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Indulgence plénière pour les anciens poutinophiles, SVP!

En Europe occidentale, l'invasion de l'Ukraine a légitimement éloigné certains électeurs de la droite pro-Poutine

Indulgence plénière pour les anciens poutinophiles, SVP!
Vladimir Poutine au Fort de Brégançon, août 2019 © Gerard Julien/AP/SIPA

Même si Giorgia Meloni reste un cas à part, l’invasion de l’Ukraine, décidée par Vladimir Poutine le 24 février, est un très mauvais coup porté aux droites nationales européennes.


L’argument est si facile et si injuste ! À la suite de l’AFP, Le Monde d’aujourd’hui annonce la victoire de Giorgia Meloni et de son parti « post-fasciste ». Le « post » veut être à la mode et nuancer, mais il reste dans la formule l’insulte rituelle contre les partis conservateurs et nationaux. Jusqu’à quand sévira le refus d’admettre que ces partis se sont dédiabolisés, et que leur modération grandit à mesure que se rapproche le jour où ils prendront le pouvoir ? Jusqu’à quand les critiquera-t-on pour ce péché originel ? L’arrière-petit-fils de Marion Maréchal portera-t-il encore le poids des fautes de Jean-Marie inscrit dans son ADN ? Nous vivons dans l’aurore noire d’un monde sans Christ, donc sans pardon et sans rédemption du pécheur.

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Puissance russe et impuissance française caricaturales

L’autre accusation rituelle contre les droites nationales d’Europe est leur collusion avec Vladimir Poutine. On oublie qu’en France, le Rassemblement national s’est longtemps vu refuser tout prêt par des banques obéissant servilement au politiquement correct, et qu’il a dû aller à Moscou pour obtenir l’argent d’une banque russe. On oublie aussi qu’avant l’invasion de l’Ukraine, on jugeait très généralement Poutine fréquentable, certains l’invitaient même dans leur résidence méditerranéenne pour lui tapoter le genou et solliciter une bienveillance qui n’a jamais existé. On imaginait naïvement que Poutine allait demeurer un brave tyran modéré, jouissant paisiblement de son palais de Sotchi, de la crainte respectueuse de son peuple ivre de servitude, et des rapports secrets qu’on lui faisait de la mort des oligarques qui avaient le malheur de lui déplaire. Précision atroce: beaucoup de ces faux suicides d’oligarques ont été accompagnés de l’exécution de leur famille, femme et enfants, c’est ce que nous apprend Sergueï Jirnov qui consacre cinq pages de L’engrenage à ces massacres barbares. « Le 18 avril [2022] Vladislas Avaïev aurait tiré sur sa femme enceinte et leur fille de treize ans avant de se suicider », lit-on page 102. Poutine est un jouisseur, non des femmes et du caviar hélas, mais du pouvoir qu’il exerce et de la crainte qu’il inspire. L’idée qu’il pourrait mettre fin à cette vie si savoureuse par le suicide nucléaire de la planète est une crainte puérile et absurde.

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À mon avis, la fascination qu’exerçait Vladimir Poutine sur les droites européennes, et singulièrement françaises, a une autre raison, plus intéressante. Les exécutifs des démocraties européennes sont affligés d’une impuissance de plus en plus totale, surtout chez nous, comme l’a prouvé jusqu’au ridicule l’affaire Iquioussen. Éric Zemmour a parfaitement diagnostiqué les causes de cette impuissance: le pouvoir exorbitant et antidémocratique des juges et celui de la Commission de Bruxelles en proie à une idéologie immigrationniste et droitdelhommiste, plus grave qu’un Covid sur un obèse diabétique. Au Kremlin tout va très vite: Vladimir veut annexer Louhansk et Donetsk ? Pas de problème, la Douma fait une loi et il publie son décret, l’affaire est pliée en une semaine. Chez nous, Mayotte sombre dans la crise migratoire depuis des années, les déserts médicaux s’agrandissent depuis des décennies et les remèdes mis en œuvre sont dérisoires, à peine si on a restreint le droit du sol pour une maternité, à peine si on desserré un peu la mâchoire du numerus clausus des étudiants en médecine. Impuissance caricaturale dans un cas, rapidité de réaction inhérente aux régimes autoritaires dans l’autre. Entre impuissance et tyrannie, n’y a-t-il plus de place en Europe pour une efficacité démocratique ?

Marina Lepeni, Silvio Ciotti et Matteo Zemmuri

Une dernière remarque. Pour rester dans la métaphore religieuse, “errare humanum est, perseverare diabolicum”. Autant il était pardonnable d’aller chercher des subsides et des leçons de gouvernement au Kremlin avant le 24 février de cette année, autant il est impossible de le faire désormais. L’erreur de croire qu’il est utile de négocier avec la Russie remonte au général de Gaulle qui voyait la France en pivot entre l’est et l’ouest. Entre une démocratie dont le président s’en va nécessairement au bout de quatre ou huit ans et une tyrannie qui donne à son chef des dizaines d’années pour peaufiner ses mauvais coups, il n’y a pas d’équilibre à chercher.

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Giorgia Meloni veut rester dans l’OTAN, dans l’Europe et continuer à soutenir l’Ukraine, elle cherchera bien sûr à protéger l’identité chrétienne et européenne de l’Italie. Si c’est ça le post-fascisme, on en demande, on en veut nous aussi de ce côté des Alpes ! Quel dommage qu’à l’impuissance du pouvoir macronien ait répondu l’impuissance de la droite à s’unir ! Marina Lepeni, Silvio Ciotti et Matteo Zemmuri auraient fait un beau trio pour diriger la France.

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