Dans le XVe arrondissement de Paris, un homme de 62 ans a été roué de coups par quatre mineurs venus de Seine-Saint-Denis dont il tentait d’empêcher l’intrusion dans son immeuble mercredi matin.
Rien n’est facile et on ne me trouvera jamais aux côtés de ceux qui, vindicatifs et adeptes du « il faut qu’on… on n’a qu’à… », considèrent qu’il suffit de vouloir pour pouvoir et que notre démocratie est le régime rêvé pour tout réussir en temps de crise. Cela étant dit, comment ne pas être effaré par l’état de la France au quotidien, avec les multiples exemples qui nous sont donnés du délitement et de la faiblesse de notre nation, dans l’exercice du pouvoir, le rôle des institutions et le courage des directions ? Il y a une France officielle qui, à tous niveaux, va à vau-l’eau et n’est plus tenue. Comme si une lâcheté générale avait remplacé l’envie de résister. Comme si le « à quoi bon » avait remplacé l’optimisme de l’action.
Un pays à feu et à sang
Avec la criminalité, la délinquance, la violence décuplée des mineurs et la législation absurde qui les concerne depuis le mois de septembre 2021, la diffusion du délire de minorités incultes et fanatisées dans les instituts de sciences politiques et les universités – la détestation d’Israël étant prioritaire -, l’impression que jour après jour la bonne volonté du gouvernement est ridiculisée par le réel des transgressions, des subversions qui ont pour particularité de nuire en totale liberté et impunité. Avec le sentiment d’une France à l’abandon, avec des services publics qui ne paraissent pas nous rendre ce que nos impôts leur donnent, une morosité démocratique oscillant entre polémiques de mauvais aloi et parole présidentielle confondant impartialité et esprit partisan, des ministres cultivant une politique d’annonces et de projets quand ils auraient eu largement le temps, en amont, d’en faire des réalités, avec l’obsession de montrer du doigt le RN plutôt que de désigner la lune et la catastrophe globale qu’elle porte.
Avec une nostalgie délétère qui loin de préparer au futur englue dans un passé qui ne nous aide pas parce que nous n’avons plus de caractères à sa hauteur, une frénésie de commémorations qui masque notre inaptitude à trouver des motifs pour nous réjouir du présent, une République dont le nom est d’autant plus ressassé qu’elle sert d’ultime argument quand on ne sait plus quoi dire, une liberté d’expression qu’on répugne à accepter pleine et entière et que des totalitaires confisquent à leur seul profit, la dénaturation de valeurs et de principes qui permettaient, à peu près respectés, de coexister et qui, moqués ou répudiés, rendent notre pays à feu et à sang.
Et les élections européennes, le 9 juin, autoriseront, en détournant leur objet, une protestation frustrée de n’avoir pu correctement se traduire sur le mode parlementaire.
Un courage qui force le respect
Face à ce délabrement, à cette lâcheté générale, à cette chape toute de mélancolie stérile : des courages singuliers, des énergies combatives, des révoltes anonymes, des sursauts venant combler les béances d’un État dépassé mais regardant pourtant passer la vraie France, ses violences, ses fureurs, ses cruautés, comme s’il n’y pouvait rien. J’ai été très frappé par l’exemple de cet homme âgé qui le 1er mai, vers 10 heures 30, rue Théophraste Renaudot dans le 15e arrondissement à Paris, a hurlé parce que des voyous, dont quelques mineurs, s’apprêtaient à forcer la porte de l’immeuble. Il a été roué de coups. C’est ce que j’ai nommé « courage singulier ». Face aux barbares, à ce qui décivilise et ensauvage, c’est une politique du désespoir. Il y en a qui ne se résignent pas. Qui s’opposent à la lâcheté générale. Exemple trop modeste pour être suivi, je le crains. En tout cas, respect.
Rien ne liait le résistant André Chaix à l’auteur à succès Hervé Le Tellier. Jusqu’à ce que ce dernier fasse fortune grâce au best-seller L’Anomalie et déménage dans la Drôme.
Hervé Le Tellier avait créé la surprise en obtenant le prix Goncourt 2020 – année ô combien étrange – pour L’Anomalie (Gallimard). Les lecteurs en avaient fait un phénomène éditorial puisque les ventes s’envolèrent jusqu’à atteindre le chiffre d’un million et demi d’exemplaires, de quoi acheter une maison en province, le rêve du Parisien mal remis d’un confinement arbitraire de deux mois. Hervé Le Tellier a trouvé la sienne dans la Drôme provençale, entre Montjoux et Dieulefit. C’est en rénovant la vieille bâtisse de deux étages, un ancien relais de poste, qu’il découvre, derrière une plaque de céramique vernissée, un nom et un prénom gravés à la pointe en lettres majuscules : ANDRÉ CHAIX.
L’écrivain, intrigué, va mener son enquête pour connaitre la vie de cet homme dont le destin vient de lui faire un signe. Hervé Le Tellier nous propose, non pas un roman, mais un récit circonstancié, émaillé de réflexions personnelles, sur une période sombre de notre histoire, qui n’en finit pas d’enflammer les débats contemporains, la France de Vichy (1940-1944). Chaix figure sur le monument aux morts du village ; c’est bien de s’arrêter pour lire les noms, le devoir de mémoire est essentiel, surtout quand on s’aperçoit que le garçon est mort à l’âge de vingt ans, deux mois, et trente jours.
Le Tellier, membre de l’Oulipo et admirateur de Perec, délaisse les jeux lexicaux pour reconstituer le parcours du jeune homme foudroyé. On apprend très vite qu’il s’agit d’un maquisard, fils du boulanger de Montjoux, tué par les Allemands en août 1944. Il avait une fiancée, Simone Reynier. Durant ses recherches, il tombe sur une boîte en carton qui recèle des fragments de la vie d’André. Il y a, notamment, une photo où le jeune résistant est avec son frère. Il sourit au photographe. Le Tellier va tomber sur une autre photo où André est avec son cousin et son frère. C’est pendant une perm, parce que les maquisards avaient droit à des perms, apprend-on. André sourit encore. Il croit en l’avenir. Mais comme dans le livre de Malraux, L’Espoir, c’est la mort qui attend ces enragés volontaires.
Il y a de très belles pages, émouvantes et épiques, dans le récit d’Hervé Le Tellier, intitulé Le nom sur le mur. Il raconte le quotidien des résistants qui ont faim, froid et peur. Ils sont désorganisés, leurs armes sont dérisoires, mais leur courage est immense ; insensé, pourrait-on écrire. André a pris comme pseudonyme Olivier, « un prénom et un nom d’arbre qui ne pousse pas en Allemagne ». Il a intégré le maquis dirigé par « Yves Morvan » pseudonyme de Félix Germain, un sacré gaillard à la forte personnalité. Le contexte politique, particulièrement embrouillé, n’est pas exclu du récit, au contraire. Le Tellier n’hésite pas à décrire ces Français qui se gobergent à Paris pendant que les jeunes patriotes se font occire. Et puis arrive le jour funeste. Le face à face est inégal. Les blindés de la 11e Panzerdivision « accrochent » une colonne de maquisards du maquis « Morvan ». Chaix et cinq de ses compagnons sont tués. Le Tellier nous apprend que sur les réseaux sociaux des nostalgiques de l’Elfte continue de la glorifier. C’était un sale temps où il fallait se méfier de tout le monde. C’est un des placards de notre histoire qu’il convient d’ouvrir. Ça pue, certes, mais c’est salutaire. À la fin du livre, Le Tellier confie : « Je ne sais pas qui a écrit ANDRÉ CHAIX sur le mur, et aucune des personnes que j’ai pu interroger non plus. » L’important était de savoir qui il est. C’est désormais chose faite.
Épidémie de « micro-agressions » lors des stages des étudiants de l’École Nationale de la Magistrature.
Scandale à l’École nationale de la magistrature. À l’appui d’un questionnaire anonyme distribué à l’ensemble des étudiants et auquel ont répondu plus de la moitié d’entre eux, le très à gauche Syndicat de la magistrature (SM) dénonce d’inquiétants « comportements humiliants ou dégradants » lors des stages probatoires que chaque élève doit effectuer dans un tribunal, révèle Le Monde. Qu’on se rassure toutefois : seule une poignée de cas méritent d’être signalés à la police. Mais derrière les faits graves, il convient aussi de déplorer les innombrables micro-agressions du quotidien. Pensez, quantité d’étudiants se plaignent d’avoir été « évalués » par les magistrats qui les ont surveillés durant leurs quarante semaines d’immersion sur le terrain. Certains ont même eu l’impression d’avoir été « rabaissés », d’autres relatent carrément « un sentiment de solitude ». Pire, 62 % déclarent « avoir pleuré ». Glaçant, n’est-ce pas ?
Trêve de plaisanterie. Des jeunes gens, certes brillants mais sans doute un peu trop protégés des réalités de la vie, ont donc découvert que la justice est un métier difficile, qu’elle s’accomplit dans des conditions matérielles compliquées, et parfois même en compagnie de collègues peu sympathiques. Allez savoir, peut-être que certains des « comportements humiliants et dégradants » recensés dans l’enquête sont imputables à des membres du SM, deuxième syndicat de la profession…
En tout cas, pour Kim Reuflet, sa présidente, pas question de se demander si les stagiaires ne méritent pas de temps en temps d’être un peu rudoyés. Au contraire, dit-elle, il faut que cesse la « complaisance » envers le discours d’un autre temps selon lequel « on est tous passés par là, ça fait partie du package, on n’en est pas morts ».
Bref, il est temps que l’hypersensibilité soit érigée en valeur cardinale dans l’administration judiciaire. Les tribunaux français ne donnent pourtant pas l’impression d’être peuplés de magistrats impitoyables et hautains. Il suffit de voir le nombre de décisions clémentes qui y sont rendues chaque jour. La prochaine génération de juges sera-t-elle encore plus laxiste ? Parions plutôt que, l’expérience venant, elle se permettra de se montrer à son tour sévère, mais juste, avec les stagiaires.
À l’Université de Lorraine, ironiser à propos de l’alphabet LGBT entraîne une procédure disciplinaire. Et la cellule Égalité, Diversité et Inclusion de l’établissement a installé des « safe boxes » où glisser les dénonciations en cas de blasphème diversitaire. Pourtant, Massimo Nespolo, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences et Technologies, n’a pas renoncé à jouer les trublions.
« Un corps étudiant plutôt à gauche, qui suit les cours d’un corps enseignant très à gauche, et qui est encadré par un corps administratif démesurément à gauche ». Voici le tableau du milieu universitaire américain que dressait en 2018, dans le New York Times, Samuel Abrams, politologue et chercheur à l’AEI (American Enterprise Institute). En 2023 ? C’est pire. 77% des profs à Harvard se disent à gauche (dont 32% très à gauche), 20% centristes, 2,5% conservateurs et 0,4% très conservateurs[1].
Au Royaume-Uni, le politologue Eric Kaufmann vient de fonder le Centre de Science Sociale Hétérodoxe (Center for Heterodox Social Science, Université de Buckingham) où seront explorés les sujets tabous. Il est convaincu que la pire des menaces n’est pas la cancel culture mais l’auto-censure due à l’homogénéité politique. Dans les universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni, d’Australie, ou d’Amérique du Nord, parmi les chercheurs en sciences sociales qui se disent conservateurs, trois sur quatre avouent s’auto-censurer, rappelait-il lors du lancement du nouveau centre fin février. Dans toute l’anglosphère, la liberté académique pâtit de ce défaut de pluralisme.
Et la France n’y coupe pas. Chez nous aussi, le conformisme asphyxie le débat au sein d’une éducation supérieure majoritairement woke. Saluons, en passant, le travail de L’Observatoire des Idéologies Identitaires, collectif d’une centaine d’universitaires qui s’opposent à la déconstruction des savoirs et l’intrusion du militantisme woke à l’université.
Des commentaires non conformes signalés à Nancy
L’Université de Lorraine (UL), gigantesque pôle académique à l’Est du pays, fruit de la fusion de quatre facs, est devenue ces derniers temps l’un de ces temples du wokisme. Mais Massimo Nespolo, 59 ans, né à Sienne, chercheur et professeur à la Faculté des Sciences et Technologies, ne peut s’empêcher de jouer les mouches du coche. Il a, notamment, eu l’outrecuidance de s’exprimer librement sur une plateforme interne intitulée Expression Libre. Ses commentaires, non-conformes, ont choqué certains de ses collègues au point de déclencher une procédure disciplinaire qui s’apparente à un procès pour délit d’opinion[2].
Expression Libre est un fil de discussion où les enseignants échangent petites annonces et commentaires de l’actualité. Ce jour-là, 11 juillet 2023, les messages vont bon train à propos de l’arrestation de Youssouf Traoré en marge d’une manifestation contre les violences policières en mémoire d’Adama Traoré. Les collègues de Nespolo condamnent unanimement la police française qui « passe à tabac », « casse des nez », « étouffe », « brutalise », « La routine, quoi ! »
Massimo Nespolo est alors au Japon ; il enseigne, tous les étés, à Tsukuba, sorte de capitale des sciences nipponne où il passa sa jeunesse de postdoctorant. Depuis l’autre bout du monde, donc, Nespolo consulte la liste Expression Libre. Les réflexes anti-flics de ses collègues l’irritent. Il pique un coup de sang. Un quart d’heure avant d’aller en cours, il poste, sur la plateforme, un brûlot à propos de la gauche qui a « abandonné son ADN » et ne défend plus que : « – les voyous, multirécidivistes de préférence ; – les migrants ; – les lobbies LGBTQIAxyz:-x etc, avec leurs dérives pédophiles (« les lectures pour enfants » des « Drag Queens » et d’autres obscénités) ; – toute la racaille qui s’en prend aux institutions, en particulier les forces de l’ordre ; – et j’oublie sans doute bien d’autres aménités. Que des marginaux puissent suivre une telle déliquescence, rien de surprenant. Mais que des collègues universitaires s’y plient aussi, ça n’a aucune explication ».
Nespolo y va franco. Les collègues « signalent » son message à la direction de l’université ainsi qu’aux autorités judiciaires via la Plateforme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements – la bien nommée PHAROS, phare de la pensée surveillée…
Sur la liste d’échanges Expression Libre, les commentaires redoublent. Nespolo découvre que sa diatribe est qualifiée d’« homo/transphobe ». « Abject », « ligne rouge », « clichés nauséabonds »… les accusations pleuvent, on exige des sanctions. « Ce type de sous-entendu ne pourrait-il pas motiver du disciplinaire et/ou du pénal ? » écrit un collègue, en toute confraternité. Ou encore : « très investie et attachée à travailler sur les luttes contre les discriminations, je ne peux pas lire ces mots sans réagir. Je souhaite que nous soyons protégé.es de tels propos qui ne peuvent pas être diffusés impunément ». C’est en écriture inclusive qu’on demande l’exclusion. « Personnellement, si j’exerçais dans le même champ de recherche que Massimo Nespolo, j’accueillerais ses annonces de résultat avec beaucoup de prudence ». Celui qui questionne la vulgate woke ne peut être tout à fait intègre…
Il faut écarter le collègue toxique. Onze heures plus tard, c’est chose faite : « Chères et chers collègues, vous avez été nombreux à signaler le message adressé par Mr Nespolo à 1h47 ce jour. La présidence a décidé d’interdire à Mr Nespolo l’accès à la liste « expression libre » à effet immédiat », notifie la direction des Affaires Juridiques. Et la présidente de l’université de Lorraine saisit la section disciplinaire qui évoquera, entre autres motifs du blâme bientôt infligé à Nespolo[3], sa malveillance du fait que « figure au sein de son message non pas l’acronyme LGBTQIA+ mais « LGBTQIAxyz:-x etc » ».
Pour sa défense, Nespolo précise qu’il ne porte aucun jugement négatif sur les individus LGBT ; ce sont plutôt les dérives des lobbies LGBT qu’il condamne. Il maintient par ailleurs sa critique des lectures pour enfants organisées par des drag queens, activités qu’il juge obscènes. « Donc, sur le fil Expression Libre, me dit-il encore, on peut insulter les forces de l’ordre mais on ne peut pas dire que les lobbies LGBT défendent l’indéfendable lorsqu’ils cautionnent les ateliers Drag Queens pour enfants. Le deux poids deux mesures me semble plus que flagrant ». Regrette-t-il d’avoir posté ce message somme toute un peu corsé ? « Si j’avais eu le temps (j’entrais en cours un quart d’heure plus tard) j’aurais élaboré un peu plus la phrase ! Mais regretter, bien sûr que non ! Si je n’avais pas réagi, personne ne l’aurait fait. J’ai remis les gauchistes à leur place ».
Un procès politique
Parmi les auditions lors du conseil disciplinaire, figure la déposition d’une co-secrétaire du syndicat CGT FERC SUP (Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture – Enseignement Supérieur) : « Pour nous, lutter contre les idées de l’extrême droite, car on pense qu’on est dans ce cadre-là pour ce dossier, c’est prendre la mesure de son poids, de ses idéologies […] La mention du – à la place du + à la suite de LGBTQIA est un signe d’autant plus choquant ».
Procès politique ? « Ils ont saisi l’occasion », estime Nespolo, dans le collimateur depuis qu’il est secrétaire départemental de Debout La France. Il n’est pas du bon bord politique. Certes il est étranger et le wokisme sanctifie la figure de l’Autre. Mais il y a l’Autre et l’Autre. Un Italien vivant en France et marié à une Japonaise, ça n’est pas la bonne diversité… surtout s’il est de droite.
Nespolo veut faire appel de son blâme. Il ira jusqu’à la Cour Européenne des Droits de l’Homme s’il le faut. « On ne peut être condamné simplement sur le ressenti d’un certain nombre de personnes qui se disent choquées, insiste-t-il. Il n’y a rien de factuel dans ce jugement ». Le plus glaçant dans cette affaire, est peut-être la gravité dans le ton des « signalements ». C’est presque pire que si c’était un faux procès cynique pour mauvaises pensées au service d’un régime autoritaire. On a le sentiment que les délateurs y croient dur comme fer. Les cerveaux semblent reprogrammés à la doxa diversitaire.
Ces procédures picrocholines sont diligentées au sein d’une université, entre gens qu’on croirait plus occupés à résoudre des équations. Nespolo est une tête. Son domaine de recherche ? « L’application de l’algèbre à des structures cristallines », m’a-t-il répondu. Et je l’ai cru sur parole… Son CV est infini, la liste de ses publications et conférences, comme celle de ses participations aux sociétés savantes en impose. Comment comprendre qu’on s’en prenne à un prof en poste dans la même fac depuis 21 ans, qu’on engage des chicanes pendant des mois, en vertu de cette espèce de culture de l’offense qui nous vient d’Amérique ?
Les conséquences du blâme ? « Ça peut peser sur la progression de carrière. Sachant que je suis déjà prof en classe exceptionnelle, il ne me manque qu’un échelon. Du point de vue du prestige, ça ne change rien. Ça change un peu pour le salaire, mais c’est pas ça qui compte ». Nespolo n’est pas une victime, c’est juste une sorte de dinosaure décidé à ne pas se laisser dicter ses pensées. Les universitaires qui vénèrent la culture du désaccord se font rare.
Seuls trois chercheurs sont intervenus en faveur de Mr Nespolo dans le fil de discussion. Par ailleurs, pour sa défense, Massimo Nespolo a produit les messages de soutien qui lui ont été envoyés personnellement par des collègues scandalisés qu’il soit exclu de la plateforme Expression Libre. Tous contestent les accusations de racisme et autres phobies portées contre lui. Certains le connaissent et témoignent de son innocence. D’autres ne le connaissent pas personnellement mais réprouvent l’esprit de censure qui gagne.
Ces messages lui ont donc été envoyés directement sur sa boîte mail. Ils sont au nombre de seize. Treize parmi leurs signataires ont demandé à ce que leur nom n’apparaisse pas dans le dossier de défense. C’est dire le climat. Un exemple ? « Je suis malheureusement contraint de rester silencieux car je sais ces gens capables de mettre fin à mon début de carrière purement et simplement », écrit l’un des anonymes à Nespolo. On touche du doigt ce « totalitarisme d’atmosphère » évoqué par la sociologue Nathalie Heinich dans son essai Le wokisme serait-il un totalitarisme ? ou par Mathieu Bock-Côté dans Le totalitarisme sans le goulag.
Ça n’est plus un secret : le totem woke EDI (Égalité Diversité Inclusion) est un exemple chimiquement pur de double langage. L’égalité d’opportunités est jetée aux orties au profit d’une utopique égalité de résultat. La diversité s’applique aux couleurs de peau ou orientations sexuelles mais la diversité d’opinion est hors-jeu. Quant à l’inclusion, elle consiste à exclure les hérétiques, sous prétexte de protéger les minorités. Et à l’Université de Lorraine, la cellule EDI porte beau. À la veille de Noël, et « dans un effort significatif pour promouvoir un campus inclusif et sûr », elle annonçait l’installation de trois « Safe Boxes ». « Ces boîtes sont destinées à recueillir des témoignages, anonymes ou non, concernant les violences sexistes, sexuelles et les discriminations. […] cette initiative souligne l’importance du « bien vivre ensemble » sur le campus. Il ne s’agit pas seulement d’éradiquer les violences et les discriminations, mais de cultiver une culture d’entraide, de compréhension mutuelle et d’acceptation des différences », est-il précisé sur le site de l’université. « Expression libre », « compréhension mutuelle », « acceptation des différences »… autant de motifs d’inquiétude… La délation a de l’avenir.
[1] Sondage réalisé par le journal étudiant Harvard Crimson en 2023.
[2] Nous avons contacté les autorités de l’Université de Lorraine pour recueillir leur point de vue à propos de la procédure engagée à l’encontre de Massimo Nespolo. Voici la réponse de Clotilde Boulanger, vice-présidente politique doctorale : « Suite à votre sollicitation, je me permets de vous donner la position de mon université. L’établissement ne commente pas les affaires en cours, l’affaire que vous citez n’étant pas terminée. Par conséquent nous ne répondrons pas au questionnaire. Bien à vous ».
Notre chroniqueur, enthousiasmé par l’ordre qui règne dans l’archipel nippon, en arrive à recommander l’adoption par la France de pratiques qui règlent effectivement la plus grande part de la délinquance ordinaire, y compris celle des mineurs, mais choquent évidemment notre sens inné de la justice et du respect des droits des criminels, auxquels nos magistrats sont si attachés…
Sans doute vous rappelez-vous le fameux film de Vittorio de Sica (1948), chef d’œuvre du cinéma néo-réaliste, où un pauvre prolo italien se fait voler la bicyclette qui lui aurait permis de se rendre sur son lieu de travail, et finit par tenter d’en voler une autre. Rien de ça au Japon. Les bicyclettes (nombreuses, et généralement non électriques, le Japonais pédale pour de bon) sont rarement attachées, parce qu’elles ne sont pas volées. Il n’y a pour ainsi dire pas, même dans une ville gigantesque comme Tokyo, de délinquance ordinaire, celle qui fait rager le Français tous les jours. Pas de revendeurs de cigarettes à la sauvette, pas de vol à l’arraché, pas même de fraude dans le métro — où aucun portillon ne vous empêcherait de passer. Plusieurs raisons à cet état de fait.
Un pays où l’on respecte les règles
D’abord, le Japonais est éduqué. Il respecte les consignes, ne se vautre pas sur les banquettes réservées aux infirmes et aux femmes enceintes, n’écoute pas de la musique à fond en public, ne fume même pas en marchant — il y a des espaces clos, dans la rue, pour fumeurs, et même pour fumeurs de cigarettes électroniques. Du coup, pas un mégot par terre, pas un chewing-gum — et personne ne s’aviserait de cracher dans la rue.
À l’école, j’ai eu l’occasion d’en parler l’année dernière, il est en uniforme, ne sort pas intempestivement son portable qui reste au fond de son sac, il respecte ses maîtres et objectivement, il a l’air très heureux de ces contraintes. Ensuite, il y a la Loi…
Tout délinquant arrêté en infraction est passible, dans un premier temps, d’une garde à vue de 23 jours, pendant lesquels vous n’avez pas le droit de passer un coup de fil (la police s’en charge), on vous nourrit de trois bols de riz par vingt-quatre heures, vous dormez sur une natte, et vous ne pouvez recevoir de visite qu’une fois par semaine, en présence de la police, et à condition de parler japonais — ce qui handicapa considérablement Carlos Ghosn, dont l’épouse n’articulait pas un mot. Cette garde à vue peut être rallongée quasi indéfiniment, car les motifs d’inculpation sont découpés en tranches fines, et chaque nouvelle charge remet 20 jours dans le compteur. De surcroît, pendant cette garde à vue où on vous incarcère dans des Daiyō kangoku, centres de détention gérés par la police, vous êtes interrogé, et souvent d’une manière assez brutale, 12 heures par jour. Les flics nippons ont à la main soit de courtes matraques, soit de grands bâtons du type boken — avec l’entraînement adéquat. Amnesty International, qui trouve tant à redire à la façon dont on traite en France les étudiants qui soutiennent le Hamas, a protesté maintes fois sans que cela émeuve qui que ce soit dans l’archipel. Au bout de cette garde à vue, qui de fait peut durer des mois, la seule façon de vous en sortir est d’avouer. On a appelé cela la « justice de l’otage ». Sûr que tout le monde n’a pas les moyens de s’enfuir dans une sacoche rigide de contrebasse…
Les sauvageons savent à quoi s’en tenir
Quand il s’agit de mineurs (de 14 à 20 ans), la garde à vue ne peut être que de 3 jours, éventuellement prolongés de 10 — avec traitement approprié. Puis le jeune est expédié dans un kanbetsusho, centre de rétention où il subit pendant un mois divers tests visant à cerner sa personnalité. À l’issue de cette période d’un confort très relatif (lever à l’aurore, marche au pas, obéissance et silence absolus), le juge aux affaires familiales prend la mesure qui lui paraît la plus appropriée : période de probation à domicile avec convocation pour un entretien de contrôle une fois par mois, envoi dans un centre de vie en collectivité très encadrée type internat, envoi en maison de correction (shônen in), cadre plus rigoureux, plus proche d’une prison. Et là, écoutez bien : dans tous les cas, la durée n’est pas fixée à l’avance car il ne s’agit pas de sanctions mais de mesures éducatives. Tout dépend de l’évolution constatée du jeune. La mesure se termine quand on considère que le jeune s’est suffisamment amendé. Ils sont pleins d’humour, ces Japonais… Alors forcément, ça calme.
La Justice française répugnera sans doute à s’inspirer de pratiques étrangères, aussi efficaces soient-elles. Faisons donc une suggestion. Chaque jour on entend parler de multirécidivistes. Et pourquoi ne le seraient-ils pas, les juges devant lesquels ils passent les condamnant en gros à des stages poney ? Les deux énergumènes qui ont cassé la figure à deux couples (plus un passant qui s’était porté à leur secours) à Nice il y a quelques jours ont été libérés par la police. Pourquoi ne pas instaurer un système de points, comme pour le permis ? Quand tu as épuisé ton quota, on s’en prend directement à la prime de rentrée scolaire ou aux aides sociales. Il s’agirait de déléguer réellement aux parents, dont c’est le boulot, la surveillance et la répression de leur petite canaille… Nous connaissons tous des multirécidivistes routiers que la perspective de perdre les deux derniers points assagit soudain. Frapper au portefeuille est aussi efficace, et moins voyant, que les torgnoles policières, qui de fait sont interdites depuis des années.
Nous connaissons bien sûr des malfrats qui roulent sans permis ni assurance. Ma foi, dans ce cas, la police japonaise, qui est très inspirée des pratiques américaines, n’hésite pas à tirer. Et les juges — et l’opinion publique — lui donnent raison. Mais c’est une hypothèse d’école : cela ne se produit pas, dans l’archipel nippon.
Si les grosses ficelles politiciennes et les éléments de langage agressifs de la candidate Renaissance Valérie Hayer étaient bien trop visibles au début du débat de BFMTV, hier soir, elle a ensuite marqué quelques points face à un Jordan Bardella jusqu’alors présenté comme le « candidat de l’esquive »1 de cette campagne électorale.
Il faut le reconnaitre, certains débats ont tout du pensum et quand on est journaliste politique, on se demande parfois comment font les citoyens ordinaires pour tenir aussi longtemps devant leur écran, alors qu’ils n’y sont pas obligés. Je dois le reconnaitre, j’ai trouvé la première heure de cette rencontre opposant les deux « favoris » de l’élection européenne à mourir d’ennui. Valérie Hayer n’a rien d’une politique et elle s’avère incapable de donner un quelconque sens à son action. Pourtant, tout le monde reconnait que la candidate Renaissance a été présente au parlement européen et s’y est investie au cours de son mandat. Mais de cela les Français se moquent ! Ils ont compris que le vrai pouvoir était entre les mains de la Commission et n’accordent que peu de crédit au parlement. Les élections européennes sont donc devenues une façon de dire son fait au pouvoir en l’absence de rendez-vous électoraux majeurs. Et ce débat ne risquait pas de changer la donne. Si Jordan Bardella, bien plus à l’aise que Valérie Hayer, déroulait bien ses thèmes et gérait de façon professionnelle la situation face à une candidate au début peu consistante, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne forçait pas non plus son talent.
Des enjeux différents
Il faut dire que les enjeux n’étaient pas les mêmes pour les deux protagonistes.
Jordan Bardella. DR.
L’une devait exister et sortir de l’indifférence ou du profond ennui qu’elle inspire. Il est impératif pour elle de garder sa place de seconde et de ne pas se faire doubler sur sa gauche par Raphaël Glucksmann. Elle n’avait donc rien à perdre à la confrontation. Partant de très bas en termes de notoriété, simplement résister au rouleau compresseur Jordan Bardella serait déjà vu comme positif. Elle avait donc tout à gagner si elle parvenait à exister ne serait-ce qu’un peu.
Lui ne devait pas freiner une bonne dynamique qui, à un peu plus d’un mois de l’échéance électorale, peut difficilement être inversée sauf accident industriel lourd. Il devait gérer à la fois la normalisation, afin de rendre le procès en extrême-droite instruit par ses adversaires inaudible, faire profil bas, et garder son calme pour rester concentré sur les enjeux intéressant vraiment les Français.
Un début difficile pour Valérie Hayer
Le début du débat a été catastrophique pour Valérie Hayer. Elle n’est pas faite pour ça et correspond à tout ce que les Français n’aiment guère : trop techno, maladroitement agressive, sans pertinence, peu concrète. L’épisode où l’animateur Benjamin Duhamel demande à l’un et à l’autre d’évoquer les qualités et défauts de leur adversaire est particulièrement symptomatique : Valérie Hayer sombre dans l’attaque personnelle, alors que l’on ne sent pas chez elle une agressivité naturelle. De ce fait la séquence apparait surjouée, mal maitrisée, inutilement brutale et fait cadeau à Jordan Bardella – plus posé et objectif – d’une forme de retenue et d’élégance… Cette erreur de positionnement donne l’impression d’une candidate macroniste factice, la façade Potemkine d’un pouvoir en place aux abois. Une impression que la candidate Renaissance donnera à plusieurs reprises au début du débat. Elle cherche alors ses mots, fuit le regard de son adversaire et ne parait ni vraiment être là, ni habiter sa parole. Pire même : si les deux candidats manient évidemment des éléments de langage préparés, ceux de Valérie Hayer sont déballés à la hâte et sans finesse. Ainsi dans cette première partie du débat, elle va tenter la victimisation en mode : « Cela vous dérange tant que cela de laisser parler une femme ? » Et va le faire à plusieurs reprises. Sauf que cela ne passe pas, sent la grosse ficelle, et que l’échec de la manœuvre sera complet lorsqu’elle va à son tour couper le discours de Jordan Bardella et que celui-ci va lui demander si c’est par sexisme aussi qu’elle lui refuse la parole !
Changeant de stratégie, après avoir échoué à présenter Jordan Bardella en macho viriliste patriarcal, Mme Hayer tente à nouveau de réactiver la diabolisation de l’adversaire en élargissant le procès au RN et à son fondateur, Jean-Marie Le Pen. « Neuf minutes de débat et vous appelez déjà Jean-Marie Le Pen au secours ? » lui lancera alors, goguenard, Jordan Bardella. Au vu de l’ennui intense de la soirée, tout le monde est allé vérifier : cela faisait en réalité plus de 20 minutes que les deux candidats échangeaient. Autres tentatives de déstabilisation, ressortir des phrases prononcées par Marine Le Pen il y a 10 ans, ou répéter en boucle « je ne suis pas candidate au poste de Premier ministre ou de président de la République ». Tout cela tombe à plat, tant l’utilisation de ces arguments arrive souvent mal-à-propos et cache mal les faiblesses oratoires de la candidate.
Valérie Hayer va faire dans cette première partie du débat un autre cadeau énorme à Jordan Bardella, en faisant du lien qu’il fait entre immigration et délinquance l’occasion d’une énième leçon de morale et d’un procès en essentialisation. Hélas, les chiffres que brandit alors le président de RN sont implacables et l’accusation de cliver le pays fait « pschitt » quand celui-ci lui demande si elle croit vraiment que c’est le RN qui est responsable de l’ensauvagement et de la montée de la violence en France.
Un Jordan Bardella qui ne force pas son talent
Pendant ce temps, Jordan Bardella prend garde à ne pas paraitre agressif et déroule avec efficacité ses thèmes : énergie, immigration, sécurité, en veillant toujours à parler par-dessus l’épaule de la candidate, s’adressant aux Français quand son adversaire, elle, se laisse aveugler par le duel et se focalise sur lui. Mais, cette faiblesse de Valérie Hayer va finir par lui servir. Et elle commence tellement mal son débat que les progrès qu’elle réalise ensuite deviennent notables. Le seul fait de tenir bon devient une preuve de résistance et une forme de courage, et puis, dans la deuxième partie du débat, la tête de liste de Renaissance va enfin se montrer un peu plus incisive et pertinente. Elle réussit notamment une séquence intéressante en confrontant Jordan Bardella à ses soutiens européens et en citant les déclarations de ces alliés. Lesquelles ne sont pas à piquer des hannetons. Là, on sent Jordan Bardella touché. Certes il se défend efficacement et marque des points en faisant remarquer à Valérie Hayer qu’elle-même, dans le cadre d’accords politiques, a soutenu la candidature à un poste européen d’une femme ouvertement anti-avortement – il en profite au passage pour déclarer qu’il est pour l’IVG. Il n’en reste pas moins que Jordan Bardella ne prend pas si clairement ses distances avec des déclarations bien gênantes sur d’autres points (sexisme, homophobie…) de ses amis. Dans cette séquence, Valérie Hayer est pertinente car elle croit profondément à ce qu’elle dit, mais surtout parce qu’elle fait là de la morale et pas de la politique. Elle est donc en phase avec elle-même et sa parole porte.
Une autre séquence l’avait l’illustré un peu avant, concernant la guerre en Ukraine. Valérie Hayer apparait très à l’aise aussi, tant que l’on reste dans le registre théorique, celui de la morale, quand on ne se réfère qu’au monde tel qu’il devrait être. Mais tout cela vole en éclats quand le politique revient. Elle offre alors une bonne séquence de positionnement régalien à Jordan Bardella qui la reprend à la volée : « La guerre c’est sérieux, Madame », et l’on n’est pas forcément utile « en allant se faire prendre en photos en Ukraine »… Là il se passe quelque chose d’intéressant entre les deux protagonistes qui illustre peut-être toute la faiblesse de nos démocraties : puisque l’Ukraine ne doit pas tomber, faisons comme si cela dépendait uniquement de notre volonté et pas de l’état de notre défense, de nos capacités de production militaire. C’est l’incapacité à parler de la vérité de la situation quand la réalité nous déplait qui saute alors aux yeux.
Une carte blanche à l’avantage de Jordan Bardella
Le débat termine inévitablement sur une « carte blanche » laissée aux candidats. Alors que la candidate Renaissance sort d’une bonne séquence, elle termine mal, retombant dans l’ornière techno et agressive. Dommage, c’était pourtant le moment pour elle de s’adresser aux Français. D’ailleurs elle retrouve ses hésitations verbales et une forme d’absence que l’on pouvait déjà remarquer au commencement du débat. Reste qu’elle a résisté, ne s’est pas effondrée et dans le fond a réussi son pari : elle existe un peu plus aux yeux des Français au sortir de cette importante émission.
De son côté, en redoutable animal politique, Jordan Bardella termine mieux qu’elle mais il n’a pas renversé la table alors qu’en face de lui le répondant était pourtant faible. Certes, il a été sans conteste le meilleur, mais sur ce point être dans l’opposition est toujours plus favorable, alors que Valérie Hayer doit gérer l’ombre portée d’Emmanuel Macron. Au vu du rejet que ce dernier suscite chez nombre de Français, cela ne lui facilite pas la tâche. Et d’ailleurs, alors que Valérie Hayer est déjà à la peine dans les sondages, l’ARCOM vient de décompter l’intégralité du discours prononcé par Emmanuel Macron à la Sorbonne pour l’Europe de son temps de parole2 ! Pourtant ce discours n’aura bougé aucune ligne et servi à rien. Sitôt prononcé, sitôt oublié.
Dans le combat contre l’islamisme, toutes les forces sont nécessaires, qu’elles viennent de gauche ou de droite. Lâcher Mila au prétexte de ses fréquentations s’apparente à une trahison. Les querelles intestines affaiblissent la riposte et consolident notre ennemi.
N’en déplaise à Caroline Fourest, figure solennelle de la « gauche républicaine », c’est Mila la révoltée qui a raison. Déboulant le 8 avril sur RMC, la jeune femme de 21 ans a lancé : « J’ai la haine, la rage », parlant de l’emprise islamiste grandissante sur la France. Ce jour-là, la résistance à la charia qui vient et à l’avachissement de la République a pris le visage de cette guerrière blonde et tatouée, qui vécut sous protection policière pour avoir traité l’islam de « religion de merde » il y a quatre ans.
Ennemis communs
Or l’essayiste Fourest, qui batailla utilement contre Tariq Ramadan, reproche à Mila son manque de « nuances ». Elle l’accuse de s’être rapproché « de la jeunesse identitaire rance avec qui elle pose en soirée ». Mais à quoi bon ces reproches acides ? Cette revendication d’une chasse gardée relève de l’usurpation, au nom d’une autorité morale autodécrétée. Certes, cette gauche laïque sauve l’honneur du progressisme, qui a pactisé avec le totalitarisme coranique. Cependant, ce club prolophobe a « la méchanceté d’un homme qui se noie » (Aragon) quand il rejette dos à dos, comme le fait Fourest, « les bas du front de l’islamisme » et les « bas du front du racisme », au prétexte de se démarquer de la droite populaire qui sonne le tocsin depuis des lustres. La prétention à la supériorité est d’autant plus contre-productive que la posture sentencieuse vient en renfort des islamistes, qui sont pourtant des ennemis communs. Ces derniers voient en Mila une mécréante ; Fourest et ses amis de Franc-Tireur y voient une extrémiste de droite. La tenaille a pour même effet de vouloir faire taire une voix courageuse.
Il n’est plus temps d’être poli. Peu importe si Mila parle dru ou lance des assauts sans dentelles. L’urgence est de dénoncer les violences importées – sexistes, ethniques, tribales, claniques, religieuses – qui ponctuent l’actualité de la nouvelle France diversitaire. L’urgence est de s’indigner de la banalisation de l’antisémitisme islamo-palestinien, qui fait dire à Greta Thunberg, sous les applaudissements de l’extrême gauche et des écologistes : « Écrasons le sionisme », et donc les juifs d’Israël et d’ailleurs. Le soulèvement de jeunes Français éveillés, étrillés par des censeurs pusillanimes, vient en réaction à la lâcheté de trente ans de discours d’apaisement et de moralisme unilatéral. Pour avoir réclamé, à Besançon, l’« expulsion des violeurs étrangers », deux militantes du collectif Némésis ont été placées en garde à vue et poursuivies par la maire écologiste qui les accuse d’« alimenter la haine contre les migrants ». Cette inversion des valeurs dévoile un dérèglement mental. La crainte de blesser les musulmans a incité à la tolérance et à l’excuse devant les provocations de l’islam colonisateur. Or cette attitude a été prise pour une faiblesse par une civilisation viriliste construite sur la force et la conquête. L’islamisme intimidant s’est incrusté dans les universités et les quartiers d’immigration. La « police des mœurs » rend la vie odieuse aux musulmanes qui, comme Samara à Montpellier, aimeraient vivre à l’occidentale. Mila a raison de sonner la diane.
La fin du « pas de vague »
Dans la guerre intérieure à mener contre le nazislamisme, toutes les forces sont nécessaires, qu’elles viennent de gauche ou de droite. Lâcher une combattante au prétexte de ses fréquentations, non homologuées par le vivre-ensemble, s’apparente à une trahison. Les querelles intestines affaiblissent la riposte et consolident l’ennemi. Face à lui, le « pas de vague » est une capitulation. Tout au contraire, il faut que se lèvent les orages désirés. « Il faut des vagues ! La religion ne peut contrôler l’État », estime l’avocat Richard Malka (Europe 1, le 1er avril). Comme l’explique Didier Lemaire (Valeurs actuelles, 11 avril), ancien professeur de philosophie de Trappes accusé d’islamophobie, « la société civile doit se mobiliser pour pallier des défaillances de l’État. » Lui-même vient de créer l’association Défense des serviteurs de la République, pour venir en aide aux agents publics abandonnés à leur sort de dhimmis. C’est tout ce monde excédé, encore balbutiant, qu’il faut soutenir. « Le pays tient ! » se rassure Alain Minc (« Répliques », France Culture, 23 mars). En réalité, l’état de décomposition avancée de la Belgique ou de la Grande-Bretagne islamisées annonce ce que la France pourrait connaître demain, tant la classe politique actuelle redoute la confrontation. Aujourd’hui, seul un musulman britannique sur quatre estime que le Hamas a commis des meurtres et des viols en Israël le 7 octobre. 46 % jugent que les juifs ont trop d’influence sur la politique, 32 % « souhaitent » l’instauration de la charia au Royaume-Uni d’ici vingt ans (sondage Henry Jackson Society). En France, la charia impose déjà ses règles sur les terres conquises.
Tout comme Israël est exemplaire dans sa guerre existentielle contre le djihad iranien, les patriotes français insoumis à l’islam sont l’antidote au risque totalitaire. Les musulmans démocrates, hélas encore trop silencieux, ont toute leur place dans ce combat à mener. « Le fascisme n’est pas si improbable », concluait Georges Pompidou dans Le Noeud gordien (1974) en redoutant la survenue d’un « homme fort et casqué ». Mais l’ancien président de la République n’envisageait pas, il y a cinquante ans, l’importation en France du totalitarisme djihadiste, soutenu par l’extrême gauche révolutionnaire et antisémite. Là est le nouveau fascisme. L’aveuglement persistant de la classe politique sur cette immigration de remplacement mériterait d’ailleurs d’être sanctionné pour inaction sécuritaire et haute trahison. Quoi de plus grotesque que le parcours d’Olivier Véran, pourfendeur macronien du « populisme » ? Neurologue de formation, il a rejoint une clinique des Champs-Élysées spécialisée dans la chirurgie esthétique. « Je ne toucherai ni à des pénis ni à des fessiers », a promis l’ancien ministre de la Santé et porte-parole du gouvernement. Comment pardonner à ceux qui se regardent le nombril plutôt que d’écouter les lanceurs d’alerte ? Toutefois, rien n’est perdu : la ringardise et la couardise sont désormais à gauche. La droite saura-t-elle être héroïque face à l’ennemi intérieur ?
Les Jeux peuvent-ils rendre à Paris sa superbe ? se lamente notre chroniqueur
Luxueux et raffiné. Tel est le Train Bleu, émérite et centenaire brasserie située juste au-dessus des quais de la gare de Lyon, construite pour l’Exposition Universelle de 1900 par l’architecte Marius Toudoire. En pénétrant dans cette auguste institution gourmande, on imagine sans peine le futur Edouard VII y dîner, accompagné de sa sublime maîtresse Sarah Bernhardt, impératrice de cœur qui faisait oublier au prince les pesanteurs de la société victorienne de l’autre côté de la Manche…
Benoît Duteurtre n’a pas manqué de l’évoquer dans son Dictionnaire Amoureux de la Belle Epoque et des Années Folles : « On ne soulignera jamais trop le rôle du prince de Galles, fils aîné de la reine Victoria, dans le rapprochement franco-britannique à l’aube du XXe siècle. On ne saurait même comprendre cet événement politique majeur sans insister sur le rôle essentiel qu’y jouèrent les petites femmes, la passion du théâtre, l’amour du divertissement et des plaisirs de la vie qui poussaient irrésistiblement vers Paris le futur souverain britannique. » Les Anglais de la fin du XIXème siècle nourrissaient à l’égard de la France des fantasmes comparables à ceux qu’entretiendraient plus tard les petits Français des années 1960 désireux de découvrir le « swinging London ».
Un héritage précieux
Le Paris de la Belle Epoque était un Paris de fêtes, peuplé d’artistes, de femmes portant des bijoux de contes de fées et de bourgeois sortis des pages de Maurice Leblanc. Gare d’ailleurs à ne pas y croiser un Arsène Lupin à fine moustache, maitrisant la canne-épée aussi bien que le sarcasme, prêt à vous détrousser de vos sous avant de séduire votre compagne du soir pour la faire danser dans tous les cabarets de Montmartre. Paris était alors une ville excitante où tout était possible. Le centre d’un Empire qui s’étendait sur les cinq continents. Le centre des innovations technologiques. Le centre des poètes et des artistes. Le centre du monde, tout simplement. Non seulement dans les esprits des Français, qui avaient bien conscience de la supériorité de leurs mœurs et de l’excellence de leur culture, mais aussi et surtout dans les imaginations enfiévrées de nos voisins qui rêvaient tous de toucher du doigt à l’idéal parisien. Et comment leur en vouloir ? Qui n’a jamais rêvé de flâner dans les grandes artères parisiennes pour en admirer les élégantes qui sous leurs ombrelles dévoilaient un peu de leurs charmes voluptueux ?
Stefan Zweig le confessera d’ailleurs quelques années plus tard : « Nulle part, on ne sentait, par tous ses sens éveillés, une identité aussi forte entre sa jeunesse et l’atmosphère que dans cette ville qui se donne à tous et dont aucun ne peut faire complètement le tour. » Parenthèse entre la Grande Dépression et la Première Guerre mondiale, ce qu’on nommera plus tard la Belle Epoque fut un temps de progrès technique et d’expérimentations artistiques. La Belle Epoque a enfanté la modernité telle que nous la connaissons aujourd’hui. Apparaissent les technologies de notre quotidien qui passent des ateliers de recherche théorique des savants à l’usage courant. L’Europe est alors touchée par une vague d’innovations spectaculaires qui s’accomplissent le plus singulièrement en France, pays de toutes les avant-gardes. Charles Péguy le résuma laconiquement : « Le monde a plus changé entre 1880 et 1914 que depuis les Romains ». Tout concourt d’ailleurs à cet optimisme dont nous ferons le deuil en 1914 : l’Etat présente un budget excédentaire, le franc-or est particulièrement stable et la croissance est importante tous les ans.
Nous vivons encore des dividendes accumulés à la Belle Epoque, période où des noms désormais ancrés dans les inconscients collectifs émergent pour ne plus jamais s’effacer. Qu’ils soient artistes, scientifiques ou industriels, leur legs est toujours vif. Citons dans le désordre ces figures majeures que sont toujours Louis Pasteur, Rodin, André Citroën, Gustave Eiffel ou encore Louis Lumière. Leurs inventions et leurs œuvres nous accompagnent toujours au quotidien. De grandes figures populaires naissent dans tous les domaines et se font connaître à travers une médiatisation accrue. C’est l’âge d’or de la presse avec une liberté d’expression et une diversité idéologique qui pourraient aujourd’hui nous sembler surréalistes.
Car, la Belle Epoque est aussi et avant tout le moment d’une révolution dans les moyens de communication qu’on ne saurait comparer qu’avec l’émergence d’internet. Tant dans les moyens techniques que dans les modes d’expression. Le télégraphe, la transmission sans fil, le téléphone ou l’aéropostale, offrent aux Français la possibilité de se tenir au courant des affaires du monde de manière bien plus rapide que ce à quoi ils étaient auparavant habitués. Par ailleurs, les journaux paraissent dans des quantités jamais vues auparavant avec la création des fameuses « rotatives ». Certains des journaux que nous trouvons encore dans les kiosques sortent pour la première fois, à l’image de L’Humanité dirigé un temps par Jean Jaurès ou de La Croix. Si les inégalités sociales persistent, laissant le champ libre à la reconnaissance dans le débat public de la dialectique marxiste, le progrès technique bénéficie alors à de nombreux Parisiens et Français qui regardent avec optimisme le futur.
Cela se matérialise par la généralisation des loisirs, des fêtes, la démocratisation de la pratique sportive, ainsi que la construction de nombreuses villes de villégiature, à la mer comme à la montagne. Le Parisien de la Belle Epoque pratique la boxe française, ne se déparant jamais de sa canne-épée, se délasse au théâtre, fréquente les brasseries, suit assidûment les feuilletons littéraires populaires dans la presse et s’emporte sur les questions politiques au café. Privilégié, il assiste aux représentations de Debussy et se presse pour découvrir les différents courants artistiques émergents.
Paris, capitale mondiale des avant-gardes techniques, culturelles et artistiques
Une vue de l’esprit fait passer Vienne pour le siège des avant-gardes de l’époque. Dans Vienne, fin de siècle, Carl Schorske estime que la capitale austro-hongroise fut le siège de la modernité, citant dans un même élan Klimt, Freud ou le musicien Schoenberg. Paris fut pourtant tout autant en pointe, et parfois même en avance. Le baptême du symbolisme littéraire date de 1886, année où Jean Moréas publia son manifeste dans Le Figaro. Le naturalisme français n’avait pas un monopole ! Les auteurs de la Jeune Vienne confessaient eux-mêmes leur admiration pour les poètes parisiens révoltés qu’étaient Rimbaud, Verlaine ou Mallarmé.
Dans le domaine de la peinture et des arts décoratifs, le même constat peut être fait. Tous les styles ayant défié le classicisme sont nés à Paris, pas à Londres ou à Vienne. Pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs ! Mais qui contestera aujourd’hui que l’impressionnisme, le nabisme, le symbolisme, le fauvisme, le cubisme, et même le futurisme attribué à tort à l’Italie, ont eu leurs premières œuvres exposées à Paris, alors phare du monde ? Dès 1870, le Salon officiel est contesté, les artistes s’organisant indépendamment en constituant des réseaux de galeristes privés, s’entraidant et se soutenant mutuellement.
Il n’est pas innocent que Freud soit allé à Paris pour étudier auprès du professeur Charcot, son œuvre multipliant les références à des écrivains et penseurs français qui furent les premiers à s’intéresser aux zones d’ombre de l’esprit humain. Madame Bovary n’en est-il pas l’un des exemples les plus frappants ? Quant à Bergson et Taine, n’ont-ils pas été en avance de quelques années sur leurs homologues germanophones ? La France est injuste avec les siens, refusant de leur reconnaître la primauté qu’ils ont eus dans tous les champs de connaissance et toutes les expressions créatives. Le Paris de la Belle Epoque n’avait rien à envier à aucune autre ville, il attirait à lui l’âme d’un monde qui finirait malheureusement fracassée dans un déluge d’artillerie sur les plaines de la Marne.
Dans Le Monde d’Hier, un Stefan Zweig nostalgique consacre un chapitre entier à Paris, ville de l’éternelle jeunesse, et écrit donc : « Nulle part, on ne sentait, par tous ses sens éveillés, une identité aussi forte entre sa jeunesse et l’atmosphère que dans cette ville qui se donne à tous et dont aucun ne peut faire complètement le tour. Je sais bien qu’il n’est plus ce Paris heureux de ma jeunesse, ce Paris qui vous communiquait l’allant dont il était rempli ; peut-être qu’il ne retrouvera plus jamais cette merveilleuse liberté depuis qu’une poigne de fer, la plus tyrannique qui soit sur la terre, lui a imprimé sa marque brûlante ».
Quarante années de gloire
Il serait vain de porter un regard trop nostalgique sur une époque révolue qui ne fut d’ailleurs pas parfaite. Le progrès technique apporta aussi son lot de difficultés et de malheur. On l’oublie d’ailleurs, mais Paris était aussi une capitale du crime, ce qu’une relecture des Brigades du Tigre comme des journaux d’alors relatant les aventures des Apaches tatoués des faubourgs suffira à rappeler. Néanmoins, la brillance de ces années ne fait aucun doute. Elles sont encore un point de référence. Plus lointain que les Trente Glorieuses mais sûrement plus déterminant.
Le chaos de la Première Guerre mondiale aura raison de la domination française sur le monde. La France et l’Europe ne se remettront jamais pleinement de la période des deux guerres mondiales. Nous bénéficions pourtant toujours des infrastructures, des inventions et des richesses accumulées à la Belle Epoque. Il est de bon ton désormais de réprouver nos aînés, de contester la démarche coloniale de Jules Ferry qui fit flotter le drapeau français sur tous les continents, reste la gloire d’un prestige inouï correspondant à une période de développement inédite dans l’histoire de l’humanité. Ce progrès vertigineux que la France a offert au monde est incontestable. Une balade dans Paris, nous amenant du Trocadéro aux Galeries Lafayette en passant par le Musée d’Orsay, réveille immanquablement les fantômes tutélaires de ces grands anciens dont les réalisations nous obligent a minima à faire preuve d’humilité. « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe », disait Gustave Flaubert.
La stratège et compagne d’Éric Zemmour entre en scène. Candidate à l’élection européenne, en troisième place sur la liste conduite par Marion Maréchal, cette patriote passée par l’ENA connaît ses dossiers. Immigration, islam, économie, elle est convaincue que les graves problèmes du pays appellent des solutions simples. Sur son rôle, souvent contesté, comme sur les frères ennemis, elle parle sans détour. Et refuse la fatalité.
Causeur.Toute l’histoire politique française montre que si on veut être élu, il faut savoir mentir.
Sarah Knafo. Et toute l’histoire politique montre où cela nous a conduits d’avoir voté pour des menteurs ! Je vous pose une autre question : à quoi sert de gagner les élections sans dire la vérité ? Vous pensez que la vérité n’est pas payante, que les Français préfèrent un mensonge rassurant à une vérité inquiétante. Je ne suis pas d’accord ! J’ai une haute estime du peuple français : les Français ne sont pas des aveugles, ni des défaitistes, ni des paresseux. Les politiciens misent sur leur résignation. Nous misons sur leur courage et leur clairvoyance. Reconquête prend le risque de la vérité. C’est un risque. Mais l’alternative, c’est là où nous sommes aujourd’hui.
Sauf que Marine Le Pen est arrivée au second tour. Et pour la prochaine, compte tenu de l’écart, ça n’est pas gagné…
Il reste trois ans et c’est énorme. Les vainqueurs proclamés trois ans avant n’ont jamais été élus. Chaban-Delmas, Rocard, Balladur, Jospin et Juppé. Ils étaient les candidats des médias et des sondages, ils ne sont même pas arrivés au second tour. Ils se disaient : « J’appartiens au système, mes cadres siègent au Palais Bourbon, mon équipe de gouvernement est prête. » Résultat, ils n’ont plus pris de risques, n’ont rien dit qui pouvait surprendre ou choquer. Les Français n’aiment pas ces ronronnements.
Donc, vous affirmez que Marine Le Pen ne sera jamais élue ?
Je n’ai pas de boule de cristal. Mais je connais l’histoire de la Ve République et je dis simplement que, quand on se croit déjà élu, on n’est plus dans la conquête, on ne bouge plus une oreille. Alors, on se dévitalise, et on cesse d’être un vote de contestation, notamment pour les classes populaires.
En somme, vous êtes plus populiste que Marine Le Pen ?
Nous n’appartenons pas au système. La question n’est pas qui est le plus populiste, mais qui est le plus réaliste.
Les ponts sont-ils complètement rompus entre Marine Le Pen et Éric Zemmour ? Et les jeunes continuent-ils à se croiser dans les fêtes, les dîners ?
Il n’y a pas de dispute personnelle. Nous disons aux électeurs : nous avons des différences, qui sont même en train de se creuser, nous pensons avoir les meilleures idées pour la France, nous les défendons, quitte parfois à critiquer nos concurrents. Et après nous ferons notre devoir de Français ! Soit, nous sommes au second tour, ce qui pourrait bien finir par se produire, et ils votent pour nous. Soit c’est un autre candidat de droite, et on votera pour lui. C’est simple et loyal, ça marie la différence et l’union. Pour avoir des alliés, il faut accepter d’avoir des rivaux.
Parlons de l’Ukraine. Avant l’invasion du pays, beaucoup de vos sympathisants trouvaient des vertus à Poutine. Cette admiration pour l’homme fort est-elle toujours de mise ?
En géopolitique, nous n’avons qu’une seule boussole chez Reconquête : les intérêts français. Nous n’attendons notre salut d’aucun homme fort étranger, mais de nous-mêmes et de notre peuple. Ce conflit a montré que la paix sur le continent n’était pas éternelle, et il nous a fait prendre conscience de notre faiblesse militaire. Si nous voulons la paix en Europe, la France a un devoir de puissance. Il faut nous réarmer, nous réindustrialiser, augmenter les forces françaises.
Selon vous, faut-il empêcher la Russie de gagner ?
Les politiciens français vont infléchir le cours de la guerre ? J’ai été très frappée par la légèreté des paroles entendues ici et là, entre un Mélenchon qui pense qu’on va imposer la paix en criant « La paix ! » en meeting, et un Macron qui croit qu’il va faire plier Poutine en élevant un peu la voix et en postant quelques photos. Pendant qu’ils parlent, il y a eu 500 000 morts et blessés, civils et militaires, dans cette guerre. Donc oui, il faut qu’elle s’arrête et que le peuple ukrainien retrouve sa souveraineté. Quand on défend l’idée de patrie, je ne vois pas comment on peut ne pas être d’accord sur ce point. Je ne sais pas qui va « gagner la guerre », et je ne crois pas que nous ayons la main sur cette question. On parle d’une guerre, pas d’un match de foot.
Si vous étiez députée, auriez-vous voté le plan d’aide à l’Ukraine ?
Je dis oui à une aide matérielle et humanitaire à l’Ukraine. La limite à ne pas franchir est la mise en danger de notre nation. Force est de constater que ce plan d’aide n’a rien réglé. Alors, laissez-moi refuser de faire semblant d’avoir la solution miracle. La guerre n’est pas une bataille d’éléments de langage.
Mais sommes-nous ou pas concernés par cette guerre ?
Évidemment que cette guerre nous concerne : elle fait des morts sur le sol européen. Mais le danger existentiel pour la France est ailleurs. Nous avons des Français qui meurent chaque semaine sur notre sol à cause de la violence.
Pour la France, qu’est-ce qui vous permet de penser qu’il n’est pas trop tard ?
Nous sommes passés en très peu de temps du déni au fatalisme. Refusons les deux ! Je veux parler à tous ceux qui se disent « de toutes façons Reconquête c’est toujours la même chanson ! » ; à tous ceux qui se disent « ces gens-là portent les bons constats mais n’ont pas de solutions ». Je veux leur parler, et ça tombe bien, on a encore un peu de temps !
Prenons l’immigration, par exemple.
Nous avons 500 000 entrées légales chaque année. C’est bien plus que l’immigration clandestine ! Or, un migrant qui entre en France légalement, c’est un tampon apposé sur un bout de papier. Concrètement, cela signifie qu’un fonctionnaire, dans une préfecture, lui a donné l’autorisation. Eh bien, il suffit de décider d’arrêter. Les fonctionnaires respectent la loi, les circulaires et les directives.
Il y a tous ceux qui entrent pour demander l’asile aussi.
Très simple : on ne les accueille plus sur le territoire français. On a des consulats, des ambassades, ils devront faire leur demande dans leur pays d’origine. C’est la méthode danoise. Elle a fait baisser de 50% en deux ans les demandes d’asile. Je suis une sociale-démocrate danoise !
Il faudrait importer la gauche danoise. Quoi qu’il en soit, l’islamisme n’est plus seulement importé, il est également autochtone.
Et si on admettait tout simplement qu’on refuse l’islamisation de notre pays ? Qu’on refuse les horaires séparés dans les piscines, les voiles dans l’espace public, l’entrisme islamique à l’école ? Les musulmans sont libres de vivre dans l’un des 57 pays musulmans du monde. Ils choisissent la France. La France est libre de leur dire qu’en France, on vit comme des Français.
Vous envoyez la police dans mille endroits en même temps pour faire enlever les voiles et les burqas ?
Ça s’appelle la loi. C’est drôle que vous partiez du principe qu’il y aurait mille endroits à la fois où les musulmans ne respecteront pas la loi… Ce que je dis, c’est que nous devons poser nos règles. Ceux qui violent la loi commettent un délit et payeront pour ce délit. Dans quel monde est-ce qu’on refuse de poser une règle sous prétexte que certains ne la respecteraient pas ? Vous imaginez, aucune règle fiscale parce qu’il existe des fraudeurs fiscaux et qu’ils sont durs à aller chercher ? On a posé les règles les plus strictes et parfois même les plus absurdes pour obliger les gens à porter des masques pendant le Covid. Soudain, quand il s’agit de défendre notre identité, cela paraît impossible ?
Et puis que faites-vous de Samara ?
Justement, ces mesures sont les seules qui peuvent l’aider. Quand l’État français interdira le voile, Samara subira beaucoup moins la pression des barbus pour se voiler. Elle pourra leur répondre qu’elle respecte la loi.
Vous avez l’impression que nous n’avons pas de violence aujourd’hui ? Les solutions des autres, on les connaît : ne rien faire, ne rien changer. Elles me paraissent beaucoup plus dangereuses ! Plus on se rapproche de la guerre civile, plus on nous dit que c’est en l’empêchant qu’on va la déclencher. C’est un raisonnement parfaitement absurde. Nous sommes capables de rétablir l’ordre sans semer le chaos.
Mais Gabriel Attal dit qu’il faut combattre la charia dans les établissements scolaires, c’est un saut sémantique.
La communication de Gabriel Attal, c’est toujours la montagne qui accouche d’une souris. Quand elle accouche de quelque chose… Nous le savons grâce à nos « Parents vigilants » : rien n’a changé depuis qu’il a été ministre de l’Éducation nationale. Pas une virgule, pas une ligne. Les groupes de niveau ont été enterrés. Il voit que la charia s’invite à l’École, fort bien et après ? On offre des stages de poney aux jeunes et tout va s’arranger ?
Il ne suffirait pas de régler les problèmes d’immigration et de sécurité pour sauver la France. Il y a aussi un problème économique.
Vous avez cent fois raison. L’immigration est loin d’être notre seul problème. Chaque jour qui passe, nous nous endettons de 400 millions d’euros de plus. Pourtant, notre pays est le plus imposé du monde, et sans doute même de l’Histoire. L’État prélève chaque année 47 % de la richesse que nous produisons, c’est-à-dire qu’à partir du 16 de chaque mois, nous ne travaillons plus pour nous-mêmes, mais pour l’État. Il faut baisser massivement les dépenses publiques pour pouvoir baisser massivement les impôts. Je parle d’une révolution, pas de micro-baisses. Giscard disait qu’au-dessus de 40 %, nous serions en régime socialiste. Donc revenons déjà à 40 %. C’est la moyenne de l’OCDE. Aucun Français ne doit travailler 40 % de son temps pour financer des dépenses publiques toujours plus massives. C’est ça, le problème, c’est que le travail ne paye pas assez, que le « salaire brut » est la plus grande arnaque économique de tous les temps. J’ai une liste de mesures longues comme le bras qui visent à ce que la somme versée par les patrons aux salariés se retrouve dans la poche de ceux-ci.
Alors comment faites-vous pour remettre les comptes publics à l’équilibre ?
Allons-y ! Je peux vous donner des dizaines d’exemples de dépenses à couper dès demain. Il suffit d’une seule loi ! Vous prenez n’importe quel ministère et vous l’épinglez ; c’était mon métier de faire ce travail ! Couper dans l’aide publique au développement, c’est 15 milliards d’euros par an. 150 millions d’euros d’aide au développement à la Chine, la deuxième économie du monde, qu’on aide à se développer ! C’est incompréhensible et indéfendable. Il faut aussi et surtout avoir le courage de remettre en cause le périmètre de l’intervention publique, de ses fonctions, de ses priorités, et de ses besoins en personnel. Typiquement, il faut privatiser l’audiovisuel public. C’est 4 milliards d’euros par an. Nous avons des tonnes à couper, sans même retirer un gramme de service public. Je vous rappelle que le régalien pèse seulement 6 % dans les dépenses publiques. Le scandale du déficit se situe ailleurs.
Pour vous, « libéral » est un gros mot ?
Je ne parle pas de libéralisme, je parle de bon sens. Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas socialiste. On voit où nous a conduits l’économie de gauche : toujours plus de dépenses, de fonctionnaires, donc toujours plus d’impôts, et toujours moins de service public. Les classes populaires sont les premières concernées.
On a vu sur Instagram que vous écoutez du Aya Nakamura à la maison…
J’écoute de tout ! Je n’ai aucun snobisme. On peut écouter ça avec légèreté, sans conséquence et surtout sans considérer qu’Aya Nakamura représente la part la plus exigeante de nous-mêmes, c’est-à-dire la part que nous aimerions exposer au monde.
Y a-t-il des personnages de l’histoire auxquels vous vous identifiez ?
Richelieu ! À la fin de sa vie, son confesseur lui demande s’il pardonne à ses ennemis et Richelieu répond : « Je n’en ai jamais eu d’autres que ceux de l’État. » Je trouve cela magnifique ! Son Testament politique est un monument. Dans l’histoire plus récente, j’admire Marie-France Garaud, que j’ai eu la chance de connaître et de côtoyer. Quel cran, quelle liberté, quelle femme !
Elle a été candidate à la présidentielle. Y avez-vous déjà pensé ?
Je ne vais pas tout faire comme Marie-France Garaud !
Au top 50, c’est l’Américaine Billie Eilish que Greta Thunberg préfère écouter!
Dans le monde de la musique pop sous influence écolo-bobo, la chanteuse Billie Eilish est devenue un modèle du genre en cochant toutes les cases du politiquement correct.
Féministe, elle soutient le mouvement « Body Positive » qui lutte contre « les stéréotypes de la beauté imposés par la société ». Écologiste, elle milite contre le « réchauffement climatique ». Son modèle ? Greta Thunberg, of course. Lors de la « Marche pour le climat » organisée à Los Angeles, cheveux verts au vent, elle déclare : « J’espère que les adultes et les personnes âgées vont nous écouter, afin que nous ne mourions pas tous ». Elle-même fait tout pour que le monde échappe à ce triste sort : il est demandé aux fans d’apporter lors de ses concerts leurs propres bouteilles d’eau rechargeables, d’éviter les pailles en plastique et de prendre le temps de visiter son écovillage, dans lequel sont dispensés des conseils pour « sauver la planète ». En 2020, elle participe au mouvement BLM et s’attaque aux « privilèges blancs ». En 2021, elle annonce la sortie de son parfum, un parfum végan. Elle assure avoir économisé 33 millions de litres d’eau en servant aux membres de ses équipes des repas uniquement à base de plantes lors de sa dernière tournée. En 2023, elle confie être bisexuelle.
Récemment, après avoir dénoncé les détestables « habitudes de surconsommation dans l’industrie de la musique », Eilish a annoncé vouloir montrer l’exemple à ses collègues : ses disques seront désormais fabriqués à 100 % avec du vinyle recyclé. Régulièrement, la chanteuse rappelle à la presse qu’elle a été dépressive, anxieuse, terriblement triste durant son adolescence, et qu’elle est « neurodivergente ».
Exaspérés par ses déclarations pontifiantes, les fans des artistes dénoncés par Billie Eilish comme mauvais écologistes considèrent que la seule maladie avérée dont souffre la chanteuse, c’est l’hypertrophie de la tête. Pour eux, aucun doute, Billie Eilish a pris le melon. Ils apprécieraient maintenant qu’elle cesse de prendre le chou à tout le monde avec ses exhortations écolos débitées lors de tournées financièrement très rentables, mais au « bilan carbone » bien plus calamiteux que la fabrication des disques vinyle.
Dans le XVe arrondissement de Paris, un homme de 62 ans a été roué de coups par quatre mineurs venus de Seine-Saint-Denis dont il tentait d’empêcher l’intrusion dans son immeuble mercredi matin.
Rien n’est facile et on ne me trouvera jamais aux côtés de ceux qui, vindicatifs et adeptes du « il faut qu’on… on n’a qu’à… », considèrent qu’il suffit de vouloir pour pouvoir et que notre démocratie est le régime rêvé pour tout réussir en temps de crise. Cela étant dit, comment ne pas être effaré par l’état de la France au quotidien, avec les multiples exemples qui nous sont donnés du délitement et de la faiblesse de notre nation, dans l’exercice du pouvoir, le rôle des institutions et le courage des directions ? Il y a une France officielle qui, à tous niveaux, va à vau-l’eau et n’est plus tenue. Comme si une lâcheté générale avait remplacé l’envie de résister. Comme si le « à quoi bon » avait remplacé l’optimisme de l’action.
Un pays à feu et à sang
Avec la criminalité, la délinquance, la violence décuplée des mineurs et la législation absurde qui les concerne depuis le mois de septembre 2021, la diffusion du délire de minorités incultes et fanatisées dans les instituts de sciences politiques et les universités – la détestation d’Israël étant prioritaire -, l’impression que jour après jour la bonne volonté du gouvernement est ridiculisée par le réel des transgressions, des subversions qui ont pour particularité de nuire en totale liberté et impunité. Avec le sentiment d’une France à l’abandon, avec des services publics qui ne paraissent pas nous rendre ce que nos impôts leur donnent, une morosité démocratique oscillant entre polémiques de mauvais aloi et parole présidentielle confondant impartialité et esprit partisan, des ministres cultivant une politique d’annonces et de projets quand ils auraient eu largement le temps, en amont, d’en faire des réalités, avec l’obsession de montrer du doigt le RN plutôt que de désigner la lune et la catastrophe globale qu’elle porte.
Avec une nostalgie délétère qui loin de préparer au futur englue dans un passé qui ne nous aide pas parce que nous n’avons plus de caractères à sa hauteur, une frénésie de commémorations qui masque notre inaptitude à trouver des motifs pour nous réjouir du présent, une République dont le nom est d’autant plus ressassé qu’elle sert d’ultime argument quand on ne sait plus quoi dire, une liberté d’expression qu’on répugne à accepter pleine et entière et que des totalitaires confisquent à leur seul profit, la dénaturation de valeurs et de principes qui permettaient, à peu près respectés, de coexister et qui, moqués ou répudiés, rendent notre pays à feu et à sang.
Et les élections européennes, le 9 juin, autoriseront, en détournant leur objet, une protestation frustrée de n’avoir pu correctement se traduire sur le mode parlementaire.
Un courage qui force le respect
Face à ce délabrement, à cette lâcheté générale, à cette chape toute de mélancolie stérile : des courages singuliers, des énergies combatives, des révoltes anonymes, des sursauts venant combler les béances d’un État dépassé mais regardant pourtant passer la vraie France, ses violences, ses fureurs, ses cruautés, comme s’il n’y pouvait rien. J’ai été très frappé par l’exemple de cet homme âgé qui le 1er mai, vers 10 heures 30, rue Théophraste Renaudot dans le 15e arrondissement à Paris, a hurlé parce que des voyous, dont quelques mineurs, s’apprêtaient à forcer la porte de l’immeuble. Il a été roué de coups. C’est ce que j’ai nommé « courage singulier ». Face aux barbares, à ce qui décivilise et ensauvage, c’est une politique du désespoir. Il y en a qui ne se résignent pas. Qui s’opposent à la lâcheté générale. Exemple trop modeste pour être suivi, je le crains. En tout cas, respect.
Rien ne liait le résistant André Chaix à l’auteur à succès Hervé Le Tellier. Jusqu’à ce que ce dernier fasse fortune grâce au best-seller L’Anomalie et déménage dans la Drôme.
Hervé Le Tellier avait créé la surprise en obtenant le prix Goncourt 2020 – année ô combien étrange – pour L’Anomalie (Gallimard). Les lecteurs en avaient fait un phénomène éditorial puisque les ventes s’envolèrent jusqu’à atteindre le chiffre d’un million et demi d’exemplaires, de quoi acheter une maison en province, le rêve du Parisien mal remis d’un confinement arbitraire de deux mois. Hervé Le Tellier a trouvé la sienne dans la Drôme provençale, entre Montjoux et Dieulefit. C’est en rénovant la vieille bâtisse de deux étages, un ancien relais de poste, qu’il découvre, derrière une plaque de céramique vernissée, un nom et un prénom gravés à la pointe en lettres majuscules : ANDRÉ CHAIX.
L’écrivain, intrigué, va mener son enquête pour connaitre la vie de cet homme dont le destin vient de lui faire un signe. Hervé Le Tellier nous propose, non pas un roman, mais un récit circonstancié, émaillé de réflexions personnelles, sur une période sombre de notre histoire, qui n’en finit pas d’enflammer les débats contemporains, la France de Vichy (1940-1944). Chaix figure sur le monument aux morts du village ; c’est bien de s’arrêter pour lire les noms, le devoir de mémoire est essentiel, surtout quand on s’aperçoit que le garçon est mort à l’âge de vingt ans, deux mois, et trente jours.
Le Tellier, membre de l’Oulipo et admirateur de Perec, délaisse les jeux lexicaux pour reconstituer le parcours du jeune homme foudroyé. On apprend très vite qu’il s’agit d’un maquisard, fils du boulanger de Montjoux, tué par les Allemands en août 1944. Il avait une fiancée, Simone Reynier. Durant ses recherches, il tombe sur une boîte en carton qui recèle des fragments de la vie d’André. Il y a, notamment, une photo où le jeune résistant est avec son frère. Il sourit au photographe. Le Tellier va tomber sur une autre photo où André est avec son cousin et son frère. C’est pendant une perm, parce que les maquisards avaient droit à des perms, apprend-on. André sourit encore. Il croit en l’avenir. Mais comme dans le livre de Malraux, L’Espoir, c’est la mort qui attend ces enragés volontaires.
Il y a de très belles pages, émouvantes et épiques, dans le récit d’Hervé Le Tellier, intitulé Le nom sur le mur. Il raconte le quotidien des résistants qui ont faim, froid et peur. Ils sont désorganisés, leurs armes sont dérisoires, mais leur courage est immense ; insensé, pourrait-on écrire. André a pris comme pseudonyme Olivier, « un prénom et un nom d’arbre qui ne pousse pas en Allemagne ». Il a intégré le maquis dirigé par « Yves Morvan » pseudonyme de Félix Germain, un sacré gaillard à la forte personnalité. Le contexte politique, particulièrement embrouillé, n’est pas exclu du récit, au contraire. Le Tellier n’hésite pas à décrire ces Français qui se gobergent à Paris pendant que les jeunes patriotes se font occire. Et puis arrive le jour funeste. Le face à face est inégal. Les blindés de la 11e Panzerdivision « accrochent » une colonne de maquisards du maquis « Morvan ». Chaix et cinq de ses compagnons sont tués. Le Tellier nous apprend que sur les réseaux sociaux des nostalgiques de l’Elfte continue de la glorifier. C’était un sale temps où il fallait se méfier de tout le monde. C’est un des placards de notre histoire qu’il convient d’ouvrir. Ça pue, certes, mais c’est salutaire. À la fin du livre, Le Tellier confie : « Je ne sais pas qui a écrit ANDRÉ CHAIX sur le mur, et aucune des personnes que j’ai pu interroger non plus. » L’important était de savoir qui il est. C’est désormais chose faite.
Épidémie de « micro-agressions » lors des stages des étudiants de l’École Nationale de la Magistrature.
Scandale à l’École nationale de la magistrature. À l’appui d’un questionnaire anonyme distribué à l’ensemble des étudiants et auquel ont répondu plus de la moitié d’entre eux, le très à gauche Syndicat de la magistrature (SM) dénonce d’inquiétants « comportements humiliants ou dégradants » lors des stages probatoires que chaque élève doit effectuer dans un tribunal, révèle Le Monde. Qu’on se rassure toutefois : seule une poignée de cas méritent d’être signalés à la police. Mais derrière les faits graves, il convient aussi de déplorer les innombrables micro-agressions du quotidien. Pensez, quantité d’étudiants se plaignent d’avoir été « évalués » par les magistrats qui les ont surveillés durant leurs quarante semaines d’immersion sur le terrain. Certains ont même eu l’impression d’avoir été « rabaissés », d’autres relatent carrément « un sentiment de solitude ». Pire, 62 % déclarent « avoir pleuré ». Glaçant, n’est-ce pas ?
Trêve de plaisanterie. Des jeunes gens, certes brillants mais sans doute un peu trop protégés des réalités de la vie, ont donc découvert que la justice est un métier difficile, qu’elle s’accomplit dans des conditions matérielles compliquées, et parfois même en compagnie de collègues peu sympathiques. Allez savoir, peut-être que certains des « comportements humiliants et dégradants » recensés dans l’enquête sont imputables à des membres du SM, deuxième syndicat de la profession…
En tout cas, pour Kim Reuflet, sa présidente, pas question de se demander si les stagiaires ne méritent pas de temps en temps d’être un peu rudoyés. Au contraire, dit-elle, il faut que cesse la « complaisance » envers le discours d’un autre temps selon lequel « on est tous passés par là, ça fait partie du package, on n’en est pas morts ».
Bref, il est temps que l’hypersensibilité soit érigée en valeur cardinale dans l’administration judiciaire. Les tribunaux français ne donnent pourtant pas l’impression d’être peuplés de magistrats impitoyables et hautains. Il suffit de voir le nombre de décisions clémentes qui y sont rendues chaque jour. La prochaine génération de juges sera-t-elle encore plus laxiste ? Parions plutôt que, l’expérience venant, elle se permettra de se montrer à son tour sévère, mais juste, avec les stagiaires.
À l’Université de Lorraine, ironiser à propos de l’alphabet LGBT entraîne une procédure disciplinaire. Et la cellule Égalité, Diversité et Inclusion de l’établissement a installé des « safe boxes » où glisser les dénonciations en cas de blasphème diversitaire. Pourtant, Massimo Nespolo, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences et Technologies, n’a pas renoncé à jouer les trublions.
« Un corps étudiant plutôt à gauche, qui suit les cours d’un corps enseignant très à gauche, et qui est encadré par un corps administratif démesurément à gauche ». Voici le tableau du milieu universitaire américain que dressait en 2018, dans le New York Times, Samuel Abrams, politologue et chercheur à l’AEI (American Enterprise Institute). En 2023 ? C’est pire. 77% des profs à Harvard se disent à gauche (dont 32% très à gauche), 20% centristes, 2,5% conservateurs et 0,4% très conservateurs[1].
Au Royaume-Uni, le politologue Eric Kaufmann vient de fonder le Centre de Science Sociale Hétérodoxe (Center for Heterodox Social Science, Université de Buckingham) où seront explorés les sujets tabous. Il est convaincu que la pire des menaces n’est pas la cancel culture mais l’auto-censure due à l’homogénéité politique. Dans les universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni, d’Australie, ou d’Amérique du Nord, parmi les chercheurs en sciences sociales qui se disent conservateurs, trois sur quatre avouent s’auto-censurer, rappelait-il lors du lancement du nouveau centre fin février. Dans toute l’anglosphère, la liberté académique pâtit de ce défaut de pluralisme.
Et la France n’y coupe pas. Chez nous aussi, le conformisme asphyxie le débat au sein d’une éducation supérieure majoritairement woke. Saluons, en passant, le travail de L’Observatoire des Idéologies Identitaires, collectif d’une centaine d’universitaires qui s’opposent à la déconstruction des savoirs et l’intrusion du militantisme woke à l’université.
Des commentaires non conformes signalés à Nancy
L’Université de Lorraine (UL), gigantesque pôle académique à l’Est du pays, fruit de la fusion de quatre facs, est devenue ces derniers temps l’un de ces temples du wokisme. Mais Massimo Nespolo, 59 ans, né à Sienne, chercheur et professeur à la Faculté des Sciences et Technologies, ne peut s’empêcher de jouer les mouches du coche. Il a, notamment, eu l’outrecuidance de s’exprimer librement sur une plateforme interne intitulée Expression Libre. Ses commentaires, non-conformes, ont choqué certains de ses collègues au point de déclencher une procédure disciplinaire qui s’apparente à un procès pour délit d’opinion[2].
Expression Libre est un fil de discussion où les enseignants échangent petites annonces et commentaires de l’actualité. Ce jour-là, 11 juillet 2023, les messages vont bon train à propos de l’arrestation de Youssouf Traoré en marge d’une manifestation contre les violences policières en mémoire d’Adama Traoré. Les collègues de Nespolo condamnent unanimement la police française qui « passe à tabac », « casse des nez », « étouffe », « brutalise », « La routine, quoi ! »
Massimo Nespolo est alors au Japon ; il enseigne, tous les étés, à Tsukuba, sorte de capitale des sciences nipponne où il passa sa jeunesse de postdoctorant. Depuis l’autre bout du monde, donc, Nespolo consulte la liste Expression Libre. Les réflexes anti-flics de ses collègues l’irritent. Il pique un coup de sang. Un quart d’heure avant d’aller en cours, il poste, sur la plateforme, un brûlot à propos de la gauche qui a « abandonné son ADN » et ne défend plus que : « – les voyous, multirécidivistes de préférence ; – les migrants ; – les lobbies LGBTQIAxyz:-x etc, avec leurs dérives pédophiles (« les lectures pour enfants » des « Drag Queens » et d’autres obscénités) ; – toute la racaille qui s’en prend aux institutions, en particulier les forces de l’ordre ; – et j’oublie sans doute bien d’autres aménités. Que des marginaux puissent suivre une telle déliquescence, rien de surprenant. Mais que des collègues universitaires s’y plient aussi, ça n’a aucune explication ».
Nespolo y va franco. Les collègues « signalent » son message à la direction de l’université ainsi qu’aux autorités judiciaires via la Plateforme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements – la bien nommée PHAROS, phare de la pensée surveillée…
Sur la liste d’échanges Expression Libre, les commentaires redoublent. Nespolo découvre que sa diatribe est qualifiée d’« homo/transphobe ». « Abject », « ligne rouge », « clichés nauséabonds »… les accusations pleuvent, on exige des sanctions. « Ce type de sous-entendu ne pourrait-il pas motiver du disciplinaire et/ou du pénal ? » écrit un collègue, en toute confraternité. Ou encore : « très investie et attachée à travailler sur les luttes contre les discriminations, je ne peux pas lire ces mots sans réagir. Je souhaite que nous soyons protégé.es de tels propos qui ne peuvent pas être diffusés impunément ». C’est en écriture inclusive qu’on demande l’exclusion. « Personnellement, si j’exerçais dans le même champ de recherche que Massimo Nespolo, j’accueillerais ses annonces de résultat avec beaucoup de prudence ». Celui qui questionne la vulgate woke ne peut être tout à fait intègre…
Il faut écarter le collègue toxique. Onze heures plus tard, c’est chose faite : « Chères et chers collègues, vous avez été nombreux à signaler le message adressé par Mr Nespolo à 1h47 ce jour. La présidence a décidé d’interdire à Mr Nespolo l’accès à la liste « expression libre » à effet immédiat », notifie la direction des Affaires Juridiques. Et la présidente de l’université de Lorraine saisit la section disciplinaire qui évoquera, entre autres motifs du blâme bientôt infligé à Nespolo[3], sa malveillance du fait que « figure au sein de son message non pas l’acronyme LGBTQIA+ mais « LGBTQIAxyz:-x etc » ».
Pour sa défense, Nespolo précise qu’il ne porte aucun jugement négatif sur les individus LGBT ; ce sont plutôt les dérives des lobbies LGBT qu’il condamne. Il maintient par ailleurs sa critique des lectures pour enfants organisées par des drag queens, activités qu’il juge obscènes. « Donc, sur le fil Expression Libre, me dit-il encore, on peut insulter les forces de l’ordre mais on ne peut pas dire que les lobbies LGBT défendent l’indéfendable lorsqu’ils cautionnent les ateliers Drag Queens pour enfants. Le deux poids deux mesures me semble plus que flagrant ». Regrette-t-il d’avoir posté ce message somme toute un peu corsé ? « Si j’avais eu le temps (j’entrais en cours un quart d’heure plus tard) j’aurais élaboré un peu plus la phrase ! Mais regretter, bien sûr que non ! Si je n’avais pas réagi, personne ne l’aurait fait. J’ai remis les gauchistes à leur place ».
Un procès politique
Parmi les auditions lors du conseil disciplinaire, figure la déposition d’une co-secrétaire du syndicat CGT FERC SUP (Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture – Enseignement Supérieur) : « Pour nous, lutter contre les idées de l’extrême droite, car on pense qu’on est dans ce cadre-là pour ce dossier, c’est prendre la mesure de son poids, de ses idéologies […] La mention du – à la place du + à la suite de LGBTQIA est un signe d’autant plus choquant ».
Procès politique ? « Ils ont saisi l’occasion », estime Nespolo, dans le collimateur depuis qu’il est secrétaire départemental de Debout La France. Il n’est pas du bon bord politique. Certes il est étranger et le wokisme sanctifie la figure de l’Autre. Mais il y a l’Autre et l’Autre. Un Italien vivant en France et marié à une Japonaise, ça n’est pas la bonne diversité… surtout s’il est de droite.
Nespolo veut faire appel de son blâme. Il ira jusqu’à la Cour Européenne des Droits de l’Homme s’il le faut. « On ne peut être condamné simplement sur le ressenti d’un certain nombre de personnes qui se disent choquées, insiste-t-il. Il n’y a rien de factuel dans ce jugement ». Le plus glaçant dans cette affaire, est peut-être la gravité dans le ton des « signalements ». C’est presque pire que si c’était un faux procès cynique pour mauvaises pensées au service d’un régime autoritaire. On a le sentiment que les délateurs y croient dur comme fer. Les cerveaux semblent reprogrammés à la doxa diversitaire.
Ces procédures picrocholines sont diligentées au sein d’une université, entre gens qu’on croirait plus occupés à résoudre des équations. Nespolo est une tête. Son domaine de recherche ? « L’application de l’algèbre à des structures cristallines », m’a-t-il répondu. Et je l’ai cru sur parole… Son CV est infini, la liste de ses publications et conférences, comme celle de ses participations aux sociétés savantes en impose. Comment comprendre qu’on s’en prenne à un prof en poste dans la même fac depuis 21 ans, qu’on engage des chicanes pendant des mois, en vertu de cette espèce de culture de l’offense qui nous vient d’Amérique ?
Les conséquences du blâme ? « Ça peut peser sur la progression de carrière. Sachant que je suis déjà prof en classe exceptionnelle, il ne me manque qu’un échelon. Du point de vue du prestige, ça ne change rien. Ça change un peu pour le salaire, mais c’est pas ça qui compte ». Nespolo n’est pas une victime, c’est juste une sorte de dinosaure décidé à ne pas se laisser dicter ses pensées. Les universitaires qui vénèrent la culture du désaccord se font rare.
Seuls trois chercheurs sont intervenus en faveur de Mr Nespolo dans le fil de discussion. Par ailleurs, pour sa défense, Massimo Nespolo a produit les messages de soutien qui lui ont été envoyés personnellement par des collègues scandalisés qu’il soit exclu de la plateforme Expression Libre. Tous contestent les accusations de racisme et autres phobies portées contre lui. Certains le connaissent et témoignent de son innocence. D’autres ne le connaissent pas personnellement mais réprouvent l’esprit de censure qui gagne.
Ces messages lui ont donc été envoyés directement sur sa boîte mail. Ils sont au nombre de seize. Treize parmi leurs signataires ont demandé à ce que leur nom n’apparaisse pas dans le dossier de défense. C’est dire le climat. Un exemple ? « Je suis malheureusement contraint de rester silencieux car je sais ces gens capables de mettre fin à mon début de carrière purement et simplement », écrit l’un des anonymes à Nespolo. On touche du doigt ce « totalitarisme d’atmosphère » évoqué par la sociologue Nathalie Heinich dans son essai Le wokisme serait-il un totalitarisme ? ou par Mathieu Bock-Côté dans Le totalitarisme sans le goulag.
Ça n’est plus un secret : le totem woke EDI (Égalité Diversité Inclusion) est un exemple chimiquement pur de double langage. L’égalité d’opportunités est jetée aux orties au profit d’une utopique égalité de résultat. La diversité s’applique aux couleurs de peau ou orientations sexuelles mais la diversité d’opinion est hors-jeu. Quant à l’inclusion, elle consiste à exclure les hérétiques, sous prétexte de protéger les minorités. Et à l’Université de Lorraine, la cellule EDI porte beau. À la veille de Noël, et « dans un effort significatif pour promouvoir un campus inclusif et sûr », elle annonçait l’installation de trois « Safe Boxes ». « Ces boîtes sont destinées à recueillir des témoignages, anonymes ou non, concernant les violences sexistes, sexuelles et les discriminations. […] cette initiative souligne l’importance du « bien vivre ensemble » sur le campus. Il ne s’agit pas seulement d’éradiquer les violences et les discriminations, mais de cultiver une culture d’entraide, de compréhension mutuelle et d’acceptation des différences », est-il précisé sur le site de l’université. « Expression libre », « compréhension mutuelle », « acceptation des différences »… autant de motifs d’inquiétude… La délation a de l’avenir.
[1] Sondage réalisé par le journal étudiant Harvard Crimson en 2023.
[2] Nous avons contacté les autorités de l’Université de Lorraine pour recueillir leur point de vue à propos de la procédure engagée à l’encontre de Massimo Nespolo. Voici la réponse de Clotilde Boulanger, vice-présidente politique doctorale : « Suite à votre sollicitation, je me permets de vous donner la position de mon université. L’établissement ne commente pas les affaires en cours, l’affaire que vous citez n’étant pas terminée. Par conséquent nous ne répondrons pas au questionnaire. Bien à vous ».
Notre chroniqueur, enthousiasmé par l’ordre qui règne dans l’archipel nippon, en arrive à recommander l’adoption par la France de pratiques qui règlent effectivement la plus grande part de la délinquance ordinaire, y compris celle des mineurs, mais choquent évidemment notre sens inné de la justice et du respect des droits des criminels, auxquels nos magistrats sont si attachés…
Sans doute vous rappelez-vous le fameux film de Vittorio de Sica (1948), chef d’œuvre du cinéma néo-réaliste, où un pauvre prolo italien se fait voler la bicyclette qui lui aurait permis de se rendre sur son lieu de travail, et finit par tenter d’en voler une autre. Rien de ça au Japon. Les bicyclettes (nombreuses, et généralement non électriques, le Japonais pédale pour de bon) sont rarement attachées, parce qu’elles ne sont pas volées. Il n’y a pour ainsi dire pas, même dans une ville gigantesque comme Tokyo, de délinquance ordinaire, celle qui fait rager le Français tous les jours. Pas de revendeurs de cigarettes à la sauvette, pas de vol à l’arraché, pas même de fraude dans le métro — où aucun portillon ne vous empêcherait de passer. Plusieurs raisons à cet état de fait.
Un pays où l’on respecte les règles
D’abord, le Japonais est éduqué. Il respecte les consignes, ne se vautre pas sur les banquettes réservées aux infirmes et aux femmes enceintes, n’écoute pas de la musique à fond en public, ne fume même pas en marchant — il y a des espaces clos, dans la rue, pour fumeurs, et même pour fumeurs de cigarettes électroniques. Du coup, pas un mégot par terre, pas un chewing-gum — et personne ne s’aviserait de cracher dans la rue.
À l’école, j’ai eu l’occasion d’en parler l’année dernière, il est en uniforme, ne sort pas intempestivement son portable qui reste au fond de son sac, il respecte ses maîtres et objectivement, il a l’air très heureux de ces contraintes. Ensuite, il y a la Loi…
Tout délinquant arrêté en infraction est passible, dans un premier temps, d’une garde à vue de 23 jours, pendant lesquels vous n’avez pas le droit de passer un coup de fil (la police s’en charge), on vous nourrit de trois bols de riz par vingt-quatre heures, vous dormez sur une natte, et vous ne pouvez recevoir de visite qu’une fois par semaine, en présence de la police, et à condition de parler japonais — ce qui handicapa considérablement Carlos Ghosn, dont l’épouse n’articulait pas un mot. Cette garde à vue peut être rallongée quasi indéfiniment, car les motifs d’inculpation sont découpés en tranches fines, et chaque nouvelle charge remet 20 jours dans le compteur. De surcroît, pendant cette garde à vue où on vous incarcère dans des Daiyō kangoku, centres de détention gérés par la police, vous êtes interrogé, et souvent d’une manière assez brutale, 12 heures par jour. Les flics nippons ont à la main soit de courtes matraques, soit de grands bâtons du type boken — avec l’entraînement adéquat. Amnesty International, qui trouve tant à redire à la façon dont on traite en France les étudiants qui soutiennent le Hamas, a protesté maintes fois sans que cela émeuve qui que ce soit dans l’archipel. Au bout de cette garde à vue, qui de fait peut durer des mois, la seule façon de vous en sortir est d’avouer. On a appelé cela la « justice de l’otage ». Sûr que tout le monde n’a pas les moyens de s’enfuir dans une sacoche rigide de contrebasse…
Les sauvageons savent à quoi s’en tenir
Quand il s’agit de mineurs (de 14 à 20 ans), la garde à vue ne peut être que de 3 jours, éventuellement prolongés de 10 — avec traitement approprié. Puis le jeune est expédié dans un kanbetsusho, centre de rétention où il subit pendant un mois divers tests visant à cerner sa personnalité. À l’issue de cette période d’un confort très relatif (lever à l’aurore, marche au pas, obéissance et silence absolus), le juge aux affaires familiales prend la mesure qui lui paraît la plus appropriée : période de probation à domicile avec convocation pour un entretien de contrôle une fois par mois, envoi dans un centre de vie en collectivité très encadrée type internat, envoi en maison de correction (shônen in), cadre plus rigoureux, plus proche d’une prison. Et là, écoutez bien : dans tous les cas, la durée n’est pas fixée à l’avance car il ne s’agit pas de sanctions mais de mesures éducatives. Tout dépend de l’évolution constatée du jeune. La mesure se termine quand on considère que le jeune s’est suffisamment amendé. Ils sont pleins d’humour, ces Japonais… Alors forcément, ça calme.
La Justice française répugnera sans doute à s’inspirer de pratiques étrangères, aussi efficaces soient-elles. Faisons donc une suggestion. Chaque jour on entend parler de multirécidivistes. Et pourquoi ne le seraient-ils pas, les juges devant lesquels ils passent les condamnant en gros à des stages poney ? Les deux énergumènes qui ont cassé la figure à deux couples (plus un passant qui s’était porté à leur secours) à Nice il y a quelques jours ont été libérés par la police. Pourquoi ne pas instaurer un système de points, comme pour le permis ? Quand tu as épuisé ton quota, on s’en prend directement à la prime de rentrée scolaire ou aux aides sociales. Il s’agirait de déléguer réellement aux parents, dont c’est le boulot, la surveillance et la répression de leur petite canaille… Nous connaissons tous des multirécidivistes routiers que la perspective de perdre les deux derniers points assagit soudain. Frapper au portefeuille est aussi efficace, et moins voyant, que les torgnoles policières, qui de fait sont interdites depuis des années.
Nous connaissons bien sûr des malfrats qui roulent sans permis ni assurance. Ma foi, dans ce cas, la police japonaise, qui est très inspirée des pratiques américaines, n’hésite pas à tirer. Et les juges — et l’opinion publique — lui donnent raison. Mais c’est une hypothèse d’école : cela ne se produit pas, dans l’archipel nippon.
Jordan Bardella et Valérie Hayer, BFMTV, 2 mar 2024. Capture d'écran.
Si les grosses ficelles politiciennes et les éléments de langage agressifs de la candidate Renaissance Valérie Hayer étaient bien trop visibles au début du débat de BFMTV, hier soir, elle a ensuite marqué quelques points face à un Jordan Bardella jusqu’alors présenté comme le « candidat de l’esquive »1 de cette campagne électorale.
Il faut le reconnaitre, certains débats ont tout du pensum et quand on est journaliste politique, on se demande parfois comment font les citoyens ordinaires pour tenir aussi longtemps devant leur écran, alors qu’ils n’y sont pas obligés. Je dois le reconnaitre, j’ai trouvé la première heure de cette rencontre opposant les deux « favoris » de l’élection européenne à mourir d’ennui. Valérie Hayer n’a rien d’une politique et elle s’avère incapable de donner un quelconque sens à son action. Pourtant, tout le monde reconnait que la candidate Renaissance a été présente au parlement européen et s’y est investie au cours de son mandat. Mais de cela les Français se moquent ! Ils ont compris que le vrai pouvoir était entre les mains de la Commission et n’accordent que peu de crédit au parlement. Les élections européennes sont donc devenues une façon de dire son fait au pouvoir en l’absence de rendez-vous électoraux majeurs. Et ce débat ne risquait pas de changer la donne. Si Jordan Bardella, bien plus à l’aise que Valérie Hayer, déroulait bien ses thèmes et gérait de façon professionnelle la situation face à une candidate au début peu consistante, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne forçait pas non plus son talent.
Des enjeux différents
Il faut dire que les enjeux n’étaient pas les mêmes pour les deux protagonistes.
Jordan Bardella. DR.
L’une devait exister et sortir de l’indifférence ou du profond ennui qu’elle inspire. Il est impératif pour elle de garder sa place de seconde et de ne pas se faire doubler sur sa gauche par Raphaël Glucksmann. Elle n’avait donc rien à perdre à la confrontation. Partant de très bas en termes de notoriété, simplement résister au rouleau compresseur Jordan Bardella serait déjà vu comme positif. Elle avait donc tout à gagner si elle parvenait à exister ne serait-ce qu’un peu.
Lui ne devait pas freiner une bonne dynamique qui, à un peu plus d’un mois de l’échéance électorale, peut difficilement être inversée sauf accident industriel lourd. Il devait gérer à la fois la normalisation, afin de rendre le procès en extrême-droite instruit par ses adversaires inaudible, faire profil bas, et garder son calme pour rester concentré sur les enjeux intéressant vraiment les Français.
Un début difficile pour Valérie Hayer
Le début du débat a été catastrophique pour Valérie Hayer. Elle n’est pas faite pour ça et correspond à tout ce que les Français n’aiment guère : trop techno, maladroitement agressive, sans pertinence, peu concrète. L’épisode où l’animateur Benjamin Duhamel demande à l’un et à l’autre d’évoquer les qualités et défauts de leur adversaire est particulièrement symptomatique : Valérie Hayer sombre dans l’attaque personnelle, alors que l’on ne sent pas chez elle une agressivité naturelle. De ce fait la séquence apparait surjouée, mal maitrisée, inutilement brutale et fait cadeau à Jordan Bardella – plus posé et objectif – d’une forme de retenue et d’élégance… Cette erreur de positionnement donne l’impression d’une candidate macroniste factice, la façade Potemkine d’un pouvoir en place aux abois. Une impression que la candidate Renaissance donnera à plusieurs reprises au début du débat. Elle cherche alors ses mots, fuit le regard de son adversaire et ne parait ni vraiment être là, ni habiter sa parole. Pire même : si les deux candidats manient évidemment des éléments de langage préparés, ceux de Valérie Hayer sont déballés à la hâte et sans finesse. Ainsi dans cette première partie du débat, elle va tenter la victimisation en mode : « Cela vous dérange tant que cela de laisser parler une femme ? » Et va le faire à plusieurs reprises. Sauf que cela ne passe pas, sent la grosse ficelle, et que l’échec de la manœuvre sera complet lorsqu’elle va à son tour couper le discours de Jordan Bardella et que celui-ci va lui demander si c’est par sexisme aussi qu’elle lui refuse la parole !
Changeant de stratégie, après avoir échoué à présenter Jordan Bardella en macho viriliste patriarcal, Mme Hayer tente à nouveau de réactiver la diabolisation de l’adversaire en élargissant le procès au RN et à son fondateur, Jean-Marie Le Pen. « Neuf minutes de débat et vous appelez déjà Jean-Marie Le Pen au secours ? » lui lancera alors, goguenard, Jordan Bardella. Au vu de l’ennui intense de la soirée, tout le monde est allé vérifier : cela faisait en réalité plus de 20 minutes que les deux candidats échangeaient. Autres tentatives de déstabilisation, ressortir des phrases prononcées par Marine Le Pen il y a 10 ans, ou répéter en boucle « je ne suis pas candidate au poste de Premier ministre ou de président de la République ». Tout cela tombe à plat, tant l’utilisation de ces arguments arrive souvent mal-à-propos et cache mal les faiblesses oratoires de la candidate.
Valérie Hayer va faire dans cette première partie du débat un autre cadeau énorme à Jordan Bardella, en faisant du lien qu’il fait entre immigration et délinquance l’occasion d’une énième leçon de morale et d’un procès en essentialisation. Hélas, les chiffres que brandit alors le président de RN sont implacables et l’accusation de cliver le pays fait « pschitt » quand celui-ci lui demande si elle croit vraiment que c’est le RN qui est responsable de l’ensauvagement et de la montée de la violence en France.
Un Jordan Bardella qui ne force pas son talent
Pendant ce temps, Jordan Bardella prend garde à ne pas paraitre agressif et déroule avec efficacité ses thèmes : énergie, immigration, sécurité, en veillant toujours à parler par-dessus l’épaule de la candidate, s’adressant aux Français quand son adversaire, elle, se laisse aveugler par le duel et se focalise sur lui. Mais, cette faiblesse de Valérie Hayer va finir par lui servir. Et elle commence tellement mal son débat que les progrès qu’elle réalise ensuite deviennent notables. Le seul fait de tenir bon devient une preuve de résistance et une forme de courage, et puis, dans la deuxième partie du débat, la tête de liste de Renaissance va enfin se montrer un peu plus incisive et pertinente. Elle réussit notamment une séquence intéressante en confrontant Jordan Bardella à ses soutiens européens et en citant les déclarations de ces alliés. Lesquelles ne sont pas à piquer des hannetons. Là, on sent Jordan Bardella touché. Certes il se défend efficacement et marque des points en faisant remarquer à Valérie Hayer qu’elle-même, dans le cadre d’accords politiques, a soutenu la candidature à un poste européen d’une femme ouvertement anti-avortement – il en profite au passage pour déclarer qu’il est pour l’IVG. Il n’en reste pas moins que Jordan Bardella ne prend pas si clairement ses distances avec des déclarations bien gênantes sur d’autres points (sexisme, homophobie…) de ses amis. Dans cette séquence, Valérie Hayer est pertinente car elle croit profondément à ce qu’elle dit, mais surtout parce qu’elle fait là de la morale et pas de la politique. Elle est donc en phase avec elle-même et sa parole porte.
Une autre séquence l’avait l’illustré un peu avant, concernant la guerre en Ukraine. Valérie Hayer apparait très à l’aise aussi, tant que l’on reste dans le registre théorique, celui de la morale, quand on ne se réfère qu’au monde tel qu’il devrait être. Mais tout cela vole en éclats quand le politique revient. Elle offre alors une bonne séquence de positionnement régalien à Jordan Bardella qui la reprend à la volée : « La guerre c’est sérieux, Madame », et l’on n’est pas forcément utile « en allant se faire prendre en photos en Ukraine »… Là il se passe quelque chose d’intéressant entre les deux protagonistes qui illustre peut-être toute la faiblesse de nos démocraties : puisque l’Ukraine ne doit pas tomber, faisons comme si cela dépendait uniquement de notre volonté et pas de l’état de notre défense, de nos capacités de production militaire. C’est l’incapacité à parler de la vérité de la situation quand la réalité nous déplait qui saute alors aux yeux.
Une carte blanche à l’avantage de Jordan Bardella
Le débat termine inévitablement sur une « carte blanche » laissée aux candidats. Alors que la candidate Renaissance sort d’une bonne séquence, elle termine mal, retombant dans l’ornière techno et agressive. Dommage, c’était pourtant le moment pour elle de s’adresser aux Français. D’ailleurs elle retrouve ses hésitations verbales et une forme d’absence que l’on pouvait déjà remarquer au commencement du débat. Reste qu’elle a résisté, ne s’est pas effondrée et dans le fond a réussi son pari : elle existe un peu plus aux yeux des Français au sortir de cette importante émission.
De son côté, en redoutable animal politique, Jordan Bardella termine mieux qu’elle mais il n’a pas renversé la table alors qu’en face de lui le répondant était pourtant faible. Certes, il a été sans conteste le meilleur, mais sur ce point être dans l’opposition est toujours plus favorable, alors que Valérie Hayer doit gérer l’ombre portée d’Emmanuel Macron. Au vu du rejet que ce dernier suscite chez nombre de Français, cela ne lui facilite pas la tâche. Et d’ailleurs, alors que Valérie Hayer est déjà à la peine dans les sondages, l’ARCOM vient de décompter l’intégralité du discours prononcé par Emmanuel Macron à la Sorbonne pour l’Europe de son temps de parole2 ! Pourtant ce discours n’aura bougé aucune ligne et servi à rien. Sitôt prononcé, sitôt oublié.
Dans le combat contre l’islamisme, toutes les forces sont nécessaires, qu’elles viennent de gauche ou de droite. Lâcher Mila au prétexte de ses fréquentations s’apparente à une trahison. Les querelles intestines affaiblissent la riposte et consolident notre ennemi.
N’en déplaise à Caroline Fourest, figure solennelle de la « gauche républicaine », c’est Mila la révoltée qui a raison. Déboulant le 8 avril sur RMC, la jeune femme de 21 ans a lancé : « J’ai la haine, la rage », parlant de l’emprise islamiste grandissante sur la France. Ce jour-là, la résistance à la charia qui vient et à l’avachissement de la République a pris le visage de cette guerrière blonde et tatouée, qui vécut sous protection policière pour avoir traité l’islam de « religion de merde » il y a quatre ans.
Ennemis communs
Or l’essayiste Fourest, qui batailla utilement contre Tariq Ramadan, reproche à Mila son manque de « nuances ». Elle l’accuse de s’être rapproché « de la jeunesse identitaire rance avec qui elle pose en soirée ». Mais à quoi bon ces reproches acides ? Cette revendication d’une chasse gardée relève de l’usurpation, au nom d’une autorité morale autodécrétée. Certes, cette gauche laïque sauve l’honneur du progressisme, qui a pactisé avec le totalitarisme coranique. Cependant, ce club prolophobe a « la méchanceté d’un homme qui se noie » (Aragon) quand il rejette dos à dos, comme le fait Fourest, « les bas du front de l’islamisme » et les « bas du front du racisme », au prétexte de se démarquer de la droite populaire qui sonne le tocsin depuis des lustres. La prétention à la supériorité est d’autant plus contre-productive que la posture sentencieuse vient en renfort des islamistes, qui sont pourtant des ennemis communs. Ces derniers voient en Mila une mécréante ; Fourest et ses amis de Franc-Tireur y voient une extrémiste de droite. La tenaille a pour même effet de vouloir faire taire une voix courageuse.
Il n’est plus temps d’être poli. Peu importe si Mila parle dru ou lance des assauts sans dentelles. L’urgence est de dénoncer les violences importées – sexistes, ethniques, tribales, claniques, religieuses – qui ponctuent l’actualité de la nouvelle France diversitaire. L’urgence est de s’indigner de la banalisation de l’antisémitisme islamo-palestinien, qui fait dire à Greta Thunberg, sous les applaudissements de l’extrême gauche et des écologistes : « Écrasons le sionisme », et donc les juifs d’Israël et d’ailleurs. Le soulèvement de jeunes Français éveillés, étrillés par des censeurs pusillanimes, vient en réaction à la lâcheté de trente ans de discours d’apaisement et de moralisme unilatéral. Pour avoir réclamé, à Besançon, l’« expulsion des violeurs étrangers », deux militantes du collectif Némésis ont été placées en garde à vue et poursuivies par la maire écologiste qui les accuse d’« alimenter la haine contre les migrants ». Cette inversion des valeurs dévoile un dérèglement mental. La crainte de blesser les musulmans a incité à la tolérance et à l’excuse devant les provocations de l’islam colonisateur. Or cette attitude a été prise pour une faiblesse par une civilisation viriliste construite sur la force et la conquête. L’islamisme intimidant s’est incrusté dans les universités et les quartiers d’immigration. La « police des mœurs » rend la vie odieuse aux musulmanes qui, comme Samara à Montpellier, aimeraient vivre à l’occidentale. Mila a raison de sonner la diane.
La fin du « pas de vague »
Dans la guerre intérieure à mener contre le nazislamisme, toutes les forces sont nécessaires, qu’elles viennent de gauche ou de droite. Lâcher une combattante au prétexte de ses fréquentations, non homologuées par le vivre-ensemble, s’apparente à une trahison. Les querelles intestines affaiblissent la riposte et consolident l’ennemi. Face à lui, le « pas de vague » est une capitulation. Tout au contraire, il faut que se lèvent les orages désirés. « Il faut des vagues ! La religion ne peut contrôler l’État », estime l’avocat Richard Malka (Europe 1, le 1er avril). Comme l’explique Didier Lemaire (Valeurs actuelles, 11 avril), ancien professeur de philosophie de Trappes accusé d’islamophobie, « la société civile doit se mobiliser pour pallier des défaillances de l’État. » Lui-même vient de créer l’association Défense des serviteurs de la République, pour venir en aide aux agents publics abandonnés à leur sort de dhimmis. C’est tout ce monde excédé, encore balbutiant, qu’il faut soutenir. « Le pays tient ! » se rassure Alain Minc (« Répliques », France Culture, 23 mars). En réalité, l’état de décomposition avancée de la Belgique ou de la Grande-Bretagne islamisées annonce ce que la France pourrait connaître demain, tant la classe politique actuelle redoute la confrontation. Aujourd’hui, seul un musulman britannique sur quatre estime que le Hamas a commis des meurtres et des viols en Israël le 7 octobre. 46 % jugent que les juifs ont trop d’influence sur la politique, 32 % « souhaitent » l’instauration de la charia au Royaume-Uni d’ici vingt ans (sondage Henry Jackson Society). En France, la charia impose déjà ses règles sur les terres conquises.
Tout comme Israël est exemplaire dans sa guerre existentielle contre le djihad iranien, les patriotes français insoumis à l’islam sont l’antidote au risque totalitaire. Les musulmans démocrates, hélas encore trop silencieux, ont toute leur place dans ce combat à mener. « Le fascisme n’est pas si improbable », concluait Georges Pompidou dans Le Noeud gordien (1974) en redoutant la survenue d’un « homme fort et casqué ». Mais l’ancien président de la République n’envisageait pas, il y a cinquante ans, l’importation en France du totalitarisme djihadiste, soutenu par l’extrême gauche révolutionnaire et antisémite. Là est le nouveau fascisme. L’aveuglement persistant de la classe politique sur cette immigration de remplacement mériterait d’ailleurs d’être sanctionné pour inaction sécuritaire et haute trahison. Quoi de plus grotesque que le parcours d’Olivier Véran, pourfendeur macronien du « populisme » ? Neurologue de formation, il a rejoint une clinique des Champs-Élysées spécialisée dans la chirurgie esthétique. « Je ne toucherai ni à des pénis ni à des fessiers », a promis l’ancien ministre de la Santé et porte-parole du gouvernement. Comment pardonner à ceux qui se regardent le nombril plutôt que d’écouter les lanceurs d’alerte ? Toutefois, rien n’est perdu : la ringardise et la couardise sont désormais à gauche. La droite saura-t-elle être héroïque face à l’ennemi intérieur ?
Armenonville, le soir du Grand-Prix, Henri Gervex, 1905. DR.
Les Jeux peuvent-ils rendre à Paris sa superbe ? se lamente notre chroniqueur
Luxueux et raffiné. Tel est le Train Bleu, émérite et centenaire brasserie située juste au-dessus des quais de la gare de Lyon, construite pour l’Exposition Universelle de 1900 par l’architecte Marius Toudoire. En pénétrant dans cette auguste institution gourmande, on imagine sans peine le futur Edouard VII y dîner, accompagné de sa sublime maîtresse Sarah Bernhardt, impératrice de cœur qui faisait oublier au prince les pesanteurs de la société victorienne de l’autre côté de la Manche…
Benoît Duteurtre n’a pas manqué de l’évoquer dans son Dictionnaire Amoureux de la Belle Epoque et des Années Folles : « On ne soulignera jamais trop le rôle du prince de Galles, fils aîné de la reine Victoria, dans le rapprochement franco-britannique à l’aube du XXe siècle. On ne saurait même comprendre cet événement politique majeur sans insister sur le rôle essentiel qu’y jouèrent les petites femmes, la passion du théâtre, l’amour du divertissement et des plaisirs de la vie qui poussaient irrésistiblement vers Paris le futur souverain britannique. » Les Anglais de la fin du XIXème siècle nourrissaient à l’égard de la France des fantasmes comparables à ceux qu’entretiendraient plus tard les petits Français des années 1960 désireux de découvrir le « swinging London ».
Un héritage précieux
Le Paris de la Belle Epoque était un Paris de fêtes, peuplé d’artistes, de femmes portant des bijoux de contes de fées et de bourgeois sortis des pages de Maurice Leblanc. Gare d’ailleurs à ne pas y croiser un Arsène Lupin à fine moustache, maitrisant la canne-épée aussi bien que le sarcasme, prêt à vous détrousser de vos sous avant de séduire votre compagne du soir pour la faire danser dans tous les cabarets de Montmartre. Paris était alors une ville excitante où tout était possible. Le centre d’un Empire qui s’étendait sur les cinq continents. Le centre des innovations technologiques. Le centre des poètes et des artistes. Le centre du monde, tout simplement. Non seulement dans les esprits des Français, qui avaient bien conscience de la supériorité de leurs mœurs et de l’excellence de leur culture, mais aussi et surtout dans les imaginations enfiévrées de nos voisins qui rêvaient tous de toucher du doigt à l’idéal parisien. Et comment leur en vouloir ? Qui n’a jamais rêvé de flâner dans les grandes artères parisiennes pour en admirer les élégantes qui sous leurs ombrelles dévoilaient un peu de leurs charmes voluptueux ?
Stefan Zweig le confessera d’ailleurs quelques années plus tard : « Nulle part, on ne sentait, par tous ses sens éveillés, une identité aussi forte entre sa jeunesse et l’atmosphère que dans cette ville qui se donne à tous et dont aucun ne peut faire complètement le tour. » Parenthèse entre la Grande Dépression et la Première Guerre mondiale, ce qu’on nommera plus tard la Belle Epoque fut un temps de progrès technique et d’expérimentations artistiques. La Belle Epoque a enfanté la modernité telle que nous la connaissons aujourd’hui. Apparaissent les technologies de notre quotidien qui passent des ateliers de recherche théorique des savants à l’usage courant. L’Europe est alors touchée par une vague d’innovations spectaculaires qui s’accomplissent le plus singulièrement en France, pays de toutes les avant-gardes. Charles Péguy le résuma laconiquement : « Le monde a plus changé entre 1880 et 1914 que depuis les Romains ». Tout concourt d’ailleurs à cet optimisme dont nous ferons le deuil en 1914 : l’Etat présente un budget excédentaire, le franc-or est particulièrement stable et la croissance est importante tous les ans.
Nous vivons encore des dividendes accumulés à la Belle Epoque, période où des noms désormais ancrés dans les inconscients collectifs émergent pour ne plus jamais s’effacer. Qu’ils soient artistes, scientifiques ou industriels, leur legs est toujours vif. Citons dans le désordre ces figures majeures que sont toujours Louis Pasteur, Rodin, André Citroën, Gustave Eiffel ou encore Louis Lumière. Leurs inventions et leurs œuvres nous accompagnent toujours au quotidien. De grandes figures populaires naissent dans tous les domaines et se font connaître à travers une médiatisation accrue. C’est l’âge d’or de la presse avec une liberté d’expression et une diversité idéologique qui pourraient aujourd’hui nous sembler surréalistes.
Car, la Belle Epoque est aussi et avant tout le moment d’une révolution dans les moyens de communication qu’on ne saurait comparer qu’avec l’émergence d’internet. Tant dans les moyens techniques que dans les modes d’expression. Le télégraphe, la transmission sans fil, le téléphone ou l’aéropostale, offrent aux Français la possibilité de se tenir au courant des affaires du monde de manière bien plus rapide que ce à quoi ils étaient auparavant habitués. Par ailleurs, les journaux paraissent dans des quantités jamais vues auparavant avec la création des fameuses « rotatives ». Certains des journaux que nous trouvons encore dans les kiosques sortent pour la première fois, à l’image de L’Humanité dirigé un temps par Jean Jaurès ou de La Croix. Si les inégalités sociales persistent, laissant le champ libre à la reconnaissance dans le débat public de la dialectique marxiste, le progrès technique bénéficie alors à de nombreux Parisiens et Français qui regardent avec optimisme le futur.
Cela se matérialise par la généralisation des loisirs, des fêtes, la démocratisation de la pratique sportive, ainsi que la construction de nombreuses villes de villégiature, à la mer comme à la montagne. Le Parisien de la Belle Epoque pratique la boxe française, ne se déparant jamais de sa canne-épée, se délasse au théâtre, fréquente les brasseries, suit assidûment les feuilletons littéraires populaires dans la presse et s’emporte sur les questions politiques au café. Privilégié, il assiste aux représentations de Debussy et se presse pour découvrir les différents courants artistiques émergents.
Paris, capitale mondiale des avant-gardes techniques, culturelles et artistiques
Une vue de l’esprit fait passer Vienne pour le siège des avant-gardes de l’époque. Dans Vienne, fin de siècle, Carl Schorske estime que la capitale austro-hongroise fut le siège de la modernité, citant dans un même élan Klimt, Freud ou le musicien Schoenberg. Paris fut pourtant tout autant en pointe, et parfois même en avance. Le baptême du symbolisme littéraire date de 1886, année où Jean Moréas publia son manifeste dans Le Figaro. Le naturalisme français n’avait pas un monopole ! Les auteurs de la Jeune Vienne confessaient eux-mêmes leur admiration pour les poètes parisiens révoltés qu’étaient Rimbaud, Verlaine ou Mallarmé.
Dans le domaine de la peinture et des arts décoratifs, le même constat peut être fait. Tous les styles ayant défié le classicisme sont nés à Paris, pas à Londres ou à Vienne. Pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs ! Mais qui contestera aujourd’hui que l’impressionnisme, le nabisme, le symbolisme, le fauvisme, le cubisme, et même le futurisme attribué à tort à l’Italie, ont eu leurs premières œuvres exposées à Paris, alors phare du monde ? Dès 1870, le Salon officiel est contesté, les artistes s’organisant indépendamment en constituant des réseaux de galeristes privés, s’entraidant et se soutenant mutuellement.
Il n’est pas innocent que Freud soit allé à Paris pour étudier auprès du professeur Charcot, son œuvre multipliant les références à des écrivains et penseurs français qui furent les premiers à s’intéresser aux zones d’ombre de l’esprit humain. Madame Bovary n’en est-il pas l’un des exemples les plus frappants ? Quant à Bergson et Taine, n’ont-ils pas été en avance de quelques années sur leurs homologues germanophones ? La France est injuste avec les siens, refusant de leur reconnaître la primauté qu’ils ont eus dans tous les champs de connaissance et toutes les expressions créatives. Le Paris de la Belle Epoque n’avait rien à envier à aucune autre ville, il attirait à lui l’âme d’un monde qui finirait malheureusement fracassée dans un déluge d’artillerie sur les plaines de la Marne.
Dans Le Monde d’Hier, un Stefan Zweig nostalgique consacre un chapitre entier à Paris, ville de l’éternelle jeunesse, et écrit donc : « Nulle part, on ne sentait, par tous ses sens éveillés, une identité aussi forte entre sa jeunesse et l’atmosphère que dans cette ville qui se donne à tous et dont aucun ne peut faire complètement le tour. Je sais bien qu’il n’est plus ce Paris heureux de ma jeunesse, ce Paris qui vous communiquait l’allant dont il était rempli ; peut-être qu’il ne retrouvera plus jamais cette merveilleuse liberté depuis qu’une poigne de fer, la plus tyrannique qui soit sur la terre, lui a imprimé sa marque brûlante ».
Quarante années de gloire
Il serait vain de porter un regard trop nostalgique sur une époque révolue qui ne fut d’ailleurs pas parfaite. Le progrès technique apporta aussi son lot de difficultés et de malheur. On l’oublie d’ailleurs, mais Paris était aussi une capitale du crime, ce qu’une relecture des Brigades du Tigre comme des journaux d’alors relatant les aventures des Apaches tatoués des faubourgs suffira à rappeler. Néanmoins, la brillance de ces années ne fait aucun doute. Elles sont encore un point de référence. Plus lointain que les Trente Glorieuses mais sûrement plus déterminant.
Le chaos de la Première Guerre mondiale aura raison de la domination française sur le monde. La France et l’Europe ne se remettront jamais pleinement de la période des deux guerres mondiales. Nous bénéficions pourtant toujours des infrastructures, des inventions et des richesses accumulées à la Belle Epoque. Il est de bon ton désormais de réprouver nos aînés, de contester la démarche coloniale de Jules Ferry qui fit flotter le drapeau français sur tous les continents, reste la gloire d’un prestige inouï correspondant à une période de développement inédite dans l’histoire de l’humanité. Ce progrès vertigineux que la France a offert au monde est incontestable. Une balade dans Paris, nous amenant du Trocadéro aux Galeries Lafayette en passant par le Musée d’Orsay, réveille immanquablement les fantômes tutélaires de ces grands anciens dont les réalisations nous obligent a minima à faire preuve d’humilité. « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe », disait Gustave Flaubert.
La stratège et compagne d’Éric Zemmour entre en scène. Candidate à l’élection européenne, en troisième place sur la liste conduite par Marion Maréchal, cette patriote passée par l’ENA connaît ses dossiers. Immigration, islam, économie, elle est convaincue que les graves problèmes du pays appellent des solutions simples. Sur son rôle, souvent contesté, comme sur les frères ennemis, elle parle sans détour. Et refuse la fatalité.
Causeur.Toute l’histoire politique française montre que si on veut être élu, il faut savoir mentir.
Sarah Knafo. Et toute l’histoire politique montre où cela nous a conduits d’avoir voté pour des menteurs ! Je vous pose une autre question : à quoi sert de gagner les élections sans dire la vérité ? Vous pensez que la vérité n’est pas payante, que les Français préfèrent un mensonge rassurant à une vérité inquiétante. Je ne suis pas d’accord ! J’ai une haute estime du peuple français : les Français ne sont pas des aveugles, ni des défaitistes, ni des paresseux. Les politiciens misent sur leur résignation. Nous misons sur leur courage et leur clairvoyance. Reconquête prend le risque de la vérité. C’est un risque. Mais l’alternative, c’est là où nous sommes aujourd’hui.
Sauf que Marine Le Pen est arrivée au second tour. Et pour la prochaine, compte tenu de l’écart, ça n’est pas gagné…
Il reste trois ans et c’est énorme. Les vainqueurs proclamés trois ans avant n’ont jamais été élus. Chaban-Delmas, Rocard, Balladur, Jospin et Juppé. Ils étaient les candidats des médias et des sondages, ils ne sont même pas arrivés au second tour. Ils se disaient : « J’appartiens au système, mes cadres siègent au Palais Bourbon, mon équipe de gouvernement est prête. » Résultat, ils n’ont plus pris de risques, n’ont rien dit qui pouvait surprendre ou choquer. Les Français n’aiment pas ces ronronnements.
Donc, vous affirmez que Marine Le Pen ne sera jamais élue ?
Je n’ai pas de boule de cristal. Mais je connais l’histoire de la Ve République et je dis simplement que, quand on se croit déjà élu, on n’est plus dans la conquête, on ne bouge plus une oreille. Alors, on se dévitalise, et on cesse d’être un vote de contestation, notamment pour les classes populaires.
En somme, vous êtes plus populiste que Marine Le Pen ?
Nous n’appartenons pas au système. La question n’est pas qui est le plus populiste, mais qui est le plus réaliste.
Les ponts sont-ils complètement rompus entre Marine Le Pen et Éric Zemmour ? Et les jeunes continuent-ils à se croiser dans les fêtes, les dîners ?
Il n’y a pas de dispute personnelle. Nous disons aux électeurs : nous avons des différences, qui sont même en train de se creuser, nous pensons avoir les meilleures idées pour la France, nous les défendons, quitte parfois à critiquer nos concurrents. Et après nous ferons notre devoir de Français ! Soit, nous sommes au second tour, ce qui pourrait bien finir par se produire, et ils votent pour nous. Soit c’est un autre candidat de droite, et on votera pour lui. C’est simple et loyal, ça marie la différence et l’union. Pour avoir des alliés, il faut accepter d’avoir des rivaux.
Parlons de l’Ukraine. Avant l’invasion du pays, beaucoup de vos sympathisants trouvaient des vertus à Poutine. Cette admiration pour l’homme fort est-elle toujours de mise ?
En géopolitique, nous n’avons qu’une seule boussole chez Reconquête : les intérêts français. Nous n’attendons notre salut d’aucun homme fort étranger, mais de nous-mêmes et de notre peuple. Ce conflit a montré que la paix sur le continent n’était pas éternelle, et il nous a fait prendre conscience de notre faiblesse militaire. Si nous voulons la paix en Europe, la France a un devoir de puissance. Il faut nous réarmer, nous réindustrialiser, augmenter les forces françaises.
Selon vous, faut-il empêcher la Russie de gagner ?
Les politiciens français vont infléchir le cours de la guerre ? J’ai été très frappée par la légèreté des paroles entendues ici et là, entre un Mélenchon qui pense qu’on va imposer la paix en criant « La paix ! » en meeting, et un Macron qui croit qu’il va faire plier Poutine en élevant un peu la voix et en postant quelques photos. Pendant qu’ils parlent, il y a eu 500 000 morts et blessés, civils et militaires, dans cette guerre. Donc oui, il faut qu’elle s’arrête et que le peuple ukrainien retrouve sa souveraineté. Quand on défend l’idée de patrie, je ne vois pas comment on peut ne pas être d’accord sur ce point. Je ne sais pas qui va « gagner la guerre », et je ne crois pas que nous ayons la main sur cette question. On parle d’une guerre, pas d’un match de foot.
Si vous étiez députée, auriez-vous voté le plan d’aide à l’Ukraine ?
Je dis oui à une aide matérielle et humanitaire à l’Ukraine. La limite à ne pas franchir est la mise en danger de notre nation. Force est de constater que ce plan d’aide n’a rien réglé. Alors, laissez-moi refuser de faire semblant d’avoir la solution miracle. La guerre n’est pas une bataille d’éléments de langage.
Mais sommes-nous ou pas concernés par cette guerre ?
Évidemment que cette guerre nous concerne : elle fait des morts sur le sol européen. Mais le danger existentiel pour la France est ailleurs. Nous avons des Français qui meurent chaque semaine sur notre sol à cause de la violence.
Pour la France, qu’est-ce qui vous permet de penser qu’il n’est pas trop tard ?
Nous sommes passés en très peu de temps du déni au fatalisme. Refusons les deux ! Je veux parler à tous ceux qui se disent « de toutes façons Reconquête c’est toujours la même chanson ! » ; à tous ceux qui se disent « ces gens-là portent les bons constats mais n’ont pas de solutions ». Je veux leur parler, et ça tombe bien, on a encore un peu de temps !
Prenons l’immigration, par exemple.
Nous avons 500 000 entrées légales chaque année. C’est bien plus que l’immigration clandestine ! Or, un migrant qui entre en France légalement, c’est un tampon apposé sur un bout de papier. Concrètement, cela signifie qu’un fonctionnaire, dans une préfecture, lui a donné l’autorisation. Eh bien, il suffit de décider d’arrêter. Les fonctionnaires respectent la loi, les circulaires et les directives.
Il y a tous ceux qui entrent pour demander l’asile aussi.
Très simple : on ne les accueille plus sur le territoire français. On a des consulats, des ambassades, ils devront faire leur demande dans leur pays d’origine. C’est la méthode danoise. Elle a fait baisser de 50% en deux ans les demandes d’asile. Je suis une sociale-démocrate danoise !
Il faudrait importer la gauche danoise. Quoi qu’il en soit, l’islamisme n’est plus seulement importé, il est également autochtone.
Et si on admettait tout simplement qu’on refuse l’islamisation de notre pays ? Qu’on refuse les horaires séparés dans les piscines, les voiles dans l’espace public, l’entrisme islamique à l’école ? Les musulmans sont libres de vivre dans l’un des 57 pays musulmans du monde. Ils choisissent la France. La France est libre de leur dire qu’en France, on vit comme des Français.
Vous envoyez la police dans mille endroits en même temps pour faire enlever les voiles et les burqas ?
Ça s’appelle la loi. C’est drôle que vous partiez du principe qu’il y aurait mille endroits à la fois où les musulmans ne respecteront pas la loi… Ce que je dis, c’est que nous devons poser nos règles. Ceux qui violent la loi commettent un délit et payeront pour ce délit. Dans quel monde est-ce qu’on refuse de poser une règle sous prétexte que certains ne la respecteraient pas ? Vous imaginez, aucune règle fiscale parce qu’il existe des fraudeurs fiscaux et qu’ils sont durs à aller chercher ? On a posé les règles les plus strictes et parfois même les plus absurdes pour obliger les gens à porter des masques pendant le Covid. Soudain, quand il s’agit de défendre notre identité, cela paraît impossible ?
Et puis que faites-vous de Samara ?
Justement, ces mesures sont les seules qui peuvent l’aider. Quand l’État français interdira le voile, Samara subira beaucoup moins la pression des barbus pour se voiler. Elle pourra leur répondre qu’elle respecte la loi.
Vous avez l’impression que nous n’avons pas de violence aujourd’hui ? Les solutions des autres, on les connaît : ne rien faire, ne rien changer. Elles me paraissent beaucoup plus dangereuses ! Plus on se rapproche de la guerre civile, plus on nous dit que c’est en l’empêchant qu’on va la déclencher. C’est un raisonnement parfaitement absurde. Nous sommes capables de rétablir l’ordre sans semer le chaos.
Mais Gabriel Attal dit qu’il faut combattre la charia dans les établissements scolaires, c’est un saut sémantique.
La communication de Gabriel Attal, c’est toujours la montagne qui accouche d’une souris. Quand elle accouche de quelque chose… Nous le savons grâce à nos « Parents vigilants » : rien n’a changé depuis qu’il a été ministre de l’Éducation nationale. Pas une virgule, pas une ligne. Les groupes de niveau ont été enterrés. Il voit que la charia s’invite à l’École, fort bien et après ? On offre des stages de poney aux jeunes et tout va s’arranger ?
Il ne suffirait pas de régler les problèmes d’immigration et de sécurité pour sauver la France. Il y a aussi un problème économique.
Vous avez cent fois raison. L’immigration est loin d’être notre seul problème. Chaque jour qui passe, nous nous endettons de 400 millions d’euros de plus. Pourtant, notre pays est le plus imposé du monde, et sans doute même de l’Histoire. L’État prélève chaque année 47 % de la richesse que nous produisons, c’est-à-dire qu’à partir du 16 de chaque mois, nous ne travaillons plus pour nous-mêmes, mais pour l’État. Il faut baisser massivement les dépenses publiques pour pouvoir baisser massivement les impôts. Je parle d’une révolution, pas de micro-baisses. Giscard disait qu’au-dessus de 40 %, nous serions en régime socialiste. Donc revenons déjà à 40 %. C’est la moyenne de l’OCDE. Aucun Français ne doit travailler 40 % de son temps pour financer des dépenses publiques toujours plus massives. C’est ça, le problème, c’est que le travail ne paye pas assez, que le « salaire brut » est la plus grande arnaque économique de tous les temps. J’ai une liste de mesures longues comme le bras qui visent à ce que la somme versée par les patrons aux salariés se retrouve dans la poche de ceux-ci.
Alors comment faites-vous pour remettre les comptes publics à l’équilibre ?
Allons-y ! Je peux vous donner des dizaines d’exemples de dépenses à couper dès demain. Il suffit d’une seule loi ! Vous prenez n’importe quel ministère et vous l’épinglez ; c’était mon métier de faire ce travail ! Couper dans l’aide publique au développement, c’est 15 milliards d’euros par an. 150 millions d’euros d’aide au développement à la Chine, la deuxième économie du monde, qu’on aide à se développer ! C’est incompréhensible et indéfendable. Il faut aussi et surtout avoir le courage de remettre en cause le périmètre de l’intervention publique, de ses fonctions, de ses priorités, et de ses besoins en personnel. Typiquement, il faut privatiser l’audiovisuel public. C’est 4 milliards d’euros par an. Nous avons des tonnes à couper, sans même retirer un gramme de service public. Je vous rappelle que le régalien pèse seulement 6 % dans les dépenses publiques. Le scandale du déficit se situe ailleurs.
Pour vous, « libéral » est un gros mot ?
Je ne parle pas de libéralisme, je parle de bon sens. Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas socialiste. On voit où nous a conduits l’économie de gauche : toujours plus de dépenses, de fonctionnaires, donc toujours plus d’impôts, et toujours moins de service public. Les classes populaires sont les premières concernées.
On a vu sur Instagram que vous écoutez du Aya Nakamura à la maison…
J’écoute de tout ! Je n’ai aucun snobisme. On peut écouter ça avec légèreté, sans conséquence et surtout sans considérer qu’Aya Nakamura représente la part la plus exigeante de nous-mêmes, c’est-à-dire la part que nous aimerions exposer au monde.
Y a-t-il des personnages de l’histoire auxquels vous vous identifiez ?
Richelieu ! À la fin de sa vie, son confesseur lui demande s’il pardonne à ses ennemis et Richelieu répond : « Je n’en ai jamais eu d’autres que ceux de l’État. » Je trouve cela magnifique ! Son Testament politique est un monument. Dans l’histoire plus récente, j’admire Marie-France Garaud, que j’ai eu la chance de connaître et de côtoyer. Quel cran, quelle liberté, quelle femme !
Elle a été candidate à la présidentielle. Y avez-vous déjà pensé ?
Je ne vais pas tout faire comme Marie-France Garaud !
Au top 50, c’est l’Américaine Billie Eilish que Greta Thunberg préfère écouter!
Dans le monde de la musique pop sous influence écolo-bobo, la chanteuse Billie Eilish est devenue un modèle du genre en cochant toutes les cases du politiquement correct.
Féministe, elle soutient le mouvement « Body Positive » qui lutte contre « les stéréotypes de la beauté imposés par la société ». Écologiste, elle milite contre le « réchauffement climatique ». Son modèle ? Greta Thunberg, of course. Lors de la « Marche pour le climat » organisée à Los Angeles, cheveux verts au vent, elle déclare : « J’espère que les adultes et les personnes âgées vont nous écouter, afin que nous ne mourions pas tous ». Elle-même fait tout pour que le monde échappe à ce triste sort : il est demandé aux fans d’apporter lors de ses concerts leurs propres bouteilles d’eau rechargeables, d’éviter les pailles en plastique et de prendre le temps de visiter son écovillage, dans lequel sont dispensés des conseils pour « sauver la planète ». En 2020, elle participe au mouvement BLM et s’attaque aux « privilèges blancs ». En 2021, elle annonce la sortie de son parfum, un parfum végan. Elle assure avoir économisé 33 millions de litres d’eau en servant aux membres de ses équipes des repas uniquement à base de plantes lors de sa dernière tournée. En 2023, elle confie être bisexuelle.
Récemment, après avoir dénoncé les détestables « habitudes de surconsommation dans l’industrie de la musique », Eilish a annoncé vouloir montrer l’exemple à ses collègues : ses disques seront désormais fabriqués à 100 % avec du vinyle recyclé. Régulièrement, la chanteuse rappelle à la presse qu’elle a été dépressive, anxieuse, terriblement triste durant son adolescence, et qu’elle est « neurodivergente ».
Exaspérés par ses déclarations pontifiantes, les fans des artistes dénoncés par Billie Eilish comme mauvais écologistes considèrent que la seule maladie avérée dont souffre la chanteuse, c’est l’hypertrophie de la tête. Pour eux, aucun doute, Billie Eilish a pris le melon. Ils apprécieraient maintenant qu’elle cesse de prendre le chou à tout le monde avec ses exhortations écolos débitées lors de tournées financièrement très rentables, mais au « bilan carbone » bien plus calamiteux que la fabrication des disques vinyle.