Dans son dernier ouvrage, Proust d’une main, Edouard Launet, journaliste scientifique et dénicheur de génie, a mis le doigt sur des chefs-d’œuvre inédits de la littérature érotique. 


La fesse est chassée dans la publicité. Le cul proscrit à la télé. La lingerie bannie du mur des villes. Les ébats démontés par le débat national. Chaque jour, le sein subit les assauts délirants des nouvelles ligues de vertu. À défaut d’imposer la parité, ces censeurs salaces réveillent la guerre des sexes. Ils salissent le plaisir et ont perdu tout sens commun. Aux Etats-Unis, le téton est l’ennemi public numéro 1, il condense toute la frustration d’un pays sur une minuscule parcelle de peau. Chez nous aussi, ces territoires sont abandonnés dans la République des lettres au profit d’un hygiénisme suspect. Des murs d’intolérance sont érigés un peu partout dans la sphère intellectuelle pour repousser l’attraction des corps, lui nier son élan vital, lui enlever sa mystique des fluides. L’étrangeté du désir met mal à l’aise une mondialisation qui ne connaît à son vocabulaire étriqué que le rendement et la norme, les performances des faibles.

Edouard Launet, Champollion du sexe refoulé

Quand l’économie opprime notre quotidien et joue au professeur de morale, il reste la littérature pour entrevoir des espaces de liberté. Dans son dernier ouvrage, Proust d’une main, paru aux éditions Exils, Edouard Launet, journaliste scientifique et dénicheur de génie a mis le doigt sur des chefs-d’œuvre inédits de la littérature érotique. Ce Champollion du sexe refoulé, archiviste de la mémoire cochonne, érudit du non-dit nous éblouit par le fruit de ses recherches. Il compile, recoupe et explore des sources infimes, aussi bien dans les revues les plus anonymes et les thèses les plus absconses. Son domaine de l’extension rose s’étend à l’ensemble de la planète et des bibliothèques. Quel merveilleux chasseur des zones érogènes entre les lignes ! « Ainsi l’objet de cet ouvrage est-il d’explorer les tiroirs secrets de la littérature, non par voyeurisme ou curiosité anecdotique mais parce que cette partie occultée des œuvres mérite autant la lumière que l’autre : elle révèle en effet des facettes nouvelles de leurs auteurs et de leurs plumes » nous avertit-il, en préambule de son texte. Cette précaution d’usage est inutile car l’interdit a toujours été l’abreuvoir des écrivains. Ils viennent s’y désaltérer et y puiser une énergie féconde. La création littéraire se moque des balises de la pudibonderie qui ont tendance à proliférer sur papier ou sur écran ces derniers temps.

Ce petit livre rouge passion superbement accompagné de vingt-quatre dessins de Saraï Delfendhal ne quittera plus votre table de nuit. Il est irrévérencieux par nature, gourmand par destination et d’une drôlerie polissonne sans comparaison sur le marché. Les romanciers de la rentrée pourraient s’en inspirer pour pimenter leur prose assommante et ranimer leur libido dormante. Edouard Launet évoque, pêle-mêle, les dérives érotiques de Jules Verne canalisées par son éditeur Hetzel, scrupuleux gardien de l’ordre moral ; la roideur chancelante de Sacha Guitry et son art du dialogue ; les inlassables nains priapiques des frères Grimm ; la baguette magique à double sens de J.K. Rowling ; les milles variations du chibre du côté de Frédéric Dard, plus communément appelé le nœud gordien de Béru ; mais aussi l’éros dans les écrits de Jean d’O, Cocteau, Rabelais et même Chrétien de Troyes.

Et puis, il y a ces découvertes qui ravissent et enchantent comme le carnet noir de Landru, l’homme aux 283 conquêtes « macabres ». Henri Désiré Landru notait consciencieusement les particularités anatomiques et psychologiques de ses futures victimes avec un humour noir décapant. Il décrit ainsi une certaine Léontine : « Poils pubiens très noirs, drus et en abondance […] Ces broussailles permettent dans l’immédiat d’assouvir d’autres besoins que ceux de la combustion ». Entre réalités et mystifications, avec le ton de l’amusement, la meilleure façon d’enseigner, Edouard Launet analyse la relation épistolaire entre Einstein et Marilyn ou le double maléfique d’Enid Blyton, l’auteur de Oui-Oui. Vous ne lirez plus de la même façon les aventures du chauffeur de taxi à la voiture rouge au pays des jouets. Et les pages consacrées au roman de VGE nous donnent une définition assez exacte de l’amour vache.

Proust d’une main, Edouard Launet – Exils éditeur.

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