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Exit Alfred Eibel

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Le critique littéraire, cinéphile et éditeur nous a quittés à l’âge de 91 ans.


Triste nouvelle, Alfred Eibel est mort. Né à Vienne en 1932 – il se souvenait de l’Anschluss et de l’entrée d’Adolf Hitler dans sa ville – il avait vécu en Belgique, où il avait étudié au prestigieux Collège Cardinal Mercier. L’homme était charmant, immensément cultivé et d’une merveilleuse bienveillance pour ses cadets – j’en sais quelque chose pour avoir lu quelques lignes généreuses sur certains de mes livres. Je l’avais rencontré à une signature de Radio Courtoisie : j’avais été présenté par Michel Mourlet, sésame parfait, et nous avions immédiatement noué un lien. Il avait fréquenté Ernst Jünger et Fritz Lang, Arno Breker et Leni Riefenstahl (ce qu’il disait avec un sourire délicieusement ambigu), Gregor von Rezzori. Un temps éditeur à Lausanne (il dilapida ainsi un semblant de fortune), il publia Fernando Pessoa (le premier, me dit Jérôme Leroy, qui m’apprend sa mort), Jean-Pierre Martinet, Kenneth White… Critique littéraire, il écrivit dans Le Quotidien de Paris, les Nouvelles littéraires, les Lettres Françaises, le Figaro, Le Magazine littéraire, et aussi dans Matulu, la Revue littéraire, Polar, Service littéraire

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Voici ce que j’écrivais il y a deux ans à propos de ses Souvenirs viennois:

Né en 1932 à Vienne d’un père officier tôt disparu et d’une mère austro-hongroise, Alfred Eibel est une figure attachante de la vie littéraire qui a traîné ses bottes de Bruxelles à Hollywood, de Prague à Zürich. L’homme a fréquenté bien du monde : Fritz Lang et Kenneth White, Léo Malet et Etiemble, Gregor von Rezzori et Gabriel Matzneff (qu’il a édité, avec quelques autres, dont Gérard Guégan et Pol Vandromme). Il connaît sur le bout des doigts le cinéma européen, la littérature chinoise et l’opéra autrichien. De père catholique, il a connu, après l’Anschluss, l’exil en Belgique avec son beau-père juif. Il est sans doute l’un des rares écrivains français d’aujourd’hui à avoir vu passer Hitler dans la Vienne de 1938 et à avoir entendu les stukas mitrailler les foules de l’exode en 1940. Alfred Eibel est un personnage de légende.
Voilà qu’il nous livre ses Souvenirs viennois par le truchement d’un joli ouvrage à la nostalgie ironique, car l’homme n’est jamais dupe. « En naissant à Vienne, écrit-il, j’ai vu le jour sur une zone sismique qui m’a fait penser à chaque instant à la disparition définitive du passé, à l’exemple de l’Atlantide ». C’est justement cette cité engloutie qu’il évoque par tableautins : la Vienne des années 50, qui lui sert de marchepied pour nous replonger, par fines allusions, dans celle de la Double Monarchie. Jonglant, non sans un zeste de perversité, entre kitsch et retour du refoulé, Alfred Eibel ressuscite la pension Operning, où il descendait naguère, avec ses naufragés de toutes sortes : rescapés des camps au sourire poli, émigrés revenus des Amériques et tous ces « accourus », Berlinois qui ont quitté leur ville rasée pour se faire oublier. Aux tables des grands cafés viennois, le Sacher, le Central ou le Mozart, il croise requins et margoulins, espions (nous sommes bien dans la Vienne du Troisième Hommeder Dritte Mann), mélomanes et cinéastes. La Vienne d’Alfred Eibel se révèle une ville à l’insouciance surjouée, qui tente de refouler les horreurs d’un passé récent ; il en rend avec brio l’atmosphère ambiguë et parfois frelatée.

Que la terre vous soit légère, cher Alfred Eibel !

Les nobles voyageurs: Journal de lectures

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Instruction, éducation et… rééducation

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Instruction ou éducation ? La dénomination même du ministère de la rue de Grenelle, jadis Instruction publique puis Éducation, montre l’hésitation française entre deux conceptions que tout oppose, explique notre chroniqueur : la transmission pure des savoirs, ou la formation complète de l’enfant, jadis réservée à la famille. Mais quand cette éducation elle-même entre en conflit avec les savoirs, ou quand ces savoirs ne sont plus réellement enseignés, que faire, comme disait Lénine?


Je participais à Bruxelles, mi-février, à un colloque sur l’éducation, à l’initiative du Mathias Corvinus Collegium, une organisation d’origine hongroise. Les participants arrivant d’horizons géographiques fort divers, de l’Europe centrale aux États-Unis, il avait été convenu que l’anglais serait la langue des débats.
« Education », disent donc les Britanniques. La traduction, qui paraît évidente, est en fait fort difficile. Les Anglais ne distinguent pas ce que nous appelons « éducation » et ce que nous nommons « instruction ». Pour eux, l’education recouvre l’ensemble du teaching, aussi bien à la maison qu’à l’école. Évident ? Pas du tout.

Arrière-plan fasciste

Il faut toujours remonter à Condorcet, qui dans son Premier Mémoire explique posément que si l’instruction est du ressort de l’école, l’éducation appartient à la famille. C’était un philosophe des Lumières, qui ne concevait pas que le catholicisme perpétue le fanatisme jadis dénoncé par Voltaire. En quoi il n’avait pas tort : l’instruction publique devait équilibrer harmonieusement l’éducation familiale. Ainsi l’éducation religieuse, estimait-il, était du ressort des familles.
L’islam était alors la religion des barbaresques. On ignorait qu’elle serait plus tard celle des barbares.

Pendant tout le XIXe siècle et le début du XXe, on parla du Ministère de l’Instruction publique. Mais en 1932, sous Edouard Herriot, on débaptisa le ministère. Anatole de Monzie, le nouveau ministre, était un admirateur du Duce, qui trois ans auparavant avait institué un Ministerio dell’Educazion nazionale — et cet arrière-plan fasciste ne doit pas être négligé.
Ce socialiste proche de Marcel Déat fut cohérent par la suite, et soutint le régime de Vichy.

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C’est le cœur du débat. L’Etat doit-il éduquer la jeunesse, ou se contenter de lui transmettre les savoirs de base sans lesquels il n’est pas de pensée rationnelle ?

Ou plutôt, ce fut longtemps le problème central. C’est fini, depuis que par une combinaison de volonté égalitariste, de politique européenne anti-nations, de pédagogies constructivistes et autres fariboles, on a renoncé à transmettre des savoirs, et on ne s’occupe plus que de vagues « compétences ». L’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa, a effacé l’ambition d’arriver par la maîtrise des savoirs savants à un vrai élitisme républicain.

Interdiction de l’abaya à l’école. « La génération actuelle, devenue militante, ne vit pas l’islam comme un acquis mais comme une conquête et conteste sans retenue des règles fixées par la loi. » D.R.

La question dès lors se pose tout autrement. Dans des cervelles largement laissées en friche par le refus obstiné de transmettre des savoirs complexes, sous prétexte de « respecter » les croyances avec lesquelles nous arrivent les élèves, le vide que n’occupe plus le discours enseignant est une occasion en or pour les discours fanatiques et les superstitions absurdes : « Selon une enquête de l’Ifop auprès des 11-24 ans, un jeune Français sur six pense que la Terre est plate et un sur quatre doute de la théorie de l’évolution », notait Le Point l’année dernière. Pensez-y bien : grâce aux pédagogues qui « respectent » les opinions héritées des parents, du quartier ou des grands frères, un jeune sur quatre que vous rencontrez dans la rue pense que l’homme a été créé par Dieu il y a un peu plus de 4000 ans. Ce qui en soi serait folklorique, si d’autres Frères ne suggéraient à ces adolescents sans béquilles qu’il faut imposer ce point de vue.

Hier l’ignorance, aujourd’hui la superstition, et demain la charia.

Les ravages du pédagogisme

Des pédagogues, inspirés par Rousseau et sa croyance en une bonté naturelle, répugnent à expliquer aux enfants que l’Histoire de France n’est pas une suite de malheurs infligés par de méchants Caucasiens à de gentils Maghrébins ou d’adorables Africains — qui ne se livraient pas du tout au commerce du bois d’ébène, c’est bien connu. L’espace laissé vierge dans les cervelles est désormais rempli par des prêcheurs de haine ou de convictions niaises. Les enseignantes, quoique largement majoritaires, ne doivent pas être écoutées : les femmes n’ont-elles pas pour fonction de faire la cuisine et le plus d’enfants possible ? La discipline ne doit pas être respectée, car qui a le droit de contrarier des enfants-rois élevés comme des princes du désert ? Les filles doivent se voiler, il faut revenir sur la loi de 2004, et il faut utiliser toutes les feintes pour gagner sans cesse des territoires nouveaux, comme au jeu de go.
C’est ainsi que des offensives générales ont été lancées en septembre — dans la foulée des émeutes de juillet, qui elles-mêmes avaient une idée derrière leurs têtes creuses —, et surtout depuis début janvier, sous le prétexte fumeux d’être solidaire avec les terroristes du Hamas. Et Le Figaro de constater que les incidents se multiplient à l’université, à Lille, à Montpellier ou à Aix-Marseille. L’UNI, syndicat classé à droite (ou à l’extrême-droite, les anathèmes volent bas, ces jours-ci) a alerté la direction de la faculté lilloise, sans obtenir autre chose qu’une absence totale de réaction. Rappelons pour l’anecdote que l’université de Lille comptait Sandrine Rousseau parmi ses vice-présidents. Quant à l’UNEF, qui fait des risettes aux islamistes, elle affirme, par la voix du délégué général Arthur Sabatier : « Pour nous, ce n’est ni un phénomène, ni un sujet. Nous n’avons jamais été témoins de ces scènes et personne ne nous a jamais rapporté de faits de cet ordre. » Aveuglement ou complicité ?

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Il ne s’agit plus d’instruire, ni même d’éduquer. Il faut impérativement rééduquer — y compris les enseignants gangrenés par l’idéologie du laisser-faire. Seuls des savoirs massivement imposés peuvent contrarier des superstitions religieuses dont l’objet est la haine de la connaissance — qui contrarierait l’enseignement du Livre.
À noter que dans les cervelles d’autres jeunes déboussolés par l’absence de repères intellectuels fiables, c’est le wokisme qui pousse ses feux. La haine des corps, qui se manifeste chez les uns par des cris d’orfraie dès qu’on leur montre un tableau, se traduit chez les autres par une répugnance au contact — et une abstinence du sexe qui devrait faire réfléchir, selon l’Ifop : « Si en 2006, 87% des Français déclaraient avoir au moins un rapport sexuel ces 12 derniers mois, ils ne sont aujourd’hui que 76%. Soit « un recul sans précédent », souligne d’emblée l’institut de sondage. Les écarts sont encore plus importants chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans, parmi ceux qui ont déjà eu un rapport sexuel : 28% d’entre eux affirment ne pas avoir eu de rapport depuis un an contre seulement 5% en 2006. »
Pas grave ? Songez à votre propre jeunesse, quand vous jouissiez sans entraves d’être sous l’emprise de tel ou telle… Cette abstinence ressemble si fort à celle qu’imposent les pays musulmans tant qu’on n’est pas marié que vous feriez bien d’y réfléchir à deux fois. Mais après tout, avez-vous réfléchi quand vous avez appris que de très jeunes gens qui n’étaient pas du tout de confession musulmane faisaient le ramadan par imitation ? en tout cas le site Arab News s’en félicite hautement, une façon, selon lui, de lutter contre l’islamophobie. C’est ainsi que les contraintes les plus absurdes s’installent et se développent, dans les cervelles laissées en jachère — celles de vos enfants.

Tout le monde a compris comment est mort Alexei Navalny

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Au nord de l’Oural, dans l’Iamalo-Nénétsie d’où partent bien des gazoducs qui constituent l’une des sources de la puissance russe, Alexei Navalny est mort dans une colonie pénitentiaire surnommée « Loup polaire ». Extraction des minerais et oppression des hommes semblent résumer la Russie d’aujourd’hui.


Au portail, une inscription « Le bonheur n’est pas loin » qui rappelle celle d’un autre camp, bien plus connu. En hiver, on ne la voit pas, tout est nuit dans ce district arctique où la température est de moins 30°C. Condamné à neuf puis 19 ans d’incarcération, venu  de la prison de Vladimir fin décembre (« Je suis votre père Noel », avait-il plaisanté), Navalny a été condamné pour extrémisme, nazisme, diffamation, incitation de mineurs à des activités illégales, vandalisme motivé par la haine et même pour n’avoir pas respecté son contrôle judiciaire. Pour cause : il était alors en réanimation en Allemagne, après l’échec d’une tentative d’empoisonnement par un neurotoxique. 

Il narguait encore le juge lors d’une audience peut-être filmée la veille de son décès. 

Nier et terrifier

Trouver la cause d’une mort subite nécessite une autopsie, voire des analyses toxicologiques, mais la rétention du corps pendant plusieurs semaines suggère qu’il y a  des signes de traumatisme qu’on veut cacher. Une chaine d’informations indépendante prétend qu’une équipe du FSB, l’ancien KGB, était venue dans le camp la veille et que dès le matin les prisonniers savaient que Navalny était mort.

La réactivité des services russes fut impressionnante, comme si tout avait été préparé. Navalny meurt officiellement à 14h17, les services pénitentiaires l’annoncent à 14h19 et dès 14h23 la télévision russe déclare qu’il est mort d’une thrombose coronaire. Pur hasard, le directeur de l’administration pénitentiaire est promu au grade de colonel général le surlendemain. Autre hasard qui n’en est peut-être pas un, le décès a lieu pendant la Conférence de Sécurité de Munich, là où, il y a 17 ans, Poutine a pour la première fois attaqué l’Occident.

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La communication du Kremlin est à double détente: nier et terrifier. Cela remonte à loin. L’un des premiers opposants éliminés, oublié aujourd’hui, fut le député Sergueï Iouchenkov, qui enquêtait sur les attentats de 1999 qui avaient entrainé en Tchétchénie une guerre où Poutine s’est forgé la réputation d’homme fort. Il pensait, comme des historiens aujourd’hui, que ces attentats étaient un coup monté par les services secrets. Il fut assassiné en 2003. Les services secrets, la famille de cœur de Vladimir Poutine, dirigent toujours le pays. Certains disent qu’ils le possèdent.

Un opposant qui n’avait pas tout pour plaire à l’Occident

On a beaucoup accusé Navalny d’être un personnage peu recommandable, xénophobe et probablement antisémite. Il a été un nationaliste qui a tenu des propos outrageants sur les habitants du Caucase ou de l’Asie centrale sous prétexte qu’ils prenaient le travail des Russes en acceptant des salaires de misère. Ce discours populiste, il l’a publiquement regretté pour proposer un programme plutôt social-démocrate, mais la propagande n’en a pas tenu compte et Amnesty International l’a sorti de sa liste de prisonniers de conscience.

S’il avait gardé ses anciennes positions, Navalny aurait été un fervent partisan de la guerre contre l’Ukraine. Il en fut un adversaire déterminé. 

Son modèle était Natan Sharansky, qu’il a suivi, 40 ans plus tard, avant la Sibérie, dans la grande prison de Vladimir et dont le livre Fear no evil (Ne crains aucun mal) lui a servi de boussole morale. Sharansky a dévoilé leurs échanges dont je résume deux extraits: « Grâce à votre livre, j’ai compris qu’il y a des gens qui ont payé un prix bien plus élevé pour la défense de leurs convictions ». À quoi Sharansky répond « Je vous souhaite, même si c’est dur au niveau physique, de conserver votre liberté intérieure ». Une admiration réciproque…

Quant au bras droit de Navalny, il s’appelle Leonid Volkov et est actuellement réfugié à Vilnius. C’est un brillant informaticien qui a abandonné sa carrière pour le suivre. C’est aussi un Juif orthopraxe. 

Navalny est un homme qui, après avoir échappé de justesse à un empoisonnement, téléphone avec un aplomb incroyable à un de ses empoisonneurs et lui fait avouer son crime en public. Il retourne dans son pays en sachant qu’il y sera arrêté, et que la vengeance de Poutine sera d’autant plus impitoyable qu’il vient de le traiter de corrompu dans un film sur son palais de Sotchi.

Peu d’hommes ont choisi, en gardant leur humour comme arme, un emprisonnement dans des conditions terribles où la mort serait probablement au bout du chemin. En restant hors de Russie il savait que sa parole se dévaloriserait, mais il a surestimé son pouvoir de mobilisation des foules. Il n’y a eu que quelques centaines de personnes pour lui rendre hommage en Russie. Elles y couraient de grands risques mais il y en a eu encore moins en Occident où elles n’en couraient aucun. Poutine a gagné en endoctrinant sa population dans un mélange de peur physique, de nostalgie d’un passé mythifié, de rejet de l’étranger, de crainte du changement et d’appétence aux satisfactions matérielles. C’est la recette des dictateurs efficaces. Quant à notre sensibilité d’Occidentaux, il faut reconnaitre qu’elle est fugace pour des victimes dont le sort parait scellé, comme ce fut le cas pour les femmes iraniennes et comme ce l’est aujourd’hui pour les opposants russes. Pour parler comme Trump, qui s’est avantageusement et honteusement comparé à Navalny, celui-ci serait un « loser ». C’est surtout un homme debout, un héros de la liberté.

Source : Blog de Monsieur Prasquier

État social: chronique d’un suicide

La social-démocratie n’a plus la cote, à tel point que plusieurs auteurs en prédisent bientôt la fin. Sans doute subit-elle les assauts de ses ennemis intérieurs et extérieurs – Gafam ou États voyous – mais plus probablement se meurt-elle d’avoir organisé sa propre chute.


Lorsqu’Henry Ford monte les marches de l’Élysée en décembre 1964 pour y rencontrer le général de Gaulle, c’est bien sûr le roi de l’automobile qui se montre impressionné par son interlocuteur. Quand Elon Musk ou Mark Zuckerberg rendent visite à Emmanuel Macron, on les sent plus bravaches. En soixante ans, le rapport de forces entre l’élite économique mondiale et notre président social-démocrate, bien que maître du feu nucléaire, s’est inversé. Ainsi, en 1965, le chiffre d’affaires cumulé des cinq plus grandes sociétés de l’époque totalisait 102 milliards d’euros d’aujourd’hui. En comparaison, celui des cinq Gafam affiche 1 350 milliards, treize fois plus – des montants comparables à ceux de pays développés. Ces 1 350 milliards représentent ainsi l’ensemble des recettes de l’État français – les Gafam et notre république bénéficient donc de revenus équivalents. La comparaison s’arrête malheureusement aux encaissements, car si l’on s’intéresse aux résultats, là où la France enregistre un déficit de 125 milliards, Bill Gates et ses homologues dégagent un excédent de… 800 milliards. Quand le Trésor public dispose à un instant t de 100 milliards, les Google et consorts peuvent signer immédiatement un chèque de 900 ! De quoi détendre Mark Zuckerberg à l’idée d’échanger avec notre sympathique président (dont l’assistante a dû sans doute lui rappeler le nom, avant son rendez-vous).

Cette incroyable puissance aux mains de quelques entrepreneurs non élus justifie, au demeurant pleinement les espoirs qui ont pu être mis dans l’Union européenne. Si la France ne fait pas le poids face à eux, l’Europe aurait dû redonner du pouvoir aux social-démocraties qu’elle était censée unir. Sans avoir eu besoin du traité de Lisbonne, l’Europe a su développer les programmes Ariane et Airbus. Depuis cette époque pionnière, particulièrement sur la thématique digitale, c’est le néant ou presque. Il n’existe pas de Google européen, mais Bruxelles s’entiche de la loi RGPD pour limiter le pillage de nos données. Fidèle à sa ligne courtelinesque, l’Union ne semble présente sur le champ de bataille de l’IA que pour en exiger la réglementation urgente – sans la maîtriser. Champion du monde de la bureaucratie, voilà l’avenir radieux que nous propose Thierry Breton – pas plus élu qu’Elon Musk. Xi Jinping, Joe Biden et Kim Jong-un ne doivent pas en dormir la nuit.

Notre inquéitante naïveté numérique

Non seulement, les Gafam disposent d’une puissance financière supérieure au PIB de 80 % des pays membres de l’ONU, mais les outils qu’ils ont développés sapent, en prime, la légitimité de gouvernants obsédés par les « likes » ou les « trending topics ». Le patron de Meta possède en effet, lui aussi, une arme de destruction massive : les réseaux sociaux. Le jeune Américain se trouve à la tête de Facebook, Instagram et, depuis peu, Threads, un concurrent de Twitter. Il a offert à l’humanité la possibilité de tout partager – l’information et le savoir en théorie mais, en pratique, souvent la bêtise la plus crasse. La Silicon Valley a également plongé Homo sapiens dans le règne de l’immédiateté – un présent permanent incompatible avec toute politique tournée vers le moyen ou long terme. Les réseaux sociaux exigent des dirigeants des démocraties des mesures et des succès à court terme irréalistes, du genre « stop oil now ». L’attraction des populismes est décuplée par Facebook ou Twitter, puisque ces outils leur permettent de diffuser un discours cohérent avec leur certitude de pouvoir agir vite et efficacement : Mélenchon souhaitait ainsi taxer à 90 % les revenus supérieurs à 400 000 euros pour régler tous nos maux. Des messages simplistes qui s’épanouissent sur les fils ou les « reels » des simples d’esprit.

Ces technologies, inimaginables en 1965, offrent par ailleurs à tous les États voyous de la planète un accès direct aux populations occidentales. Jamais les Soviétiques n’auraient imaginé inonder l’Occident, en temps réel, de fausses informations. C’est un peu comme si on leur avait confié à l’époque, de temps à autre, les manettes de l’ORTF afin que le camarade Brejnev remplace Pierre Desgraupes.

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Mais Poutine, son lointain successeur, n’est pas le seul à se régaler de notre naïveté numérique. La théocratie iranienne, ses séides islamistes, ou la folle dynastie communiste nord-coréenne s’en donnent à cœur joie pour menacer les croisés capitalistes. Et encore ceux-là se sont-ils privés des moyens de la mondialisation – initiée par l’Occident honni. Le total-capitalisme chinois n’a pas commis cette erreur, ni celle de dépendre des Gafam. Il a, au contraire, banni ou censuré les réseaux sociaux américains après avoir fait émerger leurs équivalents connus désormais sous l’acronyme de Batke (ex-BATX). Ils sont à pied d’œuvre pour entamer le match Chine-États-Unis visant le contrôle de l’IA ; l’Europe, bien au chaud, assiste à la rencontre en tribune VIP, avant de reprendre le car pour l’Ehpad.

Et l’Europe, c’est la social-démocratie, avec bien sûr des différences notables entre les quatre points cardinaux du continent. Mais tous partagent l’idée d’un État-providence généreux, grand ordonnateur d’une cohabitation apaisée entre une sphère publique puissante et un marché plus réglementé qu’ailleurs dans le monde. Plus notamment qu’aux États-Unis, où l’égalitarisme et un État omnipotent n’ont jamais été des aspirations collectives légitimes. L’État français, comme ses voisins pourtant mieux gérés, se trouve ainsi engagé dans une opération de sauvetage désespérée de son modèle social. Maintenu en survie artificielle par des taux d’intérêt négligeables, mais menacé par leur remontée et une démographie déclinante, l’État-providence(dense) danse sur un volcan.

Washington peut donc envisager avec plus de sérénité que nous les défis géopolitiques à venir ou la concurrence des Gafam– auxiliaires par essence du FBI ou de la CIA. En revanche, les États-Unis partagent avec les social-démocraties européennes la menace d’une tyrannie des minorités et, singulièrement, cette fois en Europe, celles issues de l’immigration musulmane. Les diasporas chrétiennes sud-américaines qui franchissent le rio Grande prient le même dieu que le locataire de la Maison-Blanche et ils sont majoritairement descendants de colons et non de colonisés. Qui plus est, ils savent qu’ils n’auront droit sur place à aucune allocation, aucun logement, aucun soin s’ils ne trouvent pas un boulot dans les heures qui suivent leur passage de la frontière. Nous ne bénéficions malheureusement pas de ces multiples bénédictions. Aucun de nos vaillants progressistes ne semble en avoir conscience : nos concitoyens noirs sont devenus à leurs yeux des « Blacks » descendants de chimériques esclaves ; les Maghrébins, des Mexicains mangeant moins épicés. Mais tous méritent l’open bar de la protection sociale française, financée par ces (racistes) Français. Beati paupere spiritu.

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Sur les deux rives de l’Atlantique, l’équilibre entre intérêt général et droits individuels a été rompu quelque part entre 1970 et 1980. Arbitrer entre droits et devoirs,c’était jadis la définition de la politique, jusqu’à ce que cette dernière perde de vue le bien commun pour ne proposer que l’ajout de nouveaux « droits à » ad nauseam. Cette hypertrophie, déjà problématique en soi, pouvait sans doute s’entendre dans un contexte d’homogénéité culturelle et d’implicite intérêt collectif. En toile de fond de la social-démocratie, le judéo-christianisme et le message laïcisé du Christ, les droits de l’homme, dont on ne trouve nul baptiste dans l’arc arabo-musulman. Mais l’émergence du concept de communautés victimes de stigmatisation ou de racisme a introduit un niveau intermédiaire entre l’individu et le peuple, ce dernier s’effaçant progressivement au profit de l’archipel de communautés décrit par Jérôme Fourquet. Selon Bard, l’IA de Google (et faute d’équivalent européen), « l’occurrence des mots rattachables à l’islam dans les médias français a augmenté de 20 000 % entre 1965 et 2023 ». Difficile d’imaginer que cette archipélisation soit sans conséquence sur les relations entre des îlots hostiles et l’île principale, alias la majorité, le peuple historique, les Français de souche, si l’on est de droite ; la France rance, les beaufs, les racistes, les gilets jaunes si l’on est de gauche ou bobo. Ce communautarisme a rompu le contrat social.

Asile de dingues

Or, la social-démocratie a été conçue pour gérer les rapports de classes en assurant l’égalité des chances et la redistribution entre des individus disposant d’une vision de la famille ou de la nation en maints points comparables. Elle ne s’était pas fixé comme objectif la gestion d’un asile de dingues où un barbu peut prétendre être une femme, pas plus qu’elle n’était prédisposée à chasser les crèches de Noël ou à déboulonner des statues offensantes. Les nations occidentales ont depuis dix ans, au moins, des allures d’unités psychiatriques où l’on peut traiter Churchill ou de Gaulle de « fasciste » et considérer Finkielkraut, Zemmour ou Nétanyahou comme « nazis ». Cette social-démocratie déboussolée exige à présent de la majorité une solidarité sans faille, quoique toujours plus coûteuse, avec des communautés qui la détestent ouvertement, voire aspirent à la réduire à la minorité. Un statut auquel certains souchiens ne verraient aucun inconvénient : le sort actuel des juifs en Occident, ces haïssables « super blancs », devrait modérer leur enthousiasme.

Elon Musk reçu par Emmanuel Macron à l’Élysée, en marge du sommet « Choose France », Paris, 15 mai 2023. © Stephane Lemouton-Pool/Sipa

Défendre l’intérêt général impose désormais de défendre la majorité blanche et hétérosexuelle de ce pays – un crime raciste et stigmatisant. Comble de la perversion du système, le fumeux « État de droit » s’oppose sans complexe au bien commun. Il conviendrait en réalité de le requalifier d’État sans droit. Sans celui d’exécuter les OQTF ; de contrôler ses frontières ; de construire des prisons ; d’assurer le maintien de l’ordre ou d’exiger de ses magistrats qu’ils y concourent. Son seul droit est un devoir : fermer les yeux (sa gueule aussi) et payer.

Immigration ou solidarité

Michel Wieviorka nous l’avait bien dit en 2009, à l’occasion du (honteux, bien sûr) débat sur l’identité française : « L’identité nationale, c’est la Sécurité sociale. » Néanmoins, la promettre à toute l’Afrique, c’est en réalité la condamner à la faillite, donc mentir aux Africains et accessoirement trahir les Français qui la financent. C’est ce qu’ont compris les Danois : entre immigration et solidarité, il faudra choisir. Ils ont commencé à prendre de fermes mesures pour décourager les immigrés, entraînant une chute spectaculaire de 50 % des demandes d’asile entre 2021 et 2022. En France, le think tank Contribuables associés estime à 54 milliards le coût annuel de l’immigration, sans que personne ne soit capable de chiffrer celui de la fracture culturelle. Contrairement aux autres allocations et dépenses publiques, dont les réductions seront politiquement douloureuses, voilà une source d’économie consensuelle. L’adhésion des Français aux mesurettes de la dernière loi anti-immigration (70 % y sont favorables) tend à valider cette hypothèse. La social-démocratie danoise nous montre donc le premier obstacle à franchir pour espérer sauver une organisation sociale à la disparition de laquelle seuls les sots applaudiront. L’Europe de l’Ouest et du Nord a offert pendant une quarantaine d’années un havre enviable – ils ne sont pas nombreux, ici, à lorgner sur le modèle social américain, au demeurant paradisiaque si l’on est riche et bien portant. Jusqu’à ce que cette Europe décide, en se passant de toute onction du suffrage universel, de devenir une démocratie théorique, soucieuse de complaire en priorité aux minorités allogènes et à leurs défenseurs. Une social-allocratie [1] à l’avenir sombre, si elle persiste à s’autodétruire avec la même application.


[1] Copyright notre ami Jean-Baptiste Roques.

Maroc: réchauffement en vue?

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Brigitte Macron et Stéphane Séjourné nous sont présentés comme les artisans du dégel des relations diplomatiques franco-marocaines. Le ministre des Affaires étrangères se rendra dans le royaume dimanche.


Les relations franco-marocaines n’ont pas été parfaites ces dernières années, émaillées par des brouilles et des incompréhensions évitables. Il semblerait pourtant qu’un réchauffement progressif commence à se faire sentir. Ainsi, la visite des trois sœurs de Mohammed VI à Brigitte Macron est un signal faible des tentatives de rétablir cette relation historique qui a toujours été profitable aux deux parties. Dans la même optique, Stéphane Séjourné est attendu à Rabat le 25 février. Cette rencontre constituera la première entre le nouvellement nommé ministre des Affaires étrangères, qui a fort à faire sur les terrains européens, africains et moyen-orientaux, et son homologue Nasser Bourita.

Lever les incompréhensions

En jeu, le rétablissement d’un dialogue sain entre les deux pays de la façade atlantique qui pourrait éventuellement préparer le terrain à une visite d’Emmanuel Macron dans le royaume qui fêtera cette année le 25ème anniversaire du couronnement de Mohamed VI. Il se dit d’ailleurs que les deux ambassadeurs respectifs, Samira Sitaïl et Christophe Lecourtier, joueraient un rôle essentiel dans cette reprise de contact. Une reprise importante pour la France, l’Espagne étant aussi de son côté en train de tenter de lancer une nouvelle dynamique dans sa relation bilatérale avec son voisin du sud, par l’intermédiaire du Premier ministre Pedro Sánchez qui saisit notamment l’opportunité offerte par la co-organisation de la Coupe du monde 2030 de football qui verra pour la première fois certains de ses matchs être joués sur le continent africain. Une première qui constitue aussi, il faut l’admettre, un coup de maître pour la péninsule ibérique et le Maroc.

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Tout cela explique aussi sûrement l’enthousiasme de l’Élysée qui a publié sur Instagram via son compte officiel le message suivant : « Dans la continuité des relations d’amitié historique entre la France et le Royaume du Maroc, Madame Brigitte Macron a reçu Leurs Altesses Royales les Princesses Lalla Meryem, Lalla Asmaa et Lalla Hasnaa. Le Président Emmanuel Macron est venu les saluer ». Pourtant, la désignation de Stéphane Séjourné au Quai d’Orsay inquiétait les spécialistes de la question. En effet, durant son mandat européen à la tête du groupe Renaissance, certains votes du nouveau ministre avaient suscité l’incompréhension à Rabat. Stéphane Séjourné, à qui il a été demandé par l’Élysée de s’investir personnellement dans cette relation, l’a résumé en une formule lapidaire : « Il y avait des incompréhensions qui ont amené à une difficulté ». L’objectif est donc clair : lever ces incompréhensions.

Jalousies vis-à-vis d’Alger

Parmi celles-ci, des sujets hautement politiques comme la question de l’activité des séparatistes du Polisario au Sahara ou encore des liens franco-algériens perçus comme étant asymétriques. Avançant à pas feutrés sur le Sahara, Stéphane Séjourné semble vouloir promouvoir une solution diplomatique allant dans le sens des revendications du royaume chérifien pour « regagner la confiance » marocaine : « Dans le passé, on a toujours été au rendez-vous, même sur les dossiers les plus sensibles comme le Sahara occidental, où le soutien clair et constant de la France au plan d’autonomie marocain est une réalité depuis 2007 »[1].

Fragile, cette relation recouvre pourtant des enjeux de grande importance pour les deux pays que la géographie comme l’histoire ne peuvent qu’amener à converger. En phase de modernisation de sa vie économique et sociale, le Maroc prépare notamment une grande réforme de son code de la famille qui rejaillira sur le statut juridique des femmes, expliquant d’ailleurs sûrement la visite des sœurs du roi auprès de Brigitte Macron. La lutte contre le terrorisme islamiste ou encore l’immigration en provenance du Sahel demandent aussi des approches internationales dans un monde sous tension, soumis aux soubresauts militaires. Passage essentiel pour l’Afrique de l’Ouest, le Maroc est désormais incontournable dans le cadre des projets de co-développement économiques avec le continent sud mais aussi un partenaire pour la France dans ses relations avec les pays du Sahel et du CEDEAO. Aux échecs, il ne faut pas perdre un cavalier. Gageons que notre diplomatie l’a enfin compris.


[1] https://www.ouest-france.fr/medias/ouest-france/le-grand-entretien/entretien-stephane-sejourne-otan-et-europe-nous-avons-besoin-dune-deuxieme-assurance-vie-424b1356-c80a-11ee-9a26-b3fe0ec43b85

Micheline Presle ou le cinéma chevillé au corps

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Micheline Presle © Jean-Claude Moireau/Bridgeman Images

La doyenne de nos dernières grandes actrices, Micheline Presle, vient de nous quitter à l’âge de 101 ans. Elle aura eu une belle vie, et une magnifique carrière. En effet, c’est le fameux réalisateur Georg Wilhelm Pabst, celui-là même qui fit tourner Louise Brooks, qui lança Micheline Chassagne, de son vrai nom, en 1940. Sa carrière se poursuivit jusqu’en 2016 avec Je veux être actrice de Frédéric Sojcher. Elle fut la muse des plus grands réalisateurs du siècle dernier, dont Autant-Lara, dans son chef-d’œuvre: Le diable au corps, d’après le roman de Raymond Radiguet. Elle fit également quelques incursions dans le cinéma d’auteur, avec notamment Paul Vecchiali. Micheline était sur tous les fronts, boulimique de son art. Cependant, dans le cœur des français, elle restera à jamais Eve, le délicieux personnage du non moins délicieux feuilleton : Les saintes chéries, si symbolique des Trente Glorieuses. Enfin, nous ne résistons pas au plaisir de citer Jean Gabin : « Quand on te regarde, on te pardonne tout », lui avait-il dit. Pour célébrer son centenaire, en septembre 2022, votre magazine préféré lui avait consacré un portrait. En hommage à Madame Presle, nous le rediffusons ce matin.


La doyenne du cinéma français a traversé le XXe siècle sur les planches et devant les caméras, en alternant les rôles comiques et tragiques. Une carrière guidée par une bonne étoile. Le 22 août, Micheline Presle a eu 100 ans. Danielle Darrieux et Michèle Morgan disparues, elle est désormais la doyenne du cinéma français. Lui rendre hommage me tenait à cœur pour deux raisons : la première, très personnelle, est que ma grand-mère lui ressemblait beaucoup ; l’autre, plus sérieuse, est qu’elle a toujours été une actrice atypique. Micheline Presle a dû en effet se trouver une place entre ses deux illustres contemporaines, entre l’aura quasi hitchcockienne de Michèle Morgan et l’estampille « qualité France » de Danielle Darrieux. De quoi la rendre intéressante. Elle a toujours brouillé les pistes, totalement libre, refusant même un premier rôle dans un film de Clouzot – qui n’a pas vu le jour –, pour partir en vacances. Tour à tour tragique et drôle, elle a su exploiter à merveille sa vis comica dans Les Saintes Chéries, délicieux feuilleton des années soixante de Nicole de Buron, où elle campe Ève, une mère de famille un peu fofolle, aux côtés de Daniel Gélin, nonchalant et désabusé à souhait. Elle gagne alors, sur le tard, le statut d’actrice populaire, de celles qui rassurent et rendent la vie plus légère. On ne sait comment germe l’idée de devenir actrice dans la tête des jeunes filles de bonne famille. Chez les bonnes sœurs, la petite Micheline Chassagne a été le trublion de service : « Chassagne, vous finirez sur les planches ! » lui jette un jour au visage une religieuse qui ne croyait pas si bien dire.

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Elle débute au cinéma à 16 ans, dans Jeunes filles en détresse, avec Pabst, celui-là même qui avait lancé Louise Brooks avec Loulou. Dans « Gros Plan », un portrait que lui consacre la télévision en 1958, elle raconte avec désinvolture avoir eu beaucoup de chance au début de sa carrière, chance qu’elle a accueillie avec candeur, sans se poser trop de questions. « Et puis la chance s’est lassée », dit-elle. En effet, à la fin des années cinquante, alors que s’amorce la Nouvelle Vague, il n’est pas de bon ton d’employer des actrices d’avant-guerre. Mais un bon génie, honni de cette Nouvelle Vague, croise sa route, c’est Claude Autant-Lara. Le réalisateur la consacre « vedette du moment » avec Le Diable au corps, d’après l’admirable roman de Raymond Radiguet. Elle y incarne Marthe, une jeune mariée qui file le parfait amour avec un jeune lycéen, le temps d’une guerre. Elle y est merveilleuse de grâce et de gravité. Avec Gérard Philipe, ils forment un couple sidérant de beauté et de tragique contenu. On retrouve dans ce film toutes les qualités de jeu de Mademoiselle Presle : son sens de la retenue et de la frivolité, avec toujours cette ombre de mélancolie dans son beau regard vif. À 100 ans, dont soixante-quinze passés sur les planches et autant sur les plateaux de cinéma (124 films !), ce regard n’a pas changé. « Regardez ce que vous me faites faire ! À cause de vous j’ai retiré mon chapeau ! » Cette réplique du Diable au corps, qui s’adresse à Gérard Philipe alors que commencent leurs amours condamnées, résume à elle seule la personnalité de cette actrice singulière.

Contrôle de l’opinion: c’était plus simple du temps de l’ORTF!

Alors que l’époque est marquée par une américanisation des débats et que fleurissent sur Internet des fake news, l’information demeure une ressource capitale, et un terrain d’affrontements où le pluralisme est davantage garanti par le choix offert aux téléspectateurs que par des règles de représentativité inapplicables – car ne tenant plus compte des réalités idéologiques.


Qu’est-ce que le « pluralisme » ? Notion molle, le « pluralisme » revient constamment sur le devant de la scène. Véritable mantra de la vie politico-médiatique, et pas seulement, le pluralisme semble l’horizon indépassable des sociétés plurielles. Mais qu’entend-on par-là exactement ? En saisissant la justice administrative à propos de la chaîne CNews en 2022, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a ouvert un débat qui risque peut-être de lui échapper.


En novembre 2021, RSF demandait à ce qui était alors le CSA (devenu Arcom en janvier 2022) de mettre en demeure CNews sur le fondement de la loi du 30 septembre 1986 portant sur la liberté de communication. Ce texte détermine que les chaînes de télévision doivent « assurer l’honnêteté, le pluralisme et l’indépendance de l’information ». Le bureau exécutif de RSF estimait alors que le CSA-Arcom devait obliger CNews à respecter ses « obligations légales » et que la chaîne n’était désormais plus un média d’information mais d’opinion. L’Arcom ayant refusé, RSF a saisi le Conseil d’État qui s’est finalement prononcé sur les principes du contrôle exercé par l’Arcom en la matière.

Le cadeau empoisonné du Conseil d’État à l’Arcom

Rendue mardi 13 février, la décision du Conseil d’Etat présente une interprétation discutée et discutable de la loi de 1986, puisque la haute autorité administrative a ordonné à l’Arcom de « réexaminer dans un délai de six mois le respect par la chaîne CNews de ses obligations ». L’innovation de la décision tient dans les critères choisis par le juge administratif pour qualifier « la diversité des courants de pensée et d’opinions ». Alors que l’Arcom ne décompte que le temps de paroles des personnalités politiques de métier, le Conseil d’Etat a affirmé que le contrôle du respect du pluralisme devait aussi s’appliquer aux « chroniqueurs, animateurs et invités » des émissions.

Sont notamment visées en filigrane des personnalités telles qu’Éric Zemmour, qui avait tardé à se déclarer candidat à la présidentielle à l’automne 2021, ou encore Philippe de Villiers désormais retraité de la politique et reconverti comme chroniqueur. Mais alors, pourquoi ne viser que CNews ? Roselyne Bachelot occupe sur BFMTV une position similaire à celle de Philippe de Villiers, par exemple, sans que grand monde ne s’en émeuve. En outre, les positions politiques peuvent évoluer avec le temps. Jacques Toubon était un homme de droite affirmé dans les années 1980, souvent directement confronté à un Julien Dray sorti du Parti socialiste et qui a glissé vers le centre au fil du temps.

Débat du jour: pourra-t-on encore débattre demain ?

De même, s’il est aisé de déterminer la sensibilité des politiques de métier, puisqu’ils sont encartés, il n’en est absolument pas de même avec les chroniqueurs et journalistes. A fortiori de nos jours, où les sujets transversaux sont légion et écartèlent le champ politique. Qui est aujourd’hui d’une gauche ou d’une droite chimiquement pures ? Qui peut dire s’il y a des points de vue de « droite » et de « gauche » parfaitement identifiables sur des questions aussi sensibles que l’écologie, les relations internationales, les mœurs ou l’économie ? Les sociétés liquides créent des cercles idéologiques rhizomatiques qui se croisent. Il est tout à fait possible d’être très à droite sur les questions d’immigration et aligné avec Raphaël Glucksman en affaires internationales. De la même manière, des partisans de la décroissance économique et écologique peuvent être de parfaits conservateurs de droite sur tous les autres sujets.

L’authentique pluralisme de 2024 ne correspond absolument plus aux critères des années 1980, désormais parfaitement anachroniques. Le Conseil d’Etat a ouvert une boite de Pandore qui pourrait entrainer une reconfiguration majeure des médias audiovisuels classiques et profiter aux plateformes numériques. Car, CNews est en effet une chaine d’information présentant une sensibilité plus proche de la « droite », comme France Inter est un média d’information du service public dont la majorité des chroniqueurs sont plus proches de la « gauche ».

L’apparition des réseaux sociaux et l’américanisation progressive du débat public, lui-même radicalisé lors de la campagne présidentielle de 2016 ayant opposé Donald Trump à Hillary Clinton, ont créé des bulles informationnelles asymétriques. L’information n’est plus un monopole d’Etat comme du temps de l’ORTF, mais bien une ressource capitale et un terrain d’affrontements où le pluralisme est garanti par le choix offert aux téléspectateurs plus que par des règles de représentativité inapplicables, car ne tenant plus compte des réalités. Le seul sujet valable qui devrait concerner les autorités en la matière est la lutte contre les fausses informations et la rétention d’informations. La composition des plateaux est du ressort des patrons de chaines et des programmateurs dans une société libérale, hors politiques de métier.

Une défaite du Hamas à Gaza serait une défaite de l’islamisme pour tout le monde

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Les chancelleries occidentales ont beau émettre dernièrement des doutes quant aux dernières actions de Tsahal à Gaza, elles savent très bien qu’Israël fait le sale boulot. L’analyse de Liliane Messika.


Pendant que les dirigeants occidentaux font du crowdfunding de suffrages, Israël continue de se poser en rempart de notre civilisation devant la barbarie des ennemis auxquels ils font les yeux doux.

Les méchants sont ceux qui sauvent les otages et fournissent l’électricité

Deux cent mille manifestants pro-Hamas à Londres, ça a dû faire jaunir de jalousie les compañeros amateurs de « Judios no Pasaran ! » En France, nous sommes plus modérés : le soutien à l’agressé israélien s’est fait du bout des lèvres et l’entrain des supporters de l’équipe Shoah – 2 est plutôt mou dans la population générale.

Pendant ce temps, sur le terrain, les Forces de défense israéliennes avancent au sud de la Bande de Gaza et divulguent de nouvelles preuves de la bestialité du Hamas.

« Les Israéliens ne respectent rien, ils attaquent même les hôpitaux » scandent les Bisounours noctambules[1]. En Lisa Macheiner (coordinatrice de projet de Médecins sans frontières à Gaza) dans le texte : « Les hôpitaux devraient être considérés comme des lieux sûrs et ne devraient jamais avoir à être évacués »[2]

De fait, sans cesser de traquer les terroristes qui opèrent depuis l’intérieur de l’hôpital Nasser à Khan Younis, Tsahal a fourni, le 16 février, de la nourriture, du carburant et de l’eau à cet hôpital, ainsi qu’un générateur alternatif pour assurer son alimentation électrique en attendant que son propre générateur soit réparé[3].

Le porte-parole de l’armée, Daniel Hagari, a déclaré que les troupes y avaient également trouvé des explosifs, des grenades et des mortiers et que, au mois de janvier, une roquette avait été tirée depuis l’intérieur de l’établissement hospitalier. Les Israéliens y ont aussi mis à jour une salle de commandement, un complexe de renseignements et d’interrogatoires et un poste de police.[4]

À l’appui, ils ont diffusé des images de l’interrogatoire d’un agent du Hamas capturé, avouant que 10 otages minimum avaient été détenus dans l’enceinte de l’hôpital[5].

Le porte-parole a rappelé les découvertes dans les hôpitaux al-Shifa, Rantisi, et al-Amal, qui font de l’hôpital Nasser une énième preuve que « le Hamas utilise systématiquement les hôpitaux comme plaques tournantes du terrorisme. … Selon les évaluations des services de renseignement et les informations que nous avons recueillies sur le terrain, plus de 85 % des principaux établissements médicaux de Gaza ont été utilisés par le Hamas pour des opérations terroristes. [6] » 

Les deux photos ci-dessous légendent en blanc, les installations médicales et en rouge, les installations militaires qui se partageaient l’hôpital de Khan Younis[7].



Tartarin se fâchera si les médicaments n’arrivent pas à leurs destinataires

En fouillant l’hôpital Nasser, les soldats israéliens n’ont pas trouvé que des armes, mais aussi des médicaments. Dans un hôpital, cela n’a rien d’anormal, sauf que ceux-là portaient des étiquettes aux noms des otages.

Ces médicaments, plusieurs dizaines de caisses, provenaient soit du stock envoyé par les proches d’otages kidnappés au kibboutz Nir Oz,[8] soit de la fourniture de la France via le Qatar : « L’origine des médicaments et leur utilisation font l’objet d’une enquête », a expliqué le porte-parole de Tsahal.

On n’a pas oublié l’engagement de notre ministre des Affaires étrangères : « la non-délivrance de ces médicaments pourrait avoir de « graves conséquences »[9]. La non précision sur le type de preuves de délivrance attendues et des « graves conséquences » lui laisse une large marge de manœuvre pour plaider la responsabilité sans culpabilité (ou vice versa), mais c’est silence radio après la découverte des médicaments non livrés.

Pinocchio prétend vouloir diriger les non-opérations sur le terrain

Israël ne doit pas lancer d’opération militaire à Rafah, sans un plan « crédible » de protection des civils, a expliqué le stratège Joe Biden à Benjamin Netanyahu, le 11 février 2024[10].

A lire aussi: Le Quai d’Orsay et la rue arabe

Côté égyptien, la frontière avec Gaza a été lourdement fortifiée par des murs de béton en surface et en sous-sol et par une zone tampon de 5 kilomètres de large. L’Égypte a aussi menacé de suspendre son traité de paix avec Israël si des troupes israéliennes entraient dans Rafah.

Les Palestinolâtres qui s’imaginent voir là une défense des intérêts de leurs mascottes se trompent lourdement. Si le blocus est plus rigoureux du côté égyptien qu’israélien, c’est parce que le raïs Abdel Fattah al-Sissi, instruit par l’expérience et insensible à l’opinion des Gentils Organisateurs occidentaux de manifs, applique une politique zéro-Palestinien de son côté du poste frontière de Rafah. Les fortifications en témoignent.

Biden n’est pas dupe, il sait bien que ses menaces n’empêcheront pas Netanyahou de poursuivre sa guerre d’éradication du Hamas. Cette offensive a, d’ailleurs, permis à Israël de libérer deux otages à Rafah même, le lendemain de la déclaration de Biden.

Cet  appel ne s’adressait, en réalité pas à Israël, mais à la gauche de la gauche du parti démocrate, qui est à la démocratie américaine ce que LFI est à la française : un fossoyeur.

Le président américain a raison de prendre au sérieux les agitatrices Rashida Tlaib, Ilhan Omar et leurs copines en hidjab, car il a son Saint-Denis, qui se nomme Dearborn, dans son 93, alias le Michigan. Le 5 février 2024, le maire de la riante cité de Dearborn, Abdullah Hammoud, a organisé un rassemblement pour la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.

On y a entendu le président être traité de « cancer dans notre pays »…

… et une promesse de victoire, « ici à Washington et là-bas en Palestine ».

Biden sait très bien ce que veut dire le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », du fleuve à la mer, la Palestine sera libérée. Traduction US : « From New York to San Francisco, Islamerica will be free », ce qui donne en français « De Calais à Marseille, la France sera décolonisée. »

Dans l’espoir d’éviter cela, au moins pendant la durée de son mandat, Biden fait comme Macron : des caresses aux dictateurs ennemis en présentiel et des menaces aux alliés objectifs démocratiques en distanciel.

Angélisme

Les Israéliens ont longtemps voulu croire que s’ils étaient très très gentils avec leurs ennemis, ceux-ci leur pardonneraient d’exister. Cette illusion n’a pas dépassé le 7 octobre : elle ne peut perdurer que dans les pays européens où la force n’a pas encore anéanti une part suffisante de la population.

« L’endiguement et la retenue au fil du temps traduisent une aversion à l’usage de la force, mais dans une région où la culture politique valorise l’usage de la force, ce comportement est vu comme une faiblesse.[11] » Cette analyse est celle du Professeur Efraïm Inbar, président de l’Institut d’Études sur la Sécurité et les Stratégies de Jérusalem (JISS). Cela dit, point n’est besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que la grenouille n’a aucune chance contre le scorpion, si elle l’autorise à monter sur son dos.

Les Français en sont conscients. Leurs dirigeants probablement aussi, mais ils préfèrent passer pour les gentils aux yeux de la gauche, qu’avoir raison avec Aron. Combien de professeurs le paieront de leur vie, combien de Français s’exileront pour ne plus en subir les conséquences ? Vous le saurez, chers lecteurs, en regardant les résultats des élections européennes le 9 juin prochain.

Zohra Bitan Une Grande Gueule made in France

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[1] Ben oui, Nuit Debout !
[2] www.voanews.com/a/health-officials-report-israeli-attack-on-khan-younis-hospital/7488543.html
[3] www.timesofisrael.com/special-forces-searching-khan-younis-hospital-detain-over-100-terror-suspects-idf-says/
[4] www.timesofisrael.com/troops-raid-khan-younis-hospital-in-hunt-for-remains-of-hostages/
[5] Vidéo : https://twitter.com/i/status/1758211603252531216
[6] www.jpost.com/israel-hamas-war/article-787106
[7] https://twitter.com/cogatonline/status/1758453020910670007
[8] www.timesofisrael.com/medicines-for-hostages-found-in-gaza-hospital-sent-privately-by-families-report
[9] www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/israel-gaza-la-france-veut-que-les-medicaments-pour-les-otages-soient-traces-2074459
[10] www.pbs.org/newshour/world/biden-tells-israel-not-to-send-troops-into-rafah-without-credible-plan-to-protect-civilians
[11] https://mabatim.info/2024/02/18/israel-laveuglement-de-la-politique-de-retenue/#more-28676

Le paysage médiatique rêvé par le directeur de Reporters sans Frontières existe déjà en Belgique!

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Le paysage médiatique fantasmé par Christophe Deloire, directeur de Reporters sans Frontières et garde-chiourme du politiquement admis, existe déjà aux frontières de l’Hexagone : en Belgique francophone, le petit milieu qui s’accapare les plateaux télévisés, les radios et les colonnes des gazettes, pense exactement la même chose sur à peu près tous les sujets. La nuance déjà est d’extrême droite. Et donc interdite. 


Un « débat » ressemble à peu près à ceci sur la RTBF (radio-télévision publique) ou sur RTL (chaîne privée) : autour d’un animateur mielleux et complaisant, parlementent le président du Parti socialiste, son homologue libéral (adepte du « en même temps » : un coup au centre-gauche, pour ne pas fâcher ses partenaires de coalition, un coup au centre-droit, c’est-à-dire aux confins du fascisme), un « centriste engagé » (catégorie politique qui existe bel et bien en Wallonie !), une néo-féministe également écolo-islamo-wokiste et un journaliste progressiste. Parfois, le ton monte, pour « montrer sa différence » qui n’existe que dans cet éphémère éclat de voix. 

Tous ronronnent leur progressisme, leur tropisme immigrationniste, leur préoccupation pour la planète, leur amour de la diversité, leurs critiques plus ou moins larvées envers Israël quand il ne s’agit pas de leur complaisance pour le Hamas, et, par-dessus tout (le combat des combats), leur crainte de voir l’extrême droite rompre les digues qui l’isolent du monde fréquentable. Tous gouverneront ensemble dans une coalition multipartite, y compris le journaliste qui finira, pour respecter une tradition belge, par rejoindre le parti traditionnel le plus offrant. 

A lire aussi, Gabriel Robin : Contrôle de l’opinion: c’était plus simple du temps de l’ORTF!

En revanche, en raison du sacro-saint cordon sanitaire, vous ne verrez, ni n’entendrez, ni ne lirez, dans les médias, des personnalités comme Drieu Godefridi, intellectuel francophone, Alain Destexhe, auteur d’essais et ancien élu libéral-conservateur qui a lancé sa formation en 2019 avant de se retirer de la politique active, Jérôme Munier, président du parti Chez Nous, ou moi-même. J’ose croire, avec un brin d’immodestie, que nous avons chacun de quoi élever le niveau de la discussion avec nos spécificités, nos intelligences, notre verve, parfois notre humour, et, surtout, notre son de cloche qui risquerait de réveiller les bien-pensants. 

La conséquence, quand tous les bretteurs sont acquis aux mêmes idées, est la baisse en qualité du débat, dénué de fulgurances, d’éloquence, de culture. La bêtise y règne en souveraine. Le nivellement se fait par le très bas et le consensus. Les invités, entend-on souvent chez l’homme de la rue, sont « toujours les mêmes ». Et quand on est un citoyen, il vaut forcément mieux, pour avoir l’oreille des journalistes, être clandestin, casseur antifa, se sentir discriminé, ou créer la gare de Mons avec des allumettes (à défaut que le vraie soit terminée), que se revendiquer patriote, conservateur ou populiste.

A lire aussi, Sabine Prokhoris: Polanski: Vampire, vous avez dit vampire?

Tout le petit monde acquis au politiquement correct s’étonne de la baisse des audiences et du désintérêt du grand public, mais n’a pas à s’en inquiéter. C’est que les médias sont grassement subventionnés : rien que la RTBF mobilise 300 millions d’argent public chaque année. Le nouveau-venu LN24, chaîne d’information en continu, préfère se contenter d’audiences catastrophiques et de finances peu reluisantes, qu’oser la pluralité et être un CNews à la belge.

Au bout du compte, dans ce monde où Saint-Just aurait triomphé de Voltaire, il demeure une impression de vivre dans une tyrannie de la pensée unique, avec ses ordonnateurs et ses petits flics hyperactifs sur les réseaux sociaux, chassant tous en meute, et surjouant leurs fausses indignations pour ne pas être, à leur tour, victimes de la curée. Et pour les mal-pensants, une impression, en guise de consolation, celle d’être des belluaires des temps modernes.

Il n’y a pas que le grand remplacement dans la vie

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La droite nationale ou patriote, obnubilée par la question migratoire, doit rapidement se pencher sur les autres problèmes de la jeunesse française, paupérisée et en proie à des injonctions contradictoires dingues et vertigineuses.


La droite patriote, toutes étiquettes confondues, a fait le plein sur l’immigration. Le message est passé : les Français qui devaient comprendre ont compris, les autres ne sont pas encore prêts ou ne le seront jamais. 

Le grand déclassement

Il est temps de rajouter une autre corde à son arc et de parler à d’autres Français, ceux qui sont touchés de plein fouet par le déclassement social et par le mal-être émotionnel.  Personne ne leur parle vraiment à ces Français, jeunes souvent, qui voient le monde se retourner contre eux pour les broyer. Petits-fils de boomers, ils sont nés vingt ans trop tard. Ils ont beau avoir des diplômes, ils n’ont décidément pas le même pouvoir d’achat que leurs parents. Ils ont le plus grand mal à se loger, certains ont même du mal à se nourrir correctement : ils gagnent leur vie certes mais pas assez pour manger une nourriture saine, s’acheter des fruits et des légumes. Certains sont BAC+4 ou BAC+5, mais ils occupent des emplois inutiles où ils n’ont aucune marge de manœuvre. Ils ont beau être cadres intermédiaires ou cadres supérieurs, ils sont pieds et poings liés par le CRM et la « compliance » qui en font de simples exécutants. On leur a dit qu’ils seraient une élite s’ils travaillaient beaucoup et bien, et ils se retrouvent, la trentaine passée, en train de remplir des questionnaires d’évaluation 360°.

Ils participent d’un moment incroyable de notre civilisation : ces hommes et ces femmes peuvent changer de sexe, ils peuvent échanger des nudes avec des inconnus, mais ils n’auront probablement pas de quoi s’acheter un appartement. Ils ont beau étudier, ils n’auront pas accès à la classe moyenne. Classe moyenne qui disparaît au passage, ouvrant la voie devant une France où ne subsisteront plus que les gagnants et les perdants. Autre définition du tiers-monde. Sauf que notre tiers-monde à nous n’a que le mot jouissance à la bouche, une jouissance impossible sans argent et sans carrière véritable.

Génération Prozac

De quoi devenir dingue. Et ils sont en train de le devenir. L’épidémie de la dépression est là mais personne ne veut la voir en face, car elle inflige un terrible camouflet à notre époque qui rend les gens malheureux. Les dépressions commencent de plus en plus tôt, même des enfants en souffrent maintenant. Même des enfants se suicident. Notre société va mal. Elle souffre d’un problème mental inédit : l’effondrement des défenses mentales qui rendaient la vie acceptable, voire désirable, à nos parents et grands-parents. 

A lire aussi, François-Xavier Bellamy: «La crise rurale est liée à une idéologie de la décroissance» 

Nous vivons un grand massacre. Les femmes sont laminées par les injonctions contradictoires. Elles doivent s’amuser à fond et réussir professionnellement. Elles doivent être « faciles » et dominer les hommes. Elles doivent multiplier les partenaires et vivre intensément le grand amour. Elles doivent être « bonnes » et cesser de s’épiler. Elles doivent être « girly » et agressives. Leurs ancêtres ne devaient pas résoudre une équation aussi compliquée. Elles vivaient leur féminité tout simplement, elles pouvaient compter sur les hommes pour cela.

À partir de cette ligne, Sandrine Rousseau arrête de lire

Or, les hommes aujourd’hui tombent comme les poilus dans la Somme, sous le coup d’un gaz moutarde d’un genre nouveau. Le venin est hormonal désormais : ils doivent être des hommes déconstruits, fragiles et niais, mais on attend d’eux qu’ils aient le charisme du mâle alpha. Ils doivent réussir dans la vie mais on leur interdit les vertus viriles comme l’ambition et l’honneur. Ils apprennent à faire l’amour en regardant des viols nommés films pornos, mais le spectre d’un #metoo les poursuivra tant qu’ils auront une vie sexuelle actuelle. On leur parle d’égalité homme-femme mais ils voient bien que leur parole ne vaut rien face à une femme qui les accuse sauf s’ils sont ministres ou trafiquants de drogue. Dans les deux cas, les femmes supposément battues ou molestées se rétractent et les magistrats s’abstiennent. Enfin, ils sont inutiles à leurs femmes qu’ils sont incapables de défendre contre les agressions, par manque de vigueur physique mais aussi parce que les magistrats ne supportent pas la légitime défense : aux yeux d’un juge, il vaut mieux être mort que traduit en justice pour avoir tué son assaillant.

La crise culturelle

Les deux, hommes et femmes, sont privés de culture. Hanouna a remplacé Pivot. Il n’y a plus de transmission. Les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un pays neuf, né de la dernière pluie. Ils sont privés des nourritures spirituelles de leurs ancêtres, ils ne trouvent plus la sérénité en regardant les paysages de leur beau pays, ils ne ressentent plus l’impression douce et consolante d’être chez-soi quand ils marchent à l’ombre des monuments. Ils sont largués dans le monde comme des enfants abandonnés dans un orphelinat soviétique. Comment peuvent-ils être heureux ?

Tout, absolument tout, peut les terrasser car ils sont creux et secs. Ils sont à jeun de tout ce qui importe, de tout ce qui rend fort.

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Il n’y a pas que le grand remplacement dans la vie. Il y a aussi le grand désenchantement, mélange du grand déclassement et du grand effondrement mental. En ressort une tristesse immense qui peut être un ingrédient politique de premier plan pour la conquête du pouvoir.

Ces jeunes qui souffrent ne connaissent des idées patriotes que la lutte identitaire et la souveraineté. Or, leur identité est la souffrance elle-même. Et la souveraineté est une notion exotique à leurs yeux, sachant qu’ils ne sont même pas souverains d’eux-mêmes.

La plupart ne vote probablement pas. Certains font n’importe quoi comme voter LFI ou écologistes : ils donnent des coups de poing dans le vide. Inutiles de leur en tenir rigueur, ils ont besoin d’empathie et de douceur.

Il n’y a aucune fatalité. Ils rejoindront le camp patriote le jour où il les convaincra que leur cause est entendue. Leur cause personnelle, égoïste et intime, pas la cause française.

Un bon point de départ pour se rapprocher de cet univers souterrain qui forme la musique de fond de notre société est de lire Marion Messina. Son roman Faux Départ rend compte avec brio de la détresse d’une jeune Grenobloise anéantie, en quelques mois, par une université en faillite et un marché du travail inhumain.

Faux départ

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Exit Alfred Eibel

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Alfred Eibel © Louis Monnier / Bridgeman Images

Le critique littéraire, cinéphile et éditeur nous a quittés à l’âge de 91 ans.


Triste nouvelle, Alfred Eibel est mort. Né à Vienne en 1932 – il se souvenait de l’Anschluss et de l’entrée d’Adolf Hitler dans sa ville – il avait vécu en Belgique, où il avait étudié au prestigieux Collège Cardinal Mercier. L’homme était charmant, immensément cultivé et d’une merveilleuse bienveillance pour ses cadets – j’en sais quelque chose pour avoir lu quelques lignes généreuses sur certains de mes livres. Je l’avais rencontré à une signature de Radio Courtoisie : j’avais été présenté par Michel Mourlet, sésame parfait, et nous avions immédiatement noué un lien. Il avait fréquenté Ernst Jünger et Fritz Lang, Arno Breker et Leni Riefenstahl (ce qu’il disait avec un sourire délicieusement ambigu), Gregor von Rezzori. Un temps éditeur à Lausanne (il dilapida ainsi un semblant de fortune), il publia Fernando Pessoa (le premier, me dit Jérôme Leroy, qui m’apprend sa mort), Jean-Pierre Martinet, Kenneth White… Critique littéraire, il écrivit dans Le Quotidien de Paris, les Nouvelles littéraires, les Lettres Françaises, le Figaro, Le Magazine littéraire, et aussi dans Matulu, la Revue littéraire, Polar, Service littéraire

A lire aussi : Fernando Pessoa ou l’inconfort intellectuel

Voici ce que j’écrivais il y a deux ans à propos de ses Souvenirs viennois:

Né en 1932 à Vienne d’un père officier tôt disparu et d’une mère austro-hongroise, Alfred Eibel est une figure attachante de la vie littéraire qui a traîné ses bottes de Bruxelles à Hollywood, de Prague à Zürich. L’homme a fréquenté bien du monde : Fritz Lang et Kenneth White, Léo Malet et Etiemble, Gregor von Rezzori et Gabriel Matzneff (qu’il a édité, avec quelques autres, dont Gérard Guégan et Pol Vandromme). Il connaît sur le bout des doigts le cinéma européen, la littérature chinoise et l’opéra autrichien. De père catholique, il a connu, après l’Anschluss, l’exil en Belgique avec son beau-père juif. Il est sans doute l’un des rares écrivains français d’aujourd’hui à avoir vu passer Hitler dans la Vienne de 1938 et à avoir entendu les stukas mitrailler les foules de l’exode en 1940. Alfred Eibel est un personnage de légende.
Voilà qu’il nous livre ses Souvenirs viennois par le truchement d’un joli ouvrage à la nostalgie ironique, car l’homme n’est jamais dupe. « En naissant à Vienne, écrit-il, j’ai vu le jour sur une zone sismique qui m’a fait penser à chaque instant à la disparition définitive du passé, à l’exemple de l’Atlantide ». C’est justement cette cité engloutie qu’il évoque par tableautins : la Vienne des années 50, qui lui sert de marchepied pour nous replonger, par fines allusions, dans celle de la Double Monarchie. Jonglant, non sans un zeste de perversité, entre kitsch et retour du refoulé, Alfred Eibel ressuscite la pension Operning, où il descendait naguère, avec ses naufragés de toutes sortes : rescapés des camps au sourire poli, émigrés revenus des Amériques et tous ces « accourus », Berlinois qui ont quitté leur ville rasée pour se faire oublier. Aux tables des grands cafés viennois, le Sacher, le Central ou le Mozart, il croise requins et margoulins, espions (nous sommes bien dans la Vienne du Troisième Hommeder Dritte Mann), mélomanes et cinéastes. La Vienne d’Alfred Eibel se révèle une ville à l’insouciance surjouée, qui tente de refouler les horreurs d’un passé récent ; il en rend avec brio l’atmosphère ambiguë et parfois frelatée.

Que la terre vous soit légère, cher Alfred Eibel !

Les nobles voyageurs: Journal de lectures

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Souvenirs viennois (Littérature)

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Fritz Lang: Ou le dernier bond du tigre (KLINCKSIECK HO)

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Instruction, éducation et… rééducation

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Instruction ou éducation ? La dénomination même du ministère de la rue de Grenelle, jadis Instruction publique puis Éducation, montre l’hésitation française entre deux conceptions que tout oppose, explique notre chroniqueur : la transmission pure des savoirs, ou la formation complète de l’enfant, jadis réservée à la famille. Mais quand cette éducation elle-même entre en conflit avec les savoirs, ou quand ces savoirs ne sont plus réellement enseignés, que faire, comme disait Lénine?


Je participais à Bruxelles, mi-février, à un colloque sur l’éducation, à l’initiative du Mathias Corvinus Collegium, une organisation d’origine hongroise. Les participants arrivant d’horizons géographiques fort divers, de l’Europe centrale aux États-Unis, il avait été convenu que l’anglais serait la langue des débats.
« Education », disent donc les Britanniques. La traduction, qui paraît évidente, est en fait fort difficile. Les Anglais ne distinguent pas ce que nous appelons « éducation » et ce que nous nommons « instruction ». Pour eux, l’education recouvre l’ensemble du teaching, aussi bien à la maison qu’à l’école. Évident ? Pas du tout.

Arrière-plan fasciste

Il faut toujours remonter à Condorcet, qui dans son Premier Mémoire explique posément que si l’instruction est du ressort de l’école, l’éducation appartient à la famille. C’était un philosophe des Lumières, qui ne concevait pas que le catholicisme perpétue le fanatisme jadis dénoncé par Voltaire. En quoi il n’avait pas tort : l’instruction publique devait équilibrer harmonieusement l’éducation familiale. Ainsi l’éducation religieuse, estimait-il, était du ressort des familles.
L’islam était alors la religion des barbaresques. On ignorait qu’elle serait plus tard celle des barbares.

Pendant tout le XIXe siècle et le début du XXe, on parla du Ministère de l’Instruction publique. Mais en 1932, sous Edouard Herriot, on débaptisa le ministère. Anatole de Monzie, le nouveau ministre, était un admirateur du Duce, qui trois ans auparavant avait institué un Ministerio dell’Educazion nazionale — et cet arrière-plan fasciste ne doit pas être négligé.
Ce socialiste proche de Marcel Déat fut cohérent par la suite, et soutint le régime de Vichy.

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C’est le cœur du débat. L’Etat doit-il éduquer la jeunesse, ou se contenter de lui transmettre les savoirs de base sans lesquels il n’est pas de pensée rationnelle ?

Ou plutôt, ce fut longtemps le problème central. C’est fini, depuis que par une combinaison de volonté égalitariste, de politique européenne anti-nations, de pédagogies constructivistes et autres fariboles, on a renoncé à transmettre des savoirs, et on ne s’occupe plus que de vagues « compétences ». L’enseignement de l’ignorance, comme dit Jean-Claude Michéa, a effacé l’ambition d’arriver par la maîtrise des savoirs savants à un vrai élitisme républicain.

Interdiction de l’abaya à l’école. « La génération actuelle, devenue militante, ne vit pas l’islam comme un acquis mais comme une conquête et conteste sans retenue des règles fixées par la loi. » D.R.

La question dès lors se pose tout autrement. Dans des cervelles largement laissées en friche par le refus obstiné de transmettre des savoirs complexes, sous prétexte de « respecter » les croyances avec lesquelles nous arrivent les élèves, le vide que n’occupe plus le discours enseignant est une occasion en or pour les discours fanatiques et les superstitions absurdes : « Selon une enquête de l’Ifop auprès des 11-24 ans, un jeune Français sur six pense que la Terre est plate et un sur quatre doute de la théorie de l’évolution », notait Le Point l’année dernière. Pensez-y bien : grâce aux pédagogues qui « respectent » les opinions héritées des parents, du quartier ou des grands frères, un jeune sur quatre que vous rencontrez dans la rue pense que l’homme a été créé par Dieu il y a un peu plus de 4000 ans. Ce qui en soi serait folklorique, si d’autres Frères ne suggéraient à ces adolescents sans béquilles qu’il faut imposer ce point de vue.

Hier l’ignorance, aujourd’hui la superstition, et demain la charia.

Les ravages du pédagogisme

Des pédagogues, inspirés par Rousseau et sa croyance en une bonté naturelle, répugnent à expliquer aux enfants que l’Histoire de France n’est pas une suite de malheurs infligés par de méchants Caucasiens à de gentils Maghrébins ou d’adorables Africains — qui ne se livraient pas du tout au commerce du bois d’ébène, c’est bien connu. L’espace laissé vierge dans les cervelles est désormais rempli par des prêcheurs de haine ou de convictions niaises. Les enseignantes, quoique largement majoritaires, ne doivent pas être écoutées : les femmes n’ont-elles pas pour fonction de faire la cuisine et le plus d’enfants possible ? La discipline ne doit pas être respectée, car qui a le droit de contrarier des enfants-rois élevés comme des princes du désert ? Les filles doivent se voiler, il faut revenir sur la loi de 2004, et il faut utiliser toutes les feintes pour gagner sans cesse des territoires nouveaux, comme au jeu de go.
C’est ainsi que des offensives générales ont été lancées en septembre — dans la foulée des émeutes de juillet, qui elles-mêmes avaient une idée derrière leurs têtes creuses —, et surtout depuis début janvier, sous le prétexte fumeux d’être solidaire avec les terroristes du Hamas. Et Le Figaro de constater que les incidents se multiplient à l’université, à Lille, à Montpellier ou à Aix-Marseille. L’UNI, syndicat classé à droite (ou à l’extrême-droite, les anathèmes volent bas, ces jours-ci) a alerté la direction de la faculté lilloise, sans obtenir autre chose qu’une absence totale de réaction. Rappelons pour l’anecdote que l’université de Lille comptait Sandrine Rousseau parmi ses vice-présidents. Quant à l’UNEF, qui fait des risettes aux islamistes, elle affirme, par la voix du délégué général Arthur Sabatier : « Pour nous, ce n’est ni un phénomène, ni un sujet. Nous n’avons jamais été témoins de ces scènes et personne ne nous a jamais rapporté de faits de cet ordre. » Aveuglement ou complicité ?

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Il ne s’agit plus d’instruire, ni même d’éduquer. Il faut impérativement rééduquer — y compris les enseignants gangrenés par l’idéologie du laisser-faire. Seuls des savoirs massivement imposés peuvent contrarier des superstitions religieuses dont l’objet est la haine de la connaissance — qui contrarierait l’enseignement du Livre.
À noter que dans les cervelles d’autres jeunes déboussolés par l’absence de repères intellectuels fiables, c’est le wokisme qui pousse ses feux. La haine des corps, qui se manifeste chez les uns par des cris d’orfraie dès qu’on leur montre un tableau, se traduit chez les autres par une répugnance au contact — et une abstinence du sexe qui devrait faire réfléchir, selon l’Ifop : « Si en 2006, 87% des Français déclaraient avoir au moins un rapport sexuel ces 12 derniers mois, ils ne sont aujourd’hui que 76%. Soit « un recul sans précédent », souligne d’emblée l’institut de sondage. Les écarts sont encore plus importants chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans, parmi ceux qui ont déjà eu un rapport sexuel : 28% d’entre eux affirment ne pas avoir eu de rapport depuis un an contre seulement 5% en 2006. »
Pas grave ? Songez à votre propre jeunesse, quand vous jouissiez sans entraves d’être sous l’emprise de tel ou telle… Cette abstinence ressemble si fort à celle qu’imposent les pays musulmans tant qu’on n’est pas marié que vous feriez bien d’y réfléchir à deux fois. Mais après tout, avez-vous réfléchi quand vous avez appris que de très jeunes gens qui n’étaient pas du tout de confession musulmane faisaient le ramadan par imitation ? en tout cas le site Arab News s’en félicite hautement, une façon, selon lui, de lutter contre l’islamophobie. C’est ainsi que les contraintes les plus absurdes s’installent et se développent, dans les cervelles laissées en jachère — celles de vos enfants.

Tout le monde a compris comment est mort Alexei Navalny

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À Paris, une manifestante a transformé sa pancarte "Poutine tue Navalny" en "Poutine a tué Navalny", 17 février 2024 © Thierry STEFANOPOULOS/MPP/SIPA

Au nord de l’Oural, dans l’Iamalo-Nénétsie d’où partent bien des gazoducs qui constituent l’une des sources de la puissance russe, Alexei Navalny est mort dans une colonie pénitentiaire surnommée « Loup polaire ». Extraction des minerais et oppression des hommes semblent résumer la Russie d’aujourd’hui.


Au portail, une inscription « Le bonheur n’est pas loin » qui rappelle celle d’un autre camp, bien plus connu. En hiver, on ne la voit pas, tout est nuit dans ce district arctique où la température est de moins 30°C. Condamné à neuf puis 19 ans d’incarcération, venu  de la prison de Vladimir fin décembre (« Je suis votre père Noel », avait-il plaisanté), Navalny a été condamné pour extrémisme, nazisme, diffamation, incitation de mineurs à des activités illégales, vandalisme motivé par la haine et même pour n’avoir pas respecté son contrôle judiciaire. Pour cause : il était alors en réanimation en Allemagne, après l’échec d’une tentative d’empoisonnement par un neurotoxique. 

Il narguait encore le juge lors d’une audience peut-être filmée la veille de son décès. 

Nier et terrifier

Trouver la cause d’une mort subite nécessite une autopsie, voire des analyses toxicologiques, mais la rétention du corps pendant plusieurs semaines suggère qu’il y a  des signes de traumatisme qu’on veut cacher. Une chaine d’informations indépendante prétend qu’une équipe du FSB, l’ancien KGB, était venue dans le camp la veille et que dès le matin les prisonniers savaient que Navalny était mort.

La réactivité des services russes fut impressionnante, comme si tout avait été préparé. Navalny meurt officiellement à 14h17, les services pénitentiaires l’annoncent à 14h19 et dès 14h23 la télévision russe déclare qu’il est mort d’une thrombose coronaire. Pur hasard, le directeur de l’administration pénitentiaire est promu au grade de colonel général le surlendemain. Autre hasard qui n’en est peut-être pas un, le décès a lieu pendant la Conférence de Sécurité de Munich, là où, il y a 17 ans, Poutine a pour la première fois attaqué l’Occident.

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La communication du Kremlin est à double détente: nier et terrifier. Cela remonte à loin. L’un des premiers opposants éliminés, oublié aujourd’hui, fut le député Sergueï Iouchenkov, qui enquêtait sur les attentats de 1999 qui avaient entrainé en Tchétchénie une guerre où Poutine s’est forgé la réputation d’homme fort. Il pensait, comme des historiens aujourd’hui, que ces attentats étaient un coup monté par les services secrets. Il fut assassiné en 2003. Les services secrets, la famille de cœur de Vladimir Poutine, dirigent toujours le pays. Certains disent qu’ils le possèdent.

Un opposant qui n’avait pas tout pour plaire à l’Occident

On a beaucoup accusé Navalny d’être un personnage peu recommandable, xénophobe et probablement antisémite. Il a été un nationaliste qui a tenu des propos outrageants sur les habitants du Caucase ou de l’Asie centrale sous prétexte qu’ils prenaient le travail des Russes en acceptant des salaires de misère. Ce discours populiste, il l’a publiquement regretté pour proposer un programme plutôt social-démocrate, mais la propagande n’en a pas tenu compte et Amnesty International l’a sorti de sa liste de prisonniers de conscience.

S’il avait gardé ses anciennes positions, Navalny aurait été un fervent partisan de la guerre contre l’Ukraine. Il en fut un adversaire déterminé. 

Son modèle était Natan Sharansky, qu’il a suivi, 40 ans plus tard, avant la Sibérie, dans la grande prison de Vladimir et dont le livre Fear no evil (Ne crains aucun mal) lui a servi de boussole morale. Sharansky a dévoilé leurs échanges dont je résume deux extraits: « Grâce à votre livre, j’ai compris qu’il y a des gens qui ont payé un prix bien plus élevé pour la défense de leurs convictions ». À quoi Sharansky répond « Je vous souhaite, même si c’est dur au niveau physique, de conserver votre liberté intérieure ». Une admiration réciproque…

Quant au bras droit de Navalny, il s’appelle Leonid Volkov et est actuellement réfugié à Vilnius. C’est un brillant informaticien qui a abandonné sa carrière pour le suivre. C’est aussi un Juif orthopraxe. 

Navalny est un homme qui, après avoir échappé de justesse à un empoisonnement, téléphone avec un aplomb incroyable à un de ses empoisonneurs et lui fait avouer son crime en public. Il retourne dans son pays en sachant qu’il y sera arrêté, et que la vengeance de Poutine sera d’autant plus impitoyable qu’il vient de le traiter de corrompu dans un film sur son palais de Sotchi.

Peu d’hommes ont choisi, en gardant leur humour comme arme, un emprisonnement dans des conditions terribles où la mort serait probablement au bout du chemin. En restant hors de Russie il savait que sa parole se dévaloriserait, mais il a surestimé son pouvoir de mobilisation des foules. Il n’y a eu que quelques centaines de personnes pour lui rendre hommage en Russie. Elles y couraient de grands risques mais il y en a eu encore moins en Occident où elles n’en couraient aucun. Poutine a gagné en endoctrinant sa population dans un mélange de peur physique, de nostalgie d’un passé mythifié, de rejet de l’étranger, de crainte du changement et d’appétence aux satisfactions matérielles. C’est la recette des dictateurs efficaces. Quant à notre sensibilité d’Occidentaux, il faut reconnaitre qu’elle est fugace pour des victimes dont le sort parait scellé, comme ce fut le cas pour les femmes iraniennes et comme ce l’est aujourd’hui pour les opposants russes. Pour parler comme Trump, qui s’est avantageusement et honteusement comparé à Navalny, celui-ci serait un « loser ». C’est surtout un homme debout, un héros de la liberté.

Source : Blog de Monsieur Prasquier

État social: chronique d’un suicide

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Xi Jinping et Vladimir Poutine lors de leur rencontre au Kremlin, Moscou, 21 mars 2023. © Pavel Byrkin/Sputnik/Sipa

La social-démocratie n’a plus la cote, à tel point que plusieurs auteurs en prédisent bientôt la fin. Sans doute subit-elle les assauts de ses ennemis intérieurs et extérieurs – Gafam ou États voyous – mais plus probablement se meurt-elle d’avoir organisé sa propre chute.


Lorsqu’Henry Ford monte les marches de l’Élysée en décembre 1964 pour y rencontrer le général de Gaulle, c’est bien sûr le roi de l’automobile qui se montre impressionné par son interlocuteur. Quand Elon Musk ou Mark Zuckerberg rendent visite à Emmanuel Macron, on les sent plus bravaches. En soixante ans, le rapport de forces entre l’élite économique mondiale et notre président social-démocrate, bien que maître du feu nucléaire, s’est inversé. Ainsi, en 1965, le chiffre d’affaires cumulé des cinq plus grandes sociétés de l’époque totalisait 102 milliards d’euros d’aujourd’hui. En comparaison, celui des cinq Gafam affiche 1 350 milliards, treize fois plus – des montants comparables à ceux de pays développés. Ces 1 350 milliards représentent ainsi l’ensemble des recettes de l’État français – les Gafam et notre république bénéficient donc de revenus équivalents. La comparaison s’arrête malheureusement aux encaissements, car si l’on s’intéresse aux résultats, là où la France enregistre un déficit de 125 milliards, Bill Gates et ses homologues dégagent un excédent de… 800 milliards. Quand le Trésor public dispose à un instant t de 100 milliards, les Google et consorts peuvent signer immédiatement un chèque de 900 ! De quoi détendre Mark Zuckerberg à l’idée d’échanger avec notre sympathique président (dont l’assistante a dû sans doute lui rappeler le nom, avant son rendez-vous).

Cette incroyable puissance aux mains de quelques entrepreneurs non élus justifie, au demeurant pleinement les espoirs qui ont pu être mis dans l’Union européenne. Si la France ne fait pas le poids face à eux, l’Europe aurait dû redonner du pouvoir aux social-démocraties qu’elle était censée unir. Sans avoir eu besoin du traité de Lisbonne, l’Europe a su développer les programmes Ariane et Airbus. Depuis cette époque pionnière, particulièrement sur la thématique digitale, c’est le néant ou presque. Il n’existe pas de Google européen, mais Bruxelles s’entiche de la loi RGPD pour limiter le pillage de nos données. Fidèle à sa ligne courtelinesque, l’Union ne semble présente sur le champ de bataille de l’IA que pour en exiger la réglementation urgente – sans la maîtriser. Champion du monde de la bureaucratie, voilà l’avenir radieux que nous propose Thierry Breton – pas plus élu qu’Elon Musk. Xi Jinping, Joe Biden et Kim Jong-un ne doivent pas en dormir la nuit.

Notre inquéitante naïveté numérique

Non seulement, les Gafam disposent d’une puissance financière supérieure au PIB de 80 % des pays membres de l’ONU, mais les outils qu’ils ont développés sapent, en prime, la légitimité de gouvernants obsédés par les « likes » ou les « trending topics ». Le patron de Meta possède en effet, lui aussi, une arme de destruction massive : les réseaux sociaux. Le jeune Américain se trouve à la tête de Facebook, Instagram et, depuis peu, Threads, un concurrent de Twitter. Il a offert à l’humanité la possibilité de tout partager – l’information et le savoir en théorie mais, en pratique, souvent la bêtise la plus crasse. La Silicon Valley a également plongé Homo sapiens dans le règne de l’immédiateté – un présent permanent incompatible avec toute politique tournée vers le moyen ou long terme. Les réseaux sociaux exigent des dirigeants des démocraties des mesures et des succès à court terme irréalistes, du genre « stop oil now ». L’attraction des populismes est décuplée par Facebook ou Twitter, puisque ces outils leur permettent de diffuser un discours cohérent avec leur certitude de pouvoir agir vite et efficacement : Mélenchon souhaitait ainsi taxer à 90 % les revenus supérieurs à 400 000 euros pour régler tous nos maux. Des messages simplistes qui s’épanouissent sur les fils ou les « reels » des simples d’esprit.

Ces technologies, inimaginables en 1965, offrent par ailleurs à tous les États voyous de la planète un accès direct aux populations occidentales. Jamais les Soviétiques n’auraient imaginé inonder l’Occident, en temps réel, de fausses informations. C’est un peu comme si on leur avait confié à l’époque, de temps à autre, les manettes de l’ORTF afin que le camarade Brejnev remplace Pierre Desgraupes.

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Mais Poutine, son lointain successeur, n’est pas le seul à se régaler de notre naïveté numérique. La théocratie iranienne, ses séides islamistes, ou la folle dynastie communiste nord-coréenne s’en donnent à cœur joie pour menacer les croisés capitalistes. Et encore ceux-là se sont-ils privés des moyens de la mondialisation – initiée par l’Occident honni. Le total-capitalisme chinois n’a pas commis cette erreur, ni celle de dépendre des Gafam. Il a, au contraire, banni ou censuré les réseaux sociaux américains après avoir fait émerger leurs équivalents connus désormais sous l’acronyme de Batke (ex-BATX). Ils sont à pied d’œuvre pour entamer le match Chine-États-Unis visant le contrôle de l’IA ; l’Europe, bien au chaud, assiste à la rencontre en tribune VIP, avant de reprendre le car pour l’Ehpad.

Et l’Europe, c’est la social-démocratie, avec bien sûr des différences notables entre les quatre points cardinaux du continent. Mais tous partagent l’idée d’un État-providence généreux, grand ordonnateur d’une cohabitation apaisée entre une sphère publique puissante et un marché plus réglementé qu’ailleurs dans le monde. Plus notamment qu’aux États-Unis, où l’égalitarisme et un État omnipotent n’ont jamais été des aspirations collectives légitimes. L’État français, comme ses voisins pourtant mieux gérés, se trouve ainsi engagé dans une opération de sauvetage désespérée de son modèle social. Maintenu en survie artificielle par des taux d’intérêt négligeables, mais menacé par leur remontée et une démographie déclinante, l’État-providence(dense) danse sur un volcan.

Washington peut donc envisager avec plus de sérénité que nous les défis géopolitiques à venir ou la concurrence des Gafam– auxiliaires par essence du FBI ou de la CIA. En revanche, les États-Unis partagent avec les social-démocraties européennes la menace d’une tyrannie des minorités et, singulièrement, cette fois en Europe, celles issues de l’immigration musulmane. Les diasporas chrétiennes sud-américaines qui franchissent le rio Grande prient le même dieu que le locataire de la Maison-Blanche et ils sont majoritairement descendants de colons et non de colonisés. Qui plus est, ils savent qu’ils n’auront droit sur place à aucune allocation, aucun logement, aucun soin s’ils ne trouvent pas un boulot dans les heures qui suivent leur passage de la frontière. Nous ne bénéficions malheureusement pas de ces multiples bénédictions. Aucun de nos vaillants progressistes ne semble en avoir conscience : nos concitoyens noirs sont devenus à leurs yeux des « Blacks » descendants de chimériques esclaves ; les Maghrébins, des Mexicains mangeant moins épicés. Mais tous méritent l’open bar de la protection sociale française, financée par ces (racistes) Français. Beati paupere spiritu.

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Sur les deux rives de l’Atlantique, l’équilibre entre intérêt général et droits individuels a été rompu quelque part entre 1970 et 1980. Arbitrer entre droits et devoirs,c’était jadis la définition de la politique, jusqu’à ce que cette dernière perde de vue le bien commun pour ne proposer que l’ajout de nouveaux « droits à » ad nauseam. Cette hypertrophie, déjà problématique en soi, pouvait sans doute s’entendre dans un contexte d’homogénéité culturelle et d’implicite intérêt collectif. En toile de fond de la social-démocratie, le judéo-christianisme et le message laïcisé du Christ, les droits de l’homme, dont on ne trouve nul baptiste dans l’arc arabo-musulman. Mais l’émergence du concept de communautés victimes de stigmatisation ou de racisme a introduit un niveau intermédiaire entre l’individu et le peuple, ce dernier s’effaçant progressivement au profit de l’archipel de communautés décrit par Jérôme Fourquet. Selon Bard, l’IA de Google (et faute d’équivalent européen), « l’occurrence des mots rattachables à l’islam dans les médias français a augmenté de 20 000 % entre 1965 et 2023 ». Difficile d’imaginer que cette archipélisation soit sans conséquence sur les relations entre des îlots hostiles et l’île principale, alias la majorité, le peuple historique, les Français de souche, si l’on est de droite ; la France rance, les beaufs, les racistes, les gilets jaunes si l’on est de gauche ou bobo. Ce communautarisme a rompu le contrat social.

Asile de dingues

Or, la social-démocratie a été conçue pour gérer les rapports de classes en assurant l’égalité des chances et la redistribution entre des individus disposant d’une vision de la famille ou de la nation en maints points comparables. Elle ne s’était pas fixé comme objectif la gestion d’un asile de dingues où un barbu peut prétendre être une femme, pas plus qu’elle n’était prédisposée à chasser les crèches de Noël ou à déboulonner des statues offensantes. Les nations occidentales ont depuis dix ans, au moins, des allures d’unités psychiatriques où l’on peut traiter Churchill ou de Gaulle de « fasciste » et considérer Finkielkraut, Zemmour ou Nétanyahou comme « nazis ». Cette social-démocratie déboussolée exige à présent de la majorité une solidarité sans faille, quoique toujours plus coûteuse, avec des communautés qui la détestent ouvertement, voire aspirent à la réduire à la minorité. Un statut auquel certains souchiens ne verraient aucun inconvénient : le sort actuel des juifs en Occident, ces haïssables « super blancs », devrait modérer leur enthousiasme.

Elon Musk reçu par Emmanuel Macron à l’Élysée, en marge du sommet « Choose France », Paris, 15 mai 2023. © Stephane Lemouton-Pool/Sipa

Défendre l’intérêt général impose désormais de défendre la majorité blanche et hétérosexuelle de ce pays – un crime raciste et stigmatisant. Comble de la perversion du système, le fumeux « État de droit » s’oppose sans complexe au bien commun. Il conviendrait en réalité de le requalifier d’État sans droit. Sans celui d’exécuter les OQTF ; de contrôler ses frontières ; de construire des prisons ; d’assurer le maintien de l’ordre ou d’exiger de ses magistrats qu’ils y concourent. Son seul droit est un devoir : fermer les yeux (sa gueule aussi) et payer.

Immigration ou solidarité

Michel Wieviorka nous l’avait bien dit en 2009, à l’occasion du (honteux, bien sûr) débat sur l’identité française : « L’identité nationale, c’est la Sécurité sociale. » Néanmoins, la promettre à toute l’Afrique, c’est en réalité la condamner à la faillite, donc mentir aux Africains et accessoirement trahir les Français qui la financent. C’est ce qu’ont compris les Danois : entre immigration et solidarité, il faudra choisir. Ils ont commencé à prendre de fermes mesures pour décourager les immigrés, entraînant une chute spectaculaire de 50 % des demandes d’asile entre 2021 et 2022. En France, le think tank Contribuables associés estime à 54 milliards le coût annuel de l’immigration, sans que personne ne soit capable de chiffrer celui de la fracture culturelle. Contrairement aux autres allocations et dépenses publiques, dont les réductions seront politiquement douloureuses, voilà une source d’économie consensuelle. L’adhésion des Français aux mesurettes de la dernière loi anti-immigration (70 % y sont favorables) tend à valider cette hypothèse. La social-démocratie danoise nous montre donc le premier obstacle à franchir pour espérer sauver une organisation sociale à la disparition de laquelle seuls les sots applaudiront. L’Europe de l’Ouest et du Nord a offert pendant une quarantaine d’années un havre enviable – ils ne sont pas nombreux, ici, à lorgner sur le modèle social américain, au demeurant paradisiaque si l’on est riche et bien portant. Jusqu’à ce que cette Europe décide, en se passant de toute onction du suffrage universel, de devenir une démocratie théorique, soucieuse de complaire en priorité aux minorités allogènes et à leurs défenseurs. Une social-allocratie [1] à l’avenir sombre, si elle persiste à s’autodétruire avec la même application.


[1] Copyright notre ami Jean-Baptiste Roques.

Maroc: réchauffement en vue?

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Brigitte Macron avec les princesses du Maroc Lalla Meryem, Lalla Asmaa et Lalla Hasnaa, Paris, 20 février 2024. Image : Instagram de l'Elysée.

Brigitte Macron et Stéphane Séjourné nous sont présentés comme les artisans du dégel des relations diplomatiques franco-marocaines. Le ministre des Affaires étrangères se rendra dans le royaume dimanche.


Les relations franco-marocaines n’ont pas été parfaites ces dernières années, émaillées par des brouilles et des incompréhensions évitables. Il semblerait pourtant qu’un réchauffement progressif commence à se faire sentir. Ainsi, la visite des trois sœurs de Mohammed VI à Brigitte Macron est un signal faible des tentatives de rétablir cette relation historique qui a toujours été profitable aux deux parties. Dans la même optique, Stéphane Séjourné est attendu à Rabat le 25 février. Cette rencontre constituera la première entre le nouvellement nommé ministre des Affaires étrangères, qui a fort à faire sur les terrains européens, africains et moyen-orientaux, et son homologue Nasser Bourita.

Lever les incompréhensions

En jeu, le rétablissement d’un dialogue sain entre les deux pays de la façade atlantique qui pourrait éventuellement préparer le terrain à une visite d’Emmanuel Macron dans le royaume qui fêtera cette année le 25ème anniversaire du couronnement de Mohamed VI. Il se dit d’ailleurs que les deux ambassadeurs respectifs, Samira Sitaïl et Christophe Lecourtier, joueraient un rôle essentiel dans cette reprise de contact. Une reprise importante pour la France, l’Espagne étant aussi de son côté en train de tenter de lancer une nouvelle dynamique dans sa relation bilatérale avec son voisin du sud, par l’intermédiaire du Premier ministre Pedro Sánchez qui saisit notamment l’opportunité offerte par la co-organisation de la Coupe du monde 2030 de football qui verra pour la première fois certains de ses matchs être joués sur le continent africain. Une première qui constitue aussi, il faut l’admettre, un coup de maître pour la péninsule ibérique et le Maroc.

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Tout cela explique aussi sûrement l’enthousiasme de l’Élysée qui a publié sur Instagram via son compte officiel le message suivant : « Dans la continuité des relations d’amitié historique entre la France et le Royaume du Maroc, Madame Brigitte Macron a reçu Leurs Altesses Royales les Princesses Lalla Meryem, Lalla Asmaa et Lalla Hasnaa. Le Président Emmanuel Macron est venu les saluer ». Pourtant, la désignation de Stéphane Séjourné au Quai d’Orsay inquiétait les spécialistes de la question. En effet, durant son mandat européen à la tête du groupe Renaissance, certains votes du nouveau ministre avaient suscité l’incompréhension à Rabat. Stéphane Séjourné, à qui il a été demandé par l’Élysée de s’investir personnellement dans cette relation, l’a résumé en une formule lapidaire : « Il y avait des incompréhensions qui ont amené à une difficulté ». L’objectif est donc clair : lever ces incompréhensions.

Jalousies vis-à-vis d’Alger

Parmi celles-ci, des sujets hautement politiques comme la question de l’activité des séparatistes du Polisario au Sahara ou encore des liens franco-algériens perçus comme étant asymétriques. Avançant à pas feutrés sur le Sahara, Stéphane Séjourné semble vouloir promouvoir une solution diplomatique allant dans le sens des revendications du royaume chérifien pour « regagner la confiance » marocaine : « Dans le passé, on a toujours été au rendez-vous, même sur les dossiers les plus sensibles comme le Sahara occidental, où le soutien clair et constant de la France au plan d’autonomie marocain est une réalité depuis 2007 »[1].

Fragile, cette relation recouvre pourtant des enjeux de grande importance pour les deux pays que la géographie comme l’histoire ne peuvent qu’amener à converger. En phase de modernisation de sa vie économique et sociale, le Maroc prépare notamment une grande réforme de son code de la famille qui rejaillira sur le statut juridique des femmes, expliquant d’ailleurs sûrement la visite des sœurs du roi auprès de Brigitte Macron. La lutte contre le terrorisme islamiste ou encore l’immigration en provenance du Sahel demandent aussi des approches internationales dans un monde sous tension, soumis aux soubresauts militaires. Passage essentiel pour l’Afrique de l’Ouest, le Maroc est désormais incontournable dans le cadre des projets de co-développement économiques avec le continent sud mais aussi un partenaire pour la France dans ses relations avec les pays du Sahel et du CEDEAO. Aux échecs, il ne faut pas perdre un cavalier. Gageons que notre diplomatie l’a enfin compris.


[1] https://www.ouest-france.fr/medias/ouest-france/le-grand-entretien/entretien-stephane-sejourne-otan-et-europe-nous-avons-besoin-dune-deuxieme-assurance-vie-424b1356-c80a-11ee-9a26-b3fe0ec43b85

Micheline Presle ou le cinéma chevillé au corps

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Gérard Philipe et Micheline Presle, "Le diable au corps" de Claude Autant-Lara (1947) © Sipa

Micheline Presle © Jean-Claude Moireau/Bridgeman Images

La doyenne de nos dernières grandes actrices, Micheline Presle, vient de nous quitter à l’âge de 101 ans. Elle aura eu une belle vie, et une magnifique carrière. En effet, c’est le fameux réalisateur Georg Wilhelm Pabst, celui-là même qui fit tourner Louise Brooks, qui lança Micheline Chassagne, de son vrai nom, en 1940. Sa carrière se poursuivit jusqu’en 2016 avec Je veux être actrice de Frédéric Sojcher. Elle fut la muse des plus grands réalisateurs du siècle dernier, dont Autant-Lara, dans son chef-d’œuvre: Le diable au corps, d’après le roman de Raymond Radiguet. Elle fit également quelques incursions dans le cinéma d’auteur, avec notamment Paul Vecchiali. Micheline était sur tous les fronts, boulimique de son art. Cependant, dans le cœur des français, elle restera à jamais Eve, le délicieux personnage du non moins délicieux feuilleton : Les saintes chéries, si symbolique des Trente Glorieuses. Enfin, nous ne résistons pas au plaisir de citer Jean Gabin : « Quand on te regarde, on te pardonne tout », lui avait-il dit. Pour célébrer son centenaire, en septembre 2022, votre magazine préféré lui avait consacré un portrait. En hommage à Madame Presle, nous le rediffusons ce matin.


La doyenne du cinéma français a traversé le XXe siècle sur les planches et devant les caméras, en alternant les rôles comiques et tragiques. Une carrière guidée par une bonne étoile. Le 22 août, Micheline Presle a eu 100 ans. Danielle Darrieux et Michèle Morgan disparues, elle est désormais la doyenne du cinéma français. Lui rendre hommage me tenait à cœur pour deux raisons : la première, très personnelle, est que ma grand-mère lui ressemblait beaucoup ; l’autre, plus sérieuse, est qu’elle a toujours été une actrice atypique. Micheline Presle a dû en effet se trouver une place entre ses deux illustres contemporaines, entre l’aura quasi hitchcockienne de Michèle Morgan et l’estampille « qualité France » de Danielle Darrieux. De quoi la rendre intéressante. Elle a toujours brouillé les pistes, totalement libre, refusant même un premier rôle dans un film de Clouzot – qui n’a pas vu le jour –, pour partir en vacances. Tour à tour tragique et drôle, elle a su exploiter à merveille sa vis comica dans Les Saintes Chéries, délicieux feuilleton des années soixante de Nicole de Buron, où elle campe Ève, une mère de famille un peu fofolle, aux côtés de Daniel Gélin, nonchalant et désabusé à souhait. Elle gagne alors, sur le tard, le statut d’actrice populaire, de celles qui rassurent et rendent la vie plus légère. On ne sait comment germe l’idée de devenir actrice dans la tête des jeunes filles de bonne famille. Chez les bonnes sœurs, la petite Micheline Chassagne a été le trublion de service : « Chassagne, vous finirez sur les planches ! » lui jette un jour au visage une religieuse qui ne croyait pas si bien dire.

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Elle débute au cinéma à 16 ans, dans Jeunes filles en détresse, avec Pabst, celui-là même qui avait lancé Louise Brooks avec Loulou. Dans « Gros Plan », un portrait que lui consacre la télévision en 1958, elle raconte avec désinvolture avoir eu beaucoup de chance au début de sa carrière, chance qu’elle a accueillie avec candeur, sans se poser trop de questions. « Et puis la chance s’est lassée », dit-elle. En effet, à la fin des années cinquante, alors que s’amorce la Nouvelle Vague, il n’est pas de bon ton d’employer des actrices d’avant-guerre. Mais un bon génie, honni de cette Nouvelle Vague, croise sa route, c’est Claude Autant-Lara. Le réalisateur la consacre « vedette du moment » avec Le Diable au corps, d’après l’admirable roman de Raymond Radiguet. Elle y incarne Marthe, une jeune mariée qui file le parfait amour avec un jeune lycéen, le temps d’une guerre. Elle y est merveilleuse de grâce et de gravité. Avec Gérard Philipe, ils forment un couple sidérant de beauté et de tragique contenu. On retrouve dans ce film toutes les qualités de jeu de Mademoiselle Presle : son sens de la retenue et de la frivolité, avec toujours cette ombre de mélancolie dans son beau regard vif. À 100 ans, dont soixante-quinze passés sur les planches et autant sur les plateaux de cinéma (124 films !), ce regard n’a pas changé. « Regardez ce que vous me faites faire ! À cause de vous j’ai retiré mon chapeau ! » Cette réplique du Diable au corps, qui s’adresse à Gérard Philipe alors que commencent leurs amours condamnées, résume à elle seule la personnalité de cette actrice singulière.

Contrôle de l’opinion: c’était plus simple du temps de l’ORTF!

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Le journaliste Jean-Marc Morandini avec le RN Jordan Bardella à Lyon, dans le quartier de la Guillotière, miné par l'insécurité, 24 novembre 2021 © Bony/SIPA

Alors que l’époque est marquée par une américanisation des débats et que fleurissent sur Internet des fake news, l’information demeure une ressource capitale, et un terrain d’affrontements où le pluralisme est davantage garanti par le choix offert aux téléspectateurs que par des règles de représentativité inapplicables – car ne tenant plus compte des réalités idéologiques.


Qu’est-ce que le « pluralisme » ? Notion molle, le « pluralisme » revient constamment sur le devant de la scène. Véritable mantra de la vie politico-médiatique, et pas seulement, le pluralisme semble l’horizon indépassable des sociétés plurielles. Mais qu’entend-on par-là exactement ? En saisissant la justice administrative à propos de la chaîne CNews en 2022, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a ouvert un débat qui risque peut-être de lui échapper.


En novembre 2021, RSF demandait à ce qui était alors le CSA (devenu Arcom en janvier 2022) de mettre en demeure CNews sur le fondement de la loi du 30 septembre 1986 portant sur la liberté de communication. Ce texte détermine que les chaînes de télévision doivent « assurer l’honnêteté, le pluralisme et l’indépendance de l’information ». Le bureau exécutif de RSF estimait alors que le CSA-Arcom devait obliger CNews à respecter ses « obligations légales » et que la chaîne n’était désormais plus un média d’information mais d’opinion. L’Arcom ayant refusé, RSF a saisi le Conseil d’État qui s’est finalement prononcé sur les principes du contrôle exercé par l’Arcom en la matière.

Le cadeau empoisonné du Conseil d’État à l’Arcom

Rendue mardi 13 février, la décision du Conseil d’Etat présente une interprétation discutée et discutable de la loi de 1986, puisque la haute autorité administrative a ordonné à l’Arcom de « réexaminer dans un délai de six mois le respect par la chaîne CNews de ses obligations ». L’innovation de la décision tient dans les critères choisis par le juge administratif pour qualifier « la diversité des courants de pensée et d’opinions ». Alors que l’Arcom ne décompte que le temps de paroles des personnalités politiques de métier, le Conseil d’Etat a affirmé que le contrôle du respect du pluralisme devait aussi s’appliquer aux « chroniqueurs, animateurs et invités » des émissions.

Sont notamment visées en filigrane des personnalités telles qu’Éric Zemmour, qui avait tardé à se déclarer candidat à la présidentielle à l’automne 2021, ou encore Philippe de Villiers désormais retraité de la politique et reconverti comme chroniqueur. Mais alors, pourquoi ne viser que CNews ? Roselyne Bachelot occupe sur BFMTV une position similaire à celle de Philippe de Villiers, par exemple, sans que grand monde ne s’en émeuve. En outre, les positions politiques peuvent évoluer avec le temps. Jacques Toubon était un homme de droite affirmé dans les années 1980, souvent directement confronté à un Julien Dray sorti du Parti socialiste et qui a glissé vers le centre au fil du temps.

Débat du jour: pourra-t-on encore débattre demain ?

De même, s’il est aisé de déterminer la sensibilité des politiques de métier, puisqu’ils sont encartés, il n’en est absolument pas de même avec les chroniqueurs et journalistes. A fortiori de nos jours, où les sujets transversaux sont légion et écartèlent le champ politique. Qui est aujourd’hui d’une gauche ou d’une droite chimiquement pures ? Qui peut dire s’il y a des points de vue de « droite » et de « gauche » parfaitement identifiables sur des questions aussi sensibles que l’écologie, les relations internationales, les mœurs ou l’économie ? Les sociétés liquides créent des cercles idéologiques rhizomatiques qui se croisent. Il est tout à fait possible d’être très à droite sur les questions d’immigration et aligné avec Raphaël Glucksman en affaires internationales. De la même manière, des partisans de la décroissance économique et écologique peuvent être de parfaits conservateurs de droite sur tous les autres sujets.

L’authentique pluralisme de 2024 ne correspond absolument plus aux critères des années 1980, désormais parfaitement anachroniques. Le Conseil d’Etat a ouvert une boite de Pandore qui pourrait entrainer une reconfiguration majeure des médias audiovisuels classiques et profiter aux plateformes numériques. Car, CNews est en effet une chaine d’information présentant une sensibilité plus proche de la « droite », comme France Inter est un média d’information du service public dont la majorité des chroniqueurs sont plus proches de la « gauche ».

L’apparition des réseaux sociaux et l’américanisation progressive du débat public, lui-même radicalisé lors de la campagne présidentielle de 2016 ayant opposé Donald Trump à Hillary Clinton, ont créé des bulles informationnelles asymétriques. L’information n’est plus un monopole d’Etat comme du temps de l’ORTF, mais bien une ressource capitale et un terrain d’affrontements où le pluralisme est garanti par le choix offert aux téléspectateurs plus que par des règles de représentativité inapplicables, car ne tenant plus compte des réalités. Le seul sujet valable qui devrait concerner les autorités en la matière est la lutte contre les fausses informations et la rétention d’informations. La composition des plateaux est du ressort des patrons de chaines et des programmateurs dans une société libérale, hors politiques de métier.

Une défaite du Hamas à Gaza serait une défaite de l’islamisme pour tout le monde

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Rafah, frontière avec l'Egypte, 21 février 2024 © CHINE NOUVELLE/SIPA

Les chancelleries occidentales ont beau émettre dernièrement des doutes quant aux dernières actions de Tsahal à Gaza, elles savent très bien qu’Israël fait le sale boulot. L’analyse de Liliane Messika.


Pendant que les dirigeants occidentaux font du crowdfunding de suffrages, Israël continue de se poser en rempart de notre civilisation devant la barbarie des ennemis auxquels ils font les yeux doux.

Les méchants sont ceux qui sauvent les otages et fournissent l’électricité

Deux cent mille manifestants pro-Hamas à Londres, ça a dû faire jaunir de jalousie les compañeros amateurs de « Judios no Pasaran ! » En France, nous sommes plus modérés : le soutien à l’agressé israélien s’est fait du bout des lèvres et l’entrain des supporters de l’équipe Shoah – 2 est plutôt mou dans la population générale.

Pendant ce temps, sur le terrain, les Forces de défense israéliennes avancent au sud de la Bande de Gaza et divulguent de nouvelles preuves de la bestialité du Hamas.

« Les Israéliens ne respectent rien, ils attaquent même les hôpitaux » scandent les Bisounours noctambules[1]. En Lisa Macheiner (coordinatrice de projet de Médecins sans frontières à Gaza) dans le texte : « Les hôpitaux devraient être considérés comme des lieux sûrs et ne devraient jamais avoir à être évacués »[2]

De fait, sans cesser de traquer les terroristes qui opèrent depuis l’intérieur de l’hôpital Nasser à Khan Younis, Tsahal a fourni, le 16 février, de la nourriture, du carburant et de l’eau à cet hôpital, ainsi qu’un générateur alternatif pour assurer son alimentation électrique en attendant que son propre générateur soit réparé[3].

Le porte-parole de l’armée, Daniel Hagari, a déclaré que les troupes y avaient également trouvé des explosifs, des grenades et des mortiers et que, au mois de janvier, une roquette avait été tirée depuis l’intérieur de l’établissement hospitalier. Les Israéliens y ont aussi mis à jour une salle de commandement, un complexe de renseignements et d’interrogatoires et un poste de police.[4]

À l’appui, ils ont diffusé des images de l’interrogatoire d’un agent du Hamas capturé, avouant que 10 otages minimum avaient été détenus dans l’enceinte de l’hôpital[5].

Le porte-parole a rappelé les découvertes dans les hôpitaux al-Shifa, Rantisi, et al-Amal, qui font de l’hôpital Nasser une énième preuve que « le Hamas utilise systématiquement les hôpitaux comme plaques tournantes du terrorisme. … Selon les évaluations des services de renseignement et les informations que nous avons recueillies sur le terrain, plus de 85 % des principaux établissements médicaux de Gaza ont été utilisés par le Hamas pour des opérations terroristes. [6] » 

Les deux photos ci-dessous légendent en blanc, les installations médicales et en rouge, les installations militaires qui se partageaient l’hôpital de Khan Younis[7].



Tartarin se fâchera si les médicaments n’arrivent pas à leurs destinataires

En fouillant l’hôpital Nasser, les soldats israéliens n’ont pas trouvé que des armes, mais aussi des médicaments. Dans un hôpital, cela n’a rien d’anormal, sauf que ceux-là portaient des étiquettes aux noms des otages.

Ces médicaments, plusieurs dizaines de caisses, provenaient soit du stock envoyé par les proches d’otages kidnappés au kibboutz Nir Oz,[8] soit de la fourniture de la France via le Qatar : « L’origine des médicaments et leur utilisation font l’objet d’une enquête », a expliqué le porte-parole de Tsahal.

On n’a pas oublié l’engagement de notre ministre des Affaires étrangères : « la non-délivrance de ces médicaments pourrait avoir de « graves conséquences »[9]. La non précision sur le type de preuves de délivrance attendues et des « graves conséquences » lui laisse une large marge de manœuvre pour plaider la responsabilité sans culpabilité (ou vice versa), mais c’est silence radio après la découverte des médicaments non livrés.

Pinocchio prétend vouloir diriger les non-opérations sur le terrain

Israël ne doit pas lancer d’opération militaire à Rafah, sans un plan « crédible » de protection des civils, a expliqué le stratège Joe Biden à Benjamin Netanyahu, le 11 février 2024[10].

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Côté égyptien, la frontière avec Gaza a été lourdement fortifiée par des murs de béton en surface et en sous-sol et par une zone tampon de 5 kilomètres de large. L’Égypte a aussi menacé de suspendre son traité de paix avec Israël si des troupes israéliennes entraient dans Rafah.

Les Palestinolâtres qui s’imaginent voir là une défense des intérêts de leurs mascottes se trompent lourdement. Si le blocus est plus rigoureux du côté égyptien qu’israélien, c’est parce que le raïs Abdel Fattah al-Sissi, instruit par l’expérience et insensible à l’opinion des Gentils Organisateurs occidentaux de manifs, applique une politique zéro-Palestinien de son côté du poste frontière de Rafah. Les fortifications en témoignent.

Biden n’est pas dupe, il sait bien que ses menaces n’empêcheront pas Netanyahou de poursuivre sa guerre d’éradication du Hamas. Cette offensive a, d’ailleurs, permis à Israël de libérer deux otages à Rafah même, le lendemain de la déclaration de Biden.

Cet  appel ne s’adressait, en réalité pas à Israël, mais à la gauche de la gauche du parti démocrate, qui est à la démocratie américaine ce que LFI est à la française : un fossoyeur.

Le président américain a raison de prendre au sérieux les agitatrices Rashida Tlaib, Ilhan Omar et leurs copines en hidjab, car il a son Saint-Denis, qui se nomme Dearborn, dans son 93, alias le Michigan. Le 5 février 2024, le maire de la riante cité de Dearborn, Abdullah Hammoud, a organisé un rassemblement pour la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.

On y a entendu le président être traité de « cancer dans notre pays »…

… et une promesse de victoire, « ici à Washington et là-bas en Palestine ».

Biden sait très bien ce que veut dire le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », du fleuve à la mer, la Palestine sera libérée. Traduction US : « From New York to San Francisco, Islamerica will be free », ce qui donne en français « De Calais à Marseille, la France sera décolonisée. »

Dans l’espoir d’éviter cela, au moins pendant la durée de son mandat, Biden fait comme Macron : des caresses aux dictateurs ennemis en présentiel et des menaces aux alliés objectifs démocratiques en distanciel.

Angélisme

Les Israéliens ont longtemps voulu croire que s’ils étaient très très gentils avec leurs ennemis, ceux-ci leur pardonneraient d’exister. Cette illusion n’a pas dépassé le 7 octobre : elle ne peut perdurer que dans les pays européens où la force n’a pas encore anéanti une part suffisante de la population.

« L’endiguement et la retenue au fil du temps traduisent une aversion à l’usage de la force, mais dans une région où la culture politique valorise l’usage de la force, ce comportement est vu comme une faiblesse.[11] » Cette analyse est celle du Professeur Efraïm Inbar, président de l’Institut d’Études sur la Sécurité et les Stratégies de Jérusalem (JISS). Cela dit, point n’est besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que la grenouille n’a aucune chance contre le scorpion, si elle l’autorise à monter sur son dos.

Les Français en sont conscients. Leurs dirigeants probablement aussi, mais ils préfèrent passer pour les gentils aux yeux de la gauche, qu’avoir raison avec Aron. Combien de professeurs le paieront de leur vie, combien de Français s’exileront pour ne plus en subir les conséquences ? Vous le saurez, chers lecteurs, en regardant les résultats des élections européennes le 9 juin prochain.

Zohra Bitan Une Grande Gueule made in France

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[1] Ben oui, Nuit Debout !
[2] www.voanews.com/a/health-officials-report-israeli-attack-on-khan-younis-hospital/7488543.html
[3] www.timesofisrael.com/special-forces-searching-khan-younis-hospital-detain-over-100-terror-suspects-idf-says/
[4] www.timesofisrael.com/troops-raid-khan-younis-hospital-in-hunt-for-remains-of-hostages/
[5] Vidéo : https://twitter.com/i/status/1758211603252531216
[6] www.jpost.com/israel-hamas-war/article-787106
[7] https://twitter.com/cogatonline/status/1758453020910670007
[8] www.timesofisrael.com/medicines-for-hostages-found-in-gaza-hospital-sent-privately-by-families-report
[9] www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/israel-gaza-la-france-veut-que-les-medicaments-pour-les-otages-soient-traces-2074459
[10] www.pbs.org/newshour/world/biden-tells-israel-not-to-send-troops-into-rafah-without-credible-plan-to-protect-civilians
[11] https://mabatim.info/2024/02/18/israel-laveuglement-de-la-politique-de-retenue/#more-28676

Le paysage médiatique rêvé par le directeur de Reporters sans Frontières existe déjà en Belgique!

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Siège de la RTBF, Bruxelles, 2022 © Shutterstock/SIPA

Le paysage médiatique fantasmé par Christophe Deloire, directeur de Reporters sans Frontières et garde-chiourme du politiquement admis, existe déjà aux frontières de l’Hexagone : en Belgique francophone, le petit milieu qui s’accapare les plateaux télévisés, les radios et les colonnes des gazettes, pense exactement la même chose sur à peu près tous les sujets. La nuance déjà est d’extrême droite. Et donc interdite. 


Un « débat » ressemble à peu près à ceci sur la RTBF (radio-télévision publique) ou sur RTL (chaîne privée) : autour d’un animateur mielleux et complaisant, parlementent le président du Parti socialiste, son homologue libéral (adepte du « en même temps » : un coup au centre-gauche, pour ne pas fâcher ses partenaires de coalition, un coup au centre-droit, c’est-à-dire aux confins du fascisme), un « centriste engagé » (catégorie politique qui existe bel et bien en Wallonie !), une néo-féministe également écolo-islamo-wokiste et un journaliste progressiste. Parfois, le ton monte, pour « montrer sa différence » qui n’existe que dans cet éphémère éclat de voix. 

Tous ronronnent leur progressisme, leur tropisme immigrationniste, leur préoccupation pour la planète, leur amour de la diversité, leurs critiques plus ou moins larvées envers Israël quand il ne s’agit pas de leur complaisance pour le Hamas, et, par-dessus tout (le combat des combats), leur crainte de voir l’extrême droite rompre les digues qui l’isolent du monde fréquentable. Tous gouverneront ensemble dans une coalition multipartite, y compris le journaliste qui finira, pour respecter une tradition belge, par rejoindre le parti traditionnel le plus offrant. 

A lire aussi, Gabriel Robin : Contrôle de l’opinion: c’était plus simple du temps de l’ORTF!

En revanche, en raison du sacro-saint cordon sanitaire, vous ne verrez, ni n’entendrez, ni ne lirez, dans les médias, des personnalités comme Drieu Godefridi, intellectuel francophone, Alain Destexhe, auteur d’essais et ancien élu libéral-conservateur qui a lancé sa formation en 2019 avant de se retirer de la politique active, Jérôme Munier, président du parti Chez Nous, ou moi-même. J’ose croire, avec un brin d’immodestie, que nous avons chacun de quoi élever le niveau de la discussion avec nos spécificités, nos intelligences, notre verve, parfois notre humour, et, surtout, notre son de cloche qui risquerait de réveiller les bien-pensants. 

La conséquence, quand tous les bretteurs sont acquis aux mêmes idées, est la baisse en qualité du débat, dénué de fulgurances, d’éloquence, de culture. La bêtise y règne en souveraine. Le nivellement se fait par le très bas et le consensus. Les invités, entend-on souvent chez l’homme de la rue, sont « toujours les mêmes ». Et quand on est un citoyen, il vaut forcément mieux, pour avoir l’oreille des journalistes, être clandestin, casseur antifa, se sentir discriminé, ou créer la gare de Mons avec des allumettes (à défaut que le vraie soit terminée), que se revendiquer patriote, conservateur ou populiste.

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Tout le petit monde acquis au politiquement correct s’étonne de la baisse des audiences et du désintérêt du grand public, mais n’a pas à s’en inquiéter. C’est que les médias sont grassement subventionnés : rien que la RTBF mobilise 300 millions d’argent public chaque année. Le nouveau-venu LN24, chaîne d’information en continu, préfère se contenter d’audiences catastrophiques et de finances peu reluisantes, qu’oser la pluralité et être un CNews à la belge.

Au bout du compte, dans ce monde où Saint-Just aurait triomphé de Voltaire, il demeure une impression de vivre dans une tyrannie de la pensée unique, avec ses ordonnateurs et ses petits flics hyperactifs sur les réseaux sociaux, chassant tous en meute, et surjouant leurs fausses indignations pour ne pas être, à leur tour, victimes de la curée. Et pour les mal-pensants, une impression, en guise de consolation, celle d’être des belluaires des temps modernes.

Il n’y a pas que le grand remplacement dans la vie

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Jeunes supporters d'Eric Zemmour, Paris, 7 avril 2022 © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA

La droite nationale ou patriote, obnubilée par la question migratoire, doit rapidement se pencher sur les autres problèmes de la jeunesse française, paupérisée et en proie à des injonctions contradictoires dingues et vertigineuses.


La droite patriote, toutes étiquettes confondues, a fait le plein sur l’immigration. Le message est passé : les Français qui devaient comprendre ont compris, les autres ne sont pas encore prêts ou ne le seront jamais. 

Le grand déclassement

Il est temps de rajouter une autre corde à son arc et de parler à d’autres Français, ceux qui sont touchés de plein fouet par le déclassement social et par le mal-être émotionnel.  Personne ne leur parle vraiment à ces Français, jeunes souvent, qui voient le monde se retourner contre eux pour les broyer. Petits-fils de boomers, ils sont nés vingt ans trop tard. Ils ont beau avoir des diplômes, ils n’ont décidément pas le même pouvoir d’achat que leurs parents. Ils ont le plus grand mal à se loger, certains ont même du mal à se nourrir correctement : ils gagnent leur vie certes mais pas assez pour manger une nourriture saine, s’acheter des fruits et des légumes. Certains sont BAC+4 ou BAC+5, mais ils occupent des emplois inutiles où ils n’ont aucune marge de manœuvre. Ils ont beau être cadres intermédiaires ou cadres supérieurs, ils sont pieds et poings liés par le CRM et la « compliance » qui en font de simples exécutants. On leur a dit qu’ils seraient une élite s’ils travaillaient beaucoup et bien, et ils se retrouvent, la trentaine passée, en train de remplir des questionnaires d’évaluation 360°.

Ils participent d’un moment incroyable de notre civilisation : ces hommes et ces femmes peuvent changer de sexe, ils peuvent échanger des nudes avec des inconnus, mais ils n’auront probablement pas de quoi s’acheter un appartement. Ils ont beau étudier, ils n’auront pas accès à la classe moyenne. Classe moyenne qui disparaît au passage, ouvrant la voie devant une France où ne subsisteront plus que les gagnants et les perdants. Autre définition du tiers-monde. Sauf que notre tiers-monde à nous n’a que le mot jouissance à la bouche, une jouissance impossible sans argent et sans carrière véritable.

Génération Prozac

De quoi devenir dingue. Et ils sont en train de le devenir. L’épidémie de la dépression est là mais personne ne veut la voir en face, car elle inflige un terrible camouflet à notre époque qui rend les gens malheureux. Les dépressions commencent de plus en plus tôt, même des enfants en souffrent maintenant. Même des enfants se suicident. Notre société va mal. Elle souffre d’un problème mental inédit : l’effondrement des défenses mentales qui rendaient la vie acceptable, voire désirable, à nos parents et grands-parents. 

A lire aussi, François-Xavier Bellamy: «La crise rurale est liée à une idéologie de la décroissance» 

Nous vivons un grand massacre. Les femmes sont laminées par les injonctions contradictoires. Elles doivent s’amuser à fond et réussir professionnellement. Elles doivent être « faciles » et dominer les hommes. Elles doivent multiplier les partenaires et vivre intensément le grand amour. Elles doivent être « bonnes » et cesser de s’épiler. Elles doivent être « girly » et agressives. Leurs ancêtres ne devaient pas résoudre une équation aussi compliquée. Elles vivaient leur féminité tout simplement, elles pouvaient compter sur les hommes pour cela.

À partir de cette ligne, Sandrine Rousseau arrête de lire

Or, les hommes aujourd’hui tombent comme les poilus dans la Somme, sous le coup d’un gaz moutarde d’un genre nouveau. Le venin est hormonal désormais : ils doivent être des hommes déconstruits, fragiles et niais, mais on attend d’eux qu’ils aient le charisme du mâle alpha. Ils doivent réussir dans la vie mais on leur interdit les vertus viriles comme l’ambition et l’honneur. Ils apprennent à faire l’amour en regardant des viols nommés films pornos, mais le spectre d’un #metoo les poursuivra tant qu’ils auront une vie sexuelle actuelle. On leur parle d’égalité homme-femme mais ils voient bien que leur parole ne vaut rien face à une femme qui les accuse sauf s’ils sont ministres ou trafiquants de drogue. Dans les deux cas, les femmes supposément battues ou molestées se rétractent et les magistrats s’abstiennent. Enfin, ils sont inutiles à leurs femmes qu’ils sont incapables de défendre contre les agressions, par manque de vigueur physique mais aussi parce que les magistrats ne supportent pas la légitime défense : aux yeux d’un juge, il vaut mieux être mort que traduit en justice pour avoir tué son assaillant.

La crise culturelle

Les deux, hommes et femmes, sont privés de culture. Hanouna a remplacé Pivot. Il n’y a plus de transmission. Les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un pays neuf, né de la dernière pluie. Ils sont privés des nourritures spirituelles de leurs ancêtres, ils ne trouvent plus la sérénité en regardant les paysages de leur beau pays, ils ne ressentent plus l’impression douce et consolante d’être chez-soi quand ils marchent à l’ombre des monuments. Ils sont largués dans le monde comme des enfants abandonnés dans un orphelinat soviétique. Comment peuvent-ils être heureux ?

Tout, absolument tout, peut les terrasser car ils sont creux et secs. Ils sont à jeun de tout ce qui importe, de tout ce qui rend fort.

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Il n’y a pas que le grand remplacement dans la vie. Il y a aussi le grand désenchantement, mélange du grand déclassement et du grand effondrement mental. En ressort une tristesse immense qui peut être un ingrédient politique de premier plan pour la conquête du pouvoir.

Ces jeunes qui souffrent ne connaissent des idées patriotes que la lutte identitaire et la souveraineté. Or, leur identité est la souffrance elle-même. Et la souveraineté est une notion exotique à leurs yeux, sachant qu’ils ne sont même pas souverains d’eux-mêmes.

La plupart ne vote probablement pas. Certains font n’importe quoi comme voter LFI ou écologistes : ils donnent des coups de poing dans le vide. Inutiles de leur en tenir rigueur, ils ont besoin d’empathie et de douceur.

Il n’y a aucune fatalité. Ils rejoindront le camp patriote le jour où il les convaincra que leur cause est entendue. Leur cause personnelle, égoïste et intime, pas la cause française.

Un bon point de départ pour se rapprocher de cet univers souterrain qui forme la musique de fond de notre société est de lire Marion Messina. Son roman Faux Départ rend compte avec brio de la détresse d’une jeune Grenobloise anéantie, en quelques mois, par une université en faillite et un marché du travail inhumain.

Faux départ

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