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Les selfies de Modi

Pour rester au pouvoir, le leader indien mobilise le pouvoir des selfies.


Encore plus que les Occidentaux ou même les Chinois, les Indiens sont obsédés par les selfies, une tendance que le gouvernement actuel exploite à des fins politiques. Si Indian Railways, la société de transport ferroviaire nationale, n’est pas réputée pour sa ponctualité, les usagers en attente peuvent désormais se distraire dans des cabines à selfie que les autorités ont installées dans les gares pour permettre aux voyageurs de se photographier avec une image grandeur nature du Premier ministre Narendra Modi. Ces bornes à selfie sont équipées de découpes en carton de taille réelle du leader nationaliste, voire de modèles en 3D.

Derrière cette idée en apparence ludique se cache à peine une véritable campagne politique astucieusement orchestrée à quelques mois des prochaines élections législatives. Élevé presque au rang de divinité par son parti le BJP, qui le qualifie de « messie des pauvres », Modi ne ménage aucun effort afin de garantir sa réélection pour un troisième mandat de cinq ans. Son gouvernement a même mobilisé les ministères de la Défense et de l’Éducation pour installer des bornes à selfie près des monuments aux morts et dans les musées, les aéroports, les écoles et les collèges. Ces bornes célèbrent en textes et images les réalisations des autorités en place et proposent souvent une image de Modi.

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Ce culte de la personnalité a suscité la désapprobation de l’opposition qui a dénoncé un gaspillage effronté de l’argent des contribuables. Une borne temporaire coûte 1 400 euros et une permanente 7 000. Il est vrai que les députés de l’opposition peinent à s’imposer dans un espace public entièrement dominé par Modi et ses partisans. Face aux critiques acerbes provoquées par les bornes, le BJP a cyniquement rappelé à ses opposants que l’Inde était une démocratie et que les Indiens étaient libres de prendre des selfies ou non selon leur bon plaisir… Ou celui de l’homme qu’on appelle le « gourou national » ?

Uniforme à l’école: Nicole Belloubet annonce le port obligatoire de l’abaya à la rentrée prochaine

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Évidemment, notre titre est une boutade ! Reste que la nomination, à l’Éducation nationale, de Mme Belloubet (qui a tenu des propos controversés durant l’affaire Mila), sème le trouble. Face au séparatisme islamique et à la crise de l’autorité, avec Emmanuel Macron et Gabriel Attal, c’est un pas en avant, deux pas en arrière ! Céline Pina analyse les nouvelles nominations gouvernementales annoncées hier soir.


La fiction du « gouvernement resserré » a pris fin ce jeudi 8 février avec la nomination de la liste complémentaire des favoris du président. Après le premier cercle des ministres, voici le second choix des secrétaires d’État. C’est une liste de « seconds couteaux » qui a été sortie du chapeau. Pas de trophée arraché à un autre parti, pas de personnalité incarnant une orientation politique ou portant un message allant au-delà de sa propre personne. La liste des nouveaux ministres est insignifiante au sens premier du terme, elle ne « dit » rien à personne.

Pouvoir sans imagination

Et ce n’est pas un hasard, c’est même le but recherché. La mise en scène de ce total manque de considération pour de soi-disant politiques ravalés au rang de ternes exécutants délivre, elle, un message politique. Et il n’est pas glorieux pour le pouvoir. Pour tenter de donner un reste de crédit à une parole politique dont il ne cesse d’affaiblir la portée, la communication gouvernementale tente vainement de masquer les revirements permanents et les sorties inconsidérées d’un président sans gouvernail ni cohérence. Ainsi, Emmanuel Macron ayant promis un gouvernement resserré, la fiction doit donc être maintenue à tout prix, même si elle ne trompe personne. Tout le monde savait que la première salve de ministres n’était qu’une mise en bouche et qu’il faudrait compléter l’appareil gouvernemental par d’autres nominations. Il faut dire que des dossiers cruciaux et passablement chauds (Santé, logement, aménagement du territoire, industrialisation…) étaient restés en jachère. Alors la raison a fini par l’emporter et le gouvernement regroupe de fait plus d’une trentaine de personnes. Et cela n’a rien de problématique. On se demande même qui a réussi à refourguer ce vieux rogaton fatigué de la communication qu’est le « gouvernement resserré ». Vieux plat réchauffé des pouvoirs sans imagination.

Symboliquement, le fait de mettre en scène un processus de nomination désinvolte permet de bien faire ressortir qu’il s’agit ici de désigner des subalternes. Le vrai gouvernement, ce sont les ministres de plein exercice et eux ne sont que quinze. En apparence la promesse est tenue et cela suffit à contenter l’ego du Prince.

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Sauf que personne n’est dupe. Les Français encore moins, ils regardent ébahis leur gouvernement leur jouer une comédie qui ne trompe personne. Tout le monde se moque du nombre de personnes nommées au gouvernement si le travail est fait. Si les services publics sont à la hauteur, si les hôpitaux fonctionnent, si tous les médicaments sont disponibles en pharmacie, si l’école tient sa promesse d’ascension sociale, si la sécurité règne dans les rues… alors Emmanuel Macron pourra nommer cinquante personnes ministres sans que cela ne dérange quiconque. En revanche, si c’est pour continuer à cravacher le pays pour qu’il s’enfonce plus vite dans la spirale du déclin, même quinze parasites, c’est déjà trop.

Tambours et trompettes

Cette façon de procéder inutilement humiliante dit bien qu’il n’y a encore aucun véritable politique dans ce train de nomination. Il s’agit là de simples gestionnaires, sans beaucoup de poids propre, élevés à cette hauteur par la faveur du Prince. Mieux vaudrait en ce cas un simple communiqué de presse, informatif et neutre. Trop de tambours et trompettes pour saluer un non-évènement finit par montrer ce que le pouvoir aimerait bien cacher.

La simple énumération des noms des nouveaux membres du gouvernement est en elle-même significative : Frédéric Valletoux (Santé), Patrice Vergriète (Transports), Fadila Khattabi (autonomie et handicap), Marina Ferrari (Affaires européennes), Dominique Faure (Collectivités territoriales et ruralité),  Guillaume Kasparian (Logement), Marie Guevenoux (Outre-mer), Dabrina Agresti-Roubache (Ville), Hervé Berville (Mer), Sarah El Haïry (Enfance et famille), Olivia Grégoire (entreprises), Thomas Cazenave (Comptes publics), Agnès Pannier-Runacher (Souveraineté alimentaire), Jean-Noël Barrot (Europe), Franck Riester  (Commerce extérieur), Patricia Mirallès (Anciens combattants), Chrysoula Zacharopoulou (partenariats internationaux)…

Ces noms n’évoquent rien pour quiconque dans la rue, et peut-être même dans une partie des rédactions de journaux. Il n’y a pas si longtemps, avant de devenir ministre, il fallait faire ses classes : on existait un peu, on représentait quelque chose, une force structurée, une capacité à agir qui avait fait la différence dans l’administration d’une ville ou la redynamisation d’un domaine d’activité. Pour accéder aux responsabilités, on était censé avoir fait ses preuves. Ce n’est plus le cas et sans présager des capacités des nouveaux ministres et sous-ministres, c’est le manque de densité de cette équipe gouvernementale qui saute aux yeux. Hormis Darmanin, Le Maire et Dati, il n’y a guère de politiques au gouvernement, les ministres sont soit des émanations de la technostructure soit de futures victimes de celle-ci, bien plus puissante qu’eux par sa permanence et sa connaissance des rouages.

Cette liste de sous-ministres est donc révélatrice de l’absence de vivier politique dans lequel puiser en général, et du vivier encore plus réduit qui reste au président. Lequel, parce qu’il est empêché de se représenter, n’est pas un gage d’avenir tout en représentant une prise de risque.

Ne restait donc qu’à puiser dans les partis croupions lambeaux des anciens grands partis de gouvernement, Horizons, Modem…. Le reste est affaire d’équilibres politiques internes à la macronie, combien de sièges attribuer au Modem, à Horizons, à Renaissance… De la politicaillerie interne, essentiel à la vie des partis mais qui n’éveille pas l’intérêt des citoyens à juste titre.

L’école ne sait pas où elle va

Et pour finir, alors que l’on pouvait espérer retrouver peut-être avec Gabriel Attal une ligne politique claire et explicite, une fois de plus, Emmanuel Macron détruit d’un revers de main ce qu’il semblait vouloir installer définitivement la veille. Si cet homme était un héros antique, il serait Pénélope, celle qui défaisait la nuit, ce qu’elle faisait le jour. Voilà pourquoi on a bien du mal à discerner sa ligne politique, disons par exemple, en matière d’éducation.

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On a eu d’abord droit à Jean-Michel Blanquer, présenté en chevalier blanc de la laïcité, puis Pap Ndiaye, son opposé, venu piétiner l’orientation donnée par le précédent ministre pour distribuer des gages aux wokistes et aux racialistes. Puis face au rejet suscité par l’idéologie d’un Ndiaye, retour aux symboles républicains avec Gabriel Attal, qui a semblé insuffler un nouvel espoir et axait son discours sur le retour de l’autorité et des savoirs. Le tout pour finir avec Nicole Belloubet, plus proche d’un Pap Ndiaye que d’un Attal. Une femme qui incarne tout sauf l’autorité et le courage. Dans l’affaire Mila, garde des Sceaux, elle fut incapable de défendre la liberté d’expression face à l’accusation de blasphème que subissait une jeune fille de 16 ans. Chargée d’incarner et de défendre notre Etat de droit, elle a jeté la hiérarchie des normes aux orties pour donner des gages aux islamistes. Alors que ceux-ci sont à l’offensive, le chantage à l’abaya le prouve, nommer une femme prête à sacrifier la liberté de conscience et d’expression au nom du respect de la religion est une erreur. Le pire étant qu’elle prend cette position alors qu’une jeune Française est menacée sur notre sol pour avoir exercé une liberté fondamentale.

Cette nomination, qui est la seule à faire passer un message politique est donc désastreuse. C’est curieux chez Emmanuel Macron cette capacité à faire tout et son contraire et à se croire le maître des horloges – il doit les confondre avec des ventilateurs.

Zemmour: l’homme le plus copié de France

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L’objet de cet article n’est en aucun cas de prendre la défense d’Éric Zemmour, mais de décrire un phénomène bien connu des communicants du monde entier : le détournement des bonnes idées par des concurrents sans imagination. Il se trouve que l’étude de ce phénomène nous en apprend beaucoup sur le fonctionnement de la droite contemporaine… 


Tous les marchés fonctionnent sur le même schéma : un inventeur crée une nouvelle activité, laquelle lui apporte une réussite remarquée, et des imitateurs se lancent aussitôt dans la brèche pour capter une part de son marché. Ainsi va la vie du commerce mondial depuis toujours. Il n’y a là rien de condamnable : sans imitation des bonnes idées, leur diffusion et la civilisation qui en découle seraient impossibles. Cette loi n’est nulle part aussi vraie que sur le marché de la communication, et la communication politique n’y fait pas exception.

Le grand marché des idées

Mais encore faut-il que l’imitation se voie : qu’elle soit assumée. Il n’y a aucun mal à s’inspirer d’un concurrent, du moment que l’on ne tente pas de se faire passer pour lui. À l’inverse, si l’imitation est cachée, il y a contrefaçon, donc vol. Or, la droite française est devenue un souk où pullule le toc. Le produit copié par tous, sans exception et sans vergogne, c’est Éric Zemmour.

Quand il surgit sur le marché du discours politique, au milieu des années 90, il passe pour le trublion. Dans les partis de droite, on l’écoute avec intérêt, on s’en moque aussi, mais l’on ne songe pas encore à le mimer. Puis, plus le temps passe, plus il impose sa présence à l’échiquier politique. On commence à se méfier de lui : il prend un petit peu trop de place. Les chiffres de vente de ses livres, son phénoménal succès d’estime chaque soir sur CNews, la foule toujours plus imposante de ses fans, relèguent les leaders de la droite au rang de personnages ennuyeux. Et, coup de théâtre, voilà qu’il se présente à l’élection présidentielle ! Il devient alors un adversaire. Dans la première partie de la campagne, sa popularité record en fait même un ennemi juré.

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Jusque-là, tout va bien. Mais il y a un mais : l’extraordinaire manque d’imagination des partis de droite français, ronronnant éternellement dans leur « certaine idée de la France », tirée du gaullisme comme on trait une vache jusqu’à l’épuiser. Ni franchement libérale, ni clairement patriote, attirée par le centrisme, lui-même englué dans le socialisme, notre droite ne sait pas être de droite. Depuis Chirac, elle se perd dans des débats sans fin sur une identité nationale affreusement abstraite. Le contraste avec la productivité de Zemmour dérange. Plus est neuf le discours du « polémiste d’extrême-droite », comme l’appellent les esprits chagrins qui voient du nazisme partout, plus la droite paraît vieille. Zemmour risque fort de la doubler dans le virage du premier tour. Il faut réagir, et vite.

Le grand remplacement… des slogans

Un cap est franchi lors de l’inoubliable meeting de Valérie Pécresse au Zénith de Paris, où, devant la France médusée, elle livre le grand discours le plus médiocre de l’histoire de la cinquième République. « Pas de grand remplacement, ni de grand déclassement ! », s’écrie-t-elle. Mauvaise pioche : en reprenant mot pour mot le pilier central de la campagne de « Reconquête! », la pauvre candidate vient de se faire hara-kiri en public : elle a démontré qu’elle n’avait rien à dire. Elle ne s’en remettra jamais. Toutefois, Pécresse n’est que la partie émergée de l’iceberg mimétique. Toute la droite se met à faire du Zemmour comme Monsieur Jourdain de la prose.

Valérie Pécresse à Paris, 13 février 2022 © Jacques Witt/SIPA

Marine Le Pen particulièrement. Observez son historique Twitter. Il suffit que l’insolent Éric lance un slogan inédit pour que le RN le reprenne à son compte quarante-huit heures plus tard : il est sa vivante boîte à idées, où elle pioche avec gourmandise tout ce que bon lui semble, effaçant d’un revers de main toute notion d’originalité, d’authenticité ou de copyright. Jordan Bardella, qui fait tout comme maman, lui emboîte évidemment le pas avec une belle énergie. Si vous voulez savoir ce qu’a dit Zemmour avant-hier, lisez leurs messages de ce matin. Ce serait burlesque, si ce n’était pitoyable. Et la viralité des déclarations de Zemmour ne s’arrête pas là. Car toute la droite devient une chambre d’écho du zemmourisme. En somme, dans le rôle de l’homme que l’on cite faute d’avoir des neurones, il a remplacé De Gaulle. À la différence que, lorsqu’on produit du gaullisme de pacotille, on rend respectueusement hommage à sa source. Dans le cas du zemmourisme d’emprunt, on censure l’origine. Il y a vilénie.

Chapardeurs !

N’allez pas croire que j’exagère. Voici une liste absolument pas exhaustive des idées qui circulent sous le manteau, telles des fausses Rolex sur les marchés africains. Dans le désordre : la débureaucratisation (que Zemmour a été le premier à prôner de manière méthodique), la désmiscardisation (nouveau dada d’Attal), la lucidité des Français (que Zemmour a mis en lumière avant le RN), le bouclier migratoire (dont Bardella veut passer pour le géniteur), l’élection européenne comme référendum sur l’immigration (une lubie très zemmourienne du RN), la position fermement pro-nucléaire (dès 2010 pour Zemmour, toute récente pour les lepénistes), « la démographie, c’est le destin » (repris par Sarkozy, généralisé depuis), le collège unique et la blouse obligatoire (qu’Attal a allégrement chapardé), les contrôleurs armés humiliant les agriculteurs (que Zemmour a dénoncé juste avant Bardella), le gel des avoirs des dealers (idem), les TIG pour les parents de délinquants (idem), etc, etc, etc. Mais le plus stupéfiant de tous ces fakes et de ces mee-too est le « pour que la France reste la France » de Macron : véritable pickpocket idéologique, le président de l’antifascisme imaginaire copie-colle, toute honte bue, le slogan présidentiel de celui qu’il dénonce comme l’incarnation du fascisme ! « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus bel Éric Zemmour », murmure le sorcier de l’Élysée.

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Donc, on l’a compris, très logiquement, quand Gabriel Attal veut se faire passer pour un homme de droite cet après-midi, comment s’y prend-il ? Simple comme bonjour : il imite la droite qui imite Éric Zemmour. C’est le quoi-qu’il-en-coûte de l’imitation, le point d’arrivée du ruissellement des concepts novateurs : le stade où, après que toutes les marques d’un marché ont reproduit une bonne idée, les autres marchés la copient à leur tour. C’est ainsi que l’homme politique que tout le monde se plaisait à trouver « le plus clivant » devient le plus universel. Celui-là même qui passait pour un marginal, et que l’on tentait de satelliser le plus loin possible de la planète politique, en devient, bien malgré lui, le fournisseur en flux tendu.

Certes, c’est tout à l’honneur de Zemmour, à cette différence près que la masse toujours plus grande de contrefaçons l’empêche d’être vu pour ce qu’il est : un esprit d’avant-garde. Et ce n’est certainement pas à l’honneur de la classe politique française, qui joue à Jacques-a-dit en essayant de tuer Jacques. Éric Zemmour, pour échapper à ce siphonnage systématique, a une première solution à sa disposition, celle qui lui est le plus naturelle : conserver l’initiative en offrant constamment au public de nouvelles inventions utiles. Il peut également laisser entendre, de manière cinglante, ou drôle, que ses poursuivants fourguent à la sauvette des produits de contrebande. Enfin, et c’est sans doute ce qu’il a en tête, il peut prendre sa revanche dans les urnes, le 9 juin prochain, afin de démontrer que les Français ne se laissent pas duper si facilement par les faussaires. Y parviendra-t-il ? L’histoire le dira. Zemmour n’est guère du genre à se laisser piller sans réagir, pas plus que de se satisfaire de 7%.

Toujours est-il que ces concurrents seraient bien inspirés de prier pour que leur supercherie ne se voie pas trop. Sans quoi il deviendra évident aux yeux de tous que, dans la grande agence de pub de la communication politique, il n’y a plus que lui au poste de créatif.

Art: et si le classicisme n’était pas aussi dégueulasse qu’on le dit?

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Le classicisme, ou l’extase de l’arc tendu


S’il est un crime à ne jamais laisser impuni, c’est bien celui de salir des lieux d’exception par des lieux communs. Combien de fois, dans les ailes de musée consacrées au classicisme, n’ai-je entendu d’inepties s’échapper de bouches mondaines. Amoureux du Beau, je vous en conjure : devant les helléniades de Poussin, les Madone de Raphaël, tendez l’oreille, et faites-en l’expérience. Vous entendrez toujours de ces risibles doléances : « Un beau trait, de belles formes, certes, mais enfin, tout cela manque un peu d’air. C’est trop sec, trop rigide ! » Autrement dit, l’ordre et la tradition dans l’art, passés leur heure de gloire, ne se laissent plus briller, ne se laissent  plus voir.

Blasés

« On nous dit, ironisait Gustave Thibon, que nous vivons dans une époque passionnante. Alors d’où vient le fait que nous soyons si peu passionnés ? » Étrange conception du progrès, celle voulant que, pour nombre de contemporains, les œuvres qui faisaient frémir hier fassent bailler aujourd’hui. Or, si l’on attend d’un adolescent qu’il rejette les vieilles mœurs, on s’attend aussi au regain de clairvoyance, tôt ou tard. Et pourtant, bien trop d’intellectuels blasés semblent bloqués au stade de rébellion, en confondant passé et passéisme.

Tout a commencé par une farce, du moins, en apparence, lorsque Marcel Duchamp exposa son fameux urinoir ready-made, en 1917. C’est que, voyez-vous, il jugeait l’art antérieur trop « rétinien » – c’est-à-dire axé uniquement sur la beauté visuelle – et trop peu « intellectuel ». Il prônait l’abandon de critères de beauté traditionnels, et un art ne servant qu’à véhiculer un message, un concept, une idée. Ainsi, Duchamp porta le premier coup de couteau à une continuité esthétique remontant à l’Antiquité que les dadaïstes, cubistes, plasticiens et autres portèrent à leur tour. Ajoutez d’autres facteurs, y compris, aujourd’hui, l’assimilation de la croyance en une Beauté objective à des courants politiques infréquentables, et vous obtenez un establishment artistique et, par extension, une certaine élite, devenus insensibles à l’art classique.

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À peine ces lignes s’écrivent-elles que s’élèveront des objections faciles. Par exemple, le fait que dans l’histoire de l’art, la révolte contre la tradition a toujours existé. Un artiste, en effet, cherche à innover. Il suffit de regarder les préraphaélites : à leurs yeux, l’art de leur époque était enfermé dans de strictes règles comme dans une camisole de force. Ils décidèrent de balayer nombre de conventions, donnant lieu à des contes de fées et des légendes de chevalerie qui s’inscrivirent par la suite dans le canon occidental. Alors quelle différence, concluront certains, entre cette révolte-là et celles qui suivirent, si toutes furent d’abord honnies, puis adulées ?

Il est souhaitable que la créativité artistique se renouvelle, mais…

La différence est très claire : les préraphaélites, tout en cherchant de nouveaux horizons, ne perdirent pas de vue leur héritage artistique, ni l’amour du Beau éternel. L’on ne saurait en dire autant de l’art moderne. Et s’il est normal, même souhaitable, que la créativité artistique se renouvelle, il est en revanche inacceptable d’y sacrifier le salut de l’âme par la plus profonde beauté.

Ce qui nous ramène à nos chères œuvres classicistes. Comment faire pour redonner goût à l’ordre dans une époque vouée au relâchement ? Au subtil, au concret et à l’éternel, dans un milieu habitué au grossier, à l’abstrait et à l’éphémère ? Pensez au Diane et Endymion de Poussin, au Tu Marcellus eris d’Ingres, ou encore aux Sabines de David : tandis que certains n’y voient que des formes restreintes ne laissant place à nulle liberté, nous voyons plutôt la concentration de toute tension dramatique en un point culminant, déclenchant une réaction spirituelle des plus intenses. Voyez-vous, le classicisme est une alchimie : puiser dans le domaine du mythe et le tourbillon des idées, les canaliser dans une valve à pression pour les figer dans des lignes épurées et des formes gracieuses. Les exigences les plus strictes ne sont pas synonymes de stérilité, au contraire. Si les muscles se façonnent par la contrainte, et l’intelligence par l’examen, pourquoi l’esprit ne s’aiguiserait-il pas aussi sur la meule des anciens chefs-d’œuvre ?

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Loin d’être une tare, cette rectitude propre au classicisme est sa plus grande force. En brisant les codes esthétiques et en bannissant toute limite, nos contemporains ont renoncé aux vertus de la tempérance. C’est le chaos enfermé dans un ordre parfait, cette retenue dans la splendeur, qui crée, dans une œuvre d’art, la tension la plus stimulante.

Pour visualiser la chose, imaginez la flèche d’un archer, braqué sur vous. Son arc, tendu, presque au point de rupture. Maintenant, songez à cette question : entre cet instant-là – où vous sentez la sueur perler sur votre front, votre cœur battre la chamade et votre corps se paralyser, où les doigts de l’archer tremblent sur son arc, où la flèche ne demande plus qu’à percer votre chair – et l’instant d’après, où l’acte est accompli, où vous n’êtes plus ; entre ces deux instants, entre pressentiment et accomplissement du carnage, lequel suscite la plus grande intensité sensorielle ? La plus vive expérience spirituelle ?

Marc-Aurèle a écrit que la peur de la douleur est pire que la douleur elle-même. De la même manière, le carnage artistique, l’éventrement de la beauté, où tout fut révélé, où plus rien n’était insinué, fait pâle figure par rapport à l’idée du carnage, qu’incarne le classicisme : l’expérience esthétique dans la retenue féconde. L’extase de l’arc tendu.

Tu Marcellus eris, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1812. DR.

Bayrou: le vertige du Rubicon

Notre chroniqueur s’amuse du petit caprice du dernier grand phare de notre vie politique nationale…


Nul ne peut le contester, Monsieur Bayrou est un homme de conviction ferme et d’opinion du même métal. L’opinion qu’il a de lui-même, tout d’abord, extrêmement positive, favorable, flatteuse, adossée à la conviction que, sans lui, la France aurait depuis belle lurette basculé dans le gouffre de néant au bord duquel elle ne cesse de faire l’équilibriste.

Blanchi au bénéfice du doute – le doute en ces matières est, pour l’opinion publique, ce petit rien qui empêche tout simplement de laver plus blanc que blanc – acquitté, donc, il pouvait légitimement voir s’ouvrir devant lui au plus large les portes du gouvernement. Au plus large, disais-je, car il visait haut. Il avait, fort de l’opinion et de la conviction tout juste évoquées, des exigences que de mauvaises langues, des esprits mesquins pourraient qualifier de caprices de diva. Le bruit a couru qu’il se voyait volontiers au moins ministre d’État, numéro 2 du gouvernement, ce qui, dans son esprit devait sans doute être pris pour une manifestation de grande modestie, d’extrême humilité, tellement il paraît persuadé que la première place, partout et toujours, doit lui revenir pratiquement de droit.

M. Bayrou nous donne l’impression de se comporter vis-à-vis du président de la République comme ces barons turbulents et infatués du Moyen Âge qui ne se gênaient guère de harceler leur roi élu de cette pique destinée à le ramener à résipiscence lorsqu’il se prenait pour plus qu’il n’était ou se la jouait par trop perso. «  N’oublie pas qui t’a fait roi ! », lui lançaient-ils. À quoi il avait beau jeu de rétorquer : « N’oubliez pas qui vous a fait barons ? » M. Bayrou, en effet, ne laisse passer aucune occasion de rappeler à qui veut l’entendre que sans lui et son ralliement en rase campagne lors de la présidentielle de 2017, de M. Macron à l’Élysée il n’y aurait pas eu. Cela n’est pas faux. Mais c’est loin, déjà. Or, le temps passe vite et le souvenir des bienfaits plus vite encore, surtout en politique ou la reconnaissance est une vertu de faible amplitude et de courte vie.

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La voie gouvernementale se serait bien trouvée ouverte devant M. Bayrou, certes, mais pas assez royale. On lui parlait Armée, il ambitionnait Éducation nationale ou un grand ministère de réconciliation entre ceux d’en bas et ceux d’en haut. (On passera sous silence le fait que cette belle mission aurait pu être le cœur d’ouvrage du Haut-Commissaire au plan qu’il était et est sans doute toujours, encore qu’on ait parfois du mal à le situer avec précision).

Bref, refusant l’entrée au gouvernement et se retirant sous sa tente tel Achille, M. Bayrou a tenu à porter à la connaissance du public son désaveu de la politique gouvernementale. En général, ce rôle de contempteur de l’exécutif est le domaine réservé et la zone de confort de l’opposition. Qu’à cela ne tienne ! Malgré cette dissonance plutôt mal venue surtout en ce moment, notre homme tient à réaffirmer son appartenance et celle de ses troupes à la majorité présidentielle. Comme quoi le « en même temps » parvient quelquefois à faire école. Pourtant, on le sent peu ou prou atteint du vertige du Rubicon. Au bord de la rupture, au bord de franchir le pas ultime. Il n’est pas le premier en politique à se trouver sur la rive de ce fleuve. La tentation du Rubicon vient inévitablement titiller tout ambitieux véritable. Il y a ceux, plutôt rares, qui l’ont franchi pour de bon et avec succès, tel M. Macron en son temps ; ceux plus nombreux qui s’y sont noyés. Et ceux plus nombreux encore qui n’ont fait qu’y barboter. À leur plus grande honte et désavantage. M. Bayrou a donc le choix. On tâchera de suivre cela, si possible avec passion.

Mitterrand, Don Juan en politique

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France 2 trop commerciale et pas assez culturelle selon TF1: de quoi je me mêle?

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Panique à TF1 : l’audience de la 2 pourrait bien passer devant son éternelle rivale, grâce à la diffusion des Jeux Olympiques ! Aussi, le groupe privé s’en va pleurer à Bruxelles, et y dénonce des «aides d’État illégales». Mais le défi de la transmission et de l’éveil d’un large public à des contenus de qualité ou plus culturels se réalise par un continuum. En ne proposant plus que des programmes culturels intimidants, en ne rassemblant personne, ce dont rêverait TF1, l’audiovisuel public manquerait à ses missions (cultiver, informer et divertir).


France 2 est-elle devenue une pâle copie de TF1 ? C’est en substance ce que la première chaine reproche à la seconde, et plus largement à France Télévisions, la Une ayant décidé de poursuivre le groupe dirigé par Delphine Ernotte devant la Commission européenne pour « aide d’État illégale » au motif qu’il se comporterait comme un groupe privé, multipliant les programmes commerciaux au détriment de ses missions de service public. TF1 reproche notamment à France Télévisions de ne pas diffuser assez de programmes culturels. Une accusation étonnante, qui ne résiste pas longtemps à l’analyse.

Rodolphe Belmer pense que France 2 est une concurrence préjudiciable à son groupe

En 2016, Olivier Babeau signait pour La Fondation pour l’innovation politique une note intitulée Refonder l’audiovisuel public. A quoi bon, se demandait l’essayiste, conserver une offre audiovisuelle publique si elle ne se démarque pas des chaines privées ? Selon lui, France Télévisions, pour se différencier, devrait abandonner le divertissement, segment sur lequel le groupe n’a pas de valeur-ajoutée par rapport au privé, pour se concentrer sur ses deux autres missions : informer, au nom du pluralisme, et cultiver, ce que les chaines privées ne font pas1.

Rodolphe Belmer, le patron de TF1, pense à peu près la même chose. Il reproche à France TV d’avoir mis le holà sur ses missions de service public, de diffuser trop de polars en prime time et pas assez de culture. En un mot, comme l’a résumé Delphine Ernotte, d’être « trop populaire ». Le 22 janvier, Le Figaro révélait ainsi que la filiale de Bouygues avait porté plainte, en novembre dernier, contre France Télévisions et l’État français auprès de la Commission européenne pour « aide d’État illégale »2. Principal grief : le financement accordé par l’État à France Télévisions ne serait pas suffisamment assorti de contrôles de ses missions de service public.

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Ce n’est pas la première fois que TF1 intente des actions à Bruxelles. En 1993 et 2008 déjà, la chaine privée se dressait contre ces mêmes aides publiques, avant d’être déboutée. TF1 était alors archidominante, ce qui n’est plus le cas – elle ne représentait plus que 18,6% de l’audience globale en 2023, contre 15,3% pour France 2. Cette lente érosion de ses audiences est évidemment due à la concurrence effrénée des plateformes de streaming (YouTube, Netflix, Amazon Prime, etc.), mais elle est également due à la montée en puissance de France 2. Dans les couloirs de France Télévisions, on n’hésite pas à y voir les fruits d’une modernisation de la grille des programmes, quand TF1 préfèrerait jouer la carte de la nostalgie, pour ne pas dire du passéisme (Star Academy, The Voice, Plus belle la Vie…). Fait inédit, la 2 pourrait bien passer devant son éternelle rivale dès cet été grâce à la diffusion des Jeux Olympiques.

Culture et divertissement peuvent faire bon ménage

Si les craintes de TF1 ne sont pas infondées, sa plainte devant la Commission européenne est-elle pour autant fondée ? C’est oublier un peu vite les nombreuses émissions et pastilles culturelles que l’on trouve sur les chaines publiques (Beau Geste, émission hebdo sur le cinéma, La Grande Librairie, seule émission dédiée aux livres en prime time sur une chaine généraliste en Europe, Le Grand échiquier, qui propose de partir à la découverte des artistes du monde ou encore Prodiges, concours de jeunes virtuoses de la musique classique, véritable succès d’audience, pour ne citer qu’elles), sans compter les documentaires exigeants, le spectacle vivant (concerts, théâtre, danse…), le cinéma d’auteur et même les émissions hybrides ou, au prétexte de divertir, la culture générale tient le haut du pavé (pensons à l’indéboulonnable Questions pour un Champion.)

Oui, France Télévisions diffuse encore de nombreux programmes culturels, et s’autorise même parfois à leur donner une forme ludique. Et les courbes d’audiences montrent que la recette fonctionne. Et c’est là toute la limite du raisonnement qui voudrait opposer divertissement et culture, comme si aucune porosité n’était possible entre les deux, comme si l’un ne servait pas l’autre. Tout l’enjeu est au contraire de profiter de l’appel d’air que constitue le divertissement pour orienter le public vers des programmes culturels plus exigeants.

Sans doute France Télévisions pourrait-elle réserver encore plus de place à la culture. Pour autant, une télévision publique uniquement dédiée à des concerts de musique classique, à des spectacles de danse ou à des pièces de théâtre, ouvrirait-elle davantage la culture aux Français ? Il est à craindre que non. Le public non averti la considèrerait comme une simple bizarrerie, un espace médiatique cloisonné et élitiste. Elle laisserait sur le bas-côté la grande majorité de l’audimat.

Le défi de l’accès du public à des contenus culturels de qualité se réalise par un panachage des programmes de divertissement et de culture, par un savant mélange des deux. En effet, on trouvera de nombreux films et émissions « commerciaux » et grand public sur France 2, à même de « concurrencer » TF1, mais c’est paradoxalement là la condition de l’existence et de la visibilité de programmes plus confidentiels et pointus en parallèle. On peut critiquer ce principe. Mais ce n’est pas le rôle d’une chaine privée de le faire. Ce n’est pas à TF1 de décider de la « politique culturelle française », pour paraphraser Christophe Tardieu, secrétaire général de France Télévisions.


  1. L’auteur proposait alors la « suppression de France 3, France 4 et France Ô, la privatisation de France 2 et l’établissement sur le canal 3 d’une chaîne culturelle libérée de toute contrainte d’audience, complémentaire avec France 5 et Arte » (…) « Dans quelle mesure le libre jeu du marché, c’est-à-dire des initiatives privées, ne pourrait-il obtenir un résultat au moins égal, et à moindre coût pour la collectivité ? » se demandait-il. Huit ans plus tard, si France Ô a bien tiré sa révérence, les autres chaines de France Télévisions font de la résistance, France 2 grignotant des parts d’audience. ↩︎
  2. https://www.lefigaro.fr/medias/tf1-poursuit-france-televisions-et-l-etat-francais-20240122 ↩︎

«La crise rurale est liée à une idéologie de la décroissance» 

Tête de liste LR aux prochaines élections européennes, François-Xavier Bellamy accuse la majorité macroniste de tenir un double langage sur l’agriculture, en soutenant à Bruxelles une réglementation qui étouffe les paysans, tout en prônant à Paris une simplification censée les soulager.


Causeur. La politique absurde de Bruxelles, qui impose aux agriculteurs européens un empilement de normes dont les importateurs étrangers sont exemptés, est au cœur de la révolte paysanne de cet hiver. Comment expliquer de telles aberrations ?

François-Xavier Bellamy. Elles s’expliquent par une idéologie de centre gauche, dont le macronisme est l’un des supplétifs, et qui vise à la décroissance européenne – avec pour effet de fragiliser tous ceux qui produisent en France – tout en ouvrant « en même temps » le continent à tous les vents de la mondialisation. D’où ces normes, aussi nombreuses qu’anarchiques, voire contradictoires, sans cohérence entre elles, qui finissent par engendrer de l’insécurité et de l’instabilité. Tandis que l’ouverture des marchés, elle, crée des inégalités en termes d’exigence entre producteurs et importateurs, et fausse la concurrence. J’ai un exemple très concret en tête. En novembre dernier, le groupe macroniste au Parlement européen, par la voix de Pascal Canfin, a défendu la loi sur la « restauration de la nature », qui implique la diminution des surfaces agricoles et accentue encore la perte d’autonomie alimentaire.

Quelle est la position de votre groupe sur cette loi ?

Nous ferraillons contre elle, et sommes accusés pour cela d’être des « trumpistes européens ». Pascal Canfin n’a d’ailleurs pas eu de mots assez durs à notre encontre. On ne peut qu’admirer la facilité et la plasticité avec laquelle la Macronie a retourné, depuis, ses éléments de langage… Reste le moment de vérité. L’accord trouvé sur cette loi doit être voté dans quelques semaines à Strasbourg. Nous continuerons de nous y opposer. Quid de Renaissance ?

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Les agriculteurs évoquent aussi souvent la question de la « surtransposition des normes » (qui consiste à transcrire un texte européen dans le droit national en y ajoutant des contraintes supplémentaires), sorte de malheurs de la vertu appliqués au monde agricole…

Cette surenchère de pureté, visant à s’afficher comme le meilleur élève de la classe Europe, a des conséquences délétères pour les producteurs puisque cela augmente les coûts et les prix tout en faussant la concurrence. Par exemple, on autorise en Belgique certains produits phytosanitaires, tels que les néonicotinoïdes pour la betterave sucrière, mais on les interdit en France. Alors que ces deux pays sont sur un même marché, qui n’a pas de frontières, pas de barrières, pas de droits de douane. Par ces décisions absurdes, nous détruisons notre économie. Le pire est que, depuis 2019, nous avons la preuve qu’une telle politique nous mène à l’impasse.

Comment cela ?

C’est à partir de cette année là que la balance commerciale de la France est devenue déficitaire sur les produits alimentaires. On est sauvé par le vin et les spiritueux qui permettent encore de maintenir la balance agricole globale, mais aujourd’hui nous sommes devenus dépendants en ce qui concerne notre alimentation. C’est un signal d’alarme terrible.

Francois-Xavier Bellamy. Credit:Jacques Witt/SIPA

Alors que faire ?

Commencer par des choses simples. D’abord, ne jamais importer en Europe ce qui est interdit d’y produire, ou ce qui ne respecte pas les normes imposées aux producteurs européens. Ensuite, ne jamais imposer à Paris une règle plus exigeante que celle qui est imposée par Bruxelles. Enfin exiger un moratoire réglementaire sur les normes environnementales, afin de faire l’inventaire, puis de supprimer quelques couches du mille-feuille.

Ne faut-il pas reconnaître que le gouvernement a quand même entendu les agriculteurs ?

Ceux-ci ont commencé à essayer de se faire entendre avec un mouvement non dénué d’humour consistant à retourner les panneaux d’entrée des villes pour symboliser le fait que l’on marchait sur la tête. Qui a repris leurs revendications ? Qui a entendu leur désespoir ? S’ils ont réussi à se faire entendre, c’est parce qu’ils ont fini par quitter leurs exploitations pour mettre vraiment la pression sur le gouvernement. C’est la peur qui fait réagir ce pouvoir et le rend un peu plus à l’écoute. Mais pour combien de temps ? Le problème, c’est que répondre aux demandes des agriculteurs demande de la constance, de la clarté et la capacité à inscrire une action dans la durée. Or la Macronie se caractérise par une grande fluidité. Est-ce que le gouvernement est prêt, à Paris comme à Bruxelles, à changer de cap, à abandonner une logique de suspicion et de contrôles tatillons pour redonner de la confiance aux agriculteurs ? S’il ne le fait pas rapidement, nous courrons le risque d’asphyxier notre agriculture, comme nous avons déjà asphyxié notre industrie.

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Vous paraissez douter de la bonne volonté du gouvernement…

La crise que nous connaissons est liée à une idéologie de la décroissance, qu’explique très bien la stratégie « Farm to Fork » (« de la ferme à la fourchette ») de la Commission européenne. Selon des études américaines, néerlandaises et même européennes, cette stratégie aura pour conséquence de geler 10 % de la surface agricole utile, de faire baisser fortement la production agricole de 15 % environ, et d’augmenter les prix tout en faisant baisser les revenus des agriculteurs. Or les élus Renaissance ont complètement adhéré à cette démarche, qu’ils ont promue et soutenue, tandis qu’Anne Sander, ma collègue LR membre de la commission de l’agriculture au Parlement européen et moi-même combattions cette stratégie et ses conséquences, telles que la loi « Restauration de la nature ». Le gouvernement Macron va-t-il cesser d’avoir un double langage, de désavouer en France ce qu’il soutient à Strasbourg et à Bruxelles ? Rien n’est moins sûr.

7-Octobre: ce qui unit Israël et la France

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Lors de l’hommage aux ressortissants français tués lors de l’attaque du 7 octobre en Israël, le président Macron a dénoncé le «plus grand massacre antisémite de notre siècle». Toutefois, promettre par la suite un «temps mémoriel» pour les victimes de Gaza n’est pas un choix opportun, selon notre chroniqueur. Car si toutes les vies innocentes se valent dans le conflit qui oppose la démocratie israélienne à la terreur islamiste du Hamas, toutes les morts ne sont pas équivalentes.


La haine d’Israël annonce la haine de la France ; la haine du Juif annonce la haine de tous. Une communauté de destin unit plus que jamais les deux plus vieilles nations. Certes, les 28 rois d’Israël qui ornent la façade de Notre-Dame de Paris rappellent l’historique filiation de l’Eglise catholique. La roi David n’a-t-il pas légué à la royauté la fleur de lys ? Cependant, la guerre déclarée aux démocraties occidentales, et singulièrement à Israël et à la France, par l’islam suprémaciste renforce la solidarité entre les deux pays. En ce sens, l’hommage rendu aux Invalides ce mercredi par Emmanuel Macron aux 42 victimes franco-israéliennes du terrorisme islamiste, dépasse le sort du seul État hébreu. Derrière le pogrom anti-juifs du 7 octobre (1160 morts), conduit depuis Gaza par le Hamas, s’esquisse une même mise en danger des autres pays libres. C’est la haine de la France qui a conduit Mohamed Mogouchkov à assassiner au couteau son ancien professeur Dominique Bernard à Arras, le 13 octobre 2023. Ses motivations, révélées dans Le Parisien de mardi, puisaient moins dans un mimétisme avec le Hamas que dans la lecture compulsive du Coran guerrier et des versets appelant au djihad contre les ennemis de l’islam. « Ces versets-là s’enchaînent et se répètent », a reconnu Mogouchkov. Cette détestation de la France a poussé, samedi, le malien Kassogue S., présenté comme « musulman pratiquant non radicalisé », à blesser trois personnes Gare de Lyon, à Paris, à coups de couteau et de marteau. « Je déteste tous les Français », a-t-il expliqué en reprenant la rhétorique des minorités se disant victimes de l’Etat colonial.

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C’est ce totalitarisme islamiste, qui a des parentés avec le nazisme dans sa quête de l’homme pur et son obsession judéophobe, que soutient La France Insoumise, en mal de révolution prolétarienne. Son absurde entêtement à vouloir participer à l’hommage national contre le terrorisme, en dépit de l’opposition de familles de victimes choquées par le négationnisme de certains de ses membres, ne peut faire oublier sa traitrise. LFI, en refusant de qualifier de terroriste le massacre du 7 octobre, s’est enfermée dans une radicalité qui comble d’aise l’antisémitisme coranique, ce ressort religieux qui peut aller jusqu’à donner la mort au nom d’Allah offensé. Depuis quatre mois, les actes antisémites auraient augmenté de plus de 1000% ! Jean-Luc Mélenchon est devenu le porte-voix inaudible de ceux qui détestent Israël, la France et les démocraties.
Ceux-ci sont prêts à toutes les acrobaties pour disculper ceux qu’ils protègent.
Pour l’extrême gauche, le Hamas est un mouvement de résistance, tandis que l’État hébreu attaqué commet un génocide à Gaza. La victime devient bourreau, et inversement.
Or il devient urgent de choisir et de défendre son camp. En cela, Macron commet une faute en suggérant, en même temps, un « temps mémoriel » pour les victimes françaises à Gaza. Suggérer une équivalence entre un pogrom et une riposte militaire ajoute à la confusion des esprits. La lâcheté ne peut être la réponse à la haine.


Patriotisme d’importation

Jusqu’où un vice-président de la Commission européenne peut-il aller pour inciter les jeunes citoyens du Vieux Continent à voter? 


Si l’Union européenne se surpasse dans un domaine, c’est dans l’art de refiler les patates chaudes. Après avoir délégué une partie de sa production manufacturière aux Chinois, une partie de sa politique énergétique aux Russes et une partie de son « réarmement démographique » aux Africains, le Vieux Continent pourrait bien sous-traiter une partie de son civisme à… une citoyenne américaine. Le 10 janvier, un vice-président de la Commission, le Grec Margarítis Schinás, a très officiellement émis le souhait que Taylor Swift, talentueuse chanteuse d’outre-Atlantique, se mette au service de l’institution bruxelloise pour encourager les jeunes à voter lors des prochaines élections européennes le 9 juin. « J’espère que quelqu’un de son équipe médiatique suivra cette conférence de presse et lui transmettra ma demande », a lancé béatement le technocrate. Défense de rire ! Comment une idée aussi consternante a-t-elle pu germer ? Secrète passion pour la musique country ? Burn-out lié à un cruel sentiment d’inutilité ? Banal complexe provincial vis-à-vis des États-Unis ?

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La troisième solution est la bonne. En septembre dernier, la star aux 170 millions de disques vendus, connue pour son patriotisme, a appelé sur les réseaux sociaux ses jeunes concitoyens à voter aux prochaines présidentielles. Résultat, 35 000 d’entre eux se sont inscrits sur les listes électorales dès le lendemain. Un record. En attendant de connaître la réponse que Mlle Swift donnera à M. Schinás, remarquons que celui-ci n’est pas parvenu à identifier la moindre vedette européenne à même de satisfaire son désir mimétique. Preuve, s’il en était besoin, de l’inexistence d’une culture populaire commune sur notre continent. Quant à la mobilisation de la jeunesse lors des scrutins européens, elle est à peine plus consistante. La dernière fois, en 2019, la participation au vote des moins de 25 ans a atteint 42 %, contre 50 % pour l’ensemble de la population.

François Bayrou entre hier et demain…

Le maire de Pau, relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires, annonce avec fracas être en désaccord profond avec la politique suivie par Gabriel Attal, et il refuse de rentrer au gouvernement. L’homme politique de 72 ans semble ainsi se préparer pour 2027. Avec un argument simple: réconcilier la France d’en haut et d’en bas, pour empêcher l’arrivée du RN aux manettes. Ce que la trop parisienne macronie serait incapable de faire…


François Bayrou a refusé d’être ministre des Armées ; et pour l’Éducation nationale, « faute d’accord profond sur la politique à suivre », il n’entrera pas au gouvernement. Je perçois comme un ouf de soulagement du Premier ministre… On peut deviner que la philosophie éducative de François Bayrou l’aurait conduit vraisemblablement à être plus souple et moins réactif que l’ancien ministre Gabriel Attal. Ceux qui prédisaient qu’à tout prix il participerait à ce gouvernement qui n’en finit pas d’être inachevé en sont pour leurs frais. Je n’ai jamais vraiment apprécié le François Bayrou faiseur de président puisqu’il est clair que, sans lui, Emmanuel Macron n’aurait jamais été élu en 2017, si on ajoute la calamité judiciaire qui a amoindri François Fillon. Je n’ai pas davantage aimé l’auxiliaire dévoué et fidèle du macronisme, qui, malgré quelques accès surjoués d’indépendance, n’a jamais dérogé à une ligne qui me l’a rendu quasiment étranger par rapport à la personnalité que j’avais croisée puis connue et saluée au cours d’une période où il avait eu un rôle décisif de vigilance durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sans oublier une direction vigoureuse du parti centriste qu’il avait sorti de la tiédeur et de l’équivoque constante.

Bayrou relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem

Comme je me doute que beaucoup, dans tous les cas, s’en prendront à lui en glosant sur son âge, son incroyable bonne fortune judiciaire – y aura-t-il appel ou non ? -, son ambition jamais rassasiée, son obstination à ne pas sacrifier toute espérance présidentielle pour 2027 et sur son faible bilan lors de son passage rue de Grenelle (de 1994 à 1997), comme on va insister sur les ombres du personnage, sur la plaie de sa longévité dans notre monde politique, je voudrais au contraire, avec nostalgie, rappeler la chance qu’il a été et les lumières projetées par une destinée singulière, entêtée, courageuse et tolérante à une certaine époque.

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Je n’oublie pas, je n’oublie rien. À chaque université d’été du CDS, il avait la délicatesse de me proposer d’intervenir en me garantissant une totale liberté. Il l’a toujours respectée et je n’ai jamais perçu, chez lui, la moindre inquiétude face à un discours imprévisible, désaccordé d’avec les rails du centrisme classique, parfois provocateur. J’ai pu ainsi vérifier sa sincérité dans l’affirmation de ses valeurs et la validité de ce que bien plus tard il a déclaré : quand tous pensent la même chose, on ne pense plus rien. Quand Nicolas Sarkozy était président de la République, ses avertissements sur le déficit, le scandale de l’arbitrage Sarkozy-Tapie-Lagarde, une pratique du pouvoir ne brillant pas par l’allure et la dignité, ont rassuré plus d’un citoyen. Il a représenté alors une forte espérance et dans l’ensemble de ses interventions et actions, sa vision de la politique, caractérisée par une volonté de dépassement de la droite et de la gauche et par un humanisme social, n’était pas sans anticiper ce qu’Emmanuel Macron a exploité par la suite. Sa propre campagne présidentielle en 2002 n’a pas été médiocre et s’il n’est pas parvenu au second tour, les thèmes qu’il a développés ont marqué l’opinion ainsi que telle ou telle de ses réactions impulsives, par exemple sa petite tape à un gamin qui voulait le voler.

Traversée du désert

François Mitterrand qui était aussi impitoyable sur les autres que complaisant avec lui-même, avait toujours été impressionné par l’effort et la constance dont François Bayrou avait dû user pour vaincre son bégaiement. Ce serait se tromper sur lui que de l’appréhender seulement au regard de ses expériences ministérielles (l’une de très courte durée place Vendôme) et de sa traversée du désert (très relative) avec le haut-commissariat au Plan durant l’attente de l’issue judiciaire le concernant. Maire de Pau, je crois savoir qu’une majorité des habitants est satisfaite de ses orientations et de son action.

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Tourner en dérision cette personnalité parce qu’elle serait depuis trop longtemps dans notre espace démocratique serait faire fi d’un homme politique qui n’a jamais fait honte à la République, d’un homme que l’humanité n’a jamais déserté et peut-être d’un futur candidat qui n’a pas dit son dernier mot.

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Les selfies de Modi

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D.R

Pour rester au pouvoir, le leader indien mobilise le pouvoir des selfies.


Encore plus que les Occidentaux ou même les Chinois, les Indiens sont obsédés par les selfies, une tendance que le gouvernement actuel exploite à des fins politiques. Si Indian Railways, la société de transport ferroviaire nationale, n’est pas réputée pour sa ponctualité, les usagers en attente peuvent désormais se distraire dans des cabines à selfie que les autorités ont installées dans les gares pour permettre aux voyageurs de se photographier avec une image grandeur nature du Premier ministre Narendra Modi. Ces bornes à selfie sont équipées de découpes en carton de taille réelle du leader nationaliste, voire de modèles en 3D.

Derrière cette idée en apparence ludique se cache à peine une véritable campagne politique astucieusement orchestrée à quelques mois des prochaines élections législatives. Élevé presque au rang de divinité par son parti le BJP, qui le qualifie de « messie des pauvres », Modi ne ménage aucun effort afin de garantir sa réélection pour un troisième mandat de cinq ans. Son gouvernement a même mobilisé les ministères de la Défense et de l’Éducation pour installer des bornes à selfie près des monuments aux morts et dans les musées, les aéroports, les écoles et les collèges. Ces bornes célèbrent en textes et images les réalisations des autorités en place et proposent souvent une image de Modi.

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Ce culte de la personnalité a suscité la désapprobation de l’opposition qui a dénoncé un gaspillage effronté de l’argent des contribuables. Une borne temporaire coûte 1 400 euros et une permanente 7 000. Il est vrai que les députés de l’opposition peinent à s’imposer dans un espace public entièrement dominé par Modi et ses partisans. Face aux critiques acerbes provoquées par les bornes, le BJP a cyniquement rappelé à ses opposants que l’Inde était une démocratie et que les Indiens étaient libres de prendre des selfies ou non selon leur bon plaisir… Ou celui de l’homme qu’on appelle le « gourou national » ?

Uniforme à l’école: Nicole Belloubet annonce le port obligatoire de l’abaya à la rentrée prochaine

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Évidemment, notre titre est une boutade ! Reste que la nomination, à l’Éducation nationale, de Mme Belloubet (qui a tenu des propos controversés durant l’affaire Mila), sème le trouble. Face au séparatisme islamique et à la crise de l’autorité, avec Emmanuel Macron et Gabriel Attal, c’est un pas en avant, deux pas en arrière ! Céline Pina analyse les nouvelles nominations gouvernementales annoncées hier soir.


La fiction du « gouvernement resserré » a pris fin ce jeudi 8 février avec la nomination de la liste complémentaire des favoris du président. Après le premier cercle des ministres, voici le second choix des secrétaires d’État. C’est une liste de « seconds couteaux » qui a été sortie du chapeau. Pas de trophée arraché à un autre parti, pas de personnalité incarnant une orientation politique ou portant un message allant au-delà de sa propre personne. La liste des nouveaux ministres est insignifiante au sens premier du terme, elle ne « dit » rien à personne.

Pouvoir sans imagination

Et ce n’est pas un hasard, c’est même le but recherché. La mise en scène de ce total manque de considération pour de soi-disant politiques ravalés au rang de ternes exécutants délivre, elle, un message politique. Et il n’est pas glorieux pour le pouvoir. Pour tenter de donner un reste de crédit à une parole politique dont il ne cesse d’affaiblir la portée, la communication gouvernementale tente vainement de masquer les revirements permanents et les sorties inconsidérées d’un président sans gouvernail ni cohérence. Ainsi, Emmanuel Macron ayant promis un gouvernement resserré, la fiction doit donc être maintenue à tout prix, même si elle ne trompe personne. Tout le monde savait que la première salve de ministres n’était qu’une mise en bouche et qu’il faudrait compléter l’appareil gouvernemental par d’autres nominations. Il faut dire que des dossiers cruciaux et passablement chauds (Santé, logement, aménagement du territoire, industrialisation…) étaient restés en jachère. Alors la raison a fini par l’emporter et le gouvernement regroupe de fait plus d’une trentaine de personnes. Et cela n’a rien de problématique. On se demande même qui a réussi à refourguer ce vieux rogaton fatigué de la communication qu’est le « gouvernement resserré ». Vieux plat réchauffé des pouvoirs sans imagination.

Symboliquement, le fait de mettre en scène un processus de nomination désinvolte permet de bien faire ressortir qu’il s’agit ici de désigner des subalternes. Le vrai gouvernement, ce sont les ministres de plein exercice et eux ne sont que quinze. En apparence la promesse est tenue et cela suffit à contenter l’ego du Prince.

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Sauf que personne n’est dupe. Les Français encore moins, ils regardent ébahis leur gouvernement leur jouer une comédie qui ne trompe personne. Tout le monde se moque du nombre de personnes nommées au gouvernement si le travail est fait. Si les services publics sont à la hauteur, si les hôpitaux fonctionnent, si tous les médicaments sont disponibles en pharmacie, si l’école tient sa promesse d’ascension sociale, si la sécurité règne dans les rues… alors Emmanuel Macron pourra nommer cinquante personnes ministres sans que cela ne dérange quiconque. En revanche, si c’est pour continuer à cravacher le pays pour qu’il s’enfonce plus vite dans la spirale du déclin, même quinze parasites, c’est déjà trop.

Tambours et trompettes

Cette façon de procéder inutilement humiliante dit bien qu’il n’y a encore aucun véritable politique dans ce train de nomination. Il s’agit là de simples gestionnaires, sans beaucoup de poids propre, élevés à cette hauteur par la faveur du Prince. Mieux vaudrait en ce cas un simple communiqué de presse, informatif et neutre. Trop de tambours et trompettes pour saluer un non-évènement finit par montrer ce que le pouvoir aimerait bien cacher.

La simple énumération des noms des nouveaux membres du gouvernement est en elle-même significative : Frédéric Valletoux (Santé), Patrice Vergriète (Transports), Fadila Khattabi (autonomie et handicap), Marina Ferrari (Affaires européennes), Dominique Faure (Collectivités territoriales et ruralité),  Guillaume Kasparian (Logement), Marie Guevenoux (Outre-mer), Dabrina Agresti-Roubache (Ville), Hervé Berville (Mer), Sarah El Haïry (Enfance et famille), Olivia Grégoire (entreprises), Thomas Cazenave (Comptes publics), Agnès Pannier-Runacher (Souveraineté alimentaire), Jean-Noël Barrot (Europe), Franck Riester  (Commerce extérieur), Patricia Mirallès (Anciens combattants), Chrysoula Zacharopoulou (partenariats internationaux)…

Ces noms n’évoquent rien pour quiconque dans la rue, et peut-être même dans une partie des rédactions de journaux. Il n’y a pas si longtemps, avant de devenir ministre, il fallait faire ses classes : on existait un peu, on représentait quelque chose, une force structurée, une capacité à agir qui avait fait la différence dans l’administration d’une ville ou la redynamisation d’un domaine d’activité. Pour accéder aux responsabilités, on était censé avoir fait ses preuves. Ce n’est plus le cas et sans présager des capacités des nouveaux ministres et sous-ministres, c’est le manque de densité de cette équipe gouvernementale qui saute aux yeux. Hormis Darmanin, Le Maire et Dati, il n’y a guère de politiques au gouvernement, les ministres sont soit des émanations de la technostructure soit de futures victimes de celle-ci, bien plus puissante qu’eux par sa permanence et sa connaissance des rouages.

Cette liste de sous-ministres est donc révélatrice de l’absence de vivier politique dans lequel puiser en général, et du vivier encore plus réduit qui reste au président. Lequel, parce qu’il est empêché de se représenter, n’est pas un gage d’avenir tout en représentant une prise de risque.

Ne restait donc qu’à puiser dans les partis croupions lambeaux des anciens grands partis de gouvernement, Horizons, Modem…. Le reste est affaire d’équilibres politiques internes à la macronie, combien de sièges attribuer au Modem, à Horizons, à Renaissance… De la politicaillerie interne, essentiel à la vie des partis mais qui n’éveille pas l’intérêt des citoyens à juste titre.

L’école ne sait pas où elle va

Et pour finir, alors que l’on pouvait espérer retrouver peut-être avec Gabriel Attal une ligne politique claire et explicite, une fois de plus, Emmanuel Macron détruit d’un revers de main ce qu’il semblait vouloir installer définitivement la veille. Si cet homme était un héros antique, il serait Pénélope, celle qui défaisait la nuit, ce qu’elle faisait le jour. Voilà pourquoi on a bien du mal à discerner sa ligne politique, disons par exemple, en matière d’éducation.

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On a eu d’abord droit à Jean-Michel Blanquer, présenté en chevalier blanc de la laïcité, puis Pap Ndiaye, son opposé, venu piétiner l’orientation donnée par le précédent ministre pour distribuer des gages aux wokistes et aux racialistes. Puis face au rejet suscité par l’idéologie d’un Ndiaye, retour aux symboles républicains avec Gabriel Attal, qui a semblé insuffler un nouvel espoir et axait son discours sur le retour de l’autorité et des savoirs. Le tout pour finir avec Nicole Belloubet, plus proche d’un Pap Ndiaye que d’un Attal. Une femme qui incarne tout sauf l’autorité et le courage. Dans l’affaire Mila, garde des Sceaux, elle fut incapable de défendre la liberté d’expression face à l’accusation de blasphème que subissait une jeune fille de 16 ans. Chargée d’incarner et de défendre notre Etat de droit, elle a jeté la hiérarchie des normes aux orties pour donner des gages aux islamistes. Alors que ceux-ci sont à l’offensive, le chantage à l’abaya le prouve, nommer une femme prête à sacrifier la liberté de conscience et d’expression au nom du respect de la religion est une erreur. Le pire étant qu’elle prend cette position alors qu’une jeune Française est menacée sur notre sol pour avoir exercé une liberté fondamentale.

Cette nomination, qui est la seule à faire passer un message politique est donc désastreuse. C’est curieux chez Emmanuel Macron cette capacité à faire tout et son contraire et à se croire le maître des horloges – il doit les confondre avec des ventilateurs.

Zemmour: l’homme le plus copié de France

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© J.E.E/SIPA

L’objet de cet article n’est en aucun cas de prendre la défense d’Éric Zemmour, mais de décrire un phénomène bien connu des communicants du monde entier : le détournement des bonnes idées par des concurrents sans imagination. Il se trouve que l’étude de ce phénomène nous en apprend beaucoup sur le fonctionnement de la droite contemporaine… 


Tous les marchés fonctionnent sur le même schéma : un inventeur crée une nouvelle activité, laquelle lui apporte une réussite remarquée, et des imitateurs se lancent aussitôt dans la brèche pour capter une part de son marché. Ainsi va la vie du commerce mondial depuis toujours. Il n’y a là rien de condamnable : sans imitation des bonnes idées, leur diffusion et la civilisation qui en découle seraient impossibles. Cette loi n’est nulle part aussi vraie que sur le marché de la communication, et la communication politique n’y fait pas exception.

Le grand marché des idées

Mais encore faut-il que l’imitation se voie : qu’elle soit assumée. Il n’y a aucun mal à s’inspirer d’un concurrent, du moment que l’on ne tente pas de se faire passer pour lui. À l’inverse, si l’imitation est cachée, il y a contrefaçon, donc vol. Or, la droite française est devenue un souk où pullule le toc. Le produit copié par tous, sans exception et sans vergogne, c’est Éric Zemmour.

Quand il surgit sur le marché du discours politique, au milieu des années 90, il passe pour le trublion. Dans les partis de droite, on l’écoute avec intérêt, on s’en moque aussi, mais l’on ne songe pas encore à le mimer. Puis, plus le temps passe, plus il impose sa présence à l’échiquier politique. On commence à se méfier de lui : il prend un petit peu trop de place. Les chiffres de vente de ses livres, son phénoménal succès d’estime chaque soir sur CNews, la foule toujours plus imposante de ses fans, relèguent les leaders de la droite au rang de personnages ennuyeux. Et, coup de théâtre, voilà qu’il se présente à l’élection présidentielle ! Il devient alors un adversaire. Dans la première partie de la campagne, sa popularité record en fait même un ennemi juré.

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Jusque-là, tout va bien. Mais il y a un mais : l’extraordinaire manque d’imagination des partis de droite français, ronronnant éternellement dans leur « certaine idée de la France », tirée du gaullisme comme on trait une vache jusqu’à l’épuiser. Ni franchement libérale, ni clairement patriote, attirée par le centrisme, lui-même englué dans le socialisme, notre droite ne sait pas être de droite. Depuis Chirac, elle se perd dans des débats sans fin sur une identité nationale affreusement abstraite. Le contraste avec la productivité de Zemmour dérange. Plus est neuf le discours du « polémiste d’extrême-droite », comme l’appellent les esprits chagrins qui voient du nazisme partout, plus la droite paraît vieille. Zemmour risque fort de la doubler dans le virage du premier tour. Il faut réagir, et vite.

Le grand remplacement… des slogans

Un cap est franchi lors de l’inoubliable meeting de Valérie Pécresse au Zénith de Paris, où, devant la France médusée, elle livre le grand discours le plus médiocre de l’histoire de la cinquième République. « Pas de grand remplacement, ni de grand déclassement ! », s’écrie-t-elle. Mauvaise pioche : en reprenant mot pour mot le pilier central de la campagne de « Reconquête! », la pauvre candidate vient de se faire hara-kiri en public : elle a démontré qu’elle n’avait rien à dire. Elle ne s’en remettra jamais. Toutefois, Pécresse n’est que la partie émergée de l’iceberg mimétique. Toute la droite se met à faire du Zemmour comme Monsieur Jourdain de la prose.

Valérie Pécresse à Paris, 13 février 2022 © Jacques Witt/SIPA

Marine Le Pen particulièrement. Observez son historique Twitter. Il suffit que l’insolent Éric lance un slogan inédit pour que le RN le reprenne à son compte quarante-huit heures plus tard : il est sa vivante boîte à idées, où elle pioche avec gourmandise tout ce que bon lui semble, effaçant d’un revers de main toute notion d’originalité, d’authenticité ou de copyright. Jordan Bardella, qui fait tout comme maman, lui emboîte évidemment le pas avec une belle énergie. Si vous voulez savoir ce qu’a dit Zemmour avant-hier, lisez leurs messages de ce matin. Ce serait burlesque, si ce n’était pitoyable. Et la viralité des déclarations de Zemmour ne s’arrête pas là. Car toute la droite devient une chambre d’écho du zemmourisme. En somme, dans le rôle de l’homme que l’on cite faute d’avoir des neurones, il a remplacé De Gaulle. À la différence que, lorsqu’on produit du gaullisme de pacotille, on rend respectueusement hommage à sa source. Dans le cas du zemmourisme d’emprunt, on censure l’origine. Il y a vilénie.

Chapardeurs !

N’allez pas croire que j’exagère. Voici une liste absolument pas exhaustive des idées qui circulent sous le manteau, telles des fausses Rolex sur les marchés africains. Dans le désordre : la débureaucratisation (que Zemmour a été le premier à prôner de manière méthodique), la désmiscardisation (nouveau dada d’Attal), la lucidité des Français (que Zemmour a mis en lumière avant le RN), le bouclier migratoire (dont Bardella veut passer pour le géniteur), l’élection européenne comme référendum sur l’immigration (une lubie très zemmourienne du RN), la position fermement pro-nucléaire (dès 2010 pour Zemmour, toute récente pour les lepénistes), « la démographie, c’est le destin » (repris par Sarkozy, généralisé depuis), le collège unique et la blouse obligatoire (qu’Attal a allégrement chapardé), les contrôleurs armés humiliant les agriculteurs (que Zemmour a dénoncé juste avant Bardella), le gel des avoirs des dealers (idem), les TIG pour les parents de délinquants (idem), etc, etc, etc. Mais le plus stupéfiant de tous ces fakes et de ces mee-too est le « pour que la France reste la France » de Macron : véritable pickpocket idéologique, le président de l’antifascisme imaginaire copie-colle, toute honte bue, le slogan présidentiel de celui qu’il dénonce comme l’incarnation du fascisme ! « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus bel Éric Zemmour », murmure le sorcier de l’Élysée.

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Donc, on l’a compris, très logiquement, quand Gabriel Attal veut se faire passer pour un homme de droite cet après-midi, comment s’y prend-il ? Simple comme bonjour : il imite la droite qui imite Éric Zemmour. C’est le quoi-qu’il-en-coûte de l’imitation, le point d’arrivée du ruissellement des concepts novateurs : le stade où, après que toutes les marques d’un marché ont reproduit une bonne idée, les autres marchés la copient à leur tour. C’est ainsi que l’homme politique que tout le monde se plaisait à trouver « le plus clivant » devient le plus universel. Celui-là même qui passait pour un marginal, et que l’on tentait de satelliser le plus loin possible de la planète politique, en devient, bien malgré lui, le fournisseur en flux tendu.

Certes, c’est tout à l’honneur de Zemmour, à cette différence près que la masse toujours plus grande de contrefaçons l’empêche d’être vu pour ce qu’il est : un esprit d’avant-garde. Et ce n’est certainement pas à l’honneur de la classe politique française, qui joue à Jacques-a-dit en essayant de tuer Jacques. Éric Zemmour, pour échapper à ce siphonnage systématique, a une première solution à sa disposition, celle qui lui est le plus naturelle : conserver l’initiative en offrant constamment au public de nouvelles inventions utiles. Il peut également laisser entendre, de manière cinglante, ou drôle, que ses poursuivants fourguent à la sauvette des produits de contrebande. Enfin, et c’est sans doute ce qu’il a en tête, il peut prendre sa revanche dans les urnes, le 9 juin prochain, afin de démontrer que les Français ne se laissent pas duper si facilement par les faussaires. Y parviendra-t-il ? L’histoire le dira. Zemmour n’est guère du genre à se laisser piller sans réagir, pas plus que de se satisfaire de 7%.

Toujours est-il que ces concurrents seraient bien inspirés de prier pour que leur supercherie ne se voie pas trop. Sans quoi il deviendra évident aux yeux de tous que, dans la grande agence de pub de la communication politique, il n’y a plus que lui au poste de créatif.

Art: et si le classicisme n’était pas aussi dégueulasse qu’on le dit?

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Diane et Endymion, Nicolas Poussin, 1630. DR.

Le classicisme, ou l’extase de l’arc tendu


S’il est un crime à ne jamais laisser impuni, c’est bien celui de salir des lieux d’exception par des lieux communs. Combien de fois, dans les ailes de musée consacrées au classicisme, n’ai-je entendu d’inepties s’échapper de bouches mondaines. Amoureux du Beau, je vous en conjure : devant les helléniades de Poussin, les Madone de Raphaël, tendez l’oreille, et faites-en l’expérience. Vous entendrez toujours de ces risibles doléances : « Un beau trait, de belles formes, certes, mais enfin, tout cela manque un peu d’air. C’est trop sec, trop rigide ! » Autrement dit, l’ordre et la tradition dans l’art, passés leur heure de gloire, ne se laissent plus briller, ne se laissent  plus voir.

Blasés

« On nous dit, ironisait Gustave Thibon, que nous vivons dans une époque passionnante. Alors d’où vient le fait que nous soyons si peu passionnés ? » Étrange conception du progrès, celle voulant que, pour nombre de contemporains, les œuvres qui faisaient frémir hier fassent bailler aujourd’hui. Or, si l’on attend d’un adolescent qu’il rejette les vieilles mœurs, on s’attend aussi au regain de clairvoyance, tôt ou tard. Et pourtant, bien trop d’intellectuels blasés semblent bloqués au stade de rébellion, en confondant passé et passéisme.

Tout a commencé par une farce, du moins, en apparence, lorsque Marcel Duchamp exposa son fameux urinoir ready-made, en 1917. C’est que, voyez-vous, il jugeait l’art antérieur trop « rétinien » – c’est-à-dire axé uniquement sur la beauté visuelle – et trop peu « intellectuel ». Il prônait l’abandon de critères de beauté traditionnels, et un art ne servant qu’à véhiculer un message, un concept, une idée. Ainsi, Duchamp porta le premier coup de couteau à une continuité esthétique remontant à l’Antiquité que les dadaïstes, cubistes, plasticiens et autres portèrent à leur tour. Ajoutez d’autres facteurs, y compris, aujourd’hui, l’assimilation de la croyance en une Beauté objective à des courants politiques infréquentables, et vous obtenez un establishment artistique et, par extension, une certaine élite, devenus insensibles à l’art classique.

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À peine ces lignes s’écrivent-elles que s’élèveront des objections faciles. Par exemple, le fait que dans l’histoire de l’art, la révolte contre la tradition a toujours existé. Un artiste, en effet, cherche à innover. Il suffit de regarder les préraphaélites : à leurs yeux, l’art de leur époque était enfermé dans de strictes règles comme dans une camisole de force. Ils décidèrent de balayer nombre de conventions, donnant lieu à des contes de fées et des légendes de chevalerie qui s’inscrivirent par la suite dans le canon occidental. Alors quelle différence, concluront certains, entre cette révolte-là et celles qui suivirent, si toutes furent d’abord honnies, puis adulées ?

Il est souhaitable que la créativité artistique se renouvelle, mais…

La différence est très claire : les préraphaélites, tout en cherchant de nouveaux horizons, ne perdirent pas de vue leur héritage artistique, ni l’amour du Beau éternel. L’on ne saurait en dire autant de l’art moderne. Et s’il est normal, même souhaitable, que la créativité artistique se renouvelle, il est en revanche inacceptable d’y sacrifier le salut de l’âme par la plus profonde beauté.

Ce qui nous ramène à nos chères œuvres classicistes. Comment faire pour redonner goût à l’ordre dans une époque vouée au relâchement ? Au subtil, au concret et à l’éternel, dans un milieu habitué au grossier, à l’abstrait et à l’éphémère ? Pensez au Diane et Endymion de Poussin, au Tu Marcellus eris d’Ingres, ou encore aux Sabines de David : tandis que certains n’y voient que des formes restreintes ne laissant place à nulle liberté, nous voyons plutôt la concentration de toute tension dramatique en un point culminant, déclenchant une réaction spirituelle des plus intenses. Voyez-vous, le classicisme est une alchimie : puiser dans le domaine du mythe et le tourbillon des idées, les canaliser dans une valve à pression pour les figer dans des lignes épurées et des formes gracieuses. Les exigences les plus strictes ne sont pas synonymes de stérilité, au contraire. Si les muscles se façonnent par la contrainte, et l’intelligence par l’examen, pourquoi l’esprit ne s’aiguiserait-il pas aussi sur la meule des anciens chefs-d’œuvre ?

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Loin d’être une tare, cette rectitude propre au classicisme est sa plus grande force. En brisant les codes esthétiques et en bannissant toute limite, nos contemporains ont renoncé aux vertus de la tempérance. C’est le chaos enfermé dans un ordre parfait, cette retenue dans la splendeur, qui crée, dans une œuvre d’art, la tension la plus stimulante.

Pour visualiser la chose, imaginez la flèche d’un archer, braqué sur vous. Son arc, tendu, presque au point de rupture. Maintenant, songez à cette question : entre cet instant-là – où vous sentez la sueur perler sur votre front, votre cœur battre la chamade et votre corps se paralyser, où les doigts de l’archer tremblent sur son arc, où la flèche ne demande plus qu’à percer votre chair – et l’instant d’après, où l’acte est accompli, où vous n’êtes plus ; entre ces deux instants, entre pressentiment et accomplissement du carnage, lequel suscite la plus grande intensité sensorielle ? La plus vive expérience spirituelle ?

Marc-Aurèle a écrit que la peur de la douleur est pire que la douleur elle-même. De la même manière, le carnage artistique, l’éventrement de la beauté, où tout fut révélé, où plus rien n’était insinué, fait pâle figure par rapport à l’idée du carnage, qu’incarne le classicisme : l’expérience esthétique dans la retenue féconde. L’extase de l’arc tendu.

Tu Marcellus eris, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1812. DR.

Bayrou: le vertige du Rubicon

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François Bayrou, 8 février 2024 © Capture France info.

Notre chroniqueur s’amuse du petit caprice du dernier grand phare de notre vie politique nationale…


Nul ne peut le contester, Monsieur Bayrou est un homme de conviction ferme et d’opinion du même métal. L’opinion qu’il a de lui-même, tout d’abord, extrêmement positive, favorable, flatteuse, adossée à la conviction que, sans lui, la France aurait depuis belle lurette basculé dans le gouffre de néant au bord duquel elle ne cesse de faire l’équilibriste.

Blanchi au bénéfice du doute – le doute en ces matières est, pour l’opinion publique, ce petit rien qui empêche tout simplement de laver plus blanc que blanc – acquitté, donc, il pouvait légitimement voir s’ouvrir devant lui au plus large les portes du gouvernement. Au plus large, disais-je, car il visait haut. Il avait, fort de l’opinion et de la conviction tout juste évoquées, des exigences que de mauvaises langues, des esprits mesquins pourraient qualifier de caprices de diva. Le bruit a couru qu’il se voyait volontiers au moins ministre d’État, numéro 2 du gouvernement, ce qui, dans son esprit devait sans doute être pris pour une manifestation de grande modestie, d’extrême humilité, tellement il paraît persuadé que la première place, partout et toujours, doit lui revenir pratiquement de droit.

M. Bayrou nous donne l’impression de se comporter vis-à-vis du président de la République comme ces barons turbulents et infatués du Moyen Âge qui ne se gênaient guère de harceler leur roi élu de cette pique destinée à le ramener à résipiscence lorsqu’il se prenait pour plus qu’il n’était ou se la jouait par trop perso. «  N’oublie pas qui t’a fait roi ! », lui lançaient-ils. À quoi il avait beau jeu de rétorquer : « N’oubliez pas qui vous a fait barons ? » M. Bayrou, en effet, ne laisse passer aucune occasion de rappeler à qui veut l’entendre que sans lui et son ralliement en rase campagne lors de la présidentielle de 2017, de M. Macron à l’Élysée il n’y aurait pas eu. Cela n’est pas faux. Mais c’est loin, déjà. Or, le temps passe vite et le souvenir des bienfaits plus vite encore, surtout en politique ou la reconnaissance est une vertu de faible amplitude et de courte vie.

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La voie gouvernementale se serait bien trouvée ouverte devant M. Bayrou, certes, mais pas assez royale. On lui parlait Armée, il ambitionnait Éducation nationale ou un grand ministère de réconciliation entre ceux d’en bas et ceux d’en haut. (On passera sous silence le fait que cette belle mission aurait pu être le cœur d’ouvrage du Haut-Commissaire au plan qu’il était et est sans doute toujours, encore qu’on ait parfois du mal à le situer avec précision).

Bref, refusant l’entrée au gouvernement et se retirant sous sa tente tel Achille, M. Bayrou a tenu à porter à la connaissance du public son désaveu de la politique gouvernementale. En général, ce rôle de contempteur de l’exécutif est le domaine réservé et la zone de confort de l’opposition. Qu’à cela ne tienne ! Malgré cette dissonance plutôt mal venue surtout en ce moment, notre homme tient à réaffirmer son appartenance et celle de ses troupes à la majorité présidentielle. Comme quoi le « en même temps » parvient quelquefois à faire école. Pourtant, on le sent peu ou prou atteint du vertige du Rubicon. Au bord de la rupture, au bord de franchir le pas ultime. Il n’est pas le premier en politique à se trouver sur la rive de ce fleuve. La tentation du Rubicon vient inévitablement titiller tout ambitieux véritable. Il y a ceux, plutôt rares, qui l’ont franchi pour de bon et avec succès, tel M. Macron en son temps ; ceux plus nombreux qui s’y sont noyés. Et ceux plus nombreux encore qui n’ont fait qu’y barboter. À leur plus grande honte et désavantage. M. Bayrou a donc le choix. On tâchera de suivre cela, si possible avec passion.

Mitterrand, Don Juan en politique

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France 2 trop commerciale et pas assez culturelle selon TF1: de quoi je me mêle?

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DR.

Panique à TF1 : l’audience de la 2 pourrait bien passer devant son éternelle rivale, grâce à la diffusion des Jeux Olympiques ! Aussi, le groupe privé s’en va pleurer à Bruxelles, et y dénonce des «aides d’État illégales». Mais le défi de la transmission et de l’éveil d’un large public à des contenus de qualité ou plus culturels se réalise par un continuum. En ne proposant plus que des programmes culturels intimidants, en ne rassemblant personne, ce dont rêverait TF1, l’audiovisuel public manquerait à ses missions (cultiver, informer et divertir).


France 2 est-elle devenue une pâle copie de TF1 ? C’est en substance ce que la première chaine reproche à la seconde, et plus largement à France Télévisions, la Une ayant décidé de poursuivre le groupe dirigé par Delphine Ernotte devant la Commission européenne pour « aide d’État illégale » au motif qu’il se comporterait comme un groupe privé, multipliant les programmes commerciaux au détriment de ses missions de service public. TF1 reproche notamment à France Télévisions de ne pas diffuser assez de programmes culturels. Une accusation étonnante, qui ne résiste pas longtemps à l’analyse.

Rodolphe Belmer pense que France 2 est une concurrence préjudiciable à son groupe

En 2016, Olivier Babeau signait pour La Fondation pour l’innovation politique une note intitulée Refonder l’audiovisuel public. A quoi bon, se demandait l’essayiste, conserver une offre audiovisuelle publique si elle ne se démarque pas des chaines privées ? Selon lui, France Télévisions, pour se différencier, devrait abandonner le divertissement, segment sur lequel le groupe n’a pas de valeur-ajoutée par rapport au privé, pour se concentrer sur ses deux autres missions : informer, au nom du pluralisme, et cultiver, ce que les chaines privées ne font pas1.

Rodolphe Belmer, le patron de TF1, pense à peu près la même chose. Il reproche à France TV d’avoir mis le holà sur ses missions de service public, de diffuser trop de polars en prime time et pas assez de culture. En un mot, comme l’a résumé Delphine Ernotte, d’être « trop populaire ». Le 22 janvier, Le Figaro révélait ainsi que la filiale de Bouygues avait porté plainte, en novembre dernier, contre France Télévisions et l’État français auprès de la Commission européenne pour « aide d’État illégale »2. Principal grief : le financement accordé par l’État à France Télévisions ne serait pas suffisamment assorti de contrôles de ses missions de service public.

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Ce n’est pas la première fois que TF1 intente des actions à Bruxelles. En 1993 et 2008 déjà, la chaine privée se dressait contre ces mêmes aides publiques, avant d’être déboutée. TF1 était alors archidominante, ce qui n’est plus le cas – elle ne représentait plus que 18,6% de l’audience globale en 2023, contre 15,3% pour France 2. Cette lente érosion de ses audiences est évidemment due à la concurrence effrénée des plateformes de streaming (YouTube, Netflix, Amazon Prime, etc.), mais elle est également due à la montée en puissance de France 2. Dans les couloirs de France Télévisions, on n’hésite pas à y voir les fruits d’une modernisation de la grille des programmes, quand TF1 préfèrerait jouer la carte de la nostalgie, pour ne pas dire du passéisme (Star Academy, The Voice, Plus belle la Vie…). Fait inédit, la 2 pourrait bien passer devant son éternelle rivale dès cet été grâce à la diffusion des Jeux Olympiques.

Culture et divertissement peuvent faire bon ménage

Si les craintes de TF1 ne sont pas infondées, sa plainte devant la Commission européenne est-elle pour autant fondée ? C’est oublier un peu vite les nombreuses émissions et pastilles culturelles que l’on trouve sur les chaines publiques (Beau Geste, émission hebdo sur le cinéma, La Grande Librairie, seule émission dédiée aux livres en prime time sur une chaine généraliste en Europe, Le Grand échiquier, qui propose de partir à la découverte des artistes du monde ou encore Prodiges, concours de jeunes virtuoses de la musique classique, véritable succès d’audience, pour ne citer qu’elles), sans compter les documentaires exigeants, le spectacle vivant (concerts, théâtre, danse…), le cinéma d’auteur et même les émissions hybrides ou, au prétexte de divertir, la culture générale tient le haut du pavé (pensons à l’indéboulonnable Questions pour un Champion.)

Oui, France Télévisions diffuse encore de nombreux programmes culturels, et s’autorise même parfois à leur donner une forme ludique. Et les courbes d’audiences montrent que la recette fonctionne. Et c’est là toute la limite du raisonnement qui voudrait opposer divertissement et culture, comme si aucune porosité n’était possible entre les deux, comme si l’un ne servait pas l’autre. Tout l’enjeu est au contraire de profiter de l’appel d’air que constitue le divertissement pour orienter le public vers des programmes culturels plus exigeants.

Sans doute France Télévisions pourrait-elle réserver encore plus de place à la culture. Pour autant, une télévision publique uniquement dédiée à des concerts de musique classique, à des spectacles de danse ou à des pièces de théâtre, ouvrirait-elle davantage la culture aux Français ? Il est à craindre que non. Le public non averti la considèrerait comme une simple bizarrerie, un espace médiatique cloisonné et élitiste. Elle laisserait sur le bas-côté la grande majorité de l’audimat.

Le défi de l’accès du public à des contenus culturels de qualité se réalise par un panachage des programmes de divertissement et de culture, par un savant mélange des deux. En effet, on trouvera de nombreux films et émissions « commerciaux » et grand public sur France 2, à même de « concurrencer » TF1, mais c’est paradoxalement là la condition de l’existence et de la visibilité de programmes plus confidentiels et pointus en parallèle. On peut critiquer ce principe. Mais ce n’est pas le rôle d’une chaine privée de le faire. Ce n’est pas à TF1 de décider de la « politique culturelle française », pour paraphraser Christophe Tardieu, secrétaire général de France Télévisions.


  1. L’auteur proposait alors la « suppression de France 3, France 4 et France Ô, la privatisation de France 2 et l’établissement sur le canal 3 d’une chaîne culturelle libérée de toute contrainte d’audience, complémentaire avec France 5 et Arte » (…) « Dans quelle mesure le libre jeu du marché, c’est-à-dire des initiatives privées, ne pourrait-il obtenir un résultat au moins égal, et à moindre coût pour la collectivité ? » se demandait-il. Huit ans plus tard, si France Ô a bien tiré sa révérence, les autres chaines de France Télévisions font de la résistance, France 2 grignotant des parts d’audience. ↩︎
  2. https://www.lefigaro.fr/medias/tf1-poursuit-france-televisions-et-l-etat-francais-20240122 ↩︎

«La crise rurale est liée à une idéologie de la décroissance» 

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François-Xavier Bellamy. © Jacques Witt/SIPA

Tête de liste LR aux prochaines élections européennes, François-Xavier Bellamy accuse la majorité macroniste de tenir un double langage sur l’agriculture, en soutenant à Bruxelles une réglementation qui étouffe les paysans, tout en prônant à Paris une simplification censée les soulager.


Causeur. La politique absurde de Bruxelles, qui impose aux agriculteurs européens un empilement de normes dont les importateurs étrangers sont exemptés, est au cœur de la révolte paysanne de cet hiver. Comment expliquer de telles aberrations ?

François-Xavier Bellamy. Elles s’expliquent par une idéologie de centre gauche, dont le macronisme est l’un des supplétifs, et qui vise à la décroissance européenne – avec pour effet de fragiliser tous ceux qui produisent en France – tout en ouvrant « en même temps » le continent à tous les vents de la mondialisation. D’où ces normes, aussi nombreuses qu’anarchiques, voire contradictoires, sans cohérence entre elles, qui finissent par engendrer de l’insécurité et de l’instabilité. Tandis que l’ouverture des marchés, elle, crée des inégalités en termes d’exigence entre producteurs et importateurs, et fausse la concurrence. J’ai un exemple très concret en tête. En novembre dernier, le groupe macroniste au Parlement européen, par la voix de Pascal Canfin, a défendu la loi sur la « restauration de la nature », qui implique la diminution des surfaces agricoles et accentue encore la perte d’autonomie alimentaire.

Quelle est la position de votre groupe sur cette loi ?

Nous ferraillons contre elle, et sommes accusés pour cela d’être des « trumpistes européens ». Pascal Canfin n’a d’ailleurs pas eu de mots assez durs à notre encontre. On ne peut qu’admirer la facilité et la plasticité avec laquelle la Macronie a retourné, depuis, ses éléments de langage… Reste le moment de vérité. L’accord trouvé sur cette loi doit être voté dans quelques semaines à Strasbourg. Nous continuerons de nous y opposer. Quid de Renaissance ?

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Les agriculteurs évoquent aussi souvent la question de la « surtransposition des normes » (qui consiste à transcrire un texte européen dans le droit national en y ajoutant des contraintes supplémentaires), sorte de malheurs de la vertu appliqués au monde agricole…

Cette surenchère de pureté, visant à s’afficher comme le meilleur élève de la classe Europe, a des conséquences délétères pour les producteurs puisque cela augmente les coûts et les prix tout en faussant la concurrence. Par exemple, on autorise en Belgique certains produits phytosanitaires, tels que les néonicotinoïdes pour la betterave sucrière, mais on les interdit en France. Alors que ces deux pays sont sur un même marché, qui n’a pas de frontières, pas de barrières, pas de droits de douane. Par ces décisions absurdes, nous détruisons notre économie. Le pire est que, depuis 2019, nous avons la preuve qu’une telle politique nous mène à l’impasse.

Comment cela ?

C’est à partir de cette année là que la balance commerciale de la France est devenue déficitaire sur les produits alimentaires. On est sauvé par le vin et les spiritueux qui permettent encore de maintenir la balance agricole globale, mais aujourd’hui nous sommes devenus dépendants en ce qui concerne notre alimentation. C’est un signal d’alarme terrible.

Francois-Xavier Bellamy. Credit:Jacques Witt/SIPA

Alors que faire ?

Commencer par des choses simples. D’abord, ne jamais importer en Europe ce qui est interdit d’y produire, ou ce qui ne respecte pas les normes imposées aux producteurs européens. Ensuite, ne jamais imposer à Paris une règle plus exigeante que celle qui est imposée par Bruxelles. Enfin exiger un moratoire réglementaire sur les normes environnementales, afin de faire l’inventaire, puis de supprimer quelques couches du mille-feuille.

Ne faut-il pas reconnaître que le gouvernement a quand même entendu les agriculteurs ?

Ceux-ci ont commencé à essayer de se faire entendre avec un mouvement non dénué d’humour consistant à retourner les panneaux d’entrée des villes pour symboliser le fait que l’on marchait sur la tête. Qui a repris leurs revendications ? Qui a entendu leur désespoir ? S’ils ont réussi à se faire entendre, c’est parce qu’ils ont fini par quitter leurs exploitations pour mettre vraiment la pression sur le gouvernement. C’est la peur qui fait réagir ce pouvoir et le rend un peu plus à l’écoute. Mais pour combien de temps ? Le problème, c’est que répondre aux demandes des agriculteurs demande de la constance, de la clarté et la capacité à inscrire une action dans la durée. Or la Macronie se caractérise par une grande fluidité. Est-ce que le gouvernement est prêt, à Paris comme à Bruxelles, à changer de cap, à abandonner une logique de suspicion et de contrôles tatillons pour redonner de la confiance aux agriculteurs ? S’il ne le fait pas rapidement, nous courrons le risque d’asphyxier notre agriculture, comme nous avons déjà asphyxié notre industrie.

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Vous paraissez douter de la bonne volonté du gouvernement…

La crise que nous connaissons est liée à une idéologie de la décroissance, qu’explique très bien la stratégie « Farm to Fork » (« de la ferme à la fourchette ») de la Commission européenne. Selon des études américaines, néerlandaises et même européennes, cette stratégie aura pour conséquence de geler 10 % de la surface agricole utile, de faire baisser fortement la production agricole de 15 % environ, et d’augmenter les prix tout en faisant baisser les revenus des agriculteurs. Or les élus Renaissance ont complètement adhéré à cette démarche, qu’ils ont promue et soutenue, tandis qu’Anne Sander, ma collègue LR membre de la commission de l’agriculture au Parlement européen et moi-même combattions cette stratégie et ses conséquences, telles que la loi « Restauration de la nature ». Le gouvernement Macron va-t-il cesser d’avoir un double langage, de désavouer en France ce qu’il soutient à Strasbourg et à Bruxelles ? Rien n’est moins sûr.

7-Octobre: ce qui unit Israël et la France

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Cérémonie en hommage aux victimes françaises des attaques terroristes du 7 octobre 2023 en Israël, Cour d'Honneur des Invalides, Paris, 7 février 2024 © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

Lors de l’hommage aux ressortissants français tués lors de l’attaque du 7 octobre en Israël, le président Macron a dénoncé le «plus grand massacre antisémite de notre siècle». Toutefois, promettre par la suite un «temps mémoriel» pour les victimes de Gaza n’est pas un choix opportun, selon notre chroniqueur. Car si toutes les vies innocentes se valent dans le conflit qui oppose la démocratie israélienne à la terreur islamiste du Hamas, toutes les morts ne sont pas équivalentes.


La haine d’Israël annonce la haine de la France ; la haine du Juif annonce la haine de tous. Une communauté de destin unit plus que jamais les deux plus vieilles nations. Certes, les 28 rois d’Israël qui ornent la façade de Notre-Dame de Paris rappellent l’historique filiation de l’Eglise catholique. La roi David n’a-t-il pas légué à la royauté la fleur de lys ? Cependant, la guerre déclarée aux démocraties occidentales, et singulièrement à Israël et à la France, par l’islam suprémaciste renforce la solidarité entre les deux pays. En ce sens, l’hommage rendu aux Invalides ce mercredi par Emmanuel Macron aux 42 victimes franco-israéliennes du terrorisme islamiste, dépasse le sort du seul État hébreu. Derrière le pogrom anti-juifs du 7 octobre (1160 morts), conduit depuis Gaza par le Hamas, s’esquisse une même mise en danger des autres pays libres. C’est la haine de la France qui a conduit Mohamed Mogouchkov à assassiner au couteau son ancien professeur Dominique Bernard à Arras, le 13 octobre 2023. Ses motivations, révélées dans Le Parisien de mardi, puisaient moins dans un mimétisme avec le Hamas que dans la lecture compulsive du Coran guerrier et des versets appelant au djihad contre les ennemis de l’islam. « Ces versets-là s’enchaînent et se répètent », a reconnu Mogouchkov. Cette détestation de la France a poussé, samedi, le malien Kassogue S., présenté comme « musulman pratiquant non radicalisé », à blesser trois personnes Gare de Lyon, à Paris, à coups de couteau et de marteau. « Je déteste tous les Français », a-t-il expliqué en reprenant la rhétorique des minorités se disant victimes de l’Etat colonial.

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C’est ce totalitarisme islamiste, qui a des parentés avec le nazisme dans sa quête de l’homme pur et son obsession judéophobe, que soutient La France Insoumise, en mal de révolution prolétarienne. Son absurde entêtement à vouloir participer à l’hommage national contre le terrorisme, en dépit de l’opposition de familles de victimes choquées par le négationnisme de certains de ses membres, ne peut faire oublier sa traitrise. LFI, en refusant de qualifier de terroriste le massacre du 7 octobre, s’est enfermée dans une radicalité qui comble d’aise l’antisémitisme coranique, ce ressort religieux qui peut aller jusqu’à donner la mort au nom d’Allah offensé. Depuis quatre mois, les actes antisémites auraient augmenté de plus de 1000% ! Jean-Luc Mélenchon est devenu le porte-voix inaudible de ceux qui détestent Israël, la France et les démocraties.
Ceux-ci sont prêts à toutes les acrobaties pour disculper ceux qu’ils protègent.
Pour l’extrême gauche, le Hamas est un mouvement de résistance, tandis que l’État hébreu attaqué commet un génocide à Gaza. La victime devient bourreau, et inversement.
Or il devient urgent de choisir et de défendre son camp. En cela, Macron commet une faute en suggérant, en même temps, un « temps mémoriel » pour les victimes françaises à Gaza. Suggérer une équivalence entre un pogrom et une riposte militaire ajoute à la confusion des esprits. La lâcheté ne peut être la réponse à la haine.


Patriotisme d’importation

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D.R

Jusqu’où un vice-président de la Commission européenne peut-il aller pour inciter les jeunes citoyens du Vieux Continent à voter? 


Si l’Union européenne se surpasse dans un domaine, c’est dans l’art de refiler les patates chaudes. Après avoir délégué une partie de sa production manufacturière aux Chinois, une partie de sa politique énergétique aux Russes et une partie de son « réarmement démographique » aux Africains, le Vieux Continent pourrait bien sous-traiter une partie de son civisme à… une citoyenne américaine. Le 10 janvier, un vice-président de la Commission, le Grec Margarítis Schinás, a très officiellement émis le souhait que Taylor Swift, talentueuse chanteuse d’outre-Atlantique, se mette au service de l’institution bruxelloise pour encourager les jeunes à voter lors des prochaines élections européennes le 9 juin. « J’espère que quelqu’un de son équipe médiatique suivra cette conférence de presse et lui transmettra ma demande », a lancé béatement le technocrate. Défense de rire ! Comment une idée aussi consternante a-t-elle pu germer ? Secrète passion pour la musique country ? Burn-out lié à un cruel sentiment d’inutilité ? Banal complexe provincial vis-à-vis des États-Unis ?

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La troisième solution est la bonne. En septembre dernier, la star aux 170 millions de disques vendus, connue pour son patriotisme, a appelé sur les réseaux sociaux ses jeunes concitoyens à voter aux prochaines présidentielles. Résultat, 35 000 d’entre eux se sont inscrits sur les listes électorales dès le lendemain. Un record. En attendant de connaître la réponse que Mlle Swift donnera à M. Schinás, remarquons que celui-ci n’est pas parvenu à identifier la moindre vedette européenne à même de satisfaire son désir mimétique. Preuve, s’il en était besoin, de l’inexistence d’une culture populaire commune sur notre continent. Quant à la mobilisation de la jeunesse lors des scrutins européens, elle est à peine plus consistante. La dernière fois, en 2019, la participation au vote des moins de 25 ans a atteint 42 %, contre 50 % pour l’ensemble de la population.

François Bayrou entre hier et demain…

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Le maire de Pau, relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires, annonce avec fracas être en désaccord profond avec la politique suivie par Gabriel Attal, et il refuse de rentrer au gouvernement. L’homme politique de 72 ans semble ainsi se préparer pour 2027. Avec un argument simple: réconcilier la France d’en haut et d’en bas, pour empêcher l’arrivée du RN aux manettes. Ce que la trop parisienne macronie serait incapable de faire…


François Bayrou a refusé d’être ministre des Armées ; et pour l’Éducation nationale, « faute d’accord profond sur la politique à suivre », il n’entrera pas au gouvernement. Je perçois comme un ouf de soulagement du Premier ministre… On peut deviner que la philosophie éducative de François Bayrou l’aurait conduit vraisemblablement à être plus souple et moins réactif que l’ancien ministre Gabriel Attal. Ceux qui prédisaient qu’à tout prix il participerait à ce gouvernement qui n’en finit pas d’être inachevé en sont pour leurs frais. Je n’ai jamais vraiment apprécié le François Bayrou faiseur de président puisqu’il est clair que, sans lui, Emmanuel Macron n’aurait jamais été élu en 2017, si on ajoute la calamité judiciaire qui a amoindri François Fillon. Je n’ai pas davantage aimé l’auxiliaire dévoué et fidèle du macronisme, qui, malgré quelques accès surjoués d’indépendance, n’a jamais dérogé à une ligne qui me l’a rendu quasiment étranger par rapport à la personnalité que j’avais croisée puis connue et saluée au cours d’une période où il avait eu un rôle décisif de vigilance durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sans oublier une direction vigoureuse du parti centriste qu’il avait sorti de la tiédeur et de l’équivoque constante.

Bayrou relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem

Comme je me doute que beaucoup, dans tous les cas, s’en prendront à lui en glosant sur son âge, son incroyable bonne fortune judiciaire – y aura-t-il appel ou non ? -, son ambition jamais rassasiée, son obstination à ne pas sacrifier toute espérance présidentielle pour 2027 et sur son faible bilan lors de son passage rue de Grenelle (de 1994 à 1997), comme on va insister sur les ombres du personnage, sur la plaie de sa longévité dans notre monde politique, je voudrais au contraire, avec nostalgie, rappeler la chance qu’il a été et les lumières projetées par une destinée singulière, entêtée, courageuse et tolérante à une certaine époque.

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Je n’oublie pas, je n’oublie rien. À chaque université d’été du CDS, il avait la délicatesse de me proposer d’intervenir en me garantissant une totale liberté. Il l’a toujours respectée et je n’ai jamais perçu, chez lui, la moindre inquiétude face à un discours imprévisible, désaccordé d’avec les rails du centrisme classique, parfois provocateur. J’ai pu ainsi vérifier sa sincérité dans l’affirmation de ses valeurs et la validité de ce que bien plus tard il a déclaré : quand tous pensent la même chose, on ne pense plus rien. Quand Nicolas Sarkozy était président de la République, ses avertissements sur le déficit, le scandale de l’arbitrage Sarkozy-Tapie-Lagarde, une pratique du pouvoir ne brillant pas par l’allure et la dignité, ont rassuré plus d’un citoyen. Il a représenté alors une forte espérance et dans l’ensemble de ses interventions et actions, sa vision de la politique, caractérisée par une volonté de dépassement de la droite et de la gauche et par un humanisme social, n’était pas sans anticiper ce qu’Emmanuel Macron a exploité par la suite. Sa propre campagne présidentielle en 2002 n’a pas été médiocre et s’il n’est pas parvenu au second tour, les thèmes qu’il a développés ont marqué l’opinion ainsi que telle ou telle de ses réactions impulsives, par exemple sa petite tape à un gamin qui voulait le voler.

Traversée du désert

François Mitterrand qui était aussi impitoyable sur les autres que complaisant avec lui-même, avait toujours été impressionné par l’effort et la constance dont François Bayrou avait dû user pour vaincre son bégaiement. Ce serait se tromper sur lui que de l’appréhender seulement au regard de ses expériences ministérielles (l’une de très courte durée place Vendôme) et de sa traversée du désert (très relative) avec le haut-commissariat au Plan durant l’attente de l’issue judiciaire le concernant. Maire de Pau, je crois savoir qu’une majorité des habitants est satisfaite de ses orientations et de son action.

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Tourner en dérision cette personnalité parce qu’elle serait depuis trop longtemps dans notre espace démocratique serait faire fi d’un homme politique qui n’a jamais fait honte à la République, d’un homme que l’humanité n’a jamais déserté et peut-être d’un futur candidat qui n’a pas dit son dernier mot.

Libres propos d'un inclassable

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