte Inquisition. C’est ça la France, un pays où le droit au blasphème est sacré. Ou devrait l’être.

 

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