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Philippe Caubère : sa vie est son oeuvre

Trilogie Ferdinand

Philippe Caubère : sa vie est son oeuvre
Philippe Caubere, le 2 novembre 2011. Numéro de reportage : 00627942_000037 Auteurs : BALTEL/SIPA

Dans son dernier spectacle Adieu Ferdinand ! Suite et fin, au théâtre du Rond-Point jusqu’au 5 janvier, Philippe Caubère achève son cycle autobiographique. Une trilogie époustouflante sur ses désillusions de jeune homme, de mari et de comédien.


Quel est le rapport entre un champ de betteraves, un casino et un camp naturiste ? Adieu Ferdinand, suite et fin, le dernier spectacle de Philippe Caubère à l’affiche du théâtre du Rond-Point jusqu’au 5 janvier 2020. Il s’agit de l’ultime trilogie de son autobiographie scénique, Le Roman d’un acteur, travail proustien qui évoque la commedia dell’arte entamé en 1981.

Comme toujours, la performance de Caubère est sidérante, tellement sidérante qu’on a parfois du mal à suivre, entre les différents personnages, les didascalies, les bruitages, les mimes et contorsions de l’acteur.

Dans cet ultime volet, Caubère convoque le jeune Ferdinand, son double scénique, au moment où il quitte Ariane Mnouchkine et le théâtre du Soleil, sa mère de théâtre et celle qui fit de lui un Molière définitif au cinéma. Et il tue la mère. De manière subtile cependant, mais évidente pour qui a l’oreille avertie. Dans Le Casino de Namur II, il fait dire à Bruno Gallardini, un de ces personnages, sorte de Caubère augmenté qui revêt la bonhomie méditerranéenne de l’acteur : « Mmmnouchkine c’est important, ne pas oublier le M », et l’acteur appuie sur le M de manière caricaturale. Dans La Baleine et le camp naturiste, le premier volet qui se passe en partie dans un camp naturiste, il écorne l’image de la grande dame du théâtre, représentée comme une adepte du naturisme et du sexe en groupe.

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La Baleine est la plus drôle et enlevée des trois pièces. On retrouve Ferdinand/Caubère et sa femme Clémence toujours pensionnaires à la Cartoucherie de Vincennes. Enfants de 68, Ferdinand et Clémence ne se sont pas juré fidélité lors de leur mariage et Ferdinand lui avoue son désir d’aller voir ailleurs, ce qui fait pleurer Clémence. Ce n’est pas une réflexion sur la fidélité dans le couple, mais le portrait d’un « homme faible et merveilleux » paumé entre la doxa soixante-huitarde de l’amour libre, ses pulsions et son amour pour sa femme. Et c’est aussi un merveilleux texte sur l’obsession sexuelle des hommes. Pour se venger, Clémence l’emmène en vacances au fameux camp naturiste de Montalivet, où l’acteur s’en donne à cœur joie.

Les deux autres volets, beaucoup plus sombres, se passent en Belgique où l’acteur a fait partie de la troupe de Jean Vilar, à Louvain. « La Belgique, à côté Jérôme Bosch, c’est Walt Disney », s’exclame Ferdinand dans Le Casino de Namur I. En effet, nous voilà propulsés au milieu de l’excellente et über belge émission « Strip Tease ». Ferdinand et son ami Bruno rendent visite à un camarade qui vit chez ses parents, rois de la betterave dans les plaines de Wallonie. Un drame familial burlesque et effrayant se noue. Dans cette famille dysfonctionnelle, le fils et ses velléités de faire l’acteur sont humiliés sur fond de belgitude, de repas pantagruélique et de déco en forme de betteraves.

Son père lui a “cassé la gueule” lorsqu’il lui a avoué son désir de faire du théâtre

Caubère, fils de bourgeois provençaux, se projette certainement, car il a dit dans une interview que son père lui avait « cassé la gueule » lorsqu’il lui a avoué son désir de faire du théâtre. C’est le volet le plus dérangeant, une véritable farce tragique, qui laisse un goût amer.

Le Casino de Namur II est à mon sens la pièce la moins réussie. Après les agapes, nos amis se dirigent vers le casino, le péché mignon du Belge Jean-Marie. Il y retrouve d’ailleurs un peu de superbe. On sent cependant que l’acteur, lui, est un peu perdu dans cet univers, il a d’ailleurs raconté qu’il avait eu beaucoup de mal à mémoriser le texte à cause de son aversion pour les chiffres. Du coup, il perd un peu le public à force d’« impair et gagne » et autre « rien ne va plus ». Mais Ferdinand gagne malgré tout, il a une chance de « cocu » qui le laisse indifférent, il ne sait plus où il est, et lui, virtuose des mots, n’arrive plus à prononcer « croupier » qui devient dans sa bouche « crêpier » ou « drapier ».

Davantage qu’une métaphore de la vie, on peut y voir une métaphore de la désillusion de l’acteur sur son métier. Caubère déclare ainsi dans un entretien : « J’ai peut-être inventé quelque chose avec tout ça, mais qui pour finir ne ressemble à rien ! » Et pourtant, une fois encore, l’acteur pantagruélique parvient grâce à l’autobiographie théâtrale, genre dont il est sans doute l’unique représentant, à se démultiplier pour être à la fois le Belge rejeté par sa famille, le sympathique méridional Bruno et bien sûr Ferdinand le désenchanté, « empêtré dans le grand scotch de la vie ».

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Décembre 2019 - Causeur #74

Article extrait du Magazine Causeur


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est enseignante.

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