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Une place dans le monde

Ils sont orphelins ou séparés de leurs parents violents. Ballotés entre foyers et familles d’accueil, ces enfants du malheur réussissent rarement leur vie d’adulte. Les témoignages d’anciens enfants placés réunis par Florent Georgesco font mentir la fatalité. 


Florent Georgesco présente un visage méconnu de notre société de plus en plus violente. Pendant deux ans, le journaliste du Monde a suivi et recueilli les témoignages d’anciens enfants placés. Ils sont cinq à avoir séjourné dans des foyers ou des familles d’accueil. Audrey, Jimmy, Schouka, Souleymane et Tricia. Cinq à avoir traversé l’enfer. Tricia, dont l’enfance a été fracassée par la mort brutale de sa mère alors qu’elle n’avait que 12 ans, était orpheline de père et ne possédait pour toute famille qu’une marraine qui la dépouillait de ses biens. Souleymane, débarqué seul à 14 ans dans une gare française, refuse d’évoquer son passé, la mort de ses parents, le voyage de la Côte d’Ivoire à la Libye, les camps, la brutalité des passeurs, la traversée de la Méditerranée… Schouka est le fruit de l’union entre une prostituée et un client, victime d’abus sexuels de la part de son grand-père. Jimmy a été frappé si durement par ses parents que son fémur en a été déboîté. Audrey, à 5 ans, allait à l’école sans être ni nourrie ni lavée.

Des échecs… Mais des réussites aussi !

Leurs vies auraient pu être anéanties, mais, contre toute attente, ils s’en sont sortis. C’est ce miracle que Florent Georgesco raconte avec une finesse et une sensibilité rares. Il a rencontré des éducateurs pour tenter de comprendre pourquoi certains parviennent à surmonter leur passé quand d’autres sombrent, reproduisent la violence dont ils ont été l’objet ou s’enfoncent dans la maladie mentale.

A lire aussi, du même auteur: Élevage de nazis

Lorsqu’on demande au directeur des Matins bleus, association d’éducation spécialisée, en quoi consiste son métier, il répond « faire en sorte qu’ils ne meurent pas ». Puis il y a cette constante chez tous ces enfants : la difficulté à accepter leur placement. Même s’ils vivent un cauchemar auprès de leurs parents, ils ne peuvent s’empêcher d’espérer, qu’un jour, ils s’adouciront. Ensuite, « c’est la même histoire : à un moment il faut tout laisser et partir ». Cet arrachement à la famille, ce saut dans le vide est toujours vécu douloureusement. Mais le temps aidant, certains, comme Audrey, ont parfois du mal à quitter leur foyer d’accueil. Quoi qu’il en soit, à 18 ans – comme à 21 pour ceux qui ont obtenu un contrat jeune majeur –, ils doivent voler de leurs propres ailes. Un passage difficile à l’issue duquel beaucoup se retrouvent à la rue.

Parmi les personnes sans domicile fixe de moins de 25 ans, un quart sont d’anciens enfants placés. Tricia, Jimmy, Audrey, Schouka et Souleymane, eux, ont su négocier ce virage périlleux. Aujourd’hui, ils ont un travail, des amis, des projets. Un bonheur conquis de haute lutte qui sidère jusqu’à leurs éducateurs. Rien n’aurait été possible sans leur soutien, leur patience, leur perspicacité. Toutefois, le fonctionnement de leurs structures d’aides est désormais menacé, d’un côté par la hausse des cas de maltraitance, de l’autre par la baisse des moyens humains et financiers. Florent Georgesco leur rend ici hommage et tire la sonnette d’alarme. Son livre n’en demeure pas moins porteur du plus bel espoir.

Florent Georgesco, Vies imprévues : enfants placés, ils ont déjoué le destin, Grasset, 2024.

Vies imprévues: Enfants placés, ils ont déjoué le destin

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La politique migratoire dans le secret des prétoires

Les décisions concordantes des cours suprêmes sur la question migratoire heurtent les aspirations légitimes des peuples souverains.


La dernière en date, rendue le 28 mai 2024, au terme de laquelle le Conseil constitutionnel ouvre, au nom du principe d’égalité devant la justice, l’aide juridictionnelle accordée aux étrangers en situation irrégulière, fait écho à celle du 6 juillet 2018 par laquelle « les neuf sages », en vertu du principe de fraternité, ont censuré toute infraction liée à l’aide à la circulation d’un étranger en situation irrégulière. Entre-temps, il devait le 11 avril 2024 refuser aux LR la possibilité d’organiser un référendum d’initiative populaire sur l’accès des étrangers aux aides sociales non contributives. Cependant, les réformes portant sur « la politique sociale de la nation » peuvent être soumises au référendum de l’article 11 de la Constitution.

Conseil d’État et Conseil constitutionnel contre la volonté populaire

Le Conseil d’État n’est pas en reste. En effet, la haute juridiction administrative, qui depuis longtemps promeut le droit au regroupement familial, comme dérivant du droit de mener une vie familiale normale, dont dispose l’alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946 et l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme, vient de franchir une étape supplémentaire. Par un arrêt du 13 mai 2024, il juge légale la subvention accordée par le conseil de Paris, à l’association SOS Méditerranée. Pour rappel, cette dernière affrète des navires (Aquarium, Océan viking) en vue de venir en aide à des ressortissants de pays tiers à l’Union européenne, préalablement embarqués dans des rafiots de fortune au péril de leur vie et sous la férule des passeurs. Le Conseil d’Etat ne convoque ici aucun grand principe, et fonde sa décision sur l’article L 115-1 du Code général des collectivités territoriales qui énonce que : « Dans le respect des engagements internationaux de la France, les collectivités territoriales et leurs groupements peuvent mettre en œuvre ou soutenir toute action internationale annuelle ou pluriannuelle de coopération, d’aide au développement ou à caractère humanitaire ».

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Conseil constitutionnel: la planète des Sages

Il prend par ailleurs la précaution de préciser que ces collectivités doivent s’abstenir de prendre parti dans un conflit de nature politique et s’assurer que leurs subventions financent uniquement les actions humanitaires de sorte que « l’organisme soutenu, eu égard à son objet social, à ses actions et à ses prises de position, ne poursuive pas en réalité un but politique ». À la différence de la cour administrative d’appel de Paris, il estime que ces critères de légalité sont satisfaits. Or en l’espèce, il ne s’agit plus d’une mission humanitaire de sauvetage en haute mer pour secourir des migrants en détresse en les dirigeant vers le port le plus proche, mais de rejoindre systématiquement l’Europe. L’association en cause ne fait pas mystère de son but politique dénonçant la fermeture des pays occidentaux et visant à abolir les frontières. Son action contrarie donc le semblant de politique étrangère de la France en la matière.

La Cour des comptes complice

Le gouvernement des juges sur la question migratoire a pu compter sur la complicité de la Cour des comptes. Son président a en effet décidé de retarder la publication d’un rapport sur l’immigration initialement prévu pour le 13 décembre 2023 afin qu’il n’interfère pas avec l’examen et le vote de la loi sur l’immigration (n°2024-42 du 26 janvier 2024). Ce rapport critique sévèrement les dysfonctionnements systémiques tel que le faible taux d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Il ne devait donc pas être un élément du débat parlementaire ! Pourquoi ? Ne relève-t-il pas des missions du juge de la rue Cambon, en vertu de l’article 47-2 de la Constitution, « d’assister le Parlement dans le contrôle de l’action du Gouvernement » ?

Si l’on met en perspective la décision du Conseil constitutionnel sur l’aide juridictionnelle accordées aux étrangers en situation irrégulière fondé sur le principe d’égalité, concept polymorphe d’une part, et la récente préconisation de la Cour des comptes de diminuer la charge des arrêts de travail pesant sur la Sécurité sociale (rapport 2024 sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale) d’autre part, on s’interroge sur la cohérence globale en termes d’économie des dépenses et des priorités envisagées pour les réaliser. Le tout fait émerger une jurisprudence qui traduit des choix idéologiques. Or, il ne relève pas des missions du juge de déterminer la politique de la nation. Il n’est pas, dans l’exercice de son office, un organe d’expression de la souveraineté nationale.

A lire aussi, Frédéric Magellan: Renaud Camus, pourfendeur du «grand dépenaillement» et défenseur de la diversité du monde

Au diapason des instances supranationales

Le synoptique ne serait pas complet si les Cours suprêmes européennes n’étaient pas au diapason de cette jurisprudence immigrationniste. La Cour de justice de l’Union européenne juge, que lorsqu’un État membre réintroduit temporairement des contrôles à ses frontières intérieures, la directive retour s’applique à tout ressortissant de pays tiers, sur le territoire de l’Etat membre. La décision de refus d’entrée est donc privée d’efficacité (CJUE, 19 septembre 2023). La Cour européenne des droits de l’homme a préalablement jugé que les migrants arrivant à Lampedusa ne peuvent être renvoyés (arrêt du 23 février 2021). Les Cours suprêmes sont sorties de leurs lits en opérant une sorte de coup d’État de droit. Elles ont pris leur essor en s’appuyant sur des textes à portée plus philosophique que juridique, tel que le principe de fraternité attaché à la devise républicaine. Sans réelle portée normative, ils libèrent l’interprète de toute contrainte et ouvrent la voie au gouvernement des juges, qui parfois n’hésitent pas à donner une lecture contra legem de la loi. Le défi migratoire inscrit à l’agenda la question du droit à la continuité historique. Or, cette question existentielle ne peut rester confinée dans les prétoires[1]. Si la France veut se réapproprier la politique migratoire, attribut de sa souveraineté, elle n’aura d’autre possibilité que de convoquer un « lit de justice » pour casser ces jurisprudences, en révisant sa constitution, et au besoin par référendum. Le retour à l’étiage juridictionnel sera plus conforme au schéma de la séparation des pouvoirs.

Le droit à la continuité historique

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[1] Voir aussi, Wilfried Kloepfer, Le droit à la continuité historique (Vérone Editions, déc. 2023).

Vers un grand remplacement cognitif?

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Dans son nouvel essai, Laurent Alexandre, cofondateur du site doctissimo.fr, lance un appel pour que nos gouvernants cessent de voir l’Intelligence artificielle (IA) uniquement sous un jour économique. Le défi anthropologique qu’elle nous pose se doublerait d’une menace pour l’humanité.


Causeur. Pourquoi l’IA suscite-t-elle vos inquiétudes ?

Laurent Alexandre. Il y a vingt ans, les experts s’accordaient à dire que le dépassement de l’homme par les machines se produirait à la fin du siècle. Mais depuis lors, le consensus a été nettement révisé, puisque l’échéance est désormais estimée à 2031 ou 2032. L’IA est ainsi devenue un enjeu crucial et pressant, qui n’est pas suffisamment pris au sérieux par les décideurs. Ils n’y voient qu’une affaire d’investissements et d’emplois, alors que c’est la question même de notre existence qui est posée. N’oubliez pas ce que le père de l’IA moderne, le chercheur canadien Geoffrey Hinton, a déclaré, en février dernier au Financial Times : « J’estime que la probabilité pour que l’IA extermine la totalité des êtres humains d’ici 2044 est de 10 %. »

N’est-il pas fallacieux de laisser croire que l’on peut probabiliser ce genre d’événement ?

Pour bien réfléchir à ce problème, il faut surtout éviter d’adopter une posture trop défensive. Et se dire que notre dépassement par les machines est un phénomène inéluctable, dont la gestion doit être pensée de toute urgence. Je peux vous dire que dans le domaine de la santé, par exemple, que je connais bien, la messe sera dite d’ici cinq ans : l’IA produira de meilleurs diagnostics que les médecins, même dans l’hypothèse où les progrès seraient lents.

A lire aussi, François-Régis de Guenyveau: L’intelligence artificielle dans les arts: extension du domaine du kitsch

À quelle vitesse les progrès de l’IA avancent-ils ?

Difficile à dire. Vous avez la position prudente d’un Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, qui pense que les modèles de langage comme ChatGPT atteindront vite un certain plafonnement. Et il y a d’autres voix plus audacieuses, comme Sam Altman, le père de ChatGPT, qui prévoit la création d’une super-IA, incomparablement plus intelligente que l’ensemble des intelligences humaines réunies, pour avant 2033.

Après avoir été limogé vendredi 17 novembre 2023 de la direction générale de Open AI (ChatGPT), Sam Altman (photographié ici à San Fransisco le 16) vient d’être recruté par Microsoft © Eric Risberg/AP/SIPA

Certains anticipent aussi le développement d’une IA générale, dite « AGI »

Oui, une IA capable de raisonner aussi efficacement que l’homme sur l’ensemble des champs de la cognition et non plus seulement par sous-catégorie de compétences. Cela produirait alors une véritable révolution anthropologique.

Pourquoi ?

Cela reviendrait à l’apparition d’une nouvelle espèce. En d’autres termes, nous risquons de devenir la deuxième espèce la plus intelligente sur terre. Cela provoquera un changement de notre place dans le cosmos.

Vous venez à l’instant d’employer le futur de l’indicatif, et pas le conditionnel. Comme souvent dans votre livre, alors qu’il s’agit des débats spéculatifs…

Je n’exprime quasiment jamais mon opinion, mais celle des experts.

On devine quand même votre point de vue, de manière implicite.

J’assume un côté « lanceur d’alerte technologique ». La compétitivité des laveurs de carreaux « biologiques », qui travaillent trente-cinq heures par semaine, ne pèsera bientôt plus tellement lourd face à des futurs laveurs de carreaux « technologiques », qui seront actifs 24 h/24 et posséderont l’intelligence d’un polytechnicien. On risque une « gilet-jaunisation » générale, tous les experts de l’IA le craignent. Et je partage cette crainte.

Ne croyez-vous pas que l’on se prépare déjà, à bas bruit, à cette révolution ? Prenez par exemple l’écologisme punitif, qui enseigne la haine de l’humain et de son développement. Ne s’agit-il pas là d’une propédeutique inconsciente à l’acceptation de notre déclin ?

Si le taux de fécondité s’effondre effectivement dans beaucoup de pays, c’est en partie à cause de la peur d’une catastrophe écologique. La haine de l’homme induite par l’écologisme se traduit en somme par une baisse du nombre de cerveaux humains mobilisables au moment où l’IA explose. J’y vois les prémices d’un grand remplacement cognitif.

A lire aussi: Causeur #123: Intégristes contre intégrés. Dernière chance avant la charia

Un autre signe de l’acceptation collective et inconsciente de notre dépassement par les machines n’est-il pas la théorie du genre, qui se propose de nous libérer de notre substrat biologique ?

Cela nous prépare en effet à accepter demain des technologies telles que l’utérus artificiel, qui nous sera présenté comme plus éthique, car sans recours à ces victimes d’une forme d’oppression que sont les mères porteuses. Mais allons plus loin. Le transhumanisme, qui consiste à équiper l’homme avec des prothèses physiques et cognitives, pourrait bien un jour être supplanté par le posthumanisme, soit l’hybridation totale, l’abandon du corps biologique et la numérisation de la conscience. Affirmer, comme le fait la théorie du genre, que l’humain est fluide, malléable, réinitialisable, revient à promouvoir cette hybridation totale.

Quelle est votre position morale face à ces perspectives ?

En l’espace d’un an, j’ai évolué. Dans l’hypothèse où Sam Altman aurait raison – et il n’a jamais dit de bêtises jusqu’à présent –, deux dilemmes majeurs se poseront l’un après l’autre : d’abord faut-il ou non autoriser la neuro-augmentation (le transhumanisme), puis, dans quelques décennies ou quelques siècles, doit-on ou non autoriser la fusion intégrale de l’homme avec l’IA (le posthumanisme) ? Ce n’est pas forcément une perspective qui m’enthousiasme. Et je cite Luc Ferry, qui dit préférer vivre mille ans sous une forme biologique augmentée, plutôt qu’éternellement en ayant la consistance physique d’un microprocesseur.

Les prospectives auxquelles vous vous référez sont formulées par des personnalités reconnues de la tech comme Elon Musk, qui a créé l’entreprise d’implants cérébraux  Neuralink, ou Raymond Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google. Or, à la différence des prophètes du passé, ces gens-là décident de l’avenir qu’ils prédisent. Ne devons-nous pas nous interroger sur leur honnêteté intellectuelle ? Leurs affaires juteuses ne les poussent-ils pas à faire de la surenchère dans les annonces ?

Peut-être exagèrent-ils. Mais, même si la rupture se produit en 2050 plutôt qu’en 2033, l’histoire de l’humanité en restera quand même bouleversée.

L’atroce désenchantement du flux mondialisé

Triste constat du géographe Michel Lussault : les grandes villes n’appartiennent plus à ceux qui les habitent. Une série documentaire à suivre à partir de lundi 3 juin, sur France 5.


Dans les années 1990 le géographe bien connu Michel Lussault (64 ans) forge un concept qu’il développera dans un livre publié aux éditions du Seuil en 1997 : Hyper-Lieux, les nouvelles géographies de la mondialisation.

L’idée est la suivante : à l’avènement accompli de ce que Lussault nomme « le Monde » (avec une majuscule sur le M), les caractéristiques des lieux urbains » sont « en quelque sorte exaspérées par les effets de la mondialisation » : ‘’hyper’’ renvoie au « constat empirique du surcumul incessant, en un endroit donné, de réalités spatiales, matérielles ou immatérielles, variées : personnes, objets, flux, données numériques, richesses capitalisées, production de valeur ajoutée ». Ensuite, selon Lussault, lesdits ‘’hyper-lieux’’ participent du processus d’individualisation à l’œuvre dans la société contemporaine – le lieu comme expérience personnelle ou collective, procédant d’un espace mis en tension par l’espace numérique, ce qui conduit à déjouer radicalement, dit-il,  « les anciennes hiérarchies entre la taille des espaces ». Lesquels se dilatent à travers « une pratique spatiale et sociale ubiquitaire ». Celle-ci relève de ce qu’on pourrait appeler une « affinité au lieu », volontairement partagée, mais étroitement corrélée à la mondialisation : malls, gares, aéroports, stades, forum, quartiers d’affaire, etc. en figurent les places fortes… Michel Lussault, pour qui « la géographie d’une société doit se penser à partir des spatialités humaines plus qu’à partir de l’observation des formes dans l’espace », en arrive tout de même à penser « que tous les lieux d’aujourd’hui s’avèrent, d’une manière ou d’une autre, peu ou prou, des hyper-lieux ». Pas faux.

De fait, à quelques encâblures de la collision qui s’annonce, l’arraisonnement de la capitale française dans sa globalité par les troupes d’Occupation des Jeux Olympiques (et par le probable Exode concomitant des autochtones) rend la réflexion du géographe singulièrement pertinente. Paris n’est déjà plus le « Grand Paris ». C’est le « Paris-Monde » : un hyper-lieu, à l’échelle entière de la métropole.

Dans ce contexte, voilà que France 5/ France TV a l’idée de mettre en scène notre géographe, dans une série de 6X26 minutes, épisodes confiés à un panel de documentaristes éprouvés dans le secteur de l’architecture et de l’urbanisme (mais pas seulement) : de Stan Neumann à Juliette Garcias, en passant par Sylvain Bergère et Floriane Devigne. La diffusion de Hyper-Lieux démarre le 3 juin.

A lire aussi, du même auteur: Voir Medellin et mourir?

Veste noire et lunettes à monture noire, chemise blanche et cheveux blancs, l’homme qui a dirigé l’Ecole urbaine de Lyon et dont on peut visionner sur YouTube un cours public sur la théorie du ‘’care’’, objet d’un livre en préparation, professe donc ici son analyse à partir de quelques hyper-lieux emblématiques (dont certains figuraient déjà dans l’ouvrage susmentionné) : Time Square, à New-York ; la Place Saint-Marc, à Venise ; Dubaï ; l’aéroport de Francfort ; les Champs-Elysées ; Le Quartier européen de Bruxelles. A l’évidence, on aurait pu multiplier à l’infini les sites qui, sur la planète, ressortissent à cette problématique.

Coproduction Les Films d’ici/ Track, la série paraît hésiter un peu entre, d’une part, l’exigence de bonne tenue intellectuelle dont Lussault, épaulé par les réalisateurs émérites Stan Neumann et Hendrick Dusollier, incarne le garant et le dispensateur ; et d’autre part l’impératif d’agrémenter le propos, par nature assez subtil et élaboré, d’un emballage ludique propre à séduire cet improbable téléspectateur lambda que le service public se met opiniâtrement en devoir d’infantiliser : d’où le placage de cette animation particulièrement niaise (signée Luciano Lepinay) et de cet exercice  de clownerie vaguement consternant auquel Michel Lussault semble néanmoins se prêter de bonne grâce –  sans qu’on voie l’utilité d’un tel habillage.

Cette réserve faite, le tour d’horizon proposé, sur des typologies urbaines (ou péri-urbaines) si diverses en apparence – quoi de commun entre Dubaï et Venise ? –  mais envisagées au prisme du concept de l’ ‘’hyper – lieu’’,  laisse au bout du compte l’impression glaçante que la page est bel et bien tournée : irrévocablement, la Ville n’appartient plus à celui qui y habite ; elle n’est plus, pour reprendre une expression de Lussault, qu’une « scène close, chorégraphie de la globalisation » :  le lieu proprement invivable de l’ ‘’hyperscalarité’’ – soit la coexistence désordonnée des échelles, s’agissant des espaces tout autant que des fonctions, des activités, des gens, pris dans l’atroce désenchantement du flux mondialisé. Voilà ce qui est devant nous.

Hyper-lieux: Les nouvelles géographies de la mondialisation

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Hyperlieux. De et avec Michel Lussault. En collaboration avec Stan Neumann et Hendrick Dusollier. 6 x 26mn. À partir du 3 juin à 13.00 sur France 5 et sur le site france.tv

3 juin : Time Square. Réalisation Sylvain Bergère
4 juin : La place Saint-Marc. Réalisation Sylvain Bergère
5 juin : Dubaï Mall. Réalisation Juliette Garcias.
6 juin : L’Aéroport de Francfort. Floriane Devigne
7 juin : Les Champs-Elysées. Réalisation Juliette Garcias et Stan Neumann
10 juin : Le Quartier européen de Bruxelles. Réalisation Floriane Devigne.      

Ligue des Champions: clap de fin pour Toni Kroos

Ce joueur presque inconnu des gens qui ne suivent pas le football tire sa révérence en club ce soir. Ne lui restera ensuite que l’Euro pour briller une dernière fois crampons aux pieds sur les terrains.


Il a trente-quatre ans, il porte les couleurs du Real Madrid, et a décidé d’arrêter sa carrière au terme de la prochaine grande compétition internationale. Au moment où les stars du football monnaient ce qu’il leur reste de talent en Arabie Saoudite, il y a quelque chose de zidanesque dans le choix de Toni Kroos d’arrêter sa carrière au sommet de son art. Ce soir, il disputera le dernier match avec son club.

Dernier cadeau de la RDA avant réunification

Et quel match : la finale de la Ligue des Champions, à Wembley, contre le Borussia Dortmund. Malgré les malheurs infligés par les Allemands au Paris Saint-Germain en demi-finale, le Real Madrid part nettement favori. Parce que le Real Madrid, avec 14 titres européens depuis 1956, a la culture de la gagne (huit victoires lors de ses huit dernières finales de Ligue des Champions ; la dernière finale perdue du club à ce stade de la compétition remonte à 1981). Parce que le club espagnol a Vinicius Junior en attaque et aussi, au milieu de terrain, Toni Kroos. Un joueur presque inconnu des gens qui ne suivent pas le football.

Né dans les environs de Rostock, en Poméranie occidentale, Toni Kroos fait partie, avec Matthias Sammer (Ballon d’Or 1996) et Michael Ballack, des plus beaux cadeaux footballistiques faits par la RDA à l’Allemagne réunifiée. Il n’a que 16 ans lorsque le Bayern Munich l’attire en Bavière pour un transfert de 2,3 millions d’euros, un record pour un si jeune joueur à l’époque. Il est envoyé au Bayer Leverkusen en prêt dix-huit mois où il joue alors milieu offensif gauche. « Neverkusen » échoue encore à gagner des titres, mais Toni Kroos a fait ses premières gammes en Coupe d’Europe, participe au mondial 2010 avec la Mannschaft et entre en cours de jeu à chaque match jusqu’à la demi-finale, perdue contre l’Espagne.

Bayern Munich, ton univers impitoyable

Finaliste de la Ligue des Champions 2012, vainqueur de celle de 2013, Toni Kroos, de retour au Bayern, a délaissé son couloir gauche pour s’installer en numéro 8, c’est-à-dire en meneur de jeu reculé. Toni Kroos n’est ni très rapide, ni très puissant, mais il pense plus vite que les autres. Il faut éloigner ses chevilles des lignes défensives adverses et le laisser lancer de longs ballons à ses coéquipiers, un peu à la manière d’un quaterback au football américain. Le milieu de terrain était bien parti pour être le maître à jouer du Bayern Munich pour une décennie mais le club allemand n’a pas hérité du surnom de « FC Hollywood » pour rien. Au Bayern, les anciens joueurs deviennent dirigeants. Karl-Heinz Rummenigge, double Ballon d’Or au début des années 80 et président du club, a du mal à admettre que Toni Kroos est un grand joueur. Toni Kroos vient pourtant de remporter la Coupe du monde 2014 et de multiplier les passes décisives dans la demi-finale contre le Brésil lors du massacre (7-1) de Belo Horizonte. Les Brésiliens l’appellent désormais « o garçom » (le serveur) tant il a apporté d’offrandes à ses coéquipiers.

Le Bayern le brade alors (25 millions d’euros alors que sa valeur marchande était estimée à 40). Le Real Madrid en profite pour garnir sa tradition de joueurs germaniques, de Paul Breitner à Mesut Özil, en passant par Günter Netzer. C’est le début du triangle Casemiro-Modric-Kroos : le besogneux milieu de terrain brésilien couvre les arrières des deux meneurs de jeu reculés. Devant, Benzema sacrifie son compteur-but pour faire briller Cristiano Ronaldo. Derrière, Pepe et Sergio Ramos profitent des derniers matches sans VAR pour délivrer des coups de coude stratégiques. Le Real Madrid domine le football de la fin des années 2010, avec un jeu moins pensé que le Barça mais qui évite aussi de tomber dans le ronron du tiki-taka, ce jeu espagnol de passes courtes à la limite de la stérilité.

Gâcher le 14 juillet

Kroos a eu droit à un documentaire sur Arte. On le dit posé, se ressourçant en famille, en forêt, loin des bamboches du monde du football. Son idole de jeunesse était Johan Micoud, le remplaçant de Zidane en équipe de France, qui a fait les grandes heures du Werder Brême. Ce soir, il a l’occasion, avec Luka Modric et Dani Carvajal d’égaler le vieux record de Paco Gento, vainqueur de six coupes des Champions entre 1956 et 1966, déjà avec le Real Madrid. Puis il restera une dernière grande compétition à disputer : le championnat d’Europe des Nations, en juin-juillet, à domicile. Le seul grand titre qui lui manque. La France l’avait privé de finale en 2016, à Marseille, au prix d’un hold-up comme Didier Deschamps en a le secret. Sedan 1870 et Séville 1982 avaient été en partie vengés ! Cette année, la finale aura lieu un 14 juillet. Partir en gâchant, au stade olympique de Berlin, la fête nationale d’un grand pays voisin : voilà un beau programme pour l’été…

Pharmacies en grève et PME: même combat

Les officines se sont massivement mises en grève jeudi 30 mai (18 000 sur 20 000). La profession peste contre les pénuries persistantes de médicaments, une rémunération jugée insuffisante sur les nouvelles missions confiées, et la concurrence des grandes surfaces et d’Internet.


Le principe est « simple » : il consiste à charger au maximum les entreprises des missions que l’État n’arrive plus à effectuer, qu’il s’agisse de simples commerces, de pharmacies ou de PME… C’est ainsi que les pharmacies peuvent aujourd’hui vacciner, prescrire des antibiotiques, faire des diagnostics à distance, réconforter. Bref, pallier de plus en plus au déficit de médecins dans les déserts médicaux, le tout gratuitement ou pour des queues de cerises. 

Il n’est pas étonnant que les préparateurs et les employés souhaitent une augmentation de leurs rémunérations puisqu’on leur a imposé l’élargissement de leurs missions, et que les pharmaciens aspirent à plus de reconnaissance et de bénéfices. Le Covid est un parfait exemple : les tests, le temps nécessaire aux prélèvements et à l’analyse et le poids d’une telle activité sur la disponibilité des pharmaciens assistants, a contribué à augmenter les salaires alors que les charges et les loyers, sans parler du prix de l’électricité, explosent, et que les médicaments rapportent de moins en moins ! Comment s’y retrouver ? Cela explique cette exceptionnelle grève des pharmaciens. Avec les difficultés qu’ils affrontent, il est inadmissible à leurs yeux que l’État favorise une concurrence déloyale en autorisant la vente des médicaments en grande surface (Doliprane inclus !). Et cela, alors que dans le même temps des officines ferment un peu partout en France, déstabilisées par la vente en ligne des produits cosmétiques ou de parapharmacie… 

Signalons au passage que lorsque vous demandez de l’aspirine ou du Doliprane au restaurant, on vous le refuse car le restaurateur court un risque : vous pourriez vous retourner contre lui en cas d’intolérance… C’est pareil dans les écoles, où les institutrices ne peuvent administrer un médicament aux enfants, leur responsabilité étant engagée en cas d’incident. Et l’État autoriserait une vente en grande surface ? Sans commentaires…

Alors, pourquoi un tel changement ? Peut-être bien parce qu’acheter ses médicaments chez Carrefour ou Leclerc évitera que la Sécurité sociale ait à les rembourser, ou pour éviter que les « consommateurs »  ne demandent le renouvellement de leur « shopping list » aux médecins. « Shopping list » que les médecins remplissent avec une immense bienveillance : « qu’est-ce que je vous mets ? »

En même temps que cette libéralisation de la vente de médicaments voulue par l’État, les pharmaciens alertent à juste titre sur les pénuries de médicaments, en particulier les antibiotiques. Pourquoi cette pénurie de médicaments ? D’abord parce que nous n’avons pas été capables de maintenir notre industrie en France. Les raisons ? toujours les mêmes : c’est polluant, avoir une usine près de chez soi est dérangeant, et bien sûr, c’est moins cher en Chine… La délocalisation de la production a abouti à une perte de souveraineté et à ces pénuries. Les laboratoires ne sont pas exempts non plus de responsabilités puisqu’ils vendent leurs produits aux plus offrants et en grande quantité. Logique normale pour une entreprise. Et nous portons donc tous une part de responsabilité dans cette histoire, puisque même dans les officines des beaux quartiers, quand on fait payer deux euros au client, il se plaint ! Nous sommes tous habitués à une gratuité malsaine. Gratuité qui d’ailleurs nous pousse à être les plus gros consommateurs au monde de médicaments ! Un véritable virus contre lequel aucun remède n’agit. Il faudrait une vraie radioscopie… qui aboutirait à la réforme de l’État. 

En attendant, soutenons nos pharmaciens. Ils sont ceux qui sont à l’écoute de nos inquiétudes. Remercions-les de nous empêcher de nous automédicamenter en nous avertissant des dangers. Soyons reconnaissants envers ceux qui nous signalent lorsqu’une ordonnance leur paraît problématique… Et surtout, félicitons ceux qui ont écrit jeudi sur leurs vitrines : « pharmacie en grève, mais restée ouverte ». 

Le mouvement ETHIC retrouve dans cette diversité de problèmes exactement le schéma dont sont victimes les PME qu’elle représente : de plus en plus de responsabilités, de plus en plus de missions transversales (hygiène, sécurité, etc.). On étouffe.

À ce vilain tableau s’ajoute l’absolution totale du corps médical, lequel est quand même responsable des 30% d’arrêts de travail prescrits en plus depuis le Covid, ce qui amène aujourd’hui le gouvernement à réfléchir au non-remboursement des arrêts de travail inférieurs à huit jours.

Un pays dont tous les secteurs se mettent en grève les uns après les autres est un pays insatisfait parce que mal géré. Il est plus qu’urgent de laisser les entrepreneurs et leurs salariés décider entre eux, de ce qui est logique et de bon sens, alors et après seulement, le gouvernement prendra des décisions.

La France sens dessus dessous !

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Arthur Chevallier, l’Histoire au cœur

La lecture émotionnelle de notre histoire légitime sa déconstruction et son effacement. En héritier de Voltaire, Arthur Chevallier prône une approche rationnelle, celle-là même qui a permis d’écrire notre « roman national ».


« La suppression de l’histoire rendrait les peuples plus heureux », estimait Paul Valéry. Elle les délesterait en tout cas d’un fardeau aussi lourd qu’enrichissant, et les priverait du plaisir – de la nécessité ? – de le façonner à leur convenance. L’histoire de l’histoire prouve qu’on a affaire à un matériau malléable qui se prête à toutes les interprétations et à toutes les instrumentalisations. Mais ce n’est pas ce que déplore Arthur Chevallier dans son nouvel ouvrage. « De la décapitation de Louis XVI à la victoire du Front populaire, des journées d’août 1792 à celles de mai 1968, en passant par la bataille d’Austerlitz en 1805 et la Commune de Paris en 1871, l’histoire récente de la France donne des exemples de tout pour tout », reconnaît-il, et l’éditeur-historien de démontrer tout ce que notre passion de l’histoire doit au XIXe siècle : la Restauration a dicté à la monarchie, revenue après la Révolution et l’Empire, la nécessité d’asseoir sa légitimité politique en faisant appel aux historiens ; ce que fera à son tour, et à sa manière, la IIIe République.

La culture commune en danger

Chevallier pointe une nouveauté inquiétante : la lecture de l’histoire passée au filtre des émotions, le règne tout-puissant de l’irrationnel qui ouvre grand la porte à la déconstruction, et donc au délitement de ce qui peut nous rester de culture commune, de liant national. De quoi faire passer Michel Foucault, qui estimait que l’histoire est un outil d’oppression, pour un inoffensif rigolo.

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L’interprétation émotionnelle – et non plus scientifique ou politique – de l’histoire justifie le déboulonnage des statues, alimente la concurrence victimaire et légitime des « journées mémorielles » hors-sol. La mémoire hissée au rang de « devoir » ne rafraîchit pas le passé dans l’esprit de nos concitoyens et impose encore moins cette rationalité qu’Arthur Chevallier appelle de ses vœux. « C’est parce qu’elle s’expose au chaos émotionnel que l’humanité a préféré domestiquer la mémoire en créant l’histoire, en imaginant des protocoles de recherche, des règles de pensée, des lieux d’enseignement comptant comme autant de passeports préparatoires à l’exploration d’une contrée dangereuse. » Mais il se navre qu’« en ce début de XXIe siècle, la politique des émotions recouvre toutes les formes d’expression. Les œuvres sont appréciées en fonction de l’idéologie à laquelle elles se rapportent. La lutte se résume à détruire ce que l’autre camp a construit, quitte à oublier l’autre affrontement essentiel, celui entre l’intelligence et la bêtise ». Cette bêtise qui se nourrit d’ignorance.


Une passion française

Il est loin le temps où, pour se moquer des Français passionnés par les anniversaires historiques, Mark Twain pouvait ainsi singer un discours politique : « Si l’homme du 2 décembre n’avait pas existé, le 27 février fatal n’aurait pas eu lieu, le 30 janvier n’aurait pas fait couler tant de larmes amères, le 18 septembre aurait été épargné à la France. Mais nous devons nous consoler de ce triste spectacle en songeant que, si le 2 décembre n’avait pas eu lieu, il n’y aurait pas eu non plus de 13 mars. »

Arthur Chevallier, L’Histoire à l’épreuve des émotions, Le Cerf, 2024.

L'histoire à l'épreuve de nos émotions

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Comment la haine envers les juifs s’est mondialisée

L’antisémitisme n’a pas attendu le 7 octobre pour trouver des relais d’influence au sommet de certains États et de nombreuses ONG.


Moscou, décembre 1952. Devant ses pairs du Politburo, Joseph Staline lance: « Tout sioniste est l’agent du service de renseignement américain. Or parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes. » Dans les mois qui suivent, des dizaines de praticiens juifs sont arrêtés en URSS au prétexte d’une participation au prétendu « complot des blouses blanches ». Plusieurs d’entre eux finiront exécutés.

New York, novembre 1975. L’Assemblée générale des Nations Unies prend la résolution 3379, affirmant que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». Parmi les pays ayant voté en faveur du texte, on retrouve des membres de l’Organisation de l’unité africaine ainsi que de la Conférence des pays non-alignés. La résolution sera révoquée en décembre 1991.

Durban, septembre 2001. En marge d’une conférence internationale organisée par l’UNESCO dans la seconde ville d’Afrique du Sud, un forum réunissant 6 000 ONG du monde entier adopte une déclaration accusant Israël d’« apartheid » et « d’actes de génocide ». Sur place, des participants juifs sont insultés et physiquement menacés. Le texte sera toutefois vite dénoncé par plusieurs autres ONG, dont Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale des droits de l’homme.

Acevedo (Venezuela), décembre 2005. En visite dans l’État de Miranda au nord du pays, le président Chavez prononce un long discours et déclare notamment : « Une minorité, les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d’ici et le crucifièrent aussi à leur manière à Santa Marta en Colombie, s’est appropriée les richesses du monde. »

Istanbul, janvier 2015. Melih Gokcek, le maire de la ville, membre éminent du parti d’Erdogan, commente dans le journal turc anglophone Today’s Zaman les attentats qui viennent d’être commis en France par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Pour lui, il est « certain qu’Israël est derrière ce genre d’incidents. Le Mossad favorise l’islamophobie en provoquant de tels incidents ».

Israël présenté comme le dernier bastion colonial de l’Occident

Arrêtons là la liste. On le voit, la parole antisémite n’est pas l’apanage des feuilles chou complotistes, des prédicateurs intégristes, des injures de rue. Depuis des décennies, elle s’exprime tout autant à ciel ouvert, dans les plus hautes sphères de la planète. Aux yeux de bon nombre de dirigeants, Israël est le dernier bastion colonial de l’Occident à s’être maintenu en Orient. Et si le Juif était autrefois défini dans la rhétorique antisémite européenne comme un « allogène basané » et sans patrie, il est désormais, vu par les chantres du nouvel antisémitisme mondial comme le parangon de l’Utra-européen, blanc et arrogant.

À lire aussi, Richard Prasquier: Après le bombardement à Rafah, la diabolisation d’Israël redouble

Mais dans ce registre de la haine, c’est l’Iran qui bat tous les records. Ne serait-ce que parce que les mollahs au pouvoir y ont inventé dès 1979 la « Journée mondiale d’Al Quds » (nom arabe de Jérusalem). À l’instigation de l’Ayatollah Khomeini, chaque dernier vendredi de Ramadan donne lieu dans le pays à des rassemblements contre la présence des Israéliens à Jérusalem-Est. Un peu comme si le pape, à la même époque, avait dédié l’un des vendredis du Carême à la cause des catholiques d’Irlande du Nord.

Ces manifestations sont l’occasion de revisiter des slogans comme : « Mort à Israël, mort à l’Amérique ». Au fil des ans, elles ont trouvé un grand écho dans le reste du monde musulman. En France, la tentative d’importation a été à peu près contenue. Au Royaume-Uni en revanche, la journée mobilise parfois jusqu’à 3 000 participants. Les drapeaux du Hezbollah sont brandis, ceux d’Israël sont brûlés.

En 2006, l’Iran fait encore plus fort. En réaction à la publication de caricatures de Mahomet par le journal danois Jyllands-Posten, le journal iranien Hamshahri, téléguidé par le régime, réplique en proposant un concours de caricatures sur la Shoah. Alors que le président Mahmoud Ahmadinejad venait de promettre la destruction d’Israël et de remettre en cause l’ampleur des crimes hitlériens, le journal veut illustrer avec son concours « l’hypocrisie des occidentaux ». Une constante dans la majorité des dessins publiés : ils mettent un signe égal entre les camps de la mort et le sort des Palestiniens.

De l’antisémitisme dans les pays musulmans ? Pas possible !

Le succès est tel que la même année, une grande conférence anti-sionniste est organisée à Téhéran par les autorités. On y retrouve l’Américain David Duke, ancien du Ku Klux Klan, et bien sûr le négationniste français Robert Faurisson. Au cours de la conférence, l’Allemagne nazie et l’Etat hébreu y sont renvoyés dos à dos, tandis que l’antisémitisme, phénomène défini comme strictement européen, y est présenté comme étranger au monde musulman.

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Cette conférence constitue une étape majeure dans la consolidation de l’antisémitisme mondial, qui plait aussi bien en terre d’islam que dans les quartiers islamisés d’Europe. Une partie de l’extrême droite occidentale n’y est pas insensible non plus. Aux Européennes de 2009, la liste antisioniste de Dieudonné M’bala M’bala recycle tout sur son passage, de SUD au GUD : on y trouve d’anciens membres des Verts, de la Ligue communiste révolutionnaire et du Front national. Le financement provient de l’Iran.

Certes cet étonnant attelage idéologique n’aura pas dans les années suivantes d’autres concrétisations électorales majeures. Il n’en demeure pas moins le point de départ de l’association Egalité et Réconciliation, menée par Alain Soral, autour de laquelle gravite toute la dieudosphère, et qui donnera dans la société française un nouveau souffle à l’antisémitisme.

C’est ainsi que la haine envers les Juifs, qui faisait encore horreur à la plupart des forces de gauche, s’est diffusée peu à peu dans les esprits au point d’être devenue l’un des principaux carburants du couple islamo-gauchiste. Évoquant les incidents survenus à l’Assemblée nationale cette semaine, le philosophe Bernard Henri-Lévy observe, sur BFMTV : « Quand David Guiraud traite Meyer Habib de porc, il parle comme Dieudonné et comme Alain Soral ».

En 2017, le sort des Rohingya, musulmans persécutés par la Birmanie, n’a intéressé l’opinion que durant quelques semaines. Et depuis lors, à l’ONU, les Etats musulmans se rangent toujours derrière la Chine pour bloquer les condamnations relatives au martyre des Ouïghours. Rien à faire : pour s’attirer la réprobation, Israël aura toujours un temps d’avance, une capacité supérieure à susciter l’animosité et la mauvaise foi.

Dansons sous la pluie woke

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Début mai, une vidéo postée par une jeune femme agite la toile. On l’y voit danser, sa peau est blanche ; elle pratique le Legong, une danse balinaise. Il n’en fallait pas plus pour que les imbéciles hurlent « à l’appropriation culturelle » et relaient la séquence sur X. L’imbécile virtuel diffuse et commente la publication, relayé par d’autres imbéciles… Voici la meute formée ; elle grossit et fond sur sa proie. On sonne l’hallali, c’est bientôt la curée: on fustige, on jette des anathèmes…


L’époque coloniale est révolue mais, d’après les Wokes, les Blancs continuent à exploiter les peuples minorisés. À les en croire, il s’agit, sous couvert de les honorer, de s’approprier les cultures desdits peuples afin d’en tirer des bénéfices économiques et symboliques. Éric Fassin, sociologue français de son état, définit ainsi le concept de « l’appropriation culturelle » : «L’appropriation culturelle, c’est lorsqu’un emprunt entre cultures s’inscrit dans un domaine de domination. » Le wokisme engage à dénoncer cette « appropriation culturelle » pour aider à la prise de conscience des injustices normalisées ou institutionnalisées, qui, bien sûr, sont partout. Aussi chacun, sur les réseaux sociaux, défend les particularités qu’il estime iniquement dérobées aux minorités ; les insultes fusent, la brutalité verbale règne.

Le wokisme est une bêtise sectaire

La dernière victime en date de cette folie collective qui s’est emparée de la toile est une Suédo-Indonésienne, Daisy Oxenstierna. Elle vit à Bali, en connaît la langue, les coutumes et pratique, comme c’est la coutume pour toutes les jeunes filles, la traditionnelle danse du Legong qu’on exécutait jadis dans la cour des palais royaux.

A lire aussi: Israël n’a pas gagné la guerre… qu’elle ne peut perdre

Début mai, désireuse de partager son amour pour Bali et cette danse, la malheureuse s’avise de poster sur les réseaux sociaux une vidéo où on la voit danser. Le Legong requiert des gestes précis. Les mouvements des mains, des yeux, des doigts et des pieds doivent concorder. La vidéo devient vite virale, relayée par les sectateurs du wokisme. La malheureuse, blanche (on s’en doute), est vilipendée, accusée de se moquer ostensiblement de cette danse balinaise. On fustige sa gestuelle qu’on qualifie de caricaturale et on voit des grimaces, où, sur le visage de la jeune fille ne s’inscrivent que les mimiques qu’exige le Legong. Bêtise et méchanceté ignares et sectaires. On s’insurge, on l’accuse d’être caricaturale et de grimacer pour se moquer et déprécier les traditions balinaises ; on assène : « Les Blancs s’approprient la culture des autres parce qu’ils n’en ont aucune ». Pour mettre fin au lynchage, la malheureuse devra supprimer sa publication et les commentaires qui l’accompagnent.

Une justicière qui surgit hors de la nuit

Ne désespérons pourtant pas et saluons l’inflenceuse afro-américaine Amala Ekpunobi. Cette ancienne militante d’extrême gauche, lassée par l’intolérance des Wokes, s’est tournée vers les valeurs conservatrices pour devenir ambassadrice de Prager University, un groupe de défense conservateur américain, relais de l’idéologie libertarienne de droite qui crée du contenu en ligne sur des sujets politiques, économiques et sociologiques conservateurs. Mme Ekpunobi, très suivie par la jeunesse a, dans une courte vidéo (voir ci-dessus), su remettre en place les contempteurs de Daisy et souligné la stupidité des procès en appropriation culturelle non fondés. Elle a ainsi confondu les nicodèmes prompts à condamner sans savoir. Voilà les arroseurs arrosés. La danseuse est suédoise, certes, mais aussi indonésienne, donc de sang mêlé. Elle vit à Bali, en connaît la langue, les us et surtout pratique le Legong, jadis dansé dans la cour des palais indonésiens, depuis son enfance, comme c’est la tradition… Pour « l’appropriation culturelle », on repassera !

« La radio n’a pas rendu les hommes plus sots. Mais la bêtise plus sonore » disait Jean Rostand. Grâce aux réseaux sociaux, elle se répand désormais à la vitesse de l’éclair. Puisse Mme Expunobi inciter les minorités à dénoncer, elles aussi, le racisme anti-blancs.

La Révolution racialiste: et autres virus idéologiques

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Vénéneuse Rima Hassan, nouvelle étoile filante de la galaxie Mélenchon

La militante appellait ses troupes hier à boycotter TF1, télévision qui a osé tendre le micro à Benyamin Netanyahou. Plutôt que de faire tant de bruit, elle n’a qu’à zapper sur Al Jazeera.


« La chienlit c’est moi ! » pourrait rageusement revendiquer Mélenchon un jour. Il serait alors enfin éminemment crédible. Et loin de ses errements délictuels bien connus : souvenez-vous, quand il se drapait dans la toge de la République, face à des policiers impassibles dans une affaire qui a marqué les esprits.

On sait que le nouveau Petit Père des Peuples s’est entiché de la cause palestinienne. Son mimétisme forcené en la matière pour engranger des voix est remarquable. Le but : séduire les quartiers à dominante musulmane, mis en effervescence par un odieux trucage de faits pourtant incontournables. Israël est l’agressé et non l’agresseur !

Les souffrances de Palestiniens cyniquement mises à profit

LFI se sert avec une gourmandise même pas dissimulée – les récentes danses endiablées techno-alcoolisées du côté du Canal Saint Martin sont révélatrices – des dramatiques effets d’une guerre lancée en réponse par cette démocratie odieusement vilipendée. Oui les Palestiniens souffrent, mais cette souffrance est soigneusement planifiée et entretenue par le Hamas, groupe terroriste sanguinaire qui estime sans le dire que la fin – la faim – justifie les moyens. Se servir de ces mêmes images pour tenter de convaincre l’électeur français musulman dans cette dernière ligne droite avant les Européennes, c’est aussi mettre à profit ces boucliers humains, cyniquement et monstrueusement répartis dans les territoires palestiniens.

A lire aussi: Clash Marion Maréchal/Sonia Devillers: une Gauloise sans filtre s’enflamme à la radio publique

Mélenchon fouille méticuleusement et consciencieusement dans les poubelles de la gauche extrême pour y trouver de nouvelles trouvailles, des pépites en toc mais mortifères, pour coller au mieux avec son actualité révolutionnaire et qu’elle puisse prospérer, surtout quand les sondages sont en berne. Il a ainsi sorti de son sac à malices maléfiques Rima Hassan, jeune femme de 35 ans, au regard aussi sombre que l’avenir qu’elle nous promet. Née en Syrie, arrivée en France à neuf ans, par la grâce du regroupement familial, elle s’est fondue à merveille – du moins pouvait-on le croire – dans le moule de l’assimilation. La France, bonne fille, lui avait en effet offert de belles études de juriste, sanctionnées par un diplôme ad hoc. Employée dans des organismes relevant du Ministère de l’intérieur, elle a su habilement se frotter aux arcanes de l’immigration, voulue ou non. Le cheval de Troie ?

Les illusionnistes de la gauche radicale

Jean-Luc Mélenchon, grand prestidigitateur islamo-rouge, en la propulsant d’emblée à la 7ème place de la liste aux européennes de LFI (les mauvaises langues disent carrément La France Islamiste), veut lui donner un début de stature, en remplaçant au passage d’autres prétendants qui s’interrogent sur le cheminement inquiétant du Che. Qui, de fait, sont promis à la disgrâce.

Bonne fille, Rima Hassan fait fort après cet adoubement : manifestations haineuses au fil de manipulations du même tonneau sur les réseaux, négation d’Israël et autres joyeusetés anti-juives du même acabit. Une entrée tonitruante !

Cerise – avariée – sur le gâteau, cette dame très avenante souhaite même mettre l’information au pas. Ce 30 mai, en rameutant plusieurs milliers de personnes, elle s’en est pris sans succès à un journaliste de LCI, filiale de TF1, qui avait l’outrecuidance d’interviewer le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, en le sommant d’y renoncer. En plaçant une fois encore une cible dans le dos d’un confrère ! Ce qui en dit long sur les intentions de cette nouvelle figure de LFI, issue de la vénéneuse pépinière entretenue par un jardinier en chef qui jubile. Par le truchement de cette jeune femme, c’est la morgue baveuse de Mélenchon qui parle. Et c’est à une autre morgue – si on n’y prend garde – que ceux-là destinent la liberté de penser…

Une place dans le monde

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Le journaliste Florent Georgesco © JF PAGA

Ils sont orphelins ou séparés de leurs parents violents. Ballotés entre foyers et familles d’accueil, ces enfants du malheur réussissent rarement leur vie d’adulte. Les témoignages d’anciens enfants placés réunis par Florent Georgesco font mentir la fatalité. 


Florent Georgesco présente un visage méconnu de notre société de plus en plus violente. Pendant deux ans, le journaliste du Monde a suivi et recueilli les témoignages d’anciens enfants placés. Ils sont cinq à avoir séjourné dans des foyers ou des familles d’accueil. Audrey, Jimmy, Schouka, Souleymane et Tricia. Cinq à avoir traversé l’enfer. Tricia, dont l’enfance a été fracassée par la mort brutale de sa mère alors qu’elle n’avait que 12 ans, était orpheline de père et ne possédait pour toute famille qu’une marraine qui la dépouillait de ses biens. Souleymane, débarqué seul à 14 ans dans une gare française, refuse d’évoquer son passé, la mort de ses parents, le voyage de la Côte d’Ivoire à la Libye, les camps, la brutalité des passeurs, la traversée de la Méditerranée… Schouka est le fruit de l’union entre une prostituée et un client, victime d’abus sexuels de la part de son grand-père. Jimmy a été frappé si durement par ses parents que son fémur en a été déboîté. Audrey, à 5 ans, allait à l’école sans être ni nourrie ni lavée.

Des échecs… Mais des réussites aussi !

Leurs vies auraient pu être anéanties, mais, contre toute attente, ils s’en sont sortis. C’est ce miracle que Florent Georgesco raconte avec une finesse et une sensibilité rares. Il a rencontré des éducateurs pour tenter de comprendre pourquoi certains parviennent à surmonter leur passé quand d’autres sombrent, reproduisent la violence dont ils ont été l’objet ou s’enfoncent dans la maladie mentale.

A lire aussi, du même auteur: Élevage de nazis

Lorsqu’on demande au directeur des Matins bleus, association d’éducation spécialisée, en quoi consiste son métier, il répond « faire en sorte qu’ils ne meurent pas ». Puis il y a cette constante chez tous ces enfants : la difficulté à accepter leur placement. Même s’ils vivent un cauchemar auprès de leurs parents, ils ne peuvent s’empêcher d’espérer, qu’un jour, ils s’adouciront. Ensuite, « c’est la même histoire : à un moment il faut tout laisser et partir ». Cet arrachement à la famille, ce saut dans le vide est toujours vécu douloureusement. Mais le temps aidant, certains, comme Audrey, ont parfois du mal à quitter leur foyer d’accueil. Quoi qu’il en soit, à 18 ans – comme à 21 pour ceux qui ont obtenu un contrat jeune majeur –, ils doivent voler de leurs propres ailes. Un passage difficile à l’issue duquel beaucoup se retrouvent à la rue.

Parmi les personnes sans domicile fixe de moins de 25 ans, un quart sont d’anciens enfants placés. Tricia, Jimmy, Audrey, Schouka et Souleymane, eux, ont su négocier ce virage périlleux. Aujourd’hui, ils ont un travail, des amis, des projets. Un bonheur conquis de haute lutte qui sidère jusqu’à leurs éducateurs. Rien n’aurait été possible sans leur soutien, leur patience, leur perspicacité. Toutefois, le fonctionnement de leurs structures d’aides est désormais menacé, d’un côté par la hausse des cas de maltraitance, de l’autre par la baisse des moyens humains et financiers. Florent Georgesco leur rend ici hommage et tire la sonnette d’alarme. Son livre n’en demeure pas moins porteur du plus bel espoir.

Florent Georgesco, Vies imprévues : enfants placés, ils ont déjoué le destin, Grasset, 2024.

Vies imprévues: Enfants placés, ils ont déjoué le destin

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La politique migratoire dans le secret des prétoires

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Evacuation d'un camp de clandestins à Paris, 30 mars 2016 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Les décisions concordantes des cours suprêmes sur la question migratoire heurtent les aspirations légitimes des peuples souverains.


La dernière en date, rendue le 28 mai 2024, au terme de laquelle le Conseil constitutionnel ouvre, au nom du principe d’égalité devant la justice, l’aide juridictionnelle accordée aux étrangers en situation irrégulière, fait écho à celle du 6 juillet 2018 par laquelle « les neuf sages », en vertu du principe de fraternité, ont censuré toute infraction liée à l’aide à la circulation d’un étranger en situation irrégulière. Entre-temps, il devait le 11 avril 2024 refuser aux LR la possibilité d’organiser un référendum d’initiative populaire sur l’accès des étrangers aux aides sociales non contributives. Cependant, les réformes portant sur « la politique sociale de la nation » peuvent être soumises au référendum de l’article 11 de la Constitution.

Conseil d’État et Conseil constitutionnel contre la volonté populaire

Le Conseil d’État n’est pas en reste. En effet, la haute juridiction administrative, qui depuis longtemps promeut le droit au regroupement familial, comme dérivant du droit de mener une vie familiale normale, dont dispose l’alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946 et l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme, vient de franchir une étape supplémentaire. Par un arrêt du 13 mai 2024, il juge légale la subvention accordée par le conseil de Paris, à l’association SOS Méditerranée. Pour rappel, cette dernière affrète des navires (Aquarium, Océan viking) en vue de venir en aide à des ressortissants de pays tiers à l’Union européenne, préalablement embarqués dans des rafiots de fortune au péril de leur vie et sous la férule des passeurs. Le Conseil d’Etat ne convoque ici aucun grand principe, et fonde sa décision sur l’article L 115-1 du Code général des collectivités territoriales qui énonce que : « Dans le respect des engagements internationaux de la France, les collectivités territoriales et leurs groupements peuvent mettre en œuvre ou soutenir toute action internationale annuelle ou pluriannuelle de coopération, d’aide au développement ou à caractère humanitaire ».

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Conseil constitutionnel: la planète des Sages

Il prend par ailleurs la précaution de préciser que ces collectivités doivent s’abstenir de prendre parti dans un conflit de nature politique et s’assurer que leurs subventions financent uniquement les actions humanitaires de sorte que « l’organisme soutenu, eu égard à son objet social, à ses actions et à ses prises de position, ne poursuive pas en réalité un but politique ». À la différence de la cour administrative d’appel de Paris, il estime que ces critères de légalité sont satisfaits. Or en l’espèce, il ne s’agit plus d’une mission humanitaire de sauvetage en haute mer pour secourir des migrants en détresse en les dirigeant vers le port le plus proche, mais de rejoindre systématiquement l’Europe. L’association en cause ne fait pas mystère de son but politique dénonçant la fermeture des pays occidentaux et visant à abolir les frontières. Son action contrarie donc le semblant de politique étrangère de la France en la matière.

La Cour des comptes complice

Le gouvernement des juges sur la question migratoire a pu compter sur la complicité de la Cour des comptes. Son président a en effet décidé de retarder la publication d’un rapport sur l’immigration initialement prévu pour le 13 décembre 2023 afin qu’il n’interfère pas avec l’examen et le vote de la loi sur l’immigration (n°2024-42 du 26 janvier 2024). Ce rapport critique sévèrement les dysfonctionnements systémiques tel que le faible taux d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Il ne devait donc pas être un élément du débat parlementaire ! Pourquoi ? Ne relève-t-il pas des missions du juge de la rue Cambon, en vertu de l’article 47-2 de la Constitution, « d’assister le Parlement dans le contrôle de l’action du Gouvernement » ?

Si l’on met en perspective la décision du Conseil constitutionnel sur l’aide juridictionnelle accordées aux étrangers en situation irrégulière fondé sur le principe d’égalité, concept polymorphe d’une part, et la récente préconisation de la Cour des comptes de diminuer la charge des arrêts de travail pesant sur la Sécurité sociale (rapport 2024 sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale) d’autre part, on s’interroge sur la cohérence globale en termes d’économie des dépenses et des priorités envisagées pour les réaliser. Le tout fait émerger une jurisprudence qui traduit des choix idéologiques. Or, il ne relève pas des missions du juge de déterminer la politique de la nation. Il n’est pas, dans l’exercice de son office, un organe d’expression de la souveraineté nationale.

A lire aussi, Frédéric Magellan: Renaud Camus, pourfendeur du «grand dépenaillement» et défenseur de la diversité du monde

Au diapason des instances supranationales

Le synoptique ne serait pas complet si les Cours suprêmes européennes n’étaient pas au diapason de cette jurisprudence immigrationniste. La Cour de justice de l’Union européenne juge, que lorsqu’un État membre réintroduit temporairement des contrôles à ses frontières intérieures, la directive retour s’applique à tout ressortissant de pays tiers, sur le territoire de l’Etat membre. La décision de refus d’entrée est donc privée d’efficacité (CJUE, 19 septembre 2023). La Cour européenne des droits de l’homme a préalablement jugé que les migrants arrivant à Lampedusa ne peuvent être renvoyés (arrêt du 23 février 2021). Les Cours suprêmes sont sorties de leurs lits en opérant une sorte de coup d’État de droit. Elles ont pris leur essor en s’appuyant sur des textes à portée plus philosophique que juridique, tel que le principe de fraternité attaché à la devise républicaine. Sans réelle portée normative, ils libèrent l’interprète de toute contrainte et ouvrent la voie au gouvernement des juges, qui parfois n’hésitent pas à donner une lecture contra legem de la loi. Le défi migratoire inscrit à l’agenda la question du droit à la continuité historique. Or, cette question existentielle ne peut rester confinée dans les prétoires[1]. Si la France veut se réapproprier la politique migratoire, attribut de sa souveraineté, elle n’aura d’autre possibilité que de convoquer un « lit de justice » pour casser ces jurisprudences, en révisant sa constitution, et au besoin par référendum. Le retour à l’étiage juridictionnel sera plus conforme au schéma de la séparation des pouvoirs.

Le droit à la continuité historique

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[1] Voir aussi, Wilfried Kloepfer, Le droit à la continuité historique (Vérone Editions, déc. 2023).

Vers un grand remplacement cognitif?

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L'essayiste, chirurgien et énarque Laurent Alexandre © Hannah Assouline

Dans son nouvel essai, Laurent Alexandre, cofondateur du site doctissimo.fr, lance un appel pour que nos gouvernants cessent de voir l’Intelligence artificielle (IA) uniquement sous un jour économique. Le défi anthropologique qu’elle nous pose se doublerait d’une menace pour l’humanité.


Causeur. Pourquoi l’IA suscite-t-elle vos inquiétudes ?

Laurent Alexandre. Il y a vingt ans, les experts s’accordaient à dire que le dépassement de l’homme par les machines se produirait à la fin du siècle. Mais depuis lors, le consensus a été nettement révisé, puisque l’échéance est désormais estimée à 2031 ou 2032. L’IA est ainsi devenue un enjeu crucial et pressant, qui n’est pas suffisamment pris au sérieux par les décideurs. Ils n’y voient qu’une affaire d’investissements et d’emplois, alors que c’est la question même de notre existence qui est posée. N’oubliez pas ce que le père de l’IA moderne, le chercheur canadien Geoffrey Hinton, a déclaré, en février dernier au Financial Times : « J’estime que la probabilité pour que l’IA extermine la totalité des êtres humains d’ici 2044 est de 10 %. »

N’est-il pas fallacieux de laisser croire que l’on peut probabiliser ce genre d’événement ?

Pour bien réfléchir à ce problème, il faut surtout éviter d’adopter une posture trop défensive. Et se dire que notre dépassement par les machines est un phénomène inéluctable, dont la gestion doit être pensée de toute urgence. Je peux vous dire que dans le domaine de la santé, par exemple, que je connais bien, la messe sera dite d’ici cinq ans : l’IA produira de meilleurs diagnostics que les médecins, même dans l’hypothèse où les progrès seraient lents.

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À quelle vitesse les progrès de l’IA avancent-ils ?

Difficile à dire. Vous avez la position prudente d’un Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, qui pense que les modèles de langage comme ChatGPT atteindront vite un certain plafonnement. Et il y a d’autres voix plus audacieuses, comme Sam Altman, le père de ChatGPT, qui prévoit la création d’une super-IA, incomparablement plus intelligente que l’ensemble des intelligences humaines réunies, pour avant 2033.

Après avoir été limogé vendredi 17 novembre 2023 de la direction générale de Open AI (ChatGPT), Sam Altman (photographié ici à San Fransisco le 16) vient d’être recruté par Microsoft © Eric Risberg/AP/SIPA

Certains anticipent aussi le développement d’une IA générale, dite « AGI »

Oui, une IA capable de raisonner aussi efficacement que l’homme sur l’ensemble des champs de la cognition et non plus seulement par sous-catégorie de compétences. Cela produirait alors une véritable révolution anthropologique.

Pourquoi ?

Cela reviendrait à l’apparition d’une nouvelle espèce. En d’autres termes, nous risquons de devenir la deuxième espèce la plus intelligente sur terre. Cela provoquera un changement de notre place dans le cosmos.

Vous venez à l’instant d’employer le futur de l’indicatif, et pas le conditionnel. Comme souvent dans votre livre, alors qu’il s’agit des débats spéculatifs…

Je n’exprime quasiment jamais mon opinion, mais celle des experts.

On devine quand même votre point de vue, de manière implicite.

J’assume un côté « lanceur d’alerte technologique ». La compétitivité des laveurs de carreaux « biologiques », qui travaillent trente-cinq heures par semaine, ne pèsera bientôt plus tellement lourd face à des futurs laveurs de carreaux « technologiques », qui seront actifs 24 h/24 et posséderont l’intelligence d’un polytechnicien. On risque une « gilet-jaunisation » générale, tous les experts de l’IA le craignent. Et je partage cette crainte.

Ne croyez-vous pas que l’on se prépare déjà, à bas bruit, à cette révolution ? Prenez par exemple l’écologisme punitif, qui enseigne la haine de l’humain et de son développement. Ne s’agit-il pas là d’une propédeutique inconsciente à l’acceptation de notre déclin ?

Si le taux de fécondité s’effondre effectivement dans beaucoup de pays, c’est en partie à cause de la peur d’une catastrophe écologique. La haine de l’homme induite par l’écologisme se traduit en somme par une baisse du nombre de cerveaux humains mobilisables au moment où l’IA explose. J’y vois les prémices d’un grand remplacement cognitif.

A lire aussi: Causeur #123: Intégristes contre intégrés. Dernière chance avant la charia

Un autre signe de l’acceptation collective et inconsciente de notre dépassement par les machines n’est-il pas la théorie du genre, qui se propose de nous libérer de notre substrat biologique ?

Cela nous prépare en effet à accepter demain des technologies telles que l’utérus artificiel, qui nous sera présenté comme plus éthique, car sans recours à ces victimes d’une forme d’oppression que sont les mères porteuses. Mais allons plus loin. Le transhumanisme, qui consiste à équiper l’homme avec des prothèses physiques et cognitives, pourrait bien un jour être supplanté par le posthumanisme, soit l’hybridation totale, l’abandon du corps biologique et la numérisation de la conscience. Affirmer, comme le fait la théorie du genre, que l’humain est fluide, malléable, réinitialisable, revient à promouvoir cette hybridation totale.

Quelle est votre position morale face à ces perspectives ?

En l’espace d’un an, j’ai évolué. Dans l’hypothèse où Sam Altman aurait raison – et il n’a jamais dit de bêtises jusqu’à présent –, deux dilemmes majeurs se poseront l’un après l’autre : d’abord faut-il ou non autoriser la neuro-augmentation (le transhumanisme), puis, dans quelques décennies ou quelques siècles, doit-on ou non autoriser la fusion intégrale de l’homme avec l’IA (le posthumanisme) ? Ce n’est pas forcément une perspective qui m’enthousiasme. Et je cite Luc Ferry, qui dit préférer vivre mille ans sous une forme biologique augmentée, plutôt qu’éternellement en ayant la consistance physique d’un microprocesseur.

Les prospectives auxquelles vous vous référez sont formulées par des personnalités reconnues de la tech comme Elon Musk, qui a créé l’entreprise d’implants cérébraux  Neuralink, ou Raymond Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google. Or, à la différence des prophètes du passé, ces gens-là décident de l’avenir qu’ils prédisent. Ne devons-nous pas nous interroger sur leur honnêteté intellectuelle ? Leurs affaires juteuses ne les poussent-ils pas à faire de la surenchère dans les annonces ?

Peut-être exagèrent-ils. Mais, même si la rupture se produit en 2050 plutôt qu’en 2033, l’histoire de l’humanité en restera quand même bouleversée.

ChatGPT va nous rendre immortels

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La guerre des intelligences à l'heure de ChatGPT

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L’atroce désenchantement du flux mondialisé

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© France TV

Triste constat du géographe Michel Lussault : les grandes villes n’appartiennent plus à ceux qui les habitent. Une série documentaire à suivre à partir de lundi 3 juin, sur France 5.


Dans les années 1990 le géographe bien connu Michel Lussault (64 ans) forge un concept qu’il développera dans un livre publié aux éditions du Seuil en 1997 : Hyper-Lieux, les nouvelles géographies de la mondialisation.

L’idée est la suivante : à l’avènement accompli de ce que Lussault nomme « le Monde » (avec une majuscule sur le M), les caractéristiques des lieux urbains » sont « en quelque sorte exaspérées par les effets de la mondialisation » : ‘’hyper’’ renvoie au « constat empirique du surcumul incessant, en un endroit donné, de réalités spatiales, matérielles ou immatérielles, variées : personnes, objets, flux, données numériques, richesses capitalisées, production de valeur ajoutée ». Ensuite, selon Lussault, lesdits ‘’hyper-lieux’’ participent du processus d’individualisation à l’œuvre dans la société contemporaine – le lieu comme expérience personnelle ou collective, procédant d’un espace mis en tension par l’espace numérique, ce qui conduit à déjouer radicalement, dit-il,  « les anciennes hiérarchies entre la taille des espaces ». Lesquels se dilatent à travers « une pratique spatiale et sociale ubiquitaire ». Celle-ci relève de ce qu’on pourrait appeler une « affinité au lieu », volontairement partagée, mais étroitement corrélée à la mondialisation : malls, gares, aéroports, stades, forum, quartiers d’affaire, etc. en figurent les places fortes… Michel Lussault, pour qui « la géographie d’une société doit se penser à partir des spatialités humaines plus qu’à partir de l’observation des formes dans l’espace », en arrive tout de même à penser « que tous les lieux d’aujourd’hui s’avèrent, d’une manière ou d’une autre, peu ou prou, des hyper-lieux ». Pas faux.

De fait, à quelques encâblures de la collision qui s’annonce, l’arraisonnement de la capitale française dans sa globalité par les troupes d’Occupation des Jeux Olympiques (et par le probable Exode concomitant des autochtones) rend la réflexion du géographe singulièrement pertinente. Paris n’est déjà plus le « Grand Paris ». C’est le « Paris-Monde » : un hyper-lieu, à l’échelle entière de la métropole.

Dans ce contexte, voilà que France 5/ France TV a l’idée de mettre en scène notre géographe, dans une série de 6X26 minutes, épisodes confiés à un panel de documentaristes éprouvés dans le secteur de l’architecture et de l’urbanisme (mais pas seulement) : de Stan Neumann à Juliette Garcias, en passant par Sylvain Bergère et Floriane Devigne. La diffusion de Hyper-Lieux démarre le 3 juin.

A lire aussi, du même auteur: Voir Medellin et mourir?

Veste noire et lunettes à monture noire, chemise blanche et cheveux blancs, l’homme qui a dirigé l’Ecole urbaine de Lyon et dont on peut visionner sur YouTube un cours public sur la théorie du ‘’care’’, objet d’un livre en préparation, professe donc ici son analyse à partir de quelques hyper-lieux emblématiques (dont certains figuraient déjà dans l’ouvrage susmentionné) : Time Square, à New-York ; la Place Saint-Marc, à Venise ; Dubaï ; l’aéroport de Francfort ; les Champs-Elysées ; Le Quartier européen de Bruxelles. A l’évidence, on aurait pu multiplier à l’infini les sites qui, sur la planète, ressortissent à cette problématique.

Coproduction Les Films d’ici/ Track, la série paraît hésiter un peu entre, d’une part, l’exigence de bonne tenue intellectuelle dont Lussault, épaulé par les réalisateurs émérites Stan Neumann et Hendrick Dusollier, incarne le garant et le dispensateur ; et d’autre part l’impératif d’agrémenter le propos, par nature assez subtil et élaboré, d’un emballage ludique propre à séduire cet improbable téléspectateur lambda que le service public se met opiniâtrement en devoir d’infantiliser : d’où le placage de cette animation particulièrement niaise (signée Luciano Lepinay) et de cet exercice  de clownerie vaguement consternant auquel Michel Lussault semble néanmoins se prêter de bonne grâce –  sans qu’on voie l’utilité d’un tel habillage.

Cette réserve faite, le tour d’horizon proposé, sur des typologies urbaines (ou péri-urbaines) si diverses en apparence – quoi de commun entre Dubaï et Venise ? –  mais envisagées au prisme du concept de l’ ‘’hyper – lieu’’,  laisse au bout du compte l’impression glaçante que la page est bel et bien tournée : irrévocablement, la Ville n’appartient plus à celui qui y habite ; elle n’est plus, pour reprendre une expression de Lussault, qu’une « scène close, chorégraphie de la globalisation » :  le lieu proprement invivable de l’ ‘’hyperscalarité’’ – soit la coexistence désordonnée des échelles, s’agissant des espaces tout autant que des fonctions, des activités, des gens, pris dans l’atroce désenchantement du flux mondialisé. Voilà ce qui est devant nous.

Hyper-lieux: Les nouvelles géographies de la mondialisation

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Hyperlieux. De et avec Michel Lussault. En collaboration avec Stan Neumann et Hendrick Dusollier. 6 x 26mn. À partir du 3 juin à 13.00 sur France 5 et sur le site france.tv

3 juin : Time Square. Réalisation Sylvain Bergère
4 juin : La place Saint-Marc. Réalisation Sylvain Bergère
5 juin : Dubaï Mall. Réalisation Juliette Garcias.
6 juin : L’Aéroport de Francfort. Floriane Devigne
7 juin : Les Champs-Elysées. Réalisation Juliette Garcias et Stan Neumann
10 juin : Le Quartier européen de Bruxelles. Réalisation Floriane Devigne.      

Ligue des Champions: clap de fin pour Toni Kroos

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Satde Bernabeu, Madrid, 25 mai 2024 © Pressinphoto/Shutterstock/SIPA

Ce joueur presque inconnu des gens qui ne suivent pas le football tire sa révérence en club ce soir. Ne lui restera ensuite que l’Euro pour briller une dernière fois crampons aux pieds sur les terrains.


Il a trente-quatre ans, il porte les couleurs du Real Madrid, et a décidé d’arrêter sa carrière au terme de la prochaine grande compétition internationale. Au moment où les stars du football monnaient ce qu’il leur reste de talent en Arabie Saoudite, il y a quelque chose de zidanesque dans le choix de Toni Kroos d’arrêter sa carrière au sommet de son art. Ce soir, il disputera le dernier match avec son club.

Dernier cadeau de la RDA avant réunification

Et quel match : la finale de la Ligue des Champions, à Wembley, contre le Borussia Dortmund. Malgré les malheurs infligés par les Allemands au Paris Saint-Germain en demi-finale, le Real Madrid part nettement favori. Parce que le Real Madrid, avec 14 titres européens depuis 1956, a la culture de la gagne (huit victoires lors de ses huit dernières finales de Ligue des Champions ; la dernière finale perdue du club à ce stade de la compétition remonte à 1981). Parce que le club espagnol a Vinicius Junior en attaque et aussi, au milieu de terrain, Toni Kroos. Un joueur presque inconnu des gens qui ne suivent pas le football.

Né dans les environs de Rostock, en Poméranie occidentale, Toni Kroos fait partie, avec Matthias Sammer (Ballon d’Or 1996) et Michael Ballack, des plus beaux cadeaux footballistiques faits par la RDA à l’Allemagne réunifiée. Il n’a que 16 ans lorsque le Bayern Munich l’attire en Bavière pour un transfert de 2,3 millions d’euros, un record pour un si jeune joueur à l’époque. Il est envoyé au Bayer Leverkusen en prêt dix-huit mois où il joue alors milieu offensif gauche. « Neverkusen » échoue encore à gagner des titres, mais Toni Kroos a fait ses premières gammes en Coupe d’Europe, participe au mondial 2010 avec la Mannschaft et entre en cours de jeu à chaque match jusqu’à la demi-finale, perdue contre l’Espagne.

Bayern Munich, ton univers impitoyable

Finaliste de la Ligue des Champions 2012, vainqueur de celle de 2013, Toni Kroos, de retour au Bayern, a délaissé son couloir gauche pour s’installer en numéro 8, c’est-à-dire en meneur de jeu reculé. Toni Kroos n’est ni très rapide, ni très puissant, mais il pense plus vite que les autres. Il faut éloigner ses chevilles des lignes défensives adverses et le laisser lancer de longs ballons à ses coéquipiers, un peu à la manière d’un quaterback au football américain. Le milieu de terrain était bien parti pour être le maître à jouer du Bayern Munich pour une décennie mais le club allemand n’a pas hérité du surnom de « FC Hollywood » pour rien. Au Bayern, les anciens joueurs deviennent dirigeants. Karl-Heinz Rummenigge, double Ballon d’Or au début des années 80 et président du club, a du mal à admettre que Toni Kroos est un grand joueur. Toni Kroos vient pourtant de remporter la Coupe du monde 2014 et de multiplier les passes décisives dans la demi-finale contre le Brésil lors du massacre (7-1) de Belo Horizonte. Les Brésiliens l’appellent désormais « o garçom » (le serveur) tant il a apporté d’offrandes à ses coéquipiers.

Le Bayern le brade alors (25 millions d’euros alors que sa valeur marchande était estimée à 40). Le Real Madrid en profite pour garnir sa tradition de joueurs germaniques, de Paul Breitner à Mesut Özil, en passant par Günter Netzer. C’est le début du triangle Casemiro-Modric-Kroos : le besogneux milieu de terrain brésilien couvre les arrières des deux meneurs de jeu reculés. Devant, Benzema sacrifie son compteur-but pour faire briller Cristiano Ronaldo. Derrière, Pepe et Sergio Ramos profitent des derniers matches sans VAR pour délivrer des coups de coude stratégiques. Le Real Madrid domine le football de la fin des années 2010, avec un jeu moins pensé que le Barça mais qui évite aussi de tomber dans le ronron du tiki-taka, ce jeu espagnol de passes courtes à la limite de la stérilité.

Gâcher le 14 juillet

Kroos a eu droit à un documentaire sur Arte. On le dit posé, se ressourçant en famille, en forêt, loin des bamboches du monde du football. Son idole de jeunesse était Johan Micoud, le remplaçant de Zidane en équipe de France, qui a fait les grandes heures du Werder Brême. Ce soir, il a l’occasion, avec Luka Modric et Dani Carvajal d’égaler le vieux record de Paco Gento, vainqueur de six coupes des Champions entre 1956 et 1966, déjà avec le Real Madrid. Puis il restera une dernière grande compétition à disputer : le championnat d’Europe des Nations, en juin-juillet, à domicile. Le seul grand titre qui lui manque. La France l’avait privé de finale en 2016, à Marseille, au prix d’un hold-up comme Didier Deschamps en a le secret. Sedan 1870 et Séville 1982 avaient été en partie vengés ! Cette année, la finale aura lieu un 14 juillet. Partir en gâchant, au stade olympique de Berlin, la fête nationale d’un grand pays voisin : voilà un beau programme pour l’été…

Pharmacies en grève et PME: même combat

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Grenoble. DR.

Les officines se sont massivement mises en grève jeudi 30 mai (18 000 sur 20 000). La profession peste contre les pénuries persistantes de médicaments, une rémunération jugée insuffisante sur les nouvelles missions confiées, et la concurrence des grandes surfaces et d’Internet.


Le principe est « simple » : il consiste à charger au maximum les entreprises des missions que l’État n’arrive plus à effectuer, qu’il s’agisse de simples commerces, de pharmacies ou de PME… C’est ainsi que les pharmacies peuvent aujourd’hui vacciner, prescrire des antibiotiques, faire des diagnostics à distance, réconforter. Bref, pallier de plus en plus au déficit de médecins dans les déserts médicaux, le tout gratuitement ou pour des queues de cerises. 

Il n’est pas étonnant que les préparateurs et les employés souhaitent une augmentation de leurs rémunérations puisqu’on leur a imposé l’élargissement de leurs missions, et que les pharmaciens aspirent à plus de reconnaissance et de bénéfices. Le Covid est un parfait exemple : les tests, le temps nécessaire aux prélèvements et à l’analyse et le poids d’une telle activité sur la disponibilité des pharmaciens assistants, a contribué à augmenter les salaires alors que les charges et les loyers, sans parler du prix de l’électricité, explosent, et que les médicaments rapportent de moins en moins ! Comment s’y retrouver ? Cela explique cette exceptionnelle grève des pharmaciens. Avec les difficultés qu’ils affrontent, il est inadmissible à leurs yeux que l’État favorise une concurrence déloyale en autorisant la vente des médicaments en grande surface (Doliprane inclus !). Et cela, alors que dans le même temps des officines ferment un peu partout en France, déstabilisées par la vente en ligne des produits cosmétiques ou de parapharmacie… 

Signalons au passage que lorsque vous demandez de l’aspirine ou du Doliprane au restaurant, on vous le refuse car le restaurateur court un risque : vous pourriez vous retourner contre lui en cas d’intolérance… C’est pareil dans les écoles, où les institutrices ne peuvent administrer un médicament aux enfants, leur responsabilité étant engagée en cas d’incident. Et l’État autoriserait une vente en grande surface ? Sans commentaires…

Alors, pourquoi un tel changement ? Peut-être bien parce qu’acheter ses médicaments chez Carrefour ou Leclerc évitera que la Sécurité sociale ait à les rembourser, ou pour éviter que les « consommateurs »  ne demandent le renouvellement de leur « shopping list » aux médecins. « Shopping list » que les médecins remplissent avec une immense bienveillance : « qu’est-ce que je vous mets ? »

En même temps que cette libéralisation de la vente de médicaments voulue par l’État, les pharmaciens alertent à juste titre sur les pénuries de médicaments, en particulier les antibiotiques. Pourquoi cette pénurie de médicaments ? D’abord parce que nous n’avons pas été capables de maintenir notre industrie en France. Les raisons ? toujours les mêmes : c’est polluant, avoir une usine près de chez soi est dérangeant, et bien sûr, c’est moins cher en Chine… La délocalisation de la production a abouti à une perte de souveraineté et à ces pénuries. Les laboratoires ne sont pas exempts non plus de responsabilités puisqu’ils vendent leurs produits aux plus offrants et en grande quantité. Logique normale pour une entreprise. Et nous portons donc tous une part de responsabilité dans cette histoire, puisque même dans les officines des beaux quartiers, quand on fait payer deux euros au client, il se plaint ! Nous sommes tous habitués à une gratuité malsaine. Gratuité qui d’ailleurs nous pousse à être les plus gros consommateurs au monde de médicaments ! Un véritable virus contre lequel aucun remède n’agit. Il faudrait une vraie radioscopie… qui aboutirait à la réforme de l’État. 

En attendant, soutenons nos pharmaciens. Ils sont ceux qui sont à l’écoute de nos inquiétudes. Remercions-les de nous empêcher de nous automédicamenter en nous avertissant des dangers. Soyons reconnaissants envers ceux qui nous signalent lorsqu’une ordonnance leur paraît problématique… Et surtout, félicitons ceux qui ont écrit jeudi sur leurs vitrines : « pharmacie en grève, mais restée ouverte ». 

Le mouvement ETHIC retrouve dans cette diversité de problèmes exactement le schéma dont sont victimes les PME qu’elle représente : de plus en plus de responsabilités, de plus en plus de missions transversales (hygiène, sécurité, etc.). On étouffe.

À ce vilain tableau s’ajoute l’absolution totale du corps médical, lequel est quand même responsable des 30% d’arrêts de travail prescrits en plus depuis le Covid, ce qui amène aujourd’hui le gouvernement à réfléchir au non-remboursement des arrêts de travail inférieurs à huit jours.

Un pays dont tous les secteurs se mettent en grève les uns après les autres est un pays insatisfait parce que mal géré. Il est plus qu’urgent de laisser les entrepreneurs et leurs salariés décider entre eux, de ce qui est logique et de bon sens, alors et après seulement, le gouvernement prendra des décisions.

La France sens dessus dessous !

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Arthur Chevallier, l’Histoire au cœur

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Arthur Chevallier. D.R

La lecture émotionnelle de notre histoire légitime sa déconstruction et son effacement. En héritier de Voltaire, Arthur Chevallier prône une approche rationnelle, celle-là même qui a permis d’écrire notre « roman national ».


« La suppression de l’histoire rendrait les peuples plus heureux », estimait Paul Valéry. Elle les délesterait en tout cas d’un fardeau aussi lourd qu’enrichissant, et les priverait du plaisir – de la nécessité ? – de le façonner à leur convenance. L’histoire de l’histoire prouve qu’on a affaire à un matériau malléable qui se prête à toutes les interprétations et à toutes les instrumentalisations. Mais ce n’est pas ce que déplore Arthur Chevallier dans son nouvel ouvrage. « De la décapitation de Louis XVI à la victoire du Front populaire, des journées d’août 1792 à celles de mai 1968, en passant par la bataille d’Austerlitz en 1805 et la Commune de Paris en 1871, l’histoire récente de la France donne des exemples de tout pour tout », reconnaît-il, et l’éditeur-historien de démontrer tout ce que notre passion de l’histoire doit au XIXe siècle : la Restauration a dicté à la monarchie, revenue après la Révolution et l’Empire, la nécessité d’asseoir sa légitimité politique en faisant appel aux historiens ; ce que fera à son tour, et à sa manière, la IIIe République.

La culture commune en danger

Chevallier pointe une nouveauté inquiétante : la lecture de l’histoire passée au filtre des émotions, le règne tout-puissant de l’irrationnel qui ouvre grand la porte à la déconstruction, et donc au délitement de ce qui peut nous rester de culture commune, de liant national. De quoi faire passer Michel Foucault, qui estimait que l’histoire est un outil d’oppression, pour un inoffensif rigolo.

A lire aussi : Yann Moix, Voltaire contemporain

L’interprétation émotionnelle – et non plus scientifique ou politique – de l’histoire justifie le déboulonnage des statues, alimente la concurrence victimaire et légitime des « journées mémorielles » hors-sol. La mémoire hissée au rang de « devoir » ne rafraîchit pas le passé dans l’esprit de nos concitoyens et impose encore moins cette rationalité qu’Arthur Chevallier appelle de ses vœux. « C’est parce qu’elle s’expose au chaos émotionnel que l’humanité a préféré domestiquer la mémoire en créant l’histoire, en imaginant des protocoles de recherche, des règles de pensée, des lieux d’enseignement comptant comme autant de passeports préparatoires à l’exploration d’une contrée dangereuse. » Mais il se navre qu’« en ce début de XXIe siècle, la politique des émotions recouvre toutes les formes d’expression. Les œuvres sont appréciées en fonction de l’idéologie à laquelle elles se rapportent. La lutte se résume à détruire ce que l’autre camp a construit, quitte à oublier l’autre affrontement essentiel, celui entre l’intelligence et la bêtise ». Cette bêtise qui se nourrit d’ignorance.


Une passion française

Il est loin le temps où, pour se moquer des Français passionnés par les anniversaires historiques, Mark Twain pouvait ainsi singer un discours politique : « Si l’homme du 2 décembre n’avait pas existé, le 27 février fatal n’aurait pas eu lieu, le 30 janvier n’aurait pas fait couler tant de larmes amères, le 18 septembre aurait été épargné à la France. Mais nous devons nous consoler de ce triste spectacle en songeant que, si le 2 décembre n’avait pas eu lieu, il n’y aurait pas eu non plus de 13 mars. »

Arthur Chevallier, L’Histoire à l’épreuve des émotions, Le Cerf, 2024.

L'histoire à l'épreuve de nos émotions

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Comment la haine envers les juifs s’est mondialisée

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Robert Faurisson à Téhéran, conférence sur l'Holocauste, 12 décembre 2006 © VAHID SALEMI/AP/SIPA

L’antisémitisme n’a pas attendu le 7 octobre pour trouver des relais d’influence au sommet de certains États et de nombreuses ONG.


Moscou, décembre 1952. Devant ses pairs du Politburo, Joseph Staline lance: « Tout sioniste est l’agent du service de renseignement américain. Or parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes. » Dans les mois qui suivent, des dizaines de praticiens juifs sont arrêtés en URSS au prétexte d’une participation au prétendu « complot des blouses blanches ». Plusieurs d’entre eux finiront exécutés.

New York, novembre 1975. L’Assemblée générale des Nations Unies prend la résolution 3379, affirmant que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». Parmi les pays ayant voté en faveur du texte, on retrouve des membres de l’Organisation de l’unité africaine ainsi que de la Conférence des pays non-alignés. La résolution sera révoquée en décembre 1991.

Durban, septembre 2001. En marge d’une conférence internationale organisée par l’UNESCO dans la seconde ville d’Afrique du Sud, un forum réunissant 6 000 ONG du monde entier adopte une déclaration accusant Israël d’« apartheid » et « d’actes de génocide ». Sur place, des participants juifs sont insultés et physiquement menacés. Le texte sera toutefois vite dénoncé par plusieurs autres ONG, dont Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale des droits de l’homme.

Acevedo (Venezuela), décembre 2005. En visite dans l’État de Miranda au nord du pays, le président Chavez prononce un long discours et déclare notamment : « Une minorité, les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d’ici et le crucifièrent aussi à leur manière à Santa Marta en Colombie, s’est appropriée les richesses du monde. »

Istanbul, janvier 2015. Melih Gokcek, le maire de la ville, membre éminent du parti d’Erdogan, commente dans le journal turc anglophone Today’s Zaman les attentats qui viennent d’être commis en France par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Pour lui, il est « certain qu’Israël est derrière ce genre d’incidents. Le Mossad favorise l’islamophobie en provoquant de tels incidents ».

Israël présenté comme le dernier bastion colonial de l’Occident

Arrêtons là la liste. On le voit, la parole antisémite n’est pas l’apanage des feuilles chou complotistes, des prédicateurs intégristes, des injures de rue. Depuis des décennies, elle s’exprime tout autant à ciel ouvert, dans les plus hautes sphères de la planète. Aux yeux de bon nombre de dirigeants, Israël est le dernier bastion colonial de l’Occident à s’être maintenu en Orient. Et si le Juif était autrefois défini dans la rhétorique antisémite européenne comme un « allogène basané » et sans patrie, il est désormais, vu par les chantres du nouvel antisémitisme mondial comme le parangon de l’Utra-européen, blanc et arrogant.

À lire aussi, Richard Prasquier: Après le bombardement à Rafah, la diabolisation d’Israël redouble

Mais dans ce registre de la haine, c’est l’Iran qui bat tous les records. Ne serait-ce que parce que les mollahs au pouvoir y ont inventé dès 1979 la « Journée mondiale d’Al Quds » (nom arabe de Jérusalem). À l’instigation de l’Ayatollah Khomeini, chaque dernier vendredi de Ramadan donne lieu dans le pays à des rassemblements contre la présence des Israéliens à Jérusalem-Est. Un peu comme si le pape, à la même époque, avait dédié l’un des vendredis du Carême à la cause des catholiques d’Irlande du Nord.

Ces manifestations sont l’occasion de revisiter des slogans comme : « Mort à Israël, mort à l’Amérique ». Au fil des ans, elles ont trouvé un grand écho dans le reste du monde musulman. En France, la tentative d’importation a été à peu près contenue. Au Royaume-Uni en revanche, la journée mobilise parfois jusqu’à 3 000 participants. Les drapeaux du Hezbollah sont brandis, ceux d’Israël sont brûlés.

En 2006, l’Iran fait encore plus fort. En réaction à la publication de caricatures de Mahomet par le journal danois Jyllands-Posten, le journal iranien Hamshahri, téléguidé par le régime, réplique en proposant un concours de caricatures sur la Shoah. Alors que le président Mahmoud Ahmadinejad venait de promettre la destruction d’Israël et de remettre en cause l’ampleur des crimes hitlériens, le journal veut illustrer avec son concours « l’hypocrisie des occidentaux ». Une constante dans la majorité des dessins publiés : ils mettent un signe égal entre les camps de la mort et le sort des Palestiniens.

De l’antisémitisme dans les pays musulmans ? Pas possible !

Le succès est tel que la même année, une grande conférence anti-sionniste est organisée à Téhéran par les autorités. On y retrouve l’Américain David Duke, ancien du Ku Klux Klan, et bien sûr le négationniste français Robert Faurisson. Au cours de la conférence, l’Allemagne nazie et l’Etat hébreu y sont renvoyés dos à dos, tandis que l’antisémitisme, phénomène défini comme strictement européen, y est présenté comme étranger au monde musulman.

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Cette conférence constitue une étape majeure dans la consolidation de l’antisémitisme mondial, qui plait aussi bien en terre d’islam que dans les quartiers islamisés d’Europe. Une partie de l’extrême droite occidentale n’y est pas insensible non plus. Aux Européennes de 2009, la liste antisioniste de Dieudonné M’bala M’bala recycle tout sur son passage, de SUD au GUD : on y trouve d’anciens membres des Verts, de la Ligue communiste révolutionnaire et du Front national. Le financement provient de l’Iran.

Certes cet étonnant attelage idéologique n’aura pas dans les années suivantes d’autres concrétisations électorales majeures. Il n’en demeure pas moins le point de départ de l’association Egalité et Réconciliation, menée par Alain Soral, autour de laquelle gravite toute la dieudosphère, et qui donnera dans la société française un nouveau souffle à l’antisémitisme.

C’est ainsi que la haine envers les Juifs, qui faisait encore horreur à la plupart des forces de gauche, s’est diffusée peu à peu dans les esprits au point d’être devenue l’un des principaux carburants du couple islamo-gauchiste. Évoquant les incidents survenus à l’Assemblée nationale cette semaine, le philosophe Bernard Henri-Lévy observe, sur BFMTV : « Quand David Guiraud traite Meyer Habib de porc, il parle comme Dieudonné et comme Alain Soral ».

En 2017, le sort des Rohingya, musulmans persécutés par la Birmanie, n’a intéressé l’opinion que durant quelques semaines. Et depuis lors, à l’ONU, les Etats musulmans se rangent toujours derrière la Chine pour bloquer les condamnations relatives au martyre des Ouïghours. Rien à faire : pour s’attirer la réprobation, Israël aura toujours un temps d’avance, une capacité supérieure à susciter l’animosité et la mauvaise foi.

Dansons sous la pluie woke

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Daisy Oxenstierna / Instagram

Début mai, une vidéo postée par une jeune femme agite la toile. On l’y voit danser, sa peau est blanche ; elle pratique le Legong, une danse balinaise. Il n’en fallait pas plus pour que les imbéciles hurlent « à l’appropriation culturelle » et relaient la séquence sur X. L’imbécile virtuel diffuse et commente la publication, relayé par d’autres imbéciles… Voici la meute formée ; elle grossit et fond sur sa proie. On sonne l’hallali, c’est bientôt la curée: on fustige, on jette des anathèmes…


L’époque coloniale est révolue mais, d’après les Wokes, les Blancs continuent à exploiter les peuples minorisés. À les en croire, il s’agit, sous couvert de les honorer, de s’approprier les cultures desdits peuples afin d’en tirer des bénéfices économiques et symboliques. Éric Fassin, sociologue français de son état, définit ainsi le concept de « l’appropriation culturelle » : «L’appropriation culturelle, c’est lorsqu’un emprunt entre cultures s’inscrit dans un domaine de domination. » Le wokisme engage à dénoncer cette « appropriation culturelle » pour aider à la prise de conscience des injustices normalisées ou institutionnalisées, qui, bien sûr, sont partout. Aussi chacun, sur les réseaux sociaux, défend les particularités qu’il estime iniquement dérobées aux minorités ; les insultes fusent, la brutalité verbale règne.

Le wokisme est une bêtise sectaire

La dernière victime en date de cette folie collective qui s’est emparée de la toile est une Suédo-Indonésienne, Daisy Oxenstierna. Elle vit à Bali, en connaît la langue, les coutumes et pratique, comme c’est la coutume pour toutes les jeunes filles, la traditionnelle danse du Legong qu’on exécutait jadis dans la cour des palais royaux.

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Début mai, désireuse de partager son amour pour Bali et cette danse, la malheureuse s’avise de poster sur les réseaux sociaux une vidéo où on la voit danser. Le Legong requiert des gestes précis. Les mouvements des mains, des yeux, des doigts et des pieds doivent concorder. La vidéo devient vite virale, relayée par les sectateurs du wokisme. La malheureuse, blanche (on s’en doute), est vilipendée, accusée de se moquer ostensiblement de cette danse balinaise. On fustige sa gestuelle qu’on qualifie de caricaturale et on voit des grimaces, où, sur le visage de la jeune fille ne s’inscrivent que les mimiques qu’exige le Legong. Bêtise et méchanceté ignares et sectaires. On s’insurge, on l’accuse d’être caricaturale et de grimacer pour se moquer et déprécier les traditions balinaises ; on assène : « Les Blancs s’approprient la culture des autres parce qu’ils n’en ont aucune ». Pour mettre fin au lynchage, la malheureuse devra supprimer sa publication et les commentaires qui l’accompagnent.

Une justicière qui surgit hors de la nuit

Ne désespérons pourtant pas et saluons l’inflenceuse afro-américaine Amala Ekpunobi. Cette ancienne militante d’extrême gauche, lassée par l’intolérance des Wokes, s’est tournée vers les valeurs conservatrices pour devenir ambassadrice de Prager University, un groupe de défense conservateur américain, relais de l’idéologie libertarienne de droite qui crée du contenu en ligne sur des sujets politiques, économiques et sociologiques conservateurs. Mme Ekpunobi, très suivie par la jeunesse a, dans une courte vidéo (voir ci-dessus), su remettre en place les contempteurs de Daisy et souligné la stupidité des procès en appropriation culturelle non fondés. Elle a ainsi confondu les nicodèmes prompts à condamner sans savoir. Voilà les arroseurs arrosés. La danseuse est suédoise, certes, mais aussi indonésienne, donc de sang mêlé. Elle vit à Bali, en connaît la langue, les us et surtout pratique le Legong, jadis dansé dans la cour des palais indonésiens, depuis son enfance, comme c’est la tradition… Pour « l’appropriation culturelle », on repassera !

« La radio n’a pas rendu les hommes plus sots. Mais la bêtise plus sonore » disait Jean Rostand. Grâce aux réseaux sociaux, elle se répand désormais à la vitesse de l’éclair. Puisse Mme Expunobi inciter les minorités à dénoncer, elles aussi, le racisme anti-blancs.

La Révolution racialiste: et autres virus idéologiques

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Vénéneuse Rima Hassan, nouvelle étoile filante de la galaxie Mélenchon

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© JEANNE ACCORSINI/SIPA

La militante appellait ses troupes hier à boycotter TF1, télévision qui a osé tendre le micro à Benyamin Netanyahou. Plutôt que de faire tant de bruit, elle n’a qu’à zapper sur Al Jazeera.


« La chienlit c’est moi ! » pourrait rageusement revendiquer Mélenchon un jour. Il serait alors enfin éminemment crédible. Et loin de ses errements délictuels bien connus : souvenez-vous, quand il se drapait dans la toge de la République, face à des policiers impassibles dans une affaire qui a marqué les esprits.

On sait que le nouveau Petit Père des Peuples s’est entiché de la cause palestinienne. Son mimétisme forcené en la matière pour engranger des voix est remarquable. Le but : séduire les quartiers à dominante musulmane, mis en effervescence par un odieux trucage de faits pourtant incontournables. Israël est l’agressé et non l’agresseur !

Les souffrances de Palestiniens cyniquement mises à profit

LFI se sert avec une gourmandise même pas dissimulée – les récentes danses endiablées techno-alcoolisées du côté du Canal Saint Martin sont révélatrices – des dramatiques effets d’une guerre lancée en réponse par cette démocratie odieusement vilipendée. Oui les Palestiniens souffrent, mais cette souffrance est soigneusement planifiée et entretenue par le Hamas, groupe terroriste sanguinaire qui estime sans le dire que la fin – la faim – justifie les moyens. Se servir de ces mêmes images pour tenter de convaincre l’électeur français musulman dans cette dernière ligne droite avant les Européennes, c’est aussi mettre à profit ces boucliers humains, cyniquement et monstrueusement répartis dans les territoires palestiniens.

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Mélenchon fouille méticuleusement et consciencieusement dans les poubelles de la gauche extrême pour y trouver de nouvelles trouvailles, des pépites en toc mais mortifères, pour coller au mieux avec son actualité révolutionnaire et qu’elle puisse prospérer, surtout quand les sondages sont en berne. Il a ainsi sorti de son sac à malices maléfiques Rima Hassan, jeune femme de 35 ans, au regard aussi sombre que l’avenir qu’elle nous promet. Née en Syrie, arrivée en France à neuf ans, par la grâce du regroupement familial, elle s’est fondue à merveille – du moins pouvait-on le croire – dans le moule de l’assimilation. La France, bonne fille, lui avait en effet offert de belles études de juriste, sanctionnées par un diplôme ad hoc. Employée dans des organismes relevant du Ministère de l’intérieur, elle a su habilement se frotter aux arcanes de l’immigration, voulue ou non. Le cheval de Troie ?

Les illusionnistes de la gauche radicale

Jean-Luc Mélenchon, grand prestidigitateur islamo-rouge, en la propulsant d’emblée à la 7ème place de la liste aux européennes de LFI (les mauvaises langues disent carrément La France Islamiste), veut lui donner un début de stature, en remplaçant au passage d’autres prétendants qui s’interrogent sur le cheminement inquiétant du Che. Qui, de fait, sont promis à la disgrâce.

Bonne fille, Rima Hassan fait fort après cet adoubement : manifestations haineuses au fil de manipulations du même tonneau sur les réseaux, négation d’Israël et autres joyeusetés anti-juives du même acabit. Une entrée tonitruante !

Cerise – avariée – sur le gâteau, cette dame très avenante souhaite même mettre l’information au pas. Ce 30 mai, en rameutant plusieurs milliers de personnes, elle s’en est pris sans succès à un journaliste de LCI, filiale de TF1, qui avait l’outrecuidance d’interviewer le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, en le sommant d’y renoncer. En plaçant une fois encore une cible dans le dos d’un confrère ! Ce qui en dit long sur les intentions de cette nouvelle figure de LFI, issue de la vénéneuse pépinière entretenue par un jardinier en chef qui jubile. Par le truchement de cette jeune femme, c’est la morgue baveuse de Mélenchon qui parle. Et c’est à une autre morgue – si on n’y prend garde – que ceux-là destinent la liberté de penser…