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Bravo l’Artiste!

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Répondant aux questions énamourées de Nathalie Iannetta et de Thomas Sotto, mardi soir sur France 2, le chef de l’État nous a fait comprendre que l’on avait tort de se plaindre de ne pas avoir de Premier ministre, alors que l’on devrait plutôt se réjouir: la France ne s’apprête-t-elle pas à figurer dans le top 5 des nations les plus titrées aux JO?


Il n’y a plus d’opinion politique qui tienne, tout le monde est pétri d’admiration devant le numéro qu’Emmanuel Macron nous a offert ce mardi 23 juillet à 20h. Il devrait rester dans les annales des Jeux olympiques des plus grands rétablissements acrobatiques de plantages politiques !

Je vous ai compris !

En l’occurrence, Jupiter a cédé sa place à Zeus au sein de l’hexagone. Après une explication distanciée de la situation politique française, et après s’être félicité d’avoir pris la décision qu’il convenait en dissolvant l’Assemblée nationale, le président nous a dit ô combien il comprenait les Français d’avoir été frustrés par une justice inefficace et insuffisante, et également par le non-contrôle de l’immigration. Une telle perspicacité nous a laissés pantois. 

Les deux figurants journalistes, souriants et émerveillés, ont tenté de demander si ce nouveau rôle ne lui semblait pas un peu étrange, et s’il était conscient que les Français ne lui témoignaient pas l’affection qu’il aurait pu souhaiter ? Qu’en termes galants ces choses-là étaient dites… on était dans une ambiance sérieuse, mais pas vraiment grave. À voir la mine réjouie des protagonistes, on s’attendait ensuite à ce que l’entretien enchaine rapidement sur des bacchanales et des festivités autrement plus gaies ! Que nenni, répliquait notre nouveau président, très à l’aise dans sa nouvelle fonction, beaucoup plus haute dans les cieux, comme garant des institutions : il avait sagement permis au peuple de s’exprimer pour élire une nouvelle Assemblée, et maintenant que les trois blocs souhaités par son peuple se débrouillent et travaillent entre eux ; après peut-être acceptera-t-il de nommer un Premier ministre, après les Jeux… 

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Le président a prononcé environ 30 fois le terme de responsabilité, il a « pris ses responsabilités » les autres doivent prendre leurs « responsabilités », il agit « en responsabilité »… et j’en passe ! tous responsables, tous coupables, mais… pas lui. Qu’on ne s’inquiète pas, on pourra compter sur lui jusqu’au bout de son mandat, car il nous faut un sage et nous l’avons… d’ailleurs, après avoir constitué un mur de boucliers d’airain contre le RN, il nous explique dans sa grande sagesse que tous les élus sont égaux – forcement 12 millions d’électeurs ça impressionne – et qu’il est temps de venir à leur secours. Honteux, ajoute-t-il, de ne pas leur donner de postes et de ne pas leur serrer la main à l’Assemblée nationale… Et pendant ce temps, toute la soirée on se repassait en boucle Agnès Pannier-Runacher qui avait refusé elle aussi sa blanche main au jeunot du RN (qui lui, pourtant, ne bourrait pas les urnes).

Pause festive estivale

Et puis l’heure fut finalement à la fête, à la joie ! Zeus a organisé les plus beaux Jeux olympiques de la planète, complètement bio, et la plus grande parade de tous les temps sur la Seine. Il remercie les exécutants. Et Céline Dion qui ne vient rien que pour lui, mais il ne nous dit pas si elle chantera ou si elle est là juste pour faire plaisir à Brigitte… il garde le secret, le coquin ! Et il parait qu’il nous réserve bien d’autres surprises. 

Sophie de Menthon © SdM

C’était un grand moment de télévision, le président avait un sourire éclatant, les yeux brillants de satisfaction, les yeux bleus assortis à son costume, et il ne dissimulait pas sa joie communicante… mais comment a-t-on pu se laisser aller comme cela à la déprime ?!  Incroyable : nous sommes incapables de nous réjouir de ce qui nous arrive. La liberté redonnée de nos choix politiques, un happening permanent à l’Assemblée sous la protection du dieu de l’Olympe et enfin panem et circenses (bon pour le pain, on attendra un peu). La sécurité ? On a tout bien fait ! Paris est désert, et les grillages nous protègent le long des rues et des quais (on ne peut même plus relever les poubelles, c’est dire si cela découragera les terroristes d’aller commettre des attentats). Au passage, Emmanuel Macron nous rappelle que le chômage, personne n’en parle plus, parce qu’il a réglé le problème, et que de plus tout ce pognon de dingue qu’on a dépensé pour les Jeux olympiques va nous resservir au centuple dans les années à venir… 

Alors, oui, j’ai honte de ne pas avoir compris que le nirvana était là, à ma portée, ces derniers temps, et que je suis juste une grincheuse ! Que la fête commence !

“Longlegs”: préparez-vous au grand flip de l’été!

Grâce au cinéma américain, pas besoin de clim’ pour frissonner cet été. Excellente surprise que ce thriller démoniaque multiréférentiel, au ton outrageusement vintage, tantôt « seventies », tantôt « nineties », et au traitement hyper formaliste et esthétisant qui risque toutefois d’en décontenancer plus d’un… Vous êtes prévenus !


Cage sous influence(s)

Co-produit par l’inclassable et protéiforme Nick « Fury » Cage qui incarne ici un psycho-killer grimé, siliconé et saupoudré absolument terrifiant (le fameux « Longlegs » du titre, alias « Jambes-longues ») que l’on n’est pas prêts d’oublier, ce thriller indépendant (produit par la petite boîte Neon pour 9 millions de dollars) en forme de jeu de pistes diabolique est l’œuvre d’Oz Perkins, le fils de l’immense Anthony Perkins, inoubliable Norman Bates dans le Psychose d’Hitchcock, le maître du suspense auquel on pense évidemment beaucoup ici, au milieu de quantité d’autres influences. Citons pêle-mêle Le Sixième Sens (Manhunter) de Michael Mann, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, Cure de Kiyoshi Kurosawa, The Cell de Tarsem Singh, The Pledge de Sean Penn, Seven et Zodiac de David Fincher, Prisoners de Denis Villeneuve, Heredity d’Ari Aster, Black Phone de Scott Derrickson, sans oublier une atmosphère globale vénéneuse et cotonneuse très lynchéenne… Et bien d’autres références encore. 


Mais le film possède heureusement sa propre personnalité et affiche un tempérament plutôt radical et, disons-le, complètement désarçonnant ! Précisons que pour ce rôle, Nicolas Cage s’est inspiré de sa propre mère, décédée récemment à l’âge de 85 ans, victime hélas de sérieux troubles schizophréniques et identitaires durant toute sa vie. « Elle a été en proie à la maladie mentale pendant la majeure partie de mon enfance, précise l’acteur oscarisé pour Leaving Las Vegas, et a été placée en institution pendant des années en subissant des traitements de choc. Le plus dur était d’aller lui rendre visite dans les institutions notamment pendant mes jeunes années. Parfois, elle oubliait tout ce qui avait pu arriver – que son père était mort ou que j’étais devenu acteur. » 

Atmosphère diabolique 

On suit dans cet authentique cauchemar pelliculé l’enquête chaotique et on ne peut plus glauque que mène une jeune profileuse du FBI dotée de pouvoirs médiumniques (impressionnante Maika Monroe/ agent Lee Harker en petite sœur de Jodie Foster/ agent Clarice Starling) dans une Amérique profonde banlieusarde triste à mourir dont l’insignifiance charrie une terreur de tous les instants. Cette « inquiétante étrangeté », comme disait Freud, est renforcée par les hallucinants partis pris de cadrages et de mise en scène décidés par notre réalisateur « arty ». Plans fixes, grands angles, lents travellings, mais surtout insertion systématique de « cadres dans le cadre » qui obligent le spectateur à scruter l’arrière champ en permanence afin d’y trouver un indice caché ou distinguer une ombre qui bouge anormalement dans un décor pourtant paisible et familier (le salon d’une maison, la pelouse enneigée d’une propriété, la bibliothèque du FBI…).

A lire aussi, du même auteur: Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

Toute l’enquête est filmée du point de vue de la jeune héroïne aux méthodes hétérodoxes, dont on comprend vite qu’elle se situe dans un état second, comme shootée et sous médocs, suite à une enfance compliquée avec sa mère bigote et modeste qui l’a élevée seule. Lee Harker vient épauler un responsable du FBI de l’Oregon qui tente de mettre la main sur un serial-killer suspecté de massacrer des familles depuis le début des années 70 sans laisser aucune trace derrière lui, à l’exception de lettres avec messages codés et cabalistiques, évoquant évidemment le Zodiac de Fincher.

Plus l’investigation progresse, plus l’on comprend que Lee Harker entretient, à son insu, un lien trouble et pervers avec le tueur, l’obligeant à replonger dans les affres et les traumas de son enfance… Il ne faut évidemment pas aller plus loin dans la divulgation du récit, mais contentons-nous de noter et de nous délecter de la fascination que nourrissent les réalisateurs américains pour l’incroyable période-charnière fin 60’s-début 70’s, point de bascule de l’Amérique vers les ténèbres de la violence et de l’irrationalité suite notamment à l’enlisement au Vietnam, aux meurtres politiques, à la radicalisation de la société dans le sillage notamment de l’horrible meurtre de Sharon Tate par la « Manson family » (été 1969), clairement évoqué ici… Un trauma (à la fois fascinant, obsessionnel et répulsif) pour toute une génération de cinéphiles que s’était également approprié avec brio Quentin Tarantino dans sa démonstration métaphorique de la grande bascule américaine avec son excellent Once Upon a Time in Hollywood (2019)… tout en nous gratifiant au passage d’une relecture fantasmatique du carnage de Ciello Drive (la fameuse et funeste nuit du 9 août 1969) qui avait en son temps déchaîné les polémiques et propos outranciers contre l’auteur de Reservoir Dogs… 

L’Amérique des délaissés

Au-delà du passionnant versant occultiste et satanique de l’énigme (accrochez-vous bien pour le dernier quart d’heure… vous ne verrez plus jamais des poupées de cire de la même façon !), l’exploration sociologique et topographique de cette Amérique profonde, délaissée et marginale, peuplée de mères célibataires élevant seules leurs enfants et « que personne ne vient jamais voir », ou de simples d’esprit en plein désarroi dans des villages loin de tout, se raccrochant à la religion chrétienne (bientôt dévoyée et extrémisée), s’avère profondément touchante et transmet une réelle émotion. 
Le mal radical et contagieux peut ainsi naître de la solitude extrême, comme l’a démontré dans nos contrées un auteur comme Maupassant avec ses recueils de contes d’angoisse: « C’est la solitude qui engendre les monstres »… 
On pourra toutefois regretter dans le film quelques plans symboliques parfois lourdement appuyés (la vision infernale, résumée par ces nœuds de serpents se mouvant dans le sang impur des suppliciés, par exemple), mais Longlegs possède un insidieux pouvoir hypnotique et aura pour effet de vous dévorer le cerveau pendant plusieurs jours après la projection… D’autant que la fin suffisamment ouverte et totalement imprévisible laisse place à une hypothétique suite que les excellents chiffres actuels de démarrage en salles devraient sous peu placer sur de bons rails. Les rails d’un train fantôme, conduit par Satan himself !

1h41

Voir et revoir Pagnol, Visconti, Truffaut

Comme chaque été, les films nouveaux et de qualité se font plutôt rares dans les salles jusqu’à la rentrée de septembre. Heureusement, le patrimoine est là… bien vivant ! Cet été dans nos salles, rétrospectives de 10 films de Marcel Pagnol, 4 de Luchino Visconti et 5 de François Truffaut…


Marcel, l’empereur

« Marcel Pagnol, 50 ans : rétrospective en dix films », en salles à partir du 24 juillet

Quoi de neuf ? Pagnol encore et toujours ! À partir du 24 juillet et partout en France, pas moins de dix chefs-d’œuvre seront à l’affiche. De Marius (1931, officiellement réalisé par Alexandre Korda) jusqu’à Topaze (1951), on pourra voir et revoir des films exceptionnels, superbement écrits et réalisés, portés par des distributions épatantes composées notamment de « cabots » de génie tels Raimu et Fernandel. Difficile vraiment de choisir dans ce florilège. Passons donc en revue ces dix pépites.

La fameuse trilogie marseillaise d’abord : Marius, Fanny, César. Lorsque Pagnol adapte sa pièce Marius pour la porter à l’écran, le cinéma parlant est encore balbutiant. Sur le tournage, un ingénieur du son américain ose dire que la voix de Raimu ne passe pas et que le son est inaudible. Pagnol laisse passer un ange plutôt que de lui passer un savon – ses colères sont homériques. Au-delà du pittoresque marseillais auquel le film a été rattaché, affiches de Dubout aidant, Marius, comme les deux autres volets qui suivront, vaut bien mieux que cela. Sous les rires, l’accent, les galéjades et même le jeu atroce d’Orane Demazis dans le rôle de Fanny, il se déroule autre chose : les liens d’un père avec son fils et l’émancipation plus ou moins réussie de ce dernier. Cette trilogie n’est rien de moins qu’un classique du cinéma français.

A lire aussi : Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

Tourné durant la même période, en 1933, Jofroi reste trop méconnu. Ce cycle le remet en lumière pour notre plus grand bonheur. C’est la première fois que Pagnol adapte Giono au grand écran, en l’occurrence une nouvelle, « Jofroi de la Maussan », publiée l’année précédente dans Solitude de la pitié. Superbe drame paysan, le film est également l’annonce du néoréalisme quand il utilise décors naturels, son direct et caméra « légère » et mobile, bien avant la Nouvelle Vague.

Avec Le Schpountz, en 1938, Pagnol offre à Fernandel l’un de ses rôles les plus jubilatoires. L’acteur est parfait dans les habits d’un benêt intégral qui se fait berner par des artistes parisiens au mépris facile. Le tout est tiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée sur le tournage d’un précédent film de Pagnol, le magnifique Angèle, également au programme cet été.

Réalisé en 1934, Angèle est une nouvelle adaptation de Giono, en l’occurrence le roman Un de Baumugnes. Fernandel y tient le premier rôle, celui de Saturnin, un valet de ferme, aux côtés des formidables Henri Poupon et Jean Servais. Une fois encore, la magie de Pagnol opère pour raconter ce drame rural sur fond de fille « perdue » et de père intraitable.

Dans La Femme du boulanger, chef-d’œuvre incontestable, Raimu incarne avec génie un cocu « dans le pétrin ». Pagnol réussit la prouesse de faire rire et sourire, sans jamais perdre de vue le tragique de la situation qu’il décrit. Dialogues ciselés, tirades devenues mythiques et distribution au niveau : rien ne manque.

Fanny, second volet de la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol. D.R

La Fille du puisatier, en raison même de son année de tournage (1940) a des allures de film sinon maudit, du moins bricolé, contraint de coller à l’actualité mouvementée de cette période. Mais l’essentiel est ailleurs, dans un quatuor d’acteurs étincelants qui portent le film de bout en bout : Raimu, Fernandel, Josette Day et Charpin.

Restent deux films et non des moindres : Regain (1934) et Topaze (1951). Le premier est l’adaptation du roman éponyme de Jean Giono. On y retrouve Fernandel, mais dans un rôle moins sympathique et débonnaire que d’habitude, celui d’un rémouleur accompagné d’une femme qu’il maltraite. Comme souvent chez Pagnol, le film vaut aussi pour ses savoureux seconds rôles qu’incarnent ici Henri Poupon, Charles Blavette, Milly Mathis, Robert Vattier et, dans un rôle de brigadier, le futur proscrit de la Libération, Robert Le Vigan. Quant à Topaze, même si on peut lui préférer la version de 1936, plus sombre, c’est bel et bien l’un des rôles majeurs de Fernandel.

Voir et revoir Pagnol demeure un enchantement !


Luchino, le prince

« Le XIXe de Visconti », en salles à partir du 31 juillet

©Les Acacias

Sous le titre « Le XIXe de Visconti », on peut cet été découvrir ou redécouvrir quatre immenses films du cinéaste italien : Le Guépard, Senso, Ludwig ou le Crépuscule des dieux et L’Innocent. Quatre œuvres « historiques » qui ressuscitent ce XIXe siècle qui fascinait Visconti, pétri de cette obsession proustienne du temps qui passe, du changement d’époque, du déclin de la noblesse. De 1954 (Senso) à 1978 (L’Innocent), soit l’ultime film du cinéaste, ce sont des fresques mélancoliques en forme d’opéras baroques aux distributions impressionnantes : Delon, Cardinale, Lancaster, Valli, Schneider, Berger, Antonelli et tant d’autres encore. Il faut notamment se replonger dans les trois heures du Guépard, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1963, et tournant dans la carrière du cinéaste qui, dès lors, sera moins sensible aux questions sociales.

©Les Acacias

François, le dandy

« Cinq héroïnes de François Truffaut (partie 1) », en salles à partir du 7 août

© Carlotta Films

Comme l’indique son titre, ce cycle est consacré aux muses du réalisateur de La Peau douce. Dans un premier temps, on pourra ainsi savourer trois films : Deux Anglaises et le Continent, La Femme d’à côté et Vivement dimanche ! On ne saurait trop recommander le premier, « grand film malade » selon l’expression même de Truffaut, qui permet à Jean-Pierre Léaud de quitter l’encombrant personnage d’Antoine Doinel. Mais les deux autres donnent l’occasion de voir combien Truffaut a su tirer parti des multiples facettes du talent de Fanny Ardant. Alors que les deux films sont à l’opposé (un terrible drame romantique pour l’un, un polar joyeux pour l’autre) La Femme d’à côté et Vivement dimanche ! laissent éclater l’incroyable séduction de l’actrice, son charme et son mystère. On reste sans voix devant ces deux personnages qu’incarne Fanny Ardant avec la même conviction, le même allant, la même grâce. Rarement Truffaut, le cinéaste qui aimait les femmes, aura trouvé une interprète en aussi parfaite adéquation avec son univers, ses fantasmes et ses obsessions.

Pour regarder les bandes-annonces de La femme d’à côté, et Deux Anglaises et le Continent :

Donald Trump peut-il être vaincu par la « faiblesse » démocrate?

Le camp républicain a déjà commencé à attaquer Mme Harris, notamment sur ses origines… Analyse.


Joe Biden a enfin jeté l’éponge. Il a mis du temps, mais c’est fait. Normalement, la vice-présidente Kamala Harris est appelée à prendre la relève mais il n’est pas impossible que le camp démocrate veuille un autre candidat qu’elle pour affronter Trump. Cette rupture serait toutefois un affront, encore un, pour Joe Biden qui verrait ainsi battu en brèche son choix initial. Même s’il avait tout fait pour la maintenir dans un rôle discret et subalterne, malgré ces derniers temps quelques interventions et apparitions plus marquantes. Comme si elle se trouvait déjà dans un entre-deux, entre le possible maintien de Joe Biden et l’indiscutable fragilité de ce dernier.

A lire aussi : La révérence de Joe Biden: une campagne historique s’annonce

Il semble toutefois qu’un certain nombre de facteurs rendent au moins incertaines les prévisions : la décision courageuse de Joe Biden, la détermination immédiate de Kamala Harris adoubée sur-le-champ par le président défaillant, la certitude du camp démocrate que pour gagner les atermoiements n’étaient plus possibles, l’impression paradoxale que, pour être le favori, Donald Trump allait devoir se confronter cependant à une adversaire démocrate singulière, une femme le contraignant à moins de violence personnelle avec un bilan suffisamment réduit pour ne pas être exclusivement à charge. Donc la moins adaptée à son style de campagne à l’emporte-pièce et familièrement populiste. Kamala Harris, pour l’heure, est à la recherche d’un colistier lui permettant d’élargir le champ de son influence et de « couvrir » des États penchant plutôt pour l’instant vers Donald Trump ou, au moins, en proie au doute et aux hésitations. Ce choix n’est jamais facile et on ne peut s’y livrer à la légère, le futur couple démocrate étant censé s’appuyer sur les forces et les atouts de chacun.

La cause démocrate peut-elle renaître de ses cendres ?

L’injonction volontariste de Kamala Harris martelant qu’elle allait battre Donald Trump sera fragilisée par la recherche, dans le clan de celui-ci, de tout ce qui va pouvoir l’affaiblir. Le vice-président choisi par Donald Trump a d’ailleurs commencé en questionnant la légitimité de Kamala Harris et ses origines. Malgré cela qui relève du processus habituel, je me demande si, plus profondément, l’apparente faiblesse objective de la cause démocrate n’allait pas constituer, comme souvent dans ce type de crises, une opportunité de sursaut amplifiée par une double donnée. La première étant, pour une majorité d’Américains, au-delà des animosités partisanes et des moqueries lassantes sur l’âge de Joe Biden, l’excellent bilan de ce dernier sur le plan économique et social ainsi que la pertinence jamais prise en défaut de sa vision internationale. La seconde liée au passif de la personnalité de Donald Trump, à ses ennuis judiciaires et au fait que, pour être atypique et admirée par le camp républicain, sa personnalité n’enthousiasme pas forcément TOUS ses partisans et aussi la masse de ceux qui n’ont pas encore tranché.

Pour me résumer, les jeux ne sont pas faits et il n’est pas impossible qu’on se retrouve, pour ces futures élections américaines, face à ce que la vie offre dans beaucoup de ses registres les plus divers : la stupéfiante force, en définitive, d’une faiblesse se muant en arme.

Le Mur des cons

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Ils veulent la peau de CNews

L’hypothèse du non-renouvellement de la fréquence de CNews par l’Arcom est improbable, mais pas impossible. En coulisses, de nombreux journalistes et militants politiques en rêvent encore. Qui sont-ils ?


Dernière minute! L’Arcom vient d’annoncer que la chaîne C8 perd sa fréquence sur la TNT, ainsi que NRJ12. Les deux chaînes seront remplacées par celles de Ouest-France et de Daniel Kretinsky •

En termes d’audience, CNews est depuis deux mois devant BFMTV, LCI et France Info TV. Son succès est dû aussi bien aux sujets abordés qu’à la qualité des journalistes, chroniqueurs et débatteurs qui se succèdent sur ses plateaux. Chaque soir, Christine Kelly et ses « mousquetaires » proposent des analyses documentées sur des sujets politiques, économiques, historiques ou sociétaux. Certains rendez-vous hebdomadaires affolent les compteurs : Le « Face à Face » entre Gilles-William Goldnadel et Julien Dray remporte un franc succès, tandis que l’émission « Face à Philippe de Villiers » frôle ou dépasse régulièrement le million de téléspectateurs. Au 1er juillet 2024, CNews, qui a connu la plus forte progression toutes chaînes confondues depuis un an, est devenue la 1re chaîne d’info, la 1re chaîne TNT, la 5e chaîne nationale. Et ça, ça défrise le système politico-médiatique en place.

La pression terrible mise sur Roch-Olivier Maistre

Pour Le Monde, il ne fait aucun doute que CNews doit disparaître. Un long papier paru le 17 juillet met subtilement en garde l’Arcom : « la décision qu’elle prendra à l’encontre de CNews et C8 marquera le mandat de son président ». Roch-Olivier Maistre quittera en effet ses fonctions de président de l’Arcom fin janvier 2025. Son mandat sera salué ou hué par la caste médiatico-politique aux manettes selon qu’il sera parvenu ou non à interdire CNews ou C8 sur la TNT. Le quotidien aimerait plus de sévérité envers les dirigeants de Canal + qui, lors de leur audition devant l’Arcom, « n’ont affiché ni humilité ni contrition devant ceux dont dépend leur avenir : les conseillers réunis autour du président Roch-Olivier Maistre ». Mettre un genou à terre devant les juges médiatiques ou craindre leur colère, tel semble être le destin des prétendants à la TNT. Concernant CNews, il est attendu de leurs dirigeants qu’ils se versent en plus un tombereau de cendres sur la tête. Le conseiller Hervé Godechot n’a pas hésité, paraît-il, à mettre les représentants de Canal + en difficulté en leur rappelant les neuf motifs de reproches adressés à CNews en trois ans. M. Godechot a fait toute sa carrière dans le service télévisuel public, France 3, France 2 et France Info TV (cette dernière bénéficiant d’une autorisation d’émission sur la TNT). Nous supposons que pour Le Monde un tel CV atteste une totale impartialité et éloigne tout soupçon idéologique qui pourrait entacher le travail de M. Godechot au sein de l’Arcom… Un autre membre du tribunal de l’inquisition médiatique, Antoine Boilley, n’a pas craint, selon le quotidien, de recadrer CNews – selon la méthode dite du « sentiment d’insécurité » usitée par notre encore actuel garde des Sceaux – sur la manière de traiter les sujets concernant la délinquance et l’immigration : « Comme la météo, il y a la température et il y a le ressenti. Pareil pour la délinquance et l’immigration, il y a les chiffres de la délinquance et le ressenti qui est souvent débattu sur vos plateaux. » Le Monde omet de préciser que M. Boilley a rejoint l’Arcom en février 2023 et que, de 2001 à cette date, son unique employeur a été… France Télévisions, où il a occupé les fonctions de secrétaire général et directeur délégué (France 2) puis celles de directeur adjoint du marketing et de la communication pour l’ensemble du groupe. La pensée unique règne depuis longtemps sur les ondes d’un service public où près de 80% des journalistes et des dirigeants avouent voter à gauche ou à l’extrême gauche. Les obstacles mis en travers d’une chaîne privée ne partageant pas la doxa auront au moins servi à dévoiler la réalité sur les médias et la liberté d’expression dans notre pays. Disons-le tout net : cette liberté est un leurre. Les rênes du système politico-médiatique sont fermement tenues par des militants de gauche aussi bien que de droite, de cette droite qui n’a jamais su se défaire d’un sentiment d’infériorité face à la gauche culturelle, progressiste et morale, ainsi que par des journalistes sortant d’IEP ou d’Écoles de journalisme entièrement gangrénés par l’extrême gauche et le wokisme. Ce système ayant pris conscience qu’un petit mais vigoureux grain médiatique pouvait enrayer la machine propagandiste pro-UE, pro-immigration, pro-wokisme, il met en branle tous les moyens possibles pour l’écraser. Les censeurs fourbissent leurs armes dans les arrières-boutiques politiques, syndicales ou associatives. Inondée de plaintes, de réclamations, de saisines venant principalement de ces arrières-boutiques, l’Arcom est le bras armé à la fois du gouvernement et des ennemis traditionnels de la liberté d’expression, la gauche et l’extrême gauche, lesquelles ravivent ainsi une vieille tradition révolutionnaire, la censure au nom de la juste cause, au nom du bien du peuple, au nom du progrès. 

Le Média rêve de piquer le canal de Bolloré

Kamil Abderrahman, journaliste d’extrême gauche du Média (organe mélenchoniste de propagation des idéologies racialistes, immigrationnistes et antisionistes), participe à sa manière brutale à la charge contre les médias « bollorisés ».  Il s’est fait une spécialité d’inonder les réseaux sociaux de messages anti-israéliens, surtout depuis le pogrom du 7 octobre 2023. Les excès et les mensonges ne lui font pas peur. Ainsi accusa-t-il l’armée israélienne d’avoir tué nombre de ses compatriotes le jour fatidique de l’attaque du Hamas à cause d’une « intensité de la riposte » disproportionnée. Ainsi appelle-t-il régulièrement au boycott de SFR, propriété de l’homme d’affaires franco-israélien Patrick Drahi, lequel était également à l’époque actionnaire majoritaire de BFMTV et I24News, chaînes faisant « l’apologie du génocide des Palestiniens », selon le journaliste mélenchoniste qui considère d’autre part que « l’imam Chalghoumi, Gilles Kepel et Florence Bergeaud-Blackler sont des guignols ». Après avoir averti l’Arcom dans un tweet du 16 juillet – « Arcom, on vous observe ! » – à propos de CNews, « cette chaîne de merde », le journaliste militant a profité de l’atmosphère générale anti-Bolloré pour menacer à nouveau récemment l’organisme de surveillance médiatique : « Arcom, lisez bien. Maintenant si vous renouvelez la fréquence de cette chaîne raciste qui œuvre tous les jours pour mettre en danger la vie d’une partie de la population française en raison de sa religion, attendez-vous à d’énormes manifestations devant votre siège. » On reconnaît là les détestables méthodes d’un certain mouvement, de son leader et de ses sbires. Il faut préciser que l’interdiction de diffusion de CNews (ou de C8) sur la TNT arrangerait bien Le Média qui est sur les rangs pour remplacer la chaîne bolloréenne et bénéficie à cette fin du soutien de… Rokhaya Diallo, Guillaume Meurice, Thomas Porchet, Benoît Hamon, Audrey Pulvar et Christiane Taubira, entre autres personnalités ayant signé la tribune « Le Média doit devenir une chaîne de la TNT » parue le 28 juin dans L’Humanité. Il n’est pas certain que les propos comminatoires de Kamil Abderrahman aient été appréciés par les membres de l’Arcom. Cela aura-t-il un impact sur leur décision ? Affaire à suivre… 

A lire aussi, Elisabeth Lévy : Meurice me va comme un gland!

Quoi qu’il en soit, la dernière délibération de l’Arcom « relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion par les éditeurs de services » éclaire sur ce qu’attend le « gendarme de l’audiovisuel » des chaînes désireuses de jouir d’une des fréquences de la TNT. Cette délibération fait suite à la demande du Conseil d’État, lui-même sollicité par l’ONG Reporters sans frontières, exigeant plus de contrôle des chaînes de télé et de radio, surtout de CNews. Le « en même temps » macronien semble avoir présidé aux discussions qui ont mené à l’écriture de ce court manuel de surveillance des médias. En effet, en même temps qu’elle affirme que « les éditeurs sont seuls responsables du choix des thèmes abordés sur les antennes et des intervenants » et qu’il « n’est pas question de ficher ni d’étiqueter les intervenants en télé ou radio », l’Arcom prévient qu’elle tiendra compte « de la variété des sujets ou thématiques abordés à l’antenne » et de « la diversité des intervenants dans les programmes ». De plus, elle assure qu’elle sanctionnera les chaînes de télé ou les stations de radio si elle constate un « déséquilibre manifeste et durable », par exemple sur « le choix des sujets » – ce qui veut dire en clair qu’elle décidera de la ligne éditoriale qu’un média doit afficher pour éviter des sanctions. Et on peut le craindre, cette ligne éditoriale serait globalement celle du système médiatico-politique : diversitaire, immigrationniste, progressiste, écologiste, européiste et woke ! Malheur à ceux qui s’en écartent. La France n’est plus le pays de la liberté d’expression mais celui de l’expression médiatique moutonnière, paresseuse et inculte d’une caste qui n’a nullement l’intention d’aller à l’encontre de l’idéologie mondialo-progressiste du moment, laquelle l’assure d’un certain confort intellectuel – même un minimum de culture générale y est superfétatoire et le travail véritable y est inutile – puisqu’il lui suffit de reprendre sans les examiner les dépêches orientées de l’AFP et les analyses du Monde ou de Libération pour être de plain-pied avec elle. L’audiovisuel public fait ça très bien, sans barguigner – elle n’a par conséquent rien à craindre de l’Arcom. La chaîne CNews rechigne à participer au petit théâtre médiatique de la pensée unique ? Au pire, elle se verra retirer son autorisation d’émettre sur la TNT ; au mieux, elle se verra imposer de nouvelles et draconiennes obligations. 

Quoi qu’il arrive, qu’elle émette sur la TNT ou ailleurs, elle restera sous la surveillance acharnée de ce système politico-médiatique qui parle beaucoup de pluralisme mais supporte de moins en moins la contradiction. 

Einstein VS Portes

« Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques ». À quelques jours de l’ouverture de Paris 2024, les propos fleurant l’antisémitisme du député de gauche Thomas Portes, tenus devant une foule vociférante, mettent une cible dans le dos à toute la délégation israélienne. 


« Carthago delenda est ». C’est par ces mots, «  Carthage doit être détruite » que, dit-on, Caton l’Ancien terminait ses prises des paroles, même les plus anodines. C’est une sentence très approchante qui, manifestement, brûle la langue de Thomas Portes et de ses copains de LFI chaque fois qu’ils ouvrent la bouche. Mais pour eux, ce serait : « Israël doit être détruite ». Cela aurait au moins le mérite de traduire franchement, honnêtement, leur pensée. Et ce le serait encore bien davantage, honnête, s’ils allaient au bout de cette pensée pour lancer, carrément, sans fioritures « le peuple juif doit être détruit, les Juifs doivent disparaître de la surface de la terre ». Car c’est bel et bien cette vision nihiliste qui se profile derrière les éructations du député Thomas Portes lors d’une manifestation pro-Palestine – pro Hamas, en réalité ? – où il savait fort bien d’avance que sa haine et sa profonde bêtise rencontreraient un vif succès. « Les athlètes israéliens ne sont pas les bienvenus. Ils n’ont rien à faire ici, aux J.O » Il est bien évidemment certain que Portes et ses semblables se soucient des J.O et de leurs compétiteurs comme d’une guigne, qui ne sont en l’occurrence que le prétexte à un déferlement de haine. Un de plus, en attendant les autres. 

On se tromperait lourdement si on se laissait aller à regarder ces comportements comme des dérapages incontrôlés, des provocations gratuites, l’effet d’une ignorance sans bornes. Il ne s’agit pas de cela. Portes et ses semblables savent parfaitement ce qu’ils font. Quand ils ne serrent pas la main du député en charge de l’urne lors du vote à l’Assemblée, ils savent ce qu’ils font. Lorsqu’ils vomissent leurs interdits antisémites, lorsqu’ils refusent la qualification de terroristes pour les barbares du 7 octobre, ils savent ce qu’ils font. Ils font très exactement ce que leurs mandants attendent d’eux, ils font ce que prône la stratégie révolutionnaire d’affrontement. L’autre, celui du camp d’en face, n’est pas simplement un adversaire à combattre, mais un ennemi à éliminer. Radicalement. De ce fait, ne pas serrer la main n’est pas qu’une impolitesse, une effronterie, une bêtise de plus. Non, c’est un acte délibéré. C’est la manifestation – télévisée – de la négation de l’existence de cet autre. 

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Julien Odoul, le député RN, à mille fois raison de poursuivre Portes en justice, ce porteur de haine, une haine qui malheureusement se propage comme une sale peste, touchant de proche en proche tous ceux qui n’adhèrent pas, qui n’applaudissent pas. Voilà bien que le dessinateur Plantu, à son tour, est diabolisé, ciblé pour ne pas avoir courbé la tête au délire de Portes. Qui d’autre après lui ? Et combien ?

Cela dit, la question – la question terrifiante, lancinante – devant de telles aberrations est de se demander comment il peut se faire que, au pays de France, ces propagateurs de haine, des zélateurs de l’obscurantisme, puissent réunir sur leurs noms assez de suffrages pour être élus et siéger au sein de la représentation nationale ? En effet, c’est surtout cette question, et la réponse à y apporter, qui devraient d’abord nous occuper, nous inquiéter. Inquiétant aussi le silence assourdissant des alliés de circonstance des Portes et compagnie, de cette gauche perdue qui, tétanisée d’une peur qui ne s’explique guère, laisse dire, laisse faire. Faut-il rappeler ici, une fois encore, le jugement d’Albert Einstein ? « Le monde est dangereux à vivre, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »

Notre naufrage politique: simple reflet de la disparition de la société?

La crise politique actuelle n’est pas une crise provoquée par telle ou telle erreur du président Macron ou imperfection démocratique conjoncturelle, elle est fondamentalement la conséquence du processus de disparition de la société.


Il est inutile de reprendre l’accumulation des faits pour constater le chaos dans lequel le pays est plongé. Il est aussi inutile de commenter toutes les analyses superficielles qui en évoquent les  causes et les improbables solutions : absence de majorité parlementaire, dissolution inappropriée, usure de la verticalité, scrutin majoritaire dysfonctionnel dans une Constitution inadaptée, refus de la proportionnalité, etc. Et parce que l’on se contente de superficialités rapides, on aboutit très vite à des analyses douteuses : la crise actuelle consacrerait le retour aux prétendues horreurs de la quatrième république, le Rassemblement national serait toujours un parti d’extrême droite, le «macronisme » serait en voie d’extinction, etc. 

Pour comprendre le réel, il est nécessaire d’aller plus loin.
On peut commencer par le détricotage du prétendu retour aux pratiques de la quatrième république. Nous serions entrés  dans une période aussi instable que celle que nous aurions connu entre 1946 et 1958. Il y a là confusion de l’apparence avec la réalité : la période considérée était le théâtre d’affrontements entre entrepreneurs politiques de petits partis qui se battaient sur des marchés secondaires sans jamais s’affronter sur de grands projets complètement partagés. Personne ne contestait la reconstruction de la France et les grandes orientations qu’elle impliquait, reconstruction qui se déployait à un rythme spectaculaire mondialement reconnu. Personne ne contestait non plus la construction d’un grand Etat providence qui se déployait dans de multiples directions. Personne ne contestait enfin les grands choix industriels, les grands choix dans le domaine de l’Éducation, de la santé, de l’agriculture, etc. Bien sûr, existaient des affrontements sur certaines réalités de l’histoire : la résistance de l’ancien monde au projet de Sécurité sociale, la gestion de la décolonisation, etc. Mais ces confrontations s’inscrivaient dans un universel censé être le point oméga de l’intérêt général. Le théâtre politique de l’époque est donc bruyant mais insignifiant. Les entrepreneurs politiques de l’époque sont des groupes et individus qui cherchent comme aujourd’hui à se maintenir ou se reconduire au pouvoir, mais les intérêts égoïstes étaient masqués par un idéal commun peu contesté. On se bat sur les modalités de la construction d’un collectif mais ce n’est que très rarement que ces entrepreneurs politiques apparaitront pour ce qu’ils sont à savoir des accapareurs des outils de la puissance publique – le commun de la société – à des fins privées. À l’époque l’utilitarisme de la fonction politique avec ses rémunérations symboliques se noie dans l’océan de la production d’un bien commun approximativement identifié. 

La crise actuelle de la cinquième république est d’une tout autre nature et n’est en aucune façon une sorte d’entrée en quatrième république. Il y avait à l’époque une société française encore assez largement holistique qui faisait que l’intérêt général était connu de tous et ne donnait lieu qu’à des contestations et interrogations secondaires : le capitalisme était – au-delà des discours –  finalement accepté car il donnait des signes évidents de prospérité pour l’immense majorité. D’où le succès des entreprises politiques sociales-démocrates. 

Hélas, aujourd’hui, la société française s’efface et laisse le champ libre à des entreprises politiques en perte de repères. Le holisme qui se cachait dans le concept de citoyenneté  se réduit au mieux à des groupes ultra-minoritaires et plus fondamentalement à des « individus désirants » qu’on peut aussi désigner comme « consommateurs souverains ». Nous reviendrons sur cette expression. Le « commun » qui reliait les individus et constituait les moyens de production/régulation de la société s’est évanoui. Même les groupes ultra-minoritaires (décoloniaux, wokistes, LGBT, etc.) ne sont, dans la plupart des cas, que des regroupements d’individus qui s’associent pour mieux revendiquer leur individuelle et personnelle souveraineté. 

La disparition de la société constitue bien évidemment une complexification gigantesque du travail des entrepreneurs politiques. Un peu comme si en capitalisme les capitalistes perdaient le contrôle de moyens de production qui disparaitraient. Certes le matériau intérêt général reste l’outil de base desdits entrepreneurs. Certes ces entrepreneurs n’ont pas changé, il sont toujours entreprises politiques rassemblant des franchisés plus ou moins obéissants, mais l’intérêt général brandi n’est au mieux qu’un fossile : il n’y a plus que des intérêts privés débarrassés de marque collective. Dans un tel contexte, l’entrepreneur politique se démonétise et ne peut au mieux surnager qu’avec des programmes lourds et fondamentalement incohérents. Les franchisé s- censés promouvoir les produits de l’entreprise politique d’appartenance – s’autonomisent vis-à-vis de l’enseigne car devant tenir compte de ses propres électeurs qui n’ont que peu de choses en communs avec les autres. À société disloquée doit correspondre un marché politique lui-même effondré. La crise politique actuelle n’est donc pas une crise conjoncturelle provoquée par telle ou telle erreur ou imperfection, elle est plus fondamentalement conséquence du processus de disparition de la société.

Ces erreurs d’analyse en entrainent d’autres porteuses de violences futures. Tel est le cas des considérations portées sur un Rassemblement national quasi universellement désigné comme parti d’extrême droite. Il s’agit pourtant d’une entreprise politique comme les autres avec des dirigeants et entrepreneurs politiques franchisés proposant des produits politiques censés répondre  aux désirs et besoins d’individus privés. Le marché dudit RN n’est plus fait du holisme qui caractérisait l’extrême droite européenne du siècle précédent, laquelle véhiculait des discours idéologiques violents et concernaient des organisations autoritaires souvent militarisées. Aujourd’hui, l’électeur du RN est aussi individualisé que tous les autres, et se trouve être un individu désirant classique. Tout aussi classique que l’individu mondialisé qui, fort de sa réussite sociale, se veut consommateur complètement souverain. Ce dernier est tellement souverain qu’il refuse les frontières, les droits de douane et toutes les contraintes environnementales qui l’empêcheraient de  surconsommer ! Quant aux services publics, cet individu mondialisé a les moyens de s’en offrir à titre privé, probablement de meilleure qualité que nos services publics, et ce à l’échelle mondiale.

De ce point de vue, l’électeur du RN brandit encore le fossile de l’égalité républicaine pour réclamer, lui aussi, un statut de « consommateur souverain ». Il exige un revenu plus important et il refuse les contraintes d’un environnement socialement et culturellement dégradé. Ses frontières à lui – frontières qu’il faut abattre comme il faut abattre les frontières nationales de l’individu mondialisé ayant réussi – sont les services publics dégradés dans les campagnes, la montée de l’insécurité matérielle et culturelle, et les contraintes environnementales qui ajoutent à son enfermement. Il veut être souverain et responsable de ses choix, très exactement comme l’individu mondialisé. 

L’individu mondialisé peut se dire ouvert à toutes les cultures et se méfie des frontières qui limitent son statut de consommateur souverain. L’électeur du RN tout aussi consommateur souverain est sensible à une préférence nationale qui se veut protection de sa souveraineté. Les deux sont les produits liés d’une même réalité : la fin de la société. Une fin de la société qui est aussi la contestation radicale des solidarités. Les deux types de consommateurs souverains ont ainsi un point commun : la contestation commune de l’assistanat devenu produit phare des entreprises politiques classiques.

Nous laissons au lecteur le soin d’aller plus loin dans les conclusions de la grille de lecture proposée. Au final, l’individu qui aura réussi sera dans « l’arc républicain », sera tolérant, sera « anywhere », sera sécessionniste, sera contre l’État-nation et européiste, sera enfin très éloigné du poutinisme et du trumpisme. Massivement valorisé par le pouvoir médiatique lui aussi tenu par des individus mondialistes, il dispose d’un outil de pression massif sur les entreprises politiques et leurs franchisés en quête de victoire électorale. D’où le poids gigantesque des prétendues réformes inéluctables dans l’agenda de beaucoup d’entrepreneurs politiques : il est, de leur point de vue, impossible de faire autrement. À l’inverse, l’individu qui se trouve en échec sera en dehors de l’arc républicain, sera plus intolérant voire raciste, sera un « somewhere », sera pour le retour de l’Etat-nation et opposé à l’européisme, sera sensible au poutinisme et au trumpisme. Il est massivement vilipendé par un pouvoir médiatique puissant et efficace. D’où les difficultés des entrepreneurs politiques représentants les intérêts de ce type de consommateur souverain et l’irruption d’une barrière dite républicaine. D’où les turpitudes présentement constatées dans l’hémicycle. 

Entre les deux se trouvent les consommateurs souverains qui regroupent à la fois l’ancien monde de la vieille société et le nouveau des minorités bruyantes : on se veut culturellement mondialistes et économiquement « nationnistes ». D’où un entrepreneuriat politique ultra-interventionniste et surtout chargé de très lourdes incohérences programmatiques : les minorités, toutes peuplées de consommateurs souverains exigeants, ne peuvent réellement cohabiter. Notons au passage la stupéfiante onction de certains économistes, y compris un prix Nobel,  qui au nom d’une méta raison en arrivent à nier les incohérences programmatiques des entrepreneurs politiques concernés. 

Au total, le pays constate la disparition de la société dans un tsunami anthropologique avec comme effet principal l’apparition d’un ensemble d’entrepreneurs politiques naufragés et accrochés à des outils fossilisés de la puissance publique. Répartis en groupes devenus incertains et poreux, ils se livrent à des turpitudes au sein d’un hémicycle devenu reflet de la grande tempête qui agite le pays.

Ne pas comprendre ce grand mouvement anthropologique n’est pas simplement  attristant pour les prétendus intellectuels qui débattent sur l’extrême droite, mais, plus fondamentalement, ce débat mal engagé  se trouve  dangereux. Ne pas reconnaitre pour certains la qualité de consommateur souverain et l’accepter, voire la promouvoir, pour une toute petite minorité, c’est s’exposer à la violence de la future guerre civile. Un temps où le langage performatif des entrepreneurs politiques cessera de cacher un grand vide sans espoir. S’il reste un minimum de conscience aux entrepreneurs politiques naufragés – qui dans la tempête n’arrivent plus à masquer leur strict intérêt privé – ils devraient porter au moins une partie de leur attention à ce qui reste de commun, à savoir l’égalité des droits et devoirs. Mais tout ceci a-t-il encore du sens ?

La fable du « En même temps »

Que dirait Jean de la Fontaine de la France d’Emmanuel Macron? Dominique Folscheid répond à la question dans son nouveau livre


Quand La Fontaine raconte Emmanuel Macron, cela donne le livre malicieux et passionnant, comique et grave, drôle et instructif de Dominique Folscheid intitulé En même temps. Rien d’étonnant à cela. Si les Fables, en effet, sont « une comédie à cent actes divers » dont l’auteur a un génie politique évident, il faut reconnaître que le règne d’Emmanuel Macron se prête, quant à lui, à pareil récit tant il s’apparente à une pièce de théâtre protéiforme. 

La macronie, une ménagerie

En personnage principal, trône le Roi en majesté. Autour de lui, une Cour et ses grands fauves, à la fois ménagerie, salon, Cour de justice, marigot et pétaudière. Face à ce « haut lieu de rivalité mimétique », un peuple coassant de « grenouilles démocrates ». À travers 22 chapitres brefs aux titres savoureux, tout y passe : les guerres — le virus, l’islamisme, le réchauffement climatique, l’ours russe— jusqu’à notre vie politique au quotidien. Tout commence par « la peste »—ou plutôt « les pestes à foison »— qui fait aux animaux la guerre et dont l’auteur analyse précisément le caractère « apocalyptique », jusqu’aux farces et attrapes où se prennent les dindons et dindes européens, ignorants qu’il faut toujours se méfier des gens sans moralité. En attendant le Dragon chinois « qui fera taire les coqs ». Ce n’est pas un pouvoir abstrait que décrit Folscheid mais un pouvoir actualisé. Pas un bébête show qu’il fait mais une analyse politique et philosophique enlevée des acteurs et des actes.

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Le Roi Lion, parlons-en : il est dans le titre du livre. Il est au centre de tout chez La Fontaine comme chez nous. Cynique, machiavélique, un peu brute mais sacrément fort, chez La Fontaine, bien sûr que Macron, c’est le Roi Lion. Lion de guerre, maître des horloges, mais aussi Lion « déconstruit » et Roi « dans de beaux draps », il assure, en acteur accompli, le rôle du renard beau parleur. Ce n’est pourtant pas dans la figure du Lion que le roi du « en même temps » s’incarne le mieux mais dans un oiseau mammifère hybride et bifide : la chauve-souris. Il faut lire avec attention le chapitre que l’auteur consacre à la fable La Chauve-Souris et les Deux Belettes : « Je suis Oiseau : voyez mes ailes… Je suis Souris : vivent les Rats ! … Jupiter confonde les Chats » ! Certes, dit l’auteur, La Fontaine aurait salué le numéro de voltige du Roi Macron. Mais, il faut lire aussi, dit Folscheid, le pendant sévère que fait la fable Le Satyre et le Passant au « en même temps » macronien qui conduit, comme on le voit actuellement, à une impasse politique majeure.  

La déconstruction du politique

De La Fontaine, André Siegfried dit qu’il était le Machiavel français. En tout prince, également, œuvre un Machiavel. Si donc la peste est une maladie politique protéiforme, on peut y mettre le virus jupitérien qui a mis à mal la séparation des deux corps du roi. Au portrait de Hyacinthe Rigaud répondent désormais des images d’un Roi en maillot de bain, en boy branché, en boxeur, sur sa planche à voile… La fonction royale s’est dégradée. Le corps du Roi serait-il définitivement déconstruit pour la grande joie de Sandrine Rousseau ?

On dit que le peuple français est éminemment politique et que, dans notre pays, politique et littérature sont intimement liées—dont le livre de Dominique Folscheid est la preuve—et même la poésie. S’il est deux vers, en effet, dans la fable « apocalyptique » Les Animaux malades de la peste, qui rendraient, mieux que tout, l’atmosphère actuelle de notre société, ce sont bien ceux-là : « Les tourterelles se fuyaient. Plus d’amour, partant plus de joie. » Qu’il soit permis, dans ces conditions, de se demander qui donnera, au Roi Lion de la fable, le coup de pied de l’âne…

Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

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(Re)découvrez la face sombre du « Nouvel Hollywood »


Attention, terrain ultra glissant ! Les premières années de ce que l’on a eu coutume de nommer (a posteriori évidemment) le « Nouvel Hollywood » (1967-1980) regorge de brûlots transgressifs et licencieux à l’instar de ce très irrévérencieux Joe, qui sur bien des aspects, prépare et annonce le futur Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) ainsi que l’éprouvant et bien nommé Hardcore de Paul Schrader (1979), autre icône de cette nouvelle vague nord-américaine un peu oublié mais toujours en activité.

Si l’on définit ce « Nouvel Hollywood » comme un courant artistique contra-culturel et contra-systémique visant à aborder frontalement des sujets et des thèmes jusqu’ici volontairement éludés, escamotés, rejetés par l’Établissement « mainstream » des grands studios et à faire entrer dans le cadre (au sens propre et figuré) la monstrueuse parade des réprouvés (marginaux, névropathes, déclassés, inadaptés, minorités ethniques, blacks, indiens, handicapés, sexworkers, séditieux, subversifs, insoumis, freaks, morts-vivants…), alors le brûlot provocateur de John G. Avildsen (décédé en 2017 à l’âge de 81 ans) peut y prendre toute sa place.

Fabrication d’un brûlot

Au scénario, Norman Wexler, personnalité complexe de cette galaxie néo-hollywoodienne, hélas maniaco-dépressif, tristement passé à la postérité pour avoir proféré des injures publiques et des menaces de mort à l’encontre du président Nixon lors d’un vol aérien intérieur. Outre Joe, Wexler s’est distingué par l’écriture des scénarios de Serpico (Sidney Lumet, 1973), Mandingo (Richard Fleischer, 1975, autre film « à caractère racial et discriminant » hautement controversé aujourd’hui, et quasiment jamais programmé sur les chaînes TV hexagonales…) ou encore La fièvre du samedi soir (John Badham, 1977), ce qui n’est pas rien dans cette décennie 70, disruptive, contestataire mais ô combien magique pour tout cinéphile !
Précisons d’emblée que le réalisateur Avildsen commet ici son premier véritable effort (après ses deux premiers galops d’essais Turn on To Love ; Guess What We learned in School today ?) et connaîtra une consécration mondiale six ans plus tard avec un certain Rocky, reprenant cette fois le scénario mal dégrossi d’un débutant nommé Sylvester Stallone…. Ce qui leur permettra de glaner la bagatelle de trois Oscars à Hollywood dont ceux de Meilleur film et Meilleur réalisateur, consécration suprême pour le valeureux et besogneux cogneur Sly, strapontin vers une gloire inattendue qui sera toutefois émaillée de hauts et de quelques (très) bas !

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Mais quel est donc ici l’objet du scandale ? De manière très schématique se dessine dans Joe l’alliance de facto entre une posture « anti-liberal » (au sens américain du terme, entendez anti-progressiste et donc anti « contre-culture libertaire ») émanant de la bourgeoisie conservatrice new-yorkaise soutien de Nixon, représentant la fameuse « majorité silencieuse », et un spontanéisme ouvriériste propre à la frange prolétarienne américaine raciste et homophobe aux tendances fascistes et miliciennes. En un mot, un cocktail détonnant !

Soyons plus explicites :
Dans le New York de l’Upper East Side, un couple bourgeois établi, les Compton, déplore la lente descente aux enfers de leur jeune fille chérie Melissa (Susan Sarandon, 24 ans, pour ses grands débuts devant la caméra… avec une nudité explicite offerte au spectateur !), acoquinée à un minable dealer camé nommé Frank Russo (Patrick Mc Dermott). Suite à une overdose, Melissa se retrouve à l’hôpital et manque de passer de vie à trépas, ce qui conduit son paternel compassé Bill (incarné par un très smart Dennis Patrick) à se rendre enfin dans le taudis des tourtereaux pour comprendre ce qui s’est réellement passé… Introduit par effraction, il tombe forcément nez-à-nez avec le vilain « boyfriend » de sa petite fille chérie et ne résiste pas au plaisir de lui défoncer la tête contre le mur au détour d’une scène psychédélique et polychromatique assez hallucinante ! Horrifié par cet acte de démence, Bill se réfugie au pub du coin et subit les éructations nocturnes d’un pochetron prolétaire nommé Joe Curran (le fameux Joe du titre, fantastiquement interprété par le massif et impulsif Peter Boyle, autre grand nom du « Nouvel Hollywood » !). Dans un moment de faiblesse, Bill révèle son crime anti-hippie, ce qui emplit de joie l’ouvrier irascible et sociopathe. Tenus par ce pacte de sang, les deux nouveaux comparses que tout oppose vont dès lors faire cause commune pour pénétrer le milieu interlope des jeunes drogués et tenter de retrouver une Melissa fugueuse afin de la faire retourner dare-dare au bercail familial… Jusqu’à commettre l’irréparable au terme d’un dernier acte glaçant et complètement nihiliste… instaurant un réel malaise chez les spectateurs du début des années 70… comme assurément chez ceux d’aujourd’hui.

Aller chercher Debbie

Notons immédiatement la grande similitude narrative avec un autre fameux film de cette fabuleuse époque de création insensée, le très controversé Hardcore de Paul Schrader (1979) dans lequel un père rigoriste religieux tendance calviniste (interprété avec la rage du désespoir par un immense George C. Scott) part également à la recherche de sa fille en fuite, tombée cette fois dans le piège de la prostitution et du milieu X underground californiens (film dans lequel joue également Peter Boyle en tant que détective privé qui tente d’aider le père outragé dans son impossible quête rédemptrice).
Dans les deux cas (et l’on pourrait évidemment y inclure Taxi Driver), les auteurs ont vraisemblablement voulu reprendre le schéma classique fordien du séminal The Searchers (La Prisonnière du désert, 1956) qui voit Ethan Edwards (John Wayne), ancien soldat confédéré, « conservateur » et xénophobe partir en territoire ennemi comanche afin de retrouver sa nièce Debbie (Nathalie Wood) enlevée par ces « sauvages ». Les indiens d’hier seraient-ils les hippies, proxénètes et pornocrates des seventies ?

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Concernant Joe, on est littéralement subjugués et hypnotisés par la performance exceptionnelle de Peter Boyle en métallurgiste prolétarisé, brut de décoffrage, qui rêve d’ascension sociale tout en épanchant sa haine et sa rancœur à l’encontre de tout ce qui peut symboliser la contre-culture américaine de l’époque : les jeunes libertaires fumeurs de joints, responsables de l’enlisement au Vietnam et de la chute des valeurs régaliennes, les filles lascives un peu trop libérées, sans oublier « les nègres et les pédés ». Préparez-vous, le langage est plutôt fleuri et tranche évidemment radicalement avec la majorité des autres films « progressistes » et « libertaires » (de type Easy Rider, Le Lauréat ou Cinq pièces faciles) produits au même moment par les hérauts de cette nouvelle vague U.S on ne peut plus diverse, protéiforme et évolutive comme l’ont montré les nombreux travaux sur ce sujet menés d’une main de maître par le critique et historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret, auteur dans le Blu-ray d’ESC d’un excellent documentaire de 45 minutes, Le réveil de l’Amérique silencieuse.

Quel héritage ?

Produit pour un peu plus de 100 000 dollars, le film rapportera la bagatelle de 20 millions de dollars, rien qu’aux Etats-Unis et au Canada, soit le 13ème succès de l’année, toutes catégories confondues. Mais devant l’enthousiasme irrationnel des foules riant aux larmes et applaudissant plus que de raison les dérapages verbaux et la radicalité transgressive de son personnage, Peter Boyle fut à son tour horrifié et refusa pendant plusieurs années d’apparaître dans un autre matériau filmique similaire glorifiant une quelconque forme de violence ou de posture réactionnaire et « vigilantiste »… D’où son refus d’accepter par exemple l’année suivante le rôle de Jimmy « Popeye » Doyle dans le fameux French Connection de William Friedkin (qu’endossa finalement pour le plus grand bonheur des spectateurs et des financiers Gene Hackman).

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Enfin, comment ne pas évoquer avec émotion le souvenir très fort d’un jeune garçon de sept ans qui découvre ce film sur grand écran au cinéma Tiffany de New York, en 1970, aux côtés de sa mère Connie (très « liberal » pour le coup !) et de son beau-père, Curt. Ce jeune privilégié sera maqué toute sa vie par ce spectacle hors norme ainsi que par les réactions du public dans le cinéma… Un public qui « s’est bien fendu la poire » pendant les trois quarts du métrage ! Ce timide garçonnet a pour nom Quentin Tarantino et son récit est gravé pour l’éternité dans son magnifique essai autobiographique, poétiquement baptisé, Cinéma Spéculations (Flammarion, 2022), que l’on ne saurait trop vous conseiller de dévorer :
« Ce film a été pour moi une projection mémorable. Bien que brutal, laid et violent, Joe est une comédie truculente, trempée dans l’humour noir, sur les classes sociales en Amérique, à la limite de la satire, tout en étant aussi sauvagement féroce. Chaque camp, prolos, bourgeois et culture jeune, est incarné par ses pires représentants (tous les personnages masculins du film sont de détestables crétins). Je crois que c’est l’aspect sordide de l’appartement dans lequel les deux junkies du début vivaient qui m’a le plus fichu les jetons. En fait, j’en ai carrément eu mal au bide. Mais dès l’instant où le père est entré dans le bar et où Joe est apparu pour la première fois à l’écran, le public a commencé à se marrer. Et en un rien de temps, le public adulte est passé du silence dégoûté à la franche hilarité. Le réalisateur, en combinant la comique prestation frime de Peter Boyle avec ce trash-o-logue glauque, produit un cocktail à base de pisse dont le côté savoureux est perturbant. » Du grand Quentin dans le texte pour un Ovni très malséant et très peu « PC » (politiquement correct) mais à voir absolument pour quiconque souhaite mieux appréhender et pénétrer les arcanes parfois hermétiques de ce « Nouvel Hollywood » et qui aide, par voie de conséquence, à mieux comprendre également la situation actuelle d’un pays hautement clivé et en profondes crises/ mutations, à moins de quatre mois de l’élection présidentielle qui devrait opposer Donald Trump à Kamala Harris suite à l’incroyable retrait de Joe Biden…  

Le Blu-ray avec 1 livret de 24 pages disponible le 24 juillet 2024 chez ESC Editions.

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L’abbé Pierre n’était pas #MeToo — et alors?

Ayant épuisé — pour le moment — son stock de personnalités susceptibles d’avoir un jour couché avec des starlettes, l’inénarrable Caroline De Haas en est donc arrivée à monter un dossier de harcèlement contre l’abbé Pierre, qui, paraît-il, dans son grand âge… Bien qu’il soit plus porté sur les seins que sur l’Esprit saint ou les saintes nitouches, notre chroniqueur a voulu revenir sur ces accusations absurdes, puisque l’impétrant est passé dans un monde meilleur où les néo-féministes en quête de notoriété n’existent pas.


Au commencement était saint Paul, le gnome de Dieu, petite chose misérable qui, frappée d’illumination sur la route de Damas (il faut se méfier, au Moyen-Orient, les coups de soleil, de Paul à Mahomet en passant par tous les illuminés du désert, sont redoutables et vous font prendre de l’eau de source pour du saint-julien 1985 — mon préféré) devint un thuriféraire immédiat du dieu qu’il combattait férocement : une intolérance chasse l’autre. 

La chair est faible

C’est à ce père de l’Église, sous-doté par la nature (qui dira l’incidence du micro-pénis dans les convictions religieuses ?) que nous devons la condamnation par l’Église de la sexualité, au point que s’il admet qu’il faut croître et se multiplier, il finit par conclure que mieux vaut s’en abstenir. Rappelez-vous le beau livre de Pascal Quignard, Le Sexe et l’effroi, qui analyse le coup d’arrêt brutal que le christianisme a imposé au monde gréco-romain, où l’on s’emmanchait sans penser à mal…

De surcroît, la progression hiérarchique au sein de l’Église allant d’un train de sénateur, les prêtres n’arrivent en position de force que tard dans leur vie. Mon hypothèse est que l’andropause au cours des siècles leur a fait dire de grosses bêtises sur la nécessaire chasteté des prêtres, des moines et des nonettes, qui avaient, les uns et les autres, l’âge de forniquer — et qui d’ailleurs ne s’en privaient guère : la vertu de saint Ambroise n’est pas à la portée de tout le monde, et la résistance de saint Antoine aux offres de la reine de Saba et autres petites cochonnes est moins un exemple qu’une exception sidérante.

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Alors l’abbé Pierre aurait touchaillé des jeunes femmes… Et alors ? Il a bien fait. Caroline de Haas, qui a monté le dossier d’accusation après avoir ruiné la vie de toutes sortes d’hommes qui ne lui avaient rien fait — crime impardonnable —, a recueilli le témoignage de quelques victimes supposées de l’abbé et / ou gourgandines en mal de célébrité. Et Mediapart, où bien sûr ils sont tous chastes, de se frotter les mains.

L’abbé Pierre était bel homme, et en l’interprétant au faîte de sa beauté (dans Hiver 54, en 1989), Lambert Wilson lui rendait un bel hommage. Que la chair soit faible, nous le savons tous — et nous nous en excusons pour mieux en profiter. Grand bien nous fasse, à nous et aux pénitentes qui à genoux nous supplient de leur déverser notre sainte parole afin qu’elles s’en abreuvent à la source.

Nouvelles perversions

La chasteté obligatoire ne peut avoir été imposée que par des hommes frappés de sénescence ou des pervers imposant aux autres ce dont ils se dispensaient allègrement : pourquoi Madame De Hass ne monterait-elle pas un dossier contre une flopée de papes à progéniture extensive et mœurs équivoques ?

Quant à l’idée d’inculper les morts, elle est, quand on y pense, hautement surréaliste. Cela se faisait autrefois — voir le « Concile cadavérique » qui en 897 jugea post mortem le pape Formose. Cet anticlérical de Paul Laurens en a tiré un tableau saisissant en 1870. Vite, exhumons la dépouille de l’abbé Pierre, et traînons-la au Palais de justice, au milieu des cris vengeurs des hyènes de garde.

Laissons les morts enterrer les morts. L’abbé Pierre a fait un boulot remarquable, et les féministes de gauche qui pensent surtout à faire parler d’elles en sont loin, si loin qu’elles n’y arriveront jamais. Il n’y a pas de faute dans les relations charnelles entre adultes consentants, qu’on se le dise. Et nous devons juger les hommes sur le seul critère du bien qu’ils ont fait, et non des peccadilles que des oies blanches, faute de se repaître à satiété de la substantifique moëlle, leur reprochent pour occulter leur misérable petitesse.

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Bravo l’Artiste!

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Nathalie Ianetta, Emmanuel Macron et Thomas Sotto sur France 2, mardi 23 juillet 2024. Captures.

Répondant aux questions énamourées de Nathalie Iannetta et de Thomas Sotto, mardi soir sur France 2, le chef de l’État nous a fait comprendre que l’on avait tort de se plaindre de ne pas avoir de Premier ministre, alors que l’on devrait plutôt se réjouir: la France ne s’apprête-t-elle pas à figurer dans le top 5 des nations les plus titrées aux JO?


Il n’y a plus d’opinion politique qui tienne, tout le monde est pétri d’admiration devant le numéro qu’Emmanuel Macron nous a offert ce mardi 23 juillet à 20h. Il devrait rester dans les annales des Jeux olympiques des plus grands rétablissements acrobatiques de plantages politiques !

Je vous ai compris !

En l’occurrence, Jupiter a cédé sa place à Zeus au sein de l’hexagone. Après une explication distanciée de la situation politique française, et après s’être félicité d’avoir pris la décision qu’il convenait en dissolvant l’Assemblée nationale, le président nous a dit ô combien il comprenait les Français d’avoir été frustrés par une justice inefficace et insuffisante, et également par le non-contrôle de l’immigration. Une telle perspicacité nous a laissés pantois. 

Les deux figurants journalistes, souriants et émerveillés, ont tenté de demander si ce nouveau rôle ne lui semblait pas un peu étrange, et s’il était conscient que les Français ne lui témoignaient pas l’affection qu’il aurait pu souhaiter ? Qu’en termes galants ces choses-là étaient dites… on était dans une ambiance sérieuse, mais pas vraiment grave. À voir la mine réjouie des protagonistes, on s’attendait ensuite à ce que l’entretien enchaine rapidement sur des bacchanales et des festivités autrement plus gaies ! Que nenni, répliquait notre nouveau président, très à l’aise dans sa nouvelle fonction, beaucoup plus haute dans les cieux, comme garant des institutions : il avait sagement permis au peuple de s’exprimer pour élire une nouvelle Assemblée, et maintenant que les trois blocs souhaités par son peuple se débrouillent et travaillent entre eux ; après peut-être acceptera-t-il de nommer un Premier ministre, après les Jeux… 

A lire aussi: Thomas Jolly, « mi-homme mi-coffre fort »

Le président a prononcé environ 30 fois le terme de responsabilité, il a « pris ses responsabilités » les autres doivent prendre leurs « responsabilités », il agit « en responsabilité »… et j’en passe ! tous responsables, tous coupables, mais… pas lui. Qu’on ne s’inquiète pas, on pourra compter sur lui jusqu’au bout de son mandat, car il nous faut un sage et nous l’avons… d’ailleurs, après avoir constitué un mur de boucliers d’airain contre le RN, il nous explique dans sa grande sagesse que tous les élus sont égaux – forcement 12 millions d’électeurs ça impressionne – et qu’il est temps de venir à leur secours. Honteux, ajoute-t-il, de ne pas leur donner de postes et de ne pas leur serrer la main à l’Assemblée nationale… Et pendant ce temps, toute la soirée on se repassait en boucle Agnès Pannier-Runacher qui avait refusé elle aussi sa blanche main au jeunot du RN (qui lui, pourtant, ne bourrait pas les urnes).

Pause festive estivale

Et puis l’heure fut finalement à la fête, à la joie ! Zeus a organisé les plus beaux Jeux olympiques de la planète, complètement bio, et la plus grande parade de tous les temps sur la Seine. Il remercie les exécutants. Et Céline Dion qui ne vient rien que pour lui, mais il ne nous dit pas si elle chantera ou si elle est là juste pour faire plaisir à Brigitte… il garde le secret, le coquin ! Et il parait qu’il nous réserve bien d’autres surprises. 

Sophie de Menthon © SdM

C’était un grand moment de télévision, le président avait un sourire éclatant, les yeux brillants de satisfaction, les yeux bleus assortis à son costume, et il ne dissimulait pas sa joie communicante… mais comment a-t-on pu se laisser aller comme cela à la déprime ?!  Incroyable : nous sommes incapables de nous réjouir de ce qui nous arrive. La liberté redonnée de nos choix politiques, un happening permanent à l’Assemblée sous la protection du dieu de l’Olympe et enfin panem et circenses (bon pour le pain, on attendra un peu). La sécurité ? On a tout bien fait ! Paris est désert, et les grillages nous protègent le long des rues et des quais (on ne peut même plus relever les poubelles, c’est dire si cela découragera les terroristes d’aller commettre des attentats). Au passage, Emmanuel Macron nous rappelle que le chômage, personne n’en parle plus, parce qu’il a réglé le problème, et que de plus tout ce pognon de dingue qu’on a dépensé pour les Jeux olympiques va nous resservir au centuple dans les années à venir… 

Alors, oui, j’ai honte de ne pas avoir compris que le nirvana était là, à ma portée, ces derniers temps, et que je suis juste une grincheuse ! Que la fête commence !

“Longlegs”: préparez-vous au grand flip de l’été!

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"Longlegs" de Osgood Perkins (2024) © Metropolitan Films

Grâce au cinéma américain, pas besoin de clim’ pour frissonner cet été. Excellente surprise que ce thriller démoniaque multiréférentiel, au ton outrageusement vintage, tantôt « seventies », tantôt « nineties », et au traitement hyper formaliste et esthétisant qui risque toutefois d’en décontenancer plus d’un… Vous êtes prévenus !


Cage sous influence(s)

Co-produit par l’inclassable et protéiforme Nick « Fury » Cage qui incarne ici un psycho-killer grimé, siliconé et saupoudré absolument terrifiant (le fameux « Longlegs » du titre, alias « Jambes-longues ») que l’on n’est pas prêts d’oublier, ce thriller indépendant (produit par la petite boîte Neon pour 9 millions de dollars) en forme de jeu de pistes diabolique est l’œuvre d’Oz Perkins, le fils de l’immense Anthony Perkins, inoubliable Norman Bates dans le Psychose d’Hitchcock, le maître du suspense auquel on pense évidemment beaucoup ici, au milieu de quantité d’autres influences. Citons pêle-mêle Le Sixième Sens (Manhunter) de Michael Mann, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, Cure de Kiyoshi Kurosawa, The Cell de Tarsem Singh, The Pledge de Sean Penn, Seven et Zodiac de David Fincher, Prisoners de Denis Villeneuve, Heredity d’Ari Aster, Black Phone de Scott Derrickson, sans oublier une atmosphère globale vénéneuse et cotonneuse très lynchéenne… Et bien d’autres références encore. 


Mais le film possède heureusement sa propre personnalité et affiche un tempérament plutôt radical et, disons-le, complètement désarçonnant ! Précisons que pour ce rôle, Nicolas Cage s’est inspiré de sa propre mère, décédée récemment à l’âge de 85 ans, victime hélas de sérieux troubles schizophréniques et identitaires durant toute sa vie. « Elle a été en proie à la maladie mentale pendant la majeure partie de mon enfance, précise l’acteur oscarisé pour Leaving Las Vegas, et a été placée en institution pendant des années en subissant des traitements de choc. Le plus dur était d’aller lui rendre visite dans les institutions notamment pendant mes jeunes années. Parfois, elle oubliait tout ce qui avait pu arriver – que son père était mort ou que j’étais devenu acteur. » 

Atmosphère diabolique 

On suit dans cet authentique cauchemar pelliculé l’enquête chaotique et on ne peut plus glauque que mène une jeune profileuse du FBI dotée de pouvoirs médiumniques (impressionnante Maika Monroe/ agent Lee Harker en petite sœur de Jodie Foster/ agent Clarice Starling) dans une Amérique profonde banlieusarde triste à mourir dont l’insignifiance charrie une terreur de tous les instants. Cette « inquiétante étrangeté », comme disait Freud, est renforcée par les hallucinants partis pris de cadrages et de mise en scène décidés par notre réalisateur « arty ». Plans fixes, grands angles, lents travellings, mais surtout insertion systématique de « cadres dans le cadre » qui obligent le spectateur à scruter l’arrière champ en permanence afin d’y trouver un indice caché ou distinguer une ombre qui bouge anormalement dans un décor pourtant paisible et familier (le salon d’une maison, la pelouse enneigée d’une propriété, la bibliothèque du FBI…).

A lire aussi, du même auteur: Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

Toute l’enquête est filmée du point de vue de la jeune héroïne aux méthodes hétérodoxes, dont on comprend vite qu’elle se situe dans un état second, comme shootée et sous médocs, suite à une enfance compliquée avec sa mère bigote et modeste qui l’a élevée seule. Lee Harker vient épauler un responsable du FBI de l’Oregon qui tente de mettre la main sur un serial-killer suspecté de massacrer des familles depuis le début des années 70 sans laisser aucune trace derrière lui, à l’exception de lettres avec messages codés et cabalistiques, évoquant évidemment le Zodiac de Fincher.

Plus l’investigation progresse, plus l’on comprend que Lee Harker entretient, à son insu, un lien trouble et pervers avec le tueur, l’obligeant à replonger dans les affres et les traumas de son enfance… Il ne faut évidemment pas aller plus loin dans la divulgation du récit, mais contentons-nous de noter et de nous délecter de la fascination que nourrissent les réalisateurs américains pour l’incroyable période-charnière fin 60’s-début 70’s, point de bascule de l’Amérique vers les ténèbres de la violence et de l’irrationalité suite notamment à l’enlisement au Vietnam, aux meurtres politiques, à la radicalisation de la société dans le sillage notamment de l’horrible meurtre de Sharon Tate par la « Manson family » (été 1969), clairement évoqué ici… Un trauma (à la fois fascinant, obsessionnel et répulsif) pour toute une génération de cinéphiles que s’était également approprié avec brio Quentin Tarantino dans sa démonstration métaphorique de la grande bascule américaine avec son excellent Once Upon a Time in Hollywood (2019)… tout en nous gratifiant au passage d’une relecture fantasmatique du carnage de Ciello Drive (la fameuse et funeste nuit du 9 août 1969) qui avait en son temps déchaîné les polémiques et propos outranciers contre l’auteur de Reservoir Dogs… 

L’Amérique des délaissés

Au-delà du passionnant versant occultiste et satanique de l’énigme (accrochez-vous bien pour le dernier quart d’heure… vous ne verrez plus jamais des poupées de cire de la même façon !), l’exploration sociologique et topographique de cette Amérique profonde, délaissée et marginale, peuplée de mères célibataires élevant seules leurs enfants et « que personne ne vient jamais voir », ou de simples d’esprit en plein désarroi dans des villages loin de tout, se raccrochant à la religion chrétienne (bientôt dévoyée et extrémisée), s’avère profondément touchante et transmet une réelle émotion. 
Le mal radical et contagieux peut ainsi naître de la solitude extrême, comme l’a démontré dans nos contrées un auteur comme Maupassant avec ses recueils de contes d’angoisse: « C’est la solitude qui engendre les monstres »… 
On pourra toutefois regretter dans le film quelques plans symboliques parfois lourdement appuyés (la vision infernale, résumée par ces nœuds de serpents se mouvant dans le sang impur des suppliciés, par exemple), mais Longlegs possède un insidieux pouvoir hypnotique et aura pour effet de vous dévorer le cerveau pendant plusieurs jours après la projection… D’autant que la fin suffisamment ouverte et totalement imprévisible laisse place à une hypothétique suite que les excellents chiffres actuels de démarrage en salles devraient sous peu placer sur de bons rails. Les rails d’un train fantôme, conduit par Satan himself !

1h41

Voir et revoir Pagnol, Visconti, Truffaut

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© La Cinémathèque française

Comme chaque été, les films nouveaux et de qualité se font plutôt rares dans les salles jusqu’à la rentrée de septembre. Heureusement, le patrimoine est là… bien vivant ! Cet été dans nos salles, rétrospectives de 10 films de Marcel Pagnol, 4 de Luchino Visconti et 5 de François Truffaut…


Marcel, l’empereur

« Marcel Pagnol, 50 ans : rétrospective en dix films », en salles à partir du 24 juillet

Quoi de neuf ? Pagnol encore et toujours ! À partir du 24 juillet et partout en France, pas moins de dix chefs-d’œuvre seront à l’affiche. De Marius (1931, officiellement réalisé par Alexandre Korda) jusqu’à Topaze (1951), on pourra voir et revoir des films exceptionnels, superbement écrits et réalisés, portés par des distributions épatantes composées notamment de « cabots » de génie tels Raimu et Fernandel. Difficile vraiment de choisir dans ce florilège. Passons donc en revue ces dix pépites.

La fameuse trilogie marseillaise d’abord : Marius, Fanny, César. Lorsque Pagnol adapte sa pièce Marius pour la porter à l’écran, le cinéma parlant est encore balbutiant. Sur le tournage, un ingénieur du son américain ose dire que la voix de Raimu ne passe pas et que le son est inaudible. Pagnol laisse passer un ange plutôt que de lui passer un savon – ses colères sont homériques. Au-delà du pittoresque marseillais auquel le film a été rattaché, affiches de Dubout aidant, Marius, comme les deux autres volets qui suivront, vaut bien mieux que cela. Sous les rires, l’accent, les galéjades et même le jeu atroce d’Orane Demazis dans le rôle de Fanny, il se déroule autre chose : les liens d’un père avec son fils et l’émancipation plus ou moins réussie de ce dernier. Cette trilogie n’est rien de moins qu’un classique du cinéma français.

A lire aussi : Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

Tourné durant la même période, en 1933, Jofroi reste trop méconnu. Ce cycle le remet en lumière pour notre plus grand bonheur. C’est la première fois que Pagnol adapte Giono au grand écran, en l’occurrence une nouvelle, « Jofroi de la Maussan », publiée l’année précédente dans Solitude de la pitié. Superbe drame paysan, le film est également l’annonce du néoréalisme quand il utilise décors naturels, son direct et caméra « légère » et mobile, bien avant la Nouvelle Vague.

Avec Le Schpountz, en 1938, Pagnol offre à Fernandel l’un de ses rôles les plus jubilatoires. L’acteur est parfait dans les habits d’un benêt intégral qui se fait berner par des artistes parisiens au mépris facile. Le tout est tiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée sur le tournage d’un précédent film de Pagnol, le magnifique Angèle, également au programme cet été.

Réalisé en 1934, Angèle est une nouvelle adaptation de Giono, en l’occurrence le roman Un de Baumugnes. Fernandel y tient le premier rôle, celui de Saturnin, un valet de ferme, aux côtés des formidables Henri Poupon et Jean Servais. Une fois encore, la magie de Pagnol opère pour raconter ce drame rural sur fond de fille « perdue » et de père intraitable.

Dans La Femme du boulanger, chef-d’œuvre incontestable, Raimu incarne avec génie un cocu « dans le pétrin ». Pagnol réussit la prouesse de faire rire et sourire, sans jamais perdre de vue le tragique de la situation qu’il décrit. Dialogues ciselés, tirades devenues mythiques et distribution au niveau : rien ne manque.

Fanny, second volet de la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol. D.R

La Fille du puisatier, en raison même de son année de tournage (1940) a des allures de film sinon maudit, du moins bricolé, contraint de coller à l’actualité mouvementée de cette période. Mais l’essentiel est ailleurs, dans un quatuor d’acteurs étincelants qui portent le film de bout en bout : Raimu, Fernandel, Josette Day et Charpin.

Restent deux films et non des moindres : Regain (1934) et Topaze (1951). Le premier est l’adaptation du roman éponyme de Jean Giono. On y retrouve Fernandel, mais dans un rôle moins sympathique et débonnaire que d’habitude, celui d’un rémouleur accompagné d’une femme qu’il maltraite. Comme souvent chez Pagnol, le film vaut aussi pour ses savoureux seconds rôles qu’incarnent ici Henri Poupon, Charles Blavette, Milly Mathis, Robert Vattier et, dans un rôle de brigadier, le futur proscrit de la Libération, Robert Le Vigan. Quant à Topaze, même si on peut lui préférer la version de 1936, plus sombre, c’est bel et bien l’un des rôles majeurs de Fernandel.

Voir et revoir Pagnol demeure un enchantement !


Luchino, le prince

« Le XIXe de Visconti », en salles à partir du 31 juillet

©Les Acacias

Sous le titre « Le XIXe de Visconti », on peut cet été découvrir ou redécouvrir quatre immenses films du cinéaste italien : Le Guépard, Senso, Ludwig ou le Crépuscule des dieux et L’Innocent. Quatre œuvres « historiques » qui ressuscitent ce XIXe siècle qui fascinait Visconti, pétri de cette obsession proustienne du temps qui passe, du changement d’époque, du déclin de la noblesse. De 1954 (Senso) à 1978 (L’Innocent), soit l’ultime film du cinéaste, ce sont des fresques mélancoliques en forme d’opéras baroques aux distributions impressionnantes : Delon, Cardinale, Lancaster, Valli, Schneider, Berger, Antonelli et tant d’autres encore. Il faut notamment se replonger dans les trois heures du Guépard, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1963, et tournant dans la carrière du cinéaste qui, dès lors, sera moins sensible aux questions sociales.

©Les Acacias

François, le dandy

« Cinq héroïnes de François Truffaut (partie 1) », en salles à partir du 7 août

© Carlotta Films

Comme l’indique son titre, ce cycle est consacré aux muses du réalisateur de La Peau douce. Dans un premier temps, on pourra ainsi savourer trois films : Deux Anglaises et le Continent, La Femme d’à côté et Vivement dimanche ! On ne saurait trop recommander le premier, « grand film malade » selon l’expression même de Truffaut, qui permet à Jean-Pierre Léaud de quitter l’encombrant personnage d’Antoine Doinel. Mais les deux autres donnent l’occasion de voir combien Truffaut a su tirer parti des multiples facettes du talent de Fanny Ardant. Alors que les deux films sont à l’opposé (un terrible drame romantique pour l’un, un polar joyeux pour l’autre) La Femme d’à côté et Vivement dimanche ! laissent éclater l’incroyable séduction de l’actrice, son charme et son mystère. On reste sans voix devant ces deux personnages qu’incarne Fanny Ardant avec la même conviction, le même allant, la même grâce. Rarement Truffaut, le cinéaste qui aimait les femmes, aura trouvé une interprète en aussi parfaite adéquation avec son univers, ses fantasmes et ses obsessions.

Pour regarder les bandes-annonces de La femme d’à côté, et Deux Anglaises et le Continent :

Donald Trump peut-il être vaincu par la « faiblesse » démocrate?

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Donal Trump, 18 juillet 2024 (© Carol Guzy/ZUMA Press Wire/Shutt/SIPA) et Kamala Harris, le 1er juin 2024 (© Jeff Chiu/AP/SIPA)

Le camp républicain a déjà commencé à attaquer Mme Harris, notamment sur ses origines… Analyse.


Joe Biden a enfin jeté l’éponge. Il a mis du temps, mais c’est fait. Normalement, la vice-présidente Kamala Harris est appelée à prendre la relève mais il n’est pas impossible que le camp démocrate veuille un autre candidat qu’elle pour affronter Trump. Cette rupture serait toutefois un affront, encore un, pour Joe Biden qui verrait ainsi battu en brèche son choix initial. Même s’il avait tout fait pour la maintenir dans un rôle discret et subalterne, malgré ces derniers temps quelques interventions et apparitions plus marquantes. Comme si elle se trouvait déjà dans un entre-deux, entre le possible maintien de Joe Biden et l’indiscutable fragilité de ce dernier.

A lire aussi : La révérence de Joe Biden: une campagne historique s’annonce

Il semble toutefois qu’un certain nombre de facteurs rendent au moins incertaines les prévisions : la décision courageuse de Joe Biden, la détermination immédiate de Kamala Harris adoubée sur-le-champ par le président défaillant, la certitude du camp démocrate que pour gagner les atermoiements n’étaient plus possibles, l’impression paradoxale que, pour être le favori, Donald Trump allait devoir se confronter cependant à une adversaire démocrate singulière, une femme le contraignant à moins de violence personnelle avec un bilan suffisamment réduit pour ne pas être exclusivement à charge. Donc la moins adaptée à son style de campagne à l’emporte-pièce et familièrement populiste. Kamala Harris, pour l’heure, est à la recherche d’un colistier lui permettant d’élargir le champ de son influence et de « couvrir » des États penchant plutôt pour l’instant vers Donald Trump ou, au moins, en proie au doute et aux hésitations. Ce choix n’est jamais facile et on ne peut s’y livrer à la légère, le futur couple démocrate étant censé s’appuyer sur les forces et les atouts de chacun.

La cause démocrate peut-elle renaître de ses cendres ?

L’injonction volontariste de Kamala Harris martelant qu’elle allait battre Donald Trump sera fragilisée par la recherche, dans le clan de celui-ci, de tout ce qui va pouvoir l’affaiblir. Le vice-président choisi par Donald Trump a d’ailleurs commencé en questionnant la légitimité de Kamala Harris et ses origines. Malgré cela qui relève du processus habituel, je me demande si, plus profondément, l’apparente faiblesse objective de la cause démocrate n’allait pas constituer, comme souvent dans ce type de crises, une opportunité de sursaut amplifiée par une double donnée. La première étant, pour une majorité d’Américains, au-delà des animosités partisanes et des moqueries lassantes sur l’âge de Joe Biden, l’excellent bilan de ce dernier sur le plan économique et social ainsi que la pertinence jamais prise en défaut de sa vision internationale. La seconde liée au passif de la personnalité de Donald Trump, à ses ennuis judiciaires et au fait que, pour être atypique et admirée par le camp républicain, sa personnalité n’enthousiasme pas forcément TOUS ses partisans et aussi la masse de ceux qui n’ont pas encore tranché.

Pour me résumer, les jeux ne sont pas faits et il n’est pas impossible qu’on se retrouve, pour ces futures élections américaines, face à ce que la vie offre dans beaucoup de ses registres les plus divers : la stupéfiante force, en définitive, d’une faiblesse se muant en arme.

Le Mur des cons

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Ils veulent la peau de CNews

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Le journaliste d'extrème gauche Kamil Abderrahman, qui multiplie les sorties controversées, rêve que "Le Media" prenne la place de CNews. Capture d'écran.

L’hypothèse du non-renouvellement de la fréquence de CNews par l’Arcom est improbable, mais pas impossible. En coulisses, de nombreux journalistes et militants politiques en rêvent encore. Qui sont-ils ?


Dernière minute! L’Arcom vient d’annoncer que la chaîne C8 perd sa fréquence sur la TNT, ainsi que NRJ12. Les deux chaînes seront remplacées par celles de Ouest-France et de Daniel Kretinsky •

En termes d’audience, CNews est depuis deux mois devant BFMTV, LCI et France Info TV. Son succès est dû aussi bien aux sujets abordés qu’à la qualité des journalistes, chroniqueurs et débatteurs qui se succèdent sur ses plateaux. Chaque soir, Christine Kelly et ses « mousquetaires » proposent des analyses documentées sur des sujets politiques, économiques, historiques ou sociétaux. Certains rendez-vous hebdomadaires affolent les compteurs : Le « Face à Face » entre Gilles-William Goldnadel et Julien Dray remporte un franc succès, tandis que l’émission « Face à Philippe de Villiers » frôle ou dépasse régulièrement le million de téléspectateurs. Au 1er juillet 2024, CNews, qui a connu la plus forte progression toutes chaînes confondues depuis un an, est devenue la 1re chaîne d’info, la 1re chaîne TNT, la 5e chaîne nationale. Et ça, ça défrise le système politico-médiatique en place.

La pression terrible mise sur Roch-Olivier Maistre

Pour Le Monde, il ne fait aucun doute que CNews doit disparaître. Un long papier paru le 17 juillet met subtilement en garde l’Arcom : « la décision qu’elle prendra à l’encontre de CNews et C8 marquera le mandat de son président ». Roch-Olivier Maistre quittera en effet ses fonctions de président de l’Arcom fin janvier 2025. Son mandat sera salué ou hué par la caste médiatico-politique aux manettes selon qu’il sera parvenu ou non à interdire CNews ou C8 sur la TNT. Le quotidien aimerait plus de sévérité envers les dirigeants de Canal + qui, lors de leur audition devant l’Arcom, « n’ont affiché ni humilité ni contrition devant ceux dont dépend leur avenir : les conseillers réunis autour du président Roch-Olivier Maistre ». Mettre un genou à terre devant les juges médiatiques ou craindre leur colère, tel semble être le destin des prétendants à la TNT. Concernant CNews, il est attendu de leurs dirigeants qu’ils se versent en plus un tombereau de cendres sur la tête. Le conseiller Hervé Godechot n’a pas hésité, paraît-il, à mettre les représentants de Canal + en difficulté en leur rappelant les neuf motifs de reproches adressés à CNews en trois ans. M. Godechot a fait toute sa carrière dans le service télévisuel public, France 3, France 2 et France Info TV (cette dernière bénéficiant d’une autorisation d’émission sur la TNT). Nous supposons que pour Le Monde un tel CV atteste une totale impartialité et éloigne tout soupçon idéologique qui pourrait entacher le travail de M. Godechot au sein de l’Arcom… Un autre membre du tribunal de l’inquisition médiatique, Antoine Boilley, n’a pas craint, selon le quotidien, de recadrer CNews – selon la méthode dite du « sentiment d’insécurité » usitée par notre encore actuel garde des Sceaux – sur la manière de traiter les sujets concernant la délinquance et l’immigration : « Comme la météo, il y a la température et il y a le ressenti. Pareil pour la délinquance et l’immigration, il y a les chiffres de la délinquance et le ressenti qui est souvent débattu sur vos plateaux. » Le Monde omet de préciser que M. Boilley a rejoint l’Arcom en février 2023 et que, de 2001 à cette date, son unique employeur a été… France Télévisions, où il a occupé les fonctions de secrétaire général et directeur délégué (France 2) puis celles de directeur adjoint du marketing et de la communication pour l’ensemble du groupe. La pensée unique règne depuis longtemps sur les ondes d’un service public où près de 80% des journalistes et des dirigeants avouent voter à gauche ou à l’extrême gauche. Les obstacles mis en travers d’une chaîne privée ne partageant pas la doxa auront au moins servi à dévoiler la réalité sur les médias et la liberté d’expression dans notre pays. Disons-le tout net : cette liberté est un leurre. Les rênes du système politico-médiatique sont fermement tenues par des militants de gauche aussi bien que de droite, de cette droite qui n’a jamais su se défaire d’un sentiment d’infériorité face à la gauche culturelle, progressiste et morale, ainsi que par des journalistes sortant d’IEP ou d’Écoles de journalisme entièrement gangrénés par l’extrême gauche et le wokisme. Ce système ayant pris conscience qu’un petit mais vigoureux grain médiatique pouvait enrayer la machine propagandiste pro-UE, pro-immigration, pro-wokisme, il met en branle tous les moyens possibles pour l’écraser. Les censeurs fourbissent leurs armes dans les arrières-boutiques politiques, syndicales ou associatives. Inondée de plaintes, de réclamations, de saisines venant principalement de ces arrières-boutiques, l’Arcom est le bras armé à la fois du gouvernement et des ennemis traditionnels de la liberté d’expression, la gauche et l’extrême gauche, lesquelles ravivent ainsi une vieille tradition révolutionnaire, la censure au nom de la juste cause, au nom du bien du peuple, au nom du progrès. 

Le Média rêve de piquer le canal de Bolloré

Kamil Abderrahman, journaliste d’extrême gauche du Média (organe mélenchoniste de propagation des idéologies racialistes, immigrationnistes et antisionistes), participe à sa manière brutale à la charge contre les médias « bollorisés ».  Il s’est fait une spécialité d’inonder les réseaux sociaux de messages anti-israéliens, surtout depuis le pogrom du 7 octobre 2023. Les excès et les mensonges ne lui font pas peur. Ainsi accusa-t-il l’armée israélienne d’avoir tué nombre de ses compatriotes le jour fatidique de l’attaque du Hamas à cause d’une « intensité de la riposte » disproportionnée. Ainsi appelle-t-il régulièrement au boycott de SFR, propriété de l’homme d’affaires franco-israélien Patrick Drahi, lequel était également à l’époque actionnaire majoritaire de BFMTV et I24News, chaînes faisant « l’apologie du génocide des Palestiniens », selon le journaliste mélenchoniste qui considère d’autre part que « l’imam Chalghoumi, Gilles Kepel et Florence Bergeaud-Blackler sont des guignols ». Après avoir averti l’Arcom dans un tweet du 16 juillet – « Arcom, on vous observe ! » – à propos de CNews, « cette chaîne de merde », le journaliste militant a profité de l’atmosphère générale anti-Bolloré pour menacer à nouveau récemment l’organisme de surveillance médiatique : « Arcom, lisez bien. Maintenant si vous renouvelez la fréquence de cette chaîne raciste qui œuvre tous les jours pour mettre en danger la vie d’une partie de la population française en raison de sa religion, attendez-vous à d’énormes manifestations devant votre siège. » On reconnaît là les détestables méthodes d’un certain mouvement, de son leader et de ses sbires. Il faut préciser que l’interdiction de diffusion de CNews (ou de C8) sur la TNT arrangerait bien Le Média qui est sur les rangs pour remplacer la chaîne bolloréenne et bénéficie à cette fin du soutien de… Rokhaya Diallo, Guillaume Meurice, Thomas Porchet, Benoît Hamon, Audrey Pulvar et Christiane Taubira, entre autres personnalités ayant signé la tribune « Le Média doit devenir une chaîne de la TNT » parue le 28 juin dans L’Humanité. Il n’est pas certain que les propos comminatoires de Kamil Abderrahman aient été appréciés par les membres de l’Arcom. Cela aura-t-il un impact sur leur décision ? Affaire à suivre… 

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Quoi qu’il en soit, la dernière délibération de l’Arcom « relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion par les éditeurs de services » éclaire sur ce qu’attend le « gendarme de l’audiovisuel » des chaînes désireuses de jouir d’une des fréquences de la TNT. Cette délibération fait suite à la demande du Conseil d’État, lui-même sollicité par l’ONG Reporters sans frontières, exigeant plus de contrôle des chaînes de télé et de radio, surtout de CNews. Le « en même temps » macronien semble avoir présidé aux discussions qui ont mené à l’écriture de ce court manuel de surveillance des médias. En effet, en même temps qu’elle affirme que « les éditeurs sont seuls responsables du choix des thèmes abordés sur les antennes et des intervenants » et qu’il « n’est pas question de ficher ni d’étiqueter les intervenants en télé ou radio », l’Arcom prévient qu’elle tiendra compte « de la variété des sujets ou thématiques abordés à l’antenne » et de « la diversité des intervenants dans les programmes ». De plus, elle assure qu’elle sanctionnera les chaînes de télé ou les stations de radio si elle constate un « déséquilibre manifeste et durable », par exemple sur « le choix des sujets » – ce qui veut dire en clair qu’elle décidera de la ligne éditoriale qu’un média doit afficher pour éviter des sanctions. Et on peut le craindre, cette ligne éditoriale serait globalement celle du système médiatico-politique : diversitaire, immigrationniste, progressiste, écologiste, européiste et woke ! Malheur à ceux qui s’en écartent. La France n’est plus le pays de la liberté d’expression mais celui de l’expression médiatique moutonnière, paresseuse et inculte d’une caste qui n’a nullement l’intention d’aller à l’encontre de l’idéologie mondialo-progressiste du moment, laquelle l’assure d’un certain confort intellectuel – même un minimum de culture générale y est superfétatoire et le travail véritable y est inutile – puisqu’il lui suffit de reprendre sans les examiner les dépêches orientées de l’AFP et les analyses du Monde ou de Libération pour être de plain-pied avec elle. L’audiovisuel public fait ça très bien, sans barguigner – elle n’a par conséquent rien à craindre de l’Arcom. La chaîne CNews rechigne à participer au petit théâtre médiatique de la pensée unique ? Au pire, elle se verra retirer son autorisation d’émettre sur la TNT ; au mieux, elle se verra imposer de nouvelles et draconiennes obligations. 

Quoi qu’il arrive, qu’elle émette sur la TNT ou ailleurs, elle restera sous la surveillance acharnée de ce système politico-médiatique qui parle beaucoup de pluralisme mais supporte de moins en moins la contradiction. 

Einstein VS Portes

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Le député de Seine-Saint-Denis Thomas Portes (extrème-gauche), Paris, 14 janvier 2024 © Chang Martin/SIPA

« Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques ». À quelques jours de l’ouverture de Paris 2024, les propos fleurant l’antisémitisme du député de gauche Thomas Portes, tenus devant une foule vociférante, mettent une cible dans le dos à toute la délégation israélienne. 


« Carthago delenda est ». C’est par ces mots, «  Carthage doit être détruite » que, dit-on, Caton l’Ancien terminait ses prises des paroles, même les plus anodines. C’est une sentence très approchante qui, manifestement, brûle la langue de Thomas Portes et de ses copains de LFI chaque fois qu’ils ouvrent la bouche. Mais pour eux, ce serait : « Israël doit être détruite ». Cela aurait au moins le mérite de traduire franchement, honnêtement, leur pensée. Et ce le serait encore bien davantage, honnête, s’ils allaient au bout de cette pensée pour lancer, carrément, sans fioritures « le peuple juif doit être détruit, les Juifs doivent disparaître de la surface de la terre ». Car c’est bel et bien cette vision nihiliste qui se profile derrière les éructations du député Thomas Portes lors d’une manifestation pro-Palestine – pro Hamas, en réalité ? – où il savait fort bien d’avance que sa haine et sa profonde bêtise rencontreraient un vif succès. « Les athlètes israéliens ne sont pas les bienvenus. Ils n’ont rien à faire ici, aux J.O » Il est bien évidemment certain que Portes et ses semblables se soucient des J.O et de leurs compétiteurs comme d’une guigne, qui ne sont en l’occurrence que le prétexte à un déferlement de haine. Un de plus, en attendant les autres. 

On se tromperait lourdement si on se laissait aller à regarder ces comportements comme des dérapages incontrôlés, des provocations gratuites, l’effet d’une ignorance sans bornes. Il ne s’agit pas de cela. Portes et ses semblables savent parfaitement ce qu’ils font. Quand ils ne serrent pas la main du député en charge de l’urne lors du vote à l’Assemblée, ils savent ce qu’ils font. Lorsqu’ils vomissent leurs interdits antisémites, lorsqu’ils refusent la qualification de terroristes pour les barbares du 7 octobre, ils savent ce qu’ils font. Ils font très exactement ce que leurs mandants attendent d’eux, ils font ce que prône la stratégie révolutionnaire d’affrontement. L’autre, celui du camp d’en face, n’est pas simplement un adversaire à combattre, mais un ennemi à éliminer. Radicalement. De ce fait, ne pas serrer la main n’est pas qu’une impolitesse, une effronterie, une bêtise de plus. Non, c’est un acte délibéré. C’est la manifestation – télévisée – de la négation de l’existence de cet autre. 

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Julien Odoul, le député RN, à mille fois raison de poursuivre Portes en justice, ce porteur de haine, une haine qui malheureusement se propage comme une sale peste, touchant de proche en proche tous ceux qui n’adhèrent pas, qui n’applaudissent pas. Voilà bien que le dessinateur Plantu, à son tour, est diabolisé, ciblé pour ne pas avoir courbé la tête au délire de Portes. Qui d’autre après lui ? Et combien ?

Cela dit, la question – la question terrifiante, lancinante – devant de telles aberrations est de se demander comment il peut se faire que, au pays de France, ces propagateurs de haine, des zélateurs de l’obscurantisme, puissent réunir sur leurs noms assez de suffrages pour être élus et siéger au sein de la représentation nationale ? En effet, c’est surtout cette question, et la réponse à y apporter, qui devraient d’abord nous occuper, nous inquiéter. Inquiétant aussi le silence assourdissant des alliés de circonstance des Portes et compagnie, de cette gauche perdue qui, tétanisée d’une peur qui ne s’explique guère, laisse dire, laisse faire. Faut-il rappeler ici, une fois encore, le jugement d’Albert Einstein ? « Le monde est dangereux à vivre, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »

Notre naufrage politique: simple reflet de la disparition de la société?

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Lucie Castets, une inconnue, ici sur France inter le 24 juillet, se présente au poste de Premier ministre au nom de la gauche. Elle est l'actuelle directrice financière de la Ville de Paris, singulièrement endettée. DR.

La crise politique actuelle n’est pas une crise provoquée par telle ou telle erreur du président Macron ou imperfection démocratique conjoncturelle, elle est fondamentalement la conséquence du processus de disparition de la société.


Il est inutile de reprendre l’accumulation des faits pour constater le chaos dans lequel le pays est plongé. Il est aussi inutile de commenter toutes les analyses superficielles qui en évoquent les  causes et les improbables solutions : absence de majorité parlementaire, dissolution inappropriée, usure de la verticalité, scrutin majoritaire dysfonctionnel dans une Constitution inadaptée, refus de la proportionnalité, etc. Et parce que l’on se contente de superficialités rapides, on aboutit très vite à des analyses douteuses : la crise actuelle consacrerait le retour aux prétendues horreurs de la quatrième république, le Rassemblement national serait toujours un parti d’extrême droite, le «macronisme » serait en voie d’extinction, etc. 

Pour comprendre le réel, il est nécessaire d’aller plus loin.
On peut commencer par le détricotage du prétendu retour aux pratiques de la quatrième république. Nous serions entrés  dans une période aussi instable que celle que nous aurions connu entre 1946 et 1958. Il y a là confusion de l’apparence avec la réalité : la période considérée était le théâtre d’affrontements entre entrepreneurs politiques de petits partis qui se battaient sur des marchés secondaires sans jamais s’affronter sur de grands projets complètement partagés. Personne ne contestait la reconstruction de la France et les grandes orientations qu’elle impliquait, reconstruction qui se déployait à un rythme spectaculaire mondialement reconnu. Personne ne contestait non plus la construction d’un grand Etat providence qui se déployait dans de multiples directions. Personne ne contestait enfin les grands choix industriels, les grands choix dans le domaine de l’Éducation, de la santé, de l’agriculture, etc. Bien sûr, existaient des affrontements sur certaines réalités de l’histoire : la résistance de l’ancien monde au projet de Sécurité sociale, la gestion de la décolonisation, etc. Mais ces confrontations s’inscrivaient dans un universel censé être le point oméga de l’intérêt général. Le théâtre politique de l’époque est donc bruyant mais insignifiant. Les entrepreneurs politiques de l’époque sont des groupes et individus qui cherchent comme aujourd’hui à se maintenir ou se reconduire au pouvoir, mais les intérêts égoïstes étaient masqués par un idéal commun peu contesté. On se bat sur les modalités de la construction d’un collectif mais ce n’est que très rarement que ces entrepreneurs politiques apparaitront pour ce qu’ils sont à savoir des accapareurs des outils de la puissance publique – le commun de la société – à des fins privées. À l’époque l’utilitarisme de la fonction politique avec ses rémunérations symboliques se noie dans l’océan de la production d’un bien commun approximativement identifié. 

La crise actuelle de la cinquième république est d’une tout autre nature et n’est en aucune façon une sorte d’entrée en quatrième république. Il y avait à l’époque une société française encore assez largement holistique qui faisait que l’intérêt général était connu de tous et ne donnait lieu qu’à des contestations et interrogations secondaires : le capitalisme était – au-delà des discours –  finalement accepté car il donnait des signes évidents de prospérité pour l’immense majorité. D’où le succès des entreprises politiques sociales-démocrates. 

Hélas, aujourd’hui, la société française s’efface et laisse le champ libre à des entreprises politiques en perte de repères. Le holisme qui se cachait dans le concept de citoyenneté  se réduit au mieux à des groupes ultra-minoritaires et plus fondamentalement à des « individus désirants » qu’on peut aussi désigner comme « consommateurs souverains ». Nous reviendrons sur cette expression. Le « commun » qui reliait les individus et constituait les moyens de production/régulation de la société s’est évanoui. Même les groupes ultra-minoritaires (décoloniaux, wokistes, LGBT, etc.) ne sont, dans la plupart des cas, que des regroupements d’individus qui s’associent pour mieux revendiquer leur individuelle et personnelle souveraineté. 

La disparition de la société constitue bien évidemment une complexification gigantesque du travail des entrepreneurs politiques. Un peu comme si en capitalisme les capitalistes perdaient le contrôle de moyens de production qui disparaitraient. Certes le matériau intérêt général reste l’outil de base desdits entrepreneurs. Certes ces entrepreneurs n’ont pas changé, il sont toujours entreprises politiques rassemblant des franchisés plus ou moins obéissants, mais l’intérêt général brandi n’est au mieux qu’un fossile : il n’y a plus que des intérêts privés débarrassés de marque collective. Dans un tel contexte, l’entrepreneur politique se démonétise et ne peut au mieux surnager qu’avec des programmes lourds et fondamentalement incohérents. Les franchisé s- censés promouvoir les produits de l’entreprise politique d’appartenance – s’autonomisent vis-à-vis de l’enseigne car devant tenir compte de ses propres électeurs qui n’ont que peu de choses en communs avec les autres. À société disloquée doit correspondre un marché politique lui-même effondré. La crise politique actuelle n’est donc pas une crise conjoncturelle provoquée par telle ou telle erreur ou imperfection, elle est plus fondamentalement conséquence du processus de disparition de la société.

Ces erreurs d’analyse en entrainent d’autres porteuses de violences futures. Tel est le cas des considérations portées sur un Rassemblement national quasi universellement désigné comme parti d’extrême droite. Il s’agit pourtant d’une entreprise politique comme les autres avec des dirigeants et entrepreneurs politiques franchisés proposant des produits politiques censés répondre  aux désirs et besoins d’individus privés. Le marché dudit RN n’est plus fait du holisme qui caractérisait l’extrême droite européenne du siècle précédent, laquelle véhiculait des discours idéologiques violents et concernaient des organisations autoritaires souvent militarisées. Aujourd’hui, l’électeur du RN est aussi individualisé que tous les autres, et se trouve être un individu désirant classique. Tout aussi classique que l’individu mondialisé qui, fort de sa réussite sociale, se veut consommateur complètement souverain. Ce dernier est tellement souverain qu’il refuse les frontières, les droits de douane et toutes les contraintes environnementales qui l’empêcheraient de  surconsommer ! Quant aux services publics, cet individu mondialisé a les moyens de s’en offrir à titre privé, probablement de meilleure qualité que nos services publics, et ce à l’échelle mondiale.

De ce point de vue, l’électeur du RN brandit encore le fossile de l’égalité républicaine pour réclamer, lui aussi, un statut de « consommateur souverain ». Il exige un revenu plus important et il refuse les contraintes d’un environnement socialement et culturellement dégradé. Ses frontières à lui – frontières qu’il faut abattre comme il faut abattre les frontières nationales de l’individu mondialisé ayant réussi – sont les services publics dégradés dans les campagnes, la montée de l’insécurité matérielle et culturelle, et les contraintes environnementales qui ajoutent à son enfermement. Il veut être souverain et responsable de ses choix, très exactement comme l’individu mondialisé. 

L’individu mondialisé peut se dire ouvert à toutes les cultures et se méfie des frontières qui limitent son statut de consommateur souverain. L’électeur du RN tout aussi consommateur souverain est sensible à une préférence nationale qui se veut protection de sa souveraineté. Les deux sont les produits liés d’une même réalité : la fin de la société. Une fin de la société qui est aussi la contestation radicale des solidarités. Les deux types de consommateurs souverains ont ainsi un point commun : la contestation commune de l’assistanat devenu produit phare des entreprises politiques classiques.

Nous laissons au lecteur le soin d’aller plus loin dans les conclusions de la grille de lecture proposée. Au final, l’individu qui aura réussi sera dans « l’arc républicain », sera tolérant, sera « anywhere », sera sécessionniste, sera contre l’État-nation et européiste, sera enfin très éloigné du poutinisme et du trumpisme. Massivement valorisé par le pouvoir médiatique lui aussi tenu par des individus mondialistes, il dispose d’un outil de pression massif sur les entreprises politiques et leurs franchisés en quête de victoire électorale. D’où le poids gigantesque des prétendues réformes inéluctables dans l’agenda de beaucoup d’entrepreneurs politiques : il est, de leur point de vue, impossible de faire autrement. À l’inverse, l’individu qui se trouve en échec sera en dehors de l’arc républicain, sera plus intolérant voire raciste, sera un « somewhere », sera pour le retour de l’Etat-nation et opposé à l’européisme, sera sensible au poutinisme et au trumpisme. Il est massivement vilipendé par un pouvoir médiatique puissant et efficace. D’où les difficultés des entrepreneurs politiques représentants les intérêts de ce type de consommateur souverain et l’irruption d’une barrière dite républicaine. D’où les turpitudes présentement constatées dans l’hémicycle. 

Entre les deux se trouvent les consommateurs souverains qui regroupent à la fois l’ancien monde de la vieille société et le nouveau des minorités bruyantes : on se veut culturellement mondialistes et économiquement « nationnistes ». D’où un entrepreneuriat politique ultra-interventionniste et surtout chargé de très lourdes incohérences programmatiques : les minorités, toutes peuplées de consommateurs souverains exigeants, ne peuvent réellement cohabiter. Notons au passage la stupéfiante onction de certains économistes, y compris un prix Nobel,  qui au nom d’une méta raison en arrivent à nier les incohérences programmatiques des entrepreneurs politiques concernés. 

Au total, le pays constate la disparition de la société dans un tsunami anthropologique avec comme effet principal l’apparition d’un ensemble d’entrepreneurs politiques naufragés et accrochés à des outils fossilisés de la puissance publique. Répartis en groupes devenus incertains et poreux, ils se livrent à des turpitudes au sein d’un hémicycle devenu reflet de la grande tempête qui agite le pays.

Ne pas comprendre ce grand mouvement anthropologique n’est pas simplement  attristant pour les prétendus intellectuels qui débattent sur l’extrême droite, mais, plus fondamentalement, ce débat mal engagé  se trouve  dangereux. Ne pas reconnaitre pour certains la qualité de consommateur souverain et l’accepter, voire la promouvoir, pour une toute petite minorité, c’est s’exposer à la violence de la future guerre civile. Un temps où le langage performatif des entrepreneurs politiques cessera de cacher un grand vide sans espoir. S’il reste un minimum de conscience aux entrepreneurs politiques naufragés – qui dans la tempête n’arrivent plus à masquer leur strict intérêt privé – ils devraient porter au moins une partie de leur attention à ce qui reste de commun, à savoir l’égalité des droits et devoirs. Mais tout ceci a-t-il encore du sens ?

La fable du « En même temps »

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Le président Macron reçoit la presse internationale pour les Jeux Olympiques, Paris, 23 juillet 2024. Le soir, invité de France 2, le chef de l'Etat a précisé qu'il ne nommerait pas de Premier ministre avant la mi-août... © CHINE NOUVELLE/SIPA

Que dirait Jean de la Fontaine de la France d’Emmanuel Macron? Dominique Folscheid répond à la question dans son nouveau livre


Quand La Fontaine raconte Emmanuel Macron, cela donne le livre malicieux et passionnant, comique et grave, drôle et instructif de Dominique Folscheid intitulé En même temps. Rien d’étonnant à cela. Si les Fables, en effet, sont « une comédie à cent actes divers » dont l’auteur a un génie politique évident, il faut reconnaître que le règne d’Emmanuel Macron se prête, quant à lui, à pareil récit tant il s’apparente à une pièce de théâtre protéiforme. 

La macronie, une ménagerie

En personnage principal, trône le Roi en majesté. Autour de lui, une Cour et ses grands fauves, à la fois ménagerie, salon, Cour de justice, marigot et pétaudière. Face à ce « haut lieu de rivalité mimétique », un peuple coassant de « grenouilles démocrates ». À travers 22 chapitres brefs aux titres savoureux, tout y passe : les guerres — le virus, l’islamisme, le réchauffement climatique, l’ours russe— jusqu’à notre vie politique au quotidien. Tout commence par « la peste »—ou plutôt « les pestes à foison »— qui fait aux animaux la guerre et dont l’auteur analyse précisément le caractère « apocalyptique », jusqu’aux farces et attrapes où se prennent les dindons et dindes européens, ignorants qu’il faut toujours se méfier des gens sans moralité. En attendant le Dragon chinois « qui fera taire les coqs ». Ce n’est pas un pouvoir abstrait que décrit Folscheid mais un pouvoir actualisé. Pas un bébête show qu’il fait mais une analyse politique et philosophique enlevée des acteurs et des actes.

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Le Roi Lion, parlons-en : il est dans le titre du livre. Il est au centre de tout chez La Fontaine comme chez nous. Cynique, machiavélique, un peu brute mais sacrément fort, chez La Fontaine, bien sûr que Macron, c’est le Roi Lion. Lion de guerre, maître des horloges, mais aussi Lion « déconstruit » et Roi « dans de beaux draps », il assure, en acteur accompli, le rôle du renard beau parleur. Ce n’est pourtant pas dans la figure du Lion que le roi du « en même temps » s’incarne le mieux mais dans un oiseau mammifère hybride et bifide : la chauve-souris. Il faut lire avec attention le chapitre que l’auteur consacre à la fable La Chauve-Souris et les Deux Belettes : « Je suis Oiseau : voyez mes ailes… Je suis Souris : vivent les Rats ! … Jupiter confonde les Chats » ! Certes, dit l’auteur, La Fontaine aurait salué le numéro de voltige du Roi Macron. Mais, il faut lire aussi, dit Folscheid, le pendant sévère que fait la fable Le Satyre et le Passant au « en même temps » macronien qui conduit, comme on le voit actuellement, à une impasse politique majeure.  

La déconstruction du politique

De La Fontaine, André Siegfried dit qu’il était le Machiavel français. En tout prince, également, œuvre un Machiavel. Si donc la peste est une maladie politique protéiforme, on peut y mettre le virus jupitérien qui a mis à mal la séparation des deux corps du roi. Au portrait de Hyacinthe Rigaud répondent désormais des images d’un Roi en maillot de bain, en boy branché, en boxeur, sur sa planche à voile… La fonction royale s’est dégradée. Le corps du Roi serait-il définitivement déconstruit pour la grande joie de Sandrine Rousseau ?

On dit que le peuple français est éminemment politique et que, dans notre pays, politique et littérature sont intimement liées—dont le livre de Dominique Folscheid est la preuve—et même la poésie. S’il est deux vers, en effet, dans la fable « apocalyptique » Les Animaux malades de la peste, qui rendraient, mieux que tout, l’atmosphère actuelle de notre société, ce sont bien ceux-là : « Les tourterelles se fuyaient. Plus d’amour, partant plus de joie. » Qu’il soit permis, dans ces conditions, de se demander qui donnera, au Roi Lion de la fable, le coup de pied de l’âne…

Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

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John G. Avildsen remporte l'oscar du meilleur réalisateur pour Rocky le 28 mars 1977 © PENDERGRASS/AP/SIPA

(Re)découvrez la face sombre du « Nouvel Hollywood »


Attention, terrain ultra glissant ! Les premières années de ce que l’on a eu coutume de nommer (a posteriori évidemment) le « Nouvel Hollywood » (1967-1980) regorge de brûlots transgressifs et licencieux à l’instar de ce très irrévérencieux Joe, qui sur bien des aspects, prépare et annonce le futur Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) ainsi que l’éprouvant et bien nommé Hardcore de Paul Schrader (1979), autre icône de cette nouvelle vague nord-américaine un peu oublié mais toujours en activité.

Si l’on définit ce « Nouvel Hollywood » comme un courant artistique contra-culturel et contra-systémique visant à aborder frontalement des sujets et des thèmes jusqu’ici volontairement éludés, escamotés, rejetés par l’Établissement « mainstream » des grands studios et à faire entrer dans le cadre (au sens propre et figuré) la monstrueuse parade des réprouvés (marginaux, névropathes, déclassés, inadaptés, minorités ethniques, blacks, indiens, handicapés, sexworkers, séditieux, subversifs, insoumis, freaks, morts-vivants…), alors le brûlot provocateur de John G. Avildsen (décédé en 2017 à l’âge de 81 ans) peut y prendre toute sa place.

Fabrication d’un brûlot

Au scénario, Norman Wexler, personnalité complexe de cette galaxie néo-hollywoodienne, hélas maniaco-dépressif, tristement passé à la postérité pour avoir proféré des injures publiques et des menaces de mort à l’encontre du président Nixon lors d’un vol aérien intérieur. Outre Joe, Wexler s’est distingué par l’écriture des scénarios de Serpico (Sidney Lumet, 1973), Mandingo (Richard Fleischer, 1975, autre film « à caractère racial et discriminant » hautement controversé aujourd’hui, et quasiment jamais programmé sur les chaînes TV hexagonales…) ou encore La fièvre du samedi soir (John Badham, 1977), ce qui n’est pas rien dans cette décennie 70, disruptive, contestataire mais ô combien magique pour tout cinéphile !
Précisons d’emblée que le réalisateur Avildsen commet ici son premier véritable effort (après ses deux premiers galops d’essais Turn on To Love ; Guess What We learned in School today ?) et connaîtra une consécration mondiale six ans plus tard avec un certain Rocky, reprenant cette fois le scénario mal dégrossi d’un débutant nommé Sylvester Stallone…. Ce qui leur permettra de glaner la bagatelle de trois Oscars à Hollywood dont ceux de Meilleur film et Meilleur réalisateur, consécration suprême pour le valeureux et besogneux cogneur Sly, strapontin vers une gloire inattendue qui sera toutefois émaillée de hauts et de quelques (très) bas !

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Mais quel est donc ici l’objet du scandale ? De manière très schématique se dessine dans Joe l’alliance de facto entre une posture « anti-liberal » (au sens américain du terme, entendez anti-progressiste et donc anti « contre-culture libertaire ») émanant de la bourgeoisie conservatrice new-yorkaise soutien de Nixon, représentant la fameuse « majorité silencieuse », et un spontanéisme ouvriériste propre à la frange prolétarienne américaine raciste et homophobe aux tendances fascistes et miliciennes. En un mot, un cocktail détonnant !

Soyons plus explicites :
Dans le New York de l’Upper East Side, un couple bourgeois établi, les Compton, déplore la lente descente aux enfers de leur jeune fille chérie Melissa (Susan Sarandon, 24 ans, pour ses grands débuts devant la caméra… avec une nudité explicite offerte au spectateur !), acoquinée à un minable dealer camé nommé Frank Russo (Patrick Mc Dermott). Suite à une overdose, Melissa se retrouve à l’hôpital et manque de passer de vie à trépas, ce qui conduit son paternel compassé Bill (incarné par un très smart Dennis Patrick) à se rendre enfin dans le taudis des tourtereaux pour comprendre ce qui s’est réellement passé… Introduit par effraction, il tombe forcément nez-à-nez avec le vilain « boyfriend » de sa petite fille chérie et ne résiste pas au plaisir de lui défoncer la tête contre le mur au détour d’une scène psychédélique et polychromatique assez hallucinante ! Horrifié par cet acte de démence, Bill se réfugie au pub du coin et subit les éructations nocturnes d’un pochetron prolétaire nommé Joe Curran (le fameux Joe du titre, fantastiquement interprété par le massif et impulsif Peter Boyle, autre grand nom du « Nouvel Hollywood » !). Dans un moment de faiblesse, Bill révèle son crime anti-hippie, ce qui emplit de joie l’ouvrier irascible et sociopathe. Tenus par ce pacte de sang, les deux nouveaux comparses que tout oppose vont dès lors faire cause commune pour pénétrer le milieu interlope des jeunes drogués et tenter de retrouver une Melissa fugueuse afin de la faire retourner dare-dare au bercail familial… Jusqu’à commettre l’irréparable au terme d’un dernier acte glaçant et complètement nihiliste… instaurant un réel malaise chez les spectateurs du début des années 70… comme assurément chez ceux d’aujourd’hui.

Aller chercher Debbie

Notons immédiatement la grande similitude narrative avec un autre fameux film de cette fabuleuse époque de création insensée, le très controversé Hardcore de Paul Schrader (1979) dans lequel un père rigoriste religieux tendance calviniste (interprété avec la rage du désespoir par un immense George C. Scott) part également à la recherche de sa fille en fuite, tombée cette fois dans le piège de la prostitution et du milieu X underground californiens (film dans lequel joue également Peter Boyle en tant que détective privé qui tente d’aider le père outragé dans son impossible quête rédemptrice).
Dans les deux cas (et l’on pourrait évidemment y inclure Taxi Driver), les auteurs ont vraisemblablement voulu reprendre le schéma classique fordien du séminal The Searchers (La Prisonnière du désert, 1956) qui voit Ethan Edwards (John Wayne), ancien soldat confédéré, « conservateur » et xénophobe partir en territoire ennemi comanche afin de retrouver sa nièce Debbie (Nathalie Wood) enlevée par ces « sauvages ». Les indiens d’hier seraient-ils les hippies, proxénètes et pornocrates des seventies ?

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Concernant Joe, on est littéralement subjugués et hypnotisés par la performance exceptionnelle de Peter Boyle en métallurgiste prolétarisé, brut de décoffrage, qui rêve d’ascension sociale tout en épanchant sa haine et sa rancœur à l’encontre de tout ce qui peut symboliser la contre-culture américaine de l’époque : les jeunes libertaires fumeurs de joints, responsables de l’enlisement au Vietnam et de la chute des valeurs régaliennes, les filles lascives un peu trop libérées, sans oublier « les nègres et les pédés ». Préparez-vous, le langage est plutôt fleuri et tranche évidemment radicalement avec la majorité des autres films « progressistes » et « libertaires » (de type Easy Rider, Le Lauréat ou Cinq pièces faciles) produits au même moment par les hérauts de cette nouvelle vague U.S on ne peut plus diverse, protéiforme et évolutive comme l’ont montré les nombreux travaux sur ce sujet menés d’une main de maître par le critique et historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret, auteur dans le Blu-ray d’ESC d’un excellent documentaire de 45 minutes, Le réveil de l’Amérique silencieuse.

Quel héritage ?

Produit pour un peu plus de 100 000 dollars, le film rapportera la bagatelle de 20 millions de dollars, rien qu’aux Etats-Unis et au Canada, soit le 13ème succès de l’année, toutes catégories confondues. Mais devant l’enthousiasme irrationnel des foules riant aux larmes et applaudissant plus que de raison les dérapages verbaux et la radicalité transgressive de son personnage, Peter Boyle fut à son tour horrifié et refusa pendant plusieurs années d’apparaître dans un autre matériau filmique similaire glorifiant une quelconque forme de violence ou de posture réactionnaire et « vigilantiste »… D’où son refus d’accepter par exemple l’année suivante le rôle de Jimmy « Popeye » Doyle dans le fameux French Connection de William Friedkin (qu’endossa finalement pour le plus grand bonheur des spectateurs et des financiers Gene Hackman).

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Enfin, comment ne pas évoquer avec émotion le souvenir très fort d’un jeune garçon de sept ans qui découvre ce film sur grand écran au cinéma Tiffany de New York, en 1970, aux côtés de sa mère Connie (très « liberal » pour le coup !) et de son beau-père, Curt. Ce jeune privilégié sera maqué toute sa vie par ce spectacle hors norme ainsi que par les réactions du public dans le cinéma… Un public qui « s’est bien fendu la poire » pendant les trois quarts du métrage ! Ce timide garçonnet a pour nom Quentin Tarantino et son récit est gravé pour l’éternité dans son magnifique essai autobiographique, poétiquement baptisé, Cinéma Spéculations (Flammarion, 2022), que l’on ne saurait trop vous conseiller de dévorer :
« Ce film a été pour moi une projection mémorable. Bien que brutal, laid et violent, Joe est une comédie truculente, trempée dans l’humour noir, sur les classes sociales en Amérique, à la limite de la satire, tout en étant aussi sauvagement féroce. Chaque camp, prolos, bourgeois et culture jeune, est incarné par ses pires représentants (tous les personnages masculins du film sont de détestables crétins). Je crois que c’est l’aspect sordide de l’appartement dans lequel les deux junkies du début vivaient qui m’a le plus fichu les jetons. En fait, j’en ai carrément eu mal au bide. Mais dès l’instant où le père est entré dans le bar et où Joe est apparu pour la première fois à l’écran, le public a commencé à se marrer. Et en un rien de temps, le public adulte est passé du silence dégoûté à la franche hilarité. Le réalisateur, en combinant la comique prestation frime de Peter Boyle avec ce trash-o-logue glauque, produit un cocktail à base de pisse dont le côté savoureux est perturbant. » Du grand Quentin dans le texte pour un Ovni très malséant et très peu « PC » (politiquement correct) mais à voir absolument pour quiconque souhaite mieux appréhender et pénétrer les arcanes parfois hermétiques de ce « Nouvel Hollywood » et qui aide, par voie de conséquence, à mieux comprendre également la situation actuelle d’un pays hautement clivé et en profondes crises/ mutations, à moins de quatre mois de l’élection présidentielle qui devrait opposer Donald Trump à Kamala Harris suite à l’incroyable retrait de Joe Biden…  

Le Blu-ray avec 1 livret de 24 pages disponible le 24 juillet 2024 chez ESC Editions.

Joe, c'est aussi l'Amérique [Blu-ray]

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L’abbé Pierre n’était pas #MeToo — et alors?

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L'abbé Pierre. La militante néoféministe et fondatrice de la société Egae Caroline de Haas © DR / Hannah Assouline

Ayant épuisé — pour le moment — son stock de personnalités susceptibles d’avoir un jour couché avec des starlettes, l’inénarrable Caroline De Haas en est donc arrivée à monter un dossier de harcèlement contre l’abbé Pierre, qui, paraît-il, dans son grand âge… Bien qu’il soit plus porté sur les seins que sur l’Esprit saint ou les saintes nitouches, notre chroniqueur a voulu revenir sur ces accusations absurdes, puisque l’impétrant est passé dans un monde meilleur où les néo-féministes en quête de notoriété n’existent pas.


Au commencement était saint Paul, le gnome de Dieu, petite chose misérable qui, frappée d’illumination sur la route de Damas (il faut se méfier, au Moyen-Orient, les coups de soleil, de Paul à Mahomet en passant par tous les illuminés du désert, sont redoutables et vous font prendre de l’eau de source pour du saint-julien 1985 — mon préféré) devint un thuriféraire immédiat du dieu qu’il combattait férocement : une intolérance chasse l’autre. 

La chair est faible

C’est à ce père de l’Église, sous-doté par la nature (qui dira l’incidence du micro-pénis dans les convictions religieuses ?) que nous devons la condamnation par l’Église de la sexualité, au point que s’il admet qu’il faut croître et se multiplier, il finit par conclure que mieux vaut s’en abstenir. Rappelez-vous le beau livre de Pascal Quignard, Le Sexe et l’effroi, qui analyse le coup d’arrêt brutal que le christianisme a imposé au monde gréco-romain, où l’on s’emmanchait sans penser à mal…

De surcroît, la progression hiérarchique au sein de l’Église allant d’un train de sénateur, les prêtres n’arrivent en position de force que tard dans leur vie. Mon hypothèse est que l’andropause au cours des siècles leur a fait dire de grosses bêtises sur la nécessaire chasteté des prêtres, des moines et des nonettes, qui avaient, les uns et les autres, l’âge de forniquer — et qui d’ailleurs ne s’en privaient guère : la vertu de saint Ambroise n’est pas à la portée de tout le monde, et la résistance de saint Antoine aux offres de la reine de Saba et autres petites cochonnes est moins un exemple qu’une exception sidérante.

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Alors l’abbé Pierre aurait touchaillé des jeunes femmes… Et alors ? Il a bien fait. Caroline de Haas, qui a monté le dossier d’accusation après avoir ruiné la vie de toutes sortes d’hommes qui ne lui avaient rien fait — crime impardonnable —, a recueilli le témoignage de quelques victimes supposées de l’abbé et / ou gourgandines en mal de célébrité. Et Mediapart, où bien sûr ils sont tous chastes, de se frotter les mains.

L’abbé Pierre était bel homme, et en l’interprétant au faîte de sa beauté (dans Hiver 54, en 1989), Lambert Wilson lui rendait un bel hommage. Que la chair soit faible, nous le savons tous — et nous nous en excusons pour mieux en profiter. Grand bien nous fasse, à nous et aux pénitentes qui à genoux nous supplient de leur déverser notre sainte parole afin qu’elles s’en abreuvent à la source.

Nouvelles perversions

La chasteté obligatoire ne peut avoir été imposée que par des hommes frappés de sénescence ou des pervers imposant aux autres ce dont ils se dispensaient allègrement : pourquoi Madame De Hass ne monterait-elle pas un dossier contre une flopée de papes à progéniture extensive et mœurs équivoques ?

Quant à l’idée d’inculper les morts, elle est, quand on y pense, hautement surréaliste. Cela se faisait autrefois — voir le « Concile cadavérique » qui en 897 jugea post mortem le pape Formose. Cet anticlérical de Paul Laurens en a tiré un tableau saisissant en 1870. Vite, exhumons la dépouille de l’abbé Pierre, et traînons-la au Palais de justice, au milieu des cris vengeurs des hyènes de garde.

Laissons les morts enterrer les morts. L’abbé Pierre a fait un boulot remarquable, et les féministes de gauche qui pensent surtout à faire parler d’elles en sont loin, si loin qu’elles n’y arriveront jamais. Il n’y a pas de faute dans les relations charnelles entre adultes consentants, qu’on se le dise. Et nous devons juger les hommes sur le seul critère du bien qu’ils ont fait, et non des peccadilles que des oies blanches, faute de se repaître à satiété de la substantifique moëlle, leur reprochent pour occulter leur misérable petitesse.

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