Le « rire de résistance », vous connaissez ? Non, ça ne date pas de l’occupation allemande, mais d’aujourd’hui. Plus précisément, d’un cycle de conférences organisé par Jean-Michel Ribes (d’ordinaire mieux inspiré) en son théâtre du Rond-Point. En tout, une vingtaine d’exposés pieusement relayés par France Culture, qui n’en rate pas une !

Mais alors, dira-t-on, « résistance » à quoi? Une fois de plus, ce sont les Inrocks qui m’ont éclairé : nous avons, à ce qu’il paraît, un « devoir de résistance politique (…) contre l’époque sarkozyste (…) par la subversion de nos rires ». Rien que ça !

Mais quels rires, au fait ? A vrai dire, on n’en a guère entendu durant la conférence de Roger-Pol Droit, « philosophe et homme d’esprit » comme le présentait (sans rire) l’animateur.

Faire croire aux lecteurs du Monde, auquel il collabore, que ce Roger-Pol là est un philosophe, passe encore ; après tout, ils croient bien lire un « grand quotidien de référence »… Mais le faire passer pour un « homme d’esprit », c’est à la limite de la diffamation !
Toujours est-il que notre ami a choisi, pour accomplir son « devoir de résistance », de s ‘en prendre à… Staline, à l’occasion du 55ème anniversaire de sa mort. On n’est pas plus audacieux.

Circonstance aggravante, notre Mondain avait imprudemment choisi pour arme le deuxième degré, qu’il manie avec une rare balourdise – crachant alternativement une ironie de plomb et des jeux de mots laids, qui à coup sûr seraient refusés aux « Grosses Têtes » ! Me croirez-vous, le ressort comique de cet interminable one-intello-show, c’est d’appeler Staline… le « GPS » !

Ravi de sa trouvaille, R.-P.D. va la décliner trente minutes durant, du « Grand Penseur Staline » au « Guide Parfait des Soviets » en passant par le « Gourou Prolétarien Systématique ». A ce niveau d’à-peu près foireux et de nullité facile, on se croirait sur Rire et Chansons… Et encore, en écrivant ça, je risque le procès (avec la station).

Soudain, R.-P.D. nous informe qu’il a cessé de plaisanter pour causer sérieux. Une précision bien utile au demeurant, puisqu’on rit au moins autant qu’avant ! Que dis-je, on rit beaucoup plus quand, par exemple, au lieu de ses vannes à deux kopeks, l’orateur cite des blagues de prisonniers du Goulag qui savaient, eux, de quoi ils plaisantaient !

– Combien tu as pris ?
– Moi, 20 ans !
– Pourquoi ?
– Pour rien !
– Menteur ! Pour rien, c’est 10 ans !

Mais on ne peut s’empêcher de sourire aussi quand notre humoriste enfile son costume de « Grande Conscience » pour clamer : « Staline a trompé l’espérance ! Il a mué le socialisme en dictature ! » Les nouvelles vont vite, chez RPD…

Pour sa conclusion, l’homme d’esprit a choisi de re-redevenir drôle. Je ne peux que citer : « Merci, camarade Staline, d’avoir montré jusqu’où peut se porter la bêtise, même chez les savants et les philosophes… » Mais si ça se trouve, on en a eu d’autres exemples depuis, n’est-ce pas Roger-Pol ?

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