Joseph Macé-Scaron, l’ancien directeur de la rédaction de Marianne, vient présenter son dernier ouvrage, Éloge du libéralisme, sur REACnROLL. Le libéralisme ne doit pas être confondu avec le capitalisme de connivence, si répandu dans le monde. Le libéralisme peut être un remède au cynisme politique et aux passions extrémistes, selon lui. Causeur vous invite à lire un extrait de l’émission, que vous pourrez visionner en intégralité sur le site de la webtélé des mécontemporains (5€ par mois).


 

Jean-Baptiste Roques (RNR). Vous venez nous présenter votre nouveau livre Éloge du libéralisme, aux éditions de L’Observatoire que vous avez écrit pour faire une forme de coming-out. Vous êtes un libéral et dans la France de Jupiter, dans la France des gilets jaunes, c’est presque un gros mot… dans la France qui proscrit le port de signes religieux à l’école, ce que beaucoup de libéraux anglo-saxons comprennent mal. Vous vous déclarez libéral, ce que plus personne ne fait depuis au moins une bonne dizaine d’années en France. Est-ce que ça fait du bien de faire ce genre de coming-out? Est-ce que les gens vous regardent différemment ?

Joseph Macé-Scaron (ironique). Est-ce que j’en ai parlé à mes parents ? Comment mes parents ont pris ça ? Sérieusement, j’aime bien le terme coming-out, employé à dessein avec plein de taquinerie de votre part, et je le comprends. En fait, il a toujours été difficile de se présenter comme un libéral. Je me souviens être allé en RER à Nanterre, alors que vous n’étiez pas né, suivre des cours d’Histoire, j’avais dans les mains un papier de d’Ormesson, dans Le Figaro, que j’étais en train de lire. Je me suis fait agresser par les étudiants dans le métro, ils m’ont traité de fasciste! C’était au début des années 80. Aujourd’hui quand vous racontez ça, on vous répond « oui mais c’était les années 80, une autre époque. » Peut-être, mais aujourd’hui, quand on consulte les réseaux sociaux, on peut s’interroger… Cette accusation et cette agressivité par rapport au terme “libéral” ne sont-ils pas revenus à la mode ? C’est la raison de ce livre, je crois que le mot libéralisme lui-même est totalement incompris. D’une manière assez paresseuse, après la chute du mur de Berlin, on a considéré que finalement le libéralisme pouvait se noyer dans une entité qui était l’économie de marché mondialisée et qu’il y avait une sorte d’adéquation entre les deux termes… Ce qui était faux. Il y a eu des combats idéologiques extrêmement forts, illustrés en France par des personnalités aussi riches que Raymond Aron ou Jean-François Revel, par rapport à l’idéologie adverse, de l’autre côté du mur, l’idéologie communiste. Or, finalement, très paresseusement on a dit c’est la fin de l’histoire, c’est la fin des idéologies (…) Pas du tout. Ce que j’explique dans ce livre, c’est que le libéralisme, en tout cas tel que je le présente, c’est une des traditions françaises politiques majeures, et pas simplement depuis Montesquieu, ni depuis Tocqueville, mais bien antérieurement, puisque je mets le curseur au XVIème siècle.

Ensuite, dans ce petit livre, j’explique que le libéralisme est confronté à des défis actuels qui ne sont pas simplement des défis économiques mais qui sont des défis qui relèvent de l’ordre de la liberté publique et des libertés politiques. On se trouve aujourd’hui face à des menaces totalitaires comme dans les années 30. Il y a eu un essai d’Halévy sur l’ère des tyrannies. Aujourd’hui on est face à l’ère des totalitarismes. Alors le libéralisme n’est peut-être pas la solution. Mais je crois que se priver de libéralisme, défendre ou appuyer l’idée que le libéralisme doit être considéré comme l’horreur absolue, responsable de tous les maux de la planète, c’est se priver d’un outil majeur de lutte contre les totalitarismes contemporains.

Jean-Baptiste Roques (RNR). Alors quels sont aujourd’hui les totalitarismes ? Le libéralisme c’est la valorisation des contre-pouvoirs, face à l’absolutisme royal, au fanatisme religieux, aux totalitarismes du xxème siècle. Est-ce que vous pouvez dresser la liste des totalitarismes qui nous menacent aujourd’hui ? On a du mal à les distinguer, vous ne vous en prenez pas qu’à l’islamisme, vous avez aussi un contentieux avec l’écologisme, par exemple. Concernant l’islamisme, en ayant travaillé au Figaro et à Marianne, vous avez toujours été très lucide sur ces questions.

Joseph Macé-Scaron C’était dans la Tentation communautaire, un livre ancien, que je parlais pour la première fois de ce qu’était le communautarisme, où je parlais du communautarisme islamiste, ce qui m’a valu d’ailleurs beaucoup d’attaques de la part d’un certain nombre de sociologues qui m’ont dit « oui c’est ça, l’identitarisme musulman, et pourquoi pas demain des attaques de zombies… » On a vu quand même ce que ça a donné. Je l’ai vécu presque charnellement puisque j’ai un ami très cher, Tignous, qui est tombé au champ d’horreur avec l’ensemble de l’équipe de Charlie Hebdo donc je suis évidemment extrêmement sensible à cette question. (…) D’ailleurs, Fondapol reprend dans un livre le décompte depuis 1979 du nombre d’attentats qui sont l’œuvre de terroristes djihadistes. C’est impressionnant, je crois qu’ils arrivent à peu près au résultat de 130 000 victimes…

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