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Qu’est-ce qui fait pleurer Jane Fonda ?

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Si je n’ai jamais nié l’existence des maladies mentales, qui sont un fléau bien réel, je me suis mille fois opposée, en tant que thérapeute, professeur d’université ou experte auprès de tribunaux, à bien des tentatives d’instrumentaliser de pseudo diagnostics psychiatriques à des fins de diabolisation d’un individu ou d’un groupe.

Je suis en revanche assez perplexe face à un certain type de comportements politiques des foules, qu’on pourrait caractériser de « dément ».

Dans le Wall Street Journal, l’islamologue Fouad Ajami cite Elias Canetti, qui explique dans Masse et Puissance que le fait de marcher ensemble donne aux gens « l’illusion de l’égalité ». Or Ajami pense que les foules pro-Obama aux Etats-Unis se comportent de plus en plus comme les masses populaires du monde arabe, c’est-à-dire avec un niveau très élevé d’émotions et une foi aveugle dans un grand Leader. Selon Ajami, cette « politique de charisme a ravagé les sociétés arabes et musulmanes ».

Il y a sûrement d’excellentes raisons de voter soit pour Obama, soit pour McCain. Personnellement, aucun des deux ne m’enthousiasme. Mais ce qui m’inquiète le plus dans cette affaire, ce ne sont pas tant les candidats eux-mêmes que ces millions d’Américains qui, pour la circonstance, semblent avoir perdu à la fois leur sérieux et leur bon sens et se comportent comme des supporters ivres ou des membres d’une secte en pleine extase mystique.

Pendant le discours de Denver où Obama a accepté sa désignation comme candidat, j’ai vu des gens de tous âges et couleurs pleurer, trembler, tomber en transe. J’ai vu des mamies se comporter comme jadis les groupies hurleuses au premier rang des concerts d’Elvis.

Les supporters de McCain et Palin ne semblent pas se comporter ainsi. Probablement parce qu’ils ne voient pas McCain et Palin comme des messies. Je ne dis pas que les supporters de candidats républicains sont exempts de comportements bizarres ou calamiteux. Nous avons tous en mémoire le cas de cette jeune supportrice de McCain qui a prétendu avoir été attaquée et blessée par un noir pro-Obama fou furieux. Tout cela était inventé, et cette jeune femme a manifestement eu des « problèmes ». Mais il s’agissait d’un cas unique et non pas d’une foule; d’une paumée lambda et non pas d’une personnalité influente.

Que penser dans ce contexte des déclarations de mon amie Erica Jong[1. Erica Jong est elle aussi une figure historique du féminisme américain. Auteur de nombreux livres à succès, on lui doit notamment le best seller mondial Le complexe d’Icare (Grasset, 1974).] qui a annoncé dans la presse italienne qu’elle commençait à éprouver de sérieux symptômes somatiques – insomnie, spasmes, douleurs dorsales, etc. – liés aux élections ? Je lui ai envoyé un mail pour en savoir plus, mais j’attends toujours la réponse. Selon Jason Horowitz du New York Observer, Jong a déclaré au Corriere della Sera qu’une défaite d’Obama déclencherait une seconde guerre de Sécession. « Le sang coulera dans les rues », a-t-elle dit. Quand ai-je lu quelque chose dans ce genre, déjà ? Toujours d’après Horowitz, Jong a dit au journal italien que sa peur d’une défaite d’Obama était devenue « une obsession, une terreur paralysante. Une fièvre anxieuse qui m’empêche de dormir la nuit ». Elle a également affirmé que ses amies Naomi Wolf et Jane Fonda étaient « extrêmement inquiètes, car elles craignent que l’élection Obama ne soit sabotée par les coups tordus des Républicains, ce qui conduirait inéluctablement à une seconde guerre civile ». Selon Erica Jong, Jane Fonda « a pleuré toute la nuit et n’arrive pas à se débarrasser de maux de dos liés au stress ». Quant à Jong, elle souffrirait elle aussi de « spasmes dorsaux » et envisage de se remettre « à l’acupuncture et au Valium ». Pour conclure le tout, Erica Jong a expliqué au Corriere : « Ce n’est pas par hasard que Bush a rappelé des soldats d’Irak. Cela permettra à Dick Cheney de les utiliser contre les citoyens américains qui descendront dans la rue… »

Alors, que faut-il penser quand de brillantes intellectuelles féministes commencent à se comporter comme de pauvres hystériques tout droit sorties d’un mauvais roman du XIXe siècle ? Quand elles se sentent affreusement martyrisées, alors même que leur candidat est donné archi-gagnant ?

Oh, Erica, dis-moi que tout ça est un canular, dis-moi que toutes ces citations sont hors contexte, dis-moi que tu as pris trop de Valium, Erica, je t’en conjure, dis-moi n’importe quoi.

Fonda Is Weeping, Jong Is In Spasm : Pre-Election Psycho-Somatic Hysteria, publié sur pajamasmedia et traduit par Basile de Koch.

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Obama, gauchiste contrarié ?

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L’élection de Barack Obama à la présidence américaine sonne une heure nouvelle pour les Etats-Unis, après huit années de bushisme, qui auront semé la zizanie un peu partout dans le monde tout en faisant un nom à Michael Moore. La perspective de cette aube nouvelle explique certainement le ralliement de nombreux électeurs républicains au candidat démocrate. Sinon, on voit très mal pourquoi des conservateurs iraient voter pour Obama… Certes, il est favorable à la peine de mort et à la vente libre d’armes. Certes, il est hostile au mariage gay. Certes, il appelle les pères noirs à reprendre en main l’éducation de leurs sauvageons. Certes, il veut fermer la frontière mexicaine pour lutter contre les immigrés clandestins et envisage une intervention militaire au Pakistan. Certes, il se revendique de James Baker, l’ancien secrétaire d’Etat de Ronald Reagan et de George Bush père. Certes, certes, mais on ne nous la fera pas. Nous, on sait qu’Obama est un mec de gauche : on l’a lu dans le journal.

Mark Twain, l’enfance perdue de l’Amérique

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Mark Twain définissait un classique comme un livre que tout le monde encense mais que personne ne lit. Etudiés par des générations d’écoliers américains, adaptés, scénarisés, résumés, ses romans ne sauraient prétendre à cette « distinction ». En revanche, si on considère comme classique toute œuvre exprimant l’âme d’une époque, appartiendrait-elle au genre décrié de la littérature dite « populaire », il est difficile de faire plus classique que Twain. Si l’on veut comprendre ce « rêve américain » dont les médias saluent aujourd’hui la résurrection en la personne de Barack H. Obama, Tom Sawyer et Huckleberry Finn, dont les éditions Tristram publient une nouvelle traduction intégrale des Aventures, sont des guides au moins aussi affûtés que les milliers de journalistes et experts qui se sont abattus ces derniers temps sur l’Amérique. Les deux gamins qui grandissent dans un sud esclavagiste et chaleureux, brutal et superstitieux, sont l’ADN d’une Amérique innocente et coupable. C’est cette identité – en formation au moment où il écrit – que Twain saisit au plus près, avec une subtilité et un sens de la complexité dont on ne retrouve guère l’équivalent dans le manichéisme hollywoodien.

Dans Les Aventures de Huckleberry Finn (1884), il entreprend de dresser une toile sur laquelle se projette l’image d’une nation qui s’invente. Tom Sawyer paraît en 1876, un siècle après la déclaration d’indépendance des treize colonies ; c’est aussi cette année-là que le colonel Custer est défait à Little Big Horn par une coalition de tribus indiennes menées par Sitting Bull et Crazy Horse. Un peu plus d’une décennie après la fin officielle de la guerre de Sécession (1861-1865), la crise est loin d’être apaisée, et les élections présidentielles de 1876 manquent de précipiter le pays dans un nouveau combat fratricide. Pendant que la passation du pouvoir à lieu à la Maison Blanche, des mouvements de troupes confirment les pires craintes. L’Union n’est sauvée qu’in extremis.

Cet anniversaire plutôt angoissant est la toile de fond sur laquelle Samuel Clemens (alias Mark Twain) travaille à ses deux romans. Il choisit, non pas tant pour fuir le présent que pour l’interpréter, de revenir à l’âge d’or de l’enfance de l’auteur qui est aussi celle de la nation, avant les amertumes de l’âge adulte et de la guerre civile. Dans l’évocation de ce paradis perdu, Mark Twain laisse « parler » les enfants – mais on ne trouvera pas chez lui la moindre trace de ce ridicule respect de la « parole des enfants », si répandu dans une époque où le Paradis ressemble à une crèche. Prépubères, ses deux héros échappent aux complications hormonales, ce qui permet à l’auteur de ne pas se compliquer la vie. Cette pudibonderie bien plus américaine que victorienne le conduit d’ailleurs à exiler ses fantasmes en France, pays dont il brocarde souvent les mœurs – avec quelque envie semble-t-il…

L’absence de toute dimension sexuelle explique que Twain soit généralement confiné au rayon « jeunes ». Du reste, il ne prétendait pas à autre chose et fut le premier surpris par l’engouement qui saisit le public, toutes générations confondues. C’est que sans le savoir, Twain a écrit un chapitre du roman national, où l’enfance de Tom et celle de l’Amérique se confondent. Puisque les siècles d’histoire commune font défaut aux Américains, la littérature agira à la fois comme révélateur et comme premier producteur de « mémoire collective » : elle dicte le récit qui transforme en nation un agrégat d’individus et de communautés.

L’action paye… L’actionnaire aussi

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D’habitude toujours prompts à monter en épingle le moindre début de commencement d’affrontement social, nos confrères de L’Humanité auront été étonnamment discrets et « factuels » dans leurs comptes-rendus du conflit qui oppose ces jours-ci la direction des NMPP au syndicat CGT de l’entreprise.

De fait, pour qui sait lire entre les lignes et décrypter la langue de bois maison, il est évident que le quotidien qui soutient toutes les luttes des travailleurs s’est totalement désolidarisé de ces grévistes-là. On pourra penser qu’à L’Huma, qui va encore plus mal que Libé ou Le Monde, on n’a tout simplement pas apprécié de perdre une journée de recettes le 30 octobre. Mais on pourra aussi penser que le quotidien n’a pas jugé indispensable de froisser le groupe Lagardère, actionnaire majoritaire des NMPP, mais aussi – jusque-là, on se demandait pourquoi – actionnaire minoritaire de L’Huma.

On pourra aussi éventuellement rapprocher cette neutralité bienveillante des prises de positions extrêmement surprenantes de Rue89, le site d’info en ligne citoyen fondé par Pierre Haski. Ledit site a publié coup sur coup deux articles sur ce conflit (signés Augustin Scalbert et Hugues Serraf), qui n’auraient pas déparé dans les colonnes du Figaro, voire de Présent, dont l’édito du premier novembre : « NMPP les casseurs en action » reprend à son compte la déclaration tout en finesse du directeur de Libération, Laurent Joffrin : « On n’est plus dans le syndicalisme, on est dans la prise d’otage » ; et hop, la boucle est bouclée ! C’est bien entendu le droit le plus absolu de Rue89 d’être violemment hostile au Syndicat du Livre ; d’ailleurs, à Causeur, nous sommes loin d’avoir tous le même avis sur la question, pour tout dire, c’est même très exactement le contraire.

N’empêche, les virulentes prises de positions anti-grévistes de ce confrère détonnent bizarrement dans sa ligne générale, d’ordinaire résolument favorable aux mouvements sociaux. Comme la grève des NMMP ne lui a pas fait perdre d’argent, mais plutôt gagner des lecteurs, on pourra penser qu’il s’agit là d’une légitime solidarité confraternelle avec les titres exsangues de la presse écrite qui s’estiment menacés dans leur survie par ce conflit. On pourra aussi penser, comme le prétend une rumeur forcément malveillante, que les actionnaires de ce site, ne seraient pas foncièrement hostiles à une entrée de Lagardère dans leur capital…

La complainte du fake en Alaska

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Il fallait être parti en vacances à Clipperton pour ne pas être au courant de la nouvelle : les Justiciers masqués, deux humoristes québécois, ont piégé Sarah Palin par téléphone, entourloupant la vice-candidate républicaine tels naguère Jacques Chirac, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy themselves. Il y a quelques années, pour terroriser le monde, le Québec se contentait d’utiliser des armes de destruction massive auxquelles on donnait le pudique nom de « chanteuses ». La Belle Province a changé ses méthodes et pratique désormais des frappes chirurgicales, en ciblant ses victimes par canular téléphonique. A moins que, dans le cas de Sarah Palin, ce ne fût uniquement pour venger le pinnipède de Beau Dommage…

[mdeezer + 11752 + Alaska]

Contre la malbouffe littéraire

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Dans la République des Lettres, je me suis toujours senti mal à l’aise. Ayant dû fréquenter des éditeurs qui avaient eu l’inconscience et l’amabilité de me publier, je croisais, dans les couloirs de ces vénérables maisons, quelques un(es) de ses plus éminent(es) citoyen(nes). Je notais la fébrilité des servants de la machine éditoriale à la période des Prix, plaignais les attachées de presse (cette fois seul le féminin est nécessaire) en butte aux bouffées d’ego de leurs poulains(-iches). Cela ne m’empêchait pas d’échanger quelques mots aimables avec l’un(e) ou l’autre de ces divas (pas de masculin, ça marche aussi pour les messieurs) quand le hasard des placements dans les assommantes séances de signature nous mettait côte à côte.

Mais rien, je dis bien rien ne m’incitait à lire, encore moins à acheter les « romans de la rentrée », les « découvertes » que quelques pontes(-esses) de la critique littéraire offraient régulièrement à notre concupiscence de lecteur branché. Je m’étais en conséquence construit un personnage de « beauf » à moitié inculte style Columbo : « J’ai pas lu, mais ma femme m’en a dit beaucoup de bien » était la réponse standard que je délivrais à l’auteur(e) qui semblait solliciter de moi un jugement sur son « œuvre ». Après cela, on me fichait la paix, et je pouvais aller lire tranquillement Philip Roth, Amos Oz, Jim Harrison, et relire Georges Perec.

Et puis vinrent Pierre Jourde et Eric Naulleau. En 2003, l’opuscule Petit déjeuner en Tyrannie, description d’un repas pris par les auteurs avec les responsables du Monde des livres avait provoqué en moi une jubilation intense : voir étriller ses voisins de bureau paysagé avec une telle verve et une telle pertinence peut éclairer une journée, et même plusieurs jours maussades. Cette publication valut à ses auteurs quelques représailles musclées du service d’ordre de la République des Lettres : pendant plusieurs mois, ils furent tricards à peu près partout où l’on causait de littérature, et de plus convoqués au tribunal par Josyane Savigneau et Jean-Luc Douin, respectivement cheffe et sous-chef du Monde des Livres.

Depuis ce temps, Jourde et Naulleau ont fait un bout de chemin : le premier a failli se faire écharper par ses compatriotes auvergnats qui avaient cru se reconnaître dans les alcooliques et demeurés qui peuplaient son roman Pays Perdu, ce qui lui apprendra à faire du Zola hors saison. Quant à Naulleau, il sort de sa marginalité littéraire et critique en occupant un emploi de pitbull chez Ruquier, sur France 2, ce qui convient assez bien, ma foi, à sa nature profonde. Grâce à ces deux personnages, qui publient une version augmentée de leur Précis de littérature du XXIe siècle, je ne change plus de trottoir quand la responsable de la bibliothèque de mon village pointe son nez à l’horizon, car j’ai pu lui expliquer avec quelques arguments solides et structurés pourquoi je refusais obstinément d’emprunter le dernier opus d’Anna Gavalda. Ce qui l’a rendue triste, mais je pense qu’elle s’en remettra. Le couple (puisqu’il faut bien l’appeler par son nom) s’est fait une spécialité de dénoncer la mal bouffe littéraire, dans des essais classiques d’abord, puis sous une forme plus ludique : une parodie du Lagarde et Michard, jadis manuel culte des études littéraires dans l’enseignement secondaire. Les grands auteurs de notre patrimoine littéraire sont présentés par une notice biographique, des extraits annotés et enfin des exercices où le lycéen est invité à montrer qu’il a bien compris la richesse de contenu et de style des œuvres qui ont été proposées à son admiration.

Appliquée à Marc Lévy, Christine Angot, ou encore Dominique de Villepin, qui peuplent avec d’autres écrivains de la même farine cette deuxième livraison du Jourde & Naulleau, cette méthode produit un effet comique garanti, en plus, cela va sans dire, du dégonflage impitoyable des baudruches gonflées à l’hélium du VIe arrondissement. Un seul exemple : la mise en perspective du « oui » durassien (ce « oui » fait à lui seul paragraphe) dans l’œuvre microminimaliste d’Emmanuelle Bernheim vaut son pesant de grattons, comme on dit à Lyon, ville où l’on édite peu, mais où l’on mange bien. J’entends déjà les objections et les reproches de ceux et celles qui estiment que je me rends complice d’un nouveau complot élitiste en apportant mon soutien à deux goujats qui démolissent des auteurs plébiscités par un très large public, comme Anna Gavalda. A ceux là je répondrais par l’aphorisme préféré des publicitaires d’outre-Atlantique : Eat shit ! Billions of flies can’t be wrong[1. Que l’on traduira ici par un plus délicat: “Les mouches en mangent, pourquoi pas vous?” (NDLR)] !

Le Jourde & Naulleau: Précis de littérature du XXIe siècle !

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François Desarthe

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Peint ici par l’exécrable William Bouguereau, François Desarthe est considéré comme le père de la psychanalyse. Desarthe consacra sa vie entière à l’écriture de la grande somme théologique du XIXe siècle : De la Trinité considérée sous son aspect le plus gonflant. La thèse de Desarthe est simple : Dieu étant omnipotent, omniprésent et omniscient, il est assez duraille quand on est le Fils ou l’Esprit de se faire une place à côté. C’est le frère de Martha, correspondante autrichienne de François Desarthe, qui concourra à populariser l’idée sous le nom de complexe d’Oedipe.

William Bouguereau, Portrait de François Desarthe, de l’Institut, huile sur toile, 1867, conservée au musée de la Rillette, Le Mans.

Pitre, poète ou prophète ?

De Leonard Cohen, et de sa mélopée caverneuse qui chante depuis quarante ans le sexe, la drogue et le bon Dieu, on ne peut rien comprendre sans connaître Karl Marx – et son tourment : comment être prophète, comme tant de ses ancêtres, dans un monde de sciences et de hauts fourneaux ? Une robe de lin, un bâton de pèlerin, et ce seraient les ricanements, sinon les pierres. Marx renia donc le folklore et joua le jeu : c’est par la démonstration chiffrée qu’il terrassera le démon de l’iniquité. Cohen connaît les mêmes affres : petit-fils de rabbin, persuadé d’être dépêché ici-bas pour « dire », il paraît dans le monde à l’heure de Bob Dylan, du LSD et du sexe débondé. Alors, va pour le jeu ? Va… Il fera « des disques pour les jeunes ».

Drogué, dépressif, noceur, il épouse avec fièvre toutes les exagérations de son époque. Se cherchant, il se perd, et inconstant jusqu’à la quarantaine ébauche plusieurs vies. En désespéré de bonne éducation, il fera au long de son existence montre d’un sens de l’humour, de la dérision, de la farce même, qui étonnera tous ceux qui en sont restés au mot d’un journaliste américain : « Quand je l’écoute, j’ai envie de me trancher les veines. » Sinistre singer ? Pour rien au monde… Des méandres de sa biographie, Cohen glousse volontiers :  » J’ai toujours pensé que j’étais un comique. » Le récit de ses négociations avec son éditeur, ses lettres de protestations à la terre entière, sa certitude d’être un chanteur country devant vivre à cheval et en santiags, ses tentatives pour devenir businessman, ou encore moine bouddhiste, avocat, prêtre, détective privé, scientologue – et ses aventures à Cuba, façon Zelig en pleine révolution ! – confirment ce penchant comique et nous promènent aux lisières de l’univers d’un autre Cohen : Albert, l’auteur de Mangeclous. La similitude, au demeurant, ne se résume pas au patronyme : il y a chez Leonard Cohen, séducteur compulsif, gamin irrésistible et geignard, quelque chose de Solal. Mais un Solal sympathique (si possible), un Solal qui aurait cessé enfin de gémir pour agir. Pour créer.

Dans l’un de ses romans, Albert Cohen dépeint avec complaisance son héros abandonnant des centaines de poèmes, aisément enfantés, dans une chambre d’hôtel avant de s’envoler à la conquête d’une nouvelle blonde noblesse – un autre les publiera, un autre en aura la gloire. Leonard Cohen, lui, ne refusera pas le combat avec l’ange : la maturité venue – beaucoup de vies ratées, deux enfants, une séparation apocalyptique – il renoncera enfin à rêver sa vie. Et la soumettra, par la discipline, à son « sacerdoce » : la prophétie chantée. Cette guerre civile contre ses plaisants penchants, sa loufoquerie, ses facilités, le goût du sexe des femmes (on lira cette phrase comme l’on voudra) : la biographie que lui consacre Ira B. Nadel n’est peut-être que l’histoire de combat-là. Tirer enfin quelque chose de soi !

Tel Gainsbourg, qui immola une nuit toutes ses toiles, pour admettre qu’il ne serait jamais Picasso, Cohen consentira à pousser la chanson et à revenir sur Boggie Street. « Bon qu’à ça… », avait déjà soupiré Beckett. Il a une piètre voix ? Il le sait, s’en moque et chantera les louanges de sa golden voice par défi – expédiant Barry White au placard. Il commence ses enregistrements sans savoir le solfège ? Il passe outre. Et travaille. Travaille encore. Si le diable est dans les détails, l’Eternel est dans le labeur. Curieux poète, en vérité, éloigné de l’imagerie populaire, qui chérit les médiums inspirés plus que les artisans obstinés. Curieux obsédé aussi – Don’t go Home with your hard-on ! – curieux camé et libertaire, qui résume son existence d’un slogan fort peu « 68 » : Dieu, discipline et travail.

Les femmes ou Dieu ? La sensualité, l’extase, le sentiment de toute-puissance et d’indulgence infinie, la trahison, la déception : chez les premières, il a cherché inlassablement le second. « Quand ça ne marchait pas avec Dieu, je m’adressais aux femmes. » Autant dire que l’interprète de Death of a Ladies’ Man sacrifia souvent, et sans compter, aux filles d’Eve. Mais en vain. Dance Me to the End of Love ? A quoi bon… Jérémie, en lui, est toujours tapi ; Ezéchiel, By The Rivers Dark, prophétise The Future… Un soir, pendant la guerre de Kippour, il plante sa tournée à la recherche d’une femme à Tel Aviv : « J’ai parcouru les rues vides et sans éclairage à la recherche d’Hannah, tout à mon désir d’elle. » Il ne la retrouvera pas, et c’est encore ce qu’il fera de mieux : adieu aux ersatz, c’est désormais entre le ciel et lui. Toute une discographie pour dire adieu aux femmes, en attendant de se rapprocher de Celui qui l’appelle et l’ignore… Au soir de sa vie, à la veille d’une ultime tournée européenne[1. Leonard Cohen se produira à L’Olympia les 24, 25 et 26 novembre 2008.], Léonard Cohen peut enfin savourer combien sa « prière » – The story of Isaac, Waiting for the Miracle, The Law – réjouit les foules. Succès mérité. Qui, depuis David, avait dansé avec tant d’insolence et chanté avec tant de grâce devant l’Arche ?

La vie de Leonard Cohen

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L’obamania, faux-ami d’Obama ?

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Lorsque Sheryl Crow est apparue sur la scène de l’Invesco Field de Denver le soir de la nomination de Barack Obama, 80 000 personnes ont repris en cœur son très à-propos A Change would do us good. Après elle, John Legend, Will I Am et Steevie Wonder se sont succédé sur scène, offrant à l’Amérique le plus glamour show politique jamais organisé. En soi, cette mobilisation people ne choque personne aux Etats-Unis, où le citoyen lambda n’hésite pas à afficher son choix sur son auto ou sa maison ; là-bas, comme nous le remémore le bouillant Happy Birthday de Marylin à JFK, politique et spectacle ont toujours fait, si l’on ose dire, bon ménage. Néanmoins, jamais encore Hollywood n’avait aussi massivement pris parti pour un des deux candidats en lice. Ainsi, George Clooney, Scarlett Johansson, Tom Hanks, Morgan Freeman, Will Smith ou Beyonce et des centaines d’habitués des charts et des blockbusters, font ouvertement campagne pour Barack Obama.

On est content pour lui, mais il n’est pas exclu que cette brillante médaille ait un revers : quelle est l’influence réelle ces soutiens sur l’opinion? Font-ils seulement vaciller les certitudes de John et Jane Doe électeurs hésitants à Mansfield (Ohio)? Rien n’est moins sûr: lors des deux dernières présidentielles, les stars avaient largement donné leur préférence à Al Gore et John Kerry…

Il est même possible que cette débauche de paillettes ait un impact négatif sur l’électorat populaire, y compris dans sa fraction démocrate. En pleine crise des subprimes, la campagne jet-set d’Obama a quelque chose d’indécent aux yeux de nombre de working poors qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Bien conscient de ce décalage, McCain s’est empressé de surfer sur le thème de la pipolisation de la campagne de ceux d’en face. Dans un spot télévisé qui tournait cet été en boucle sur les principaux networks, ses spin doctors sont allés jusqu’ à associer Obama à Paris Hilton, stéréotype-repoussoir de l’oisive blonde écervelée. Malin, McCain sait qu’il a tout à gagner en collant à son adversaire une image de fashion’choice top tendance, plus rock star que politicien… Et c’est bien là tout son problème. Qu’il soit fermier dans le Kansas, métallo dans le Michigan ou dévot en Utah, l’américain lower-class, voire middle class, ne s’enthousiasme pas spontanément pour le trip Sex, drugs and rock’n roll des amis d’Obama.

Contre toute attente, l’Obamania, dont nombre d’observateurs se félicitaient au début de la campagne se révélera peut-être un faux-ami pour Barack Obama – et cela, même s’il est élu. À Washington comme à Paris, on aurait bien tort de traduire l’emblématique première phrase du préambule de la Constitution américaine We, the people par « Nous, les people ».

Familles pluriparentales

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D’après les travaux d’un chercheur de l’université israélienne de Beer Sheva, mieux vaut vivre dans une famille monogame que polygame – qu’on soit mari, épouse ou enfant. Selon le journal Haaretz, le professeur Alkrinawi, qui a travaillé sur un échantillon de 1,000 bédouins israéliens, a déduit tout d’abord de ses recherches que les enfants de familles monogames réussissaient mieux à l’école (note moyenne de 15/20 contre 13/20) et avaient, en outre,une meilleure image d’eux-mêmes. Par ailleurs, il confirme que, comme on l’aurait pensé a priori, les femmes qui partagent leurs maris avec d’autres se sentent moins bien que celles vivant en couple (elles ont par exemple une tendance nettement plus importante à la dépression). La vraie surprise de l’étude est a chercher du côté des messieurs : 62% des maris multicartes ont signalé avoir subi une dépression contre 44% des monogames et 70% ont déclaré ne pas être satisfaits de leur mariage contre 30% des mono-mariés. En extrapolant ces données (corrélation statistique inverse entre nombre d’épouses et bien-être) on pourrait en déduire que les célibataires sont comblés et leurs enfants, de petits génies…

Qu’est-ce qui fait pleurer Jane Fonda ?

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Si je n’ai jamais nié l’existence des maladies mentales, qui sont un fléau bien réel, je me suis mille fois opposée, en tant que thérapeute, professeur d’université ou experte auprès de tribunaux, à bien des tentatives d’instrumentaliser de pseudo diagnostics psychiatriques à des fins de diabolisation d’un individu ou d’un groupe.

Je suis en revanche assez perplexe face à un certain type de comportements politiques des foules, qu’on pourrait caractériser de « dément ».

Dans le Wall Street Journal, l’islamologue Fouad Ajami cite Elias Canetti, qui explique dans Masse et Puissance que le fait de marcher ensemble donne aux gens « l’illusion de l’égalité ». Or Ajami pense que les foules pro-Obama aux Etats-Unis se comportent de plus en plus comme les masses populaires du monde arabe, c’est-à-dire avec un niveau très élevé d’émotions et une foi aveugle dans un grand Leader. Selon Ajami, cette « politique de charisme a ravagé les sociétés arabes et musulmanes ».

Il y a sûrement d’excellentes raisons de voter soit pour Obama, soit pour McCain. Personnellement, aucun des deux ne m’enthousiasme. Mais ce qui m’inquiète le plus dans cette affaire, ce ne sont pas tant les candidats eux-mêmes que ces millions d’Américains qui, pour la circonstance, semblent avoir perdu à la fois leur sérieux et leur bon sens et se comportent comme des supporters ivres ou des membres d’une secte en pleine extase mystique.

Pendant le discours de Denver où Obama a accepté sa désignation comme candidat, j’ai vu des gens de tous âges et couleurs pleurer, trembler, tomber en transe. J’ai vu des mamies se comporter comme jadis les groupies hurleuses au premier rang des concerts d’Elvis.

Les supporters de McCain et Palin ne semblent pas se comporter ainsi. Probablement parce qu’ils ne voient pas McCain et Palin comme des messies. Je ne dis pas que les supporters de candidats républicains sont exempts de comportements bizarres ou calamiteux. Nous avons tous en mémoire le cas de cette jeune supportrice de McCain qui a prétendu avoir été attaquée et blessée par un noir pro-Obama fou furieux. Tout cela était inventé, et cette jeune femme a manifestement eu des « problèmes ». Mais il s’agissait d’un cas unique et non pas d’une foule; d’une paumée lambda et non pas d’une personnalité influente.

Que penser dans ce contexte des déclarations de mon amie Erica Jong[1. Erica Jong est elle aussi une figure historique du féminisme américain. Auteur de nombreux livres à succès, on lui doit notamment le best seller mondial Le complexe d’Icare (Grasset, 1974).] qui a annoncé dans la presse italienne qu’elle commençait à éprouver de sérieux symptômes somatiques – insomnie, spasmes, douleurs dorsales, etc. – liés aux élections ? Je lui ai envoyé un mail pour en savoir plus, mais j’attends toujours la réponse. Selon Jason Horowitz du New York Observer, Jong a déclaré au Corriere della Sera qu’une défaite d’Obama déclencherait une seconde guerre de Sécession. « Le sang coulera dans les rues », a-t-elle dit. Quand ai-je lu quelque chose dans ce genre, déjà ? Toujours d’après Horowitz, Jong a dit au journal italien que sa peur d’une défaite d’Obama était devenue « une obsession, une terreur paralysante. Une fièvre anxieuse qui m’empêche de dormir la nuit ». Elle a également affirmé que ses amies Naomi Wolf et Jane Fonda étaient « extrêmement inquiètes, car elles craignent que l’élection Obama ne soit sabotée par les coups tordus des Républicains, ce qui conduirait inéluctablement à une seconde guerre civile ». Selon Erica Jong, Jane Fonda « a pleuré toute la nuit et n’arrive pas à se débarrasser de maux de dos liés au stress ». Quant à Jong, elle souffrirait elle aussi de « spasmes dorsaux » et envisage de se remettre « à l’acupuncture et au Valium ». Pour conclure le tout, Erica Jong a expliqué au Corriere : « Ce n’est pas par hasard que Bush a rappelé des soldats d’Irak. Cela permettra à Dick Cheney de les utiliser contre les citoyens américains qui descendront dans la rue… »

Alors, que faut-il penser quand de brillantes intellectuelles féministes commencent à se comporter comme de pauvres hystériques tout droit sorties d’un mauvais roman du XIXe siècle ? Quand elles se sentent affreusement martyrisées, alors même que leur candidat est donné archi-gagnant ?

Oh, Erica, dis-moi que tout ça est un canular, dis-moi que toutes ces citations sont hors contexte, dis-moi que tu as pris trop de Valium, Erica, je t’en conjure, dis-moi n’importe quoi.

Fonda Is Weeping, Jong Is In Spasm : Pre-Election Psycho-Somatic Hysteria, publié sur pajamasmedia et traduit par Basile de Koch.

Women and Madness

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Obama, gauchiste contrarié ?

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L’élection de Barack Obama à la présidence américaine sonne une heure nouvelle pour les Etats-Unis, après huit années de bushisme, qui auront semé la zizanie un peu partout dans le monde tout en faisant un nom à Michael Moore. La perspective de cette aube nouvelle explique certainement le ralliement de nombreux électeurs républicains au candidat démocrate. Sinon, on voit très mal pourquoi des conservateurs iraient voter pour Obama… Certes, il est favorable à la peine de mort et à la vente libre d’armes. Certes, il est hostile au mariage gay. Certes, il appelle les pères noirs à reprendre en main l’éducation de leurs sauvageons. Certes, il veut fermer la frontière mexicaine pour lutter contre les immigrés clandestins et envisage une intervention militaire au Pakistan. Certes, il se revendique de James Baker, l’ancien secrétaire d’Etat de Ronald Reagan et de George Bush père. Certes, certes, mais on ne nous la fera pas. Nous, on sait qu’Obama est un mec de gauche : on l’a lu dans le journal.

Mark Twain, l’enfance perdue de l’Amérique

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Mark Twain définissait un classique comme un livre que tout le monde encense mais que personne ne lit. Etudiés par des générations d’écoliers américains, adaptés, scénarisés, résumés, ses romans ne sauraient prétendre à cette « distinction ». En revanche, si on considère comme classique toute œuvre exprimant l’âme d’une époque, appartiendrait-elle au genre décrié de la littérature dite « populaire », il est difficile de faire plus classique que Twain. Si l’on veut comprendre ce « rêve américain » dont les médias saluent aujourd’hui la résurrection en la personne de Barack H. Obama, Tom Sawyer et Huckleberry Finn, dont les éditions Tristram publient une nouvelle traduction intégrale des Aventures, sont des guides au moins aussi affûtés que les milliers de journalistes et experts qui se sont abattus ces derniers temps sur l’Amérique. Les deux gamins qui grandissent dans un sud esclavagiste et chaleureux, brutal et superstitieux, sont l’ADN d’une Amérique innocente et coupable. C’est cette identité – en formation au moment où il écrit – que Twain saisit au plus près, avec une subtilité et un sens de la complexité dont on ne retrouve guère l’équivalent dans le manichéisme hollywoodien.

Dans Les Aventures de Huckleberry Finn (1884), il entreprend de dresser une toile sur laquelle se projette l’image d’une nation qui s’invente. Tom Sawyer paraît en 1876, un siècle après la déclaration d’indépendance des treize colonies ; c’est aussi cette année-là que le colonel Custer est défait à Little Big Horn par une coalition de tribus indiennes menées par Sitting Bull et Crazy Horse. Un peu plus d’une décennie après la fin officielle de la guerre de Sécession (1861-1865), la crise est loin d’être apaisée, et les élections présidentielles de 1876 manquent de précipiter le pays dans un nouveau combat fratricide. Pendant que la passation du pouvoir à lieu à la Maison Blanche, des mouvements de troupes confirment les pires craintes. L’Union n’est sauvée qu’in extremis.

Cet anniversaire plutôt angoissant est la toile de fond sur laquelle Samuel Clemens (alias Mark Twain) travaille à ses deux romans. Il choisit, non pas tant pour fuir le présent que pour l’interpréter, de revenir à l’âge d’or de l’enfance de l’auteur qui est aussi celle de la nation, avant les amertumes de l’âge adulte et de la guerre civile. Dans l’évocation de ce paradis perdu, Mark Twain laisse « parler » les enfants – mais on ne trouvera pas chez lui la moindre trace de ce ridicule respect de la « parole des enfants », si répandu dans une époque où le Paradis ressemble à une crèche. Prépubères, ses deux héros échappent aux complications hormonales, ce qui permet à l’auteur de ne pas se compliquer la vie. Cette pudibonderie bien plus américaine que victorienne le conduit d’ailleurs à exiler ses fantasmes en France, pays dont il brocarde souvent les mœurs – avec quelque envie semble-t-il…

L’absence de toute dimension sexuelle explique que Twain soit généralement confiné au rayon « jeunes ». Du reste, il ne prétendait pas à autre chose et fut le premier surpris par l’engouement qui saisit le public, toutes générations confondues. C’est que sans le savoir, Twain a écrit un chapitre du roman national, où l’enfance de Tom et celle de l’Amérique se confondent. Puisque les siècles d’histoire commune font défaut aux Américains, la littérature agira à la fois comme révélateur et comme premier producteur de « mémoire collective » : elle dicte le récit qui transforme en nation un agrégat d’individus et de communautés.

L’action paye… L’actionnaire aussi

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D’habitude toujours prompts à monter en épingle le moindre début de commencement d’affrontement social, nos confrères de L’Humanité auront été étonnamment discrets et « factuels » dans leurs comptes-rendus du conflit qui oppose ces jours-ci la direction des NMPP au syndicat CGT de l’entreprise.

De fait, pour qui sait lire entre les lignes et décrypter la langue de bois maison, il est évident que le quotidien qui soutient toutes les luttes des travailleurs s’est totalement désolidarisé de ces grévistes-là. On pourra penser qu’à L’Huma, qui va encore plus mal que Libé ou Le Monde, on n’a tout simplement pas apprécié de perdre une journée de recettes le 30 octobre. Mais on pourra aussi penser que le quotidien n’a pas jugé indispensable de froisser le groupe Lagardère, actionnaire majoritaire des NMPP, mais aussi – jusque-là, on se demandait pourquoi – actionnaire minoritaire de L’Huma.

On pourra aussi éventuellement rapprocher cette neutralité bienveillante des prises de positions extrêmement surprenantes de Rue89, le site d’info en ligne citoyen fondé par Pierre Haski. Ledit site a publié coup sur coup deux articles sur ce conflit (signés Augustin Scalbert et Hugues Serraf), qui n’auraient pas déparé dans les colonnes du Figaro, voire de Présent, dont l’édito du premier novembre : « NMPP les casseurs en action » reprend à son compte la déclaration tout en finesse du directeur de Libération, Laurent Joffrin : « On n’est plus dans le syndicalisme, on est dans la prise d’otage » ; et hop, la boucle est bouclée ! C’est bien entendu le droit le plus absolu de Rue89 d’être violemment hostile au Syndicat du Livre ; d’ailleurs, à Causeur, nous sommes loin d’avoir tous le même avis sur la question, pour tout dire, c’est même très exactement le contraire.

N’empêche, les virulentes prises de positions anti-grévistes de ce confrère détonnent bizarrement dans sa ligne générale, d’ordinaire résolument favorable aux mouvements sociaux. Comme la grève des NMMP ne lui a pas fait perdre d’argent, mais plutôt gagner des lecteurs, on pourra penser qu’il s’agit là d’une légitime solidarité confraternelle avec les titres exsangues de la presse écrite qui s’estiment menacés dans leur survie par ce conflit. On pourra aussi penser, comme le prétend une rumeur forcément malveillante, que les actionnaires de ce site, ne seraient pas foncièrement hostiles à une entrée de Lagardère dans leur capital…

La complainte du fake en Alaska

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Il fallait être parti en vacances à Clipperton pour ne pas être au courant de la nouvelle : les Justiciers masqués, deux humoristes québécois, ont piégé Sarah Palin par téléphone, entourloupant la vice-candidate républicaine tels naguère Jacques Chirac, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy themselves. Il y a quelques années, pour terroriser le monde, le Québec se contentait d’utiliser des armes de destruction massive auxquelles on donnait le pudique nom de « chanteuses ». La Belle Province a changé ses méthodes et pratique désormais des frappes chirurgicales, en ciblant ses victimes par canular téléphonique. A moins que, dans le cas de Sarah Palin, ce ne fût uniquement pour venger le pinnipède de Beau Dommage…

[mdeezer + 11752 + Alaska]

Contre la malbouffe littéraire

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Dans la République des Lettres, je me suis toujours senti mal à l’aise. Ayant dû fréquenter des éditeurs qui avaient eu l’inconscience et l’amabilité de me publier, je croisais, dans les couloirs de ces vénérables maisons, quelques un(es) de ses plus éminent(es) citoyen(nes). Je notais la fébrilité des servants de la machine éditoriale à la période des Prix, plaignais les attachées de presse (cette fois seul le féminin est nécessaire) en butte aux bouffées d’ego de leurs poulains(-iches). Cela ne m’empêchait pas d’échanger quelques mots aimables avec l’un(e) ou l’autre de ces divas (pas de masculin, ça marche aussi pour les messieurs) quand le hasard des placements dans les assommantes séances de signature nous mettait côte à côte.

Mais rien, je dis bien rien ne m’incitait à lire, encore moins à acheter les « romans de la rentrée », les « découvertes » que quelques pontes(-esses) de la critique littéraire offraient régulièrement à notre concupiscence de lecteur branché. Je m’étais en conséquence construit un personnage de « beauf » à moitié inculte style Columbo : « J’ai pas lu, mais ma femme m’en a dit beaucoup de bien » était la réponse standard que je délivrais à l’auteur(e) qui semblait solliciter de moi un jugement sur son « œuvre ». Après cela, on me fichait la paix, et je pouvais aller lire tranquillement Philip Roth, Amos Oz, Jim Harrison, et relire Georges Perec.

Et puis vinrent Pierre Jourde et Eric Naulleau. En 2003, l’opuscule Petit déjeuner en Tyrannie, description d’un repas pris par les auteurs avec les responsables du Monde des livres avait provoqué en moi une jubilation intense : voir étriller ses voisins de bureau paysagé avec une telle verve et une telle pertinence peut éclairer une journée, et même plusieurs jours maussades. Cette publication valut à ses auteurs quelques représailles musclées du service d’ordre de la République des Lettres : pendant plusieurs mois, ils furent tricards à peu près partout où l’on causait de littérature, et de plus convoqués au tribunal par Josyane Savigneau et Jean-Luc Douin, respectivement cheffe et sous-chef du Monde des Livres.

Depuis ce temps, Jourde et Naulleau ont fait un bout de chemin : le premier a failli se faire écharper par ses compatriotes auvergnats qui avaient cru se reconnaître dans les alcooliques et demeurés qui peuplaient son roman Pays Perdu, ce qui lui apprendra à faire du Zola hors saison. Quant à Naulleau, il sort de sa marginalité littéraire et critique en occupant un emploi de pitbull chez Ruquier, sur France 2, ce qui convient assez bien, ma foi, à sa nature profonde. Grâce à ces deux personnages, qui publient une version augmentée de leur Précis de littérature du XXIe siècle, je ne change plus de trottoir quand la responsable de la bibliothèque de mon village pointe son nez à l’horizon, car j’ai pu lui expliquer avec quelques arguments solides et structurés pourquoi je refusais obstinément d’emprunter le dernier opus d’Anna Gavalda. Ce qui l’a rendue triste, mais je pense qu’elle s’en remettra. Le couple (puisqu’il faut bien l’appeler par son nom) s’est fait une spécialité de dénoncer la mal bouffe littéraire, dans des essais classiques d’abord, puis sous une forme plus ludique : une parodie du Lagarde et Michard, jadis manuel culte des études littéraires dans l’enseignement secondaire. Les grands auteurs de notre patrimoine littéraire sont présentés par une notice biographique, des extraits annotés et enfin des exercices où le lycéen est invité à montrer qu’il a bien compris la richesse de contenu et de style des œuvres qui ont été proposées à son admiration.

Appliquée à Marc Lévy, Christine Angot, ou encore Dominique de Villepin, qui peuplent avec d’autres écrivains de la même farine cette deuxième livraison du Jourde & Naulleau, cette méthode produit un effet comique garanti, en plus, cela va sans dire, du dégonflage impitoyable des baudruches gonflées à l’hélium du VIe arrondissement. Un seul exemple : la mise en perspective du « oui » durassien (ce « oui » fait à lui seul paragraphe) dans l’œuvre microminimaliste d’Emmanuelle Bernheim vaut son pesant de grattons, comme on dit à Lyon, ville où l’on édite peu, mais où l’on mange bien. J’entends déjà les objections et les reproches de ceux et celles qui estiment que je me rends complice d’un nouveau complot élitiste en apportant mon soutien à deux goujats qui démolissent des auteurs plébiscités par un très large public, comme Anna Gavalda. A ceux là je répondrais par l’aphorisme préféré des publicitaires d’outre-Atlantique : Eat shit ! Billions of flies can’t be wrong[1. Que l’on traduira ici par un plus délicat: “Les mouches en mangent, pourquoi pas vous?” (NDLR)] !

Le Jourde & Naulleau: Précis de littérature du XXIe siècle !

Prix: 3,52 €

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François Desarthe

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Peint ici par l’exécrable William Bouguereau, François Desarthe est considéré comme le père de la psychanalyse. Desarthe consacra sa vie entière à l’écriture de la grande somme théologique du XIXe siècle : De la Trinité considérée sous son aspect le plus gonflant. La thèse de Desarthe est simple : Dieu étant omnipotent, omniprésent et omniscient, il est assez duraille quand on est le Fils ou l’Esprit de se faire une place à côté. C’est le frère de Martha, correspondante autrichienne de François Desarthe, qui concourra à populariser l’idée sous le nom de complexe d’Oedipe.

William Bouguereau, Portrait de François Desarthe, de l’Institut, huile sur toile, 1867, conservée au musée de la Rillette, Le Mans.

Pitre, poète ou prophète ?

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De Leonard Cohen, et de sa mélopée caverneuse qui chante depuis quarante ans le sexe, la drogue et le bon Dieu, on ne peut rien comprendre sans connaître Karl Marx – et son tourment : comment être prophète, comme tant de ses ancêtres, dans un monde de sciences et de hauts fourneaux ? Une robe de lin, un bâton de pèlerin, et ce seraient les ricanements, sinon les pierres. Marx renia donc le folklore et joua le jeu : c’est par la démonstration chiffrée qu’il terrassera le démon de l’iniquité. Cohen connaît les mêmes affres : petit-fils de rabbin, persuadé d’être dépêché ici-bas pour « dire », il paraît dans le monde à l’heure de Bob Dylan, du LSD et du sexe débondé. Alors, va pour le jeu ? Va… Il fera « des disques pour les jeunes ».

Drogué, dépressif, noceur, il épouse avec fièvre toutes les exagérations de son époque. Se cherchant, il se perd, et inconstant jusqu’à la quarantaine ébauche plusieurs vies. En désespéré de bonne éducation, il fera au long de son existence montre d’un sens de l’humour, de la dérision, de la farce même, qui étonnera tous ceux qui en sont restés au mot d’un journaliste américain : « Quand je l’écoute, j’ai envie de me trancher les veines. » Sinistre singer ? Pour rien au monde… Des méandres de sa biographie, Cohen glousse volontiers :  » J’ai toujours pensé que j’étais un comique. » Le récit de ses négociations avec son éditeur, ses lettres de protestations à la terre entière, sa certitude d’être un chanteur country devant vivre à cheval et en santiags, ses tentatives pour devenir businessman, ou encore moine bouddhiste, avocat, prêtre, détective privé, scientologue – et ses aventures à Cuba, façon Zelig en pleine révolution ! – confirment ce penchant comique et nous promènent aux lisières de l’univers d’un autre Cohen : Albert, l’auteur de Mangeclous. La similitude, au demeurant, ne se résume pas au patronyme : il y a chez Leonard Cohen, séducteur compulsif, gamin irrésistible et geignard, quelque chose de Solal. Mais un Solal sympathique (si possible), un Solal qui aurait cessé enfin de gémir pour agir. Pour créer.

Dans l’un de ses romans, Albert Cohen dépeint avec complaisance son héros abandonnant des centaines de poèmes, aisément enfantés, dans une chambre d’hôtel avant de s’envoler à la conquête d’une nouvelle blonde noblesse – un autre les publiera, un autre en aura la gloire. Leonard Cohen, lui, ne refusera pas le combat avec l’ange : la maturité venue – beaucoup de vies ratées, deux enfants, une séparation apocalyptique – il renoncera enfin à rêver sa vie. Et la soumettra, par la discipline, à son « sacerdoce » : la prophétie chantée. Cette guerre civile contre ses plaisants penchants, sa loufoquerie, ses facilités, le goût du sexe des femmes (on lira cette phrase comme l’on voudra) : la biographie que lui consacre Ira B. Nadel n’est peut-être que l’histoire de combat-là. Tirer enfin quelque chose de soi !

Tel Gainsbourg, qui immola une nuit toutes ses toiles, pour admettre qu’il ne serait jamais Picasso, Cohen consentira à pousser la chanson et à revenir sur Boggie Street. « Bon qu’à ça… », avait déjà soupiré Beckett. Il a une piètre voix ? Il le sait, s’en moque et chantera les louanges de sa golden voice par défi – expédiant Barry White au placard. Il commence ses enregistrements sans savoir le solfège ? Il passe outre. Et travaille. Travaille encore. Si le diable est dans les détails, l’Eternel est dans le labeur. Curieux poète, en vérité, éloigné de l’imagerie populaire, qui chérit les médiums inspirés plus que les artisans obstinés. Curieux obsédé aussi – Don’t go Home with your hard-on ! – curieux camé et libertaire, qui résume son existence d’un slogan fort peu « 68 » : Dieu, discipline et travail.

Les femmes ou Dieu ? La sensualité, l’extase, le sentiment de toute-puissance et d’indulgence infinie, la trahison, la déception : chez les premières, il a cherché inlassablement le second. « Quand ça ne marchait pas avec Dieu, je m’adressais aux femmes. » Autant dire que l’interprète de Death of a Ladies’ Man sacrifia souvent, et sans compter, aux filles d’Eve. Mais en vain. Dance Me to the End of Love ? A quoi bon… Jérémie, en lui, est toujours tapi ; Ezéchiel, By The Rivers Dark, prophétise The Future… Un soir, pendant la guerre de Kippour, il plante sa tournée à la recherche d’une femme à Tel Aviv : « J’ai parcouru les rues vides et sans éclairage à la recherche d’Hannah, tout à mon désir d’elle. » Il ne la retrouvera pas, et c’est encore ce qu’il fera de mieux : adieu aux ersatz, c’est désormais entre le ciel et lui. Toute une discographie pour dire adieu aux femmes, en attendant de se rapprocher de Celui qui l’appelle et l’ignore… Au soir de sa vie, à la veille d’une ultime tournée européenne[1. Leonard Cohen se produira à L’Olympia les 24, 25 et 26 novembre 2008.], Léonard Cohen peut enfin savourer combien sa « prière » – The story of Isaac, Waiting for the Miracle, The Law – réjouit les foules. Succès mérité. Qui, depuis David, avait dansé avec tant d’insolence et chanté avec tant de grâce devant l’Arche ?

La vie de Leonard Cohen

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L’obamania, faux-ami d’Obama ?

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Lorsque Sheryl Crow est apparue sur la scène de l’Invesco Field de Denver le soir de la nomination de Barack Obama, 80 000 personnes ont repris en cœur son très à-propos A Change would do us good. Après elle, John Legend, Will I Am et Steevie Wonder se sont succédé sur scène, offrant à l’Amérique le plus glamour show politique jamais organisé. En soi, cette mobilisation people ne choque personne aux Etats-Unis, où le citoyen lambda n’hésite pas à afficher son choix sur son auto ou sa maison ; là-bas, comme nous le remémore le bouillant Happy Birthday de Marylin à JFK, politique et spectacle ont toujours fait, si l’on ose dire, bon ménage. Néanmoins, jamais encore Hollywood n’avait aussi massivement pris parti pour un des deux candidats en lice. Ainsi, George Clooney, Scarlett Johansson, Tom Hanks, Morgan Freeman, Will Smith ou Beyonce et des centaines d’habitués des charts et des blockbusters, font ouvertement campagne pour Barack Obama.

On est content pour lui, mais il n’est pas exclu que cette brillante médaille ait un revers : quelle est l’influence réelle ces soutiens sur l’opinion? Font-ils seulement vaciller les certitudes de John et Jane Doe électeurs hésitants à Mansfield (Ohio)? Rien n’est moins sûr: lors des deux dernières présidentielles, les stars avaient largement donné leur préférence à Al Gore et John Kerry…

Il est même possible que cette débauche de paillettes ait un impact négatif sur l’électorat populaire, y compris dans sa fraction démocrate. En pleine crise des subprimes, la campagne jet-set d’Obama a quelque chose d’indécent aux yeux de nombre de working poors qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Bien conscient de ce décalage, McCain s’est empressé de surfer sur le thème de la pipolisation de la campagne de ceux d’en face. Dans un spot télévisé qui tournait cet été en boucle sur les principaux networks, ses spin doctors sont allés jusqu’ à associer Obama à Paris Hilton, stéréotype-repoussoir de l’oisive blonde écervelée. Malin, McCain sait qu’il a tout à gagner en collant à son adversaire une image de fashion’choice top tendance, plus rock star que politicien… Et c’est bien là tout son problème. Qu’il soit fermier dans le Kansas, métallo dans le Michigan ou dévot en Utah, l’américain lower-class, voire middle class, ne s’enthousiasme pas spontanément pour le trip Sex, drugs and rock’n roll des amis d’Obama.

Contre toute attente, l’Obamania, dont nombre d’observateurs se félicitaient au début de la campagne se révélera peut-être un faux-ami pour Barack Obama – et cela, même s’il est élu. À Washington comme à Paris, on aurait bien tort de traduire l’emblématique première phrase du préambule de la Constitution américaine We, the people par « Nous, les people ».

Familles pluriparentales

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D’après les travaux d’un chercheur de l’université israélienne de Beer Sheva, mieux vaut vivre dans une famille monogame que polygame – qu’on soit mari, épouse ou enfant. Selon le journal Haaretz, le professeur Alkrinawi, qui a travaillé sur un échantillon de 1,000 bédouins israéliens, a déduit tout d’abord de ses recherches que les enfants de familles monogames réussissaient mieux à l’école (note moyenne de 15/20 contre 13/20) et avaient, en outre,une meilleure image d’eux-mêmes. Par ailleurs, il confirme que, comme on l’aurait pensé a priori, les femmes qui partagent leurs maris avec d’autres se sentent moins bien que celles vivant en couple (elles ont par exemple une tendance nettement plus importante à la dépression). La vraie surprise de l’étude est a chercher du côté des messieurs : 62% des maris multicartes ont signalé avoir subi une dépression contre 44% des monogames et 70% ont déclaré ne pas être satisfaits de leur mariage contre 30% des mono-mariés. En extrapolant ces données (corrélation statistique inverse entre nombre d’épouses et bien-être) on pourrait en déduire que les célibataires sont comblés et leurs enfants, de petits génies…