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De l’acceptabilité du viol

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Les terroristes palestiniens du Hamas ont fait preuve d’une abominable violence sexuelle et systémique le 7 octobre. Devant cette réalité, les organisations féministes de l’ONU se sont montrées silencieuses. Pire, ignorantes.


Le viol: acceptable en fonction du contexte ? À cette question, les organisations féministes de l’ONU laissent entendre que OUI. Si elles ne l’assument pas, c’est parce qu’elles ont retenu la leçon du scandale créé par les présidentes d’Harvard et du MIT expliquant que l’appel au génocide des Juifs pouvait être acceptable « en fonction du contexte ». Mais dans les faits, le martyre des femmes israéliennes, torturées, mutilées, éventrées, violées, abattues a été ignoré et nié par ces ONG. L’ONU Femmes s’est fendue d’un seul tweet, le Cedaw (comité onusien pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes), lui, n’a même pas fait semblant : il s’est contenté d’écrire que le viol c’était mal, sans jamais citer les horreurs subies par les femmes le 7 octobre. Quant au mouvement MeToo international, un tweet minimaliste datant du 15 novembre essaie de faire oublier leur indifférence initiale.

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Et pourtant les preuves s’accumulent qui montrent que « salir » les femmes juives était un objectif du commandement du Hamas. Le but étant de les déshumaniser. Des instructions dans ce sens ont été explicitement données aux terroristes. Le viol est une arme de guerre dans la stratégie du Hamas. Il est pensé et revendiqué comme telle. Comment dire « baisse ton pantalon » en hébreu faisait partie des phrases indispensables à connaître dans le livret fourni aux terroristes du Hamas, selon Alona Fisher-Kamm, ambassadrice d’Israël en France.

Alors pourquoi un tel silence ? Pourquoi vouloir effacer ce qui relève d’un crime contre l’humanité ? Parce que ces femmes sont juives. Tout simplement. Einat Fisher Lalo, membre du réseau des Femmes d’Israël, a déclaré que s’agissant des femmes violées le 7 octobre, on est passé instantanément de « Me Too » (Moi aussi) à « Yes, but » (Oui, mais). Or fermer les yeux sur de telles atrocités équivaut à les cautionner en creux et à les banaliser. Cette absence d’indignation porte la promesse de l’abandon à terme de toutes les femmes. Les Juives auront juste été les premières sacrifiées. Les autres suivront.

Ces biens essentiels

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Les écrivains délateurs ne doivent pas désespérer

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Après tout, d’autres, avant eux, ont eu le Prix Nobel de littérature…


« Dans un pays entièrement soumis au régime des prix littéraires, la médiocrité des livres couronnés est le mètre étalon de l’idéal littéraire, outre que les prix sont des instruments de domination par quoi s’entérinent l’évacuation de la littérature et son remplacement par une dévaluation permanente de cette monnaie littéraire naguère appelée le style. »
Richard Millet. Langue fantôme.


On ne les savait pas si nombreux. Ni si hargneux. Végétant dans quelques obscurs réduits littéraires ou quelques mystérieux recoins médiatiques ou universitaires, ils languissaient, bien sûr, de ne pas être reconnus à ce qu’ils pensaient être leur juste valeur littéraire pour les uns, politique pour les autres. Quand ils apprirent qu’un écrivain célébré par la presse et les lecteurs allait parrainer la 25e édition de ce machin institutionnel et un peu ridicule sur les bords qu’on appelle Le Printemps des poètes, ces « acteurs culturels » – poètes méconnus, écrivains falots, bibliothécaires de « médiathèques inclusives », secrétaires de « bibliothèques sans frontières », libraires libertaires, éditeurs ésotériques, professeurs de lettres à Paris-VIII, etc. – jugèrent que non, décidément, on ne pouvait pas laisser un écrivain reconnu mais, selon eux, d’extrême droite, animer la grand-messe annuelle des poètes ou prétendus tels. La plume à l’air, ils partirent trois cents mais, par un prompt renfort, ils se virent plus de mille en arrivant au port des sycophantes, au repaire des délateurs, au journal Libération. Là, les scribes stasiens rédigèrent avec les pieds une tribune bien débectante pour déloger Sylvain Tesson[1], le seul qui, parmi eux tous, méritât le nom d’écrivain.

Vérifications

Ce troupeau pétitionnaire et acrimonieux est composé pour l’essentiel de parfaits inconnus. Trois ou quatre, qui écument les médias et ont glané tel ou tel prix littéraire, sortent du lot, me dit-on. Je veux bien le croire mais ne résiste pas à l’envie de faire quelques petites vérifications. Qui sont donc les moins méconnus de ces auteurs obscurs qui voient en Tesson une « icône réactionnaire » et considèrent que la nomination de cet écrivain « vient renforcer la banalisation et la normalisation de l’extrême droite dans les sphères politique, culturelle, et dans l’ensemble de la société » ?

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L’autoproclamée « poétesse queer » Élodie Petit, par exemple, est journaliste à ELLE et a écrit plusieurs ouvrages. Elle n’a pas de fiche Wikipédia, ce qui peut être considéré comme une négligence dans le petit monde dit culturel. Gageons que cette lacune sera vite comblée – grâce entre autres à son héroïque geste pétitionnaire contre « l’extrême droite littéraire ». Son dernier recueil de poésies s’intitule Fièvre plébéienne et « parle d’amoure (sic), de précarité, de joie punk, de sexualité ». Élodie Petit y affirme écrire une « langue bâtarde » pour « une littérature prolétaire, proche du réel, expérientielle, menaçante et gouine ». Le magazine Têtu précise : « Élodie Petit démasculinise et débinarise la langue. » Pendant ce temps-là, Sylvain Tesson, accroupi dans les steppes et sur les plateaux du Tibet, apprend « l’art de l’affût dans l’hiver et le silence » et celui de se taire dans l’espoir de voir « l’ombre magique » de la panthère des neiges…

Chloé Delaume a une longue fiche Wikipédia, elle. C’est déjà quelque chose. On y apprend que « son œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique, est centrée sur la pratique de la littérature expérimentale et la problématique de l’autofiction ». Chloé Delaume est régulièrement invitée dans les médias, sur la radio publique, dans divers festivals, au Centre Pompidou, dans des galeries d’art contemporain. Après avoir réjoui Élisabeth Philippe, journaliste littéraire à L’Obs qui a vu dans Mes biens chères sœurs (Éditions Points) « tout le régime hétérosexuel vaciller sur son pilier phallique » derrières des formules comme « le patriarcat bande mou » ou « le couillidé ne contrôle plus rien à part la taille de sa barbe », Chloé Delaume a enchanté France Culture avec Le cœur synthétique, son « premier roman normal », prix Médicis 2020 : « Dans ce livre, j’ai travaillé la stylistique de façon très discrète, cela donne un truc assez soutenu, mais aussi très léger et rigolo, même si dans les passages sur la solitude, il y a des moments un peu plus graves ou émotionnels. » C’est très intéressant et renseigne déjà un peu sur le truc en question ; Télérama achève de nous dissuader d’en entreprendre la lecture : « Le Cœur synthétique décrit la souffrance d’une quadragénaire célibataire, Adélaïde, qui, rongée par la peur de la solitude et de la vieillesse, déconstruit petit à petit les normes imposées par le patriarcat. » Pendant ce temps-là, Tesson s’installe dans une cabane dans les forêts de Sibérie et profite de la solitude, de l’espace et du silence – « toutes choses dont manqueront les générations futures » – pour prendre des notes, « archiver les heures qui passent » et tenter ainsi d’empêcher le néant de triompher…

Baptiste Beaulieu aime les femmes à barbe

Autre signataire de la tribune stalinienne, Baptiste Beaulieu est médecin généraliste et écrivain. La Croix nous apprend que cet homme a pleuré lors de la naissance de son premier enfant : « Je n’avais pas lâché une larme depuis longtemps, je crois que la société n’aide pas les hommes à exprimer leurs sentiments. » Au magazine Causette, le médecin déclare que « quelque part, soigner les gens, c’est une façon de faire baisser le thermomètre de la méchanceté globale du monde ». Il y a, comme ça, des phrases qui classent immédiatement un homme et annihilent toute envie d’essayer d’en savoir plus. Pourtant, consciencieux, on insiste. On lit un peu de la prose du médecin poète, extraite de son dernier roman paru, Où vont les larmes quand elles sèchent. On y découvre des insipidités exceptionnelles et des aphorismes d’une platitude consternante – « On ne devrait jamais remettre à plus tard, parce qu’il est toujours plus tard qu’on ne le pense dans la vie » – ou la description d’une jeune femme conforme à l’air du temps néo-féministe : « Dingue comme elle est poilue. C’est génial de voir une nana qui se moque autant du regard masculin. Elle vit rien que pour elle. Pas pour plaire. C’est fort, ça. Très fort. Quel mec mériterait la souffrance qu’elle s’infligerait à coups de cire brûlante ? Aucun. Y a de la dissidence dans ce pelage. Elle a le poil révolutionnaire, Josette. » Pendant ce temps-là, Tesson passe un été avec Homère puis, après avoir arpenté des chemins noirs « baignés de pur silence », un autre avec Rimbaud…

On se souviendra qu’en France cette tribune policière rédigée par des « acteurs culturels » dans le but d’effacer un écrivain n’est pas la première de ce début du XXIe siècle. Il y a d’abord eu « l’affaire » Renaud Camus, qui vit la garde-chiourme médiatico-culturelle – de Jean-Marie Cavada et Laure Adler (France Culture) à Catherine Tasca (ministre de la Culture) en passant par la sinistre Élisabeth Roudinesco (dragon licencié ès ragots) – se démener auprès des éditions Fayard pour faire retirer un livre de la vente et vouer son auteur aux gémonies. Puis il y a eu « l’affaire » Richard Millet, qui vit la commissaire politique des salons Gallimard, Annie Ernaux, promulguer l’acte d’accusation contre l’auteur de L’éloge littéraire d’Anders Breivik et surtout, surtout, de Langue fantôme, un essai sur le déclin de la littérature française qui faisait l’essentiel du livre incriminé et écorchait certains écrivains qui se portèrent immédiatement volontaires pour constituer le peloton d’exécution de Richard Millet.

A lire aussi: Kompromat à la française

Parmi ceux-là, J.M.G. Le Clézio. Pierre Jourde, qui refusa de participer à ce qu’il qualifia de « chasse à l’homme », évoque dans son dernier livre (1) « la fameuse Le Clézio touch : abondance d’eau tiède, généreuse distribution de pensée molle, de platitudes sublimes et de somptueuses idées reçues ». Après avoir cité quelques lumineux passages de la prose sirupeuse et créolisante de Le Clézio, « tant de banalités enveloppées dans tant de guimauve », Jourde s’interroge : « Et si tout simplement, notre plus grand écrivain était bête ? Mais bête, d’une bêtise irréparable, flaubertienne, d’une bêtise à la Homais, pleine de foi crédule dans le progrès et d’idées reçues. Au fond, c’est l’hypothèse la plus vraisemblable. » Le Clézio a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2008. Ernaux, en 2022. Nos écrivains et poètes délateurs du moment ne doivent donc pas désespérer. Rien n’est perdu. D’autres avant eux, sans autre talent que l’allégeance au multicuculapralinisme littéraire – mélange de prose progressiste, sociologisante, narcissique et pantouflarde conforme à l’idéologie petite-bourgeoise, sociétale et diversitaire du moment – et le maniement du knout médiatico-culturel à lanières wokes, sont parvenus à une reconnaissance in-ter-na-tio-na-le. Mais les places sont comptées et, malgré l’emploi d’un baragouin nombriliste et une mentalité d’argousin et d’indicateur de police avérée, une grande majorité des signataires de la tribune imbécile échouera à atteindre la notoriété convoitée. Elle se consolera alors en lisant ce bel aphorisme : « La plupart des écrivains sont de vrais écolos : ils ne laissent aucune trace. » L’auteur de cette exquise et ironique formule ? Sylvain Tesson. (2)

On achève bien la culture

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Aphorismes sous la lune: Et autres pensées sauvages

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) Pierre Jourde, On achève bien la culture, 2023, Collection Chez Naulleau, Éditions Léo Scheer.

(2) Sylvain Tesson, Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, 2008, Éditions Équateurs Parallèles.


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/nous-refusons-que-sylvain-tesson-parraine-le-printemps-des-poetes-par-un-collectif-dont-baptiste-beaulieu-chloe-delaume-jean-damerique-20240118_RR6GMDTTHFFXNGLP7GG7DZ2ZFU/

Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

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Le Premier ministre assure vouloir dire toutes les vérités aux Français, même celles qui font mal. Mais il laisse soigneusement de côté la difficile question identitaire.


Tandis que la France s’effondre, entrainant les agriculteurs dans sa chute, Gabriel Attal exhibe dérisoirement sa jeunesse et son homosexualité. « Je suis né en 1989 », a-t-il tenu à préciser mardi devant les députés en introduction de sa déclaration de politique générale, lue au même moment par le quinquagénaire Bruno Le Maire devant des sénateurs hilares. Et le Premier ministre a cru bon de conclure son long discours en rappelant : « Être Français en 2024 c’est (…) pouvoir être Premier ministre en assumant ouvertement son homosexualité »

Grosses ficelles

Or ces ficelles du jeunisme et d’un courage surjoué sont les artifices d’une communication qui n’abuse plus les gens sensés. Attal a certes aligné les mots que bien des citoyens veulent entendre (« débureaucratiser », « déverrouiller », « désmicardiser », etc.). Mais, puisqu’il s’est aussi engagé à « dire la vérité même quand ça fait mal », force est de constater qu’il a choisi l’évitement sur les sujets urgents. Le chaos peut attendre. Entendre le Premier ministre se définir Français en référence à ses pratiques sexuelles, qui n’intéressent personne, rappelle la fragilité que doit surmonter l’identité nationale vidée de son âme. Dans Les chênes qu’on abat, André Malraux explique la vision plus élevée qu’en avait De Gaulle : « Il appelle Français ceux qui veulent que la France ne meure pas ». C’est cette France qui ne veut pas mourir que le gouvernement ne sait pas entendre. Non seulement Attal n’a rien annoncé de tangible pour les agriculteurs, mais le défi migratoire a été à nouveau évacué.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Décadence du ventre

Pendant ce temps, Rachida Dati vante les mérites de l’immigration

En réalité, cette France trop française n’intéresse ni Emmanuel Macron ni sa Cour. Lundi, c’est au Musée national de l’immigration que Rachida Dati a présenté ses vœux au monde culturel. La ministre de la Culture en a profité pour relancer le projet du chef de l’Etat d’une Maison des Mondes africains, qui devrait s’installer dans les murs de la Fondation Cartier. En revanche, la Maison de l’Histoire de France, qui fut un projet de Nicolas Sarkozy abandonné par François Hollande, reste profondément enterré : la mémoire nationale n’est pas une cause défendable pour ces « élites » qui voient le besoin d’enracinement avec suspicion.

Classes moyennes : opération séduction

Attal évoque beaucoup la « classe moyenne », aimantée par le RN.

Il a même assuré : « Je refuse que notre identité puisse se diluer ou se dissoudre »

Mais comment croire celui qui parle de « reconquérir notre souveraineté nationale et européenne », en mêlant deux objectifs résolument contradictoires ? Cette pensée floue, qui s’ajoute au mépris porté aux « Gaulois réfractaires », sont des carburants pour la révolte paysanne.

Le choix du gouvernement de privilégier comme interlocuteurs la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, en marginalisant la Coordination rurale et ses bonnets jaunes, est une manœuvre grossière de division. Elle pourrait être le déclencheur d’une solidarité nationale dépassant la cause agricole, porte-parole d’une France encore majoritaire qui se sait menacée par les injonctions de technocrates déracinés.

Les chênes qu'on abat...

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Attalmania, ce «mini-Macron» qui vous agace déjà

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Que les choses soient claires : le plus jeune Premier ministre de l’histoire de la Vᵉ n’est pas un clone du président de la République, estime notre chroniqueur.


Rien ne me paraît plus faux que de qualifier le Premier ministre Gabriel Attal de « petit Macron ». D’abord il y a là comme un zeste de condescendance, voire de mépris, et, pour avoir été choisi par le président, pour une fois heureusement inspiré, faut-il considérer qu’il est forcément un clone d’Emmanuel Macron ? Dans une telle dépendance que toute autonomie lui serait interdite ?

Philippe Bilger trouve lui aussi notre Premier ministre brillant

Suis-je contraint d’appréhender ce couple globalement, alors que j’ai envie de l’évaluer au détail et d’estimer que, si l’un a déçu et relève dorénavant d’une forme de passé, l’autre représente l’espoir ? Dans chacune de ses fonctions, il a su assumer ses responsabilités correctement, et même brillamment. Sa dernière expérience rue de Grenelle a été trop courte mais tellement concluante. Sa jeunesse ne sera pas perçue par moi comme un handicap. Je me souviendrai de la pensée de Goethe pour qui « si la jeunesse est un défaut, on s’en corrige vite ». Et tant plus âgés, à des postes essentiels, notamment celui de Premier ministre, n’ont pas vraiment ébloui…

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Aussi, on comprendra pourquoi je n’ai pas eu un réflexe d’opposant global critiquant sans nuance son discours de politique générale, prononcé alors que son gouvernement est loin d’être formé – on l’annonce complet le 6 février ou même plus tard -, avec des manques laissant des secteurs importants dans l’attente. S’il m’a déplu sur certains points, dans l’ensemble cependant je l’ai senti animé par une juvénilité créatrice, sincère, désireux de faire de ses promesses des actes, un peu intimidé par la posture officielle qu’il avait la charge d’assumer – lire un discours préparé par d’autres alors qu’il est très doué pour l’élan spontané du verbe – mais offrant une fraîcheur, une absence de cynisme, se refusant à tout pessimisme anticipé. Bref, une intervention de Premier ministre qui n’a déshonoré ni la démocratie ni la France. Ses faiblesses tenaient à une part de structure obligatoire dans ce type de discours, qui contraint à des banalités et des abstractions nobles. Il ne pouvait y déroger, de la même manière qu’il n’a pas manqué de rendre hommage à quinze reprises au président et de remercier ses prédécesseurs.

A lire aussi, un autre son de cloche, Ivan Rioufol : Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

Le procès qui lui a été fait de n’avoir pas placé tout son discours sous l’égide de l’agriculture en crise est injuste. Il a sans doute pâti du télescopage avec ses premières propositions aux agriculteurs. Il ne pouvait pas se focaliser seulement sur eux sauf à donner l’impression de tenir pour rien sa tentative initiale de répondre à la contestation agricole. Quant à la tonalité générale de son propos, il est absurde de la qualifier, comme Jean-Luc Mélenchon l’a fait, « de la plus réactionnaire depuis un siècle ». Alors que je ne vois rien à redire à l’analyse de Boris Vallaud qui la dénonce comme « libérale et conservatrice » ; personnellement je m’en félicite… Si le président a multiplié les fluctuations et les revirements au point d’égarer le citoyen, aujourd’hui Gabriel Attal n’avait pas d’autre choix que d’inscrire clairement son allocution sous le pavillon de la droite. Parce que le réel, d’une certaine manière, impose cette option en accablant la société avec des maux qui n’appellent qu’une rigueur aux antipodes des solutions de gauche. Il était frappant de constater que les passages les plus applaudis, bien au-delà de Renaissance, tenaient à la formulation d’évidences répressives et d’une fermeté régalienne ne laissant aucune transgression sans réponse. Il a d’ailleurs cherché à s’attirer les suffrages de « la France qui doute », en s’engageant « à faire respecter l’autorité partout : dans les familles, dans les classes, dans les rues » ».

Attal, nouveau marchand de sable ?

Je ne suis pas crédule au point de m’abandonner sans réserve à une satisfaction citoyenne. Alors que la majeure partie de son intervention avait respecté retenue et correction à l’égard des oppositions, quel dommage que sur la fin, tombant dans la démagogie, il ait dégradé ce ton au sujet du RN en revenant sur sa collusion prétendue, ou en tout cas ressassée sans éléments nouveaux, avec la Russie. On aurait attendu plus de finesse de Gabriel Attal qui n’ignore sans doute pas, au fond de lui, que ces accusations renforcent l’adversaire qu’elles croient combattre. Je n’ai pas non plus été séduit par l’allusion finale à son homosexualité alors que j’aurais autant apprécié son discours s’il avait été hétérosexuel. Elle était inutile. D’une part la France n’était pas pionnière dans ce domaine à la fois intime et politique et d’autre part j’espère que cette confidence – qui évidemment a suscité l’enthousiasme de ses troupes ! – n’était pas une réponse malvenue à Mediapart qui lui avait reproché honteusement « une homosexualité non ostentatoire ». J’entends bien qu’à prendre l’intervention dans son ensemble, elle apparaît tel un inventaire, avec de multiples engagements et promesses, la relation d’un passé forcément embelli, une profusion de « je » destinée à manifester volonté et liberté, indépendance et énergie. Bien sûr, tout cela demeurera comme un déplorable exercice de style si rien ne vient s’incarner dans le réel pour le réparer, pour le transformer. Gabriel Attal, dans l’avenir, sera véritablement un homme d’Etat ou sera jugé comme un séducteur nous ayant payé de mots.

A lire ensuite, du même auteur: Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

Est-il possible de conclure ce billet sans stigmatiser une Assemblée nationale qui ne sait pas écouter dans le silence, qui s’exclame ou crie quand l’orateur intervient, qui dans un brouhaha constant donne un si piètre exemple de la vie parlementaire et contraint la présidente à solliciter le calme de manière d’ailleurs trop peu impérative ? Pour moi, Gabriel Attal n’a pas à s’abriter sous l’aile (bienveillante ou non) d’Emmanuel Macron. Il doit faire politique à part ! Sur ce plan je ne peux que reprendre les termes de mon billet du 7 janvier, quand il était encore ministre de l’Education nationale : J’ai peur pour Gabriel Attal !

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Un navet est beaucoup plus qu’un navet

Dominique Labarrière nous propose aujourd’hui un peu de médecine préventive


De ce que nous mettons au bout de notre fourchette dépend, en grande part, notre santé. Pardon de rappeler une vérité si bien connue. Dans le catalogue des prescriptions de la médecine préventive, il est clair qu’une alimentation équilibrée et saine devrait tenir le premier rang. D’ailleurs, on nous en serine les bienfaits à l’envi : s’appliquer à consommer cinq fruits et légumes par jour (hors versions distillées, cela s’entend) vaudrait non seulement un élixir de longue vie mais assurerait de surcroît un prolongement de la vitalité juvénile absolument prodigieux. Big Pharma en crèverait. La perte serait considérable, du moins à la corbeille.

Ce que nous mettons dans nos assiettes participe aussi – sans doute le perd-on trop facilement de vue – de notre plaisir, notre plaisir d’individus de chair et de sang, et donc de notre art de vivre. Chacun admettra qu’il n’y pas de moments heureux dans nos existences bien françaises sans qu’on se sente tenu de s’offrir quelques fastes de table.

Bref ! J’oserais aller jusqu’à déclarer que le navet fait effectivement partie intégrante de notre « patrimoine commun ». Un peu après le château de Versailles et le chapeau de l’empereur, certes, mais pas si loin que cela. Ce n’est pas rien. On s’en persuadera sans peine. Ce dont les peuples se sustentent, ce qu’ils ont agrément à se mettre en bouche participe évidemment et très profondément des mille et cent éléments, importants ou dérisoires, qui fondent leur culture. À cet égard, le navet est donc bien plus qu’un navet. Il ne devrait pas demeurer plus longtemps, comme la chaussette ou le caleçon molletonné popeckien, un produit de plus à entasser sur les rayons des supermarchés, une chose vulgaire, banale. Pour inanimée qu’elle soit, cette chose aurait, me dis-je, poussant toujours plus loin l’innocent délire que je m’autorise ici, une âme. (Pour ma défense, ce poète fameux qui finalement ne dit pas autre chose : « Objets inanimés qui s’attachent à notre âme et patati et patata… ». On connaît.)  

Pour toutes ces raisons, le navet mérite respect et considération. On pourrait par exemple le citer de temps en temps à l’ordre de la nation reconnaissante. Je galèje encore, bien sûr. J’en suis bien conscient. Mais il me semble que s’autoriser en ce moment une once de rigolade ne peut pas être mauvais pour notre santé, mentale en l’occurrence.

Enfin, pour tout dire, je verrais d’un assez bon œil que notre navet ainsi que tous autres légumes et plus généralement toutes productions paysannes de chez nous, bénéficient d’un traitement privilégié, plus ou moins calqué sur le modèle de notre exception culturelle française dont le mérite, en soi remarquable, aura été de sauver du naufrage la création cinématographique hexagonale. Rien de moins. Navets compris, au demeurant.

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«Il y a une guerre des civilisations qui se dessine»

Dans son dernier livre, À la septième fois, les murailles tombèrent (éditions du Rocher, 2023), l’ancien conseiller spécial du président Sarkozy dresse un état des lieux peu réjouissant. Occident va-t’en-guerre, wokisme, réformes sociales, rien ne trouve grâce aux yeux d’Henri Guaino, moins encore la nouvelle génération de trentenaires qui arrive aux commandes.


Causeur. Votre livre, A la septième fois, les murailles tombèrent n’est pas bien optimiste…

Henri Guaino. Je ne sais pas ce que c’est que l’optimisme. C’est un concept qui m’est totalement étranger. Ça veut dire quoi ?

Est-ce qu’il n’y a pas besoin dans l’histoire aussi de moments d’illusions?

Les moments d’illusions… en général, ils ne sont pas les meilleurs. Ils préparent les grandes désillusions. L’espérance oui, l’optimisme, non. L’espérance, c’est une volonté. C’est Bernanos qui l’a le mieux dit. L’optimisme, c’est une facilité. L’espérance, c’est une vertu. C’est absurde, l’optimisme, ça vous empêche d’être lucide. 

A la fin de l’été dernier, Nicolas Sarkozy s’est vu taxer par Libération et quelques autres d’avoir calqué son discours sur celui de la Russie. Vous-même reprenez l’idée que la Russie a été poussée à la guerre à force de voir l’OTAN se rapprocher de ses frontières…

Sur la Russie, j’ai été le premier à prendre des positions qui m’ont valu les applaudissements des uns et les injures des autres. Je suis d’accord avec ce que Sarkozy a dit, mais je l’ai dit avant. Je pense que cette guerre n’aurait pas dû avoir lieu. Ce n’est pas seulement la hantise obsessionnelle des Russes d’être enfermés ; tout le monde savait qu’en poussant l’OTAN jusqu’aux frontières russes, on allait créer un drame. Ce n’est pas moi qui le dis, tous les géopoliticiens américains l’ont dit pendant des décennies, quel que soit leur sentiment à l’égard de la Russie. Je n’invente rien. L’actuel directeur de la CIA, William J. Burns, qui était ambassadeur à Washington en 2008, l’a écrit dans une note à Condoleezza Rice qui a été rendue publique depuis, pour expliquer que si on faisait entrer l’Ukraine et la Géorgie, on allait avoir des problèmes. C’est une vérité que de dire que la responsabilité de cette guerre est partagée.

Est-ce acceptable, selon vous, de laisser demain le Donbass et la Crimée à la Russie?

Est-ce que c’était acceptable de laisser l’Alsace et la Moselle à l’Allemagne en 1871 ? Avant de se demander ce qui est acceptable ou non, il faut se demander ce qui est inexorable, ce qui est de l’ordre de la fatalité. Si l’on trouve que ce n’est pas acceptable, alors il faut y aller. Pourquoi fait-on trainer cette guerre ? Pourquoi fait-on la guerre par procuration ? Pourquoi laissons-nous tuer des dizaines, des centaines de milliers d’Ukrainiens ? Si c’est inacceptable pour nous, alors allons-y. Vous savez, la guerre, vous la faites ou vous ne la faites pas. Si vous la faites, vous la faites totalement. Et, dans ce conflit on sait une chose, c’est qu’on ne peut pas la faire totalement. On ne peut pas la faire totalement, parce qu’il y a 6000 ogives nucléaires dans le camp d’en face. Il faut donc trouver les solutions les moins dramatiques, les moins tragiques, les moins destructrices. C’est ça, la politique. La politique, c’est du bricolage. Parfois, on n’est pas très satisfait. Je n’ai pas lu Le Monde se dresser contre l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh. Il faut dire que l’Azerbaïdjan avait le droit international pour lui. Les pauvres Arméniens n’avaient pour eux que le droit des peuples à vivre là où ils vivent depuis 3000 ans. Acceptable, inacceptable… Si c’est inacceptable, on tire les conséquences et vous allez à la guerre. Il y a un type sur les réseaux sociaux qui m’a dit il y a quelques jours : « S’il faut 15 millions de morts, tant pis, au moins on sera débarrassé de Poutine ». Ah bon ? 15 millions de morts !? Il y en aura beaucoup plus que ça si l’on se lance pleinement dans cette guerre. L’écroulement de la Russie, ça serait une bonne chose ? La déstabilisation de toute l’Eurasie ? Qui a envie de ça, à part les Polonais, qui sont obnubilés par leur histoire – ce que je peux comprendre. Mais moi, je ne suis pas Polonais. Moi, je ne me sens pas menacé par les chars russes à Paris, ça rend ma notion de l’acceptabilité un peu différente.

Et quelle est votre analyse de ce qui se passe au Proche-Orient?

Ce conflit est une vraie tragédie car personne n’a tort et personne n’a raison. Les uns vont vous dire : « ça fait des siècles qu’on est là », et les autres, « il y a des millénaires, on était déjà là ». Est-ce qu’on a fait quoi que ce soit pour trouver une solution ? Est-ce qu’on a fait quoi que ce soit de décisif pour arrêter ce massacre ? Non. Vous me direz, ce n’est pas si simple, parce que chacune des deux parties pense que ce conflit est vital. Pour ce qui nous concerne, l’Ukraine plus le Proche-Orient, ça fait beaucoup pour creuser le fossé entre l’Occident et le reste du monde.

Est-on arrivé au choc des civilisations que l’on craignait depuis trente ans?

Oui. Il y a une guerre des civilisations qui se dessine. On a intérêt à tout faire pour que ça n’aille pas jusqu’au bout de cette logique… sinon, on va au désastre. Les guerres de civilisations ou de religions, ça se résout par l’extermination de l’adversaire. Ou par un sursaut de lucidité et d’intelligence, mais quand on a déjà beaucoup tué. La guerre de Trente ans, elle dure trente ans quand même, et elle tue au moins un tiers de la population de l’Europe centrale. (Long silence) L’Occident est malade ; non seulement il est malade mais il veut imposer son modèle au reste du monde. Le reste du monde n’en veut plus !

La phrase leitmotiv de votre livre semble être « l’histoire ne se répète pas mais que nous la répétons »…

Je ne dis pas que « l’histoire ne se répète pas mais que nous la répétons ». Non. Nous nous répétons, parce que nous sommes des hommes, les hommes ont une nature, la nature humaine, et elle n’a pas changé. Les circonstances changent, les moyens changent… mais l’homme, lui, vous croyez qu’il change ? Quand la politique oublie la nature humaine, le désastre est assuré.

Quand on voit Georgia Meloni, qui se voit imposer des privatisations par Bruxelles et qui accepte de nouveaux immigrés, peut-on craindre que ses équivalents français à droite en arriveraient à de tels renoncements s’ils accédaient au pouvoir ?

Oui, peut-être. Madame Meloni est arrivée au pouvoir sans savoir exactement ce qu’elle allait faire. Elle savait ce qu’elle voulait faire mais elle ne savait pas ce qu’elle allait faire, ni ce qu’elle pouvait faire. Qui plus est, l’Italie est dépendante financièrement de l’Europe, ce qui n’est pas le cas de la France. Ces expériences donnent la même chose, c’est-à-dire pas grand-chose. C’est quoi être de droite, c’est être pour la réforme des retraites ?

L’UMP en a fait un paquet, quand elle était au pouvoir !

Et alors ? Vous avez fait une chose une fois, il faut le refaire indéfiniment ? Un jour, vous relevez les taux d’intérêt très haut, et après il faut garder les taux d’intérêt toujours très haut ? Un jour, vous faites une réforme, et après, il faut en faire une deuxième, une troisième, une quatrième de la même nature ? Mais enfin, c’est un argument débile, pardon. Comme l’autre [Agnès Evren, vice-présidente de LR] qui disait : « C’est l’ADN de la droite ». « Je suis de droite, je fais une réforme des retraites ». Pas un de tous ces abrutis n’avait ouvert le rapport du conseil d’orientation des retraites, pas un n’avait essayé de comprendre ce que disaient les chiffres. Quand on a demandé à Monsieur Dussopt de donner ses chiffres, il a répondu : « je n’ai pas de comptes à rendre sur mes chiffres ». On va accepter encore longtemps de faire des politiques comptables, on va continuer longtemps d’accepter la supériorité de la loi européenne sur la loi française, on va continuer à faire des lois sur l’immigration de 95 articles ? Tout le monde a voté, tout le monde a approuvé en sachant qu’une partie était inconstitutionnelle [entretien réalisé avant la censure partielle de la loi immigration par le Conseil constitutionnel, ndlr], et que l’autre partie était contraire aux jurisprudences européennes. Dans ce domaine et dans l’état actuel des choses, c’est le juge qui décide et pas le législateur. C’est faire de la politique, ça ? Dans trois ans, les gens diront : « Ils nous ont menti une fois de plus ». Et puis quand ils auront essayé, les uns Meloni, les autres le Rassemblement national, il se passera quoi ? Faites le compte, en deux cents ans, combien de vraies crises politiques se sont résolues par les urnes ?

Peut-être en 1958 ?

Et non. Mauvais exemple. 58, c’est le 13 mai (le putsch d’Alger NDLR). S’il n’y a pas de 13 mai, pas de retour du Général !

Avez-vous un exemple ?

Il n’y en a pas. Pour finir la Révolution, il a fallu le 18-Brumaire. Pour sortir de la crise de la Seconde République, il a fallu Louis-Napoléon Bonaparte et le 2 décembre. Pour sortir de la crise de la IIIème République, il a fallu la défaite de 40. Pour sortir de celle de la IVème République, il a fallu le 13 mai. Cherchez… A chaque fois, on a eu plutôt de la chance, on a eu quelqu’un pour prendre le pouvoir. On n’est pas tombé sur Hitler, on n’est pas tombé sur Mussolini, on n’est pas tombé sur Joseph Staline. Bon, d’accord, on a eu Pétain. Et encore… Face à lui, il y avait la France libre. On n’aura pas toujours de la chance. Et toutes les catastrophes n’ont pas été provoquées par la gauche. Ce que l’on appelle la droite a eu sa part de responsabilité. Elle a d’ailleurs si peu gouverné, la droite. Elle a résolu le problème de la Commune en pactisant avec les Allemands.

Pour les Européennes, allez-vous vous lancer ?

Les Européennes, ça ne va pas être intéressant non plus. D’ailleurs, à quoi cela sert l’Union Européenne ? Les élections européennes ne vont pas changer la majorité au Parlement. Bon, si LR fait 5%, ça va devenir compliqué quand même… Si le Rassemblement national fait plus de 30%, ça viendra conforter une tendance lourde. Et s’il fait beaucoup moins, ça ne préjugera pas de son résultat à la présidentielle, mais ça sera un mauvais indicateur. Celui qui gagne les Européennes, il part à Bruxelles, il disparait. Personne n’osera rien dire d’intelligent sur l’Europe pendant la campagne. C’est une élection pour rien dont l’histoire est écrite à l’avance. Ça va être la foire d’empoigne pour les jeunes espoirs. Il y aura Marion, il y aura Bardella, il y aura Attal… Je ne sais pas ce qu’ils vont nous trouver comme jeunesse à promouvoir. Je pense qu’on devrait ramener la majorité pour se présenter à l’âge de 16 ans, voire 14 !

Vous voudriez qu’on ait des gamins au pouvoir ?

Pourquoi pas. On peut descendre la moyenne d’âge encore !

Pendant la Révolution, le personnel politique, ce n’était que des jeunes, Saint-Just et les autres.

Il y a des périodes qui font émerger de très jeunes gens, mais ils émergent dans l’épreuve et des circonstances exceptionnelles. Tous n’ont pas été un cadeau pour leur nation, mais les grandes épreuves, c’est l’occasion de montrer sa valeur.

Trouvez-vous qu’on n’a pas assez d’épreuves et qu’il nous en faudrait d’autres pour révéler de vrais talents politiques ?

Dans les épreuves, il y a des talents et des caractères qui se révèlent et qui se forgent. Là, ils n’arrivent pas au sommet après avoir fait le siège de Toulon, la campagne d’Italie, la campagne d’Egypte. Ce n’est pas comparable.

Personne n’a grâce à vos yeux parmi cette nouvelle génération ?

Non. Personne n’a grâce à mes yeux. Je n’ai pas d’a priori pour grand-chose, et certainement pas pour la grâce. Alors… ils se révéleront peut-être ! La dernière fois qu’on nous a fait le coup du jeunisme, c’était en 2017. Le jeunisme devait accoucher du nouveau monde. On a plutôt le plus ancien dans ce qu’il avait de pire. Villiers disait ça il y a quelques jours sur CNews : « Le jeunisme est une maladie de société vieillissante ». A la fin des années 80, vous vous souvenez, il y avait les rénovateurs.

Ils sont tous morts désormais.

Pas tous. Ils sont très vieux…

C’est toujours pareil. On ne choisit pas un responsable politique parce que c’est une femme, ou parce qu’il est homosexuel, ou parce qu’il est noir, ou parce qu’il est jeune…

Ça n’a pas beaucoup été fait, depuis 20 ans ?

Et si, ça a beaucoup été fait. Et après on s’étonne, d’en être arrivés là.

A la septième fois, les murailles tombèrent

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Gaby-le-Magnifique à l’école du pouvoir

Lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, d’une durée d’une heure vingt, mardi 30 janvier, le Premier ministre a appelé à une « exception agricole française ». Il place désormais l’agriculture au sommet des priorités gouvernementales, donnant le sentiment de délaisser l’école. Comme il a utilisé les termes « déverrouiller », « désmicardiser » ou « débureaucratiser », Jean-Luc Mélenchon a entendu le discours « le plus réactionnaire depuis plus d’un siècle ».


Annoncée à grand fracas médiatique, la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, s’est diluée dans le convenu du macronisme, en noyant l’identité de son orateur. Le prometteur mais éphémère Ministre de l’Education nationale a laissé ses engageants oripeaux d’il n’y a pas si longtemps dans les vestiaires de la rue de Grenelle, qu’il a étonnamment quittés sans trop de nostalgie.

Pour l’occasion, le servile public avait sorti les grandes orgues. France Télévisions, jugeant sans doute l’impact des chaines infos et l’écho de son satellite radiophonique insuffisant, avait bousculé son antenne pour retransmettre l’évènement. La bonne Ernotte est donc de rigueur pour cette complaisance espérée porteuse avec le ci-devant ministre de l’Education et son rendez-vous avec la nation, au cœur d’une actualité lourde et d’une jacquerie-soubresaut de vie, qui voit le paysan non plus cultiver la terre mais la rejoindre. Avec la complicité mortifère des termites de Bruxelles, désignées – c’est certain ! par les dieux, mais c’est une autre histoire.

Le jeune et impénitent marcheur de la première heure, qui avait fait ses armes au sein du très décati parti à la rose, avait ce jour-là de vrais accents conservateurs, propres à séduire la frange conservatrice du pays. Certes, le jeune Premier ministre a usé de ses atouts premiers : regard noir-de-jais profond, éloquence bouillante, sincérité revendiquée et index pointé, mais il vient sans doute de perdre la première manche dans l’étayage de son nouveau statut. Le brouhaha du Palais-Bourbon qui prévalait lors de son allocution, plus potache que vindicatif – sans doute par égard à sa courte apparition dans son rôle de professeur en chef – n’a rien de définitivement révélateur cependant. La vérité est ailleurs. L’astre brillant au firmament des sondages et autres enquêtes d’opinion prend désormais des allures d’étoile filante. La fameuse théorie, qui s’avère de plus en plus fumeuse et funeste, du « en même temps » risque de le consumer bien vite… Le fils spirituel du grand frère qui siège à l’Elysée va se faire doucement phagocyter par son insigne parent. Au pays des Huns, seul le pas très engageant Attila survit – sans prospérer – et les jeunes pousses herbeuses qui s’aventurent à croître sous sa fausse bénédiction sont promises à l’étiolement, au sein d’un désert où la défaite est plus cuisante encore.

Gaby-le-Magnifique a du mouron à se faire…

PISA et dépendances

Si le niveau des petits Français est en baisse, c’est parce que celui de leurs profs dévisse aussi. Leur formation est le nœud du problème que doit résoudre le ministre de l’Éducation nationale. Jean-Paul Brighelli lui souhaite bonne chance, et soumet quelques pistes de réflexion.


Cette lettre ouverte à Gabriel Attal, publiée dans notre magazine le 3 janvier, a été rédigée avant sa nomination à Matignon NDLR.

Monsieur le ministre,

Choc PISA, dites-vous… Mais le plus choquant est que la nouvelle déroute de l’école française n’a choqué personne. Même les médias ne sont pas parvenus à faire monter la sauce, tant tout le monde, depuis trente ans que la débandade s’est accentuée – au lendemain de la loi Jospin – est résigné à voir le niveau glisser vers les abysses.

Certes, une statistique réalisée en 2022, après un an et demi d’interruption des cours, est légèrement faussée. Mais elle l’est tout autant pour les tigres du Sud-Est asiatique –et pour l’Estonie, meilleur élève de l’Europe.

Nos voisins d’outre-Rhin ont moins bien digéré que nous la nouvelle de leur effondrement. Déjà en 2000, la première évaluation PISA avait occasionné outre-Rhin un choc salutaire : les Allemands, qui se croyaient encore à l’heureux temps de l’école bismarckienne, décidèrent de réagir avec un vrai succès. Cette fois, c’est l’afflux soudain de réfugiés syriens, invités par Angela Merkel à venir violer des Allemandes lors de la Saint-Sylvestre 2016, qui a fait chuter la moyenne.

Le règne des pédagogistes se termine-t-il?

Nous avons nous-mêmes vécu un épisode équivalent après la double décision ingénieuse du couple gauchiste Giscard/Haby, qui en 1976 ont opté à la fois pour le collège unique et pour le regroupement familial. J’étais déjà enseignant, nous avons vu arriver des gosses pas plus méchants que d’autres mais franchement illettrés, insérés dans les classes sur le seul critère de leur âge. Forcément, les enseignants soumis à la « massification » – un mot atroce qui ne réjouit que les pédagogues professionnels – ont baissé le niveau de leurs exigences, afin de ne pas perdre tout à fait ce tiers de classe qui ne comprenait rien, quitte à sacrifier ceux qui savaient déjà tout. Quand on pense que ce sont les enfants de ces immigrés-là qui sévissent aujourd’hui dans les banlieues, on s’étonne moins.

L’une de vos premières décisions – j’en parlais déjà dans mon dernier livre, L’École à deux vitesses – est donc d’en finir avec ce collège unique, ce qui enflamme la combativité des fossoyeurs en exercice du système scolaire. Philippe Meirieu appelle ainsi ses troupes – qui en trente ans ont infiltré le ministère et les universités– à « résister » : en se prenant pour de Gaulle, il vous attribue un rôle peu reluisant. Peut-être faudrait-il indiquer à ces archontes de la malfaisance que leur règne se termine.

En effet, monsieur le ministre, si vous ne prenez pas des mesures complémentaires immédiates, leur dictature se pérennisera – et se renforcera. La formation des maîtres, dites-vous à raison, est à revoir complètement. Afin de provoquer un déclic dans la mémoire des boomers dont les petits-enfants sont massacrés consciencieusement par ces mêmes pédagogues et leurs séides, vous avez parlé de reconstituer les écoles normales sur un cycle de trois ans post-bac.

Il faudra effectivement recruter intensément si l’on veut que la fiction des classes de niveau devienne une réalité tangible. En répartissant les élèves selon leurs aptitudes, et surtout – c’est essentiel – en fixant un nombre d’élèves dans ces divers groupes inversement proportionnel aux difficultés, éventuellement en donnant aux établissements assez de latitude pour augmenter selon les besoins les emplois du temps des matières en tension, vous allez créer un besoin d’enseignants de qualité qui, pour le moment, ne peut être satisfait. Les jurys peinent à donner les concours à des candidats d’une médiocrité insigne, vu qu’ils arrivent souvent de psycho-socio-nigologie, filières où l’on n’enseigne aucune des matières qu’ils sont censés enseigner.

Et comme ils ont bénéficié, en deux ans de master MEEF, d’une formation visant à apprendre à n’apprendre rien (un constat fait dès 1999 par Jean-Claude Michéa dans L’Enseignement de l’ignorance), ils se retrouvent admirablement inaptes à transmettre quoi que ce soit.

C’est le nœud du problème. Les redoublements, le brevet, les notes aux examens, tout cela n’est que broutilles et écran de fumée. Allez jusqu’au bout et supprimez le bac, relique vieillotte d’un système que l’on ne ressuscitera pas. Ce sera près d’un milliard d’euros économisés chaque année.

Ne pas faire confiance à ceux qui ont détruit le système

Puis-je faire une suggestion pour améliorer le recrutement et la formation des maîtres ? Cessez de la confier aux universités, et proposez-la aux lycées à CPGE. Henri-IV a déjà une classe expérimentale, post-bac, qui en trois ans propose de former des professeurs des écoles compétents. Nul besoin d’universitaires experts en recherches pointues pour enseigner à des néo-étudiants auxquels il suffit, au fond, de transmettre tout ce que l’on a soigneusement évité de leur apprendre dans les quinze années précédentes — de l’orthographe à la date de la bataille de Marignan en passant par l’étude des fractions ou des nombres à décimales. Deux questions dont de récents sondages en sixième ont prouvé qu’elles n’avaient pas été abordées au primaire.

Si vous abandonnez la formation des maîtres aux universités, vous allez renforcer le pouvoir de la clique mérieutique qui se frotte déjà les mains à l’idée de contourner vos préconisations – comme elle l’a fait jadis lorsque Gilles de Robien a voulu institutionnaliser l’apprentissage de la lecture-écriture en alpha-syllabique.

Plutôt qu’à des universitaires auteurs de thèses sur l’inutilité de l’orthographe ou du bon français qui s’acharneront à défaire votre projet avant qu’il soit éclos, confiez donc la formation des maîtres aux enseignants de lycée et de classes préparatoires – par exemple ceux qu’une saine gestion des prépas en surnombre à Paris, actuellement en projet, laisserait le bec dans l’eau. Quitte à charger du chapeautage de cette formation une personne digne de confiance – après tout, l’actuel recteur de Paris a réussi à imposer la méthode Lego dans la capitale, conformément aux préconisations de Stanislas Dehaene, et à insuffler de la mixité scolaire dans les lycées de la capitale sans pour autant descendre le niveau.

Vous ne pouvez pas faire confiance à ceux qui ont détruit le système, et qui frappent aujourd’hui à votre porte pour se voir confier des fonctions qui leur permettront de torpiller vos intentions. Seuls de vrais enseignants, maîtres de leur discipline, peuvent assurer  l’apprentissage de ces mêmes disciplines. Et ils sauront en même temps initier les étudiants aux subtilités de la vraie pédagogie – celle qui ne laisse personne en route et permet à chacun d’aller au plus haut de ses capacités.

Cela dit, bravo pour votre réactivité dans l’affaire du collège d’Issou. Les élèves sanctionnés doivent être déplacés plus loin – loin de leurs familles toxiques, de leurs « grands frères » et de leur ghetto.

L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes

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Identité nipponne

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Et si, juste après sa mort, vous découvriez que votre mari n’est pas du tout celui qu’il prétendait être ?


C’est entre autres à Lotz, en Pologne, que le réalisateur japonais Kei Ishikawa né en 1977 a été formé au cinéma. Extraterritorialité qui n’est sans doute pas étrangère au climat étrangement glacé de ce quatrième long métrage, adaptation d’un roman de Keiichiro Hirano qui a remporté en 2018 le prix Yomiuri – l’équivalent du Goncourt, au Japon. Sous les auspices de Art House, c’est son premier film distribué en France.

Un jeune homme timide, dessinateur naïf à ses heures, rencontre une jeune veuve dans la papeterie où elle travaille. Mère d’un petit garçon, Rie (c’est son prénom) en tombe amoureuse, et se marie bientôt avec lui. Daisuko Tamiguchi est bûcheron, ou plus exactement apprenti sylviculteur. Là-dessus, le pauvre gars meurt accidentellement, écrasé sous le tronc de l’arbre qu’il venait d’abattre maladroitement. Survient son frère aîné, mais sur la photo qui orne l’autel funèbre, celui-ci ne reconnaît pas Daisuko : manifestement, son identité a été usurpée. Séduisant avocat, Akira Kido (joué par l’excellent et photogénique acteur Satoshi Tsumabuki), un de ces nombreux Coréens nés au Japon qu’on appelle les « Zainichi », est engagé par la veuve pour découvrir quel homme pouvait bien se dissimuler derrière la figure du disparu.

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Prologue d’une intrigue labyrinthique, faite d’ellipses, de détours, de flashback et de rebondissements, qui exigent du spectateur une attention soutenue. Sous le masque du thriller – assassinats, identités travesties, successives et compliquées…-, traversant les années au fil des remariages et autres soubresauts familiaux, A man dissèque non sans âpreté la société nipponne contemporaine : état des lieux qui arpente ses marges criminelles, ses préjugés de castes, ses non-dits… Avec, en arrière-plan, le tableau de la ville du XXIᵉ siècle, métropole arachnéenne, tentaculaire, en chantier permanent.

À l’enseigne de Magritte, dont la célèbre et énigmatique toile surréaliste Reproduction interdite (1937), encadre l’exposition et le dénouement du film, A man questionne le vertige de l’identité, dans une singulière sobriété formelle, conjuguée à une déroutante virtuosité scénaristique. Au risque que le spectateur, piégé dans l’entrelacs des faux-semblants, se perde un peu en chemin.

A man © film Partners

A Man. Film de Kei Ishikawa. Japon, couleur, 2022. Durée : 2h01. En salles le 31 janvier 2024

A Man

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Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

Face à Marion Maréchal et Jordan Bardella, la talentueuse tête de liste LR aux élections européennes va vite devoir sortir les griffes et briller dans les polémiques politiciennes pour espérer se faire une place.


Qui n’est pas de droite aujourd’hui ? Ce titre ne se veut pas provocateur. Il exprime mon impression derrière la multitude des antagonismes souvent dérisoires qui encombrent la vie politique et font le miel de l’espace médiatique. À bien observer, si nous n’avons hélas pas encore une droite du courage, en revanche le courage de se dire de droite n’en est plus un. Tant cette identité qui mêle libéralisme et pensée conservatrice est devenue celle qui semble le plus correspondre au réel et à la politique qu’il devrait imposer pour une France redressée dans tous ses états. Cette conviction n’est pas contradictoire avec l’abus ridicule, vide de sens, de l’appellation « extrême droite », qui prétend placer sous un pavillon unique une diversité intellectuelle et partisane impressionnante. Elle n’est destinée qu’à favoriser la paresse des analyses et le conformisme des dénonciations. Je l’affirme d’autant plus volontiers que je ne me sens pas totalement partie prenante de cette droite qui sur les plans politique et médiatique, me fatigue trop souvent par sa prévisibilité et son manque d’audace. Plus apte à pourfendre, quelquefois brillamment, la gauche qu’à se constituer comme espace autonome et vraiment mobilisateur.

RN, LR, Reconquête: la guérilla permanente

Si je n’avais pas le sens du ridicule, je continuerais à me qualifier d’anarchiste de droite, tant cette dénomination, conciliant ma vision du monde et de la société avec mon désir d’intelligente subversion, me semble de loin la plus appropriée à l’état d’esprit d’un certain nombre de concitoyens. Ils ont pour dénominateur commun de croire au pouvoir de la politique et à la politique qui serait mise en œuvre par un pouvoir courageux, efficace et exemplaire.

A lire, du même auteur : Pourquoi Nicolas Sarkozy m’a-t-il déçu?

Rien ne me paraît plus absurde que cette guérilla permanente qui oppose Les Républicains, le Rassemblement National et Reconquête!. On sait que l’union des droites demeurera une aspiration inconcevable pratiquement, tant que les positions extrêmes d’Eric Zemmour seront un défi au caractère opératoire que doit avoir tout programme, que la présence de Marine Le Pen (malgré le formidable déblayage éthique et historique qu’elle a réalisé) interdira un rapprochement qu’elle ne souhaite pas et que la droite classique continuera à camper dans un refus peureux, persuadée par la gauche que ce que François Mitterrand a accompli avec le parti communiste, elle n’a pas, elle, au moins à le tenter. On voit un parfait exemple de cette aberration avec la campagne des élections européennes où le seul souci de Jordan Bardella est d’inciter François-Xavier Bellamy à changer de cap ; en laissant croire que les Républicains n’ont qu’un petit pas à faire pour rejoindre le RN, ce qui est faire bon marché du talent, de l’intelligence, de la constance et du bilan de celui qui a été désigné enfin comme tête de liste des LR. On constate que les qualités intrinsèques de Marion Maréchal et sa lucidité se sont dégradées depuis qu’elle est à Reconquête! et que malgré les rapports de force et de rivalité qui auraient surgi avec son maintien au RN, elle aurait mieux fait de ne pas le quitter et de le faire progresser de l’intérieur. Quand elle s’aventure à dénier à Bruno Le Maire, à Gérald Darmanin, à Marine Le Pen et à Jordan Bardella d’être des personnalités de droite pour ne créditer de ce label que Reconquête!, elle exagère. Elle se trompe également quand elle déclare que « François-Xavier Bellamy devrait logiquement être avec nous » (Le Figaro). De quel préjugé tire-t-elle cette accusation selon laquelle, après les élections européennes, LR rejoindrait le macronisme ? Elle n’en sait rien et leur prête une attitude équivoque que pour l’instant rien ne confirme…

Les Républicains loin de mourir ?

Je perçois que cette attitude bizarrement commune de deux adversaires à l’encontre de LR, n’a pour finalité que d’essayer de réduire encore davantage l’espace de ce parti, comme s’il était voué à l’étouffement entre ces deux forces dont l’une pour l’instant est largement en tête et l’autre en difficulté. Il reviendra à François-Xavier Bellamy de sortir ses griffes et d’accepter ce que les débats politiques, pour être efficaces et convaincants, imposent de vulgarité et de polémiques. Cette impossibilité aujourd’hui, à l’exception d’accords sur le terrain vite disqualifiés par la hiérarchie de LR, de songer à une union des droites, n’empêche pas cette famille politique largement entendue, avec son centre et ses extrémités, d’être prépondérante dans notre démocratie.

A lire aussi, Jean-Baptiste Roques: Macron: la résolution de velours

Il est fini le temps où, qualifiée de la « droite la plus bête du monde », elle faisait tout pour justifier cet opprobre. Les Républicains ont beau être moqués qu’ils réussissent ou échouent, ils n’en restent pas moins l’incarnation, contre des adversaires inégalement importants qui aspirent à les absorber, d’une philosophie politique qui devrait se faire une gloire de savoir concilier humanisme et rigueur, cohérence et pragmatisme. Dans la forme j’ai apprécié la révolte d’une certaine droite face au grotesque ostracisme qu’on souhaitait faire subir à Sylvain Tesson, choisi pour parrainer le printemps des poètes. Tout ne passe plus, elle se rebiffe. Sur le fond et pour l’organisation, hommes, femmes et idées, j’ai parfois l’impression d’une France qui attend d’être représentée par un grand et vrai parti de droite. Orpheline mais emplie d’espérance.

De l’acceptabilité du viol

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Des femmes israéliennes manifestent à Tel Aviv, le 24 janvier 2024. ©SOPA Images/SIPA

Les terroristes palestiniens du Hamas ont fait preuve d’une abominable violence sexuelle et systémique le 7 octobre. Devant cette réalité, les organisations féministes de l’ONU se sont montrées silencieuses. Pire, ignorantes.


Le viol: acceptable en fonction du contexte ? À cette question, les organisations féministes de l’ONU laissent entendre que OUI. Si elles ne l’assument pas, c’est parce qu’elles ont retenu la leçon du scandale créé par les présidentes d’Harvard et du MIT expliquant que l’appel au génocide des Juifs pouvait être acceptable « en fonction du contexte ». Mais dans les faits, le martyre des femmes israéliennes, torturées, mutilées, éventrées, violées, abattues a été ignoré et nié par ces ONG. L’ONU Femmes s’est fendue d’un seul tweet, le Cedaw (comité onusien pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes), lui, n’a même pas fait semblant : il s’est contenté d’écrire que le viol c’était mal, sans jamais citer les horreurs subies par les femmes le 7 octobre. Quant au mouvement MeToo international, un tweet minimaliste datant du 15 novembre essaie de faire oublier leur indifférence initiale.

A lire aussi, Barbara Lefèbvre: Viols du 7 octobre: féministes, où êtes-vous?

Et pourtant les preuves s’accumulent qui montrent que « salir » les femmes juives était un objectif du commandement du Hamas. Le but étant de les déshumaniser. Des instructions dans ce sens ont été explicitement données aux terroristes. Le viol est une arme de guerre dans la stratégie du Hamas. Il est pensé et revendiqué comme telle. Comment dire « baisse ton pantalon » en hébreu faisait partie des phrases indispensables à connaître dans le livret fourni aux terroristes du Hamas, selon Alona Fisher-Kamm, ambassadrice d’Israël en France.

Alors pourquoi un tel silence ? Pourquoi vouloir effacer ce qui relève d’un crime contre l’humanité ? Parce que ces femmes sont juives. Tout simplement. Einat Fisher Lalo, membre du réseau des Femmes d’Israël, a déclaré que s’agissant des femmes violées le 7 octobre, on est passé instantanément de « Me Too » (Moi aussi) à « Yes, but » (Oui, mais). Or fermer les yeux sur de telles atrocités équivaut à les cautionner en creux et à les banaliser. Cette absence d’indignation porte la promesse de l’abandon à terme de toutes les femmes. Les Juives auront juste été les premières sacrifiées. Les autres suivront.

Ces biens essentiels

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Les écrivains délateurs ne doivent pas désespérer

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Après tout, d’autres, avant eux, ont eu le Prix Nobel de littérature…


« Dans un pays entièrement soumis au régime des prix littéraires, la médiocrité des livres couronnés est le mètre étalon de l’idéal littéraire, outre que les prix sont des instruments de domination par quoi s’entérinent l’évacuation de la littérature et son remplacement par une dévaluation permanente de cette monnaie littéraire naguère appelée le style. »
Richard Millet. Langue fantôme.


On ne les savait pas si nombreux. Ni si hargneux. Végétant dans quelques obscurs réduits littéraires ou quelques mystérieux recoins médiatiques ou universitaires, ils languissaient, bien sûr, de ne pas être reconnus à ce qu’ils pensaient être leur juste valeur littéraire pour les uns, politique pour les autres. Quand ils apprirent qu’un écrivain célébré par la presse et les lecteurs allait parrainer la 25e édition de ce machin institutionnel et un peu ridicule sur les bords qu’on appelle Le Printemps des poètes, ces « acteurs culturels » – poètes méconnus, écrivains falots, bibliothécaires de « médiathèques inclusives », secrétaires de « bibliothèques sans frontières », libraires libertaires, éditeurs ésotériques, professeurs de lettres à Paris-VIII, etc. – jugèrent que non, décidément, on ne pouvait pas laisser un écrivain reconnu mais, selon eux, d’extrême droite, animer la grand-messe annuelle des poètes ou prétendus tels. La plume à l’air, ils partirent trois cents mais, par un prompt renfort, ils se virent plus de mille en arrivant au port des sycophantes, au repaire des délateurs, au journal Libération. Là, les scribes stasiens rédigèrent avec les pieds une tribune bien débectante pour déloger Sylvain Tesson[1], le seul qui, parmi eux tous, méritât le nom d’écrivain.

Vérifications

Ce troupeau pétitionnaire et acrimonieux est composé pour l’essentiel de parfaits inconnus. Trois ou quatre, qui écument les médias et ont glané tel ou tel prix littéraire, sortent du lot, me dit-on. Je veux bien le croire mais ne résiste pas à l’envie de faire quelques petites vérifications. Qui sont donc les moins méconnus de ces auteurs obscurs qui voient en Tesson une « icône réactionnaire » et considèrent que la nomination de cet écrivain « vient renforcer la banalisation et la normalisation de l’extrême droite dans les sphères politique, culturelle, et dans l’ensemble de la société » ?

A lire aussi, Françoise Bonardel: L’appel du grand large

L’autoproclamée « poétesse queer » Élodie Petit, par exemple, est journaliste à ELLE et a écrit plusieurs ouvrages. Elle n’a pas de fiche Wikipédia, ce qui peut être considéré comme une négligence dans le petit monde dit culturel. Gageons que cette lacune sera vite comblée – grâce entre autres à son héroïque geste pétitionnaire contre « l’extrême droite littéraire ». Son dernier recueil de poésies s’intitule Fièvre plébéienne et « parle d’amoure (sic), de précarité, de joie punk, de sexualité ». Élodie Petit y affirme écrire une « langue bâtarde » pour « une littérature prolétaire, proche du réel, expérientielle, menaçante et gouine ». Le magazine Têtu précise : « Élodie Petit démasculinise et débinarise la langue. » Pendant ce temps-là, Sylvain Tesson, accroupi dans les steppes et sur les plateaux du Tibet, apprend « l’art de l’affût dans l’hiver et le silence » et celui de se taire dans l’espoir de voir « l’ombre magique » de la panthère des neiges…

Chloé Delaume a une longue fiche Wikipédia, elle. C’est déjà quelque chose. On y apprend que « son œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique, est centrée sur la pratique de la littérature expérimentale et la problématique de l’autofiction ». Chloé Delaume est régulièrement invitée dans les médias, sur la radio publique, dans divers festivals, au Centre Pompidou, dans des galeries d’art contemporain. Après avoir réjoui Élisabeth Philippe, journaliste littéraire à L’Obs qui a vu dans Mes biens chères sœurs (Éditions Points) « tout le régime hétérosexuel vaciller sur son pilier phallique » derrières des formules comme « le patriarcat bande mou » ou « le couillidé ne contrôle plus rien à part la taille de sa barbe », Chloé Delaume a enchanté France Culture avec Le cœur synthétique, son « premier roman normal », prix Médicis 2020 : « Dans ce livre, j’ai travaillé la stylistique de façon très discrète, cela donne un truc assez soutenu, mais aussi très léger et rigolo, même si dans les passages sur la solitude, il y a des moments un peu plus graves ou émotionnels. » C’est très intéressant et renseigne déjà un peu sur le truc en question ; Télérama achève de nous dissuader d’en entreprendre la lecture : « Le Cœur synthétique décrit la souffrance d’une quadragénaire célibataire, Adélaïde, qui, rongée par la peur de la solitude et de la vieillesse, déconstruit petit à petit les normes imposées par le patriarcat. » Pendant ce temps-là, Tesson s’installe dans une cabane dans les forêts de Sibérie et profite de la solitude, de l’espace et du silence – « toutes choses dont manqueront les générations futures » – pour prendre des notes, « archiver les heures qui passent » et tenter ainsi d’empêcher le néant de triompher…

Baptiste Beaulieu aime les femmes à barbe

Autre signataire de la tribune stalinienne, Baptiste Beaulieu est médecin généraliste et écrivain. La Croix nous apprend que cet homme a pleuré lors de la naissance de son premier enfant : « Je n’avais pas lâché une larme depuis longtemps, je crois que la société n’aide pas les hommes à exprimer leurs sentiments. » Au magazine Causette, le médecin déclare que « quelque part, soigner les gens, c’est une façon de faire baisser le thermomètre de la méchanceté globale du monde ». Il y a, comme ça, des phrases qui classent immédiatement un homme et annihilent toute envie d’essayer d’en savoir plus. Pourtant, consciencieux, on insiste. On lit un peu de la prose du médecin poète, extraite de son dernier roman paru, Où vont les larmes quand elles sèchent. On y découvre des insipidités exceptionnelles et des aphorismes d’une platitude consternante – « On ne devrait jamais remettre à plus tard, parce qu’il est toujours plus tard qu’on ne le pense dans la vie » – ou la description d’une jeune femme conforme à l’air du temps néo-féministe : « Dingue comme elle est poilue. C’est génial de voir une nana qui se moque autant du regard masculin. Elle vit rien que pour elle. Pas pour plaire. C’est fort, ça. Très fort. Quel mec mériterait la souffrance qu’elle s’infligerait à coups de cire brûlante ? Aucun. Y a de la dissidence dans ce pelage. Elle a le poil révolutionnaire, Josette. » Pendant ce temps-là, Tesson passe un été avec Homère puis, après avoir arpenté des chemins noirs « baignés de pur silence », un autre avec Rimbaud…

On se souviendra qu’en France cette tribune policière rédigée par des « acteurs culturels » dans le but d’effacer un écrivain n’est pas la première de ce début du XXIe siècle. Il y a d’abord eu « l’affaire » Renaud Camus, qui vit la garde-chiourme médiatico-culturelle – de Jean-Marie Cavada et Laure Adler (France Culture) à Catherine Tasca (ministre de la Culture) en passant par la sinistre Élisabeth Roudinesco (dragon licencié ès ragots) – se démener auprès des éditions Fayard pour faire retirer un livre de la vente et vouer son auteur aux gémonies. Puis il y a eu « l’affaire » Richard Millet, qui vit la commissaire politique des salons Gallimard, Annie Ernaux, promulguer l’acte d’accusation contre l’auteur de L’éloge littéraire d’Anders Breivik et surtout, surtout, de Langue fantôme, un essai sur le déclin de la littérature française qui faisait l’essentiel du livre incriminé et écorchait certains écrivains qui se portèrent immédiatement volontaires pour constituer le peloton d’exécution de Richard Millet.

A lire aussi: Kompromat à la française

Parmi ceux-là, J.M.G. Le Clézio. Pierre Jourde, qui refusa de participer à ce qu’il qualifia de « chasse à l’homme », évoque dans son dernier livre (1) « la fameuse Le Clézio touch : abondance d’eau tiède, généreuse distribution de pensée molle, de platitudes sublimes et de somptueuses idées reçues ». Après avoir cité quelques lumineux passages de la prose sirupeuse et créolisante de Le Clézio, « tant de banalités enveloppées dans tant de guimauve », Jourde s’interroge : « Et si tout simplement, notre plus grand écrivain était bête ? Mais bête, d’une bêtise irréparable, flaubertienne, d’une bêtise à la Homais, pleine de foi crédule dans le progrès et d’idées reçues. Au fond, c’est l’hypothèse la plus vraisemblable. » Le Clézio a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2008. Ernaux, en 2022. Nos écrivains et poètes délateurs du moment ne doivent donc pas désespérer. Rien n’est perdu. D’autres avant eux, sans autre talent que l’allégeance au multicuculapralinisme littéraire – mélange de prose progressiste, sociologisante, narcissique et pantouflarde conforme à l’idéologie petite-bourgeoise, sociétale et diversitaire du moment – et le maniement du knout médiatico-culturel à lanières wokes, sont parvenus à une reconnaissance in-ter-na-tio-na-le. Mais les places sont comptées et, malgré l’emploi d’un baragouin nombriliste et une mentalité d’argousin et d’indicateur de police avérée, une grande majorité des signataires de la tribune imbécile échouera à atteindre la notoriété convoitée. Elle se consolera alors en lisant ce bel aphorisme : « La plupart des écrivains sont de vrais écolos : ils ne laissent aucune trace. » L’auteur de cette exquise et ironique formule ? Sylvain Tesson. (2)

On achève bien la culture

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Aphorismes sous la lune: Et autres pensées sauvages

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) Pierre Jourde, On achève bien la culture, 2023, Collection Chez Naulleau, Éditions Léo Scheer.

(2) Sylvain Tesson, Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, 2008, Éditions Équateurs Parallèles.


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/nous-refusons-que-sylvain-tesson-parraine-le-printemps-des-poetes-par-un-collectif-dont-baptiste-beaulieu-chloe-delaume-jean-damerique-20240118_RR6GMDTTHFFXNGLP7GG7DZ2ZFU/

Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

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© Tom Nicholson/Shutterstock/SIPA

Le Premier ministre assure vouloir dire toutes les vérités aux Français, même celles qui font mal. Mais il laisse soigneusement de côté la difficile question identitaire.


Tandis que la France s’effondre, entrainant les agriculteurs dans sa chute, Gabriel Attal exhibe dérisoirement sa jeunesse et son homosexualité. « Je suis né en 1989 », a-t-il tenu à préciser mardi devant les députés en introduction de sa déclaration de politique générale, lue au même moment par le quinquagénaire Bruno Le Maire devant des sénateurs hilares. Et le Premier ministre a cru bon de conclure son long discours en rappelant : « Être Français en 2024 c’est (…) pouvoir être Premier ministre en assumant ouvertement son homosexualité »

Grosses ficelles

Or ces ficelles du jeunisme et d’un courage surjoué sont les artifices d’une communication qui n’abuse plus les gens sensés. Attal a certes aligné les mots que bien des citoyens veulent entendre (« débureaucratiser », « déverrouiller », « désmicardiser », etc.). Mais, puisqu’il s’est aussi engagé à « dire la vérité même quand ça fait mal », force est de constater qu’il a choisi l’évitement sur les sujets urgents. Le chaos peut attendre. Entendre le Premier ministre se définir Français en référence à ses pratiques sexuelles, qui n’intéressent personne, rappelle la fragilité que doit surmonter l’identité nationale vidée de son âme. Dans Les chênes qu’on abat, André Malraux explique la vision plus élevée qu’en avait De Gaulle : « Il appelle Français ceux qui veulent que la France ne meure pas ». C’est cette France qui ne veut pas mourir que le gouvernement ne sait pas entendre. Non seulement Attal n’a rien annoncé de tangible pour les agriculteurs, mais le défi migratoire a été à nouveau évacué.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Décadence du ventre

Pendant ce temps, Rachida Dati vante les mérites de l’immigration

En réalité, cette France trop française n’intéresse ni Emmanuel Macron ni sa Cour. Lundi, c’est au Musée national de l’immigration que Rachida Dati a présenté ses vœux au monde culturel. La ministre de la Culture en a profité pour relancer le projet du chef de l’Etat d’une Maison des Mondes africains, qui devrait s’installer dans les murs de la Fondation Cartier. En revanche, la Maison de l’Histoire de France, qui fut un projet de Nicolas Sarkozy abandonné par François Hollande, reste profondément enterré : la mémoire nationale n’est pas une cause défendable pour ces « élites » qui voient le besoin d’enracinement avec suspicion.

Classes moyennes : opération séduction

Attal évoque beaucoup la « classe moyenne », aimantée par le RN.

Il a même assuré : « Je refuse que notre identité puisse se diluer ou se dissoudre »

Mais comment croire celui qui parle de « reconquérir notre souveraineté nationale et européenne », en mêlant deux objectifs résolument contradictoires ? Cette pensée floue, qui s’ajoute au mépris porté aux « Gaulois réfractaires », sont des carburants pour la révolte paysanne.

Le choix du gouvernement de privilégier comme interlocuteurs la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, en marginalisant la Coordination rurale et ses bonnets jaunes, est une manœuvre grossière de division. Elle pourrait être le déclencheur d’une solidarité nationale dépassant la cause agricole, porte-parole d’une France encore majoritaire qui se sait menacée par les injonctions de technocrates déracinés.

Les chênes qu'on abat...

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Attalmania, ce «mini-Macron» qui vous agace déjà

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Emmanuel Macron avec Gabriel Attal à Arras, le 13 octobre 2023 © LUDOVIC MARIN-POOL/SIPA

Que les choses soient claires : le plus jeune Premier ministre de l’histoire de la Vᵉ n’est pas un clone du président de la République, estime notre chroniqueur.


Rien ne me paraît plus faux que de qualifier le Premier ministre Gabriel Attal de « petit Macron ». D’abord il y a là comme un zeste de condescendance, voire de mépris, et, pour avoir été choisi par le président, pour une fois heureusement inspiré, faut-il considérer qu’il est forcément un clone d’Emmanuel Macron ? Dans une telle dépendance que toute autonomie lui serait interdite ?

Philippe Bilger trouve lui aussi notre Premier ministre brillant

Suis-je contraint d’appréhender ce couple globalement, alors que j’ai envie de l’évaluer au détail et d’estimer que, si l’un a déçu et relève dorénavant d’une forme de passé, l’autre représente l’espoir ? Dans chacune de ses fonctions, il a su assumer ses responsabilités correctement, et même brillamment. Sa dernière expérience rue de Grenelle a été trop courte mais tellement concluante. Sa jeunesse ne sera pas perçue par moi comme un handicap. Je me souviendrai de la pensée de Goethe pour qui « si la jeunesse est un défaut, on s’en corrige vite ». Et tant plus âgés, à des postes essentiels, notamment celui de Premier ministre, n’ont pas vraiment ébloui…

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Aussi, on comprendra pourquoi je n’ai pas eu un réflexe d’opposant global critiquant sans nuance son discours de politique générale, prononcé alors que son gouvernement est loin d’être formé – on l’annonce complet le 6 février ou même plus tard -, avec des manques laissant des secteurs importants dans l’attente. S’il m’a déplu sur certains points, dans l’ensemble cependant je l’ai senti animé par une juvénilité créatrice, sincère, désireux de faire de ses promesses des actes, un peu intimidé par la posture officielle qu’il avait la charge d’assumer – lire un discours préparé par d’autres alors qu’il est très doué pour l’élan spontané du verbe – mais offrant une fraîcheur, une absence de cynisme, se refusant à tout pessimisme anticipé. Bref, une intervention de Premier ministre qui n’a déshonoré ni la démocratie ni la France. Ses faiblesses tenaient à une part de structure obligatoire dans ce type de discours, qui contraint à des banalités et des abstractions nobles. Il ne pouvait y déroger, de la même manière qu’il n’a pas manqué de rendre hommage à quinze reprises au président et de remercier ses prédécesseurs.

A lire aussi, un autre son de cloche, Ivan Rioufol : Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

Le procès qui lui a été fait de n’avoir pas placé tout son discours sous l’égide de l’agriculture en crise est injuste. Il a sans doute pâti du télescopage avec ses premières propositions aux agriculteurs. Il ne pouvait pas se focaliser seulement sur eux sauf à donner l’impression de tenir pour rien sa tentative initiale de répondre à la contestation agricole. Quant à la tonalité générale de son propos, il est absurde de la qualifier, comme Jean-Luc Mélenchon l’a fait, « de la plus réactionnaire depuis un siècle ». Alors que je ne vois rien à redire à l’analyse de Boris Vallaud qui la dénonce comme « libérale et conservatrice » ; personnellement je m’en félicite… Si le président a multiplié les fluctuations et les revirements au point d’égarer le citoyen, aujourd’hui Gabriel Attal n’avait pas d’autre choix que d’inscrire clairement son allocution sous le pavillon de la droite. Parce que le réel, d’une certaine manière, impose cette option en accablant la société avec des maux qui n’appellent qu’une rigueur aux antipodes des solutions de gauche. Il était frappant de constater que les passages les plus applaudis, bien au-delà de Renaissance, tenaient à la formulation d’évidences répressives et d’une fermeté régalienne ne laissant aucune transgression sans réponse. Il a d’ailleurs cherché à s’attirer les suffrages de « la France qui doute », en s’engageant « à faire respecter l’autorité partout : dans les familles, dans les classes, dans les rues » ».

Attal, nouveau marchand de sable ?

Je ne suis pas crédule au point de m’abandonner sans réserve à une satisfaction citoyenne. Alors que la majeure partie de son intervention avait respecté retenue et correction à l’égard des oppositions, quel dommage que sur la fin, tombant dans la démagogie, il ait dégradé ce ton au sujet du RN en revenant sur sa collusion prétendue, ou en tout cas ressassée sans éléments nouveaux, avec la Russie. On aurait attendu plus de finesse de Gabriel Attal qui n’ignore sans doute pas, au fond de lui, que ces accusations renforcent l’adversaire qu’elles croient combattre. Je n’ai pas non plus été séduit par l’allusion finale à son homosexualité alors que j’aurais autant apprécié son discours s’il avait été hétérosexuel. Elle était inutile. D’une part la France n’était pas pionnière dans ce domaine à la fois intime et politique et d’autre part j’espère que cette confidence – qui évidemment a suscité l’enthousiasme de ses troupes ! – n’était pas une réponse malvenue à Mediapart qui lui avait reproché honteusement « une homosexualité non ostentatoire ». J’entends bien qu’à prendre l’intervention dans son ensemble, elle apparaît tel un inventaire, avec de multiples engagements et promesses, la relation d’un passé forcément embelli, une profusion de « je » destinée à manifester volonté et liberté, indépendance et énergie. Bien sûr, tout cela demeurera comme un déplorable exercice de style si rien ne vient s’incarner dans le réel pour le réparer, pour le transformer. Gabriel Attal, dans l’avenir, sera véritablement un homme d’Etat ou sera jugé comme un séducteur nous ayant payé de mots.

A lire ensuite, du même auteur: Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

Est-il possible de conclure ce billet sans stigmatiser une Assemblée nationale qui ne sait pas écouter dans le silence, qui s’exclame ou crie quand l’orateur intervient, qui dans un brouhaha constant donne un si piètre exemple de la vie parlementaire et contraint la présidente à solliciter le calme de manière d’ailleurs trop peu impérative ? Pour moi, Gabriel Attal n’a pas à s’abriter sous l’aile (bienveillante ou non) d’Emmanuel Macron. Il doit faire politique à part ! Sur ce plan je ne peux que reprendre les termes de mon billet du 7 janvier, quand il était encore ministre de l’Education nationale : J’ai peur pour Gabriel Attal !

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La parole, rien qu'elle

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Un navet est beaucoup plus qu’un navet

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Image d'illustration Unsplash.

Dominique Labarrière nous propose aujourd’hui un peu de médecine préventive


De ce que nous mettons au bout de notre fourchette dépend, en grande part, notre santé. Pardon de rappeler une vérité si bien connue. Dans le catalogue des prescriptions de la médecine préventive, il est clair qu’une alimentation équilibrée et saine devrait tenir le premier rang. D’ailleurs, on nous en serine les bienfaits à l’envi : s’appliquer à consommer cinq fruits et légumes par jour (hors versions distillées, cela s’entend) vaudrait non seulement un élixir de longue vie mais assurerait de surcroît un prolongement de la vitalité juvénile absolument prodigieux. Big Pharma en crèverait. La perte serait considérable, du moins à la corbeille.

Ce que nous mettons dans nos assiettes participe aussi – sans doute le perd-on trop facilement de vue – de notre plaisir, notre plaisir d’individus de chair et de sang, et donc de notre art de vivre. Chacun admettra qu’il n’y pas de moments heureux dans nos existences bien françaises sans qu’on se sente tenu de s’offrir quelques fastes de table.

Bref ! J’oserais aller jusqu’à déclarer que le navet fait effectivement partie intégrante de notre « patrimoine commun ». Un peu après le château de Versailles et le chapeau de l’empereur, certes, mais pas si loin que cela. Ce n’est pas rien. On s’en persuadera sans peine. Ce dont les peuples se sustentent, ce qu’ils ont agrément à se mettre en bouche participe évidemment et très profondément des mille et cent éléments, importants ou dérisoires, qui fondent leur culture. À cet égard, le navet est donc bien plus qu’un navet. Il ne devrait pas demeurer plus longtemps, comme la chaussette ou le caleçon molletonné popeckien, un produit de plus à entasser sur les rayons des supermarchés, une chose vulgaire, banale. Pour inanimée qu’elle soit, cette chose aurait, me dis-je, poussant toujours plus loin l’innocent délire que je m’autorise ici, une âme. (Pour ma défense, ce poète fameux qui finalement ne dit pas autre chose : « Objets inanimés qui s’attachent à notre âme et patati et patata… ». On connaît.)  

Pour toutes ces raisons, le navet mérite respect et considération. On pourrait par exemple le citer de temps en temps à l’ordre de la nation reconnaissante. Je galèje encore, bien sûr. J’en suis bien conscient. Mais il me semble que s’autoriser en ce moment une once de rigolade ne peut pas être mauvais pour notre santé, mentale en l’occurrence.

Enfin, pour tout dire, je verrais d’un assez bon œil que notre navet ainsi que tous autres légumes et plus généralement toutes productions paysannes de chez nous, bénéficient d’un traitement privilégié, plus ou moins calqué sur le modèle de notre exception culturelle française dont le mérite, en soi remarquable, aura été de sauver du naufrage la création cinématographique hexagonale. Rien de moins. Navets compris, au demeurant.

Mitterrand, Don Juan en politique

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«Il y a une guerre des civilisations qui se dessine»

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Henri Guaino © BALTEL/SIPA

Dans son dernier livre, À la septième fois, les murailles tombèrent (éditions du Rocher, 2023), l’ancien conseiller spécial du président Sarkozy dresse un état des lieux peu réjouissant. Occident va-t’en-guerre, wokisme, réformes sociales, rien ne trouve grâce aux yeux d’Henri Guaino, moins encore la nouvelle génération de trentenaires qui arrive aux commandes.


Causeur. Votre livre, A la septième fois, les murailles tombèrent n’est pas bien optimiste…

Henri Guaino. Je ne sais pas ce que c’est que l’optimisme. C’est un concept qui m’est totalement étranger. Ça veut dire quoi ?

Est-ce qu’il n’y a pas besoin dans l’histoire aussi de moments d’illusions?

Les moments d’illusions… en général, ils ne sont pas les meilleurs. Ils préparent les grandes désillusions. L’espérance oui, l’optimisme, non. L’espérance, c’est une volonté. C’est Bernanos qui l’a le mieux dit. L’optimisme, c’est une facilité. L’espérance, c’est une vertu. C’est absurde, l’optimisme, ça vous empêche d’être lucide. 

A la fin de l’été dernier, Nicolas Sarkozy s’est vu taxer par Libération et quelques autres d’avoir calqué son discours sur celui de la Russie. Vous-même reprenez l’idée que la Russie a été poussée à la guerre à force de voir l’OTAN se rapprocher de ses frontières…

Sur la Russie, j’ai été le premier à prendre des positions qui m’ont valu les applaudissements des uns et les injures des autres. Je suis d’accord avec ce que Sarkozy a dit, mais je l’ai dit avant. Je pense que cette guerre n’aurait pas dû avoir lieu. Ce n’est pas seulement la hantise obsessionnelle des Russes d’être enfermés ; tout le monde savait qu’en poussant l’OTAN jusqu’aux frontières russes, on allait créer un drame. Ce n’est pas moi qui le dis, tous les géopoliticiens américains l’ont dit pendant des décennies, quel que soit leur sentiment à l’égard de la Russie. Je n’invente rien. L’actuel directeur de la CIA, William J. Burns, qui était ambassadeur à Washington en 2008, l’a écrit dans une note à Condoleezza Rice qui a été rendue publique depuis, pour expliquer que si on faisait entrer l’Ukraine et la Géorgie, on allait avoir des problèmes. C’est une vérité que de dire que la responsabilité de cette guerre est partagée.

Est-ce acceptable, selon vous, de laisser demain le Donbass et la Crimée à la Russie?

Est-ce que c’était acceptable de laisser l’Alsace et la Moselle à l’Allemagne en 1871 ? Avant de se demander ce qui est acceptable ou non, il faut se demander ce qui est inexorable, ce qui est de l’ordre de la fatalité. Si l’on trouve que ce n’est pas acceptable, alors il faut y aller. Pourquoi fait-on trainer cette guerre ? Pourquoi fait-on la guerre par procuration ? Pourquoi laissons-nous tuer des dizaines, des centaines de milliers d’Ukrainiens ? Si c’est inacceptable pour nous, alors allons-y. Vous savez, la guerre, vous la faites ou vous ne la faites pas. Si vous la faites, vous la faites totalement. Et, dans ce conflit on sait une chose, c’est qu’on ne peut pas la faire totalement. On ne peut pas la faire totalement, parce qu’il y a 6000 ogives nucléaires dans le camp d’en face. Il faut donc trouver les solutions les moins dramatiques, les moins tragiques, les moins destructrices. C’est ça, la politique. La politique, c’est du bricolage. Parfois, on n’est pas très satisfait. Je n’ai pas lu Le Monde se dresser contre l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh. Il faut dire que l’Azerbaïdjan avait le droit international pour lui. Les pauvres Arméniens n’avaient pour eux que le droit des peuples à vivre là où ils vivent depuis 3000 ans. Acceptable, inacceptable… Si c’est inacceptable, on tire les conséquences et vous allez à la guerre. Il y a un type sur les réseaux sociaux qui m’a dit il y a quelques jours : « S’il faut 15 millions de morts, tant pis, au moins on sera débarrassé de Poutine ». Ah bon ? 15 millions de morts !? Il y en aura beaucoup plus que ça si l’on se lance pleinement dans cette guerre. L’écroulement de la Russie, ça serait une bonne chose ? La déstabilisation de toute l’Eurasie ? Qui a envie de ça, à part les Polonais, qui sont obnubilés par leur histoire – ce que je peux comprendre. Mais moi, je ne suis pas Polonais. Moi, je ne me sens pas menacé par les chars russes à Paris, ça rend ma notion de l’acceptabilité un peu différente.

Et quelle est votre analyse de ce qui se passe au Proche-Orient?

Ce conflit est une vraie tragédie car personne n’a tort et personne n’a raison. Les uns vont vous dire : « ça fait des siècles qu’on est là », et les autres, « il y a des millénaires, on était déjà là ». Est-ce qu’on a fait quoi que ce soit pour trouver une solution ? Est-ce qu’on a fait quoi que ce soit de décisif pour arrêter ce massacre ? Non. Vous me direz, ce n’est pas si simple, parce que chacune des deux parties pense que ce conflit est vital. Pour ce qui nous concerne, l’Ukraine plus le Proche-Orient, ça fait beaucoup pour creuser le fossé entre l’Occident et le reste du monde.

Est-on arrivé au choc des civilisations que l’on craignait depuis trente ans?

Oui. Il y a une guerre des civilisations qui se dessine. On a intérêt à tout faire pour que ça n’aille pas jusqu’au bout de cette logique… sinon, on va au désastre. Les guerres de civilisations ou de religions, ça se résout par l’extermination de l’adversaire. Ou par un sursaut de lucidité et d’intelligence, mais quand on a déjà beaucoup tué. La guerre de Trente ans, elle dure trente ans quand même, et elle tue au moins un tiers de la population de l’Europe centrale. (Long silence) L’Occident est malade ; non seulement il est malade mais il veut imposer son modèle au reste du monde. Le reste du monde n’en veut plus !

La phrase leitmotiv de votre livre semble être « l’histoire ne se répète pas mais que nous la répétons »…

Je ne dis pas que « l’histoire ne se répète pas mais que nous la répétons ». Non. Nous nous répétons, parce que nous sommes des hommes, les hommes ont une nature, la nature humaine, et elle n’a pas changé. Les circonstances changent, les moyens changent… mais l’homme, lui, vous croyez qu’il change ? Quand la politique oublie la nature humaine, le désastre est assuré.

Quand on voit Georgia Meloni, qui se voit imposer des privatisations par Bruxelles et qui accepte de nouveaux immigrés, peut-on craindre que ses équivalents français à droite en arriveraient à de tels renoncements s’ils accédaient au pouvoir ?

Oui, peut-être. Madame Meloni est arrivée au pouvoir sans savoir exactement ce qu’elle allait faire. Elle savait ce qu’elle voulait faire mais elle ne savait pas ce qu’elle allait faire, ni ce qu’elle pouvait faire. Qui plus est, l’Italie est dépendante financièrement de l’Europe, ce qui n’est pas le cas de la France. Ces expériences donnent la même chose, c’est-à-dire pas grand-chose. C’est quoi être de droite, c’est être pour la réforme des retraites ?

L’UMP en a fait un paquet, quand elle était au pouvoir !

Et alors ? Vous avez fait une chose une fois, il faut le refaire indéfiniment ? Un jour, vous relevez les taux d’intérêt très haut, et après il faut garder les taux d’intérêt toujours très haut ? Un jour, vous faites une réforme, et après, il faut en faire une deuxième, une troisième, une quatrième de la même nature ? Mais enfin, c’est un argument débile, pardon. Comme l’autre [Agnès Evren, vice-présidente de LR] qui disait : « C’est l’ADN de la droite ». « Je suis de droite, je fais une réforme des retraites ». Pas un de tous ces abrutis n’avait ouvert le rapport du conseil d’orientation des retraites, pas un n’avait essayé de comprendre ce que disaient les chiffres. Quand on a demandé à Monsieur Dussopt de donner ses chiffres, il a répondu : « je n’ai pas de comptes à rendre sur mes chiffres ». On va accepter encore longtemps de faire des politiques comptables, on va continuer longtemps d’accepter la supériorité de la loi européenne sur la loi française, on va continuer à faire des lois sur l’immigration de 95 articles ? Tout le monde a voté, tout le monde a approuvé en sachant qu’une partie était inconstitutionnelle [entretien réalisé avant la censure partielle de la loi immigration par le Conseil constitutionnel, ndlr], et que l’autre partie était contraire aux jurisprudences européennes. Dans ce domaine et dans l’état actuel des choses, c’est le juge qui décide et pas le législateur. C’est faire de la politique, ça ? Dans trois ans, les gens diront : « Ils nous ont menti une fois de plus ». Et puis quand ils auront essayé, les uns Meloni, les autres le Rassemblement national, il se passera quoi ? Faites le compte, en deux cents ans, combien de vraies crises politiques se sont résolues par les urnes ?

Peut-être en 1958 ?

Et non. Mauvais exemple. 58, c’est le 13 mai (le putsch d’Alger NDLR). S’il n’y a pas de 13 mai, pas de retour du Général !

Avez-vous un exemple ?

Il n’y en a pas. Pour finir la Révolution, il a fallu le 18-Brumaire. Pour sortir de la crise de la Seconde République, il a fallu Louis-Napoléon Bonaparte et le 2 décembre. Pour sortir de la crise de la IIIème République, il a fallu la défaite de 40. Pour sortir de celle de la IVème République, il a fallu le 13 mai. Cherchez… A chaque fois, on a eu plutôt de la chance, on a eu quelqu’un pour prendre le pouvoir. On n’est pas tombé sur Hitler, on n’est pas tombé sur Mussolini, on n’est pas tombé sur Joseph Staline. Bon, d’accord, on a eu Pétain. Et encore… Face à lui, il y avait la France libre. On n’aura pas toujours de la chance. Et toutes les catastrophes n’ont pas été provoquées par la gauche. Ce que l’on appelle la droite a eu sa part de responsabilité. Elle a d’ailleurs si peu gouverné, la droite. Elle a résolu le problème de la Commune en pactisant avec les Allemands.

Pour les Européennes, allez-vous vous lancer ?

Les Européennes, ça ne va pas être intéressant non plus. D’ailleurs, à quoi cela sert l’Union Européenne ? Les élections européennes ne vont pas changer la majorité au Parlement. Bon, si LR fait 5%, ça va devenir compliqué quand même… Si le Rassemblement national fait plus de 30%, ça viendra conforter une tendance lourde. Et s’il fait beaucoup moins, ça ne préjugera pas de son résultat à la présidentielle, mais ça sera un mauvais indicateur. Celui qui gagne les Européennes, il part à Bruxelles, il disparait. Personne n’osera rien dire d’intelligent sur l’Europe pendant la campagne. C’est une élection pour rien dont l’histoire est écrite à l’avance. Ça va être la foire d’empoigne pour les jeunes espoirs. Il y aura Marion, il y aura Bardella, il y aura Attal… Je ne sais pas ce qu’ils vont nous trouver comme jeunesse à promouvoir. Je pense qu’on devrait ramener la majorité pour se présenter à l’âge de 16 ans, voire 14 !

Vous voudriez qu’on ait des gamins au pouvoir ?

Pourquoi pas. On peut descendre la moyenne d’âge encore !

Pendant la Révolution, le personnel politique, ce n’était que des jeunes, Saint-Just et les autres.

Il y a des périodes qui font émerger de très jeunes gens, mais ils émergent dans l’épreuve et des circonstances exceptionnelles. Tous n’ont pas été un cadeau pour leur nation, mais les grandes épreuves, c’est l’occasion de montrer sa valeur.

Trouvez-vous qu’on n’a pas assez d’épreuves et qu’il nous en faudrait d’autres pour révéler de vrais talents politiques ?

Dans les épreuves, il y a des talents et des caractères qui se révèlent et qui se forgent. Là, ils n’arrivent pas au sommet après avoir fait le siège de Toulon, la campagne d’Italie, la campagne d’Egypte. Ce n’est pas comparable.

Personne n’a grâce à vos yeux parmi cette nouvelle génération ?

Non. Personne n’a grâce à mes yeux. Je n’ai pas d’a priori pour grand-chose, et certainement pas pour la grâce. Alors… ils se révéleront peut-être ! La dernière fois qu’on nous a fait le coup du jeunisme, c’était en 2017. Le jeunisme devait accoucher du nouveau monde. On a plutôt le plus ancien dans ce qu’il avait de pire. Villiers disait ça il y a quelques jours sur CNews : « Le jeunisme est une maladie de société vieillissante ». A la fin des années 80, vous vous souvenez, il y avait les rénovateurs.

Ils sont tous morts désormais.

Pas tous. Ils sont très vieux…

C’est toujours pareil. On ne choisit pas un responsable politique parce que c’est une femme, ou parce qu’il est homosexuel, ou parce qu’il est noir, ou parce qu’il est jeune…

Ça n’a pas beaucoup été fait, depuis 20 ans ?

Et si, ça a beaucoup été fait. Et après on s’étonne, d’en être arrivés là.

A la septième fois, les murailles tombèrent

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Gaby-le-Magnifique à l’école du pouvoir

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Le Premier ministre Gabriel Attal, hier, Paris © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, d’une durée d’une heure vingt, mardi 30 janvier, le Premier ministre a appelé à une « exception agricole française ». Il place désormais l’agriculture au sommet des priorités gouvernementales, donnant le sentiment de délaisser l’école. Comme il a utilisé les termes « déverrouiller », « désmicardiser » ou « débureaucratiser », Jean-Luc Mélenchon a entendu le discours « le plus réactionnaire depuis plus d’un siècle ».


Annoncée à grand fracas médiatique, la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, s’est diluée dans le convenu du macronisme, en noyant l’identité de son orateur. Le prometteur mais éphémère Ministre de l’Education nationale a laissé ses engageants oripeaux d’il n’y a pas si longtemps dans les vestiaires de la rue de Grenelle, qu’il a étonnamment quittés sans trop de nostalgie.

Pour l’occasion, le servile public avait sorti les grandes orgues. France Télévisions, jugeant sans doute l’impact des chaines infos et l’écho de son satellite radiophonique insuffisant, avait bousculé son antenne pour retransmettre l’évènement. La bonne Ernotte est donc de rigueur pour cette complaisance espérée porteuse avec le ci-devant ministre de l’Education et son rendez-vous avec la nation, au cœur d’une actualité lourde et d’une jacquerie-soubresaut de vie, qui voit le paysan non plus cultiver la terre mais la rejoindre. Avec la complicité mortifère des termites de Bruxelles, désignées – c’est certain ! par les dieux, mais c’est une autre histoire.

Le jeune et impénitent marcheur de la première heure, qui avait fait ses armes au sein du très décati parti à la rose, avait ce jour-là de vrais accents conservateurs, propres à séduire la frange conservatrice du pays. Certes, le jeune Premier ministre a usé de ses atouts premiers : regard noir-de-jais profond, éloquence bouillante, sincérité revendiquée et index pointé, mais il vient sans doute de perdre la première manche dans l’étayage de son nouveau statut. Le brouhaha du Palais-Bourbon qui prévalait lors de son allocution, plus potache que vindicatif – sans doute par égard à sa courte apparition dans son rôle de professeur en chef – n’a rien de définitivement révélateur cependant. La vérité est ailleurs. L’astre brillant au firmament des sondages et autres enquêtes d’opinion prend désormais des allures d’étoile filante. La fameuse théorie, qui s’avère de plus en plus fumeuse et funeste, du « en même temps » risque de le consumer bien vite… Le fils spirituel du grand frère qui siège à l’Elysée va se faire doucement phagocyter par son insigne parent. Au pays des Huns, seul le pas très engageant Attila survit – sans prospérer – et les jeunes pousses herbeuses qui s’aventurent à croître sous sa fausse bénédiction sont promises à l’étiolement, au sein d’un désert où la défaite est plus cuisante encore.

Gaby-le-Magnifique a du mouron à se faire…

PISA et dépendances

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Un jour comme un autre dans une école primaire de la commune d’Ambroise (Indre-et-Loire), pendant les années 1970 © Bridgemans Images

Si le niveau des petits Français est en baisse, c’est parce que celui de leurs profs dévisse aussi. Leur formation est le nœud du problème que doit résoudre le ministre de l’Éducation nationale. Jean-Paul Brighelli lui souhaite bonne chance, et soumet quelques pistes de réflexion.


Cette lettre ouverte à Gabriel Attal, publiée dans notre magazine le 3 janvier, a été rédigée avant sa nomination à Matignon NDLR.

Monsieur le ministre,

Choc PISA, dites-vous… Mais le plus choquant est que la nouvelle déroute de l’école française n’a choqué personne. Même les médias ne sont pas parvenus à faire monter la sauce, tant tout le monde, depuis trente ans que la débandade s’est accentuée – au lendemain de la loi Jospin – est résigné à voir le niveau glisser vers les abysses.

Certes, une statistique réalisée en 2022, après un an et demi d’interruption des cours, est légèrement faussée. Mais elle l’est tout autant pour les tigres du Sud-Est asiatique –et pour l’Estonie, meilleur élève de l’Europe.

Nos voisins d’outre-Rhin ont moins bien digéré que nous la nouvelle de leur effondrement. Déjà en 2000, la première évaluation PISA avait occasionné outre-Rhin un choc salutaire : les Allemands, qui se croyaient encore à l’heureux temps de l’école bismarckienne, décidèrent de réagir avec un vrai succès. Cette fois, c’est l’afflux soudain de réfugiés syriens, invités par Angela Merkel à venir violer des Allemandes lors de la Saint-Sylvestre 2016, qui a fait chuter la moyenne.

Le règne des pédagogistes se termine-t-il?

Nous avons nous-mêmes vécu un épisode équivalent après la double décision ingénieuse du couple gauchiste Giscard/Haby, qui en 1976 ont opté à la fois pour le collège unique et pour le regroupement familial. J’étais déjà enseignant, nous avons vu arriver des gosses pas plus méchants que d’autres mais franchement illettrés, insérés dans les classes sur le seul critère de leur âge. Forcément, les enseignants soumis à la « massification » – un mot atroce qui ne réjouit que les pédagogues professionnels – ont baissé le niveau de leurs exigences, afin de ne pas perdre tout à fait ce tiers de classe qui ne comprenait rien, quitte à sacrifier ceux qui savaient déjà tout. Quand on pense que ce sont les enfants de ces immigrés-là qui sévissent aujourd’hui dans les banlieues, on s’étonne moins.

L’une de vos premières décisions – j’en parlais déjà dans mon dernier livre, L’École à deux vitesses – est donc d’en finir avec ce collège unique, ce qui enflamme la combativité des fossoyeurs en exercice du système scolaire. Philippe Meirieu appelle ainsi ses troupes – qui en trente ans ont infiltré le ministère et les universités– à « résister » : en se prenant pour de Gaulle, il vous attribue un rôle peu reluisant. Peut-être faudrait-il indiquer à ces archontes de la malfaisance que leur règne se termine.

En effet, monsieur le ministre, si vous ne prenez pas des mesures complémentaires immédiates, leur dictature se pérennisera – et se renforcera. La formation des maîtres, dites-vous à raison, est à revoir complètement. Afin de provoquer un déclic dans la mémoire des boomers dont les petits-enfants sont massacrés consciencieusement par ces mêmes pédagogues et leurs séides, vous avez parlé de reconstituer les écoles normales sur un cycle de trois ans post-bac.

Il faudra effectivement recruter intensément si l’on veut que la fiction des classes de niveau devienne une réalité tangible. En répartissant les élèves selon leurs aptitudes, et surtout – c’est essentiel – en fixant un nombre d’élèves dans ces divers groupes inversement proportionnel aux difficultés, éventuellement en donnant aux établissements assez de latitude pour augmenter selon les besoins les emplois du temps des matières en tension, vous allez créer un besoin d’enseignants de qualité qui, pour le moment, ne peut être satisfait. Les jurys peinent à donner les concours à des candidats d’une médiocrité insigne, vu qu’ils arrivent souvent de psycho-socio-nigologie, filières où l’on n’enseigne aucune des matières qu’ils sont censés enseigner.

Et comme ils ont bénéficié, en deux ans de master MEEF, d’une formation visant à apprendre à n’apprendre rien (un constat fait dès 1999 par Jean-Claude Michéa dans L’Enseignement de l’ignorance), ils se retrouvent admirablement inaptes à transmettre quoi que ce soit.

C’est le nœud du problème. Les redoublements, le brevet, les notes aux examens, tout cela n’est que broutilles et écran de fumée. Allez jusqu’au bout et supprimez le bac, relique vieillotte d’un système que l’on ne ressuscitera pas. Ce sera près d’un milliard d’euros économisés chaque année.

Ne pas faire confiance à ceux qui ont détruit le système

Puis-je faire une suggestion pour améliorer le recrutement et la formation des maîtres ? Cessez de la confier aux universités, et proposez-la aux lycées à CPGE. Henri-IV a déjà une classe expérimentale, post-bac, qui en trois ans propose de former des professeurs des écoles compétents. Nul besoin d’universitaires experts en recherches pointues pour enseigner à des néo-étudiants auxquels il suffit, au fond, de transmettre tout ce que l’on a soigneusement évité de leur apprendre dans les quinze années précédentes — de l’orthographe à la date de la bataille de Marignan en passant par l’étude des fractions ou des nombres à décimales. Deux questions dont de récents sondages en sixième ont prouvé qu’elles n’avaient pas été abordées au primaire.

Si vous abandonnez la formation des maîtres aux universités, vous allez renforcer le pouvoir de la clique mérieutique qui se frotte déjà les mains à l’idée de contourner vos préconisations – comme elle l’a fait jadis lorsque Gilles de Robien a voulu institutionnaliser l’apprentissage de la lecture-écriture en alpha-syllabique.

Plutôt qu’à des universitaires auteurs de thèses sur l’inutilité de l’orthographe ou du bon français qui s’acharneront à défaire votre projet avant qu’il soit éclos, confiez donc la formation des maîtres aux enseignants de lycée et de classes préparatoires – par exemple ceux qu’une saine gestion des prépas en surnombre à Paris, actuellement en projet, laisserait le bec dans l’eau. Quitte à charger du chapeautage de cette formation une personne digne de confiance – après tout, l’actuel recteur de Paris a réussi à imposer la méthode Lego dans la capitale, conformément aux préconisations de Stanislas Dehaene, et à insuffler de la mixité scolaire dans les lycées de la capitale sans pour autant descendre le niveau.

Vous ne pouvez pas faire confiance à ceux qui ont détruit le système, et qui frappent aujourd’hui à votre porte pour se voir confier des fonctions qui leur permettront de torpiller vos intentions. Seuls de vrais enseignants, maîtres de leur discipline, peuvent assurer  l’apprentissage de ces mêmes disciplines. Et ils sauront en même temps initier les étudiants aux subtilités de la vraie pédagogie – celle qui ne laisse personne en route et permet à chacun d’aller au plus haut de ses capacités.

Cela dit, bravo pour votre réactivité dans l’affaire du collège d’Issou. Les élèves sanctionnés doivent être déplacés plus loin – loin de leurs familles toxiques, de leurs « grands frères » et de leur ghetto.

L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes

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Identité nipponne

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Copyright 2022 A Man Film Partners

Et si, juste après sa mort, vous découvriez que votre mari n’est pas du tout celui qu’il prétendait être ?


C’est entre autres à Lotz, en Pologne, que le réalisateur japonais Kei Ishikawa né en 1977 a été formé au cinéma. Extraterritorialité qui n’est sans doute pas étrangère au climat étrangement glacé de ce quatrième long métrage, adaptation d’un roman de Keiichiro Hirano qui a remporté en 2018 le prix Yomiuri – l’équivalent du Goncourt, au Japon. Sous les auspices de Art House, c’est son premier film distribué en France.

Un jeune homme timide, dessinateur naïf à ses heures, rencontre une jeune veuve dans la papeterie où elle travaille. Mère d’un petit garçon, Rie (c’est son prénom) en tombe amoureuse, et se marie bientôt avec lui. Daisuko Tamiguchi est bûcheron, ou plus exactement apprenti sylviculteur. Là-dessus, le pauvre gars meurt accidentellement, écrasé sous le tronc de l’arbre qu’il venait d’abattre maladroitement. Survient son frère aîné, mais sur la photo qui orne l’autel funèbre, celui-ci ne reconnaît pas Daisuko : manifestement, son identité a été usurpée. Séduisant avocat, Akira Kido (joué par l’excellent et photogénique acteur Satoshi Tsumabuki), un de ces nombreux Coréens nés au Japon qu’on appelle les « Zainichi », est engagé par la veuve pour découvrir quel homme pouvait bien se dissimuler derrière la figure du disparu.

A lire aussi: Les bourreaux côté jardin

Prologue d’une intrigue labyrinthique, faite d’ellipses, de détours, de flashback et de rebondissements, qui exigent du spectateur une attention soutenue. Sous le masque du thriller – assassinats, identités travesties, successives et compliquées…-, traversant les années au fil des remariages et autres soubresauts familiaux, A man dissèque non sans âpreté la société nipponne contemporaine : état des lieux qui arpente ses marges criminelles, ses préjugés de castes, ses non-dits… Avec, en arrière-plan, le tableau de la ville du XXIᵉ siècle, métropole arachnéenne, tentaculaire, en chantier permanent.

À l’enseigne de Magritte, dont la célèbre et énigmatique toile surréaliste Reproduction interdite (1937), encadre l’exposition et le dénouement du film, A man questionne le vertige de l’identité, dans une singulière sobriété formelle, conjuguée à une déroutante virtuosité scénaristique. Au risque que le spectateur, piégé dans l’entrelacs des faux-semblants, se perde un peu en chemin.

A man © film Partners

A Man. Film de Kei Ishikawa. Japon, couleur, 2022. Durée : 2h01. En salles le 31 janvier 2024

A Man

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Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

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François-Xavier Bellamy, Paris, 2020. ©NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Face à Marion Maréchal et Jordan Bardella, la talentueuse tête de liste LR aux élections européennes va vite devoir sortir les griffes et briller dans les polémiques politiciennes pour espérer se faire une place.


Qui n’est pas de droite aujourd’hui ? Ce titre ne se veut pas provocateur. Il exprime mon impression derrière la multitude des antagonismes souvent dérisoires qui encombrent la vie politique et font le miel de l’espace médiatique. À bien observer, si nous n’avons hélas pas encore une droite du courage, en revanche le courage de se dire de droite n’en est plus un. Tant cette identité qui mêle libéralisme et pensée conservatrice est devenue celle qui semble le plus correspondre au réel et à la politique qu’il devrait imposer pour une France redressée dans tous ses états. Cette conviction n’est pas contradictoire avec l’abus ridicule, vide de sens, de l’appellation « extrême droite », qui prétend placer sous un pavillon unique une diversité intellectuelle et partisane impressionnante. Elle n’est destinée qu’à favoriser la paresse des analyses et le conformisme des dénonciations. Je l’affirme d’autant plus volontiers que je ne me sens pas totalement partie prenante de cette droite qui sur les plans politique et médiatique, me fatigue trop souvent par sa prévisibilité et son manque d’audace. Plus apte à pourfendre, quelquefois brillamment, la gauche qu’à se constituer comme espace autonome et vraiment mobilisateur.

RN, LR, Reconquête: la guérilla permanente

Si je n’avais pas le sens du ridicule, je continuerais à me qualifier d’anarchiste de droite, tant cette dénomination, conciliant ma vision du monde et de la société avec mon désir d’intelligente subversion, me semble de loin la plus appropriée à l’état d’esprit d’un certain nombre de concitoyens. Ils ont pour dénominateur commun de croire au pouvoir de la politique et à la politique qui serait mise en œuvre par un pouvoir courageux, efficace et exemplaire.

A lire, du même auteur : Pourquoi Nicolas Sarkozy m’a-t-il déçu?

Rien ne me paraît plus absurde que cette guérilla permanente qui oppose Les Républicains, le Rassemblement National et Reconquête!. On sait que l’union des droites demeurera une aspiration inconcevable pratiquement, tant que les positions extrêmes d’Eric Zemmour seront un défi au caractère opératoire que doit avoir tout programme, que la présence de Marine Le Pen (malgré le formidable déblayage éthique et historique qu’elle a réalisé) interdira un rapprochement qu’elle ne souhaite pas et que la droite classique continuera à camper dans un refus peureux, persuadée par la gauche que ce que François Mitterrand a accompli avec le parti communiste, elle n’a pas, elle, au moins à le tenter. On voit un parfait exemple de cette aberration avec la campagne des élections européennes où le seul souci de Jordan Bardella est d’inciter François-Xavier Bellamy à changer de cap ; en laissant croire que les Républicains n’ont qu’un petit pas à faire pour rejoindre le RN, ce qui est faire bon marché du talent, de l’intelligence, de la constance et du bilan de celui qui a été désigné enfin comme tête de liste des LR. On constate que les qualités intrinsèques de Marion Maréchal et sa lucidité se sont dégradées depuis qu’elle est à Reconquête! et que malgré les rapports de force et de rivalité qui auraient surgi avec son maintien au RN, elle aurait mieux fait de ne pas le quitter et de le faire progresser de l’intérieur. Quand elle s’aventure à dénier à Bruno Le Maire, à Gérald Darmanin, à Marine Le Pen et à Jordan Bardella d’être des personnalités de droite pour ne créditer de ce label que Reconquête!, elle exagère. Elle se trompe également quand elle déclare que « François-Xavier Bellamy devrait logiquement être avec nous » (Le Figaro). De quel préjugé tire-t-elle cette accusation selon laquelle, après les élections européennes, LR rejoindrait le macronisme ? Elle n’en sait rien et leur prête une attitude équivoque que pour l’instant rien ne confirme…

Les Républicains loin de mourir ?

Je perçois que cette attitude bizarrement commune de deux adversaires à l’encontre de LR, n’a pour finalité que d’essayer de réduire encore davantage l’espace de ce parti, comme s’il était voué à l’étouffement entre ces deux forces dont l’une pour l’instant est largement en tête et l’autre en difficulté. Il reviendra à François-Xavier Bellamy de sortir ses griffes et d’accepter ce que les débats politiques, pour être efficaces et convaincants, imposent de vulgarité et de polémiques. Cette impossibilité aujourd’hui, à l’exception d’accords sur le terrain vite disqualifiés par la hiérarchie de LR, de songer à une union des droites, n’empêche pas cette famille politique largement entendue, avec son centre et ses extrémités, d’être prépondérante dans notre démocratie.

A lire aussi, Jean-Baptiste Roques: Macron: la résolution de velours

Il est fini le temps où, qualifiée de la « droite la plus bête du monde », elle faisait tout pour justifier cet opprobre. Les Républicains ont beau être moqués qu’ils réussissent ou échouent, ils n’en restent pas moins l’incarnation, contre des adversaires inégalement importants qui aspirent à les absorber, d’une philosophie politique qui devrait se faire une gloire de savoir concilier humanisme et rigueur, cohérence et pragmatisme. Dans la forme j’ai apprécié la révolte d’une certaine droite face au grotesque ostracisme qu’on souhaitait faire subir à Sylvain Tesson, choisi pour parrainer le printemps des poètes. Tout ne passe plus, elle se rebiffe. Sur le fond et pour l’organisation, hommes, femmes et idées, j’ai parfois l’impression d’une France qui attend d’être représentée par un grand et vrai parti de droite. Orpheline mais emplie d’espérance.