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Faites vos Jeux, rien ne va plus

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À quelques heures de la cérémonie d’ouverture magique des JO, les derniers Français récalcitrants sont priés de se taire.


Joophiles, passez votre chemin. Je m’adresse ici aux grognons, aux coincés du festivisme, aux réfractaires à l’enthousiasme programmé, aux immunisés contre la religion du sport, aux rebelles aux effusions collectives, aux vaccinés contre le patriotisme des stades – ultime lieu où chérir son drapeau n’est pas nauséabond. Je veux parler aux flâneurs, promeneurs, marcheurs – à tous mes frères piétons de Paris réduits depuis des jours à se déplacer comme des rats de laboratoire dans un labyrinthe de grillage. 

Revenue dans ma ville, ou ce qui en restait, dimanche 21 juillet, j’ai cru qu’un coup d’État avait eu lieu la nuit précédente. Dûment munie de mon ausweis, j’ai traversé une ville déserte, hérissée de barrières et quadrillée de check-points. Il y avait un petit air de Santiago-Pinochet, mais en version Walt Disney, avec des gradins en plastique coloré, et des policiers et des gendarmes gentils – « bienveillants », a sermonné Gérald Darmanin. Et ils le sont. Même s’ils n’ont droit qu’à dix jours de vacances, et quand on en enlève un pour rallier la famille à Mirande dans le Gers et un autre pour rejoindre son affectation, ça ne fait pas lourd après une année de maintien de l’ordre. Ils sont rassurants. Dans le décor lunaire de Paris 2024, ces hommes et femmes en uniforme sont comme une survivance de l’ancienne réalité, absorbée par la fête. Muray parle quelque part de colonie distractionnaire. Nous y sommes.  

Nombre de mes amis parisiens qui vibrent pour ces JO dans leur maison du Luberon sont furieux contre moi. Qu’est-ce que ça peut te faire, c’est seulement pour quelques jours. D’abord, c’est faux. Voilà des mois que ce cirque olympique pourrit la vie de millions de franciliens, les empêchant de travailler correctement et de se déplacer normalement. Ensuite, pour exiger des citoyens le sacrifice de leurs libertés essentielles, de dizaines d’heures de leur vie – et pour certains de leurs revenus -, il faudrait leur prouver que cela servira l’intérêt général. Il paraît que le rayonnement de la France est en jeu. C’est sûr, quand ce calvaire sera enfin fini, le rapport de forces géopolitiques sera bouleversé, les Chinois nous mangeront dans la main, et les Australiens achèteront nos sous-marins. En attendant, Jean-Baptiste Roques m’apprend que, pendant que nous faisons joujou, le monde continue à tourner : « Pendant que Macron préside des dîners de gala avec Mme Biden et le président de Coca-Cola, c’est-à-dire joue en deuxième division diplomatique, l’Allemagne et le Royaume-Uni préparent un nouvel accord post-Brexit Londres-Bruxelles. Et qui n’est pas sur la photo ? Nous ! » Quand d’autres brillent par leur technologie, leur puissance militaire, leur inventivité scientifique, la France, autrefois mère des arts, des armes et des lois, n’a plus à offrir au monde que sa capacité à organiser de gigantesques jeux du cirque et les ripailles de luxe qui vont avec. Qu’attendre d’autre d’un pays qui s’enorgueillit d’être la première destination touristique mondiale. La sortie de l’Histoire, c’est où ? 

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Bien entendu, personne n’est capable de démontrer que les bénéfices pour la collectivité vaudront les tourments infligés à des millions de citoyens. C’est le fait du prince en l’occurrence des princes car Emmanuel Macron et Anne Hidalgo, habituellement en bisbilles, font cause commune. C’est bon pour le peuple puisque nous l’avons décidé. En prime, je ne voudrais pas être mesquine, mais vu que les recettes annoncées fondent comme neige au soleil, nous serons priés de financer d’une façon ou d’une autre les extravagances olympiques – comme les indemnisations de commerçants. En bon français ça s’appelle un impôt. Pas de taxation sans représentation, ça ne veut pas dire que l’impôt doit être décidé par des représentants du peuple ? Et je ne vous parle pas du ticket de métro à quatre euros pour les nigauds qui ont dû rester à Paris pour travailler et/ou ne possèdent pas de résidence secondaire. 

D’ici quelques heures, toute voix dissidente sera étouffée par une immense clameur d’approbation. Après la cérémonie de ce soir, tout sera pardonné, à commencer par la mise à l’arrêt de la capitale de la France et la suspension de nos libertés fondamentales, comme celle d’aller et venir, d’ouvrir son magasin quand on est commerçant ou de prendre un train. On fera assaut de féérie, de magie et de superlatifs en tout genre. D’ailleurs, n’en doutons pas ce sera certainement joli, coloré, festif, ludique, chatoyant. Et édifiant à souhait. La présence parmi les auteurs de Patrick Boucheron, l’homme qui aime l’histoire de France quand elle n’est pas trop française – et qui, pour cela, occupe un poste éminent au Collège de France -, nous promet un salmigondis multi-culti – il sera question, semble-t-il, de « métissage planétaire ». Emportés par un unanimisme effrayant, des hésitants se rallieront à la liesse « populaire » et les derniers Gaulois réfractaires seront dénoncés comme ennemis du peuple. Les mauvais coucheurs sont des mauvais Français. 

Le pire, en effet, ce ne sont pas les saccages en eux-mêmes, c’est la propagande soviétique qui recouvre ces Olympiades de mensonge. La laideur, c’est la beauté, le flicage c’est la liberté, des places à 500 balles, c’est une fête populaire : nos grands leaders remettent Orwell au goût du jour. Comme me le souffle mon cher Stéphane Germain, nos glorieux dirigeants nous offrent la semaine de la joie olympique, il n’est pas question de se dérober. En février, lors de l’inauguration de l’Arena-porte de la Chapelle, on a vu l’improbable Hidalgo manœuvrer un fauteuil roulant pour promouvoir les Paralympiques. À l’appui de ce spectacle douteux, elle nous exhortait à la joie. « On va vibrer ensemble. Paris va être magnifique! Ne partez pas cet été, ce serait une connerie. » Aujourd’hui, elle les supplie de ne pas bouger de chez eux. Et de dire merci. Vous devriez être reconnaissants d’être séquestrés chez vous, vous pourrez vous gaver de cacahuètes en regardant sur votre télé pourrie le spectacle qui se déroule sous haute surveillance à quelques dizaines de mètres de vous. « Paris redevient une fête », titrait il y a peu Courrier International et ce n’était pas de l’humour. Le Parisien est en mode Pravda. France Inter nous inflige chaque matin de pénibles et prévisibles entretiens avec des athlètes – alors, vous êtes heureux, ces JO c’est un rêve, non ? – Oh oui un rêve que je vais enfin réaliser et quelles installations merveilleuses ! Pendant que les insoumis désignent les athlètes israéliens à la vindicte, et que la gauche promet de contester dans la rue sa défaite dans les urnes (et oui, 30 % c’est une défaite), le Parti des Médias nous parle de fraternité olympique. 

Alors oui, tout en admirant les voluptueuses montagnes où j’ai trouvé refuge, j’en profite tant qu’on peut encore râler. Je ne pardonnerai pas ce saccage. Ne pas en être est un droit de l’homme.

Numéro 50 de « Causeur » octobre 2017
Après des actes de vandalisme perturbant fortement le trafic SNCF des TGV, le Premier ministre Gabriel Attal se rend à une cellule de crise
Il va sans dire que je désapprouve totalement les malfaisants qui ont ajouté le chaos ferroviaire à la pagaille olympique. Ces artisans du terrorisme ont déjà réussi à enfermer dans la capitale des milliers d’estivants qui avaient prévu de fuir ce week-end. Ils ne gâchent pas seulement la fête mais plus encore mon plaisir de la gâcher, les mots étant des armes plus distinguées que le feu, très néanderthalien quand on y pense. Cette attaque low cost est un révélateur de notre vulnérabilité. Nous sommes outillés (enfin j’espère) pour déjouer des attaques sophistiquées et hautement technologiques. Des incendies, c’est imparable. Il faut croire que notre maîtrise des mondes virtuels ne nous a pas encore libérés de la bête matérialité du monde concret • EL

Elon Musk: Mais pourquoi est-il si méchant?

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Dans une interview accordée il y a quelques jours à l’intellectuel canadien Jordan Peterson, le patron de Tesla raconte comment le changement de sexe de l’un de ses enfants a, il y a quelques années, profondément ébranlé ses convictions progressistes.


Alors qu’il fut longtemps un fervent soutien du Parti démocrate, Elon Musk affiche depuis un peu plus de deux ans des idées politiques de plus en plus marquées à droite. Une position pour le moins détonante dans le secteur des high-tech américain, où la plupart des dirigeants ont voté pour Joe Biden en 2020.

« J’apporte mon soutien total au président Trump et espère son prompt rétablissement », a-t-il ainsi écrit sur X (le réseau social dont il est lui-même propriétaire) quelques heures après la tentative d’assassinat qui a visé, le 13 juillet dernier à Meridian (Pennsylvanie), l’ancien président des États-Unis. Avant toutefois de publier un démenti quant aux rumeurs sur sa participation financière à la prochaine campagne de celui-ci – le Wall Street Journal avait évoqué le chiffre de 45 millions de dollars par mois.

Autre preuve du combat que Musk entend livrer aux idées progressistes : l’interview qu’il a accordée en début de semaine à la star de la pensée conservatrice outre-Atlantique, Jordan Peterson. Une émission de près de deux heures et quart et déjà visionnée sur le Web plus de 67 millions de fois, où l’on en apprend un peu plus sur les raisons de ce virage idéologique.

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Le milliardaire y fait en effet quelques confidences sur la transition de genre que l’un de ses enfants, aujourd’hui âgé de 20 ans, a réalisé alors qu’il était encore mineur et pour lequel les médecins ont administré des inhibiteurs de puberté après autorisation parentale. « J’ai été amené à signer des documents, confie Musk. J’ai été trompé en faisant ça (…) Il y avait beaucoup de confusion et on m’a dit qu’il pourrait se suicider. »

D’après le quotidien USA Today, l’enfant en question s’appelle à présent Vivian Jenna Wilson, et a obtenu un changement de sexe et de nom à l’âge de 18 ans. « Je ne vis plus ni ne souhaite avoir de lien avec mon père biologique de quelque manière que ce soit », est-il écrit dans sa demande aux services de l’État civil de Santa Monica (Californie), datée du 22 juin 2022. « En gros, j’ai perdu mon fils, se désole à présent Musk. J’ai juré de détruire le virus woke après cela. Et nous faisons des progrès. »

On comprend mieux à présent pourquoi le milliardaire s’est insurgé le 17 juin dernier contre une loi californienne visant à interdire aux écoles de notifier aux parents l’orientation sexuelle de leurs enfants sans le consentement de ceux-ci. En réaction, Musk a annoncé qu’il déplacerait prochainement le siège de deux de ses entreprises actuellement basées en Californie, X et Space X, vers le Texas, État républicain où il a déjà établi le quartier général de sa société automobile Tesla.

Pascal Danel et le mal de mère

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Le chanteur, qui vient de disparaitre à l’âge de 80 ans, racontait son parcours singulier dans un livre


Pascal Danel s’est éteint dans la nuit du 25 juillet, à l’âge de 80 ans, victime d’un malaise cardiaque après une opération. La chanson française perd l’emblématique interprète des Neiges du Kilimandjaro et de La Plage aux romantiques. Il continuait à se produire lors de rares festivals en province, voici encore quelques mois, recueillant l’estime d’un public composé de plusieurs générations qu’il avait traversées avec générosité et simplicité. Son amour de la scène et du disque (il travaillait avec ses musiciens sur de nouvelles chansons) étaient aussi intacts que sa voix.

Une enfance difficile

Pascal Danel était né le 31 mars 1944, dans Paris occupé et bombardé. Sa mère l’abandonna à la naissance, et il resta hanté toute sa vie par cette fuite restée sans explication. On lui mentit, enfant, en affirmant qu’elle était très tôt décédée. Après les premiers succès de Pascal Danel, tous deux furent présentés l’un à l’autre dans le cadre d’une rencontre organisée par la presse. L’enfant découvrit, à l’âge de 22 ans, une mère restée jusqu’alors inconnue, qu’il revit peu. Il intitula son dernier ouvrage J’ai le mal de mère…

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Pascal Danel fut recueilli par ses grands-parents Jean-Marie et Alicia Buttafoco. Après avoir intégré un mouvement de résistance en Corse, Jean-Marie Buttafoco fut désigné pour fédérer les actions dans la capitale des Corses contre l’occupant nazi. L’arrestation puis la déportation sans retour de ses grands-parents, quelques jours après la naissance de Pascal Danel, signa un deuxième abandon. Il dut la vie sauve à la vivacité d’esprit d’une voisine de palier, qui le fit passer pour son propre enfant auprès des agents de la Gestapo. 

Commença alors une vie d’enfant placé, entre plusieurs familles et centres d’accueil, où Pascal Danel grandit en développant un sens progressif de l’adaptation. Il finit par être intégré au hameau-école d’Annelles, comme avant lui Michel Piccoli, Jean-Claude Pascal et Michel Auclair. Comme eux, il y découvrit sa vocation artistique, encouragé par son responsable, le docteur Préau, et son épouse. Pascal accola le nom du hameau-école d’Annelles à son prénom, pour créer son identité scénique. 

Premiers succès au milieu des années 60

Il intégra ensuite l’école de la rue Blanche, réussissant l’examen d’entrée muni d’une dispense de majorité signée par le docteur Préau. Il se produisit également à l’adolescence dans un cirque, présentant un numéro de funambule à moto dangereux. La rencontre avec Michel Delancray, que Pascal Danel suscita en dormant une nuit dans l’escalier de l’immeuble de l’auteur-compositeur, fut décisive. Le compagnonnage avec Lucien Morisse, patron du label Disc AZ et puissant responsable de la programmation musicale, lui permit d’accéder au succès. 

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Possédant un public fidèle aux strates variées, Pascal Danel a accompagné, avec ses chansons célèbres ou moins connues, nombre de familles francophones qui possédaient ses disques portant une œuvre personnelle. L’ami Jacob, Mamina, Les Trois dernières minutes constituent notamment des perles jouissant d’une moindre notoriété, mais d’une profonde sensibilité, comme Ton âme (Prix de la Rose d’Or). 

Politiquement proche de Mitterrand et de FO

En 1974, la rencontre à Château-Chinon entre Pascal Danel et François Mitterrand signa une amitié quasi-filiale et indéfectible. Margit et Pascal Danel, parents de l’artiste Jean-Pierre Danel, possédaient leur chambre à Latche (40), dans la maison de l’ancien président de la République. À partir des années 1980, l’artiste produisit des émissions de télévision (Cadence 3, puis Macadam) et organisa la programmation de la fête annuelle de Force Ouvrière pendant plusieurs années. 

Homme aux diverses complicités amicales et artistiques – on ne compte pas le nombre de ses proches dans le show-biz – Pascal Danel possédait avant tout une passion pour le public, qu’il souhaitait impatiemment retrouver après une période d’affaiblissement physique. Les dernières lignes qu’il a écrites sont pour lui : « Une bonne chanson, c’est celle que les personnes dans la salle auraient pu écrire. Parce que cette mélodie et ce texte, qui les fait vibrer, leur appartiennent. »

J'ai le mal de mère : Pascal Danel se livre

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Marc Benveniste est co auteur de J’ai le mal de mère

Mélomanie insulaire

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À distance prophylactique des JO parisiens et de l’infernal « Hidalgo Land », tout n’est pas perdu des vieilles traditions, en France. Par chance, certaines d’entre elles perdurent jusque sur l’île de Ré. 


Si l’île de Ré n’est pas protégée des foules estivales surnuméraires qui en franchissent le pont chaque jour depuis La Rochelle, l’oasis charentaise demeure encore un territoire au patrimoine architectural et paysager ardemment préservé des outrages du modernisme, du mitage de la campagne, de l’invasion publicitaire, etc. Ce n’est plus si courant, de nos jours.  

Mozart en plein air et feu d’artifice lundi

Le patrimoine musical y est également à l’honneur, et ce depuis 37 ans qu’existe Musique en Ré, modeste mais exigeant festival de musique classique, implanté non seulement dans l’adorable capitale insulaire de St-Martin-de-Ré, mais dans plusieurs des splendides villages de « Ré-la-Blanche » – Ars, Loix, les Portes… Ouverte le 25 juillet, l’édition 2024 de Musique en Ré se poursuit jusqu’au 8 août. Avec pas moins de 16 concerts programmés, dont sept en plein air, gratuits ceux-ci.

C’est ainsi que St-Martin-de-Ré accueillera, place de la République, en plein air, ce 29 juillet, une soirée opéra avec Don Giovanni de Mozart, concert appelé à se clôturer par un feu d’artifice. Ars-en-Ré s’est réservé l’incontournable concert « Jeune Public », avec Le Petit Prince d’Antoine de St-Exupéry mis en musique par Marc-Olivier Dupin, avec l’Orchestre symphonique de Musique en Ré, dirigé par Florent Pujuila, et la projection concomitante de dessins originaux de Joann Sfar.

Du beau monde

On sait que la famille Casadesus honore l’île de Ré de ses multiples talents depuis maintes générations. Cette année, le maestro Jean-Claude Casadesus sera au pupitre de l’orchestre symphonique du festival dans Schéhérazade de Rimski-Korsakov. Très attendus également, Pierre Dumoussaud, lauréat des Victoires de la musique classique 2022, pour diriger Don Giovanni ; le chef Aurélien Azan Ziélinski (actuellement directeur de l’Orchestre National de la Radio-Télévision albanaise) associé au violoncelliste Xavier Philipps, Trevor Pinnock, légende internationale de la musique baroque ; Sarah Nemtanu, Nicolas Bône, Alexis Cardenas, Théo Fouchenneret, Alexandre Gattet, Marc Trénel, Thibault Noally, Vincent Beer-Demand.… 

Pas de seconds couteaux sur l’île de Ré : rien que du beau monde pour charmer les oreilles attentives.    

Musique en Ré, jusqu’au 8 aout 2024. Informations et programme détaillé sur www.musique-en-re.com

Il y a 30 ans, l’attentat de l’Amia à Buenos Aires

Le 18 juillet 1994, une voiture piégée vise un bâtiment abritant plusieurs associations juives, dont l’Association mutuelle israélite argentine. Depuis, l’Iran est toujours parvenu à échapper aux poursuites, et continue à tisser sa toile et à développer son influence en Amérique du Sud.


Buenos Aires, 18 juillet 2024. Comme chaque année une sirène hurle dans la ville à 9h53 rappelant l’acte terroriste le plus grave de l’histoire du pays. Le 18 juillet 1994, un camion piégé avait provoqué 85 morts et 300 blessés. L’attentat visait le bâtiment de l’Amia, une organisation analogue au FSJU en France. C’était aussi, depuis la Shoah, le plus grand massacre de Juifs avant celui du 7 octobre 2023. 

Il est survenu quelques mois après la signature des accords d’Oslo, une période où la paix au Moyen-Orient semblait proche. Une preuve de plus que les terroristes n’agissent pas par désespoir mais avec un projet politique.

Cette année, la cérémonie a une autre ampleur que d’habitude. C’est le 30e anniversaire, le président Javier Milei est au premier rang entouré de son gouvernement et des présidents d’Uruguay et du Paraguay. On sait que la vérité sur l’attentat lui importe, des attentats, faudrait-il dire, car celui qui avait frappé l’Ambassade d’Israël, en 1992, entrainant 29 morts, n’a jamais été résolu non plus. 

Une affaire qui embarrasse la justice et le pouvoir argentins depuis des décennies

Il n’a pas manqué de malins, à l’époque, pour prétendre que c’étaient des Juifs qui, à l’instigation d’Israël et des États-Unis, avaient commis ces crimes pour pouvoir en accuser les musulmans, mais depuis trente ans tous les regards étaient tournés vers un seul commanditaire, l’Iran avec le Hezbollah comme opérateur. En avril 2024, pour la première fois, la Cour de cassation argentine a accusé l’Iran d’avoir perpétré un crime contre l’humanité ; en mai, il y a trois mois, la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme a accusé la justice argentine d’avoir entravé la découverte de la vérité. Le président de l’Amia n’a pas mâché ses mots :  « Trente ans que l’État argentin détourne le regard, accumulant retards et erreurs ».

Ces trente ans de faux-fuyants méritent d’être rappelés, tant ils dévoilent un système politique démocratique mais dévoyé. Entre 1989 et  1999, donc à l’époque de l’attentat, le président était Carlos Menem, un péroniste de droite, ultra-libéral, bon vivant, proche des États-Unis, cherchant à apaiser les conflits plutôt que de les aiguiser, de façon à mieux mener des affaires personnelles pour lesquelles il a été à plusieurs reprises accusé et parfois condamné pour corruption, tout en restant protégé par son immunité parlementaire de sénateur. Musulman d’origine libanaise, converti au christianisme pour faciliter sa carrière politique, il fut le premier président argentin à visiter Israël. Ayant rompu un contrat nucléaire avec l’Iran, il a prétendu que le Hezbollah avait assassiné l’un de ses fils. D’un autre côté, parmi ses amis proches, il y avait un homme d’affaires syrien qui aurait acheté le camion piégé et qui était en lien avec des employés particulièrement suspects de l’Ambassade iranienne. Une machination s’organisa pour ne pas poursuivre cette piste. Elle impliquait le premier juge chargé de l’enquête et les services secrets argentins. Des années plus tard, des fonctionnaires furent condamnés pour obstruction à la justice. Menem, lui, fut relaxé. Il est difficile néanmoins d’imaginer qu’il n’ait pas interféré avec le processus judiciaire qui fut détourné et bloqué dès sa présidence. Le motif pourrait en être la corruption ou le désir de protéger ses amis plus que l’idéologie…

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Nestor Kirchner est devenu président en 2003. C’était aussi un péroniste, mais de gauche et cette orientation s’est accentuée avec son épouse Cristina, qui lui a succédé de 2007 à 2015, et a de fait continué de diriger le pays de 2019 à 2023 en tant que vice-présidente de l’insignifiant Alberto Rodriguez, un homme qui se disait convaincu de la culpabilité de l’Iran dans l’attentat tant qu’il n’était pas président et qui, une fois qu’il le devint, prétendit qu’il n’y avait aucune preuve de cette culpabilité…

Entre 2015 à 2019, le président Mauricio Macri ne parvint pas à sortir l’Argentine de son marasme économique et les péronistes, appelés justicialistes, reprirent le pouvoir. Macri est aujourd’hui, comme son cousin le maire de Buenos Aires, l’allié de Javier Milei, ce président atypique, ami d’Israël, qui fait subir à son pays une thérapie de choc aux résultats encore incertains.

De plus en plus engagée dans la mouvance antiimpérialiste, Cristina Kirchner, conseillée par le Vénézuélien Hugo Chavez, chercha à renforcer les liens commerciaux avec l’Iran et à se débarrasser de cette épine du pied qu’était l’attentat contre l’Amia. Il en est résulté un protocole d’accord entre les deux pays (non ratifié ensuite par l’Iran et dénoncé par Macri), suivant lequel, entre autres, les interrogatoires s’effectueraient en Iran même avec une coopération des deux pays à la « recherche de la vérité ». On croit rêver en lisant que l’Iran était supposé aider à l’enquête !

Ce protocole brillant, dont le maitre d’œuvre du côté argentin était le Ministre des Affaires Étrangères Hector Timmerman, fils d’un militant juif célèbre, emprisonné à l’époque de la dictature, souleva l’indignation de la grande majorité des Juifs d’Argentine. Ils le prirent pour une trahison visant à exonérer les Iraniens suspects d’avoir organisé l’attentat, tels Ahmed Vahidi, aujourd’hui ministre de l’Intérieur d’Iran, un des hommes les plus puissants du pays, et à leur éviter les mandats d’arrêt internationaux émis par l’Interpol.

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Cette accusation fut développée par le procureur Alberto Nisman, en charge du dossier de l’Amia, qui déposa plainte contre Cristina Kirchner pour avoir organisé l’impunité des Iraniens. La veille de son témoignage à la Chambre des Députés, alors que comme par hasard, les dix policiers chargés de sa sécurité ne sont pas à leur poste, il est retrouvé mort, une balle dans la tête. C’était en janvier 2015, il y aura bientôt dix ans. L’enquête a confirmé en 2017 qu’il s’agissait bien d’un assassinat et non d’un suicide comme les milieux proches de la présidente le prétendaient. En 2023, la Cour de cassation a annulé l’acquittement dont avait bénéficié Cristina Kirchner à ce sujet. Reste à voir si celle-ci, qui fait face en outre à plusieurs accusations de corruption, sera jugée, mais Nisman, qui était Juif, a bien été la 86e victime de l’attentat contre l’Amia.

Une Amérique du Sud assez largement opposée à Israël

Pour comprendre ce fait invraisemblable que la mise en cause de l’Iran, qui paraissait évidente dès les premiers jours de l’attentat, ait pu être esquivée pendant trente ans, il faut tenir compte de trois caractéristiques de l’Argentine qu’on ne peut qu’esquisser ici.

  1. L’Argentine, qui fut longtemps considérée comme un pays de cocagne, et dont l’évolution économique aurait pu être aussi brillante que celle des États-Unis, a été la victime de ses dirigeants politiques. Même lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir par la voie des urnes, ceux-ci ont très souvent choisi une politique de court terme et le péronisme est le symbole de ce système. Sous couvert de redistribution des richesses, il a affaibli le pays, il a renforcé le clientélisme, la corruption et la polarisation contre des boucs émissaires dont les États-Unis sont évidemment l’archétype. Qui s’oppose aux États-Unis s’oppose à Israël, et n’a pas de prévention contre une alliance avec le régime des mollahs iraniens, ennemi de l’un et de l’autre.
  1. Il existe en Amérique du Sud une très importante diaspora syro-libanaise. Une partie, notamment au Brésil, majoritairement chrétienne, est installée déjà depuis le XIXe siècle. Une autre partie est chiite. Un récent article de l’expert du FDD, Emmanuelle Ottolenghi, attire l’attention sur l’activisme de cette communauté au Brésil. Ces musulmans chiites sont volontiers installés dans des zones où circulent armes et trafics en tous genres, comme la triple frontière entre Argentine, Brésil et Paraguay. Ils sont un milieu de propagande privilégié pour le Hezbollah1
  1. L’Amérique latine, et l’Argentine de Peron en particulier, a été la destination favorite des nazis en cavale après la guerre. Leur antisémitisme, leur négationnisme, leur totalitarisme se sont souvent colorés d’un agenda anti-impérialiste qui les a rendus très digestibles par certains militants ou dirigeants populistes. Pour ne parler que d’un récent passé, Chavez a eu longtemps pour proche conseiller, certains disent pour gourou, le nazi d’extrême gauche Norberto Ceresole et les Kirchner étaient liés à un activiste social bien connu en Argentine, Luis d’Elia, antisémite fanatique, négationniste et grand admirateur de l’Iran.

Ainsi se vérifie l’affinité potentielle d’une sensibilité sociale avec pouvoir charismatique totalitaire, anti-impérialisme et antisémitisme débridé. Toute comparaison avec le chemin que suit aujourd’hui le président de LFI en France n’engage que celui qui la fait…..


  1. A ce sujet on peut relire ici l’analyse de Renée Fregosi L’Amérique latine du «Sud global» contre Israël NDLR ↩︎

L’étrange militantisme de Mme Samra Seddik, sage-femme

Après un premier article consacré au Dr Nour El Iman Kaddouri, co-fondatrice de l’OMAS, nous continuons notre exploration de ces soignants qui diffusent l’idéologie frériste. Toute aussi inquiétante: Mme Samra Seddik, sage-femme et présidente d’une association proche des Frères Musulmans, marrainée par l’animatrice Sidonie Bonnec…


Dans un précédent article, nous avions abordé le sujet de l’OMAS (l’Organisation Musulmane des Acteurs de la Santé) ; une association médicale spécialisée dans le lobbying frériste, qui dispose d’antennes dans plusieurs facultés de médecine de France, qui milite notamment pour que les infirmières soient voilées et que les patientes soient soignées par des femmes. 

L’OMAS organise régulièrement des sessions de formation, à destination d’étudiants musulmans, à l’aide de conférenciers qui sont des professionnels de santé agréés par l’État. Parmi eux, une sage-femme : Mme Samra Seddik, qui partage son activité de sage-femme libérale entre Saint-Germain-Lès-Corbeil (91) et Vigneux-sur-Seine (91).

Une soignante très présente, mais pas seulement auprès de ses patients

Le compte Instagram de Samra Seddik, aux 13,3 K followers, regorge d’informations précieuses pour qui s’intéresse à l’influence frériste dans le domaine de la santé. Très active sur son réseau social, Mme Seddik diffuse l’agenda de ses interventions médiatiques : outre une intervention sur la radio France Bleu Paris aux côtés du Dr Jimmy Mohamed, nous retrouvons des lives « Ramadan, grossesse et allaitement » avec les théologiennes Oustedha Asmahane et Ismahene Bouzidi, membres du Conseil Théologique Musulman de France (le CTMF), dont le bureau est composé de plusieurs responsables de la branche française des Frères Musulmans ; un live avec Zina Hamzaoui, sage-femme de Molenbeek et chroniqueuse pour la station  de radio belge AraBel FM, organe de propagande des Frères Musulmans tunisiens ; une « Medical Masterclass » avec le Dr Lyna Chami, psychiatre au CHRU de Tours et membre de l’OMAS ; un live, bien sûr, avec le Dr Nour El Iman Kaddouri, médecin généraliste dans le Nord et co-fondatrice de l’OMAS ; deux conférences au Centre Islamique de Villeneuve-d’Ascq (le CIV), dont l’écrivain Mohamed Louizi avait sonné l’alerte1 en prévenant qu’il s’agissait d’une vitrine française des Frères Musulmans ; un live, aussi, avec la psychologue Meriem Saghrouni dont le père, Mohamed-Taïeb Saghrouni, mémoire active du courant qotbiste, est un haut responsable des Frères Musulmans dans la région lilloise et se dit favorable au « djihad armé »2

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Populiste, la dernière injure à la mode

Dans une interview3, Samra Saddik indique être membre bénévole de l’association A2S (Avenir Santé Solidarité), où elle participerait à des projets audiovisuels. Après enquête, cette association – cofondée par M. Yasser Malek, salarié d’AstraZeneca et par le Dr Jad Kamel, cardiologue à Bondy (93) – s’avère être effectivement à la tête d’un programme télévisuel sur la chaîne Oumma TV, média qualifié à plusieurs reprises d’islamiste ; dans cette émission, Samra Seddik est intervenue pour participer à des chroniques telles que « Grossesse et Ramadan » ou « Le jeûne et l’allaitement ». 

Sur son compte Doctolib, Samra Seddik affiche son appétence pour l’étude du champ mental de la femme (avec un D.U en Psychiatrie Périnatale et un D.I.U en Psychopérinatalité). Chercheuse au CNRS et spécialiste du frérisme, le Dr Bergeaud-Blackler met régulièrement en garde sur l’« emprise mentale et psychique que les Frères Musulmans cherchent à exercer »4. À nos autorités de santé de déterminer si la vulnérabilité psychique de la femme enceinte – ou la vulnérabilité psychique d’une femme qui serait endeuillée par des avortements induits ou spontanés, ou confrontée à une hypofertilité – est compatible avec une prise en charge médicale menée par des professionnels de santé qui adhèrent et évoluent dans les réseaux des Frères Musulmans. 

Radicalisation après les attaques islamistes en Israël

Avec les attentats terroristes du 7 octobre, le ton se durcit sur les réseaux sociaux de la sage-femme.  

Samra Seddik se filme en conduisant (« J’en profite, entre deux visites à domicile ») ou dans son cabinet médical : nous constatons qu’elle arbore un keffieh et un pendentif aux couleurs du drapeau palestinien sur son temps d’exercice professionnel. Par ses vidéos ou ses publications, elle livre publiquement ses impressions sur le conflit qui se joue sur la bande de Gaza ; à ses 13,3 K followers, elle relaie des brèves d’actualités d’Al-Jazeera (proche, notamment, des Frères Musulmans), de l’association Palmed (affiliée aux Frères Musulmans) ou de GazaNewsPlus (média francophone du Hamas). Sur les réseaux sociaux de ces soignants pro-palestiniens, nous découvrons l’espace préoccupant qu’ils occupent dans la désinformation médiatique de cette guerre. Sur le compte de la sage-femme, de nombreuses informations sont partiales, tronquées ou fausses. À titre d’exemple, elle partage la photo d’enfants gazaouis qui dorment dans la boue et commente : « Cette image me hante. Qu’ont fait ces enfants ? » ; une brève analyse suffit pourtant pour dire que cette image a été générée par de l’intelligence artificielle.  Dans une story, Benyamin Netanyahou est pris pour cible dans un appel au meurtre : « Netanyahu se rend aux States. Le port d’armes est libre là-bas. Des dohas. » (« supplications à Allah », en arabe). 

Capture Facebook

Prise en photo dans une manifestation pro-Palestine, Samra Seddik arbore une pancarte : « À Gaza, ils ont écrasé avec des bulldozers des femmes enceintes avec un drapeau blanc qui se dirigeaient à l’hôpital ». En épluchant la presse internationale, on apprend que cette information provient d’Al-Jazeera et que le média qatari The New Arab se dit être incapable d’en prouver l’authenticité5 ; l’AFP, de son côté, a bien recueilli une vidéo de bulldozers qui tourne sur les réseaux sociaux palestiniens… mais a démontré que cette vidéo, tournée en Égypte en 20136, provient d’une séquence d’affrontements violents entre le gouvernement égyptien et des partisans des Frères Musulmans lors du massacre de la place Rabia-el-Adouïa. Samra Seddik ferait donc la promotion des fake news d’Al-Jazeera dans des manifestations françaises.  

A lire aussi, Mohamed Louizi: Combattre l’islamisme d’atmosphère

L’originalité de la pensée de la sage-femme tient également dans son affirmation que « le vrai but [d’Israël] n’est pas de neutraliser le Hamas » mais qu’il s’agit d’une « guerre qui vise les bébés » ainsi que les soignants et le personnel humanitaire qui sont « visés délibérément ». Elle accuse Israël « de crime contre l’humanité » et d’être un « régime génocidaire » ; les soldats de Tsahal sont désignés comme des « barbares assoiffés de sang et de destruction », « des déséquilibrés à qui on a donné le pouvoir de tuer » ou bien encore « une armée de diaboliques ». Elle compare Mia Schem, une « otage blanche », aux enfants palestiniens « qui ne sont pas assez blancs » pour que le monde s’en préoccupe. Sur le sujet des otages, d’ailleurs, elle affirme qu’il n’y a aucune preuve des « violences faites soi-disant aux femmes le 7 octobre […] par contre les violences sexuelles contre des milliers de Palestiniennes sont bien réelles ». Fait inquiétant pour l’avenir, elle déclare : « On a été trop gentils en manif ! Trop pacifiques ! Trop dociles ! Ce n’est pas comme ça qu’on obtiendra gain de cause ! […] J’ai la haine ! » : et, en partageant la vidéo d’un enfant palestinien, prévient : « Dans quelques années, ne venez surtout pas nous demander de condamner lorsqu’il voudra se venger ». 

Samra Seddik est aussi la présidente de l’association « Un petit bagage d’amour », qui a participé à Fort Boyard en 2020

En 2016, Samra Seddik créé l’association « Un petit bagage d’amour » (UPBA) qui vient en aide aux jeunes mères précaires. Parmi les partenaires de l’association, se trouve le Secours Islamique de France (SIF) ; en 2022, le sénateur Pierre Charon alertait le gouvernement7 sur la dangerosité du SIF qui « a des liens avec le Hamas, le Hezbollah et les Frères Musulmans » et soutient « un programme d’islamisation en France ». 

Sur les réseaux d’UPBA, Samra Seddik poursuit sa cabale contre le privilège blanc. Dans une publication où elle tague Anne Hildalgo et Emmanuel Macron, elle dénonce un « racisme » d’État avec une « solidarité […] pour les réfugiés venus d’Ukraine » alors que « si vous êtes une maman venue d’Afrique, vous pouvez crever ». L’association de Samra Seddik bénéficie néanmoins d’un beau rayonnement médiatique, puisqu’elle reçoit le Prix Solidarités Version Fémina du JDD en 2023 ; avec sa marraine, l’animatrice Sidonie Bonnec, UPBA est même représentée dans l’émission Fort Boyard en 2020 par Élodie Gossuin, Sylvie Tellier, Mélanie Page, Carla Lazzari et Bruno Guillon. Grâce à cet effort participatif et aux subventions du contribuable octroyées à France Télévisions, Samra Seddik récolte la somme de 10 853€ pour le compte de son association. 

Fût un temps, « Un petit bagage d’amour » bénéficiait du parrainage de l’acteur Gérard Darmon ; la collaboration doit être suspendue depuis puisque Samra Seddik fustigeait l’acteur sur Instagram en avril dernier pour son soutien à Israël (« Gérard Darmon, en Israël, face aux soldats qui massacrent en ce moment des bébés ») en même temps qu’elle épinglait Michel Boujenah, Meyer Habib, Frank Tapiro… dont elle s’exclame que «[ces] personnes qui appellent au massacre des palestiniens n’ont même pas un rappel à l’ordre ». Elle évoque aussi l’« l’ivrogne Élisabeth Lévy qui est derrière [Causeur] » ainsi que « la haine » et « la noirceur de l’âme » de Véronique Genest. Que nos lecteurs qui soutiennent Israël se rassurent, ils ne sont pas oubliés par Samra Seddik qui affirme sur son LinkedIn que « les défenseurs d’Israël […] aujourd’hui ne sont que des malades mentaux ».  

Sur le site de l’association, on découvre que son local parisien se situe dans la crypte de l’église Saint-Sulpice (Paris, VIème) ; notamment grâce à l’appui du Père Henri de la Hougue, co-président d’un groupe d’amitiés islamo-chrétiennes. Il appartient à présent aux membres de cette association, à Sidonie Bonnec, au Père de la Hougue, aux fidèles de l’église Saint-Sulpice et aux catholiques du diocèse de Paris de déterminer si le soutien financier et logistique d’une association peut se faire au détriment d’une autre minorité ; si la présence de Mme Samra Seddik dans l’église de Saint-Sulpice honore l’image de l’Église et le travail entrepris par les amitiés judéo-chrétiennes depuis soixante ans ; et si des accointances fréristes peuvent être compatibles avec le message de l’Église dont, rappelons-le, les premiers bâtisseurs furent juifs. 

Pour conclure,  nous rappelons que le petit Kfir Bibas, kidnappé à l’âge de neuf mois par les terroristes du Hamas et absent de la compassion de Mme Seddik, demeure encore à ce jour le plus jeune otage du monde. En réponse à cette ignominie, un homme d’Église, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, a proposé d’offrir sa vie aux djihadistes8 et de se substituer aux enfants otages israéliens (dont le petit Kfir) afin qu’ils puissent quitter l’enfer des geôles islamiques et qu’ils retrouvent – enfin – la sécurité des bras de leurs parents et le sol béni de leur Terre Promise.


  1. Louizi, Mohamed. « Pourquoi j’ai quitté les Frères Musulmans », Éditions Michalon, 2016. ↩︎
  2. « La galaxie des Frères Musulmans en France », https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/FM/index.html, Consulté le 20 juillet 2024. ↩︎
  3. « Samra Seddik et son petit bagage d’amour », https://www.lallab.org/samra-seddik-et-son-petit-bagage-damour/, Consulté le 19 juillet 2024. ↩︎
  4. Cazes, Séverine et De Saint-Sauveur, Charles. « Influence des Frères Musulmans », https://www.leparisien.fr/societe/influence-des-freres-musulmans-jai-peur-que-la-societe-francaise-ne-soit-en-train-de-baisser-les-bras-24-05-2023-RC3K654CUFAMHLYAEYFKJ2VCUY.php, Consulté le 18 juillet 2024. ↩︎
  5. The New Arab, https://www.newarab.com/news/israeli-army-shot-pregnant-women-ran-over-bodies-report
           Consulté le 20 juillet 2024.
    ↩︎
  6. AFP. « Cette vidéo ne montre pas l’armée israélienne détruire un camp à Gaza, elle a été filmée en Égypte en 2013 », https://factuel.afp.com/doc.afp.com.34868XQ, Consulté le 20 juillet 2024. ↩︎
  7. Charon, Pierre. « U.E et financement d’ONG liées à l’islam radical », https://www.senat.fr/questions/base/2021/qSEQ210723890.html, Consulté le 15 juillet 2024. ↩︎
  8. Dupeyron, Catherine. « Le Cardial Pierbattista Pizzaballa prêt à prendre la place des enfants israéliens otages à Gaza », https://www.lepelerin.com/religions-et-spiritualites/les-grandes-figures-de-leglise/le-cardinal-pizzaballa-pret-a-prendre-la-place-des-enfants-israeliens-otages-a-gaza-8377, Consulté le 15 juillet 2024. ↩︎

La boîte du bouquiniste

Les bouquinistes ne sont pas virés des quais de Seine durant les JO. Causeur peut donc fouiner dans leurs boîtes à vieux livres.


Il faut lire dans Cléopâtre, de Jean Bertheroy, la description des jardins d’Alexandrie, de la procession des prêtres, de la double mort d’Antoine et de la reine d’Égypte : c’est du Flaubert !

Il paraît qu’une malédiction touche les imprudents qui cherchent à percer les secrets de la Lagide : ils en tombent amoureux. Certes, la plume de Jean Bertheroy – une femme !–, propage quelque chose de si voluptueux que le lecteur, par quel mystère ?, s’éprend irrésistiblement de cette triple figure historique, littéraire et mythologique.

Mais revenons à l’auteur. Si le style, c’est l’homme même (Buffon), je laisserai le style de Bertheroy témoigner pour elle. De son histoire en effet, à peine sais-je qu’elle naquit Berthe Le Barillier en 1858, et mourut en 1927 ; qu’elle publia au Figaro ainsi qu’à la Revue des deux mondes ; qu’elle reçut la Légion d’honneur, et pas moins de trois prix de l’Académie française ; qu’elle écrivit un nombre conséquent de poésies et de romans historiques, la plupart sur l’Antiquité ; enfin, que le collectionneur dénichera plus facilement ses autographes que ses ouvrages, car ceux-ci, depuis plus de cent ans, ont presque entièrement cessé d’être édités.

A lire aussi : Un petit Balzac, pour l’été, pourquoi pas?

Bertheroy aurait tout pour plaire, pourtant. Féministe (au sens large : mais tout de même, on lira dans Femmes antiques de jolies odes au beau sexe), elle ne composa jamais rien qui pût trahir de douteuses idéologies, ni même qui pût sortir son lectorat d’un certain confort de salon. Elle était poète excessivement sculpturale, dans la pleine veine de l’art pour l’art, esthète, c’est-à-dire ne cherchant dans l’écriture que la pure beauté formelle, et sans doute la concevant comme un formidable moyen de s’évader de sa modernité. Je citerais sans fin sa plume admirable, celle du Colosse de Rhodes particulièrement, mais ses titres déjà sonnent comme des poésies : Sybaris, Les Vierges de Syracuse, Le Tourment d’aimer, Amour, où est ta victoire ?

Certes, Jean Bertheroy fut aussi de cette préciosité descriptive d’un certain XIXe, celui de Flaubert, celui de Gautier surtout (Le Roi Candaule), terriblement passée de mode. Son récit, tout en rythme, est tout en pauses, technique et savant. Bertheroy, tels ses aînés, composait à la manière d’un artisan : péché mortel !

Car l’époque, hélas, est à la littérature populaire en 140 signes : une description longue ornée de mots rares, cela n’intéresse plus personne et n’a pas la moindre chance de triompher sur le grand marché. « Trop de notes », disait à Mozart l’empereur Joseph : à bon entendeur !

L’on n’est pas censé faire les livres comme les boîtes de conserve, mais comme les pendules, professait La Bruyère : ce serait fort judicieux de s’en souvenir, et à l’heure de l’intelligence artificielle, de penser un peu moins à la quantité, un peu plus à la qualité ; et à défaut de meilleur, pourquoi pas ?, saisissant l’occasion d’une fortuite trouvaille chez un bouquiniste, de lire ou de relire la prose poétique de Jean Bertheroy, plutôt que les dernières baguenauderies de nos ronds-de-cuir.

Jean Bertheroy, Cléopâtre, Armand Colin et Cie, 1891.

Déficits: ce qui attend à la rentrée un éventuel “gouvernement technique”

Bruxelles ouvre une procédure d’endettement excessif envers Paris. La France, qui n’a pas encore nommé de nouveau gouvernement, devra dire en septembre à la Commission européenne comment elle compte rétablir ses comptes pour rapidement rentrer dans les clous du pacte de stabilité budgétaire européen. À la Cour des comptes, Pierre Moscovici n’est guère optimiste: «La dette française s’élève déjà à 3100 milliards d’euros. Elle sera de 3600 milliards en 2027. Nous payons déjà 52 milliards par an pour la rembourser, ce sera 80 milliards en 2027. Il ne restera plus de marge de manœuvre pour financer les services publics et la transition écologique».


À la fin de son opus politique Le Nœud Gordien, Georges Pompidou notait « l’inaptitude profonde naturelle des Français à être gouvernés ». Mais ce caractère rebelle, batailleur et prompt à la querelle, pour atavique qu’il soit, n’a jamais empêché l’État français de fonctionner. 

Vers un effondrement de l’État français ?

Or, pour la première fois en quatre-vingt ans, la question de la survie de cet État tel que nous l’avons connu se pose. Si aucune majorité claire ne se dégage du scrutin législatif, d’aucuns pourraient dire que la gauche en sort renforcée, une situation inédite qui pourrait contraindre Emmanuel Macron à choisir un Premier ministre issu de cette orientation politique. Il n’est même pas besoin de revenir sur la politique économique mortifère que promet la gauche française actuelle, si éloignée du réalisme de la gauche britannique nouvellement au pouvoir, par exemple. Son irréalisme, sa condamnation immédiate de tout redressement du pays, signalent le caractère ténu d’une accession au pouvoir d’un clan sectaire et agressif. Ce qui devrait en creux favoriser l’arrivée d’un gouvernement mi-technique, mi-transpartisan à forte composante centriste… 

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Victoire des Travaillistes à Londres: la fin du populisme?

Au-delà de ces dynamiques politiques immédiates et conjoncturelles, une menace bien plus grave plane sur la France : une crise financière d’une ampleur sans précédent, qu’aucune configuration politique et parlementaire ne saurait enrayer malheureusement, sauf à prendre de graves et courageuses décisions. 
Essayons d’imaginer comment une telle crise pourrait se dérouler pour l’État, symbole de la continuité de la nation. Car la France fait face à une crise de la dette publique sans précédent. La dégradation de la note de notre dette publique par les agences de notation, et l’ouverture par Bruxelles d’une procédure d’endettement excessif, sont à la fois des symptômes et des accélérateurs de la dérive de nos finances publiques. La dette publique française a atteint un niveau record de 3 160 milliards d’euros, soit près de 111% du PIB ; mais au-delà de ce niveau absolu de dette, c’est un problème de liquidités à court terme qui pourrait se poser à l’État, alors que la charge des intérêts de la dette est en passe de devenir le premier poste budgétaire, menaçant de facto notre État-providence. Si nous voulons vraiment redresser la barre, en 2025, le gouvernement devrait idéalement réduire le budget de l’État de 50 milliards d’euros. S’il ne le fait pas lors de la discussion du Budget 2025, cet automne au parlement, il devra progressivement atteindre cet objectif avant 2027. Une coupe drastique dès cette année, pour satisfaire nos partenaires européens et la BCE, obligerait à arrêter les dépenses de l’État dès septembre, ce qui représenterait une économie brutale de 25 milliards d’euros sans aucun autre effort d’ajustement.

Qui succédera à Bruno Le Maire pour être un super-ministre des économies ?

Cet effort, dont on parle depuis deux mois, sans que rien n’ait été réellement entrepris par Bruno Le Maire, va obliger à verrouiller brutalement le tiroir-caisse de l’État dès la rentrée de septembre. Cela devrait permettre de réaliser au forceps une économie brutale de 25 milliards d’euros. Mais à quel prix ! À titre d’exemple, on sait déjà qu’au ministère de la Justice, les factures de certaines dépenses engagées ont été reportées à… 2025, créant ainsi des dettes fournisseurs autant scandaleuses qu’illégales, provoquant chez bien des fournisseurs des problèmes graves de trésorerie qui finiront parfois… au Tribunal de commerce ! Du côté des armées, le mythe de la « sanctuarisation » semble enterré depuis longtemps. Quant à l’Éducation nationale…
Notre système de retraites par répartition, déjà fragile en dépit de quelques réformes paramétriques souvent inutiles ces dernières années, pourrait s’effondrer très rapidement. Incapable d’emprunter plus, le système devrait choisir entre ponctionner plus les salariés, écrêter les plus hautes pensions ou réduire les pensions pour tous. Nul doute que les débats sur la capitalisation réapparaitront dès la rentrée. Après les retraites, c’est notre système de santé publique qui devrait rapidement faire l’objet de discussions sur une possible restructuration dans la douleur. Nous devrions alors voir l’apparition de nouvelles cliniques et maisons de santé privées que l’on payera au prix fort, ou accessibles aux adhérents de super mutuelles parfois financées par les employeurs pour leurs cadres supérieurs (lesquels votent Renaissance et LFI). Le risque est grand de voir certaines maladies chroniques basiques ne plus être prises en charge (ou moins bien prises en charge que maintenant), avec un décrochage de l’espérance de vie selon le lieu d’habitation.

Le contribuable peut aussi s’inquiéter

Une possible réponse immédiate pourrait être de nature fiscale: il n’y a pas besoin de l’accession au pouvoir de LFI pour envisager un recours à l’impôt pour cause d’ajustement des finances publiques. Une augmentation des prélèvements, par exemple de 20 milliards d’euros (l’effort minimum, si on ne fait rien sur la dépense publique), pourrait provoquer une récession – notre croissance étant à peine positive ces jours-ci – et un effondrement supplémentaire des recettes publiques (du fait d’une pression fiscale déjà trop élevée) : la réponse fiscale ne serait évidemment donc pas la panacée pour nous sortir de l’ornière.

A lire ensuite, Stéphane Germain : Politique économique: le choix des sophismes

Nous entrerions alors dans une spirale infernale de réduction de la dépense publique (sous contrainte de Bruxelles, et des acheteurs de dette française) amplifiant ladite récession, l’effondrement des services publics qui tenaient encore, un débordement total des forces de sécurité intérieure, avec l’apparition d’une violence acquisitive inégalée depuis la Révolution (je vole ce que je ne peux acheter)… Face à un tel scénario d’effondrement total de l’État français, la tentation serait grande de procrastiner, et de ne toujours rien faire s’agissant des dépenses publiques.
Ce qui n’a pas été fait progressivement en matière d’ajustement – sous Emmanuel Macron, la dépense publique n’a jamais baissé et demeure peu ou prou au même ratio rapporté au PIB qu’en 2017 – doit-il être réalisé en quelques mois, au risque de précipiter un effondrement tant redouté par les Français ? Est-ce qu’un gouvernement technique transpartisan n’est pas la meilleure opportunité pour restructurer notre État, puisque les politiciens ne se sont jamais saisis du sujet ? Nul ne le sait, mais nous n’avons probablement le choix qu’entre des solutions assez douloureuses et imparfaites pour les douze prochains mois. Le chaos qui s’annonce n’a finalement qu’une seule vertu. Il permettra de démontrer une fois de plus un adage bien connu : Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre. Plus que jamais, un autre projet politique est non seulement nécessaire, mais possible…

Le nœud gordien

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Dernière crise avant l'apocalypse

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Grégory Doucet, l’Hidalgo de Lugdunum

À Lyon, la multiplication des pistes cyclables (et des embouteillages) inspire des « apéros de résistance » contre les « talibans verts » de la mairie…


D’abord capitale des Gaules puis cœur battant du commerce européen à la Renaissance, enfin berceau de l’industrie de la soie, Lyon est depuis l’avènement de Grégory Doucet la figure de proue des mobilités douces.

Le petit commerce pénalisé

Dérégler les feux tricolores, supprimer les grandes voies de circulation pour multiplier les pistes cyclables et faire traîner les travaux en longueur : telle est la politique retorse des talibans verts qui pourrissent la vie des Lyonnais. La ville est devenue un perpétuel chantier, sa rive gauche constamment embouteillée. La dernière lubie de la Mairie, en date du 13 mai, consiste à fermer à la circulation la rue Grenette, axe stratégique qui dessert la Presqu’île d’ouest en est, pour la réserver aux transports en commun et aux vélos.

A lire aussi : De quoi le Front républicain est-il le nom?

Les premières victimes sont les commerçants du centre-ville. Selon Lyon people, ils déplorent une perte de quelque 200 millions d’euros depuis l’élection de Grégory Doucet, 30 % de leur chiffre d’affaires. Les difficultés d’accès font fuir beaucoup de clients qui achètent dans les centres commerciaux ou en ligne.

La Résistance s’organise

Enfin, à bout de patience, les Lyonnais se rebiffent ! Riverains et commerçants se sont rassemblés dans le Collectif des défenseurs de Lyon pour organiser une série de « mâchons » ou « apéritifs de résistance citoyenne » au mois de juin. Les membres se sont réunis devant l’hôtel de ville lors de la tenue du dernier conseil municipal avant l’été. Une pétition en ligne contre la piétonnisation du cœur de Lyon a recueilli plus 5 000 signatures. Mais surtout, Me Mélanie Hamon, avocate en droit public, porte devant le tribunal administratif le recours de ces Lyonnais contre le projet de piétonnisation. Attaquant Ville et Métropole de Lyon, elle entend bien avoir gain de cause contre des transformations engagées sans étude préalable quant à leurs conséquences sur les habitants et les commerçants. Le maire sera peut-être obligé de mettre la pédale douce sur ses projets.

Maroc: le quart de siècle de Mohammed VI

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Le roi, qui vient de célébrer ses 60 ans, est monté sur le trône il y a un quart de siècle. Où va le Maroc ?


Vingt-troisième dynaste alaouite, Mohammed VI a eu la lourde tâche de succéder à son père Hassan II le 23 juillet 1999. Il était alors âgé de trente-cinq ans, un âge parfait pour accéder au trône, suffisamment jeune pour être dynamique tout en bénéficiant de l’expérience d’une petite vie d’homme.

Vingt-cinq ans plus tard, que retenir de son règne et de l’évolution des relations franco-marocaines ? Pays clé des équilibres méditerranéens et sahéliens français, le Maroc partage avec nous une riche histoire commune ainsi que des diasporas actives présentes dans les deux pays. L’élection récente de la députée « ciottiste » Hanane Mansouri, d’origine marocaine, en témoigne d’ailleurs : les liens unissant la France au Maroc sont plus complexes et plus profonds qu’on ne le croit parfois.

Un royaume à l’abri de l’islam politique ?

Pourtant, diverses incompréhensions mutuelles ont émaillé ces dernières années. Longtemps « acquise », la relation franco-marocaine a souffert de non-dits et de batailles d’influence préjudiciables. Nous aurions pourtant tout intérêt à entretenir ce partenariat fécond mais aussi essentiel pour notre vie géopolitique et économique. Pôle de stabilité au sein du monde méditerranéen et arabe, le Maroc affiche désormais un visage moderne et décomplexé.

Il a su d’ailleurs résister aux printemps arabes comme à la montée de l’islamisme politique. Fait inédit, les islamistes du Parti de la Justice et du développement ont été appelés au gouvernement et ont dirigé le pays pendant une décennie avant de quitter le pouvoir par le jeu électoral et démocratique, sans aucune violence. C’est le signe d’une nation résiliente et mature qui compte d’abord sur les indicateurs économiques et les réformes politiques.

A lire aussi : Donald Trump peut-il être vaincu par la « faiblesse » démocrate?

Afin d’éviter la gronde de la rue, le royaume chérifien a su aussi moderniser sa constitution en 2011, alignant progressivement ses institutions sur le modèle des monarchies parlementaires européennes, avec un plus large pouvoir exécutif accordé au roi qui est aussi le commandeur des croyants, de la même manière que nos rois étaient de « droits divins » sur l’idée de Saint-Paul que « toute autorité » émanait de Dieu lui-même. Les pouvoirs et la représentativité du chef du gouvernement marocain ont substantiellement augmenté. Les gouvernements sont désormais toujours issus de la formation politique ayant remporté les élections, ce qui a probablement évité les violences constatées par exemple en Tunisie.

Une diplomatie française tiraillée entre Alger et Rabat

Cette nature monarchique qui assure une continuité historique et garantit un arbitrage équilibré entre les tendances politiques est aussi sûrement ce qui fait parfois du Maroc un pays mal aimé par son voisin algérien et certaines oppositions de gauche en France. Parfois tiraillée entre Alger et Rabat, la diplomatie française semble aujourd’hui entendre de nouveau les bénéfices qu’elle peut tirer d’un apaisement et d’un renforcement des partenariats économiques, comme militaires ou encore religieux. En effet, la doctrine dite de « l’islam du milieu » a fait ses preuves en matière de déradicalisation et les coopérations sécuritaires ont conduit encore récemment à déjouer des attentats terroristes comme à arrêter le meneur du gang marseillais des Yodas (Félix Bingui, chef du gang Yoda, l’un des deux principaux clans du narcobanditisme de la ville, arrêté le 8 mars au Maroc).

Sur le plan des mœurs, la politique de la Moudawana a permis d’améliorer la place et les droits des femmes dans une société encore traditionnelle. Bref, les choses avancent et les vingt-cinq dernières années ont été le théâtre de profondes mais discrètes transformations d’un pays qui entend avoir une place pleine et entière dans le concert des nations modernes, ce que l’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal ne dément pas. Les chiffres sont d’ailleurs éloquents. Le PIB du Maroc est passé de 46,27 milliards $ en 1999 à 130,91 milliards $ en 2022. Une croissance de 183%. Sur la même période, le PIB par habitant a plus que doublé sur la période, passant de 1627 dollars à 3442 dollars en 2022. Il s’agit aussi du second pays le plus industrialisé d’Afrique, notamment dans le domaine automobile où Renault produit les modèles Dacia depuis la méga usine de Tanger.

Un pays très inégalitaire

Restent néanmoins des défis importants à relever. Si le nombre de Marocains vivant sous le seuil de pauvreté absolue a ainsi chuté, passant de 15,3% en 2000 à seulement 1,7 % en 2019, le Maroc reste frappé par les inégalités. Ainsi, les 10% de Marocains les plus aisés concentrent encore onze fois plus de richesses que les 10% les plus pauvres. Le chômage des jeunes reste aussi important, entrainant notamment des départs vers l’Europe. Après avoir modernisé son pays et l’avoir doté d’une économie libérale ne dépendant pas des ressources naturelles, Mohammed VI semble vouloir placer la suite de son règne sous le signe d’une plus grande justice sociale. Et si le Maroc devenait le premier grand pays musulman à adhérer à la social-démocratie ?

A lire aussi : L’Occident décadent, et alors?

L’autre chantier se situe dans le cadre des relations internationales, singulièrement avec l’Algérie avec laquelle les rapports se sont dégradés considérablement ces cinq dernières années. Jouant la carte de l’équilibre entre signature des accords d’Abraham et aide humanitaire concrète aux Gazaouis, le Maroc a aussi le problème du Sahara à régler où la présence du Front Polisario complexifie tout. Son plan d’autonomie de 2007 est, selon de nombreux observateurs, une issue potentiellement positive qui entraînerait la reconnaissance de la souveraineté du royaume sur la région. La France ira-t-elle plus loin dans cet épineux dossier ? La question soulève en tout cas les passions.

Faites vos Jeux, rien ne va plus

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Hotel de Ville, Paris, 23 juillet 2024 © DORIAN DELETTRE/SIPA

À quelques heures de la cérémonie d’ouverture magique des JO, les derniers Français récalcitrants sont priés de se taire.


Joophiles, passez votre chemin. Je m’adresse ici aux grognons, aux coincés du festivisme, aux réfractaires à l’enthousiasme programmé, aux immunisés contre la religion du sport, aux rebelles aux effusions collectives, aux vaccinés contre le patriotisme des stades – ultime lieu où chérir son drapeau n’est pas nauséabond. Je veux parler aux flâneurs, promeneurs, marcheurs – à tous mes frères piétons de Paris réduits depuis des jours à se déplacer comme des rats de laboratoire dans un labyrinthe de grillage. 

Revenue dans ma ville, ou ce qui en restait, dimanche 21 juillet, j’ai cru qu’un coup d’État avait eu lieu la nuit précédente. Dûment munie de mon ausweis, j’ai traversé une ville déserte, hérissée de barrières et quadrillée de check-points. Il y avait un petit air de Santiago-Pinochet, mais en version Walt Disney, avec des gradins en plastique coloré, et des policiers et des gendarmes gentils – « bienveillants », a sermonné Gérald Darmanin. Et ils le sont. Même s’ils n’ont droit qu’à dix jours de vacances, et quand on en enlève un pour rallier la famille à Mirande dans le Gers et un autre pour rejoindre son affectation, ça ne fait pas lourd après une année de maintien de l’ordre. Ils sont rassurants. Dans le décor lunaire de Paris 2024, ces hommes et femmes en uniforme sont comme une survivance de l’ancienne réalité, absorbée par la fête. Muray parle quelque part de colonie distractionnaire. Nous y sommes.  

Nombre de mes amis parisiens qui vibrent pour ces JO dans leur maison du Luberon sont furieux contre moi. Qu’est-ce que ça peut te faire, c’est seulement pour quelques jours. D’abord, c’est faux. Voilà des mois que ce cirque olympique pourrit la vie de millions de franciliens, les empêchant de travailler correctement et de se déplacer normalement. Ensuite, pour exiger des citoyens le sacrifice de leurs libertés essentielles, de dizaines d’heures de leur vie – et pour certains de leurs revenus -, il faudrait leur prouver que cela servira l’intérêt général. Il paraît que le rayonnement de la France est en jeu. C’est sûr, quand ce calvaire sera enfin fini, le rapport de forces géopolitiques sera bouleversé, les Chinois nous mangeront dans la main, et les Australiens achèteront nos sous-marins. En attendant, Jean-Baptiste Roques m’apprend que, pendant que nous faisons joujou, le monde continue à tourner : « Pendant que Macron préside des dîners de gala avec Mme Biden et le président de Coca-Cola, c’est-à-dire joue en deuxième division diplomatique, l’Allemagne et le Royaume-Uni préparent un nouvel accord post-Brexit Londres-Bruxelles. Et qui n’est pas sur la photo ? Nous ! » Quand d’autres brillent par leur technologie, leur puissance militaire, leur inventivité scientifique, la France, autrefois mère des arts, des armes et des lois, n’a plus à offrir au monde que sa capacité à organiser de gigantesques jeux du cirque et les ripailles de luxe qui vont avec. Qu’attendre d’autre d’un pays qui s’enorgueillit d’être la première destination touristique mondiale. La sortie de l’Histoire, c’est où ? 

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Bien entendu, personne n’est capable de démontrer que les bénéfices pour la collectivité vaudront les tourments infligés à des millions de citoyens. C’est le fait du prince en l’occurrence des princes car Emmanuel Macron et Anne Hidalgo, habituellement en bisbilles, font cause commune. C’est bon pour le peuple puisque nous l’avons décidé. En prime, je ne voudrais pas être mesquine, mais vu que les recettes annoncées fondent comme neige au soleil, nous serons priés de financer d’une façon ou d’une autre les extravagances olympiques – comme les indemnisations de commerçants. En bon français ça s’appelle un impôt. Pas de taxation sans représentation, ça ne veut pas dire que l’impôt doit être décidé par des représentants du peuple ? Et je ne vous parle pas du ticket de métro à quatre euros pour les nigauds qui ont dû rester à Paris pour travailler et/ou ne possèdent pas de résidence secondaire. 

D’ici quelques heures, toute voix dissidente sera étouffée par une immense clameur d’approbation. Après la cérémonie de ce soir, tout sera pardonné, à commencer par la mise à l’arrêt de la capitale de la France et la suspension de nos libertés fondamentales, comme celle d’aller et venir, d’ouvrir son magasin quand on est commerçant ou de prendre un train. On fera assaut de féérie, de magie et de superlatifs en tout genre. D’ailleurs, n’en doutons pas ce sera certainement joli, coloré, festif, ludique, chatoyant. Et édifiant à souhait. La présence parmi les auteurs de Patrick Boucheron, l’homme qui aime l’histoire de France quand elle n’est pas trop française – et qui, pour cela, occupe un poste éminent au Collège de France -, nous promet un salmigondis multi-culti – il sera question, semble-t-il, de « métissage planétaire ». Emportés par un unanimisme effrayant, des hésitants se rallieront à la liesse « populaire » et les derniers Gaulois réfractaires seront dénoncés comme ennemis du peuple. Les mauvais coucheurs sont des mauvais Français. 

Le pire, en effet, ce ne sont pas les saccages en eux-mêmes, c’est la propagande soviétique qui recouvre ces Olympiades de mensonge. La laideur, c’est la beauté, le flicage c’est la liberté, des places à 500 balles, c’est une fête populaire : nos grands leaders remettent Orwell au goût du jour. Comme me le souffle mon cher Stéphane Germain, nos glorieux dirigeants nous offrent la semaine de la joie olympique, il n’est pas question de se dérober. En février, lors de l’inauguration de l’Arena-porte de la Chapelle, on a vu l’improbable Hidalgo manœuvrer un fauteuil roulant pour promouvoir les Paralympiques. À l’appui de ce spectacle douteux, elle nous exhortait à la joie. « On va vibrer ensemble. Paris va être magnifique! Ne partez pas cet été, ce serait une connerie. » Aujourd’hui, elle les supplie de ne pas bouger de chez eux. Et de dire merci. Vous devriez être reconnaissants d’être séquestrés chez vous, vous pourrez vous gaver de cacahuètes en regardant sur votre télé pourrie le spectacle qui se déroule sous haute surveillance à quelques dizaines de mètres de vous. « Paris redevient une fête », titrait il y a peu Courrier International et ce n’était pas de l’humour. Le Parisien est en mode Pravda. France Inter nous inflige chaque matin de pénibles et prévisibles entretiens avec des athlètes – alors, vous êtes heureux, ces JO c’est un rêve, non ? – Oh oui un rêve que je vais enfin réaliser et quelles installations merveilleuses ! Pendant que les insoumis désignent les athlètes israéliens à la vindicte, et que la gauche promet de contester dans la rue sa défaite dans les urnes (et oui, 30 % c’est une défaite), le Parti des Médias nous parle de fraternité olympique. 

Alors oui, tout en admirant les voluptueuses montagnes où j’ai trouvé refuge, j’en profite tant qu’on peut encore râler. Je ne pardonnerai pas ce saccage. Ne pas en être est un droit de l’homme.

Numéro 50 de « Causeur » octobre 2017
Après des actes de vandalisme perturbant fortement le trafic SNCF des TGV, le Premier ministre Gabriel Attal se rend à une cellule de crise
Il va sans dire que je désapprouve totalement les malfaisants qui ont ajouté le chaos ferroviaire à la pagaille olympique. Ces artisans du terrorisme ont déjà réussi à enfermer dans la capitale des milliers d’estivants qui avaient prévu de fuir ce week-end. Ils ne gâchent pas seulement la fête mais plus encore mon plaisir de la gâcher, les mots étant des armes plus distinguées que le feu, très néanderthalien quand on y pense. Cette attaque low cost est un révélateur de notre vulnérabilité. Nous sommes outillés (enfin j’espère) pour déjouer des attaques sophistiquées et hautement technologiques. Des incendies, c’est imparable. Il faut croire que notre maîtrise des mondes virtuels ne nous a pas encore libérés de la bête matérialité du monde concret • EL

Elon Musk: Mais pourquoi est-il si méchant?

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L'entrepreneur américain et sud-africain Elon Musk, Cannes, 19 juin 2024 © SYSPEO/SIPA

Dans une interview accordée il y a quelques jours à l’intellectuel canadien Jordan Peterson, le patron de Tesla raconte comment le changement de sexe de l’un de ses enfants a, il y a quelques années, profondément ébranlé ses convictions progressistes.


Alors qu’il fut longtemps un fervent soutien du Parti démocrate, Elon Musk affiche depuis un peu plus de deux ans des idées politiques de plus en plus marquées à droite. Une position pour le moins détonante dans le secteur des high-tech américain, où la plupart des dirigeants ont voté pour Joe Biden en 2020.

« J’apporte mon soutien total au président Trump et espère son prompt rétablissement », a-t-il ainsi écrit sur X (le réseau social dont il est lui-même propriétaire) quelques heures après la tentative d’assassinat qui a visé, le 13 juillet dernier à Meridian (Pennsylvanie), l’ancien président des États-Unis. Avant toutefois de publier un démenti quant aux rumeurs sur sa participation financière à la prochaine campagne de celui-ci – le Wall Street Journal avait évoqué le chiffre de 45 millions de dollars par mois.

Autre preuve du combat que Musk entend livrer aux idées progressistes : l’interview qu’il a accordée en début de semaine à la star de la pensée conservatrice outre-Atlantique, Jordan Peterson. Une émission de près de deux heures et quart et déjà visionnée sur le Web plus de 67 millions de fois, où l’on en apprend un peu plus sur les raisons de ce virage idéologique.

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Le milliardaire y fait en effet quelques confidences sur la transition de genre que l’un de ses enfants, aujourd’hui âgé de 20 ans, a réalisé alors qu’il était encore mineur et pour lequel les médecins ont administré des inhibiteurs de puberté après autorisation parentale. « J’ai été amené à signer des documents, confie Musk. J’ai été trompé en faisant ça (…) Il y avait beaucoup de confusion et on m’a dit qu’il pourrait se suicider. »

D’après le quotidien USA Today, l’enfant en question s’appelle à présent Vivian Jenna Wilson, et a obtenu un changement de sexe et de nom à l’âge de 18 ans. « Je ne vis plus ni ne souhaite avoir de lien avec mon père biologique de quelque manière que ce soit », est-il écrit dans sa demande aux services de l’État civil de Santa Monica (Californie), datée du 22 juin 2022. « En gros, j’ai perdu mon fils, se désole à présent Musk. J’ai juré de détruire le virus woke après cela. Et nous faisons des progrès. »

On comprend mieux à présent pourquoi le milliardaire s’est insurgé le 17 juin dernier contre une loi californienne visant à interdire aux écoles de notifier aux parents l’orientation sexuelle de leurs enfants sans le consentement de ceux-ci. En réaction, Musk a annoncé qu’il déplacerait prochainement le siège de deux de ses entreprises actuellement basées en Californie, X et Space X, vers le Texas, État républicain où il a déjà établi le quartier général de sa société automobile Tesla.

Pascal Danel et le mal de mère

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Le chanteur Pascal Danel photographié à Nancy le 22 avril 2008 © POL EMILE/SIPA

Le chanteur, qui vient de disparaitre à l’âge de 80 ans, racontait son parcours singulier dans un livre


Pascal Danel s’est éteint dans la nuit du 25 juillet, à l’âge de 80 ans, victime d’un malaise cardiaque après une opération. La chanson française perd l’emblématique interprète des Neiges du Kilimandjaro et de La Plage aux romantiques. Il continuait à se produire lors de rares festivals en province, voici encore quelques mois, recueillant l’estime d’un public composé de plusieurs générations qu’il avait traversées avec générosité et simplicité. Son amour de la scène et du disque (il travaillait avec ses musiciens sur de nouvelles chansons) étaient aussi intacts que sa voix.

Une enfance difficile

Pascal Danel était né le 31 mars 1944, dans Paris occupé et bombardé. Sa mère l’abandonna à la naissance, et il resta hanté toute sa vie par cette fuite restée sans explication. On lui mentit, enfant, en affirmant qu’elle était très tôt décédée. Après les premiers succès de Pascal Danel, tous deux furent présentés l’un à l’autre dans le cadre d’une rencontre organisée par la presse. L’enfant découvrit, à l’âge de 22 ans, une mère restée jusqu’alors inconnue, qu’il revit peu. Il intitula son dernier ouvrage J’ai le mal de mère…

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Pascal Danel fut recueilli par ses grands-parents Jean-Marie et Alicia Buttafoco. Après avoir intégré un mouvement de résistance en Corse, Jean-Marie Buttafoco fut désigné pour fédérer les actions dans la capitale des Corses contre l’occupant nazi. L’arrestation puis la déportation sans retour de ses grands-parents, quelques jours après la naissance de Pascal Danel, signa un deuxième abandon. Il dut la vie sauve à la vivacité d’esprit d’une voisine de palier, qui le fit passer pour son propre enfant auprès des agents de la Gestapo. 

Commença alors une vie d’enfant placé, entre plusieurs familles et centres d’accueil, où Pascal Danel grandit en développant un sens progressif de l’adaptation. Il finit par être intégré au hameau-école d’Annelles, comme avant lui Michel Piccoli, Jean-Claude Pascal et Michel Auclair. Comme eux, il y découvrit sa vocation artistique, encouragé par son responsable, le docteur Préau, et son épouse. Pascal accola le nom du hameau-école d’Annelles à son prénom, pour créer son identité scénique. 

Premiers succès au milieu des années 60

Il intégra ensuite l’école de la rue Blanche, réussissant l’examen d’entrée muni d’une dispense de majorité signée par le docteur Préau. Il se produisit également à l’adolescence dans un cirque, présentant un numéro de funambule à moto dangereux. La rencontre avec Michel Delancray, que Pascal Danel suscita en dormant une nuit dans l’escalier de l’immeuble de l’auteur-compositeur, fut décisive. Le compagnonnage avec Lucien Morisse, patron du label Disc AZ et puissant responsable de la programmation musicale, lui permit d’accéder au succès. 

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Possédant un public fidèle aux strates variées, Pascal Danel a accompagné, avec ses chansons célèbres ou moins connues, nombre de familles francophones qui possédaient ses disques portant une œuvre personnelle. L’ami Jacob, Mamina, Les Trois dernières minutes constituent notamment des perles jouissant d’une moindre notoriété, mais d’une profonde sensibilité, comme Ton âme (Prix de la Rose d’Or). 

Politiquement proche de Mitterrand et de FO

En 1974, la rencontre à Château-Chinon entre Pascal Danel et François Mitterrand signa une amitié quasi-filiale et indéfectible. Margit et Pascal Danel, parents de l’artiste Jean-Pierre Danel, possédaient leur chambre à Latche (40), dans la maison de l’ancien président de la République. À partir des années 1980, l’artiste produisit des émissions de télévision (Cadence 3, puis Macadam) et organisa la programmation de la fête annuelle de Force Ouvrière pendant plusieurs années. 

Homme aux diverses complicités amicales et artistiques – on ne compte pas le nombre de ses proches dans le show-biz – Pascal Danel possédait avant tout une passion pour le public, qu’il souhaitait impatiemment retrouver après une période d’affaiblissement physique. Les dernières lignes qu’il a écrites sont pour lui : « Une bonne chanson, c’est celle que les personnes dans la salle auraient pu écrire. Parce que cette mélodie et ce texte, qui les fait vibrer, leur appartiennent. »

J'ai le mal de mère : Pascal Danel se livre

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Marc Benveniste est co auteur de J’ai le mal de mère

Mélomanie insulaire

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Musique en Ré, édition 2022 © P. Thièbaut

À distance prophylactique des JO parisiens et de l’infernal « Hidalgo Land », tout n’est pas perdu des vieilles traditions, en France. Par chance, certaines d’entre elles perdurent jusque sur l’île de Ré. 


Si l’île de Ré n’est pas protégée des foules estivales surnuméraires qui en franchissent le pont chaque jour depuis La Rochelle, l’oasis charentaise demeure encore un territoire au patrimoine architectural et paysager ardemment préservé des outrages du modernisme, du mitage de la campagne, de l’invasion publicitaire, etc. Ce n’est plus si courant, de nos jours.  

Mozart en plein air et feu d’artifice lundi

Le patrimoine musical y est également à l’honneur, et ce depuis 37 ans qu’existe Musique en Ré, modeste mais exigeant festival de musique classique, implanté non seulement dans l’adorable capitale insulaire de St-Martin-de-Ré, mais dans plusieurs des splendides villages de « Ré-la-Blanche » – Ars, Loix, les Portes… Ouverte le 25 juillet, l’édition 2024 de Musique en Ré se poursuit jusqu’au 8 août. Avec pas moins de 16 concerts programmés, dont sept en plein air, gratuits ceux-ci.

C’est ainsi que St-Martin-de-Ré accueillera, place de la République, en plein air, ce 29 juillet, une soirée opéra avec Don Giovanni de Mozart, concert appelé à se clôturer par un feu d’artifice. Ars-en-Ré s’est réservé l’incontournable concert « Jeune Public », avec Le Petit Prince d’Antoine de St-Exupéry mis en musique par Marc-Olivier Dupin, avec l’Orchestre symphonique de Musique en Ré, dirigé par Florent Pujuila, et la projection concomitante de dessins originaux de Joann Sfar.

Du beau monde

On sait que la famille Casadesus honore l’île de Ré de ses multiples talents depuis maintes générations. Cette année, le maestro Jean-Claude Casadesus sera au pupitre de l’orchestre symphonique du festival dans Schéhérazade de Rimski-Korsakov. Très attendus également, Pierre Dumoussaud, lauréat des Victoires de la musique classique 2022, pour diriger Don Giovanni ; le chef Aurélien Azan Ziélinski (actuellement directeur de l’Orchestre National de la Radio-Télévision albanaise) associé au violoncelliste Xavier Philipps, Trevor Pinnock, légende internationale de la musique baroque ; Sarah Nemtanu, Nicolas Bône, Alexis Cardenas, Théo Fouchenneret, Alexandre Gattet, Marc Trénel, Thibault Noally, Vincent Beer-Demand.… 

Pas de seconds couteaux sur l’île de Ré : rien que du beau monde pour charmer les oreilles attentives.    

Musique en Ré, jusqu’au 8 aout 2024. Informations et programme détaillé sur www.musique-en-re.com

Il y a 30 ans, l’attentat de l’Amia à Buenos Aires

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La cérémonie du 30ᵉ anniversaire de l'attentat de l'AMIA, le 18 juillet 2024 à Buenos Aires © Esteban Osorio/Sipa USA/SIPA

Le 18 juillet 1994, une voiture piégée vise un bâtiment abritant plusieurs associations juives, dont l’Association mutuelle israélite argentine. Depuis, l’Iran est toujours parvenu à échapper aux poursuites, et continue à tisser sa toile et à développer son influence en Amérique du Sud.


Buenos Aires, 18 juillet 2024. Comme chaque année une sirène hurle dans la ville à 9h53 rappelant l’acte terroriste le plus grave de l’histoire du pays. Le 18 juillet 1994, un camion piégé avait provoqué 85 morts et 300 blessés. L’attentat visait le bâtiment de l’Amia, une organisation analogue au FSJU en France. C’était aussi, depuis la Shoah, le plus grand massacre de Juifs avant celui du 7 octobre 2023. 

Il est survenu quelques mois après la signature des accords d’Oslo, une période où la paix au Moyen-Orient semblait proche. Une preuve de plus que les terroristes n’agissent pas par désespoir mais avec un projet politique.

Cette année, la cérémonie a une autre ampleur que d’habitude. C’est le 30e anniversaire, le président Javier Milei est au premier rang entouré de son gouvernement et des présidents d’Uruguay et du Paraguay. On sait que la vérité sur l’attentat lui importe, des attentats, faudrait-il dire, car celui qui avait frappé l’Ambassade d’Israël, en 1992, entrainant 29 morts, n’a jamais été résolu non plus. 

Une affaire qui embarrasse la justice et le pouvoir argentins depuis des décennies

Il n’a pas manqué de malins, à l’époque, pour prétendre que c’étaient des Juifs qui, à l’instigation d’Israël et des États-Unis, avaient commis ces crimes pour pouvoir en accuser les musulmans, mais depuis trente ans tous les regards étaient tournés vers un seul commanditaire, l’Iran avec le Hezbollah comme opérateur. En avril 2024, pour la première fois, la Cour de cassation argentine a accusé l’Iran d’avoir perpétré un crime contre l’humanité ; en mai, il y a trois mois, la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme a accusé la justice argentine d’avoir entravé la découverte de la vérité. Le président de l’Amia n’a pas mâché ses mots :  « Trente ans que l’État argentin détourne le regard, accumulant retards et erreurs ».

Ces trente ans de faux-fuyants méritent d’être rappelés, tant ils dévoilent un système politique démocratique mais dévoyé. Entre 1989 et  1999, donc à l’époque de l’attentat, le président était Carlos Menem, un péroniste de droite, ultra-libéral, bon vivant, proche des États-Unis, cherchant à apaiser les conflits plutôt que de les aiguiser, de façon à mieux mener des affaires personnelles pour lesquelles il a été à plusieurs reprises accusé et parfois condamné pour corruption, tout en restant protégé par son immunité parlementaire de sénateur. Musulman d’origine libanaise, converti au christianisme pour faciliter sa carrière politique, il fut le premier président argentin à visiter Israël. Ayant rompu un contrat nucléaire avec l’Iran, il a prétendu que le Hezbollah avait assassiné l’un de ses fils. D’un autre côté, parmi ses amis proches, il y avait un homme d’affaires syrien qui aurait acheté le camion piégé et qui était en lien avec des employés particulièrement suspects de l’Ambassade iranienne. Une machination s’organisa pour ne pas poursuivre cette piste. Elle impliquait le premier juge chargé de l’enquête et les services secrets argentins. Des années plus tard, des fonctionnaires furent condamnés pour obstruction à la justice. Menem, lui, fut relaxé. Il est difficile néanmoins d’imaginer qu’il n’ait pas interféré avec le processus judiciaire qui fut détourné et bloqué dès sa présidence. Le motif pourrait en être la corruption ou le désir de protéger ses amis plus que l’idéologie…

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Nestor Kirchner est devenu président en 2003. C’était aussi un péroniste, mais de gauche et cette orientation s’est accentuée avec son épouse Cristina, qui lui a succédé de 2007 à 2015, et a de fait continué de diriger le pays de 2019 à 2023 en tant que vice-présidente de l’insignifiant Alberto Rodriguez, un homme qui se disait convaincu de la culpabilité de l’Iran dans l’attentat tant qu’il n’était pas président et qui, une fois qu’il le devint, prétendit qu’il n’y avait aucune preuve de cette culpabilité…

Entre 2015 à 2019, le président Mauricio Macri ne parvint pas à sortir l’Argentine de son marasme économique et les péronistes, appelés justicialistes, reprirent le pouvoir. Macri est aujourd’hui, comme son cousin le maire de Buenos Aires, l’allié de Javier Milei, ce président atypique, ami d’Israël, qui fait subir à son pays une thérapie de choc aux résultats encore incertains.

De plus en plus engagée dans la mouvance antiimpérialiste, Cristina Kirchner, conseillée par le Vénézuélien Hugo Chavez, chercha à renforcer les liens commerciaux avec l’Iran et à se débarrasser de cette épine du pied qu’était l’attentat contre l’Amia. Il en est résulté un protocole d’accord entre les deux pays (non ratifié ensuite par l’Iran et dénoncé par Macri), suivant lequel, entre autres, les interrogatoires s’effectueraient en Iran même avec une coopération des deux pays à la « recherche de la vérité ». On croit rêver en lisant que l’Iran était supposé aider à l’enquête !

Ce protocole brillant, dont le maitre d’œuvre du côté argentin était le Ministre des Affaires Étrangères Hector Timmerman, fils d’un militant juif célèbre, emprisonné à l’époque de la dictature, souleva l’indignation de la grande majorité des Juifs d’Argentine. Ils le prirent pour une trahison visant à exonérer les Iraniens suspects d’avoir organisé l’attentat, tels Ahmed Vahidi, aujourd’hui ministre de l’Intérieur d’Iran, un des hommes les plus puissants du pays, et à leur éviter les mandats d’arrêt internationaux émis par l’Interpol.

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Cette accusation fut développée par le procureur Alberto Nisman, en charge du dossier de l’Amia, qui déposa plainte contre Cristina Kirchner pour avoir organisé l’impunité des Iraniens. La veille de son témoignage à la Chambre des Députés, alors que comme par hasard, les dix policiers chargés de sa sécurité ne sont pas à leur poste, il est retrouvé mort, une balle dans la tête. C’était en janvier 2015, il y aura bientôt dix ans. L’enquête a confirmé en 2017 qu’il s’agissait bien d’un assassinat et non d’un suicide comme les milieux proches de la présidente le prétendaient. En 2023, la Cour de cassation a annulé l’acquittement dont avait bénéficié Cristina Kirchner à ce sujet. Reste à voir si celle-ci, qui fait face en outre à plusieurs accusations de corruption, sera jugée, mais Nisman, qui était Juif, a bien été la 86e victime de l’attentat contre l’Amia.

Une Amérique du Sud assez largement opposée à Israël

Pour comprendre ce fait invraisemblable que la mise en cause de l’Iran, qui paraissait évidente dès les premiers jours de l’attentat, ait pu être esquivée pendant trente ans, il faut tenir compte de trois caractéristiques de l’Argentine qu’on ne peut qu’esquisser ici.

  1. L’Argentine, qui fut longtemps considérée comme un pays de cocagne, et dont l’évolution économique aurait pu être aussi brillante que celle des États-Unis, a été la victime de ses dirigeants politiques. Même lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir par la voie des urnes, ceux-ci ont très souvent choisi une politique de court terme et le péronisme est le symbole de ce système. Sous couvert de redistribution des richesses, il a affaibli le pays, il a renforcé le clientélisme, la corruption et la polarisation contre des boucs émissaires dont les États-Unis sont évidemment l’archétype. Qui s’oppose aux États-Unis s’oppose à Israël, et n’a pas de prévention contre une alliance avec le régime des mollahs iraniens, ennemi de l’un et de l’autre.
  1. Il existe en Amérique du Sud une très importante diaspora syro-libanaise. Une partie, notamment au Brésil, majoritairement chrétienne, est installée déjà depuis le XIXe siècle. Une autre partie est chiite. Un récent article de l’expert du FDD, Emmanuelle Ottolenghi, attire l’attention sur l’activisme de cette communauté au Brésil. Ces musulmans chiites sont volontiers installés dans des zones où circulent armes et trafics en tous genres, comme la triple frontière entre Argentine, Brésil et Paraguay. Ils sont un milieu de propagande privilégié pour le Hezbollah1
  1. L’Amérique latine, et l’Argentine de Peron en particulier, a été la destination favorite des nazis en cavale après la guerre. Leur antisémitisme, leur négationnisme, leur totalitarisme se sont souvent colorés d’un agenda anti-impérialiste qui les a rendus très digestibles par certains militants ou dirigeants populistes. Pour ne parler que d’un récent passé, Chavez a eu longtemps pour proche conseiller, certains disent pour gourou, le nazi d’extrême gauche Norberto Ceresole et les Kirchner étaient liés à un activiste social bien connu en Argentine, Luis d’Elia, antisémite fanatique, négationniste et grand admirateur de l’Iran.

Ainsi se vérifie l’affinité potentielle d’une sensibilité sociale avec pouvoir charismatique totalitaire, anti-impérialisme et antisémitisme débridé. Toute comparaison avec le chemin que suit aujourd’hui le président de LFI en France n’engage que celui qui la fait…..


  1. A ce sujet on peut relire ici l’analyse de Renée Fregosi L’Amérique latine du «Sud global» contre Israël NDLR ↩︎

L’étrange militantisme de Mme Samra Seddik, sage-femme

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Samra Seddik, sage femme "engagée"... Capture YouTube.

Après un premier article consacré au Dr Nour El Iman Kaddouri, co-fondatrice de l’OMAS, nous continuons notre exploration de ces soignants qui diffusent l’idéologie frériste. Toute aussi inquiétante: Mme Samra Seddik, sage-femme et présidente d’une association proche des Frères Musulmans, marrainée par l’animatrice Sidonie Bonnec…


Dans un précédent article, nous avions abordé le sujet de l’OMAS (l’Organisation Musulmane des Acteurs de la Santé) ; une association médicale spécialisée dans le lobbying frériste, qui dispose d’antennes dans plusieurs facultés de médecine de France, qui milite notamment pour que les infirmières soient voilées et que les patientes soient soignées par des femmes. 

L’OMAS organise régulièrement des sessions de formation, à destination d’étudiants musulmans, à l’aide de conférenciers qui sont des professionnels de santé agréés par l’État. Parmi eux, une sage-femme : Mme Samra Seddik, qui partage son activité de sage-femme libérale entre Saint-Germain-Lès-Corbeil (91) et Vigneux-sur-Seine (91).

Une soignante très présente, mais pas seulement auprès de ses patients

Le compte Instagram de Samra Seddik, aux 13,3 K followers, regorge d’informations précieuses pour qui s’intéresse à l’influence frériste dans le domaine de la santé. Très active sur son réseau social, Mme Seddik diffuse l’agenda de ses interventions médiatiques : outre une intervention sur la radio France Bleu Paris aux côtés du Dr Jimmy Mohamed, nous retrouvons des lives « Ramadan, grossesse et allaitement » avec les théologiennes Oustedha Asmahane et Ismahene Bouzidi, membres du Conseil Théologique Musulman de France (le CTMF), dont le bureau est composé de plusieurs responsables de la branche française des Frères Musulmans ; un live avec Zina Hamzaoui, sage-femme de Molenbeek et chroniqueuse pour la station  de radio belge AraBel FM, organe de propagande des Frères Musulmans tunisiens ; une « Medical Masterclass » avec le Dr Lyna Chami, psychiatre au CHRU de Tours et membre de l’OMAS ; un live, bien sûr, avec le Dr Nour El Iman Kaddouri, médecin généraliste dans le Nord et co-fondatrice de l’OMAS ; deux conférences au Centre Islamique de Villeneuve-d’Ascq (le CIV), dont l’écrivain Mohamed Louizi avait sonné l’alerte1 en prévenant qu’il s’agissait d’une vitrine française des Frères Musulmans ; un live, aussi, avec la psychologue Meriem Saghrouni dont le père, Mohamed-Taïeb Saghrouni, mémoire active du courant qotbiste, est un haut responsable des Frères Musulmans dans la région lilloise et se dit favorable au « djihad armé »2

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Dans une interview3, Samra Saddik indique être membre bénévole de l’association A2S (Avenir Santé Solidarité), où elle participerait à des projets audiovisuels. Après enquête, cette association – cofondée par M. Yasser Malek, salarié d’AstraZeneca et par le Dr Jad Kamel, cardiologue à Bondy (93) – s’avère être effectivement à la tête d’un programme télévisuel sur la chaîne Oumma TV, média qualifié à plusieurs reprises d’islamiste ; dans cette émission, Samra Seddik est intervenue pour participer à des chroniques telles que « Grossesse et Ramadan » ou « Le jeûne et l’allaitement ». 

Sur son compte Doctolib, Samra Seddik affiche son appétence pour l’étude du champ mental de la femme (avec un D.U en Psychiatrie Périnatale et un D.I.U en Psychopérinatalité). Chercheuse au CNRS et spécialiste du frérisme, le Dr Bergeaud-Blackler met régulièrement en garde sur l’« emprise mentale et psychique que les Frères Musulmans cherchent à exercer »4. À nos autorités de santé de déterminer si la vulnérabilité psychique de la femme enceinte – ou la vulnérabilité psychique d’une femme qui serait endeuillée par des avortements induits ou spontanés, ou confrontée à une hypofertilité – est compatible avec une prise en charge médicale menée par des professionnels de santé qui adhèrent et évoluent dans les réseaux des Frères Musulmans. 

Radicalisation après les attaques islamistes en Israël

Avec les attentats terroristes du 7 octobre, le ton se durcit sur les réseaux sociaux de la sage-femme.  

Samra Seddik se filme en conduisant (« J’en profite, entre deux visites à domicile ») ou dans son cabinet médical : nous constatons qu’elle arbore un keffieh et un pendentif aux couleurs du drapeau palestinien sur son temps d’exercice professionnel. Par ses vidéos ou ses publications, elle livre publiquement ses impressions sur le conflit qui se joue sur la bande de Gaza ; à ses 13,3 K followers, elle relaie des brèves d’actualités d’Al-Jazeera (proche, notamment, des Frères Musulmans), de l’association Palmed (affiliée aux Frères Musulmans) ou de GazaNewsPlus (média francophone du Hamas). Sur les réseaux sociaux de ces soignants pro-palestiniens, nous découvrons l’espace préoccupant qu’ils occupent dans la désinformation médiatique de cette guerre. Sur le compte de la sage-femme, de nombreuses informations sont partiales, tronquées ou fausses. À titre d’exemple, elle partage la photo d’enfants gazaouis qui dorment dans la boue et commente : « Cette image me hante. Qu’ont fait ces enfants ? » ; une brève analyse suffit pourtant pour dire que cette image a été générée par de l’intelligence artificielle.  Dans une story, Benyamin Netanyahou est pris pour cible dans un appel au meurtre : « Netanyahu se rend aux States. Le port d’armes est libre là-bas. Des dohas. » (« supplications à Allah », en arabe). 

Capture Facebook

Prise en photo dans une manifestation pro-Palestine, Samra Seddik arbore une pancarte : « À Gaza, ils ont écrasé avec des bulldozers des femmes enceintes avec un drapeau blanc qui se dirigeaient à l’hôpital ». En épluchant la presse internationale, on apprend que cette information provient d’Al-Jazeera et que le média qatari The New Arab se dit être incapable d’en prouver l’authenticité5 ; l’AFP, de son côté, a bien recueilli une vidéo de bulldozers qui tourne sur les réseaux sociaux palestiniens… mais a démontré que cette vidéo, tournée en Égypte en 20136, provient d’une séquence d’affrontements violents entre le gouvernement égyptien et des partisans des Frères Musulmans lors du massacre de la place Rabia-el-Adouïa. Samra Seddik ferait donc la promotion des fake news d’Al-Jazeera dans des manifestations françaises.  

A lire aussi, Mohamed Louizi: Combattre l’islamisme d’atmosphère

L’originalité de la pensée de la sage-femme tient également dans son affirmation que « le vrai but [d’Israël] n’est pas de neutraliser le Hamas » mais qu’il s’agit d’une « guerre qui vise les bébés » ainsi que les soignants et le personnel humanitaire qui sont « visés délibérément ». Elle accuse Israël « de crime contre l’humanité » et d’être un « régime génocidaire » ; les soldats de Tsahal sont désignés comme des « barbares assoiffés de sang et de destruction », « des déséquilibrés à qui on a donné le pouvoir de tuer » ou bien encore « une armée de diaboliques ». Elle compare Mia Schem, une « otage blanche », aux enfants palestiniens « qui ne sont pas assez blancs » pour que le monde s’en préoccupe. Sur le sujet des otages, d’ailleurs, elle affirme qu’il n’y a aucune preuve des « violences faites soi-disant aux femmes le 7 octobre […] par contre les violences sexuelles contre des milliers de Palestiniennes sont bien réelles ». Fait inquiétant pour l’avenir, elle déclare : « On a été trop gentils en manif ! Trop pacifiques ! Trop dociles ! Ce n’est pas comme ça qu’on obtiendra gain de cause ! […] J’ai la haine ! » : et, en partageant la vidéo d’un enfant palestinien, prévient : « Dans quelques années, ne venez surtout pas nous demander de condamner lorsqu’il voudra se venger ». 

Samra Seddik est aussi la présidente de l’association « Un petit bagage d’amour », qui a participé à Fort Boyard en 2020

En 2016, Samra Seddik créé l’association « Un petit bagage d’amour » (UPBA) qui vient en aide aux jeunes mères précaires. Parmi les partenaires de l’association, se trouve le Secours Islamique de France (SIF) ; en 2022, le sénateur Pierre Charon alertait le gouvernement7 sur la dangerosité du SIF qui « a des liens avec le Hamas, le Hezbollah et les Frères Musulmans » et soutient « un programme d’islamisation en France ». 

Sur les réseaux d’UPBA, Samra Seddik poursuit sa cabale contre le privilège blanc. Dans une publication où elle tague Anne Hildalgo et Emmanuel Macron, elle dénonce un « racisme » d’État avec une « solidarité […] pour les réfugiés venus d’Ukraine » alors que « si vous êtes une maman venue d’Afrique, vous pouvez crever ». L’association de Samra Seddik bénéficie néanmoins d’un beau rayonnement médiatique, puisqu’elle reçoit le Prix Solidarités Version Fémina du JDD en 2023 ; avec sa marraine, l’animatrice Sidonie Bonnec, UPBA est même représentée dans l’émission Fort Boyard en 2020 par Élodie Gossuin, Sylvie Tellier, Mélanie Page, Carla Lazzari et Bruno Guillon. Grâce à cet effort participatif et aux subventions du contribuable octroyées à France Télévisions, Samra Seddik récolte la somme de 10 853€ pour le compte de son association. 

Fût un temps, « Un petit bagage d’amour » bénéficiait du parrainage de l’acteur Gérard Darmon ; la collaboration doit être suspendue depuis puisque Samra Seddik fustigeait l’acteur sur Instagram en avril dernier pour son soutien à Israël (« Gérard Darmon, en Israël, face aux soldats qui massacrent en ce moment des bébés ») en même temps qu’elle épinglait Michel Boujenah, Meyer Habib, Frank Tapiro… dont elle s’exclame que «[ces] personnes qui appellent au massacre des palestiniens n’ont même pas un rappel à l’ordre ». Elle évoque aussi l’« l’ivrogne Élisabeth Lévy qui est derrière [Causeur] » ainsi que « la haine » et « la noirceur de l’âme » de Véronique Genest. Que nos lecteurs qui soutiennent Israël se rassurent, ils ne sont pas oubliés par Samra Seddik qui affirme sur son LinkedIn que « les défenseurs d’Israël […] aujourd’hui ne sont que des malades mentaux ».  

Sur le site de l’association, on découvre que son local parisien se situe dans la crypte de l’église Saint-Sulpice (Paris, VIème) ; notamment grâce à l’appui du Père Henri de la Hougue, co-président d’un groupe d’amitiés islamo-chrétiennes. Il appartient à présent aux membres de cette association, à Sidonie Bonnec, au Père de la Hougue, aux fidèles de l’église Saint-Sulpice et aux catholiques du diocèse de Paris de déterminer si le soutien financier et logistique d’une association peut se faire au détriment d’une autre minorité ; si la présence de Mme Samra Seddik dans l’église de Saint-Sulpice honore l’image de l’Église et le travail entrepris par les amitiés judéo-chrétiennes depuis soixante ans ; et si des accointances fréristes peuvent être compatibles avec le message de l’Église dont, rappelons-le, les premiers bâtisseurs furent juifs. 

Pour conclure,  nous rappelons que le petit Kfir Bibas, kidnappé à l’âge de neuf mois par les terroristes du Hamas et absent de la compassion de Mme Seddik, demeure encore à ce jour le plus jeune otage du monde. En réponse à cette ignominie, un homme d’Église, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, a proposé d’offrir sa vie aux djihadistes8 et de se substituer aux enfants otages israéliens (dont le petit Kfir) afin qu’ils puissent quitter l’enfer des geôles islamiques et qu’ils retrouvent – enfin – la sécurité des bras de leurs parents et le sol béni de leur Terre Promise.


  1. Louizi, Mohamed. « Pourquoi j’ai quitté les Frères Musulmans », Éditions Michalon, 2016. ↩︎
  2. « La galaxie des Frères Musulmans en France », https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/FM/index.html, Consulté le 20 juillet 2024. ↩︎
  3. « Samra Seddik et son petit bagage d’amour », https://www.lallab.org/samra-seddik-et-son-petit-bagage-damour/, Consulté le 19 juillet 2024. ↩︎
  4. Cazes, Séverine et De Saint-Sauveur, Charles. « Influence des Frères Musulmans », https://www.leparisien.fr/societe/influence-des-freres-musulmans-jai-peur-que-la-societe-francaise-ne-soit-en-train-de-baisser-les-bras-24-05-2023-RC3K654CUFAMHLYAEYFKJ2VCUY.php, Consulté le 18 juillet 2024. ↩︎
  5. The New Arab, https://www.newarab.com/news/israeli-army-shot-pregnant-women-ran-over-bodies-report
           Consulté le 20 juillet 2024.
    ↩︎
  6. AFP. « Cette vidéo ne montre pas l’armée israélienne détruire un camp à Gaza, elle a été filmée en Égypte en 2013 », https://factuel.afp.com/doc.afp.com.34868XQ, Consulté le 20 juillet 2024. ↩︎
  7. Charon, Pierre. « U.E et financement d’ONG liées à l’islam radical », https://www.senat.fr/questions/base/2021/qSEQ210723890.html, Consulté le 15 juillet 2024. ↩︎
  8. Dupeyron, Catherine. « Le Cardial Pierbattista Pizzaballa prêt à prendre la place des enfants israéliens otages à Gaza », https://www.lepelerin.com/religions-et-spiritualites/les-grandes-figures-de-leglise/le-cardinal-pizzaballa-pret-a-prendre-la-place-des-enfants-israeliens-otages-a-gaza-8377, Consulté le 15 juillet 2024. ↩︎

La boîte du bouquiniste

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Jean Bertheroy D.R

Les bouquinistes ne sont pas virés des quais de Seine durant les JO. Causeur peut donc fouiner dans leurs boîtes à vieux livres.


Il faut lire dans Cléopâtre, de Jean Bertheroy, la description des jardins d’Alexandrie, de la procession des prêtres, de la double mort d’Antoine et de la reine d’Égypte : c’est du Flaubert !

Il paraît qu’une malédiction touche les imprudents qui cherchent à percer les secrets de la Lagide : ils en tombent amoureux. Certes, la plume de Jean Bertheroy – une femme !–, propage quelque chose de si voluptueux que le lecteur, par quel mystère ?, s’éprend irrésistiblement de cette triple figure historique, littéraire et mythologique.

Mais revenons à l’auteur. Si le style, c’est l’homme même (Buffon), je laisserai le style de Bertheroy témoigner pour elle. De son histoire en effet, à peine sais-je qu’elle naquit Berthe Le Barillier en 1858, et mourut en 1927 ; qu’elle publia au Figaro ainsi qu’à la Revue des deux mondes ; qu’elle reçut la Légion d’honneur, et pas moins de trois prix de l’Académie française ; qu’elle écrivit un nombre conséquent de poésies et de romans historiques, la plupart sur l’Antiquité ; enfin, que le collectionneur dénichera plus facilement ses autographes que ses ouvrages, car ceux-ci, depuis plus de cent ans, ont presque entièrement cessé d’être édités.

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Bertheroy aurait tout pour plaire, pourtant. Féministe (au sens large : mais tout de même, on lira dans Femmes antiques de jolies odes au beau sexe), elle ne composa jamais rien qui pût trahir de douteuses idéologies, ni même qui pût sortir son lectorat d’un certain confort de salon. Elle était poète excessivement sculpturale, dans la pleine veine de l’art pour l’art, esthète, c’est-à-dire ne cherchant dans l’écriture que la pure beauté formelle, et sans doute la concevant comme un formidable moyen de s’évader de sa modernité. Je citerais sans fin sa plume admirable, celle du Colosse de Rhodes particulièrement, mais ses titres déjà sonnent comme des poésies : Sybaris, Les Vierges de Syracuse, Le Tourment d’aimer, Amour, où est ta victoire ?

Certes, Jean Bertheroy fut aussi de cette préciosité descriptive d’un certain XIXe, celui de Flaubert, celui de Gautier surtout (Le Roi Candaule), terriblement passée de mode. Son récit, tout en rythme, est tout en pauses, technique et savant. Bertheroy, tels ses aînés, composait à la manière d’un artisan : péché mortel !

Car l’époque, hélas, est à la littérature populaire en 140 signes : une description longue ornée de mots rares, cela n’intéresse plus personne et n’a pas la moindre chance de triompher sur le grand marché. « Trop de notes », disait à Mozart l’empereur Joseph : à bon entendeur !

L’on n’est pas censé faire les livres comme les boîtes de conserve, mais comme les pendules, professait La Bruyère : ce serait fort judicieux de s’en souvenir, et à l’heure de l’intelligence artificielle, de penser un peu moins à la quantité, un peu plus à la qualité ; et à défaut de meilleur, pourquoi pas ?, saisissant l’occasion d’une fortuite trouvaille chez un bouquiniste, de lire ou de relire la prose poétique de Jean Bertheroy, plutôt que les dernières baguenauderies de nos ronds-de-cuir.

Jean Bertheroy, Cléopâtre, Armand Colin et Cie, 1891.

Déficits: ce qui attend à la rentrée un éventuel “gouvernement technique”

DR.

Bruxelles ouvre une procédure d’endettement excessif envers Paris. La France, qui n’a pas encore nommé de nouveau gouvernement, devra dire en septembre à la Commission européenne comment elle compte rétablir ses comptes pour rapidement rentrer dans les clous du pacte de stabilité budgétaire européen. À la Cour des comptes, Pierre Moscovici n’est guère optimiste: «La dette française s’élève déjà à 3100 milliards d’euros. Elle sera de 3600 milliards en 2027. Nous payons déjà 52 milliards par an pour la rembourser, ce sera 80 milliards en 2027. Il ne restera plus de marge de manœuvre pour financer les services publics et la transition écologique».


À la fin de son opus politique Le Nœud Gordien, Georges Pompidou notait « l’inaptitude profonde naturelle des Français à être gouvernés ». Mais ce caractère rebelle, batailleur et prompt à la querelle, pour atavique qu’il soit, n’a jamais empêché l’État français de fonctionner. 

Vers un effondrement de l’État français ?

Or, pour la première fois en quatre-vingt ans, la question de la survie de cet État tel que nous l’avons connu se pose. Si aucune majorité claire ne se dégage du scrutin législatif, d’aucuns pourraient dire que la gauche en sort renforcée, une situation inédite qui pourrait contraindre Emmanuel Macron à choisir un Premier ministre issu de cette orientation politique. Il n’est même pas besoin de revenir sur la politique économique mortifère que promet la gauche française actuelle, si éloignée du réalisme de la gauche britannique nouvellement au pouvoir, par exemple. Son irréalisme, sa condamnation immédiate de tout redressement du pays, signalent le caractère ténu d’une accession au pouvoir d’un clan sectaire et agressif. Ce qui devrait en creux favoriser l’arrivée d’un gouvernement mi-technique, mi-transpartisan à forte composante centriste… 

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Victoire des Travaillistes à Londres: la fin du populisme?

Au-delà de ces dynamiques politiques immédiates et conjoncturelles, une menace bien plus grave plane sur la France : une crise financière d’une ampleur sans précédent, qu’aucune configuration politique et parlementaire ne saurait enrayer malheureusement, sauf à prendre de graves et courageuses décisions. 
Essayons d’imaginer comment une telle crise pourrait se dérouler pour l’État, symbole de la continuité de la nation. Car la France fait face à une crise de la dette publique sans précédent. La dégradation de la note de notre dette publique par les agences de notation, et l’ouverture par Bruxelles d’une procédure d’endettement excessif, sont à la fois des symptômes et des accélérateurs de la dérive de nos finances publiques. La dette publique française a atteint un niveau record de 3 160 milliards d’euros, soit près de 111% du PIB ; mais au-delà de ce niveau absolu de dette, c’est un problème de liquidités à court terme qui pourrait se poser à l’État, alors que la charge des intérêts de la dette est en passe de devenir le premier poste budgétaire, menaçant de facto notre État-providence. Si nous voulons vraiment redresser la barre, en 2025, le gouvernement devrait idéalement réduire le budget de l’État de 50 milliards d’euros. S’il ne le fait pas lors de la discussion du Budget 2025, cet automne au parlement, il devra progressivement atteindre cet objectif avant 2027. Une coupe drastique dès cette année, pour satisfaire nos partenaires européens et la BCE, obligerait à arrêter les dépenses de l’État dès septembre, ce qui représenterait une économie brutale de 25 milliards d’euros sans aucun autre effort d’ajustement.

Qui succédera à Bruno Le Maire pour être un super-ministre des économies ?

Cet effort, dont on parle depuis deux mois, sans que rien n’ait été réellement entrepris par Bruno Le Maire, va obliger à verrouiller brutalement le tiroir-caisse de l’État dès la rentrée de septembre. Cela devrait permettre de réaliser au forceps une économie brutale de 25 milliards d’euros. Mais à quel prix ! À titre d’exemple, on sait déjà qu’au ministère de la Justice, les factures de certaines dépenses engagées ont été reportées à… 2025, créant ainsi des dettes fournisseurs autant scandaleuses qu’illégales, provoquant chez bien des fournisseurs des problèmes graves de trésorerie qui finiront parfois… au Tribunal de commerce ! Du côté des armées, le mythe de la « sanctuarisation » semble enterré depuis longtemps. Quant à l’Éducation nationale…
Notre système de retraites par répartition, déjà fragile en dépit de quelques réformes paramétriques souvent inutiles ces dernières années, pourrait s’effondrer très rapidement. Incapable d’emprunter plus, le système devrait choisir entre ponctionner plus les salariés, écrêter les plus hautes pensions ou réduire les pensions pour tous. Nul doute que les débats sur la capitalisation réapparaitront dès la rentrée. Après les retraites, c’est notre système de santé publique qui devrait rapidement faire l’objet de discussions sur une possible restructuration dans la douleur. Nous devrions alors voir l’apparition de nouvelles cliniques et maisons de santé privées que l’on payera au prix fort, ou accessibles aux adhérents de super mutuelles parfois financées par les employeurs pour leurs cadres supérieurs (lesquels votent Renaissance et LFI). Le risque est grand de voir certaines maladies chroniques basiques ne plus être prises en charge (ou moins bien prises en charge que maintenant), avec un décrochage de l’espérance de vie selon le lieu d’habitation.

Le contribuable peut aussi s’inquiéter

Une possible réponse immédiate pourrait être de nature fiscale: il n’y a pas besoin de l’accession au pouvoir de LFI pour envisager un recours à l’impôt pour cause d’ajustement des finances publiques. Une augmentation des prélèvements, par exemple de 20 milliards d’euros (l’effort minimum, si on ne fait rien sur la dépense publique), pourrait provoquer une récession – notre croissance étant à peine positive ces jours-ci – et un effondrement supplémentaire des recettes publiques (du fait d’une pression fiscale déjà trop élevée) : la réponse fiscale ne serait évidemment donc pas la panacée pour nous sortir de l’ornière.

A lire ensuite, Stéphane Germain : Politique économique: le choix des sophismes

Nous entrerions alors dans une spirale infernale de réduction de la dépense publique (sous contrainte de Bruxelles, et des acheteurs de dette française) amplifiant ladite récession, l’effondrement des services publics qui tenaient encore, un débordement total des forces de sécurité intérieure, avec l’apparition d’une violence acquisitive inégalée depuis la Révolution (je vole ce que je ne peux acheter)… Face à un tel scénario d’effondrement total de l’État français, la tentation serait grande de procrastiner, et de ne toujours rien faire s’agissant des dépenses publiques.
Ce qui n’a pas été fait progressivement en matière d’ajustement – sous Emmanuel Macron, la dépense publique n’a jamais baissé et demeure peu ou prou au même ratio rapporté au PIB qu’en 2017 – doit-il être réalisé en quelques mois, au risque de précipiter un effondrement tant redouté par les Français ? Est-ce qu’un gouvernement technique transpartisan n’est pas la meilleure opportunité pour restructurer notre État, puisque les politiciens ne se sont jamais saisis du sujet ? Nul ne le sait, mais nous n’avons probablement le choix qu’entre des solutions assez douloureuses et imparfaites pour les douze prochains mois. Le chaos qui s’annonce n’a finalement qu’une seule vertu. Il permettra de démontrer une fois de plus un adage bien connu : Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre. Plus que jamais, un autre projet politique est non seulement nécessaire, mais possible…

Le nœud gordien

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Dernière crise avant l'apocalypse

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Grégory Doucet, l’Hidalgo de Lugdunum

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D.R

À Lyon, la multiplication des pistes cyclables (et des embouteillages) inspire des « apéros de résistance » contre les « talibans verts » de la mairie…


D’abord capitale des Gaules puis cœur battant du commerce européen à la Renaissance, enfin berceau de l’industrie de la soie, Lyon est depuis l’avènement de Grégory Doucet la figure de proue des mobilités douces.

Le petit commerce pénalisé

Dérégler les feux tricolores, supprimer les grandes voies de circulation pour multiplier les pistes cyclables et faire traîner les travaux en longueur : telle est la politique retorse des talibans verts qui pourrissent la vie des Lyonnais. La ville est devenue un perpétuel chantier, sa rive gauche constamment embouteillée. La dernière lubie de la Mairie, en date du 13 mai, consiste à fermer à la circulation la rue Grenette, axe stratégique qui dessert la Presqu’île d’ouest en est, pour la réserver aux transports en commun et aux vélos.

A lire aussi : De quoi le Front républicain est-il le nom?

Les premières victimes sont les commerçants du centre-ville. Selon Lyon people, ils déplorent une perte de quelque 200 millions d’euros depuis l’élection de Grégory Doucet, 30 % de leur chiffre d’affaires. Les difficultés d’accès font fuir beaucoup de clients qui achètent dans les centres commerciaux ou en ligne.

La Résistance s’organise

Enfin, à bout de patience, les Lyonnais se rebiffent ! Riverains et commerçants se sont rassemblés dans le Collectif des défenseurs de Lyon pour organiser une série de « mâchons » ou « apéritifs de résistance citoyenne » au mois de juin. Les membres se sont réunis devant l’hôtel de ville lors de la tenue du dernier conseil municipal avant l’été. Une pétition en ligne contre la piétonnisation du cœur de Lyon a recueilli plus 5 000 signatures. Mais surtout, Me Mélanie Hamon, avocate en droit public, porte devant le tribunal administratif le recours de ces Lyonnais contre le projet de piétonnisation. Attaquant Ville et Métropole de Lyon, elle entend bien avoir gain de cause contre des transformations engagées sans étude préalable quant à leurs conséquences sur les habitants et les commerçants. Le maire sera peut-être obligé de mettre la pédale douce sur ses projets.

Maroc: le quart de siècle de Mohammed VI

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Le roi Mohammed VI, à la Mosquée de Rabat en 2019 © Gregorio Borgia/AP/SIPA

Le roi, qui vient de célébrer ses 60 ans, est monté sur le trône il y a un quart de siècle. Où va le Maroc ?


Vingt-troisième dynaste alaouite, Mohammed VI a eu la lourde tâche de succéder à son père Hassan II le 23 juillet 1999. Il était alors âgé de trente-cinq ans, un âge parfait pour accéder au trône, suffisamment jeune pour être dynamique tout en bénéficiant de l’expérience d’une petite vie d’homme.

Vingt-cinq ans plus tard, que retenir de son règne et de l’évolution des relations franco-marocaines ? Pays clé des équilibres méditerranéens et sahéliens français, le Maroc partage avec nous une riche histoire commune ainsi que des diasporas actives présentes dans les deux pays. L’élection récente de la députée « ciottiste » Hanane Mansouri, d’origine marocaine, en témoigne d’ailleurs : les liens unissant la France au Maroc sont plus complexes et plus profonds qu’on ne le croit parfois.

Un royaume à l’abri de l’islam politique ?

Pourtant, diverses incompréhensions mutuelles ont émaillé ces dernières années. Longtemps « acquise », la relation franco-marocaine a souffert de non-dits et de batailles d’influence préjudiciables. Nous aurions pourtant tout intérêt à entretenir ce partenariat fécond mais aussi essentiel pour notre vie géopolitique et économique. Pôle de stabilité au sein du monde méditerranéen et arabe, le Maroc affiche désormais un visage moderne et décomplexé.

Il a su d’ailleurs résister aux printemps arabes comme à la montée de l’islamisme politique. Fait inédit, les islamistes du Parti de la Justice et du développement ont été appelés au gouvernement et ont dirigé le pays pendant une décennie avant de quitter le pouvoir par le jeu électoral et démocratique, sans aucune violence. C’est le signe d’une nation résiliente et mature qui compte d’abord sur les indicateurs économiques et les réformes politiques.

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Afin d’éviter la gronde de la rue, le royaume chérifien a su aussi moderniser sa constitution en 2011, alignant progressivement ses institutions sur le modèle des monarchies parlementaires européennes, avec un plus large pouvoir exécutif accordé au roi qui est aussi le commandeur des croyants, de la même manière que nos rois étaient de « droits divins » sur l’idée de Saint-Paul que « toute autorité » émanait de Dieu lui-même. Les pouvoirs et la représentativité du chef du gouvernement marocain ont substantiellement augmenté. Les gouvernements sont désormais toujours issus de la formation politique ayant remporté les élections, ce qui a probablement évité les violences constatées par exemple en Tunisie.

Une diplomatie française tiraillée entre Alger et Rabat

Cette nature monarchique qui assure une continuité historique et garantit un arbitrage équilibré entre les tendances politiques est aussi sûrement ce qui fait parfois du Maroc un pays mal aimé par son voisin algérien et certaines oppositions de gauche en France. Parfois tiraillée entre Alger et Rabat, la diplomatie française semble aujourd’hui entendre de nouveau les bénéfices qu’elle peut tirer d’un apaisement et d’un renforcement des partenariats économiques, comme militaires ou encore religieux. En effet, la doctrine dite de « l’islam du milieu » a fait ses preuves en matière de déradicalisation et les coopérations sécuritaires ont conduit encore récemment à déjouer des attentats terroristes comme à arrêter le meneur du gang marseillais des Yodas (Félix Bingui, chef du gang Yoda, l’un des deux principaux clans du narcobanditisme de la ville, arrêté le 8 mars au Maroc).

Sur le plan des mœurs, la politique de la Moudawana a permis d’améliorer la place et les droits des femmes dans une société encore traditionnelle. Bref, les choses avancent et les vingt-cinq dernières années ont été le théâtre de profondes mais discrètes transformations d’un pays qui entend avoir une place pleine et entière dans le concert des nations modernes, ce que l’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal ne dément pas. Les chiffres sont d’ailleurs éloquents. Le PIB du Maroc est passé de 46,27 milliards $ en 1999 à 130,91 milliards $ en 2022. Une croissance de 183%. Sur la même période, le PIB par habitant a plus que doublé sur la période, passant de 1627 dollars à 3442 dollars en 2022. Il s’agit aussi du second pays le plus industrialisé d’Afrique, notamment dans le domaine automobile où Renault produit les modèles Dacia depuis la méga usine de Tanger.

Un pays très inégalitaire

Restent néanmoins des défis importants à relever. Si le nombre de Marocains vivant sous le seuil de pauvreté absolue a ainsi chuté, passant de 15,3% en 2000 à seulement 1,7 % en 2019, le Maroc reste frappé par les inégalités. Ainsi, les 10% de Marocains les plus aisés concentrent encore onze fois plus de richesses que les 10% les plus pauvres. Le chômage des jeunes reste aussi important, entrainant notamment des départs vers l’Europe. Après avoir modernisé son pays et l’avoir doté d’une économie libérale ne dépendant pas des ressources naturelles, Mohammed VI semble vouloir placer la suite de son règne sous le signe d’une plus grande justice sociale. Et si le Maroc devenait le premier grand pays musulman à adhérer à la social-démocratie ?

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L’autre chantier se situe dans le cadre des relations internationales, singulièrement avec l’Algérie avec laquelle les rapports se sont dégradés considérablement ces cinq dernières années. Jouant la carte de l’équilibre entre signature des accords d’Abraham et aide humanitaire concrète aux Gazaouis, le Maroc a aussi le problème du Sahara à régler où la présence du Front Polisario complexifie tout. Son plan d’autonomie de 2007 est, selon de nombreux observateurs, une issue potentiellement positive qui entraînerait la reconnaissance de la souveraineté du royaume sur la région. La France ira-t-elle plus loin dans cet épineux dossier ? La question soulève en tout cas les passions.