« Vive la crise ! » disait jadis un postmarxiste « tendance Reagan » pour assurer le service après-vente du mitterrandisme postmauroyiste.  Le message était clair : les frimas de la crise du capitalisme allaient revigorer nos corps de larves engourdis par les Trente Glorieuses. Et le salut viendrait – après dégraissage intense du Vieux Continent – de la culture flexible dynamique et internationaliste des traders, aussi mobiles que le capital.  Trente ans plus tard, personne ne croit plus à cette fable dans la vieille Europe, ni même dans la nouvelle : dans ces pays du Sud qu’on croyait être les fers de lance de la bruxellisation heureuse, la solution en vogue n’est plus la croissance interne, mais le salut par l’étranger. Si on s’est ému chez nous du rachat du PSG par le Qatar, au Portugal, c’est le pays entier qui est à vendre. Différence notable avec le cas français : à Lisbonne, les pétroliers pleins aux as ne sont pas qataris ou émiratis mais angolais, donc ex-colonisés restés sous la tutelle lusitanienne jusqu’en 1975. Peu à peu, les groupes médiatiques portugais tombent sous la férule de ces magnats étrangers, à commencer par la marque Zon (TV, téléphonie, cinéma), sur le point d’être rachetée par la fille du président angolais. Libé, dans ses excellentes pages médias, nous apprend  que l’angolais Newshold convoiterait, lui, la télévision publique RTP  après avoir racheté le troisième hebdo du coin et acquis des parts des principaux journaux portugais. Tout cela ne serait que concurrence pure et parfaite si lesdits investisseurs ne censuraient pas toute mise en cause des pratiques financières de l’Angola et des quelques scandales qui s’y rapportent, avec le consentement implicite d’un gouvernement portugais qui a semble-t-il d’autres chats à fouetter. De quoi apaiser nos lamentations franco-françaises : jusqu’à présent, ni Le Figaro ni L’Obs n’ont été rachetés par l’Etat gabonais…

Lire la suite