Dans le Paris de Mmes Hidalgo et Dati, sous peine d’être relégués au rang de simples attractions touristiques, les cabarets sont priés d’être « engagés ».
Dans la nuit du 24 au 25 avril, le Moulin Rouge a perdu ses ailes. Bien qu’il soit charmant de les imaginer s’envoler, celles-ci semblent plutôt être tombées et cela n’est pas passé inaperçu. À l’émotion toute légitime des passants et habitants du XVIIIe arrondissement, se sont rapidement ajoutés déclarations officielles et articles de presse. Cela a de quoi surprendre.
Folklore tricolore
De prime abord, le sujet semble en effet un non-événement puisqu’aucun blessé n’est à déplorer et les conséquences matérielles pour l’établissement sont, aux dires de celui-ci, quasiment inexistantes : l’activité n’a pas souffert et aucune représentation n’a dû être déprogrammée. Il semble donc s’agir d’un fait purement symbolique. La réaction de la ministre de la culture Rachida Dati va dans ce sens puisqu’elle évoque un « symbole de Paris » et parle d’une « émotion particulière pour le monde du spectacle » avant d’assurer ses followers sur le réseau social X de son attachement au patrimoine français et de son engagement pour la protection de celui-ci.
Quel bonheur de voir enfin reconnus les cabarets et leurs revues comme éléments majeurs du patrimoine et tout particulièrement du folklore parisien ! Il faudrait cependant rappeler à Mme Dati que le Moulin Rouge n’est pas encore un musée, ou un simple bâtiment emblématique, symbole d’une époque révolue, mais bien une entreprise privée qui va, à n’en pas douter, gérer seule et efficacement les soucis techniques ayant entraîné la chute des pales du fameux moulin. En revanche, a-t-on souvenir d’un quelconque épanchement du gouvernement lorsque le Lido a fermé définitivement ses portes en 2022 après 76 ans d’existence, ou lorsque les Folies Bergère ont été contraintes de revoir complètement leurs revues sous peine de subir le même sort ? Ces cabarets n’étaient-ils pas eux aussi des symboles de Paris et des éléments du patrimoine ? Ne méritaient-ils pas a minima d’être soutenus ou de faire l’objet de tentatives de sauvegarde ?
Le @moulinrouge, un des symboles de Paris connu dans le monde entier, a perdu ses ailes cette nuit. C'est une émotion particulière pour le monde du spectacle et pour tous les amoureux de Paris.
La protection et la restauration de notre patrimoine est une de mes priorités, le… https://t.co/O6feow0jmk
Le silence politique fut malheureusement le même lorsqu’entre 2010 et 2020, ces mêmes établissements furent régulièrement décriés par des organisations féministes qui, ignorant vraisemblablement que le French-Cancan était à l’origine une danse subversive et engagée, n’y voyaient que des temples de l’objectification des femmes et de la domination patriarcale. L’apogée de cette absurde cabale a été atteint en 2014 lorsque des membres du groupuscule Femen ont choisi le toit du Moulin Rouge pour y « dénoncer l’industrie du sexe » avant d’en repartir quelque peu dépitées : la direction les avait informées que leurs danseuses étaient toutes des professionnelles sous contrat. Le Figaro titre alors à l’époque qu’elles se sont « trompées de cible ».
Certains cabarets parisiens semblent pourtant non seulement échapper à la vindicte wokiste mais être régulièrement encensés par ces mêmes détracteurs. Le magazine Causette publie en 2022 un élogieux article intitulé « Sous les paillettes, la rage » sur le cabaret Madame Arthur. La journaliste s’y extasie devant les paroles des chansons explicitement engagées contre le patriarcat, l’hétéro-sexisme ou encore les violences policières. Inutile de chercher un lien : mettons tout cela pêle-mêle dans le même panier et recouvrons-le grossièrement de strass. Qu’importe le talent, pourvu qu’on ait la hardiesse ! Il n’est fait mention du Moulin Rouge ou du Crazy Horse que pour les qualifier de « spectacles millimétrés », comprenez sans âme et parfaitement has-been. On comprend alors que ce n’est pas tant le format cabaret qui est remis en cause que son étiquette frivole, de pur divertissement. Même la performance artistique ne semble pas peser lourd dans la balance. Il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. Désormais le cabaret doit être politique, engagé, sous peine d’être relégué au rang de simple attraction touristique.
Le « paysage urbain » doit à tout prix être de nouveau présentable pour les JO
Dans ce climat délétère à l’égard des cabarets dits traditionnels, l’émotion des politiques et les moyens publics mis en œuvre pour que le Moulin Rouge retrouve rapidement ses ailes nous paraissent d’autant plus suspects. Souvenons-nous alors que le Moulin Rouge est le monument le plus photographié par les touristes étrangers après la Tour Eiffel. La touchante mobilisation de nos politiques ne serait-elle pas grandement influencée par l’imminence des Jeux Olympiques et les millions de touristes qu’ils draineront dans les rues parisiennes cet été ? On imagine aisément que les photos du Moulin Rouge sans ailes faisant le tour du monde soient de nature à filer des sueurs froides à la Maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a ainsi annoncé dès le lendemain du drame : « Nous serons aux côtés de l’établissement pour les aider à faire en sorte qu’on puisse retrouver notre paysage urbain avec le Moulin Rouge qui est très important pour nous ». « Nos équipes sont déjà en contact pour leur offrir cette aide technique et matérielle pour qu’ils puissent rayonner à nouveau et que les ailes du moulin puissent continuer à tourner », a précisé l’élue. Qu’importent l’insécurité et la saleté des rues parisiennes, pourvu que les touristes puissent avoir leur selfie devant le mythique cabaret ! Jamais les paillettes n’auront autant servi de poudre aux yeux.
Place Blanche, 25 avril 2024Les ailes en partance vers une destination inconnue…
Nous y avons cru mais, hélas, il semble que ce ne soit ni la nostalgie du Paris de Toulouse-Lautrec, ni l’attachement au patrimoine culturel français qui motivent les réactions politiques. Seule compte l’image de Paris, tout du moins ce qu’il en reste, au regard du monde. Que les politiques se rassurent : seuls quelques mois nous séparent du début des jeux et si ce laps de temps semble largement suffisant pour que le Moulin Rouge retrouve ses ailes, redonner au Champ de Mars des allures autres qu’un champ de bataille devrait davantage leur donner du grain à moudre.
« À quoi sert une chanson si elle est désarmée, me disaient des Chiliens bras ouverts, poings serrés, comme une langue ancienne qu’on voudrait massacrer. Je veux être utile à vivre et à rêver… »[1], chantait Julien Clerc. Ah, l’Amérique du sud, ses chansons engagées… Ah ! Les artistes français et leurs rêves de révolutions et de caviar. Pour vivre et rêver en Occident, il nous reste de grands artistes contestataires, Adèle Haenel et son keffieh, ou Nick Conrad, qui a le courage de crier haut et fort « pendez les Blancs » au nom de la liberté d’expression. « Pendez les rappeurs », répond l’Ayatollah Khamenei. Et lui, il le fait.
« Journalistes à louer, espions, artistes du régime, trouvez un trou de souris » – Toomaj Salehi
L’Ayatollah Khamenei et Mélenchon préfèrent sans doute les chansons de Nick Conrad aux textes anti-mollahs de Toomaj Salehi, condamné à mort par pendaison pour corruption terrestre. Mourir au mois d’avril, quand les roses d’Ispahan ne sont pas encore écloses… On ne sait s’il mourra, ou si la peine prononcée n’est qu’un supplice psychologique de plus pour le faire taire.
Quel sens a le mot « corruption » en Iran ? Il sort de la bouche de meurtriers de manifestantes, au préalable violées pour être certain que Dieu leur fermera la porte du Paradis. Sans doute les Gardiens de la Révolution ont-ils peur de les retrouver parmi leurs 70 vierges célestes, chantant les textes de Toomaj Salehi sur leur propre corruption : « Ne nous as-tu pas assez isolés dans le monde ? Ne nous as-tu pas assez étouffés ? Vous ne nous avez pas assez foutu en l’air ? Ne nous avez-vous pas assez volé ? Maintenant vous voulez donner la moitié de l’Iran à la Chine et le reste à la Russie ? »(…) « Si tu es un régime théocratique, pourquoi es-tu le serviteur de la Chine ? (…) Quiconque vend ma Patrie sera puni… »
Un dictateur a toujours un chanteur d’opposition pour lui faire la nique. Vladimir Vyssotski a traversé l’URSS avant de mourir épuisé d’une crise cardiaque, poursuivi par le KGB et les brimades des cocos. Sixto Rodriguez a porté la jeunesse sud-africaine avec son titre « Sugar man ». Que serait l’image de la Kabylie sans les chansons d’Idir ? Celia Cruz immigra de Cuba aux États-Unis avant d’être une figure de l’anti-castrisme, et Fela Kuti, chanteur et opposant nigérian, a fini par devenir un politique…
Les régimes sanguinaires sont rarement assez fous pour tuer un artiste populaire : c’est un coup à faire du lieu du meurtre une terre de pèlerinage. Le sang d’un chanteur coule toujours moins loin que ses œuvres. Voyez Mercedes Sosa. Forcée à l’exil après un concert à la Plata en 1979, elle revient quelques mois avant la chute de Jorge Videla pour un concert absolument mythique à Buenos Aires. A quoi sert l’art en dictature ? Sa chanson « Si se calla el cantor » — si le chanteur se tait — le résume parfaitement.
Si se calla el cantor, calla la vida si le chanteur se tait, la vie se tait Porque la vida, la vida misma, es como un canto parce que la vie est comme un chant Si se calla el cantor, muere de espanto, si le chanteur se tait, meurt de terreur La esperanza, la luz, y la alegria l’espérance, la lumière et la joie.
Juliette Binoche se coupera-t-elle une autre mèche de cheveux ?
Des chanteurs sont condamnés à mort. Que font les artistes occidentaux ? En octobre 2022, Juliette Binoche au sommet de sa résistance contre l’oppression, se coupait une mèche de cheveux sur Instagram suite à la mort de Mahsa Amini. En octobre 2023, elle signait une pétition pour un cessez-le-feu à Gaza[2]. Pour l’instant, elle n’a pas encore eu d’idée lumineuse concernant Toomaj Salehi, dans le droit fil de ses deux précédents engagements. Peut-être va-t-elle se laisser pousser la barbe. Lio aurait pu se raser la boule à zéro pour Toomaj Salehi, afin de donner un autre sens à son geste qu’un « ras-le-bol du patriarcat ». Le monde de l’interpreneuriat instagramable (néologisme un peu barbare) est pour l’instant assez silencieux. Quand le chanteur se tait, les cris de défense des assassins résonnent…
Les leaders de LFI ont beau clamer leur innocence, c’est bien la gauche mélenchoniste qui menace la démocratie. Le commentaire politique d’Elisabeth Lévy
L’image du 1er mai, c’est donc Raphaël Glucksmann pris à partie à Saint-Etienne. Il faut dire que les Black Blocks devaient avoir piscine. On n’a pas assisté hier aux violences habituelles qui, depuis une dizaine d’années, entachent assez systématiquement les mobilisations sociales – particulièrement le 1er mai. Elles auraient peut-être fait passer le chahut autour de la tête de liste PS / Place Publique au second plan.
— France Bleu Saint-Étienne Loire (@bleustetienne) May 1, 2024
Des images violentes déplorables
Raphaël Glucksmann et ses soutiens ont donc été virés du cortège stéphanois à coups de jets de peinture, de « Palestine vivra ! » et de « Casse-toi ! » par quelques dizaines de manifestants munis de drapeaux palestiniens. Le député européen a ensuite accusé des militants de « Révolution Permanente » et de LFI.
Vos propres militants contredisent votre version.
Mais vous préférez sans doute le monde des mensonges et des faits alternatifs. Pas nous.
On peut se réjouir de la condamnation unanime dans la classe politique. Tant mieux, même si c’est le minimum syndical. Même Jean-Luc Mélenchon a fugacement été touché par la grâce démocratique ou voltairienne : il n’est pas d’accord avec Raphaël Glucksmann, mais il n’est pas d’accord non plus avec son expulsion. Cependant, il s’empresse ensuite d’ajouter que Glucksmann a eu tort d’accuser LFI. Dans le genre comique, les Insoumis accusent maintenant Glucksmann de se victimiser, alors qu’ils font eux-mêmes des trémolos depuis une semaine sur leur liberté bâillonnée et ont même convoqué une manifestation matinale porte de Clichy à Paris parce que Mathilde Panot avait été convoquée par la police pour s’expliquer sur son communiqué du 7 octobre dans le cadre d’une procédure politiquement stupide mais parfaitement banale.
Glucksmann a-t-il eu raison d’accuser LFI ?
Stricto sensu, l’opération stéphanoise a été revendiquée par les Jeunes communistes de la Loire, mais néanmoins la présence d’Insoumis est attestée.
Comme l’a dit Raphaël Glucksmann, au-delà de cet incident à Saint-Etienne, le parti mélenchoniste est largement responsable de la brutalisation de la vie politique. Sur les réseaux sociaux, les militants insoumis sont déchaînés contre le socialiste depuis des semaines, avec parfois au passage des messages antisémites. Ce sont aussi les Insoumis qui font monter les tensions autour de Gaza et qui, pour finir, entretiennent la confusion entre la cause des Palestiniens et celle du Hamas et s’acoquinent avec des associations qui veulent la destruction d’Israël.
Donc, oui Raphaël Glucksmann a raison. Mais il serait plus convaincant, primo, s’il s’indignait autant quand on tente d’empêcher de parler des gens proches du RN ou de Reconquête (la soi-disant extrême droite), cela n’a aucun sens de défendre la liberté si on oublie celle de ses adversaires. Deuxio, si le PS, le PC et les Verts n’avaient pas accepté de s’allier avec un parti qui a quitté les rivages démocratiques pour jouer le chaos, avec un parti qui recevait Jeremy Corbyn, qui clamait sa haine de la police et refusait d’appeler les émeutiers au calme. Pour un gros plat de lentilles électoral, les partis de gauche se sont déshonorés. Et on aimerait être sûr que ces deux gauches sont irréconciliables, et que le PS n’ira pas à Canossa pour quelques sièges de députés…
Enfin, on attend aussi que Raphaël Glucksmann et les autres représentants de la gauche « raisonnable » reconnaissent qu’ils se sont trompés sur un autre point. Voilà des années qu’ils ont fait fausse route et qu’ils jouent la comédie antifasciste contre le RN ou Éric Zemmour. Ce baratin ne trompe plus personne, même pas eux. C’est désormais clair. En France aujourd’hui, ce n’est pas la droite nationale qui menace la démocratie avec des comportements de voyous. C’est la gauche mélenchoniste, qu’on le dise !
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud radio
L’écriture exclusiveentend porter l’estocade aux partisans de l’écriture dite inclusive. Olivier Rachet ferraille, en vérité, contre les tenants de l’idéologie de l’empire du Bien. C’est savoureux et surtout salutaire.
Lecteur, voici un livre de combat ! Un pamphlet brillant, ironique, drôle et savant. Il s’attaque aux affidés du point médian, aux contempteurs du « neutre » qui, sous prétexte d’une langue plus juste, plus égalitaire, visent à forger sous cape une idéologie transhumaniste. Sous couvert d’en finir précisément avec les dominations et nonobstant les apories d’une orthographe suffocante, paralysante, ces nouveaux acolytes du Bien, idiots utiles de la moraline, fabriquent rien moins qu’un discours de pouvoir : un comble. Leur obscurantisme est patent, leur post-vérité est ressentimentale. Olivier Rachet dévoile l’enfer du décor, il épingle ces « ignorantins », démasque leurs intentions, leur mobile : en finir avec la différenciation sexuelle. Écoutons : « L’angoisse suprême, c’est que l’autre ne ressemblât plus à soi. Dans son refus des différences ou dans l’affirmation tyrannique de sa différence ou de ce qu’il serait plus juste de nommer sa dérive identitaire. » La belle affaire ! Et, partant : « Une secrète alliance rapproche les partisans de l’indifférenciation généralisée et les adeptes du culte poussé à l’extrême de tous les plus petits dénominateurs communs du même. » Le fantasme régressif est ici connexe d’un délire scientiste.
Êtes-vous déjà parvenu à lire, à haute voix, un texte écrit en écriture inclusive ? C’est impossible. Radicalement. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas fait pour ! Comment ? Le point médian nuit au plaisir de la lecture. CQFD. « Point médian : point de jouissance textuelle. » Il s’agit de rendre la littérature illisible donc inopérante. Dans quel but ? Georges Bataille nous donne la réponse en posant une autre question, centrale celle-ci : y-a-t-il une Littérature possible sans pensée du Mal ?
Rachet nous explique que pour Spinoza (Éthique), le mal est « ce que nous savons certainement empêcher que nous ne jouissions d’un certain bien ». Et notre pamphlétaire de provoquer (philosophiquement) : « L’écriture dite « inclusive » entravant la jouissance de la lecture d’un texte écrit en français, elle est donc nécessairement un mal. » C’est dit.
Mais revenons au neutre (sans quitter tout à fait « le mal »), qui est un point de fixation définitif pour nos « transhumanistes » : « Il s’agit d’en finir avec, d’un côté, la reproduction sexuée ; de l’autre, avec la passion différentielle. » Comme le relève sournoisement Rachet, se passer de l’opposition « frontale » entre le masculin et le féminin revient à renier l’existence du diable. Diable ! Comment alors, demande notre auteur, « s’offrir le luxe inouï d’accueillir en soi les promesses de l’amour, physique aussi bien que théologique » ?
L’écriture exclusive, outre qu’il se présente comme une Nouvelle défense et illustration de la langue française est aussi, et peut-être surtout, un précis de décomposition de l’idéologie de l’empire du Bien, donc d’un discours « qui engendre la faute ».
« Je ne pense pas qu’on puisse dire que la matinale de France Inter est de gauche. » Léa Salamé, émission Quotidien du 6 septembre 2023.
Dernièrement, sur France 5, dans l’émission “C médiatique”, Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, a affirmé que, pour ce qui est du pluralisme, cette radio publique est exemplaire. Elle ne comprend pas les reproches qui lui sont faits. Quoi? France Inter serait de gauche? Il y aurait des personnalités qui y seraient interdites d’antenne malgré leurs œuvres, leurs livres, l’intérêt que leur portent un large public ou d’autres médias? « Il n’y a pas de black listing de personnes en particulier », a affirmé Mme Van Reeth, avant d’ajouter que « tout le monde est bienvenu sur France Inter ».
Climat, musulmans, transgenres : les sujets qui fâchent
Toutefois, a-t-elle tenu à préciser, France Inter ayant « certaines valeurs qui sont toutes au service de l’intérêt général […] elle a choisi, en ce qui concerne le réchauffement climatique et la cause écologique, de ne pas donner la parole à des personnes qui contesteraient le fait même du réchauffement climatique ». Et de conclure en usant du sabir de l’étudiant en première année de communication médiatique : « C’est un engagement de Radio France au nom d’une valeur qui est à la hauteur de la mission qu’on doit accomplir. » Hormis le fait qu’on ne voit pour quelles raisons sérieuses – « au nom d’une valeur » n’en est pas une – quiconque ayant une expertise dans le domaine concerné ne pourrait pas venir exposer des arguments interrogeant l’idée même du « réchauffement climatique », Mme Van Reeth a menti par manque de précision : la charte de Radio France intitulée “Le Tournant” stipule en effet que la radio publique « sort du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine ». En clair, les personnes questionnant le dogme anthropique du changement climatique entériné par le GIEC ne sont pas non plus les bienvenues sur les chaînes de la radio publique.
Autre exemple : si les auteurs d’un livre récent sur « ces musulmans diplômés mais discriminés qui fuient la France » ont pu promouvoir leur ouvrage[1] sur France Culture, France Info, France Inter et France TV, il ne semble pas que Dora Moutot et Marguerite Stern aient eu la possibilité de venir, elles, y présenter leur essai sur les dangereuses dérives de l’idéologie transgenre. Mais, vu l’ambition pluraliste revendiquée par l’audiovisuel public, cela ne saurait tarder. Encore que, faut voir… Sur France 5, la chroniqueuse du “Magazine de la santé” Enora Malagré s’est dite en effet « ulcérée » par le fait « qu’on invite ces… deux personnes sur les plateaux télé ». Heureusement, a-t-elle laissé sous-entendre, cela n’arrivera pas sur « leservice public, où la tolérance et l’inclusion sont les maîtres-mots ». Mme Malagré, bouffie de suffisance bien-pensante, ne se rend même plus compte des sottises paradoxales qu’elle profère. Furibonde, elle conclut : « Il n’y a pas de féminisme sans femmes trans » – phrase qui restera dans les annales de la télévision française et amusera beaucoup nos petits-enfants, dans quelques années, lorsque tout le monde sera redescendu sur Terre.
La couleur politique de la matinale de France Inter débattue
« Il est plus facile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux, qu’à un journaliste de droite de se faire embaucher sur France Inter » affirmait Eugénie Bastié sur Europe 1 le 17 février 2023.
La seule matinale de France Inter – orchestrée par Nicolas Demorand, Léa Salamé et Sonia Devillers en semaine, Ali Baddou et Marion L’Hour le vendredi et le week-end – ne laisse planer aucun doute : France Inter est une radio de gauche, européiste, immigrationniste et écolo-woke. Quant au reste de la grille, on peut dire qu’il y flotte un épais « gauchisme d’atmosphère ». En vue des élections européennes, France Inter, comme la majorité des médias audiovisuels, a l’obligation depuis le 15 avril de respecter un principe d’équité. Sur son site, l’Arcom précise que « les comptes rendus, commentaires et présentations auxquels donnent lieu les élections doivent être exposés avec un souci constant de mesure et d’honnêteté ». Comment faire semblant de respecter ces recommandations tout en continuant en réalité de favoriser la gauche européiste et immigrationniste et de discréditer les représentants politiques qui ne sont pas en odeur de sainteté dans la Maison Ronde ?
D’abord, en conviant des personnes peu connues du grand public, supposément neutres dans cette campagne mais en réalité sur la même ligne pro-UE fédéraliste, immigrationniste et multiculturaliste que Raphaël Glucksmann. Exemple : mardi 23 avril, Nicolas Demorand recevait l’écrivain Giulano da Empoli. Celui-ci a dirigé le dernier numéro de la revue géopolitique Le Grand Continent sur laquelle Nicolas Demorand ne tarit pas d’éloges. Cette revue est éditée par le Groupe d’études géopolitiques sis rue d’Ulm, à l’ENS, et est fort prisée de tous ceux qui militent pour une UE élargie et « souveraine ». L’entretien a donc été une ode à l’UE, à son avenir fédéral radieux, à sa transition écologique nécessaire, à son immigration heureuse, le tout agrémenté d’un discours rodé contre les « climatosceptiques » et les « forces nationales-populistes ». La poussée électorale de « l’extrême droite » dans toute l’Europe ne pourra sans doute pas être évitée, estime Giulano da Empoli en ajoutant dans la foulée une réflexion retenant l’attention : « Maisil n’y aura pas un changement de majorité trop important au Parlement européen. Cela ne va probablement pas tout bousculer. On a une fenêtre d’opportunité de quelques années pour essayer de faire des choses. » Traduction : malgré les quelques sièges que les partis dits d’extrême droite vont récupérer, la majorité du Parlement européen restera grosso modo sur la ligne actuelle et aura cinq ans pour entériner les projets de destruction des nations qui sont dans les tuyaux de la Commission européenne et visent à voir advenir le plus rapidement possible l’Europe fédérale et supranationale chère aux Allemands, à Raphaël Glucksmann et à Emmanuel Macron qui se voit déjà président de celle-ci.
Ensuite, en recevant certains représentants politiques baïonnette au fusil, couteau sous le manteau et rosseries médisantes sous le coude. Le commissaire Matthieu Valet s’est mis en disponibilité de la police pour rejoindre la liste du RN. Campagne électorale oblige, Ali Baddou et Marion L’Hour l’ont « accueilli » lors de la matinale du samedi 27 avril. Il faut écouter cette émission pour saisir toute la subtilité ironique de la phrase d’Adèle Van Reeth : « Tout le monde est bienvenu sur France Inter. » Cinglante, Marion L’Hour ouvre les hostilités : « Vous êtes une prise de guerre ou vous êtes un boulet ? » Matthieu Valet ne comprend pas la question. L’auditeur non plus. Il décline ses excellents états de service dans la police puis attend la question suivante. L’auditeur aussi. La journaliste, agitée, impatiente et toute frétillante à l’idée d’asséner ce qu’elle croit être un coup décisif, explique alors pour quelles raisons elle pense que le policier est un « boulet » pour le RN : reprenant des informations du Canard enchaîné datant un peu, Libération a rappelé il y a quelques jours que Matthieu Valet a, premièrement, utilisé en 2022 des bons SNCF que lui ont donnés cinq de ses collègues (bons alloués par le ministère de l’Intérieur à chaque policier pour ses déplacements) et, deuxièmement, eu un accident en utilisant un véhicule de police alors qu’il n’était pas en service. Le policier a beau expliquer les faits – plutôt mineurs – Marion Saint-Just L’Hour fulmine : « Il ne faut pas être exemplaire pour être élu ? » Matthieu Valet se voit dans l’obligation de décrire à nouveau son parcours professionnel édifiant, ses 18 années passées dans les forces de l’ordre sans un accroc. Sèchement, Marion Fouquier-Tinville L’Hour embraie alors sur le fait de savoir qui peut ou ne peut pas être sur la liste RN en évoquant le cas de Thierry Mariani. Nous sommes à la 6ème minute d’un entretien prévu pour en durer une douzaine et, comme le fait remarquer Matthieu Valet, il n’a toujours pas été question des préoccupations des Français dans le cadre des prochaines élections. Entre alors en jeu Ali Baddou. Avec une affirmation surprenante : « Vous, policier, êtes sur la liste d’un parti qui juge que la police est laxiste depuis des décennies. » Les bras de Matthieu Valet lui en tombent : M. Baddou ne confondrait-il pas le RN et l’extrême gauche ? Non, non, pas du tout, répond le journaliste en maintenant son étrange allégation sur un ton goguenard. Il reste à peine deux minutes d’entretien. Matthieu Valet parvient enfin à aborder un sujet touchant à l’avenir des Européens, les Français en tête : le Pacte Asile et Immigration adopté au Parlement européen. Afin de contrecarrer les critiques de Matthieu Valet qui juge ce pacte extrêmement laxiste envers les « mineurs non accompagnés », Ali Torquemada Baddou lui coupe systématiquement la parole pour rabâcher que ce Pacte n’a pas encore été entériné par les 27 membres de l’UE. Point final d’un entretien qui symbolise la quintessence du journalisme france-intérien, son increvable dogmatisme de gauche et sa profonde malhonnêteté.
Remontés comme des coucous, nos deux journalistes france-intériens n’ont su dissimuler leur animosité sous aucun atour langagier – au contraire, la langue maniée par ces deux inquisiteurs d’opérette est restée au niveau des intentions, brutales et vindicatives : indigente, répétitive et haineuse. Baddou et L’Hour ont voulu « se faire » Matthieu Valet qui n’était visiblement pas le « bienvenu » sur France Inter et a bénéficié, si j’ose dire, du traitement de faveur réservé aux invités politiques qui n’ont pas l’heur de plaire à la caste journalistique de la radio publique : éructations acides, affirmations grossières, sous-entendus fielleux, interruptions agressives – Valet, pour qui cette invitation sur France Inter était une première, a eu droit à la totale. Sans espérer une impartialité totale, sans doute ne s’attendait-il pas à un tel assaut de la part de journalistes décrits par Adèle Van Reeth comme des « personnes qui ne sont pas dans une optique militante » (Le Figaro, 28 mars 2024). La directrice de France Inter a bien fait d’insister sur ce point, parce qu’à l’écoute de cet entretien ça ne saute pas spontanément aux oreilles.
Nassira El Moaddem ne fait pas semblant, elle, de militer. Cette ancienne journaliste et directrice du Bondy Blog, adepte des thèses racialistes et décoloniales qui nourrissent le journalisme islamo-gauchiste, est persuadée que la France est un pays où règnent un « racisme systémique » et une « islamophobie chronique ». Suite à un courrier de la FFF rappelant aux clubs les règles strictes sur le port d’équipements et de vêtements pouvant contrevenir aux recommandations récentes du Conseil d’État interdisant tout signe ostentatoire religieux lors des compétitions sportives, elle écrit sur les réseaux sociaux : « Pays de racistes dégénérés. Il n’y a pas d’autres mots. La honte. » Nassira El Moaddem collabore au site fondé par Daniel Schneidermann, “Arrêt sur images”, et a présenté sur France Inter une émission d’entretiens intitulée Parcours de combattants. Face au tollé général, Daniel Schneidermann soutient la journaliste islamo-gauchiste. Venant de l’admirateur de Rima Hassan, la nouvelle égérie pro-palestinienne de LFI, ce soutien n’a rien d’étonnant. En revanche, il est surprenant qu’aucun dirigeant de la radio publique n’ait émis de critique suite aux écrits scandaleux de cette journaliste. Celle-ci ayant été collaboratrice de Radio France, peut-être serait-il bon, a minima, de lui demander de présenter des excuses aux Français qui ont contribué à sa rémunération. Il est à espérer que Nassira El Moaddem ne se verra pas employer à nouveau par la radio publique d’un pays dont elle voue les habitants aux gémonies, comme le confirme un nouveau tweet dans lequel elle affirme maintenir à 100% ses insultes envers les Français, ces « racistes dégénérés », selon elle • DD
[1]La France, tu l’aimes mais tu la quittes : Enquête sur la diaspora française musulmane. Éditions du Seuil. Il faut noter – ce qu’aucun journaliste l’ayant reçu n’a fait – qu’Olivier Esteves, professeur à l’université de Lille et un des co-auteurs de cet ouvrage, a été membre du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Il a d’ailleurs protesté contre la dissolution de ce dernier, considérant qu’il fournissait « un travail important de défense d’une minorité stigmatisée, le plus souvent à travers la conciliation ». Tiens donc ! Pour mémoire, le parent d’élève ayant lancé une fatwa contre Samuel Paty faisait clairement référence au CCIF, raison pour laquelle Gérald Darmanin a décidé la dissolution de ce collectif proche des Frères musulmans. Sur X, Florence Bergeaud-Blackler rappelle que Julien Talpin, un autre des co-auteurs de l’ouvrage en question, a également participé à un « rapport pour la très frériste Alliance Citoyenne ». Ce rapport se présentait comme un « recueil de témoignages de femmes musulmanes lyonnaises face aux refus d’emploi, refus de soin, refus de formation, refus d’accès à la pratique sportive à cause de leur voile ». Ce chargé de recherches au CNRS a lui aussi milité contre la dissolution du CCIF en signant entre autres une tribune parue sur Vox Public le 20 octobre 2020. Dhimmitude, quand tu nous tiens.
La stratège et compagne d’Éric Zemmour entre en scène. Candidate à l’élection européenne, en troisième place sur la liste conduite par Marion Maréchal, cette patriote passée par l’ENA connaît ses dossiers. Immigration, islam, économie, elle est convaincue que les graves problèmes du pays appellent des solutions simples. Sur son rôle, souvent contesté, comme sur les frères ennemis, elle parle sans détour. Et refuse la fatalité.
Causeur. Vous êtes numéro trois sur la liste de Reconquête aux européennes. Jusqu’à maintenant, on vous connaissait comme une femme de l’ombre. Qui êtes-vous vraiment ?
Sarah Knafo. C’est vrai, c’est l’une de mes premières prises de parole publique. Je n’étais pas programmée pour en arriver là. Je suis née et j’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dans une famille de commerçants. Grâce aux livres, à la culture, et osons le dire, grâce à la France, j’ai fait mes études à Sciences-Po, puis à l’ENA. Par passion pour la France, j’ai choisi le service de l’État et je suis entrée à la Cour des comptes. C’est la même passion pour la France qui m’a conduit à organiser à ses côtés la candidature d’Éric à la présidentielle et je suis heureuse aujourd’hui de rejoindre la liste Reconquête portée par Marion Maréchal pour les élections européennes du 9 juin prochain.
Qu’est-ce qui vous a décidé à entrer dans l’arène après avoir refusé de prendre la parole en 2022 ?
J’avais 26 ans, j’organisais une campagne présidentielle et je me disais : chacun doit rester à sa place. J’étais là pour réfléchir, coordonner, planifier. Éric était le candidat et l’élection présidentielle, ce n’est ni l’élection d’une équipe, encore moins celle d’un couple. Aujourd’hui, c’est l’élection européenne : l’élection d’une équipe. Marion Maréchal est notre tête de liste et elle n’est pas seule : nous sommes 80 à pousser derrière. Éric et Marion savent qu’ils peuvent compter sur moi.
Éric Zemmour a révélé sur BFM que vous étiez sa compagne. Êtes-vous devenue la directrice de campagne d’Éric Zemmour parce que vous étiez sa compagne, ou le contraire ?
Oui, nous vivons ensemble et tout se passe pour le mieux. Mais à moins que je me trouve chez Closer et pas chez Causeur, je ne crois pas que les détails de notre vie aient leur place dans vos colonnes. Je ne me présente pas pour raconter ma vie, mais pour parler de l’élection européenne. Ne confondons pas la campagne et la compagne !
Le mélange de la vie privée et de la vie professionnelle n’est-il pas compliqué ?
Je vous arrête : on ne parle pas d’un « job », on parle du combat d’une vie. Pour nous, la politique n’est pas un métier. Je ne cesse pas d’être une patriote après 18 heures et les jours fériés. Il est donc logique que je mène ce combat avec Éric, et je crois même que notre duo nous donne une force inouïe. À nous d’être assez solides pour protéger notre vie privée, refuser le huis clos, ne jamais se censurer si on pense que l’autre se trompe. L’omerta, ce n’est pas vraiment le genre de la maison !
Vous avez été à la une de Paris Match et de la presse people. Certaines rumeurs prétendaient que c’était arrangé avec Mimi Marchand.
Je ne la connais même pas. Mes relations avec la presse people sont fondamentalement judiciaires. Je suis en procès contre à peu près tous les journaux à scandale et j’espère bien qu’ils seront condamnés pour l’enfer qu’ils nous ont fait vivre. C’est la double peine, quand on a vécu avec les paparazzis en bas de chez soi tous les jours, de s’entendre dire que c’était arrangé. C’est d’autant plus inacceptable que nous n’avons jamais fait de notre vie un argument politique, comme tant d’autres. Je ne connais aucun autre politique qui ait dû subir cela. Avez-vous vu la une d’un magazine sur Mélenchon et sa conseillère ? Non.
Je ne fais pas partie de ces énarques qui, comme Macron, crachent sur l’ENA après avoir travaillé d’arrache-pied pour y entrer. J’ai décidé de prendre cette voie pour servir l’État et j’y ai appris énormément de choses, à rédiger des lois, à comprendre le fonctionnement de la machine de l’État, de son budget. J’ai rencontré beaucoup de monde, à l’ENA, en ambassade, en préfecture, puis à la Cour des comptes. Des hauts fonctionnaires admirables, qui ne comptent pas leurs heures contrairement à la caricature qu’on fait d’eux. Mais pas d’angélisme ! La détestation dans laquelle tant de Français tiennent les énarques n’est pas absurde. À côté de ces serviteurs de l’État intègres, j’ai découvert une autre catégorie de fonctionnaires : les technocrates. Vous savez, ceux dont toutes les phrases commencent par « c’est plus compliqué que ça ». Je ne fais pas partie de ces gens-là. Je pense que la France vit des problèmes graves, mais que les solutions sont simples.
Justement, tous les anciens présidents expliquent qu’ils ont le plus grand mal à faire appliquer leurs décisions… Ces technocrates-là ont-ils le pouvoir en France ?
Absolument. Quand on ne les connaît pas, il est impossible de les affronter. Moi, je les connais par cœur.
Vous avez fait un stage à l’ambassade de France en Libye quand vous étiez à l’ENA ?
Absolument. On était en 2018, en pleine crise des migrants avec la Libye comme principal pays de transit des Subsahariens vers l’Europe. J’ai vu de mes yeux comment fonctionnent les filières de passeurs. J’ai aussi travaillé à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, avec les agriculteurs et les industriels. La préfectorale a beaucoup compté dans mon parcours : mon expérience à la préfecture de Seine-Saint-Denis quelques années avant fut un véritable électrochoc, et sans doute un des moteurs pour m’engager au service de l’État.
Est-il vrai que votre vocation politique est née d’un drame familial, l’agression d’un proche ?
Quand j’avais 5 ans, j’ai vécu un événement très douloureux, dont je ne parlerai pas en public. J’ai vu, très jeune, trop jeune, la violence gratuite, comment elle abîme des vies pour toujours. J’ai vu l’impunité. Cela m’a donné un sentiment d’urgence, un besoin de protéger les gens, la conviction que nous avons le droit de vivre dans un pays en paix. Je ne parle pas de droite ou de gauche, mais d’aspirations normales de gens normaux : ne pas avoir peur pour sa fille quand elle sort ou pour sa mère quand elle prend les transports en commun, que ses enfants aillent à l’école pour y apprendre quelque chose, que les professeurs aillent enseigner sans avoir une boule au ventre, que dans les campagnes des gens ne soient pas obligés de s’arracher des dents eux-mêmes parce qu’il n’y a plus de dentiste.
Avez-vous toujours été de droite ?
Mon premier engagement politique est souverainiste. En 2015, avec quelques camarades, nous avons fait vivre la première association souverainiste de l’histoire de Sciences-Po, Critique de la raison européenne. Nous comptions parmi nous des gens de gauche. Ils sont depuis partis chez LFI et ont effacé toute trace de notre passé commun.
Qu’est-ce qui a changé la donne en 2015-2016 ? Les attentats ?
Oui. C’est à ce moment que des tensions sont apparues au sein de Critique de la raison européenne. On a commencé à se poser la question : la souveraineté, nous sommes d’accord, mais pour quoi faire ? Et là, la gauche et la droite avaient des réponses incompatibles.
Sur la question européenne, vous aussi avez bougé. Chez Reconquête on se sent européen ?
Le général de Gaulle disait : « Je suis français, donc européen. » Oui, nous voulons une Europe qui reste européenne, et une France qui reste française. Impossible pour moi en revanche de devenir européiste. Nous sommes plus que jamais opposés à Ursula von der Leyen. Reste que nous avons compris que nous étions sur le même bateau que les autres peuples européens, qui courent les mêmes dangers que nous. Nous avons passé des décennies à critiquer l’Allemagne, et à raison quand elle nous empêchait de défendre le nucléaire et prenait la direction de l’Union contre nos intérêts, mais je ne veux pas vivre pour autant dans un monde où Berlin devient une ville turque, et Bruxelles, le Maghreb sans le soleil.
Revenons sur la campagne présidentielle. Avez-vous commis des erreurs ?
Des centaines ! Pour Éric, comme pour moi, et pour la plupart des gens qui nous ont suivis, c’était une première fois en politique. On connaît nos erreurs, je connais les miennes, et on s’est juré de faire mieux. Mais je suis très fière de ce que nous avons accompli. Nous avons largement contribué, et nous continuons, à imposer la vérité dans le débat public. Aucun autre parti n’en a fait autant en deux ans. Je pense que le souvenir de Villepinte et du Trocadéro restera gravé chez beaucoup de monde : nous avons allumé une flamme dans le cœur de milliers de Français.
D’aimables commentateurs anonymes n’ont cessé de dire que vous étiez autoritaire, que vous vous occupiez de tout, etc.
C’est normal, quand on dirige une campagne présidentielle, ce n’est pas une AG de Tolbiac ! Et vous le savez, chez Reconquête, nous assumons l’autorité, nous sommes assez peu soixante-huitards… Avoir des responsabilités implique forcément de prêter le flanc à la critique, d’autant plus quand les choses ne se passent pas comme espéré. Je ne me défausse jamais sur quiconque et je reste le plus possible à l’écoute. Maintenant, ceux qui nous lisent pourront se faire leur avis sur ce qu’ils voient de moi et pas sur ce qu’ils entendent sur moi.
N’avez-vous pas effrayé les musulmans qui aiment l’ordre et se sentent passionnément français ? Beaucoup étaient d’accord avec Zemmour, mais ont été effrayés par son combat sur les prénoms, par exemple.
Permettez-moi de vous reprendre. Les musulmans ont voté à 69 % pour Mélenchon en 2022. 69 % pour un seul candidat, dans une élection qui en comportait 12. Pourtant, les 11 autres n’avaient pas tous « effrayé les musulmans avec les prénoms », comme vous dites. La plupart des musulmans n’ont pas voté pour l’ordre et pour l’amour de la France, ils ont voté pour celui qui a défendu leur droit à imposer leurs coutumes sans entrave. Il reste que je suis de culture judéo-chrétienne, alors je crois à l’émancipation individuelle. Notre position est très simple : ce n’est plus à la France de faire des accommodements raisonnables avec l’islam, mais aux musulmans de faire des accommodements raisonnables avec la France. Beaucoup d’immigrés l’ont fait avant eux, à commencer par ma famille de juifs d’Afrique du Nord, mais aussi les Espagnols, les Polonais, les Arméniens, les Libanais. Pourquoi les musulmans en seraient incapables ? Chez Reconquête, nous ne les prenons pas pour des victimes, mais pour des adultes. Si vous dites qu’ils se sentent « passionnément français », ils entendront notre discours.
Avez-vous avec Zemmour des débats, notamment sur Pétain ?
Je ne connais pas deux personnes d’accord sur tout ! En revanche, nos désaccords resteront privés, parce que je ne désespère pas de le convaincre !
On l’a vu devenir plus sensible au destin d’Israël depuis le 7 octobre.
Je vais vous répondre par les mots de Gilles Kepel : « Le 7 octobre est encore plus important que le 11-Septembre. » Beaucoup ont pris conscience de la guerre de civilisation en cours, qui se déroule non seulement en Orient, mais aussi dans nos rues. À Turin, à Londres, à Paris, à Bruxelles, des milliers de personnes ont défilé avec des drapeaux palestiniens. C’est un électrochoc pour toute l’Europe.
Les manifestations propalestiniennes en France étaient parfois inquiétantes, mais il n’y avait pas de cris antijuifs comme à Sydney ou à Londres.
En France, il y a eu un effet cathartique avec la personne de Mélenchon. Ils n’ont pas besoin de crier dans la rue. Ils ont leur représentant à la télévision.
Certains de vos sympathisants ont-ils été déçus par votre ligne pro-israélienne ?
Non. Chez nos sympathisants, il y a une clairvoyance sur cette question. Ils ont vu les masques tomber, en particulier à gauche. Ils savent combien nous avons raison de parler de choc de civilisations.
Il n’est pas sûr que, dans les bistrots, on parle de choc de civilisations. Vous voulez parler aux classes populaires, mais n’êtes-vous pas trop dans les concepts ?
Pas d’anti-intellectualisme, ça ne vous ressemble pas ! Je regarde le réel et je nomme ce que je vois. Je ne suis pas une idéologue. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, mes parents y vivent toujours : j’ai vu le changement à l’échelle de ma vie. Ce n’est pas une théorie. Je parle de faits qui se mesurent, qui se chiffrent et qui se voient.
Il y a eu du tirage politique entre Marion Maréchal et Éric Zemmour – et peut-être vous aussi…
Je vais vous dévoiler un scoop : je suis une marioniste ! Depuis que j’ai vu Marion Maréchal entrer très jeune à l’Assemblée nationale. Elle fait partie de mes premiers souvenirs politiques. J’étais en terminale, je l’ai vue lutter avec panache contre le mariage pour tous, et je l’ai vue quitter sa tante avec courage, puis nous rejoindre. C’est un geste qu’on ne doit pas minimiser.
Certes, mais on lui prête partout l’intention de vouloir repartir au RN…
Je n’y crois pas du tout. Elle a quitté sa tante pour ses convictions. Elle n’est pas femme à trahir ses convictions.
Quelle est la différence entre Reconquête et le RN aujourd’hui ?
Vous avez d’un côté le parti de la vérité, Reconquête. Et de l’autre, le RN, le parti des sondages. Voilà qui nous laisse un espace énorme ! Ils veulent plaire aux sondeurs et aux médias. On prend le chemin, plus difficile et sans doute un peu plus courageux, de convaincre les gens. En 2012, Marine Le Pen était pour la fin du nucléaire, parce qu’un sondage disait que les Français avaient peur du nucléaire après Fukushima. Maintenant, elle est pour, parce que les Français ont changé d’avis. Même chose pour le port du voile islamique. En 2004, elle était contre son interdiction à l’école. Je pourrais continuer comme ça longtemps. Je citerais Condorcet : « Les gens ne votent pas pour moi pour que je dise ce qu’ils pensent, mais pour dire ce que je pense. » Si vous voulez, il y a des gens qui sont très haut dans les sondages, d’autres qui sont très haut dans le courage. Là encore, choisissez en fonction de votre caractère !
Rahim, le mineur afghan mis en examen pour le meurtre de Matisse, 15 ans, à Châteauroux (36), a été mis sous les verrous dans l’attente de son procès. Plus que tout, l’exécutif qui se vantait que les Afghans soient les premiers bénéficiaires du droit d’asile, semble craindre la récupération politique de l’affaire par l’opposition.
Inlassablement, le même scénario se décline : à la campagne, à la ville ou dans les banlieues. Des gamins finissent assassinés, violentés, harcelés ou violés dans nos rues, sans que jamais l’accumulation des drames ne sorte le bon peuple de sa torpeur. On rouspète, on proteste, mais guère plus. Un jour prochain, la lassitude deviendra peut-être habitude et l’hésitation cèdera finalement la place au renoncement. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. Il est toujours temps de s’indigner, d’enfin tirer les conclusions que la situation impose.
Un “Papy Voise” par jour
Un peu moins d’un mois en arrière, j’écrivais ici-même un article1 relatant le passage à tabac ayant entrainé la mort de Shemseddine, un collégien qui avait eu le malheur d’échanger quelques mots avec une fille de son âge vivant dans une cité voisine. Comme à l’accoutumée, les élus locaux n’avaient pas assez de mots pour exprimer leur surprise, leur effroi face à ce drame qui touchait une ville de Viry-Châtillon (91) décrite comme habituellement « paisible ». Comment serait-ce donc possible qu’en République égalitaire et bienveillante des adolescents en viennent à se tuer pour des messages téléphoniques ? La faute aux réseaux sociaux ? Aux vilains jeux-vidéos ? Ils n’ont toutefois pas osé désigner le rap – il faut dire que le business est juteux. Rien sur les véritables raisons : le gouffre anthropologique qui sépare notre société de droit, fondée sur la culture de la culpabilité, de réflexes tribalistes où « l’honneur » est placé au-dessus de toutes autres considérations.
Bardella affirme que “Matisse est la nouvelle victime d’une politique migratoire insensée”
Ils ne l’ont pas fait parce qu’il est trop douloureux de contempler l’échec total d’une politique migratoire aveugle additionnée au laxisme et au rejet de tous les instincts humains. Le Français ne doit pas être seulement civilisé, il doit être domestiqué et émasculé, dépouillé de ses plus petites émotions. Il lui est enseigné dès le berceau que « la violence ne résout rien », qu’il faut « tendre la joue gauche », « dire à la maîtresse » ou « rapporter aux parents ». Dans ces conditions, le fait que des « enfants de la République » ne se conforment pas à ces injonctions est profondément intolérable à tous ces gens qui ont cru qu’on pourrait, du jour au lendemain, faire de parfaits petits Républicains avec des Afghans fraichement débarqués de zones de guerre ou des Tchétchènes descendus des farouches montagnes du Caucase.
Tout serait parti d’une improvisation de rap
En face, on se rend soi-même justice pour la plus petite offense. La violence est décuplée quand l’orgueil est touché, car perdre la face est pour certains de ces gens une peine bien plus grave que perdre un procès tenu par un juge encarté au Syndicat de la magistrature. Matisse, gamin de 15 ans, a été tué par un migrant afghan de son âge accompagné de sa propre mère. Il a aussi été tué par un système permissif et ouvert aux quatre vents, que le maire de Châteauroux a parfaitement incarné ces derniers jours. Rappel des faits. Rahman, réfugié afghan dans l’Indre, a été vexé après s’être ridiculisé lors d’un « freestyle » de rap improvisé auquel assistait sa future victime. Excédé par les taquineries de Matisse, il lui a asséné un coup de poing. Mais le jeune Français savait se défendre. Il a répliqué et lui a cassé le nez. Plutôt que de prendre sur lui et d’encaisser une leçon de vie, Rahman a foncé chez lui pour récupérer un couteau puis est revenu sur les lieux accompagné de sa mère. Il a alors donné quatre coups de couteau pour « laver l’affront », avant que sa génitrice ne finisse le travail en assénant deux claques à Matisse qui agonisait au sol.
Pire encore, les deux psychopathes ont joué la carte du « racisme ». Nos Afghans ont bien compris une chose en arrivant dans notre pays : la « victime » systémique a toujours raison. Le « racisme » est un tel tabou, devenu le crime de la pensée le plus radical de notre époque, que pour certains un « retourne dans ton pays » justifierait bien un meurtre. Ils ont donc tenté leur chance. Et ça a marché quelques heures auprès de ces mêmes populations qui ayant saccagé la France une semaine entière pour Nahel, qui avait pourtant refusé d’obtempérer et conduisait une voiture de sport alors qu’il était mineur, se sont empressés de dire que finalement « l’injure raciste » pouvait se payer au prix fort… Las, la vérité est désormais sue grâce au Parquet et aux témoins : Matisse n’a pas été « raciste », il s’est simplement défendu courageusement face au voyou du quartier qui terrorisait même certains ilotiers.
Nos gouvernants s’enorgueillissent de voir les Afghans premiers bénéficiaires du droit d’asile
Il s’est si honorablement défendu qu’il a réveillé l’ire de barbares qui n’ont pas leur place chez nous. Pas parce qu’ils seraient « islamistes », la famille semblant plus portée sur l’alcool et la débauche que la prière, mais parce qu’ils proviennent d’une culture tribale portée sur la violence, archaïque et inadaptable à une société d’ordre. Ces gens ne sont pas transposables dans le biotope français. Alors oui, il y a parmi eux des personnes très biens et de véritables réfugiés, mais le risque est trop grand et rien ne justifie que la France accueille des Afghans, Soudanais ou autres Pakistanais venus de cultures totalement différentes, pas même intégrées à l’espace francophone ou occidental. Songeons par ailleurs que la famille de Rahman avait pris le commandement présidentiel appelant au réarmement démographique au pied de la lettre, puisque la mère est présentement enceinte de son… septième enfant. Comment lutter face à une natalité si débridée, inconsciente ?
Depuis 2018, les Afghans sont les premiers bénéficiaires du droit d’asile en France. Comme l’a annoncé @EmmanuelMacron, nous continuerons d’ouvrir nos portes à ceux qui sont menacés par l’horreur islamiste. Polémique indécente de ceux qui veulent voir autre chose dans ses propos.
Certainement pas avec les éléments de langage de Gil Avérous, maire divers droite de Châteauroux qui a immédiatement demandé à ce que le cas ne soit pas « récupéré » sur demande du cabinet du ministère de l’Intérieur. L’information m’a été donnée par une personne qui suit au plus près le dossier. N’est-il pas infâme de ne penser qu’aux conséquences politiques de ces horribles crimes ? N’est-ce pas là la plus abjecte récupération ? Et c’est, du reste, le meilleur moyen de faire progresser leurs adversaires politiques… Le crime ne paie jamais. Surtout que ce gouvernement devrait en la matière se faire vraiment tout petit. Les chiffres rapportés par le compte de Marc Vanguard sur Twitter sont édifiants. Ainsi, le nombre de coups et blessures volontaires enregistrés dans les données policières de l’année 2023 a encore battu un record. 384 000 victimes ont pu être recensées cette année contre 110 000 en moyenne lors de la période où Lionel Jospin était Premier ministre. Sur la période 2012-2021, les violences ont augmenté de 47 % en France alors qu’elles ont diminué respectivement de 14 et 13% en Italie et en Allemagne. Depuis que Gérald Darmanin est ministre de l’Intérieur, nous assistons à une véritable flambée. Que fait-il en dehors de parader ?
Salman Rushdie, dans son dernier livre autobiographique, Le Couteau (éditions Gallimard), nous donnait des nouvelles de Paul Auster. Elles n’étaient pas très bonnes, après l’annonce de son cancer en 2022. Rushdie écrivait de son ami : « Je rendis visite à Paul Auster dans sa maison de Park Slope à Brooklyn. Quelle année il avait vécue. […] Et maintenant, le cancer. Il avait entamé une chimiothérapie et avait perdu ses cheveux. » Rushdie se permet une blague amicale sur son état de santé, ce qui fait rire Auster. « C’était bon, écrit Rushdie, de le voir et de l’entendre rire. J’étais heureux de le voir si optimiste. Mais le cancer était sournois. » La mort de Paul Auster à 77 ans, hier soir dans cette maison de Brooklyn dont parle Salman Rushdie, a eu raison des relations étroites qui unissaient les deux hommes. Ils avaient en commun l’exigence de l’amitié, ainsi que cet amour de la littérature qui, à chaque fois qu’une telle disparition se produit, fait dire à celui qui reste : « Mort à jamais, qui peut le dire ? »
Un écrivain américain francophile
Dans le cas de Paul Auster, nous avons affaire à l’un des romanciers américains les plus francophiles qui fût jamais. Durant sa vie, il n’a cessé de rendre hommage à notre littérature, dont il était un grand connaisseur. Encore enfant, il avait subi l’influence bienfaisante d’un oncle lettré, traducteur de Virgile, qui lui avait ouvert l’esprit aux langues étrangères, et sans doute au français. Quand il intègre l’Université Columbia, à New York, il sait déjà que c’est cette littérature raffinée qui l’intéresse. En 1971, Paul Auster vient s’installer en France pour plusieurs années, et il y rencontre notamment le poète André du Bouchet.
Quand il revient à New York, il traduit des auteurs de chez nous comme Mallarmé, Breton ou Simenon. Pour gagner sa vie, il fait de la critique littéraire et tente en vain de publier un manuscrit de roman policier. C’est alors que son père meurt subitement, ce qui le bouleverse profondément. Cet évènement, qui se révélera fondateur pour lui, lui inspire en 1982 un livre ambitieux, L’Invention de la solitude. Au début, le succès se fait encore attendre, mais finit par arriver. La suite de sa brillante carrière d’écrivain se développe à partir de cette publication : Moon Palace (1990) confirme son aura de romancier, ainsi que Léviathan (1993), qui reçoit le prix Médicis étranger.
Le romancier du hasard
Au total, Paul Auster aura écrit une œuvre considérable, plus de quarante livres traduits dans autant de langues. Il aborda des domaines très divers, puisqu’il fut aussi poète (depuis l’âge de douze ans), essayiste et scénariste. Nombreux sont ses ouvrages autobiographiques, également. Il se consacra un temps au cinéma, d’abord en collaborant avec le metteur en scène Wayne Wang pour plusieurs films, dont Smoke, Ours d’argent à Berlin en 1995. Il passa ensuite à la réalisation, avec par exemple Lulu on the Bridge (1998). Paul Auster fut sans conteste un touche-à-tout de génie, disposant d’une palette de talents d’une grande amplitude, qui fait penser aux Lumières du XVIIIe siècle. Moon Palace, attachant roman d’initiation, en porte par exemple la trace évidente. En plus d’être un exceptionnel raconteur d’histoires, Paul Auster était un philosophe hanté par l’idée implacable du hasard. Il avait fait sienne la devise mallarméenne, selon laquelle « jamais un coup de dés n’abolira le hasard ». Dans son roman 4 3 2 1 (2018), Paul Auster avait choisi de présenter les quatre vies possibles d’un Juif russe émigré à New York. Paul Auster était le petit-fils de Juifs originaires d’Europe centrale. La question cruciale de l’identité revenait par conséquent souvent sous sa plume, et donnait à son propos une intensité très vive, dans laquelle beaucoup de lecteurs d’aujourd’hui se reconnaissaient. Dans son ultime roman, Baumgartner, sorti très récemment chez Actes Sud (l’éditeur de tous ses livres), Auster renouait avec cette problématique typiquement moderne de la perte d’identité. Il y posait une dernière fois la question : « Qu’est-ce qu’un homme ? », et donc, finalement : « Qui suis-je ? ».
C'est avec une immense et profonde tristesse que nous avons appris le décès de Paul Auster. Écrivain emblématique des éditions Actes Sud, il est l'auteur d'une œuvre majeure qui a marqué des générations de lecteurs.
Comme tous les grands écrivains, Paul Auster s’est demandé souvent ce qu’était la mort. Dans ses romans, en particulier, il n’a pas esquivé cette question difficile, voire insoluble. Maintenant qu’il n’est plus parmi nous, l’heure a sonné de revenir sur ses livres, pour y découvrir un sens nouveau, comme si son art romanesque résidait aussi dans la préfiguration, certes métaphorique, du moment ultime. Les dernières lignes de Moon Palace répondent peut-être secrètement à cette interrogation, en particulier lorsqu’il écrit : « J’étais arrivé au bout du monde, et au-delà ne se trouvaient que de l’air et des vagues, un vide qui s’étendait sans obstacle jusqu’aux rives de la Chine. C’est ici que je commence, me dis-je, c’est ici que débute ma vie. » ‒ Car j’ai oublié de le dire : l’œuvre de Paul Auster est de celles qui redonnent espoir.
Tous les livres de Paul Auster sont publiés en France par les éditions Actes Sud.
Le nouveau livre d’Isabelle Muller est un pied de nez aux doctrines qui visent à abolir les spécificités féminines et masculines. Avec talent et audace, elle réveille les esprits anesthésiés.
Voici le livre de la nécessaire réhabilitation des évidences perverties, le guide salutaire de la reconquête des territoires perdus de la raison.
L’auteur, Isabelle Muller (nous nous épargnerons ici les balourdises du type autrice), accompagnant un jour de 2018 la philosophe Marianne Durano à l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut (France Culture), entend avec stupeur l’autre intervenante invitée prophétiser l’avènement des temps de l’« autoengendrement à plusieurs », une bizarrerie dont on doit comprendre qu’elle consacrerait la phase ultime de l’abolition tant promise de la différenciation des sexes. On me pardonnera de ne pas développer plus avant cette révélation, l’autoengendrement, fût-il à plusieurs, s’inscrivant pour moi dans le registre des jargonnantes inepties du moment si prisées des maîtres à penser de ces territoires perdus de la raison évoqués plus haut.
Sentiment d’urgence
Face à cela, l’auteur est saisi de l’urgence de prendre la plume. On la comprend. Elle le fait avec une audace intellectuelle que les doctrines successives visant à l’abolition des spécificités féminines et masculines ont fini par chasser peu ou prou de nos esprits anesthésiés. Pensez donc ! Isabelle Muller ose la question : « Qu’est-ce qu’une femme ? » On entend d’ici les ricanements, les sarcasmes des wokistes d’en face. « Persister à s’interroger sur un truc qui n’existe pas, qui n’existe plus ? On ne fait pas plus ringard ! Comment peut-on ? » Or, notre auteur ne s’en tient pas à cela en matière d’audace conceptuelle, elle va jusqu’à développer le thème de la spécificité de l’âme féminine. Déjà, en soi, parler de l’âme ne court pas les pages de la littérature actuelle. Quant à lui accoler le qualificatif « féminine », cela frise le crime d’hérésie. Le bûcher n’est pas loin.
Or, ne serait-ce qu’en référence à ces deux thèmes – centraux, il est vrai – du livre d’Isabelle Muller, je me permettrai, moi qui suis un homme (on me pardonnera aussi cette obscène revendication), de recommander la lecture du Temps de la féminité en premier à mes semblables, masculins, donc. (La lâcheté étant un de nos travers marquants, si cela les arrange, qu’ils le lisent en cachette. Mais qu’ils le lisent.)
Non seulement, ils renoueront avec l’évidence aujourd’hui pervertie de l’absolue spécificité du féminin, mais ils ne pourront que se laisser convaincre que cette spécificité ressortit tout simplement au sublime. « Une femme, par sa biologie et le corps qui lui est donné, écrit Isabelle Muller, peut accueillir la vie en son sein, faire grandir un être qui n’est pas complètement le sien, et donner naissance à une personne […] Elle engendre dans son propre corps, ce que l’homme ne peut pas. (Il engendre dans le corps d’autrui). » Et de convoquer Aristote en appui de son propos : « De cette différence essentielle, vertigineuse, naît tout le reste », conclut notre philosophe tutélaire. (Sur ce point, s’opposent donc la pensée d’Aristote et celle de Sandrine Rousseau. Arbitrage ô combien difficile).
Puis l’auteur se réfère à Marianne Durano, la jeune philosophe qu’elle accompagnait le jour de la révélation du « réengendrement » en réunion. « Qu’est-ce qu’être une femme? interroge cette dernière. C’est vivre dans sa chair la possibilité d’un autre, redouté et désiré, dont la virtualité même scande son avenir. C’est rejouer chaque mois le rythme des saisons, l’effervescence du printemps et la décomposition de l’automne, savoir intimement que l’humain est un être de nature, et que la vie en lui veut se transmettre avant de mourir. »
Tout est dit. Poétiquement dit, qui plus est. (À ce propos, le texte d’Isabelle Muller s’enrichit de poèmes éclairants et, en fin d’ouvrage, de textes d’auteurs de référence.)
Dès lors, on se convainc sans peine que la très forte évidence ainsi affirmée – ou réaffirmée, ayant été oubliée, gommée, chassée – n’est autre que ce qui fonde la « supériorité métaphysique de la femme » et que, partant, elle devrait s’imposer à tous. Tranquillement, sereinement. Joyeusement. Dans la magie d’une adhésion à une sorte d’Amor Fati, d’amour du destin.
Être une femme, c’est vivre dans sa chair la possibilité d’un autre, venons-nous de lire. Cela exprime tout simplement que, à elle seule, cette possibilité constitue la condition nécessaire et suffisante de la féminité, quand bien même, pour telle ou telle raison, cette possibilité ne serait pas suivie d’effet. Nous sommes donc loin ici d’une quelconque injonction à procréer, cette interprétation biaisée et caricaturale que l’idéologie woko-féministe se complaît à agiter tel un épouvantail à peine est murmuré le beau mot de féminité.
Le féminisme fait désormais des femmes des victimes permanentes
Tout aussi caricatural serait de cantonner le champ d’excellence de l’âme féminine dans la sauvegarde, la protection du foyer compris dans sa seule dimension domestique, le bien fondé et la noblesse de celle-ci n’étant d’ailleurs nullement contestables. Mais le foyer en tant que territoire de féminité me semble devoir s’étendre évidemment bien au-delà. Lorsque la petite bergère de Lorraine s’engage et prend les armes, c’est au secours du foyer national, de la Patrie qu’elle vole. Ainsi de ses continuatrices de la Résistance, pour ne prendre que cet exemple. Quant à celles, innombrables, qui au sein du foyer – domestique cette fois – déployaient dans le même temps des trésors d’ingéniosité pour faire bouillir le rutabaga et nourrir le gosse et l’aïeul, il est bien clair qu’elles faisaient l’acceptation du même devoir sacré. Assurer la pérennité du foyer.
« Il revient à la femme de poser des choix conscients, écrit encore Isabelle Muller […] Rien ne justifie que les femmes se laissent imposer des parcours qui ne sont pas les leurs, des choix inconscients qui les empêcheraient de remplir leur mission essentielle. » Aujourd’hui le spectre de ces choix est ouvert au plus large. « De justes et nécessaires changements sont intervenus », se félicite-t-elle. Mais, à l’inverse, elle ne peut que déplorer la dérive délétère actuellement en marche : « Alors que les femmes ont acquis une juste égalité, une place et un rayonnement dans la société sans doute jamais égalés, notre époque cherche à déconstruire la différence des sexes […] Elle fait d’elle [la femme] une victime permanente qui serait sans cesse discriminée. »
Voilà donc le piètre résultat d’un féminisme, sans doute originellement profitable et légitime sur le plan social, mais qui, s’ingéniant à nier la féminité n’aurait réussi, au fil de dévoiements et d’errements multiples, qu’à nier la femme même.
Refermant le livre d’Isabelle Muller, surgit tout naturellement une autre évidence. Le temps du féminisme ayant produit ce que l’on sait, n’y aurait-il pas urgence à passer à celui de la féminité ?
Isabelle Muller, Le temps de la féminité, Éditions Boleine, 2024.
Pendant qu’en France, Gérald Darmanin multipliait ses fameuses opérations « Place nette XXL », l’Allemagne légalisait le cannabis. « Salauds de Boches » ?
L’Allemagne, constatant l’impossibilité de mettre fin au trafic ou d’emprisonner les millions de fumeurs de shit teutons, vient de décider d’une légalisation du cannabis au 1er avril 2024. Les mineurs auront toujours interdiction de s’en procurer. En revanche, les adultes pourront en détenir jusqu’à 50 grammes, faire pousser trois plants de « beuh » ou adhérer à des associations ayant pour objet d’en cultiver. Les objectifs sont multiples et incluent un contrôle de la qualité et de la teneur en THC, ainsi et surtout qu’une diminution du commerce illégal. Non content de cette évolution lucide, on semble vouloir outre-Rhin évaluer dans quelque temps les résultats de cette nouvelle approche – si ça se trouve, ça va marcher, ce serait horrible pour la Place Beauvau.
« Salauds de Boches ! » doit en effet se lamenter Darmanin. Fidèle à la politique française de « guerre à la drogue » menée depuis cinquante ans (avec le succès que l’on sait), notre ministre mène des descentes de police très médiatisées, les fameuses « place nette XXL ». Inspirée des opérations « coup de poing » de jadis, cette mise en scène sous les caméras permet de donner l’illusion que notre État contrôle encore vaguement le territoire. Tout en offrant une distraction aux chefs de réseau emprisonnés qui peuvent commenter (en se gondolant) les opérations de police, ainsi que les quelques kilos de drogue saisis – prises dérisoires au regard de l’ampleur de la consommation.
« Salauds de Fridolins ! » entonnent néanmoins, à l’unisson du ministre XXS, les mafieux des cités. Il ne manquerait plus qu’une partie de ce commerce soit légalisée en France comme en Allemagne. Qu’ils se rassurent : comme dans bien d’autres domaines, la France ne change pas une politique qui a lamentablement échoué. Continuons le combat que nous avons perdu à plates coutures il y a une trentaine d’années. Mais chut ! On ne réveille pas un ministre qui roupille.
Dans le Paris de Mmes Hidalgo et Dati, sous peine d’être relégués au rang de simples attractions touristiques, les cabarets sont priés d’être « engagés ».
Dans la nuit du 24 au 25 avril, le Moulin Rouge a perdu ses ailes. Bien qu’il soit charmant de les imaginer s’envoler, celles-ci semblent plutôt être tombées et cela n’est pas passé inaperçu. À l’émotion toute légitime des passants et habitants du XVIIIe arrondissement, se sont rapidement ajoutés déclarations officielles et articles de presse. Cela a de quoi surprendre.
Folklore tricolore
De prime abord, le sujet semble en effet un non-événement puisqu’aucun blessé n’est à déplorer et les conséquences matérielles pour l’établissement sont, aux dires de celui-ci, quasiment inexistantes : l’activité n’a pas souffert et aucune représentation n’a dû être déprogrammée. Il semble donc s’agir d’un fait purement symbolique. La réaction de la ministre de la culture Rachida Dati va dans ce sens puisqu’elle évoque un « symbole de Paris » et parle d’une « émotion particulière pour le monde du spectacle » avant d’assurer ses followers sur le réseau social X de son attachement au patrimoine français et de son engagement pour la protection de celui-ci.
Quel bonheur de voir enfin reconnus les cabarets et leurs revues comme éléments majeurs du patrimoine et tout particulièrement du folklore parisien ! Il faudrait cependant rappeler à Mme Dati que le Moulin Rouge n’est pas encore un musée, ou un simple bâtiment emblématique, symbole d’une époque révolue, mais bien une entreprise privée qui va, à n’en pas douter, gérer seule et efficacement les soucis techniques ayant entraîné la chute des pales du fameux moulin. En revanche, a-t-on souvenir d’un quelconque épanchement du gouvernement lorsque le Lido a fermé définitivement ses portes en 2022 après 76 ans d’existence, ou lorsque les Folies Bergère ont été contraintes de revoir complètement leurs revues sous peine de subir le même sort ? Ces cabarets n’étaient-ils pas eux aussi des symboles de Paris et des éléments du patrimoine ? Ne méritaient-ils pas a minima d’être soutenus ou de faire l’objet de tentatives de sauvegarde ?
Le @moulinrouge, un des symboles de Paris connu dans le monde entier, a perdu ses ailes cette nuit. C'est une émotion particulière pour le monde du spectacle et pour tous les amoureux de Paris.
La protection et la restauration de notre patrimoine est une de mes priorités, le… https://t.co/O6feow0jmk
Le silence politique fut malheureusement le même lorsqu’entre 2010 et 2020, ces mêmes établissements furent régulièrement décriés par des organisations féministes qui, ignorant vraisemblablement que le French-Cancan était à l’origine une danse subversive et engagée, n’y voyaient que des temples de l’objectification des femmes et de la domination patriarcale. L’apogée de cette absurde cabale a été atteint en 2014 lorsque des membres du groupuscule Femen ont choisi le toit du Moulin Rouge pour y « dénoncer l’industrie du sexe » avant d’en repartir quelque peu dépitées : la direction les avait informées que leurs danseuses étaient toutes des professionnelles sous contrat. Le Figaro titre alors à l’époque qu’elles se sont « trompées de cible ».
Certains cabarets parisiens semblent pourtant non seulement échapper à la vindicte wokiste mais être régulièrement encensés par ces mêmes détracteurs. Le magazine Causette publie en 2022 un élogieux article intitulé « Sous les paillettes, la rage » sur le cabaret Madame Arthur. La journaliste s’y extasie devant les paroles des chansons explicitement engagées contre le patriarcat, l’hétéro-sexisme ou encore les violences policières. Inutile de chercher un lien : mettons tout cela pêle-mêle dans le même panier et recouvrons-le grossièrement de strass. Qu’importe le talent, pourvu qu’on ait la hardiesse ! Il n’est fait mention du Moulin Rouge ou du Crazy Horse que pour les qualifier de « spectacles millimétrés », comprenez sans âme et parfaitement has-been. On comprend alors que ce n’est pas tant le format cabaret qui est remis en cause que son étiquette frivole, de pur divertissement. Même la performance artistique ne semble pas peser lourd dans la balance. Il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. Désormais le cabaret doit être politique, engagé, sous peine d’être relégué au rang de simple attraction touristique.
Le « paysage urbain » doit à tout prix être de nouveau présentable pour les JO
Dans ce climat délétère à l’égard des cabarets dits traditionnels, l’émotion des politiques et les moyens publics mis en œuvre pour que le Moulin Rouge retrouve rapidement ses ailes nous paraissent d’autant plus suspects. Souvenons-nous alors que le Moulin Rouge est le monument le plus photographié par les touristes étrangers après la Tour Eiffel. La touchante mobilisation de nos politiques ne serait-elle pas grandement influencée par l’imminence des Jeux Olympiques et les millions de touristes qu’ils draineront dans les rues parisiennes cet été ? On imagine aisément que les photos du Moulin Rouge sans ailes faisant le tour du monde soient de nature à filer des sueurs froides à la Maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a ainsi annoncé dès le lendemain du drame : « Nous serons aux côtés de l’établissement pour les aider à faire en sorte qu’on puisse retrouver notre paysage urbain avec le Moulin Rouge qui est très important pour nous ». « Nos équipes sont déjà en contact pour leur offrir cette aide technique et matérielle pour qu’ils puissent rayonner à nouveau et que les ailes du moulin puissent continuer à tourner », a précisé l’élue. Qu’importent l’insécurité et la saleté des rues parisiennes, pourvu que les touristes puissent avoir leur selfie devant le mythique cabaret ! Jamais les paillettes n’auront autant servi de poudre aux yeux.
Place Blanche, 25 avril 2024Les ailes en partance vers une destination inconnue…
Nous y avons cru mais, hélas, il semble que ce ne soit ni la nostalgie du Paris de Toulouse-Lautrec, ni l’attachement au patrimoine culturel français qui motivent les réactions politiques. Seule compte l’image de Paris, tout du moins ce qu’il en reste, au regard du monde. Que les politiques se rassurent : seuls quelques mois nous séparent du début des jeux et si ce laps de temps semble largement suffisant pour que le Moulin Rouge retrouve ses ailes, redonner au Champ de Mars des allures autres qu’un champ de bataille devrait davantage leur donner du grain à moudre.
« À quoi sert une chanson si elle est désarmée, me disaient des Chiliens bras ouverts, poings serrés, comme une langue ancienne qu’on voudrait massacrer. Je veux être utile à vivre et à rêver… »[1], chantait Julien Clerc. Ah, l’Amérique du sud, ses chansons engagées… Ah ! Les artistes français et leurs rêves de révolutions et de caviar. Pour vivre et rêver en Occident, il nous reste de grands artistes contestataires, Adèle Haenel et son keffieh, ou Nick Conrad, qui a le courage de crier haut et fort « pendez les Blancs » au nom de la liberté d’expression. « Pendez les rappeurs », répond l’Ayatollah Khamenei. Et lui, il le fait.
« Journalistes à louer, espions, artistes du régime, trouvez un trou de souris » – Toomaj Salehi
L’Ayatollah Khamenei et Mélenchon préfèrent sans doute les chansons de Nick Conrad aux textes anti-mollahs de Toomaj Salehi, condamné à mort par pendaison pour corruption terrestre. Mourir au mois d’avril, quand les roses d’Ispahan ne sont pas encore écloses… On ne sait s’il mourra, ou si la peine prononcée n’est qu’un supplice psychologique de plus pour le faire taire.
Quel sens a le mot « corruption » en Iran ? Il sort de la bouche de meurtriers de manifestantes, au préalable violées pour être certain que Dieu leur fermera la porte du Paradis. Sans doute les Gardiens de la Révolution ont-ils peur de les retrouver parmi leurs 70 vierges célestes, chantant les textes de Toomaj Salehi sur leur propre corruption : « Ne nous as-tu pas assez isolés dans le monde ? Ne nous as-tu pas assez étouffés ? Vous ne nous avez pas assez foutu en l’air ? Ne nous avez-vous pas assez volé ? Maintenant vous voulez donner la moitié de l’Iran à la Chine et le reste à la Russie ? »(…) « Si tu es un régime théocratique, pourquoi es-tu le serviteur de la Chine ? (…) Quiconque vend ma Patrie sera puni… »
Un dictateur a toujours un chanteur d’opposition pour lui faire la nique. Vladimir Vyssotski a traversé l’URSS avant de mourir épuisé d’une crise cardiaque, poursuivi par le KGB et les brimades des cocos. Sixto Rodriguez a porté la jeunesse sud-africaine avec son titre « Sugar man ». Que serait l’image de la Kabylie sans les chansons d’Idir ? Celia Cruz immigra de Cuba aux États-Unis avant d’être une figure de l’anti-castrisme, et Fela Kuti, chanteur et opposant nigérian, a fini par devenir un politique…
Les régimes sanguinaires sont rarement assez fous pour tuer un artiste populaire : c’est un coup à faire du lieu du meurtre une terre de pèlerinage. Le sang d’un chanteur coule toujours moins loin que ses œuvres. Voyez Mercedes Sosa. Forcée à l’exil après un concert à la Plata en 1979, elle revient quelques mois avant la chute de Jorge Videla pour un concert absolument mythique à Buenos Aires. A quoi sert l’art en dictature ? Sa chanson « Si se calla el cantor » — si le chanteur se tait — le résume parfaitement.
Si se calla el cantor, calla la vida si le chanteur se tait, la vie se tait Porque la vida, la vida misma, es como un canto parce que la vie est comme un chant Si se calla el cantor, muere de espanto, si le chanteur se tait, meurt de terreur La esperanza, la luz, y la alegria l’espérance, la lumière et la joie.
Juliette Binoche se coupera-t-elle une autre mèche de cheveux ?
Des chanteurs sont condamnés à mort. Que font les artistes occidentaux ? En octobre 2022, Juliette Binoche au sommet de sa résistance contre l’oppression, se coupait une mèche de cheveux sur Instagram suite à la mort de Mahsa Amini. En octobre 2023, elle signait une pétition pour un cessez-le-feu à Gaza[2]. Pour l’instant, elle n’a pas encore eu d’idée lumineuse concernant Toomaj Salehi, dans le droit fil de ses deux précédents engagements. Peut-être va-t-elle se laisser pousser la barbe. Lio aurait pu se raser la boule à zéro pour Toomaj Salehi, afin de donner un autre sens à son geste qu’un « ras-le-bol du patriarcat ». Le monde de l’interpreneuriat instagramable (néologisme un peu barbare) est pour l’instant assez silencieux. Quand le chanteur se tait, les cris de défense des assassins résonnent…
Saint-Etienne, 1er mai 2024. Image: Capture YouTube / Le Parisien.
Les leaders de LFI ont beau clamer leur innocence, c’est bien la gauche mélenchoniste qui menace la démocratie. Le commentaire politique d’Elisabeth Lévy
L’image du 1er mai, c’est donc Raphaël Glucksmann pris à partie à Saint-Etienne. Il faut dire que les Black Blocks devaient avoir piscine. On n’a pas assisté hier aux violences habituelles qui, depuis une dizaine d’années, entachent assez systématiquement les mobilisations sociales – particulièrement le 1er mai. Elles auraient peut-être fait passer le chahut autour de la tête de liste PS / Place Publique au second plan.
— France Bleu Saint-Étienne Loire (@bleustetienne) May 1, 2024
Des images violentes déplorables
Raphaël Glucksmann et ses soutiens ont donc été virés du cortège stéphanois à coups de jets de peinture, de « Palestine vivra ! » et de « Casse-toi ! » par quelques dizaines de manifestants munis de drapeaux palestiniens. Le député européen a ensuite accusé des militants de « Révolution Permanente » et de LFI.
Vos propres militants contredisent votre version.
Mais vous préférez sans doute le monde des mensonges et des faits alternatifs. Pas nous.
On peut se réjouir de la condamnation unanime dans la classe politique. Tant mieux, même si c’est le minimum syndical. Même Jean-Luc Mélenchon a fugacement été touché par la grâce démocratique ou voltairienne : il n’est pas d’accord avec Raphaël Glucksmann, mais il n’est pas d’accord non plus avec son expulsion. Cependant, il s’empresse ensuite d’ajouter que Glucksmann a eu tort d’accuser LFI. Dans le genre comique, les Insoumis accusent maintenant Glucksmann de se victimiser, alors qu’ils font eux-mêmes des trémolos depuis une semaine sur leur liberté bâillonnée et ont même convoqué une manifestation matinale porte de Clichy à Paris parce que Mathilde Panot avait été convoquée par la police pour s’expliquer sur son communiqué du 7 octobre dans le cadre d’une procédure politiquement stupide mais parfaitement banale.
Glucksmann a-t-il eu raison d’accuser LFI ?
Stricto sensu, l’opération stéphanoise a été revendiquée par les Jeunes communistes de la Loire, mais néanmoins la présence d’Insoumis est attestée.
Comme l’a dit Raphaël Glucksmann, au-delà de cet incident à Saint-Etienne, le parti mélenchoniste est largement responsable de la brutalisation de la vie politique. Sur les réseaux sociaux, les militants insoumis sont déchaînés contre le socialiste depuis des semaines, avec parfois au passage des messages antisémites. Ce sont aussi les Insoumis qui font monter les tensions autour de Gaza et qui, pour finir, entretiennent la confusion entre la cause des Palestiniens et celle du Hamas et s’acoquinent avec des associations qui veulent la destruction d’Israël.
Donc, oui Raphaël Glucksmann a raison. Mais il serait plus convaincant, primo, s’il s’indignait autant quand on tente d’empêcher de parler des gens proches du RN ou de Reconquête (la soi-disant extrême droite), cela n’a aucun sens de défendre la liberté si on oublie celle de ses adversaires. Deuxio, si le PS, le PC et les Verts n’avaient pas accepté de s’allier avec un parti qui a quitté les rivages démocratiques pour jouer le chaos, avec un parti qui recevait Jeremy Corbyn, qui clamait sa haine de la police et refusait d’appeler les émeutiers au calme. Pour un gros plat de lentilles électoral, les partis de gauche se sont déshonorés. Et on aimerait être sûr que ces deux gauches sont irréconciliables, et que le PS n’ira pas à Canossa pour quelques sièges de députés…
Enfin, on attend aussi que Raphaël Glucksmann et les autres représentants de la gauche « raisonnable » reconnaissent qu’ils se sont trompés sur un autre point. Voilà des années qu’ils ont fait fausse route et qu’ils jouent la comédie antifasciste contre le RN ou Éric Zemmour. Ce baratin ne trompe plus personne, même pas eux. C’est désormais clair. En France aujourd’hui, ce n’est pas la droite nationale qui menace la démocratie avec des comportements de voyous. C’est la gauche mélenchoniste, qu’on le dise !
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud radio
L’écriture exclusiveentend porter l’estocade aux partisans de l’écriture dite inclusive. Olivier Rachet ferraille, en vérité, contre les tenants de l’idéologie de l’empire du Bien. C’est savoureux et surtout salutaire.
Lecteur, voici un livre de combat ! Un pamphlet brillant, ironique, drôle et savant. Il s’attaque aux affidés du point médian, aux contempteurs du « neutre » qui, sous prétexte d’une langue plus juste, plus égalitaire, visent à forger sous cape une idéologie transhumaniste. Sous couvert d’en finir précisément avec les dominations et nonobstant les apories d’une orthographe suffocante, paralysante, ces nouveaux acolytes du Bien, idiots utiles de la moraline, fabriquent rien moins qu’un discours de pouvoir : un comble. Leur obscurantisme est patent, leur post-vérité est ressentimentale. Olivier Rachet dévoile l’enfer du décor, il épingle ces « ignorantins », démasque leurs intentions, leur mobile : en finir avec la différenciation sexuelle. Écoutons : « L’angoisse suprême, c’est que l’autre ne ressemblât plus à soi. Dans son refus des différences ou dans l’affirmation tyrannique de sa différence ou de ce qu’il serait plus juste de nommer sa dérive identitaire. » La belle affaire ! Et, partant : « Une secrète alliance rapproche les partisans de l’indifférenciation généralisée et les adeptes du culte poussé à l’extrême de tous les plus petits dénominateurs communs du même. » Le fantasme régressif est ici connexe d’un délire scientiste.
Êtes-vous déjà parvenu à lire, à haute voix, un texte écrit en écriture inclusive ? C’est impossible. Radicalement. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas fait pour ! Comment ? Le point médian nuit au plaisir de la lecture. CQFD. « Point médian : point de jouissance textuelle. » Il s’agit de rendre la littérature illisible donc inopérante. Dans quel but ? Georges Bataille nous donne la réponse en posant une autre question, centrale celle-ci : y-a-t-il une Littérature possible sans pensée du Mal ?
Rachet nous explique que pour Spinoza (Éthique), le mal est « ce que nous savons certainement empêcher que nous ne jouissions d’un certain bien ». Et notre pamphlétaire de provoquer (philosophiquement) : « L’écriture dite « inclusive » entravant la jouissance de la lecture d’un texte écrit en français, elle est donc nécessairement un mal. » C’est dit.
Mais revenons au neutre (sans quitter tout à fait « le mal »), qui est un point de fixation définitif pour nos « transhumanistes » : « Il s’agit d’en finir avec, d’un côté, la reproduction sexuée ; de l’autre, avec la passion différentielle. » Comme le relève sournoisement Rachet, se passer de l’opposition « frontale » entre le masculin et le féminin revient à renier l’existence du diable. Diable ! Comment alors, demande notre auteur, « s’offrir le luxe inouï d’accueillir en soi les promesses de l’amour, physique aussi bien que théologique » ?
L’écriture exclusive, outre qu’il se présente comme une Nouvelle défense et illustration de la langue française est aussi, et peut-être surtout, un précis de décomposition de l’idéologie de l’empire du Bien, donc d’un discours « qui engendre la faute ».
« Je ne pense pas qu’on puisse dire que la matinale de France Inter est de gauche. » Léa Salamé, émission Quotidien du 6 septembre 2023.
Dernièrement, sur France 5, dans l’émission “C médiatique”, Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, a affirmé que, pour ce qui est du pluralisme, cette radio publique est exemplaire. Elle ne comprend pas les reproches qui lui sont faits. Quoi? France Inter serait de gauche? Il y aurait des personnalités qui y seraient interdites d’antenne malgré leurs œuvres, leurs livres, l’intérêt que leur portent un large public ou d’autres médias? « Il n’y a pas de black listing de personnes en particulier », a affirmé Mme Van Reeth, avant d’ajouter que « tout le monde est bienvenu sur France Inter ».
Climat, musulmans, transgenres : les sujets qui fâchent
Toutefois, a-t-elle tenu à préciser, France Inter ayant « certaines valeurs qui sont toutes au service de l’intérêt général […] elle a choisi, en ce qui concerne le réchauffement climatique et la cause écologique, de ne pas donner la parole à des personnes qui contesteraient le fait même du réchauffement climatique ». Et de conclure en usant du sabir de l’étudiant en première année de communication médiatique : « C’est un engagement de Radio France au nom d’une valeur qui est à la hauteur de la mission qu’on doit accomplir. » Hormis le fait qu’on ne voit pour quelles raisons sérieuses – « au nom d’une valeur » n’en est pas une – quiconque ayant une expertise dans le domaine concerné ne pourrait pas venir exposer des arguments interrogeant l’idée même du « réchauffement climatique », Mme Van Reeth a menti par manque de précision : la charte de Radio France intitulée “Le Tournant” stipule en effet que la radio publique « sort du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine ». En clair, les personnes questionnant le dogme anthropique du changement climatique entériné par le GIEC ne sont pas non plus les bienvenues sur les chaînes de la radio publique.
Autre exemple : si les auteurs d’un livre récent sur « ces musulmans diplômés mais discriminés qui fuient la France » ont pu promouvoir leur ouvrage[1] sur France Culture, France Info, France Inter et France TV, il ne semble pas que Dora Moutot et Marguerite Stern aient eu la possibilité de venir, elles, y présenter leur essai sur les dangereuses dérives de l’idéologie transgenre. Mais, vu l’ambition pluraliste revendiquée par l’audiovisuel public, cela ne saurait tarder. Encore que, faut voir… Sur France 5, la chroniqueuse du “Magazine de la santé” Enora Malagré s’est dite en effet « ulcérée » par le fait « qu’on invite ces… deux personnes sur les plateaux télé ». Heureusement, a-t-elle laissé sous-entendre, cela n’arrivera pas sur « leservice public, où la tolérance et l’inclusion sont les maîtres-mots ». Mme Malagré, bouffie de suffisance bien-pensante, ne se rend même plus compte des sottises paradoxales qu’elle profère. Furibonde, elle conclut : « Il n’y a pas de féminisme sans femmes trans » – phrase qui restera dans les annales de la télévision française et amusera beaucoup nos petits-enfants, dans quelques années, lorsque tout le monde sera redescendu sur Terre.
La couleur politique de la matinale de France Inter débattue
« Il est plus facile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux, qu’à un journaliste de droite de se faire embaucher sur France Inter » affirmait Eugénie Bastié sur Europe 1 le 17 février 2023.
La seule matinale de France Inter – orchestrée par Nicolas Demorand, Léa Salamé et Sonia Devillers en semaine, Ali Baddou et Marion L’Hour le vendredi et le week-end – ne laisse planer aucun doute : France Inter est une radio de gauche, européiste, immigrationniste et écolo-woke. Quant au reste de la grille, on peut dire qu’il y flotte un épais « gauchisme d’atmosphère ». En vue des élections européennes, France Inter, comme la majorité des médias audiovisuels, a l’obligation depuis le 15 avril de respecter un principe d’équité. Sur son site, l’Arcom précise que « les comptes rendus, commentaires et présentations auxquels donnent lieu les élections doivent être exposés avec un souci constant de mesure et d’honnêteté ». Comment faire semblant de respecter ces recommandations tout en continuant en réalité de favoriser la gauche européiste et immigrationniste et de discréditer les représentants politiques qui ne sont pas en odeur de sainteté dans la Maison Ronde ?
D’abord, en conviant des personnes peu connues du grand public, supposément neutres dans cette campagne mais en réalité sur la même ligne pro-UE fédéraliste, immigrationniste et multiculturaliste que Raphaël Glucksmann. Exemple : mardi 23 avril, Nicolas Demorand recevait l’écrivain Giulano da Empoli. Celui-ci a dirigé le dernier numéro de la revue géopolitique Le Grand Continent sur laquelle Nicolas Demorand ne tarit pas d’éloges. Cette revue est éditée par le Groupe d’études géopolitiques sis rue d’Ulm, à l’ENS, et est fort prisée de tous ceux qui militent pour une UE élargie et « souveraine ». L’entretien a donc été une ode à l’UE, à son avenir fédéral radieux, à sa transition écologique nécessaire, à son immigration heureuse, le tout agrémenté d’un discours rodé contre les « climatosceptiques » et les « forces nationales-populistes ». La poussée électorale de « l’extrême droite » dans toute l’Europe ne pourra sans doute pas être évitée, estime Giulano da Empoli en ajoutant dans la foulée une réflexion retenant l’attention : « Maisil n’y aura pas un changement de majorité trop important au Parlement européen. Cela ne va probablement pas tout bousculer. On a une fenêtre d’opportunité de quelques années pour essayer de faire des choses. » Traduction : malgré les quelques sièges que les partis dits d’extrême droite vont récupérer, la majorité du Parlement européen restera grosso modo sur la ligne actuelle et aura cinq ans pour entériner les projets de destruction des nations qui sont dans les tuyaux de la Commission européenne et visent à voir advenir le plus rapidement possible l’Europe fédérale et supranationale chère aux Allemands, à Raphaël Glucksmann et à Emmanuel Macron qui se voit déjà président de celle-ci.
Ensuite, en recevant certains représentants politiques baïonnette au fusil, couteau sous le manteau et rosseries médisantes sous le coude. Le commissaire Matthieu Valet s’est mis en disponibilité de la police pour rejoindre la liste du RN. Campagne électorale oblige, Ali Baddou et Marion L’Hour l’ont « accueilli » lors de la matinale du samedi 27 avril. Il faut écouter cette émission pour saisir toute la subtilité ironique de la phrase d’Adèle Van Reeth : « Tout le monde est bienvenu sur France Inter. » Cinglante, Marion L’Hour ouvre les hostilités : « Vous êtes une prise de guerre ou vous êtes un boulet ? » Matthieu Valet ne comprend pas la question. L’auditeur non plus. Il décline ses excellents états de service dans la police puis attend la question suivante. L’auditeur aussi. La journaliste, agitée, impatiente et toute frétillante à l’idée d’asséner ce qu’elle croit être un coup décisif, explique alors pour quelles raisons elle pense que le policier est un « boulet » pour le RN : reprenant des informations du Canard enchaîné datant un peu, Libération a rappelé il y a quelques jours que Matthieu Valet a, premièrement, utilisé en 2022 des bons SNCF que lui ont donnés cinq de ses collègues (bons alloués par le ministère de l’Intérieur à chaque policier pour ses déplacements) et, deuxièmement, eu un accident en utilisant un véhicule de police alors qu’il n’était pas en service. Le policier a beau expliquer les faits – plutôt mineurs – Marion Saint-Just L’Hour fulmine : « Il ne faut pas être exemplaire pour être élu ? » Matthieu Valet se voit dans l’obligation de décrire à nouveau son parcours professionnel édifiant, ses 18 années passées dans les forces de l’ordre sans un accroc. Sèchement, Marion Fouquier-Tinville L’Hour embraie alors sur le fait de savoir qui peut ou ne peut pas être sur la liste RN en évoquant le cas de Thierry Mariani. Nous sommes à la 6ème minute d’un entretien prévu pour en durer une douzaine et, comme le fait remarquer Matthieu Valet, il n’a toujours pas été question des préoccupations des Français dans le cadre des prochaines élections. Entre alors en jeu Ali Baddou. Avec une affirmation surprenante : « Vous, policier, êtes sur la liste d’un parti qui juge que la police est laxiste depuis des décennies. » Les bras de Matthieu Valet lui en tombent : M. Baddou ne confondrait-il pas le RN et l’extrême gauche ? Non, non, pas du tout, répond le journaliste en maintenant son étrange allégation sur un ton goguenard. Il reste à peine deux minutes d’entretien. Matthieu Valet parvient enfin à aborder un sujet touchant à l’avenir des Européens, les Français en tête : le Pacte Asile et Immigration adopté au Parlement européen. Afin de contrecarrer les critiques de Matthieu Valet qui juge ce pacte extrêmement laxiste envers les « mineurs non accompagnés », Ali Torquemada Baddou lui coupe systématiquement la parole pour rabâcher que ce Pacte n’a pas encore été entériné par les 27 membres de l’UE. Point final d’un entretien qui symbolise la quintessence du journalisme france-intérien, son increvable dogmatisme de gauche et sa profonde malhonnêteté.
Remontés comme des coucous, nos deux journalistes france-intériens n’ont su dissimuler leur animosité sous aucun atour langagier – au contraire, la langue maniée par ces deux inquisiteurs d’opérette est restée au niveau des intentions, brutales et vindicatives : indigente, répétitive et haineuse. Baddou et L’Hour ont voulu « se faire » Matthieu Valet qui n’était visiblement pas le « bienvenu » sur France Inter et a bénéficié, si j’ose dire, du traitement de faveur réservé aux invités politiques qui n’ont pas l’heur de plaire à la caste journalistique de la radio publique : éructations acides, affirmations grossières, sous-entendus fielleux, interruptions agressives – Valet, pour qui cette invitation sur France Inter était une première, a eu droit à la totale. Sans espérer une impartialité totale, sans doute ne s’attendait-il pas à un tel assaut de la part de journalistes décrits par Adèle Van Reeth comme des « personnes qui ne sont pas dans une optique militante » (Le Figaro, 28 mars 2024). La directrice de France Inter a bien fait d’insister sur ce point, parce qu’à l’écoute de cet entretien ça ne saute pas spontanément aux oreilles.
Nassira El Moaddem ne fait pas semblant, elle, de militer. Cette ancienne journaliste et directrice du Bondy Blog, adepte des thèses racialistes et décoloniales qui nourrissent le journalisme islamo-gauchiste, est persuadée que la France est un pays où règnent un « racisme systémique » et une « islamophobie chronique ». Suite à un courrier de la FFF rappelant aux clubs les règles strictes sur le port d’équipements et de vêtements pouvant contrevenir aux recommandations récentes du Conseil d’État interdisant tout signe ostentatoire religieux lors des compétitions sportives, elle écrit sur les réseaux sociaux : « Pays de racistes dégénérés. Il n’y a pas d’autres mots. La honte. » Nassira El Moaddem collabore au site fondé par Daniel Schneidermann, “Arrêt sur images”, et a présenté sur France Inter une émission d’entretiens intitulée Parcours de combattants. Face au tollé général, Daniel Schneidermann soutient la journaliste islamo-gauchiste. Venant de l’admirateur de Rima Hassan, la nouvelle égérie pro-palestinienne de LFI, ce soutien n’a rien d’étonnant. En revanche, il est surprenant qu’aucun dirigeant de la radio publique n’ait émis de critique suite aux écrits scandaleux de cette journaliste. Celle-ci ayant été collaboratrice de Radio France, peut-être serait-il bon, a minima, de lui demander de présenter des excuses aux Français qui ont contribué à sa rémunération. Il est à espérer que Nassira El Moaddem ne se verra pas employer à nouveau par la radio publique d’un pays dont elle voue les habitants aux gémonies, comme le confirme un nouveau tweet dans lequel elle affirme maintenir à 100% ses insultes envers les Français, ces « racistes dégénérés », selon elle • DD
[1]La France, tu l’aimes mais tu la quittes : Enquête sur la diaspora française musulmane. Éditions du Seuil. Il faut noter – ce qu’aucun journaliste l’ayant reçu n’a fait – qu’Olivier Esteves, professeur à l’université de Lille et un des co-auteurs de cet ouvrage, a été membre du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Il a d’ailleurs protesté contre la dissolution de ce dernier, considérant qu’il fournissait « un travail important de défense d’une minorité stigmatisée, le plus souvent à travers la conciliation ». Tiens donc ! Pour mémoire, le parent d’élève ayant lancé une fatwa contre Samuel Paty faisait clairement référence au CCIF, raison pour laquelle Gérald Darmanin a décidé la dissolution de ce collectif proche des Frères musulmans. Sur X, Florence Bergeaud-Blackler rappelle que Julien Talpin, un autre des co-auteurs de l’ouvrage en question, a également participé à un « rapport pour la très frériste Alliance Citoyenne ». Ce rapport se présentait comme un « recueil de témoignages de femmes musulmanes lyonnaises face aux refus d’emploi, refus de soin, refus de formation, refus d’accès à la pratique sportive à cause de leur voile ». Ce chargé de recherches au CNRS a lui aussi milité contre la dissolution du CCIF en signant entre autres une tribune parue sur Vox Public le 20 octobre 2020. Dhimmitude, quand tu nous tiens.
La stratège et compagne d’Éric Zemmour entre en scène. Candidate à l’élection européenne, en troisième place sur la liste conduite par Marion Maréchal, cette patriote passée par l’ENA connaît ses dossiers. Immigration, islam, économie, elle est convaincue que les graves problèmes du pays appellent des solutions simples. Sur son rôle, souvent contesté, comme sur les frères ennemis, elle parle sans détour. Et refuse la fatalité.
Causeur. Vous êtes numéro trois sur la liste de Reconquête aux européennes. Jusqu’à maintenant, on vous connaissait comme une femme de l’ombre. Qui êtes-vous vraiment ?
Sarah Knafo. C’est vrai, c’est l’une de mes premières prises de parole publique. Je n’étais pas programmée pour en arriver là. Je suis née et j’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dans une famille de commerçants. Grâce aux livres, à la culture, et osons le dire, grâce à la France, j’ai fait mes études à Sciences-Po, puis à l’ENA. Par passion pour la France, j’ai choisi le service de l’État et je suis entrée à la Cour des comptes. C’est la même passion pour la France qui m’a conduit à organiser à ses côtés la candidature d’Éric à la présidentielle et je suis heureuse aujourd’hui de rejoindre la liste Reconquête portée par Marion Maréchal pour les élections européennes du 9 juin prochain.
Qu’est-ce qui vous a décidé à entrer dans l’arène après avoir refusé de prendre la parole en 2022 ?
J’avais 26 ans, j’organisais une campagne présidentielle et je me disais : chacun doit rester à sa place. J’étais là pour réfléchir, coordonner, planifier. Éric était le candidat et l’élection présidentielle, ce n’est ni l’élection d’une équipe, encore moins celle d’un couple. Aujourd’hui, c’est l’élection européenne : l’élection d’une équipe. Marion Maréchal est notre tête de liste et elle n’est pas seule : nous sommes 80 à pousser derrière. Éric et Marion savent qu’ils peuvent compter sur moi.
Éric Zemmour a révélé sur BFM que vous étiez sa compagne. Êtes-vous devenue la directrice de campagne d’Éric Zemmour parce que vous étiez sa compagne, ou le contraire ?
Oui, nous vivons ensemble et tout se passe pour le mieux. Mais à moins que je me trouve chez Closer et pas chez Causeur, je ne crois pas que les détails de notre vie aient leur place dans vos colonnes. Je ne me présente pas pour raconter ma vie, mais pour parler de l’élection européenne. Ne confondons pas la campagne et la compagne !
Le mélange de la vie privée et de la vie professionnelle n’est-il pas compliqué ?
Je vous arrête : on ne parle pas d’un « job », on parle du combat d’une vie. Pour nous, la politique n’est pas un métier. Je ne cesse pas d’être une patriote après 18 heures et les jours fériés. Il est donc logique que je mène ce combat avec Éric, et je crois même que notre duo nous donne une force inouïe. À nous d’être assez solides pour protéger notre vie privée, refuser le huis clos, ne jamais se censurer si on pense que l’autre se trompe. L’omerta, ce n’est pas vraiment le genre de la maison !
Vous avez été à la une de Paris Match et de la presse people. Certaines rumeurs prétendaient que c’était arrangé avec Mimi Marchand.
Je ne la connais même pas. Mes relations avec la presse people sont fondamentalement judiciaires. Je suis en procès contre à peu près tous les journaux à scandale et j’espère bien qu’ils seront condamnés pour l’enfer qu’ils nous ont fait vivre. C’est la double peine, quand on a vécu avec les paparazzis en bas de chez soi tous les jours, de s’entendre dire que c’était arrangé. C’est d’autant plus inacceptable que nous n’avons jamais fait de notre vie un argument politique, comme tant d’autres. Je ne connais aucun autre politique qui ait dû subir cela. Avez-vous vu la une d’un magazine sur Mélenchon et sa conseillère ? Non.
Je ne fais pas partie de ces énarques qui, comme Macron, crachent sur l’ENA après avoir travaillé d’arrache-pied pour y entrer. J’ai décidé de prendre cette voie pour servir l’État et j’y ai appris énormément de choses, à rédiger des lois, à comprendre le fonctionnement de la machine de l’État, de son budget. J’ai rencontré beaucoup de monde, à l’ENA, en ambassade, en préfecture, puis à la Cour des comptes. Des hauts fonctionnaires admirables, qui ne comptent pas leurs heures contrairement à la caricature qu’on fait d’eux. Mais pas d’angélisme ! La détestation dans laquelle tant de Français tiennent les énarques n’est pas absurde. À côté de ces serviteurs de l’État intègres, j’ai découvert une autre catégorie de fonctionnaires : les technocrates. Vous savez, ceux dont toutes les phrases commencent par « c’est plus compliqué que ça ». Je ne fais pas partie de ces gens-là. Je pense que la France vit des problèmes graves, mais que les solutions sont simples.
Justement, tous les anciens présidents expliquent qu’ils ont le plus grand mal à faire appliquer leurs décisions… Ces technocrates-là ont-ils le pouvoir en France ?
Absolument. Quand on ne les connaît pas, il est impossible de les affronter. Moi, je les connais par cœur.
Vous avez fait un stage à l’ambassade de France en Libye quand vous étiez à l’ENA ?
Absolument. On était en 2018, en pleine crise des migrants avec la Libye comme principal pays de transit des Subsahariens vers l’Europe. J’ai vu de mes yeux comment fonctionnent les filières de passeurs. J’ai aussi travaillé à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, avec les agriculteurs et les industriels. La préfectorale a beaucoup compté dans mon parcours : mon expérience à la préfecture de Seine-Saint-Denis quelques années avant fut un véritable électrochoc, et sans doute un des moteurs pour m’engager au service de l’État.
Est-il vrai que votre vocation politique est née d’un drame familial, l’agression d’un proche ?
Quand j’avais 5 ans, j’ai vécu un événement très douloureux, dont je ne parlerai pas en public. J’ai vu, très jeune, trop jeune, la violence gratuite, comment elle abîme des vies pour toujours. J’ai vu l’impunité. Cela m’a donné un sentiment d’urgence, un besoin de protéger les gens, la conviction que nous avons le droit de vivre dans un pays en paix. Je ne parle pas de droite ou de gauche, mais d’aspirations normales de gens normaux : ne pas avoir peur pour sa fille quand elle sort ou pour sa mère quand elle prend les transports en commun, que ses enfants aillent à l’école pour y apprendre quelque chose, que les professeurs aillent enseigner sans avoir une boule au ventre, que dans les campagnes des gens ne soient pas obligés de s’arracher des dents eux-mêmes parce qu’il n’y a plus de dentiste.
Avez-vous toujours été de droite ?
Mon premier engagement politique est souverainiste. En 2015, avec quelques camarades, nous avons fait vivre la première association souverainiste de l’histoire de Sciences-Po, Critique de la raison européenne. Nous comptions parmi nous des gens de gauche. Ils sont depuis partis chez LFI et ont effacé toute trace de notre passé commun.
Qu’est-ce qui a changé la donne en 2015-2016 ? Les attentats ?
Oui. C’est à ce moment que des tensions sont apparues au sein de Critique de la raison européenne. On a commencé à se poser la question : la souveraineté, nous sommes d’accord, mais pour quoi faire ? Et là, la gauche et la droite avaient des réponses incompatibles.
Sur la question européenne, vous aussi avez bougé. Chez Reconquête on se sent européen ?
Le général de Gaulle disait : « Je suis français, donc européen. » Oui, nous voulons une Europe qui reste européenne, et une France qui reste française. Impossible pour moi en revanche de devenir européiste. Nous sommes plus que jamais opposés à Ursula von der Leyen. Reste que nous avons compris que nous étions sur le même bateau que les autres peuples européens, qui courent les mêmes dangers que nous. Nous avons passé des décennies à critiquer l’Allemagne, et à raison quand elle nous empêchait de défendre le nucléaire et prenait la direction de l’Union contre nos intérêts, mais je ne veux pas vivre pour autant dans un monde où Berlin devient une ville turque, et Bruxelles, le Maghreb sans le soleil.
Revenons sur la campagne présidentielle. Avez-vous commis des erreurs ?
Des centaines ! Pour Éric, comme pour moi, et pour la plupart des gens qui nous ont suivis, c’était une première fois en politique. On connaît nos erreurs, je connais les miennes, et on s’est juré de faire mieux. Mais je suis très fière de ce que nous avons accompli. Nous avons largement contribué, et nous continuons, à imposer la vérité dans le débat public. Aucun autre parti n’en a fait autant en deux ans. Je pense que le souvenir de Villepinte et du Trocadéro restera gravé chez beaucoup de monde : nous avons allumé une flamme dans le cœur de milliers de Français.
D’aimables commentateurs anonymes n’ont cessé de dire que vous étiez autoritaire, que vous vous occupiez de tout, etc.
C’est normal, quand on dirige une campagne présidentielle, ce n’est pas une AG de Tolbiac ! Et vous le savez, chez Reconquête, nous assumons l’autorité, nous sommes assez peu soixante-huitards… Avoir des responsabilités implique forcément de prêter le flanc à la critique, d’autant plus quand les choses ne se passent pas comme espéré. Je ne me défausse jamais sur quiconque et je reste le plus possible à l’écoute. Maintenant, ceux qui nous lisent pourront se faire leur avis sur ce qu’ils voient de moi et pas sur ce qu’ils entendent sur moi.
N’avez-vous pas effrayé les musulmans qui aiment l’ordre et se sentent passionnément français ? Beaucoup étaient d’accord avec Zemmour, mais ont été effrayés par son combat sur les prénoms, par exemple.
Permettez-moi de vous reprendre. Les musulmans ont voté à 69 % pour Mélenchon en 2022. 69 % pour un seul candidat, dans une élection qui en comportait 12. Pourtant, les 11 autres n’avaient pas tous « effrayé les musulmans avec les prénoms », comme vous dites. La plupart des musulmans n’ont pas voté pour l’ordre et pour l’amour de la France, ils ont voté pour celui qui a défendu leur droit à imposer leurs coutumes sans entrave. Il reste que je suis de culture judéo-chrétienne, alors je crois à l’émancipation individuelle. Notre position est très simple : ce n’est plus à la France de faire des accommodements raisonnables avec l’islam, mais aux musulmans de faire des accommodements raisonnables avec la France. Beaucoup d’immigrés l’ont fait avant eux, à commencer par ma famille de juifs d’Afrique du Nord, mais aussi les Espagnols, les Polonais, les Arméniens, les Libanais. Pourquoi les musulmans en seraient incapables ? Chez Reconquête, nous ne les prenons pas pour des victimes, mais pour des adultes. Si vous dites qu’ils se sentent « passionnément français », ils entendront notre discours.
Avez-vous avec Zemmour des débats, notamment sur Pétain ?
Je ne connais pas deux personnes d’accord sur tout ! En revanche, nos désaccords resteront privés, parce que je ne désespère pas de le convaincre !
On l’a vu devenir plus sensible au destin d’Israël depuis le 7 octobre.
Je vais vous répondre par les mots de Gilles Kepel : « Le 7 octobre est encore plus important que le 11-Septembre. » Beaucoup ont pris conscience de la guerre de civilisation en cours, qui se déroule non seulement en Orient, mais aussi dans nos rues. À Turin, à Londres, à Paris, à Bruxelles, des milliers de personnes ont défilé avec des drapeaux palestiniens. C’est un électrochoc pour toute l’Europe.
Les manifestations propalestiniennes en France étaient parfois inquiétantes, mais il n’y avait pas de cris antijuifs comme à Sydney ou à Londres.
En France, il y a eu un effet cathartique avec la personne de Mélenchon. Ils n’ont pas besoin de crier dans la rue. Ils ont leur représentant à la télévision.
Certains de vos sympathisants ont-ils été déçus par votre ligne pro-israélienne ?
Non. Chez nos sympathisants, il y a une clairvoyance sur cette question. Ils ont vu les masques tomber, en particulier à gauche. Ils savent combien nous avons raison de parler de choc de civilisations.
Il n’est pas sûr que, dans les bistrots, on parle de choc de civilisations. Vous voulez parler aux classes populaires, mais n’êtes-vous pas trop dans les concepts ?
Pas d’anti-intellectualisme, ça ne vous ressemble pas ! Je regarde le réel et je nomme ce que je vois. Je ne suis pas une idéologue. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, mes parents y vivent toujours : j’ai vu le changement à l’échelle de ma vie. Ce n’est pas une théorie. Je parle de faits qui se mesurent, qui se chiffrent et qui se voient.
Il y a eu du tirage politique entre Marion Maréchal et Éric Zemmour – et peut-être vous aussi…
Je vais vous dévoiler un scoop : je suis une marioniste ! Depuis que j’ai vu Marion Maréchal entrer très jeune à l’Assemblée nationale. Elle fait partie de mes premiers souvenirs politiques. J’étais en terminale, je l’ai vue lutter avec panache contre le mariage pour tous, et je l’ai vue quitter sa tante avec courage, puis nous rejoindre. C’est un geste qu’on ne doit pas minimiser.
Certes, mais on lui prête partout l’intention de vouloir repartir au RN…
Je n’y crois pas du tout. Elle a quitté sa tante pour ses convictions. Elle n’est pas femme à trahir ses convictions.
Quelle est la différence entre Reconquête et le RN aujourd’hui ?
Vous avez d’un côté le parti de la vérité, Reconquête. Et de l’autre, le RN, le parti des sondages. Voilà qui nous laisse un espace énorme ! Ils veulent plaire aux sondeurs et aux médias. On prend le chemin, plus difficile et sans doute un peu plus courageux, de convaincre les gens. En 2012, Marine Le Pen était pour la fin du nucléaire, parce qu’un sondage disait que les Français avaient peur du nucléaire après Fukushima. Maintenant, elle est pour, parce que les Français ont changé d’avis. Même chose pour le port du voile islamique. En 2004, elle était contre son interdiction à l’école. Je pourrais continuer comme ça longtemps. Je citerais Condorcet : « Les gens ne votent pas pour moi pour que je dise ce qu’ils pensent, mais pour dire ce que je pense. » Si vous voulez, il y a des gens qui sont très haut dans les sondages, d’autres qui sont très haut dans le courage. Là encore, choisissez en fonction de votre caractère !
Rahim, le mineur afghan mis en examen pour le meurtre de Matisse, 15 ans, à Châteauroux (36), a été mis sous les verrous dans l’attente de son procès. Plus que tout, l’exécutif qui se vantait que les Afghans soient les premiers bénéficiaires du droit d’asile, semble craindre la récupération politique de l’affaire par l’opposition.
Inlassablement, le même scénario se décline : à la campagne, à la ville ou dans les banlieues. Des gamins finissent assassinés, violentés, harcelés ou violés dans nos rues, sans que jamais l’accumulation des drames ne sorte le bon peuple de sa torpeur. On rouspète, on proteste, mais guère plus. Un jour prochain, la lassitude deviendra peut-être habitude et l’hésitation cèdera finalement la place au renoncement. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. Il est toujours temps de s’indigner, d’enfin tirer les conclusions que la situation impose.
Un “Papy Voise” par jour
Un peu moins d’un mois en arrière, j’écrivais ici-même un article1 relatant le passage à tabac ayant entrainé la mort de Shemseddine, un collégien qui avait eu le malheur d’échanger quelques mots avec une fille de son âge vivant dans une cité voisine. Comme à l’accoutumée, les élus locaux n’avaient pas assez de mots pour exprimer leur surprise, leur effroi face à ce drame qui touchait une ville de Viry-Châtillon (91) décrite comme habituellement « paisible ». Comment serait-ce donc possible qu’en République égalitaire et bienveillante des adolescents en viennent à se tuer pour des messages téléphoniques ? La faute aux réseaux sociaux ? Aux vilains jeux-vidéos ? Ils n’ont toutefois pas osé désigner le rap – il faut dire que le business est juteux. Rien sur les véritables raisons : le gouffre anthropologique qui sépare notre société de droit, fondée sur la culture de la culpabilité, de réflexes tribalistes où « l’honneur » est placé au-dessus de toutes autres considérations.
Bardella affirme que “Matisse est la nouvelle victime d’une politique migratoire insensée”
Ils ne l’ont pas fait parce qu’il est trop douloureux de contempler l’échec total d’une politique migratoire aveugle additionnée au laxisme et au rejet de tous les instincts humains. Le Français ne doit pas être seulement civilisé, il doit être domestiqué et émasculé, dépouillé de ses plus petites émotions. Il lui est enseigné dès le berceau que « la violence ne résout rien », qu’il faut « tendre la joue gauche », « dire à la maîtresse » ou « rapporter aux parents ». Dans ces conditions, le fait que des « enfants de la République » ne se conforment pas à ces injonctions est profondément intolérable à tous ces gens qui ont cru qu’on pourrait, du jour au lendemain, faire de parfaits petits Républicains avec des Afghans fraichement débarqués de zones de guerre ou des Tchétchènes descendus des farouches montagnes du Caucase.
Tout serait parti d’une improvisation de rap
En face, on se rend soi-même justice pour la plus petite offense. La violence est décuplée quand l’orgueil est touché, car perdre la face est pour certains de ces gens une peine bien plus grave que perdre un procès tenu par un juge encarté au Syndicat de la magistrature. Matisse, gamin de 15 ans, a été tué par un migrant afghan de son âge accompagné de sa propre mère. Il a aussi été tué par un système permissif et ouvert aux quatre vents, que le maire de Châteauroux a parfaitement incarné ces derniers jours. Rappel des faits. Rahman, réfugié afghan dans l’Indre, a été vexé après s’être ridiculisé lors d’un « freestyle » de rap improvisé auquel assistait sa future victime. Excédé par les taquineries de Matisse, il lui a asséné un coup de poing. Mais le jeune Français savait se défendre. Il a répliqué et lui a cassé le nez. Plutôt que de prendre sur lui et d’encaisser une leçon de vie, Rahman a foncé chez lui pour récupérer un couteau puis est revenu sur les lieux accompagné de sa mère. Il a alors donné quatre coups de couteau pour « laver l’affront », avant que sa génitrice ne finisse le travail en assénant deux claques à Matisse qui agonisait au sol.
Pire encore, les deux psychopathes ont joué la carte du « racisme ». Nos Afghans ont bien compris une chose en arrivant dans notre pays : la « victime » systémique a toujours raison. Le « racisme » est un tel tabou, devenu le crime de la pensée le plus radical de notre époque, que pour certains un « retourne dans ton pays » justifierait bien un meurtre. Ils ont donc tenté leur chance. Et ça a marché quelques heures auprès de ces mêmes populations qui ayant saccagé la France une semaine entière pour Nahel, qui avait pourtant refusé d’obtempérer et conduisait une voiture de sport alors qu’il était mineur, se sont empressés de dire que finalement « l’injure raciste » pouvait se payer au prix fort… Las, la vérité est désormais sue grâce au Parquet et aux témoins : Matisse n’a pas été « raciste », il s’est simplement défendu courageusement face au voyou du quartier qui terrorisait même certains ilotiers.
Nos gouvernants s’enorgueillissent de voir les Afghans premiers bénéficiaires du droit d’asile
Il s’est si honorablement défendu qu’il a réveillé l’ire de barbares qui n’ont pas leur place chez nous. Pas parce qu’ils seraient « islamistes », la famille semblant plus portée sur l’alcool et la débauche que la prière, mais parce qu’ils proviennent d’une culture tribale portée sur la violence, archaïque et inadaptable à une société d’ordre. Ces gens ne sont pas transposables dans le biotope français. Alors oui, il y a parmi eux des personnes très biens et de véritables réfugiés, mais le risque est trop grand et rien ne justifie que la France accueille des Afghans, Soudanais ou autres Pakistanais venus de cultures totalement différentes, pas même intégrées à l’espace francophone ou occidental. Songeons par ailleurs que la famille de Rahman avait pris le commandement présidentiel appelant au réarmement démographique au pied de la lettre, puisque la mère est présentement enceinte de son… septième enfant. Comment lutter face à une natalité si débridée, inconsciente ?
Depuis 2018, les Afghans sont les premiers bénéficiaires du droit d’asile en France. Comme l’a annoncé @EmmanuelMacron, nous continuerons d’ouvrir nos portes à ceux qui sont menacés par l’horreur islamiste. Polémique indécente de ceux qui veulent voir autre chose dans ses propos.
Certainement pas avec les éléments de langage de Gil Avérous, maire divers droite de Châteauroux qui a immédiatement demandé à ce que le cas ne soit pas « récupéré » sur demande du cabinet du ministère de l’Intérieur. L’information m’a été donnée par une personne qui suit au plus près le dossier. N’est-il pas infâme de ne penser qu’aux conséquences politiques de ces horribles crimes ? N’est-ce pas là la plus abjecte récupération ? Et c’est, du reste, le meilleur moyen de faire progresser leurs adversaires politiques… Le crime ne paie jamais. Surtout que ce gouvernement devrait en la matière se faire vraiment tout petit. Les chiffres rapportés par le compte de Marc Vanguard sur Twitter sont édifiants. Ainsi, le nombre de coups et blessures volontaires enregistrés dans les données policières de l’année 2023 a encore battu un record. 384 000 victimes ont pu être recensées cette année contre 110 000 en moyenne lors de la période où Lionel Jospin était Premier ministre. Sur la période 2012-2021, les violences ont augmenté de 47 % en France alors qu’elles ont diminué respectivement de 14 et 13% en Italie et en Allemagne. Depuis que Gérald Darmanin est ministre de l’Intérieur, nous assistons à une véritable flambée. Que fait-il en dehors de parader ?
Salman Rushdie, dans son dernier livre autobiographique, Le Couteau (éditions Gallimard), nous donnait des nouvelles de Paul Auster. Elles n’étaient pas très bonnes, après l’annonce de son cancer en 2022. Rushdie écrivait de son ami : « Je rendis visite à Paul Auster dans sa maison de Park Slope à Brooklyn. Quelle année il avait vécue. […] Et maintenant, le cancer. Il avait entamé une chimiothérapie et avait perdu ses cheveux. » Rushdie se permet une blague amicale sur son état de santé, ce qui fait rire Auster. « C’était bon, écrit Rushdie, de le voir et de l’entendre rire. J’étais heureux de le voir si optimiste. Mais le cancer était sournois. » La mort de Paul Auster à 77 ans, hier soir dans cette maison de Brooklyn dont parle Salman Rushdie, a eu raison des relations étroites qui unissaient les deux hommes. Ils avaient en commun l’exigence de l’amitié, ainsi que cet amour de la littérature qui, à chaque fois qu’une telle disparition se produit, fait dire à celui qui reste : « Mort à jamais, qui peut le dire ? »
Un écrivain américain francophile
Dans le cas de Paul Auster, nous avons affaire à l’un des romanciers américains les plus francophiles qui fût jamais. Durant sa vie, il n’a cessé de rendre hommage à notre littérature, dont il était un grand connaisseur. Encore enfant, il avait subi l’influence bienfaisante d’un oncle lettré, traducteur de Virgile, qui lui avait ouvert l’esprit aux langues étrangères, et sans doute au français. Quand il intègre l’Université Columbia, à New York, il sait déjà que c’est cette littérature raffinée qui l’intéresse. En 1971, Paul Auster vient s’installer en France pour plusieurs années, et il y rencontre notamment le poète André du Bouchet.
Quand il revient à New York, il traduit des auteurs de chez nous comme Mallarmé, Breton ou Simenon. Pour gagner sa vie, il fait de la critique littéraire et tente en vain de publier un manuscrit de roman policier. C’est alors que son père meurt subitement, ce qui le bouleverse profondément. Cet évènement, qui se révélera fondateur pour lui, lui inspire en 1982 un livre ambitieux, L’Invention de la solitude. Au début, le succès se fait encore attendre, mais finit par arriver. La suite de sa brillante carrière d’écrivain se développe à partir de cette publication : Moon Palace (1990) confirme son aura de romancier, ainsi que Léviathan (1993), qui reçoit le prix Médicis étranger.
Le romancier du hasard
Au total, Paul Auster aura écrit une œuvre considérable, plus de quarante livres traduits dans autant de langues. Il aborda des domaines très divers, puisqu’il fut aussi poète (depuis l’âge de douze ans), essayiste et scénariste. Nombreux sont ses ouvrages autobiographiques, également. Il se consacra un temps au cinéma, d’abord en collaborant avec le metteur en scène Wayne Wang pour plusieurs films, dont Smoke, Ours d’argent à Berlin en 1995. Il passa ensuite à la réalisation, avec par exemple Lulu on the Bridge (1998). Paul Auster fut sans conteste un touche-à-tout de génie, disposant d’une palette de talents d’une grande amplitude, qui fait penser aux Lumières du XVIIIe siècle. Moon Palace, attachant roman d’initiation, en porte par exemple la trace évidente. En plus d’être un exceptionnel raconteur d’histoires, Paul Auster était un philosophe hanté par l’idée implacable du hasard. Il avait fait sienne la devise mallarméenne, selon laquelle « jamais un coup de dés n’abolira le hasard ». Dans son roman 4 3 2 1 (2018), Paul Auster avait choisi de présenter les quatre vies possibles d’un Juif russe émigré à New York. Paul Auster était le petit-fils de Juifs originaires d’Europe centrale. La question cruciale de l’identité revenait par conséquent souvent sous sa plume, et donnait à son propos une intensité très vive, dans laquelle beaucoup de lecteurs d’aujourd’hui se reconnaissaient. Dans son ultime roman, Baumgartner, sorti très récemment chez Actes Sud (l’éditeur de tous ses livres), Auster renouait avec cette problématique typiquement moderne de la perte d’identité. Il y posait une dernière fois la question : « Qu’est-ce qu’un homme ? », et donc, finalement : « Qui suis-je ? ».
C'est avec une immense et profonde tristesse que nous avons appris le décès de Paul Auster. Écrivain emblématique des éditions Actes Sud, il est l'auteur d'une œuvre majeure qui a marqué des générations de lecteurs.
Comme tous les grands écrivains, Paul Auster s’est demandé souvent ce qu’était la mort. Dans ses romans, en particulier, il n’a pas esquivé cette question difficile, voire insoluble. Maintenant qu’il n’est plus parmi nous, l’heure a sonné de revenir sur ses livres, pour y découvrir un sens nouveau, comme si son art romanesque résidait aussi dans la préfiguration, certes métaphorique, du moment ultime. Les dernières lignes de Moon Palace répondent peut-être secrètement à cette interrogation, en particulier lorsqu’il écrit : « J’étais arrivé au bout du monde, et au-delà ne se trouvaient que de l’air et des vagues, un vide qui s’étendait sans obstacle jusqu’aux rives de la Chine. C’est ici que je commence, me dis-je, c’est ici que débute ma vie. » ‒ Car j’ai oublié de le dire : l’œuvre de Paul Auster est de celles qui redonnent espoir.
Tous les livres de Paul Auster sont publiés en France par les éditions Actes Sud.
Le nouveau livre d’Isabelle Muller est un pied de nez aux doctrines qui visent à abolir les spécificités féminines et masculines. Avec talent et audace, elle réveille les esprits anesthésiés.
Voici le livre de la nécessaire réhabilitation des évidences perverties, le guide salutaire de la reconquête des territoires perdus de la raison.
L’auteur, Isabelle Muller (nous nous épargnerons ici les balourdises du type autrice), accompagnant un jour de 2018 la philosophe Marianne Durano à l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut (France Culture), entend avec stupeur l’autre intervenante invitée prophétiser l’avènement des temps de l’« autoengendrement à plusieurs », une bizarrerie dont on doit comprendre qu’elle consacrerait la phase ultime de l’abolition tant promise de la différenciation des sexes. On me pardonnera de ne pas développer plus avant cette révélation, l’autoengendrement, fût-il à plusieurs, s’inscrivant pour moi dans le registre des jargonnantes inepties du moment si prisées des maîtres à penser de ces territoires perdus de la raison évoqués plus haut.
Sentiment d’urgence
Face à cela, l’auteur est saisi de l’urgence de prendre la plume. On la comprend. Elle le fait avec une audace intellectuelle que les doctrines successives visant à l’abolition des spécificités féminines et masculines ont fini par chasser peu ou prou de nos esprits anesthésiés. Pensez donc ! Isabelle Muller ose la question : « Qu’est-ce qu’une femme ? » On entend d’ici les ricanements, les sarcasmes des wokistes d’en face. « Persister à s’interroger sur un truc qui n’existe pas, qui n’existe plus ? On ne fait pas plus ringard ! Comment peut-on ? » Or, notre auteur ne s’en tient pas à cela en matière d’audace conceptuelle, elle va jusqu’à développer le thème de la spécificité de l’âme féminine. Déjà, en soi, parler de l’âme ne court pas les pages de la littérature actuelle. Quant à lui accoler le qualificatif « féminine », cela frise le crime d’hérésie. Le bûcher n’est pas loin.
Or, ne serait-ce qu’en référence à ces deux thèmes – centraux, il est vrai – du livre d’Isabelle Muller, je me permettrai, moi qui suis un homme (on me pardonnera aussi cette obscène revendication), de recommander la lecture du Temps de la féminité en premier à mes semblables, masculins, donc. (La lâcheté étant un de nos travers marquants, si cela les arrange, qu’ils le lisent en cachette. Mais qu’ils le lisent.)
Non seulement, ils renoueront avec l’évidence aujourd’hui pervertie de l’absolue spécificité du féminin, mais ils ne pourront que se laisser convaincre que cette spécificité ressortit tout simplement au sublime. « Une femme, par sa biologie et le corps qui lui est donné, écrit Isabelle Muller, peut accueillir la vie en son sein, faire grandir un être qui n’est pas complètement le sien, et donner naissance à une personne […] Elle engendre dans son propre corps, ce que l’homme ne peut pas. (Il engendre dans le corps d’autrui). » Et de convoquer Aristote en appui de son propos : « De cette différence essentielle, vertigineuse, naît tout le reste », conclut notre philosophe tutélaire. (Sur ce point, s’opposent donc la pensée d’Aristote et celle de Sandrine Rousseau. Arbitrage ô combien difficile).
Puis l’auteur se réfère à Marianne Durano, la jeune philosophe qu’elle accompagnait le jour de la révélation du « réengendrement » en réunion. « Qu’est-ce qu’être une femme? interroge cette dernière. C’est vivre dans sa chair la possibilité d’un autre, redouté et désiré, dont la virtualité même scande son avenir. C’est rejouer chaque mois le rythme des saisons, l’effervescence du printemps et la décomposition de l’automne, savoir intimement que l’humain est un être de nature, et que la vie en lui veut se transmettre avant de mourir. »
Tout est dit. Poétiquement dit, qui plus est. (À ce propos, le texte d’Isabelle Muller s’enrichit de poèmes éclairants et, en fin d’ouvrage, de textes d’auteurs de référence.)
Dès lors, on se convainc sans peine que la très forte évidence ainsi affirmée – ou réaffirmée, ayant été oubliée, gommée, chassée – n’est autre que ce qui fonde la « supériorité métaphysique de la femme » et que, partant, elle devrait s’imposer à tous. Tranquillement, sereinement. Joyeusement. Dans la magie d’une adhésion à une sorte d’Amor Fati, d’amour du destin.
Être une femme, c’est vivre dans sa chair la possibilité d’un autre, venons-nous de lire. Cela exprime tout simplement que, à elle seule, cette possibilité constitue la condition nécessaire et suffisante de la féminité, quand bien même, pour telle ou telle raison, cette possibilité ne serait pas suivie d’effet. Nous sommes donc loin ici d’une quelconque injonction à procréer, cette interprétation biaisée et caricaturale que l’idéologie woko-féministe se complaît à agiter tel un épouvantail à peine est murmuré le beau mot de féminité.
Le féminisme fait désormais des femmes des victimes permanentes
Tout aussi caricatural serait de cantonner le champ d’excellence de l’âme féminine dans la sauvegarde, la protection du foyer compris dans sa seule dimension domestique, le bien fondé et la noblesse de celle-ci n’étant d’ailleurs nullement contestables. Mais le foyer en tant que territoire de féminité me semble devoir s’étendre évidemment bien au-delà. Lorsque la petite bergère de Lorraine s’engage et prend les armes, c’est au secours du foyer national, de la Patrie qu’elle vole. Ainsi de ses continuatrices de la Résistance, pour ne prendre que cet exemple. Quant à celles, innombrables, qui au sein du foyer – domestique cette fois – déployaient dans le même temps des trésors d’ingéniosité pour faire bouillir le rutabaga et nourrir le gosse et l’aïeul, il est bien clair qu’elles faisaient l’acceptation du même devoir sacré. Assurer la pérennité du foyer.
« Il revient à la femme de poser des choix conscients, écrit encore Isabelle Muller […] Rien ne justifie que les femmes se laissent imposer des parcours qui ne sont pas les leurs, des choix inconscients qui les empêcheraient de remplir leur mission essentielle. » Aujourd’hui le spectre de ces choix est ouvert au plus large. « De justes et nécessaires changements sont intervenus », se félicite-t-elle. Mais, à l’inverse, elle ne peut que déplorer la dérive délétère actuellement en marche : « Alors que les femmes ont acquis une juste égalité, une place et un rayonnement dans la société sans doute jamais égalés, notre époque cherche à déconstruire la différence des sexes […] Elle fait d’elle [la femme] une victime permanente qui serait sans cesse discriminée. »
Voilà donc le piètre résultat d’un féminisme, sans doute originellement profitable et légitime sur le plan social, mais qui, s’ingéniant à nier la féminité n’aurait réussi, au fil de dévoiements et d’errements multiples, qu’à nier la femme même.
Refermant le livre d’Isabelle Muller, surgit tout naturellement une autre évidence. Le temps du féminisme ayant produit ce que l’on sait, n’y aurait-il pas urgence à passer à celui de la féminité ?
Isabelle Muller, Le temps de la féminité, Éditions Boleine, 2024.
Pendant qu’en France, Gérald Darmanin multipliait ses fameuses opérations « Place nette XXL », l’Allemagne légalisait le cannabis. « Salauds de Boches » ?
L’Allemagne, constatant l’impossibilité de mettre fin au trafic ou d’emprisonner les millions de fumeurs de shit teutons, vient de décider d’une légalisation du cannabis au 1er avril 2024. Les mineurs auront toujours interdiction de s’en procurer. En revanche, les adultes pourront en détenir jusqu’à 50 grammes, faire pousser trois plants de « beuh » ou adhérer à des associations ayant pour objet d’en cultiver. Les objectifs sont multiples et incluent un contrôle de la qualité et de la teneur en THC, ainsi et surtout qu’une diminution du commerce illégal. Non content de cette évolution lucide, on semble vouloir outre-Rhin évaluer dans quelque temps les résultats de cette nouvelle approche – si ça se trouve, ça va marcher, ce serait horrible pour la Place Beauvau.
« Salauds de Boches ! » doit en effet se lamenter Darmanin. Fidèle à la politique française de « guerre à la drogue » menée depuis cinquante ans (avec le succès que l’on sait), notre ministre mène des descentes de police très médiatisées, les fameuses « place nette XXL ». Inspirée des opérations « coup de poing » de jadis, cette mise en scène sous les caméras permet de donner l’illusion que notre État contrôle encore vaguement le territoire. Tout en offrant une distraction aux chefs de réseau emprisonnés qui peuvent commenter (en se gondolant) les opérations de police, ainsi que les quelques kilos de drogue saisis – prises dérisoires au regard de l’ampleur de la consommation.
« Salauds de Fridolins ! » entonnent néanmoins, à l’unisson du ministre XXS, les mafieux des cités. Il ne manquerait plus qu’une partie de ce commerce soit légalisée en France comme en Allemagne. Qu’ils se rassurent : comme dans bien d’autres domaines, la France ne change pas une politique qui a lamentablement échoué. Continuons le combat que nous avons perdu à plates coutures il y a une trentaine d’années. Mais chut ! On ne réveille pas un ministre qui roupille.