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Les « Infiltrés » : haut les masques !

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Plutôt distrayante, la polémique “déontologique” déclenchée dans le microcosme médiatique par “Les Infiltrés”, le nouveau magazine de David Pujadas sur France 2.

Le principe de départ en est simple : “infiltrer”, précisément, un journaliste, muni d’une fausse identité et d’une caméra cachée, dans une entreprise ou une institution pour montrer ce qu’on souhaite à tout prix y dissimuler.

Problème : la charte des journalistes interdit, paraît-il, d’utiliser des moyens “déloyaux” pour obtenir des infos. Mais où commence la déloyauté, et où s’arrête la complaisance ?

Il y a beau temps que les stars de la politique et du showbiz se plaignent des journalistes, ces “chiens” qui font mine d’être leurs amis pour mieux les démolir ensuite, au détour d’un article ou même dans un livre ad hoc. Mais ce genre de “trahison” ne choque guère, et pour cause : elle est bilatérale ! Le gazetier et son “sujet” savent fort bien tous deux à quel jeu ils jouent – et la parade de séduction est aussi sincère d’un côté que de l’autre.

Même les journalistes embedded, comme on dit maintenant – en français : embarqués dans la suite d’un politicien en campagne et traités comme des intimes – n’ignorent pas à quoi s’en tenir ; ou alors, ils auraient mieux fait de rester savetiers…

Dans notre feuilleton “Les Infiltrés”, dira-t-on, l’affaire est plus grave : seul le chat sait à quel jeu il joue avec la souris … Mais ne pleurons pas trop vite sur l’infortuné rongeur : lui aussi a eu le temps de s’adapter : la preuve, il a troqué de longtemps mentors et autres pères Joseph au profit “d’experts en communication”. Leur job ? Manipuler les manipulateurs, comme dirait Pasqua.

Depuis Séguéla, ces gens-là ne se cachent même plus d’être ce qu’ils sont : des spin doctors dont la mission consiste à masquer la réalité grâce au story-telling. En VF : des laveurs de cerveaux chargés de nous “raconter des histoires”. (Désolé pour l’abus de jargon anglo-saxon ; c’est que, comme souvent depuis deux ou trois siècles, la chose a débarqué chez nous avant le nom.)

Désormais, toutes les personnes physiques ou morales dignes de ce nom – à défaut de l’adjectif – peuvent se payer les services de ce genre d’illusionnistes. Un journaliste “à l’ancienne” se trouverait fort dépourvu, avec sa lourde carapace déontologique, pour affronter un tel progrès ! Comment débusquer la vérité, à travers le plaisant rideau de fumée parfumée dont elle est enveloppée ?

Je les entends d’ici, les sirènes de ces grands communicants : “Pourquoi ne pas travailler en bonne intelligence ? Nous avons tellement d’intérêts en commun, n’est-ce pas ? Et puis d’ailleurs, nos comptes sont clairs ; nous n’avons rien à cacher… La preuve : je vais vous les montrer moi-même, nos coulisses ! Parce que je vous aime bien …”

Face à ce genre d’hypnose, un Tintin-reporter digne de ce nom n’a qu’une alternative : trahir sa “déontologie”, ou changer de camp (Il y a des exemples…)

“Donnez-moi un masque, et je vous dirai la vérité”, écrivait Oscar Wilde. En l’occurrence le pauvre journaliste, invité à ce genre de bal masqué, ne saurait faire correctement son métier qu’en chaussant un loup à son tour. “Larvatus prodeo”, comme disait Descartes.

Il y a une trentaine d’années, un journaliste allemand nommé Gunther Walraff s’était fait une tête de Turc juste pour mesurer in vivo le taux de xénophobie chez les Boches. Résultat décevant : on apprit essentiellement, au terme de cette ébouriffante enquête, que les Turcs se sentaient turcs et les Allemands plutôt allemands…

Voici quelque dix ans de cela, une journaliste nommée Anne Tristan s’était fait passer six mois durant pour une adhérente du Front National. Son but ? Montrer de l’intérieur la terrible réalité du FN !

A l’époque, il ne s’était trouvé personne pour protester contre une telle méthode. Mais laissez donc l’oncle Paul resituer pour vous le contexte : dans ces années noires (1984-2007), tous les moyens étaient légitimes pour combattre le FN, puisqu’il menaçait la démocratie – et par la voie du suffrage universel, en plus !

Aujourd’hui, qui penserait encore à s’introduire par effraction dans ce “Grand Corps Malade” qu’est devenu le FN ? (Sans parler du PC, petit cadavre à la renverse…)

Mais le modèle de “déloyauté” journalistique vient de plus loin. Albert Londres fut le premier à trahir le serment d’Hypocrite de sa profession ambiguë : pour voler au-dessus du nid de coucous de la psychiatrie des années 20, le fourbe n’avait-il pas dissimulé son état civil et mental ?

Le premier sujet abordé par nos “Infiltrés” n’était guère éloigné : la maltraitance dans une maison de retraite ordinaire. Une telle enquête, d’utilité publique, justifiait à l’évidence le recours à ce procédé. Sans sa blouse “d’aide-soignante”, jamais la journaliste n’aurait pu montrer le cauchemar quotidien que vivent ces “résidents” victimes en permanence de négligences, d’humiliations, voire de sévices. Manque de moyens, d’hygiène, de personnel compétent – et même de simple compassion : l’horreur est humaine…

Toutes choses égales par ailleurs, nos “Barbares” – qui ne connaissaient même pas la Déclaration universelle des droits de l’homme ! – traitaient souvent mieux leurs anciens que ne le font nos Modernes…

A coup sûr les sujets annoncés pour les prochains numéros de l’émission justifient un tel procédé. Comment filmer “dans la transparence” le travail au noir, ou le quotidien d’une secte ?

L’urgence était moins évidente l’autre mercredi. Pour leur deuxième épisode, “Les Infiltrés” avaient choisi de prendre au piège de ses propres pratiques un hebdo people (Closer en l’occurrence). A quoi bon ? Nul n’imagine que des “enquêteurs” en quête de bourrelets et d’infidélités sont allés poser directement la question à l’intéressé(e) !

Aussi bien n’a-t-on pas appris grand chose ce soir-là (surtout moi !) Sauf peut-être dans le débat sur “l’arroseur arrosé”, où la rédactrice en chef du magazine incriminé a tenu bon sous une mitraille convenue. Mais, vous savez ce que c’est : question Audimat, “Les dessous de la presse people”, ça marche quand même mieux que “les nouvelles filières de l’immigration clandestine”, bizarrement…

Photo de une : David Pujadas, par Ksenia B, flickr.com

L’homo n’en a pas

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Mary Robinson (illustre lectrice de Vendredi) n’est pas contente et l’a fait savoir lundi à Nicolas Sarkozy qui célébrait à l’Elysée le 60e anniversaire de la déclaration des droits de l’Homme. L’ancienne présidente irlandaise ne goûte guère le vice des Français à utiliser le terme « droits de l’Homme » en lieu et place de « droits humains » – expression bien plus « moderne », dit-elle, puisque directement traduite de l’anglais. Cependant, c’est une faute contre la langue et la logique qu’elle commet là : en français, l’homme descend du latin homo et n’a pas forcément de couilles. Et si jamais il en avait, on ne se contenterait pas de l’appeler mon oncle mais l’adjectif humain qui en dérive en aurait aussi… En avoir ou pas, c’est au fond la seule question qu’il faut se poser en matière de droits de l’Homme. Et ce n’est pas Rama Yade qui dira pas le contraire.

Merde aux générations futures

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Au siècle dernier, lors d’une session du Parlement européen, une députée verte allemande retourne à son banc après voir gratifié ses collègues d’un sermon moralisateur sur l’irresponsabilité des gouvernements puisant sans mesure dans les ressources naturelles de la planète. « Vous hypothéquez l’avenir des générations futures ! », s’est-elle exclamée avec une véhémence telle que l’on s’était cru à Bayreuth au moment de l’irruption des Walkyries sur la scène du Festspielhaus. C’est alors qu’un député conservateur britannique chargé d’ans et d’expérience se lève et demande la parole au président, qui la lui accorde : « Hum! hum… (l’orateur s’éclaircit la voix) j’ai écouté avec attention et intérêt l’intervention de mon estimée collègue du groupe des Verts. Il serait donc, selon elle, nécessaire que nous fassions des sacrifices au profit des générations futures. Alors moi, monsieur le président et chers collègues, je vous pose la question : qu’ont-elles fait pour nous, ces générations futures, qui puisse justifier ces sacrifices ? » Tollé de protestations sur les bancs écolos et franche rigolade sur les autres.

Le chantage aux générations futures que notre goinfrerie énergétique, nos émissions inconsidérées de CO2 et notre perversité technologique (OGM) priveraient d’une qualité de vie acceptable sur la planète fait désormais partie de la rhétorique des écolos de tout poil.

Le racolage électoral par injections répétées de mauvaise conscience dans les neurones des citoyens de nos pays démocratiques est désormais pratiqué à grande échelle. Il ne suffit plus de se proclamer défenseur des intérêts des pauvres, des femmes, des enfants ou des vieillards pour solliciter les suffrages du peuple. Sur un mode subliminal mais ferme, les démagogues de l’écologie militante menacent des flammes de l’enfer éternel ceux qui auront égoïstement accaparé à leur profit les biens que la nature à mis à leur disposition : l’air, l’eau, le pétrole et autres richesses naturelles que le génie des générations précédentes avait su découvrir, utiliser, mettre en valeur.

On ne cesse de répéter la plus stupide des maximes « cette terre ne nous appartient pas, nous l’empruntons à nos enfants », pour rajouter une couche de culpabilité aux hédonistes qui parcourent la planète en jet, roulent en 4X4, et ne voient aucun inconvénient à ce que le maïs transgénique contribue à la lutte contre les famines en Afrique… Mais si ! ballots, cette terre nous appartient, comme elle appartiendra à nos descendants qui trouveront les moyens de remplacer les matières premières épuisées, comme cela s’est toujours produit dans le passé : la pénurie de bois a engendré l’utilisation du charbon, auquel se sont substitués le pétrole et l’énergie nucléaire et ainsi de suite !

Les générations futures bénéficieront des investissements que les pauvres couillons des générations présentes ont consacré à scruter l’infiniment grand et l’infiniment petit afin d’y trouver quelques pépites à l’usage de leurs rejetons.

Les générations futures profiteront, dans nos contrées européennes, des conséquences d’une période de paix et de prospérité d’une durée inégalée dans l’histoire moderne, permettant une accumulation de capital collectif et familial dont notre génération a été dépourvue.

Ah, mais, objectera-t-on, quid du réchauffement climatique, que presque tous les savants imputent, pour une part, à l’activité humaine ?

Sans entrer dans les querelles scientifiques qui portent sur la plus ou moins grande influence des hommes dans le cycle de réchauffement, on peut tout de même observer que l’humanité n’est pas égale face à cette question. Il est pour le moins délicat de forcer les pays émergents à renoncer au développement économique et industriel au motif que nos arrière petits-enfants pourraient être privés de l’enneigement dont jouit actuellement la charmante station de Megève. Il n’est pas « irresponsable » de considérer les choses comme inéluctables quand il est don quichottesque de vouloir s’y opposer à tout prix, comme nous y invitent les Bové, Mamère et Cohn-Bendit.

Personnellement, je n’ai pour les générations futures aucune sympathie ni inimitié, pour la bonne raison que je n’en connais aucun représentant me permettant de me forger une opinion à son sujet. J’ai, en revanche, le plus grand mépris pour ces membres des générations présentes, tuteurs autoproclamés de ceux qui seront amenés à assumer le destin de l’espèce dans les siècles à venir. Qu’on leur lâche une bonne fois la grappe, à ces générations futures, et qu’on les crédite d’au moins autant d’intelligence, d’astuce et de savoir-faire que leur glorieux ancêtres !

Bakchich : quand Fontenelle déraille

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Au déclenchement de l’affaire de Filippis, quelques-uns de mes camarades internautes ou blogueurs se sont étonnés de l’absence totale de réaction à chaud de Bakchich, alors même que la grande presse commençait à en parler, et que tout le web sarkophobe était déjà vent debout contre la juge Josié. Un étonnement certes compréhensible puisque cette affaire mêlant politique, police, justice et liberté de la presse était a priori pile-poil au cœur de la zone de chalandise de Bakchich, site dont on apprend sur la page d’accueil qu’il est spécialisé en « Informations, enquêtes et mauvais esprit » et qui était jusque-là spécialisé dans la recension exhaustive des brutalités policières et bavures judiciaires. Néanmoins, pour ma part, je mettais plutôt ce mutisme sur le compte du week-end, qui, dans ma vision du monde, est essentiellement fait pour boire, écouter du rock n’ roll, aller troller les sites des copains ou compter fleurette à qui de droit. (En vérité, je pense que le reste de la semaine devrait être aussi consacré au même type d’activités, mais il semble que la plupart des humains en soient privés pour une obscure affaire de péché originel.) N’empêche, ce silence commençait à faire beaucoup de bruit dans la gauchosphère.

Heureusement, le site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit » a fini par évoquer l’affaire, le lundi 1er décembre, sous la plume de l’un de ses contributeurs réguliers, mon excellent confrère Sébastien Fontenelle. Voilà qui aurait dû réjouir les bakchichonautes, tant les écrits circonstanciés de Sébastien Fontenelle contre la police, les flics, les forces de l’ordre, la maréchaussée ou encore les condés (et même les keufs !) font la joie des amateurs du genre, sans parler de tous ceux qu’enchante le seul phrasé inimitable de sa prose post-rimbaldienne.

Las ! Dans ce billet intitulé Vittorio de Filippis déraille ? Sébastien Fontenelle se contente de ricaner sur l’indignation provoquée par l’affaire. Le texte commençait ainsi : « Le big boss de Libération (poils (de barbiche) au menton), Laurent Joffrin, n’est pas content : un salarié de son quotidien burlesque, Vittorio de Filippis, a été quelque peu rudoyé par des keufs de la Seine-Saint-Denis. » Tout le reste du billet, poil au pied, était à l’avenant. Humour compris, poil au zizi.

Certains lecteurs de Bakchich ont trouvé que cet article signait un abandon de poste, voire un coup de couteau dans le dos. Certains parmi ces certains allaient encore plus loin dans leurs commentaires, imputant carrément la ligne de Bakchich au fait que Xavier Niel, de Free, (qui est à l’origine de la plainte en diffamation contre Libé qui a dégénéré en affaire de Filippis) est également actionnaire du site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit ». Ce que pour ma part, j’ignorais complètement. Et qui d’ailleurs ne me dérange absolument pas. Je ne suis plus gauchiste et je pense qu’il est parfaitement normal d’aller chercher son capital chez les capitalistes.

Comme je ne vais pas non plus écouter aux portes, je n’ai pas la moindre idée quant à d’éventuelles pressions de Xavier Niel sur Bakchich, ou d’un renvoi d’ascenseur du site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit » à son actionnaire. Bref tout ça ne me dérange pas, ou plutôt ne me dérangerait pas si ça avait existé. Car en l’état actuel des faits, je le redis, rien ne permet de supposer que la qualité d’actionnaire de Xavier Niel ait pesé sur l’attitude de Bakchich. Faute de disposer du moindre élément pour étayer le contraire, nous continuerons de penser que cette affaire ne leur paraissait pas intéressante, ce qui est leur droit le plus absolu. Je n’aimerais pas que ces gens viennent nous dicter nos choix éditoriaux, la réciproque vaut.

Il faut croire que les lecteurs de Bakchich sont parfois moins larges d’esprit que moi, puisque après quelques réactions insinuantes au billet de Fontenelle, Laurent Léger, le rédacteur en chef du site, a jugé utile d’intervenir officiellement dans la discussion. Voici l’intégralité de son texte : « Désolé cher lecteur, mais il n’y a pas de complot Niel+Bakchich contre Libération et son ex-PDG. Que Xavier Niel – qui est en effet actionnaire de Bakchich – porte plainte pour diffamation, c’est son droit. Chaque jour des plaintes pour diffamation sont déposées dans les tribunaux contre des journaux. Mais Xavier Niel n’a pas la maîtrise de la police et de la justice. C’est en l’occurrence la juge Muriel Josié qui a signé le mandat d’amener, et ce sont les policiers qui se sont permis les dérapages que l’on sait contre Vittorio de Filippis. » Dérapages que l’on sait, certes, cher Laurent, certes, mais pas grâce à Bakchich, qui n’en avait absolument rien dit. Fin de persiflage, je rends l’antenne à Laurent Léger qui, avant de conclure par les remerciements d’usage aux lecteurs, jugeait indispensable d’ajouter une ultime (et fatale) mise au point : « Et, si cela peut vous rassurer, Xavier Niel a encore moins la maîtrise de la plume de notre collaborateur-blogueur Sébastien Fontenelle ! »

Franchement Laurent Léger, là, vous exagérez : prendre la peine de nier une telle sujétion de votre « collaborateur-blogueur Sébastien Fontenelle » à un grand capitaliste, c’est suggérer qu’on aurait pu le penser, et ça, franchement, personne n’aurait osé. Tant qu’à faire, cher Laurent, pourquoi n’avoir pas pris la peine de préciser, pour plus de transparence, pour que chacun soit sûr de sa totale indépendance dans cette affaire, que Sébastien Fontenelle ne joue pas au foot le dimanche avec les flics du Raincy, qu’il n’est pas le partenaire de bridge habituel de la juge Muriel Josié ou encore qu’il n’est pas le papa du futur bébé de Rachida Dati ?

Bref, m’est avis, cher rédacteur en chef de Bakchich, que votre vibrante plaidoirie qui a un vague parfum de ce qu’on appelle déni – a mis votre collaborateur-blogueur dans une merde plus noire que celle où il s’était vautré tout seul comme un grand en moquant un citoyen victime de violence judiciaire. Déjà que ça ne doit pas être bien agréable pour lui que Laurent Léger révèle à tous ses camarades altermondialistes que lui, l’intrépide despérado du Grand soir, il collabore à un site financé par une des figures emblématiques de la Bourse de Paris.

M’est avis qu’on ne reverra pas de sitôt l’ami Fontenelle dauber sur Vittorio de Filippis dans vos colonnes.

Pour tout dire, je crois qu’à l’heure qu’il est, l’irréductible anticapitaliste Sébastien Fontenelle a l’air un peu con. Désolé pour les amateurs « d’informations et d’enquêtes », ce n’est pas vraiment un scoop. Juste une litote.

De la voyoucratie en Amérique

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Quand le gouverneur d’Illinois a mis aux enchères le poste vacant de sénateur de l’Etat libéré par l’élection du sénateur Obama à la Maison Blanche, il n’y est pas allé par quatre chemin. Les enregistrements du FBI sont un document incroyable, qu’on croirait pompés dans un film de gangsters. Parmi une pléiade de perles, les deux citations suivantes sont particulièrement horripilantes, on vous les a laissées en VO (le résumé en VF est « ou ils sortent la thune de leur fouille, ou je garde le berlingot pour mézigue »). Imaginez-les dites par Edward G. Robonson: « Unless I get something real good I’ll just send myself, you know what I’m saying » et plus tard il ajoute : « I’ve got this thing and it’s golden, and, uh, uh, I’m not just giving it up for nothing. I’m not gonna do it. And, and I can always use it. I can parachute me there. » Tocqueville, ou-es-tu ?

Radio Bisounours ou Beauvau ?

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Ce matin, disons en fin de matinée, j’écoutais « Le fou du roi » de Stéphane Bern en faisant ma gym. Ou disons que je faisais ma gym en écoutant Stéphane Bern et sa joyeuse troupe – très bons pour les abdos. Il est vrai qu’il a un peu trop tendance à aimer tous ses invités et tout ce qu’ils font. Mais, bon dans le genre promo qui n’en a pas l’air, il s’en tire vraiment bien. Et puis, je lui serai éternellement reconnaissante pour mes cuisses de bronze.

Et voilà qu’à midi moins cinq, quasiment au milieu d’une phrase, le maître des lieux dont l’exquise urbanité est pourtant connue (je ne blague pas, en plus, il cause français comme une église comme disait une de mes copines) interrompt son invité, le commissaire Régnier ou Moulin je n’ai pas bien compris, dont les confessions machistes me mettaient en joie. « Nous devons rendre l’antenne pour un flash spécial de la rédaction », a dit Bern, la voix à peine un peu fébrile. Peut-être pensait-il à la même chose que moi.

Pendant les quelques secondes qui ont suivi, je me suis retrouvée plus de trente ans en arrière. Le coup de la madeleine, quoi. J’avais dix ans et ce 2 avril 1974 je regardais un film à la télé – était-elle encore en noir et blanc ? Est-ce parce que ça n’arrivait pas très souvent ou à cause de la solennité de l’événement, mais je me souviens (ou crois me souvenir) du film qui s’appelait L’homme de Kiev et avait quelque chose à voir avec la dissidence. Je me souviens de l’interruption, peut-être des zébrures sur l’écran pas franchement plat. « Le président Pompidou est mort », sans doute suivi (là j’invente un peu) du programme « musique classique et recueillement pour tout le monde ». Le genre de trucs qui ferait bien rigoler aujourd’hui. Mes parents, eux, s’en sont tirés avec une séance de questions pénibles et opiniâtres sur ce machin appelé « mort ».

Voilà donc ce qui m’a traversé l’esprit ce matin. Qu’allait-on nous annoncer ? Qui était mort ? Journaleuse en diable, j’ai bondi, prête à réagir et à envoyer les vaillantes hordes de Causeur sur la piste du scoop. Et puis, au lancement de ce flash spécial, j’ai compris que la nouvelle venait de la cour de l’Elysée et là j’ai pensé « remaniement », et presqu’en même temps, qu’une info de ce tonneau-là méritait peut-être l’interruption des programmes de France Inter mais, malheureusement, pas celle de ma séance de torture. Eh bien, je me trompais. Parce qu’il valait son pesant d’âneries le « flash spécial ». Cramponnez-vous à vos sièges : si la rédaction de France Inter a jugé bon de faire taire, cinq minutes avant midi, le roi et ses fous, c’était pour que la France entière puisse apprendre sans délai que Michèle Alliot-Marie avait annoncé à la fin du Conseil des ministres que le bébé enlevé dans une maternité d’Orthez (ou Rodez ?) avait été retrouvé et qu’elle en était très heureuse ! Je n’ai pas bien compris ce qui nous avait valu ce « flash spécial », le retrouvage du bébé ou l’intervention de sainte-MAM-notre-mère-à-tous (vous remarquerez que j’ai évité Sainte MAM, elle), tant ces deux informations apparaissent également de nature à bouleverser nos existences et peut-être notre vision du monde. Et moi, j’en ai eu trois pour le prix de deux parce que j’ignorais tout de la disparition du nourrisson (si jeune, sont-ce vraiment des êtres humains[1. C’est une blague ! Pitié !] ?). L’excellent Miclo me souffle que cet événement cosmique a été l’occasion d’une charmante coproduction médias-gouvernement autour du plan « mioches en goguette », pardon de « l’alerte enlèvements », genre grâce-à-vous-tout-peut-changer. Si on était à la radio, je vous ferais Claire Chazal.

Ce matin, on n’en était plus à « l’alerte enlèvements » mais au sauvetage du divin enfant. Et je me demanderai longtemps qui, à la rédaction de France Inter, a pris la savoureuse décision de tout arrêter pour nous faire communier dans la joie de l’événement, amen. Mais c’est sûr : il existe quelque part dans le seizième arrondissement de Paris, un cerveau dans lequel le mot « enfant » ou peut-être « bébé » a immédiatement brouillé toutes les connections – et je ne voudrais pas la ramener exagérément mais c’est la confirmation expérimentale d’une idée que j’ai lancée dans un précédent papier. « Bébé retrouvé !? On arrête tout ! » Je suppose que dans ce cerveau s’est aussi interposée l’image de concurrents réels ou supposés qui n’allaient pas avoir de scrupules et qu’il fallait pas se faire griller. Et peut-être qu’en prime quelqu’un a voulu faire plaisir à MAM (encore que ce serait assez surprenant). Elle a eu bien raison de ne pas bouder le sien. C’est tout de même plus amusant d’annoncer que la petite Laguna a été rendue à l’affection des siens (sans avoir subi de violences sexuelles) que de justifier le peu de doigté des flics du Raincy.

Allez, je vous rassure : j’ai fini ma gym.

Les fables de Lafontaine

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Ça va mal pour Angela Merkel. La gauche lui tape dessus, la droite lui tape dessus, les verts lui tapent dessus, la presse lui tape dessus, les grands patrons lui tapent dessus, Sarkozy lui tape dessus, enfin sur les nerfs, mais c’est pareil… Ce n’est plus une chancelière, mais un djembé. La femme la plus battue d’Allemagne mérite pourtant du Vaterland : alors que le monde entier s’enlise dans une crise économique qui ne fait pourtant que commencer, Angie se démène pour relancer le commerce extérieur du pays.

Pour tout vous avouer, j’ai voté SPD en 2005, mais je dois admettre qu’Angie s’en tire plutôt pas mal. Certes, les esprits chagrins maugréeront qu’elle n’est pas parvenue à tripler les exportations de machines-outils vers la Chine ni à multiplier par dix les ventes extérieures de Jägermeister[1. Liqueur à base d’un savant mélange de plantes que seule une autopsie peut éventuellement parvenir à lister.] vers l’Autriche et le Liechtenstein. Mais elle a fait mieux encore ! Elle est parvenue à exporter ce que nous avions en Allemagne de plus inexportable : l’oskarlafontaine !

Ne demandez pas à quoi sert un oskarlafontaine. Personne ne saura vous répondre. C’est le schmilblick perpétuel de la politique allemande et certains sont morts sans avoir pu en maîtriser l’usage. C’est ce qui est arrivé au regretté Willy Brandt à la fin des années 1980. Notre ancien chancelier s’était mis une idée en tête : « C’est pas possible qu’un truc comme ça n’ait aucune utilité. Il y a des ingénieurs qui ont réfléchi au modèle pendant des années, ont fait des plans, avant de lancer la production. L’oskarlafontaine doit bien servir à quelque chose. » Brandt a voulu installer le bidule à la tête du SPD, mais rien à faire : l’oskarlafontaine refusa, prétextant qu’il ne servait à rien, qu’il en était content et qu’il entendait bien continuer sur cette voie.

Nous ne sommes donc pas peu fiers que notre chancelière ait pu exporter en France l’oskarlafontaine. Il faut reconnaître que l’acquéreur n’était pas très regardant : ce qu’il lui fallait c’était un homme politique européen de gauche en état de marche, alors un allemand ou autre chose… Pourtant, Jean-Luc Mélenchon aurait dû y regarder à deux fois avant d’accepter la camelote qu’on lui refilait. Je ne veux pas trahir les intérêts supérieurs de mon pays en dénigrant le machin made in Germany qu’on vient de vous refourguer, mais l’oskarlafontaine c’est pas le meilleur truc pour gagner des élections. Pour les faire perdre, c’est une autre affaire, il ne se débrouille pas si mal que ça : il suffit de demander à Gerhard Schröder ce qu’il en pense. Si réellement vous avez l’intention de lui poser la question, essayer de garder une distance suffisante. Je dis ça pour votre sécurité.

N’empêche, si le jeanlucmelenchon fonctionne aussi bien pour la gauche française que l’oskarlafontaine marche pour la gauche allemande, les députés de droite peuvent se faire graver des ronds de serviette à la cantine de l’Assemblée nationale : ils y sont pour un sacré bout de temps. Je me demande même si Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas mieux fait de s’en tenir à la doctrine Chevènement : « Allemand ? Méfiance. »

C’est certain, je suis très partiale et même injuste. Mais il faut dire que l’oskarlafontaine n’y met pas non plus du sien : internationaliste quand ça lui chante, il a dirigé la Sarre, dont il a été pendant quinze ans le Ministre Président, en petit roitelet : on le vit même un jour prendre un décret pour empêcher la diffusion d’un reportage le concernant, avant de modifier le droit de la presse dans son Land… Les journaux s’étaient vus alors infliger l’obligation de publier les droits de réponse, sans les commenter ni avoir la faculté de revenir sur l’affaire abordée.

Ajoutez à cela que cet actuel eurosceptique se posait au début des années 1990 en défendeur de « l’esprit fédéral européen » pour s’opposer à la réunification allemande, et vous aurez tout compris à ce personnage extravagant qui proclamait « la fin de l’Etat-nation » et rêvait d’une RDA indépendante au sein d’une grande Europe…

Avec un tel parrain, le parti de Gauche est mal parti. Parrain, non ! C’est une erreur de frappe, je n’ai pas employé le mot. Parler des relations d’un homme politique avec le milieu, c’est moyen. Et puis, je ne voudrais pas qu’il m’advienne ce qui est advenu à mon collègue de Panorama lorsqu’il s’avisa d’évoquer les sujets qui fâchent… L’oskarlafontaine serait bien capable de faire promulguer un décret pour interdire la diffusion de causeur en Sarre (si ça ne marche pas, il fera interdire Internet dans tout le Land) ou de me bannir à vie de Saarbrücken. Et ça, ce serait très cruel : le frère de Patricia Kaas y a justement ouvert récemment une boite de nuit où quelques fans, alignés au bar, les yeux éteints devant leur verre, touillent leur cocktail en attendant la venue d’une idole qui ne vient pas. Il y en a toujours qui croiront aux fables. Même à celles de Lafontaine.

L’Apocalypse, stade suprême du capitalisme

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Demi-tour, camarade ! La fin du monde est devant toi… Jérôme Leroy ne manque pas d’air. Ce prof récemment défroqué « pour se consacrer à la littérature, l’alcoolisme et le mauvais esprit » s’attaque ici à un sujet tellement balisé qu’il a engendré un genre à part entière – et pas toujours pour le meilleur… Mais si la qualité d’un roman apocalyptique se mesure à l’aune de l’angoisse qu’il suscite chez ses lecteurs, alors La minute prescrite pour l’assaut (titre extrait d’un vers d’Apollinaire) est une pleine réussite. Le monde en perdition de Leroy, ravagé par la maladie, la folie, l’avidité et la guerre nous fait peur parce qu’il fait salement penser au nôtre. Tout est vraisemblable ; tout est déjà presque vrai.

Drôle de zigue ! Si le sens des mots ne s’était perdu dans le brouillard sémantique de l’époque, on dirait volontiers de cet amateur de langue classique et de pop déjantée, lecteur de Philippe Muray, Léon Bloy et Karl Marx, qu’il est réactionnaire. N’a-t-il pas signé, il y a quelques années, de fort réjouissants articles dans Immédiatement, étonnante revue « monarchiste tendance Chevènement » où j’eus moi-même le bonheur de sévir?

Cela n’empêche pas Jérôme Leroy de souffrir de fortes pulsions révolutionnaires qu’il se refuse obstinément à soigner. Ainsi appartient-il encore et toujours à cette espèce menacée (et même pas protégée !) que constituent les communistes-maintenus. Question d’élégance – on sombre avec les siens. Car l’ami Leroy ne se la raconte pas, pas trop, et encore moins à nous : pas d’avenir radieux en perspective, encore moins d’au-delà. Après la chute finale, ni résurrection, ni rédemption, ni trampoline, rien !

Leroy n’invente pas ; il se contente de pousser l’époque dans ses retranchements « pour en libérer toutes les potentialités », comme on dit. Catastrophes écologiques en chaîne, terrorisme nucléaire, villes anéanties, englouties, désertées, exodes massifs, disparition de la loi, fragmentation des territoires : il suffirait que toutes ces bombes à retardement explosent simultanément pour que l’existence devienne, comme dans le livre, une fuite éperdue vers nulle part.

Un virus nouveau et intéressant ramène le redoutable Ebola au rang d’aimable grippe. Des enfants rendus fous par un jeu vidéo se muent en tueurs en série. Des flics surarmés instaurent une terreur d’Etat. À Oissel, près de Rouen, des insurgés établissent une république islamique. Et dans la périphérie de Roubaix les « quartiers chauds », devenus autonomes, sont livrés à la loi de barbus qui s’empressent d’imposer la burqa aux femmes et de trancher la main des voleurs.

Ce n’est pas pareil, dira-t-on. De fait, ce n’est jamais pareil. Les « Zatoc » (Zones d’autonomie temporaire d’organisation communautaire) du roman n’ont rien à voir avec la ZEP de Roubaix où Jérôme Leroy a enseigné durant 18 ans. Ce monde rendu fou par la consommation et le profit, ce monde « de halls d’aéroports, de galeries marchandes pour peuples sans mémoire » n’est pas celui où, malgré tout, nous continuons à vivre. C’est juste la porte à côté.

Dans ce chaos où les humains retournent vers l’animalité en ordre dispersé, les héros de Leroy se repèrent aisément : ils lisent de vieux livres, aiment le bon vin, l’amour et les longues discussions (bref, des survivants de l’ancien monde). Il est fort tentant de se reconnaître en eux. Tentant, et illusoire : comment résister quand on patauge dans un « blob » intellectuel où tout le monde se dit – voire se croit – résistant ?

Après nous avoir minutieusement désespérés, Jérôme Leroy aurait pu se dispenser de lancer à ses lecteurs, in fine, cette bouée-canard qui ne les sauvera pas du naufrage général. Mieux vaut regarder la réalité en face : ces post-humains qui ont réinstauré la loi de la jungle, c’est nous.

La Minute prescrite pour l'assaut

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Victoria Silvstedt, première dans un fauteuil

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Un ami belge m’a envoyé cette pub. Funny, isn’t it ?

Comment se faire trente millions d’ennemis ?

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Peut-être ai-je eu tort de vous parler de moi et mon chien, de moi et les femmes, et de moi et moi. Peut-être aurais-je dû, comme certains de vos commentaires m’y ont invité être plus précis, plus honnête ou plus absent.

Peut-être aurais-je dû préciser que mon chien, un bâtard qui n’effraie même pas les chats, dort sur son canapé la plupart du temps, marche jusqu’à la route devant mon atelier et, comme il ne se passe rien, revient se coucher. Nous vivons à la campagne, il n’y a même pas de trottoir. Ce jour-là, alors qu’il traînait dehors pendant que je bossais, une employée de la SPA est passée par là, par hasard, pas du tout alertée par une plainte. De toutes façons, qui se serait plaint, et de quoi ? Ce n’est pas le genre des manouches qui vivent à deux pas d’appeler les flics. Donc, la voiture s’arrête, le chien renifle une odeur femelle, monte avec la fille et se barre. Pas partageur, le corniaud. Et après, c’est moi qui me fait engueuler. Voilà pour la précision.

Quant à l’honnêteté, peut-être aurais-je aussi dû rappeler qu’il convient d’observer des codes, des lois, pour une bonne cohabitation des hommes avec les animaux, des hommes entre eux, et même des hommes avec les femmes. D’ailleurs, quand il m’arrive d’emmener mon chien en ville, il a droit à sa laisse, comme je change de chaussures. Nous savons aussi être urbains.

À partir de là, ceux qui s’intéressent seulement aux histoires de chiens peuvent aller se balader sur www.30millionsdamis.fr. Les mêmes commentaires peuvent remarcher.

J’aurais pu aussi tenter de philosopher sur la difficulté de trouver un équilibre entre nos besoins de liberté et de sécurité. Nous aspirons individuellement et collectivement à l’une et à l’autre. On peut accumuler les interdits, les principes de précaution, limiter les risques partout et toujours plus, mais on réduit forcément le champ du possible. On se rapprocherait sans doute du zéro mort sur les routes en limitant partout la vitesse à 30 km/h mais on crèverait d’ennui en conduisant.

J’aurais pu également insister sur les savoureuses complications qui apparaissent quand le conflit évoqué plus haut éclate entre un homme et une femme. Là, il convient de prendre quelques pincettes. Je sais bien que dans la vraie vie, les femmes ne décorent pas toujours la niche pendant que les hommes partent à l’aventure. Et l’idée que le masculin incarne plutôt le dehors et le féminin le dedans, enfin tous ces vieux trucs anthropologiques qui ont façonné l’espèce, ne nous destinent pas à être tout l’un ou tout l’autre. Le guerrier opposé à la gardienne du foyer, ça ne marche pas absolument, il suffit de comparer Elisabeth Lévy à mon facteur pour en être convaincu.

Pourtant je ne peux m’empêcher de voir, dans le conflit entre sécurité et liberté, une trace de celui qui oppose les hommes aux femmes. Dans notre façon d’éduquer nos gosses ou nos chiens, nous nous comportons plutôt en mâles ou plutôt en femelles. Ok, il y a aussi des papas-poules et des mères frivoles, mais ils ne sont pas la généralité de l’espèce.

On peut également distinguer les comportements sexuels des hommes des comportements amoureux des femmes simplement en regardant autour de soi. Les femmes veulent un protecteur et un séducteur, un type qui les surprenne et n’oublie jamais leur anniversaire, un aventurier fidèle, un Indiana Jones qui rentre à la maison tous les soirs et les amène voir « Picasso et les maîtres ». Et bien sûr qui leur parle. Nous, nous on veut juste baiser. Evidemment, j’observe là des tendances ancestrales et chacun en fait ce qu’il en veut. Et puis dans la vie, on négocie, on trouve des compromis et tout le charme est là.

J’aurais encore pu dire que cette brave dame de la SPA et moi, dans un échange de cinq minutes, aussi éloignés l’un de l’autre par notre culture que par nos natures, nous avons pris un raccourci vertigineux vers l’inéluctable fracture.

Mais bon, j’ai envoyé mon texte à Marc Cohen et Elisabeth Lévy qui, après avoir arasé un tenon qui dépassait de l’assemblage (que ceux et celles qui veulent en savoir plus commencent par me signer une décharge pour la Halde), ont pensé que ce récit serait plus digeste qu’un long discours et que l’historiette valait bien un billet. Merci chaleureusement à tous ceux qui ont apprécié la friandise. Merci aussi aux autres pour qui, c’est juré, on ajoutera la prochaine fois des sous-titres et un rectangle blanc, et s’il le faut, une muselière au chien, ainsi qu’au maître.

Les « Infiltrés » : haut les masques !

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Plutôt distrayante, la polémique “déontologique” déclenchée dans le microcosme médiatique par “Les Infiltrés”, le nouveau magazine de David Pujadas sur France 2.

Le principe de départ en est simple : “infiltrer”, précisément, un journaliste, muni d’une fausse identité et d’une caméra cachée, dans une entreprise ou une institution pour montrer ce qu’on souhaite à tout prix y dissimuler.

Problème : la charte des journalistes interdit, paraît-il, d’utiliser des moyens “déloyaux” pour obtenir des infos. Mais où commence la déloyauté, et où s’arrête la complaisance ?

Il y a beau temps que les stars de la politique et du showbiz se plaignent des journalistes, ces “chiens” qui font mine d’être leurs amis pour mieux les démolir ensuite, au détour d’un article ou même dans un livre ad hoc. Mais ce genre de “trahison” ne choque guère, et pour cause : elle est bilatérale ! Le gazetier et son “sujet” savent fort bien tous deux à quel jeu ils jouent – et la parade de séduction est aussi sincère d’un côté que de l’autre.

Même les journalistes embedded, comme on dit maintenant – en français : embarqués dans la suite d’un politicien en campagne et traités comme des intimes – n’ignorent pas à quoi s’en tenir ; ou alors, ils auraient mieux fait de rester savetiers…

Dans notre feuilleton “Les Infiltrés”, dira-t-on, l’affaire est plus grave : seul le chat sait à quel jeu il joue avec la souris … Mais ne pleurons pas trop vite sur l’infortuné rongeur : lui aussi a eu le temps de s’adapter : la preuve, il a troqué de longtemps mentors et autres pères Joseph au profit “d’experts en communication”. Leur job ? Manipuler les manipulateurs, comme dirait Pasqua.

Depuis Séguéla, ces gens-là ne se cachent même plus d’être ce qu’ils sont : des spin doctors dont la mission consiste à masquer la réalité grâce au story-telling. En VF : des laveurs de cerveaux chargés de nous “raconter des histoires”. (Désolé pour l’abus de jargon anglo-saxon ; c’est que, comme souvent depuis deux ou trois siècles, la chose a débarqué chez nous avant le nom.)

Désormais, toutes les personnes physiques ou morales dignes de ce nom – à défaut de l’adjectif – peuvent se payer les services de ce genre d’illusionnistes. Un journaliste “à l’ancienne” se trouverait fort dépourvu, avec sa lourde carapace déontologique, pour affronter un tel progrès ! Comment débusquer la vérité, à travers le plaisant rideau de fumée parfumée dont elle est enveloppée ?

Je les entends d’ici, les sirènes de ces grands communicants : “Pourquoi ne pas travailler en bonne intelligence ? Nous avons tellement d’intérêts en commun, n’est-ce pas ? Et puis d’ailleurs, nos comptes sont clairs ; nous n’avons rien à cacher… La preuve : je vais vous les montrer moi-même, nos coulisses ! Parce que je vous aime bien …”

Face à ce genre d’hypnose, un Tintin-reporter digne de ce nom n’a qu’une alternative : trahir sa “déontologie”, ou changer de camp (Il y a des exemples…)

“Donnez-moi un masque, et je vous dirai la vérité”, écrivait Oscar Wilde. En l’occurrence le pauvre journaliste, invité à ce genre de bal masqué, ne saurait faire correctement son métier qu’en chaussant un loup à son tour. “Larvatus prodeo”, comme disait Descartes.

Il y a une trentaine d’années, un journaliste allemand nommé Gunther Walraff s’était fait une tête de Turc juste pour mesurer in vivo le taux de xénophobie chez les Boches. Résultat décevant : on apprit essentiellement, au terme de cette ébouriffante enquête, que les Turcs se sentaient turcs et les Allemands plutôt allemands…

Voici quelque dix ans de cela, une journaliste nommée Anne Tristan s’était fait passer six mois durant pour une adhérente du Front National. Son but ? Montrer de l’intérieur la terrible réalité du FN !

A l’époque, il ne s’était trouvé personne pour protester contre une telle méthode. Mais laissez donc l’oncle Paul resituer pour vous le contexte : dans ces années noires (1984-2007), tous les moyens étaient légitimes pour combattre le FN, puisqu’il menaçait la démocratie – et par la voie du suffrage universel, en plus !

Aujourd’hui, qui penserait encore à s’introduire par effraction dans ce “Grand Corps Malade” qu’est devenu le FN ? (Sans parler du PC, petit cadavre à la renverse…)

Mais le modèle de “déloyauté” journalistique vient de plus loin. Albert Londres fut le premier à trahir le serment d’Hypocrite de sa profession ambiguë : pour voler au-dessus du nid de coucous de la psychiatrie des années 20, le fourbe n’avait-il pas dissimulé son état civil et mental ?

Le premier sujet abordé par nos “Infiltrés” n’était guère éloigné : la maltraitance dans une maison de retraite ordinaire. Une telle enquête, d’utilité publique, justifiait à l’évidence le recours à ce procédé. Sans sa blouse “d’aide-soignante”, jamais la journaliste n’aurait pu montrer le cauchemar quotidien que vivent ces “résidents” victimes en permanence de négligences, d’humiliations, voire de sévices. Manque de moyens, d’hygiène, de personnel compétent – et même de simple compassion : l’horreur est humaine…

Toutes choses égales par ailleurs, nos “Barbares” – qui ne connaissaient même pas la Déclaration universelle des droits de l’homme ! – traitaient souvent mieux leurs anciens que ne le font nos Modernes…

A coup sûr les sujets annoncés pour les prochains numéros de l’émission justifient un tel procédé. Comment filmer “dans la transparence” le travail au noir, ou le quotidien d’une secte ?

L’urgence était moins évidente l’autre mercredi. Pour leur deuxième épisode, “Les Infiltrés” avaient choisi de prendre au piège de ses propres pratiques un hebdo people (Closer en l’occurrence). A quoi bon ? Nul n’imagine que des “enquêteurs” en quête de bourrelets et d’infidélités sont allés poser directement la question à l’intéressé(e) !

Aussi bien n’a-t-on pas appris grand chose ce soir-là (surtout moi !) Sauf peut-être dans le débat sur “l’arroseur arrosé”, où la rédactrice en chef du magazine incriminé a tenu bon sous une mitraille convenue. Mais, vous savez ce que c’est : question Audimat, “Les dessous de la presse people”, ça marche quand même mieux que “les nouvelles filières de l’immigration clandestine”, bizarrement…

Photo de une : David Pujadas, par Ksenia B, flickr.com

L’homo n’en a pas

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Mary Robinson (illustre lectrice de Vendredi) n’est pas contente et l’a fait savoir lundi à Nicolas Sarkozy qui célébrait à l’Elysée le 60e anniversaire de la déclaration des droits de l’Homme. L’ancienne présidente irlandaise ne goûte guère le vice des Français à utiliser le terme « droits de l’Homme » en lieu et place de « droits humains » – expression bien plus « moderne », dit-elle, puisque directement traduite de l’anglais. Cependant, c’est une faute contre la langue et la logique qu’elle commet là : en français, l’homme descend du latin homo et n’a pas forcément de couilles. Et si jamais il en avait, on ne se contenterait pas de l’appeler mon oncle mais l’adjectif humain qui en dérive en aurait aussi… En avoir ou pas, c’est au fond la seule question qu’il faut se poser en matière de droits de l’Homme. Et ce n’est pas Rama Yade qui dira pas le contraire.

Merde aux générations futures

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Au siècle dernier, lors d’une session du Parlement européen, une députée verte allemande retourne à son banc après voir gratifié ses collègues d’un sermon moralisateur sur l’irresponsabilité des gouvernements puisant sans mesure dans les ressources naturelles de la planète. « Vous hypothéquez l’avenir des générations futures ! », s’est-elle exclamée avec une véhémence telle que l’on s’était cru à Bayreuth au moment de l’irruption des Walkyries sur la scène du Festspielhaus. C’est alors qu’un député conservateur britannique chargé d’ans et d’expérience se lève et demande la parole au président, qui la lui accorde : « Hum! hum… (l’orateur s’éclaircit la voix) j’ai écouté avec attention et intérêt l’intervention de mon estimée collègue du groupe des Verts. Il serait donc, selon elle, nécessaire que nous fassions des sacrifices au profit des générations futures. Alors moi, monsieur le président et chers collègues, je vous pose la question : qu’ont-elles fait pour nous, ces générations futures, qui puisse justifier ces sacrifices ? » Tollé de protestations sur les bancs écolos et franche rigolade sur les autres.

Le chantage aux générations futures que notre goinfrerie énergétique, nos émissions inconsidérées de CO2 et notre perversité technologique (OGM) priveraient d’une qualité de vie acceptable sur la planète fait désormais partie de la rhétorique des écolos de tout poil.

Le racolage électoral par injections répétées de mauvaise conscience dans les neurones des citoyens de nos pays démocratiques est désormais pratiqué à grande échelle. Il ne suffit plus de se proclamer défenseur des intérêts des pauvres, des femmes, des enfants ou des vieillards pour solliciter les suffrages du peuple. Sur un mode subliminal mais ferme, les démagogues de l’écologie militante menacent des flammes de l’enfer éternel ceux qui auront égoïstement accaparé à leur profit les biens que la nature à mis à leur disposition : l’air, l’eau, le pétrole et autres richesses naturelles que le génie des générations précédentes avait su découvrir, utiliser, mettre en valeur.

On ne cesse de répéter la plus stupide des maximes « cette terre ne nous appartient pas, nous l’empruntons à nos enfants », pour rajouter une couche de culpabilité aux hédonistes qui parcourent la planète en jet, roulent en 4X4, et ne voient aucun inconvénient à ce que le maïs transgénique contribue à la lutte contre les famines en Afrique… Mais si ! ballots, cette terre nous appartient, comme elle appartiendra à nos descendants qui trouveront les moyens de remplacer les matières premières épuisées, comme cela s’est toujours produit dans le passé : la pénurie de bois a engendré l’utilisation du charbon, auquel se sont substitués le pétrole et l’énergie nucléaire et ainsi de suite !

Les générations futures bénéficieront des investissements que les pauvres couillons des générations présentes ont consacré à scruter l’infiniment grand et l’infiniment petit afin d’y trouver quelques pépites à l’usage de leurs rejetons.

Les générations futures profiteront, dans nos contrées européennes, des conséquences d’une période de paix et de prospérité d’une durée inégalée dans l’histoire moderne, permettant une accumulation de capital collectif et familial dont notre génération a été dépourvue.

Ah, mais, objectera-t-on, quid du réchauffement climatique, que presque tous les savants imputent, pour une part, à l’activité humaine ?

Sans entrer dans les querelles scientifiques qui portent sur la plus ou moins grande influence des hommes dans le cycle de réchauffement, on peut tout de même observer que l’humanité n’est pas égale face à cette question. Il est pour le moins délicat de forcer les pays émergents à renoncer au développement économique et industriel au motif que nos arrière petits-enfants pourraient être privés de l’enneigement dont jouit actuellement la charmante station de Megève. Il n’est pas « irresponsable » de considérer les choses comme inéluctables quand il est don quichottesque de vouloir s’y opposer à tout prix, comme nous y invitent les Bové, Mamère et Cohn-Bendit.

Personnellement, je n’ai pour les générations futures aucune sympathie ni inimitié, pour la bonne raison que je n’en connais aucun représentant me permettant de me forger une opinion à son sujet. J’ai, en revanche, le plus grand mépris pour ces membres des générations présentes, tuteurs autoproclamés de ceux qui seront amenés à assumer le destin de l’espèce dans les siècles à venir. Qu’on leur lâche une bonne fois la grappe, à ces générations futures, et qu’on les crédite d’au moins autant d’intelligence, d’astuce et de savoir-faire que leur glorieux ancêtres !

Bakchich : quand Fontenelle déraille

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Au déclenchement de l’affaire de Filippis, quelques-uns de mes camarades internautes ou blogueurs se sont étonnés de l’absence totale de réaction à chaud de Bakchich, alors même que la grande presse commençait à en parler, et que tout le web sarkophobe était déjà vent debout contre la juge Josié. Un étonnement certes compréhensible puisque cette affaire mêlant politique, police, justice et liberté de la presse était a priori pile-poil au cœur de la zone de chalandise de Bakchich, site dont on apprend sur la page d’accueil qu’il est spécialisé en « Informations, enquêtes et mauvais esprit » et qui était jusque-là spécialisé dans la recension exhaustive des brutalités policières et bavures judiciaires. Néanmoins, pour ma part, je mettais plutôt ce mutisme sur le compte du week-end, qui, dans ma vision du monde, est essentiellement fait pour boire, écouter du rock n’ roll, aller troller les sites des copains ou compter fleurette à qui de droit. (En vérité, je pense que le reste de la semaine devrait être aussi consacré au même type d’activités, mais il semble que la plupart des humains en soient privés pour une obscure affaire de péché originel.) N’empêche, ce silence commençait à faire beaucoup de bruit dans la gauchosphère.

Heureusement, le site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit » a fini par évoquer l’affaire, le lundi 1er décembre, sous la plume de l’un de ses contributeurs réguliers, mon excellent confrère Sébastien Fontenelle. Voilà qui aurait dû réjouir les bakchichonautes, tant les écrits circonstanciés de Sébastien Fontenelle contre la police, les flics, les forces de l’ordre, la maréchaussée ou encore les condés (et même les keufs !) font la joie des amateurs du genre, sans parler de tous ceux qu’enchante le seul phrasé inimitable de sa prose post-rimbaldienne.

Las ! Dans ce billet intitulé Vittorio de Filippis déraille ? Sébastien Fontenelle se contente de ricaner sur l’indignation provoquée par l’affaire. Le texte commençait ainsi : « Le big boss de Libération (poils (de barbiche) au menton), Laurent Joffrin, n’est pas content : un salarié de son quotidien burlesque, Vittorio de Filippis, a été quelque peu rudoyé par des keufs de la Seine-Saint-Denis. » Tout le reste du billet, poil au pied, était à l’avenant. Humour compris, poil au zizi.

Certains lecteurs de Bakchich ont trouvé que cet article signait un abandon de poste, voire un coup de couteau dans le dos. Certains parmi ces certains allaient encore plus loin dans leurs commentaires, imputant carrément la ligne de Bakchich au fait que Xavier Niel, de Free, (qui est à l’origine de la plainte en diffamation contre Libé qui a dégénéré en affaire de Filippis) est également actionnaire du site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit ». Ce que pour ma part, j’ignorais complètement. Et qui d’ailleurs ne me dérange absolument pas. Je ne suis plus gauchiste et je pense qu’il est parfaitement normal d’aller chercher son capital chez les capitalistes.

Comme je ne vais pas non plus écouter aux portes, je n’ai pas la moindre idée quant à d’éventuelles pressions de Xavier Niel sur Bakchich, ou d’un renvoi d’ascenseur du site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit » à son actionnaire. Bref tout ça ne me dérange pas, ou plutôt ne me dérangerait pas si ça avait existé. Car en l’état actuel des faits, je le redis, rien ne permet de supposer que la qualité d’actionnaire de Xavier Niel ait pesé sur l’attitude de Bakchich. Faute de disposer du moindre élément pour étayer le contraire, nous continuerons de penser que cette affaire ne leur paraissait pas intéressante, ce qui est leur droit le plus absolu. Je n’aimerais pas que ces gens viennent nous dicter nos choix éditoriaux, la réciproque vaut.

Il faut croire que les lecteurs de Bakchich sont parfois moins larges d’esprit que moi, puisque après quelques réactions insinuantes au billet de Fontenelle, Laurent Léger, le rédacteur en chef du site, a jugé utile d’intervenir officiellement dans la discussion. Voici l’intégralité de son texte : « Désolé cher lecteur, mais il n’y a pas de complot Niel+Bakchich contre Libération et son ex-PDG. Que Xavier Niel – qui est en effet actionnaire de Bakchich – porte plainte pour diffamation, c’est son droit. Chaque jour des plaintes pour diffamation sont déposées dans les tribunaux contre des journaux. Mais Xavier Niel n’a pas la maîtrise de la police et de la justice. C’est en l’occurrence la juge Muriel Josié qui a signé le mandat d’amener, et ce sont les policiers qui se sont permis les dérapages que l’on sait contre Vittorio de Filippis. » Dérapages que l’on sait, certes, cher Laurent, certes, mais pas grâce à Bakchich, qui n’en avait absolument rien dit. Fin de persiflage, je rends l’antenne à Laurent Léger qui, avant de conclure par les remerciements d’usage aux lecteurs, jugeait indispensable d’ajouter une ultime (et fatale) mise au point : « Et, si cela peut vous rassurer, Xavier Niel a encore moins la maîtrise de la plume de notre collaborateur-blogueur Sébastien Fontenelle ! »

Franchement Laurent Léger, là, vous exagérez : prendre la peine de nier une telle sujétion de votre « collaborateur-blogueur Sébastien Fontenelle » à un grand capitaliste, c’est suggérer qu’on aurait pu le penser, et ça, franchement, personne n’aurait osé. Tant qu’à faire, cher Laurent, pourquoi n’avoir pas pris la peine de préciser, pour plus de transparence, pour que chacun soit sûr de sa totale indépendance dans cette affaire, que Sébastien Fontenelle ne joue pas au foot le dimanche avec les flics du Raincy, qu’il n’est pas le partenaire de bridge habituel de la juge Muriel Josié ou encore qu’il n’est pas le papa du futur bébé de Rachida Dati ?

Bref, m’est avis, cher rédacteur en chef de Bakchich, que votre vibrante plaidoirie qui a un vague parfum de ce qu’on appelle déni – a mis votre collaborateur-blogueur dans une merde plus noire que celle où il s’était vautré tout seul comme un grand en moquant un citoyen victime de violence judiciaire. Déjà que ça ne doit pas être bien agréable pour lui que Laurent Léger révèle à tous ses camarades altermondialistes que lui, l’intrépide despérado du Grand soir, il collabore à un site financé par une des figures emblématiques de la Bourse de Paris.

M’est avis qu’on ne reverra pas de sitôt l’ami Fontenelle dauber sur Vittorio de Filippis dans vos colonnes.

Pour tout dire, je crois qu’à l’heure qu’il est, l’irréductible anticapitaliste Sébastien Fontenelle a l’air un peu con. Désolé pour les amateurs « d’informations et d’enquêtes », ce n’est pas vraiment un scoop. Juste une litote.

De la voyoucratie en Amérique

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Quand le gouverneur d’Illinois a mis aux enchères le poste vacant de sénateur de l’Etat libéré par l’élection du sénateur Obama à la Maison Blanche, il n’y est pas allé par quatre chemin. Les enregistrements du FBI sont un document incroyable, qu’on croirait pompés dans un film de gangsters. Parmi une pléiade de perles, les deux citations suivantes sont particulièrement horripilantes, on vous les a laissées en VO (le résumé en VF est « ou ils sortent la thune de leur fouille, ou je garde le berlingot pour mézigue »). Imaginez-les dites par Edward G. Robonson: « Unless I get something real good I’ll just send myself, you know what I’m saying » et plus tard il ajoute : « I’ve got this thing and it’s golden, and, uh, uh, I’m not just giving it up for nothing. I’m not gonna do it. And, and I can always use it. I can parachute me there. » Tocqueville, ou-es-tu ?

Radio Bisounours ou Beauvau ?

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Ce matin, disons en fin de matinée, j’écoutais « Le fou du roi » de Stéphane Bern en faisant ma gym. Ou disons que je faisais ma gym en écoutant Stéphane Bern et sa joyeuse troupe – très bons pour les abdos. Il est vrai qu’il a un peu trop tendance à aimer tous ses invités et tout ce qu’ils font. Mais, bon dans le genre promo qui n’en a pas l’air, il s’en tire vraiment bien. Et puis, je lui serai éternellement reconnaissante pour mes cuisses de bronze.

Et voilà qu’à midi moins cinq, quasiment au milieu d’une phrase, le maître des lieux dont l’exquise urbanité est pourtant connue (je ne blague pas, en plus, il cause français comme une église comme disait une de mes copines) interrompt son invité, le commissaire Régnier ou Moulin je n’ai pas bien compris, dont les confessions machistes me mettaient en joie. « Nous devons rendre l’antenne pour un flash spécial de la rédaction », a dit Bern, la voix à peine un peu fébrile. Peut-être pensait-il à la même chose que moi.

Pendant les quelques secondes qui ont suivi, je me suis retrouvée plus de trente ans en arrière. Le coup de la madeleine, quoi. J’avais dix ans et ce 2 avril 1974 je regardais un film à la télé – était-elle encore en noir et blanc ? Est-ce parce que ça n’arrivait pas très souvent ou à cause de la solennité de l’événement, mais je me souviens (ou crois me souvenir) du film qui s’appelait L’homme de Kiev et avait quelque chose à voir avec la dissidence. Je me souviens de l’interruption, peut-être des zébrures sur l’écran pas franchement plat. « Le président Pompidou est mort », sans doute suivi (là j’invente un peu) du programme « musique classique et recueillement pour tout le monde ». Le genre de trucs qui ferait bien rigoler aujourd’hui. Mes parents, eux, s’en sont tirés avec une séance de questions pénibles et opiniâtres sur ce machin appelé « mort ».

Voilà donc ce qui m’a traversé l’esprit ce matin. Qu’allait-on nous annoncer ? Qui était mort ? Journaleuse en diable, j’ai bondi, prête à réagir et à envoyer les vaillantes hordes de Causeur sur la piste du scoop. Et puis, au lancement de ce flash spécial, j’ai compris que la nouvelle venait de la cour de l’Elysée et là j’ai pensé « remaniement », et presqu’en même temps, qu’une info de ce tonneau-là méritait peut-être l’interruption des programmes de France Inter mais, malheureusement, pas celle de ma séance de torture. Eh bien, je me trompais. Parce qu’il valait son pesant d’âneries le « flash spécial ». Cramponnez-vous à vos sièges : si la rédaction de France Inter a jugé bon de faire taire, cinq minutes avant midi, le roi et ses fous, c’était pour que la France entière puisse apprendre sans délai que Michèle Alliot-Marie avait annoncé à la fin du Conseil des ministres que le bébé enlevé dans une maternité d’Orthez (ou Rodez ?) avait été retrouvé et qu’elle en était très heureuse ! Je n’ai pas bien compris ce qui nous avait valu ce « flash spécial », le retrouvage du bébé ou l’intervention de sainte-MAM-notre-mère-à-tous (vous remarquerez que j’ai évité Sainte MAM, elle), tant ces deux informations apparaissent également de nature à bouleverser nos existences et peut-être notre vision du monde. Et moi, j’en ai eu trois pour le prix de deux parce que j’ignorais tout de la disparition du nourrisson (si jeune, sont-ce vraiment des êtres humains[1. C’est une blague ! Pitié !] ?). L’excellent Miclo me souffle que cet événement cosmique a été l’occasion d’une charmante coproduction médias-gouvernement autour du plan « mioches en goguette », pardon de « l’alerte enlèvements », genre grâce-à-vous-tout-peut-changer. Si on était à la radio, je vous ferais Claire Chazal.

Ce matin, on n’en était plus à « l’alerte enlèvements » mais au sauvetage du divin enfant. Et je me demanderai longtemps qui, à la rédaction de France Inter, a pris la savoureuse décision de tout arrêter pour nous faire communier dans la joie de l’événement, amen. Mais c’est sûr : il existe quelque part dans le seizième arrondissement de Paris, un cerveau dans lequel le mot « enfant » ou peut-être « bébé » a immédiatement brouillé toutes les connections – et je ne voudrais pas la ramener exagérément mais c’est la confirmation expérimentale d’une idée que j’ai lancée dans un précédent papier. « Bébé retrouvé !? On arrête tout ! » Je suppose que dans ce cerveau s’est aussi interposée l’image de concurrents réels ou supposés qui n’allaient pas avoir de scrupules et qu’il fallait pas se faire griller. Et peut-être qu’en prime quelqu’un a voulu faire plaisir à MAM (encore que ce serait assez surprenant). Elle a eu bien raison de ne pas bouder le sien. C’est tout de même plus amusant d’annoncer que la petite Laguna a été rendue à l’affection des siens (sans avoir subi de violences sexuelles) que de justifier le peu de doigté des flics du Raincy.

Allez, je vous rassure : j’ai fini ma gym.

Les fables de Lafontaine

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Ça va mal pour Angela Merkel. La gauche lui tape dessus, la droite lui tape dessus, les verts lui tapent dessus, la presse lui tape dessus, les grands patrons lui tapent dessus, Sarkozy lui tape dessus, enfin sur les nerfs, mais c’est pareil… Ce n’est plus une chancelière, mais un djembé. La femme la plus battue d’Allemagne mérite pourtant du Vaterland : alors que le monde entier s’enlise dans une crise économique qui ne fait pourtant que commencer, Angie se démène pour relancer le commerce extérieur du pays.

Pour tout vous avouer, j’ai voté SPD en 2005, mais je dois admettre qu’Angie s’en tire plutôt pas mal. Certes, les esprits chagrins maugréeront qu’elle n’est pas parvenue à tripler les exportations de machines-outils vers la Chine ni à multiplier par dix les ventes extérieures de Jägermeister[1. Liqueur à base d’un savant mélange de plantes que seule une autopsie peut éventuellement parvenir à lister.] vers l’Autriche et le Liechtenstein. Mais elle a fait mieux encore ! Elle est parvenue à exporter ce que nous avions en Allemagne de plus inexportable : l’oskarlafontaine !

Ne demandez pas à quoi sert un oskarlafontaine. Personne ne saura vous répondre. C’est le schmilblick perpétuel de la politique allemande et certains sont morts sans avoir pu en maîtriser l’usage. C’est ce qui est arrivé au regretté Willy Brandt à la fin des années 1980. Notre ancien chancelier s’était mis une idée en tête : « C’est pas possible qu’un truc comme ça n’ait aucune utilité. Il y a des ingénieurs qui ont réfléchi au modèle pendant des années, ont fait des plans, avant de lancer la production. L’oskarlafontaine doit bien servir à quelque chose. » Brandt a voulu installer le bidule à la tête du SPD, mais rien à faire : l’oskarlafontaine refusa, prétextant qu’il ne servait à rien, qu’il en était content et qu’il entendait bien continuer sur cette voie.

Nous ne sommes donc pas peu fiers que notre chancelière ait pu exporter en France l’oskarlafontaine. Il faut reconnaître que l’acquéreur n’était pas très regardant : ce qu’il lui fallait c’était un homme politique européen de gauche en état de marche, alors un allemand ou autre chose… Pourtant, Jean-Luc Mélenchon aurait dû y regarder à deux fois avant d’accepter la camelote qu’on lui refilait. Je ne veux pas trahir les intérêts supérieurs de mon pays en dénigrant le machin made in Germany qu’on vient de vous refourguer, mais l’oskarlafontaine c’est pas le meilleur truc pour gagner des élections. Pour les faire perdre, c’est une autre affaire, il ne se débrouille pas si mal que ça : il suffit de demander à Gerhard Schröder ce qu’il en pense. Si réellement vous avez l’intention de lui poser la question, essayer de garder une distance suffisante. Je dis ça pour votre sécurité.

N’empêche, si le jeanlucmelenchon fonctionne aussi bien pour la gauche française que l’oskarlafontaine marche pour la gauche allemande, les députés de droite peuvent se faire graver des ronds de serviette à la cantine de l’Assemblée nationale : ils y sont pour un sacré bout de temps. Je me demande même si Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas mieux fait de s’en tenir à la doctrine Chevènement : « Allemand ? Méfiance. »

C’est certain, je suis très partiale et même injuste. Mais il faut dire que l’oskarlafontaine n’y met pas non plus du sien : internationaliste quand ça lui chante, il a dirigé la Sarre, dont il a été pendant quinze ans le Ministre Président, en petit roitelet : on le vit même un jour prendre un décret pour empêcher la diffusion d’un reportage le concernant, avant de modifier le droit de la presse dans son Land… Les journaux s’étaient vus alors infliger l’obligation de publier les droits de réponse, sans les commenter ni avoir la faculté de revenir sur l’affaire abordée.

Ajoutez à cela que cet actuel eurosceptique se posait au début des années 1990 en défendeur de « l’esprit fédéral européen » pour s’opposer à la réunification allemande, et vous aurez tout compris à ce personnage extravagant qui proclamait « la fin de l’Etat-nation » et rêvait d’une RDA indépendante au sein d’une grande Europe…

Avec un tel parrain, le parti de Gauche est mal parti. Parrain, non ! C’est une erreur de frappe, je n’ai pas employé le mot. Parler des relations d’un homme politique avec le milieu, c’est moyen. Et puis, je ne voudrais pas qu’il m’advienne ce qui est advenu à mon collègue de Panorama lorsqu’il s’avisa d’évoquer les sujets qui fâchent… L’oskarlafontaine serait bien capable de faire promulguer un décret pour interdire la diffusion de causeur en Sarre (si ça ne marche pas, il fera interdire Internet dans tout le Land) ou de me bannir à vie de Saarbrücken. Et ça, ce serait très cruel : le frère de Patricia Kaas y a justement ouvert récemment une boite de nuit où quelques fans, alignés au bar, les yeux éteints devant leur verre, touillent leur cocktail en attendant la venue d’une idole qui ne vient pas. Il y en a toujours qui croiront aux fables. Même à celles de Lafontaine.

L’Apocalypse, stade suprême du capitalisme

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Demi-tour, camarade ! La fin du monde est devant toi… Jérôme Leroy ne manque pas d’air. Ce prof récemment défroqué « pour se consacrer à la littérature, l’alcoolisme et le mauvais esprit » s’attaque ici à un sujet tellement balisé qu’il a engendré un genre à part entière – et pas toujours pour le meilleur… Mais si la qualité d’un roman apocalyptique se mesure à l’aune de l’angoisse qu’il suscite chez ses lecteurs, alors La minute prescrite pour l’assaut (titre extrait d’un vers d’Apollinaire) est une pleine réussite. Le monde en perdition de Leroy, ravagé par la maladie, la folie, l’avidité et la guerre nous fait peur parce qu’il fait salement penser au nôtre. Tout est vraisemblable ; tout est déjà presque vrai.

Drôle de zigue ! Si le sens des mots ne s’était perdu dans le brouillard sémantique de l’époque, on dirait volontiers de cet amateur de langue classique et de pop déjantée, lecteur de Philippe Muray, Léon Bloy et Karl Marx, qu’il est réactionnaire. N’a-t-il pas signé, il y a quelques années, de fort réjouissants articles dans Immédiatement, étonnante revue « monarchiste tendance Chevènement » où j’eus moi-même le bonheur de sévir?

Cela n’empêche pas Jérôme Leroy de souffrir de fortes pulsions révolutionnaires qu’il se refuse obstinément à soigner. Ainsi appartient-il encore et toujours à cette espèce menacée (et même pas protégée !) que constituent les communistes-maintenus. Question d’élégance – on sombre avec les siens. Car l’ami Leroy ne se la raconte pas, pas trop, et encore moins à nous : pas d’avenir radieux en perspective, encore moins d’au-delà. Après la chute finale, ni résurrection, ni rédemption, ni trampoline, rien !

Leroy n’invente pas ; il se contente de pousser l’époque dans ses retranchements « pour en libérer toutes les potentialités », comme on dit. Catastrophes écologiques en chaîne, terrorisme nucléaire, villes anéanties, englouties, désertées, exodes massifs, disparition de la loi, fragmentation des territoires : il suffirait que toutes ces bombes à retardement explosent simultanément pour que l’existence devienne, comme dans le livre, une fuite éperdue vers nulle part.

Un virus nouveau et intéressant ramène le redoutable Ebola au rang d’aimable grippe. Des enfants rendus fous par un jeu vidéo se muent en tueurs en série. Des flics surarmés instaurent une terreur d’Etat. À Oissel, près de Rouen, des insurgés établissent une république islamique. Et dans la périphérie de Roubaix les « quartiers chauds », devenus autonomes, sont livrés à la loi de barbus qui s’empressent d’imposer la burqa aux femmes et de trancher la main des voleurs.

Ce n’est pas pareil, dira-t-on. De fait, ce n’est jamais pareil. Les « Zatoc » (Zones d’autonomie temporaire d’organisation communautaire) du roman n’ont rien à voir avec la ZEP de Roubaix où Jérôme Leroy a enseigné durant 18 ans. Ce monde rendu fou par la consommation et le profit, ce monde « de halls d’aéroports, de galeries marchandes pour peuples sans mémoire » n’est pas celui où, malgré tout, nous continuons à vivre. C’est juste la porte à côté.

Dans ce chaos où les humains retournent vers l’animalité en ordre dispersé, les héros de Leroy se repèrent aisément : ils lisent de vieux livres, aiment le bon vin, l’amour et les longues discussions (bref, des survivants de l’ancien monde). Il est fort tentant de se reconnaître en eux. Tentant, et illusoire : comment résister quand on patauge dans un « blob » intellectuel où tout le monde se dit – voire se croit – résistant ?

Après nous avoir minutieusement désespérés, Jérôme Leroy aurait pu se dispenser de lancer à ses lecteurs, in fine, cette bouée-canard qui ne les sauvera pas du naufrage général. Mieux vaut regarder la réalité en face : ces post-humains qui ont réinstauré la loi de la jungle, c’est nous.

La Minute prescrite pour l'assaut

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Victoria Silvstedt, première dans un fauteuil

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Un ami belge m’a envoyé cette pub. Funny, isn’t it ?

Comment se faire trente millions d’ennemis ?

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Peut-être ai-je eu tort de vous parler de moi et mon chien, de moi et les femmes, et de moi et moi. Peut-être aurais-je dû, comme certains de vos commentaires m’y ont invité être plus précis, plus honnête ou plus absent.

Peut-être aurais-je dû préciser que mon chien, un bâtard qui n’effraie même pas les chats, dort sur son canapé la plupart du temps, marche jusqu’à la route devant mon atelier et, comme il ne se passe rien, revient se coucher. Nous vivons à la campagne, il n’y a même pas de trottoir. Ce jour-là, alors qu’il traînait dehors pendant que je bossais, une employée de la SPA est passée par là, par hasard, pas du tout alertée par une plainte. De toutes façons, qui se serait plaint, et de quoi ? Ce n’est pas le genre des manouches qui vivent à deux pas d’appeler les flics. Donc, la voiture s’arrête, le chien renifle une odeur femelle, monte avec la fille et se barre. Pas partageur, le corniaud. Et après, c’est moi qui me fait engueuler. Voilà pour la précision.

Quant à l’honnêteté, peut-être aurais-je aussi dû rappeler qu’il convient d’observer des codes, des lois, pour une bonne cohabitation des hommes avec les animaux, des hommes entre eux, et même des hommes avec les femmes. D’ailleurs, quand il m’arrive d’emmener mon chien en ville, il a droit à sa laisse, comme je change de chaussures. Nous savons aussi être urbains.

À partir de là, ceux qui s’intéressent seulement aux histoires de chiens peuvent aller se balader sur www.30millionsdamis.fr. Les mêmes commentaires peuvent remarcher.

J’aurais pu aussi tenter de philosopher sur la difficulté de trouver un équilibre entre nos besoins de liberté et de sécurité. Nous aspirons individuellement et collectivement à l’une et à l’autre. On peut accumuler les interdits, les principes de précaution, limiter les risques partout et toujours plus, mais on réduit forcément le champ du possible. On se rapprocherait sans doute du zéro mort sur les routes en limitant partout la vitesse à 30 km/h mais on crèverait d’ennui en conduisant.

J’aurais pu également insister sur les savoureuses complications qui apparaissent quand le conflit évoqué plus haut éclate entre un homme et une femme. Là, il convient de prendre quelques pincettes. Je sais bien que dans la vraie vie, les femmes ne décorent pas toujours la niche pendant que les hommes partent à l’aventure. Et l’idée que le masculin incarne plutôt le dehors et le féminin le dedans, enfin tous ces vieux trucs anthropologiques qui ont façonné l’espèce, ne nous destinent pas à être tout l’un ou tout l’autre. Le guerrier opposé à la gardienne du foyer, ça ne marche pas absolument, il suffit de comparer Elisabeth Lévy à mon facteur pour en être convaincu.

Pourtant je ne peux m’empêcher de voir, dans le conflit entre sécurité et liberté, une trace de celui qui oppose les hommes aux femmes. Dans notre façon d’éduquer nos gosses ou nos chiens, nous nous comportons plutôt en mâles ou plutôt en femelles. Ok, il y a aussi des papas-poules et des mères frivoles, mais ils ne sont pas la généralité de l’espèce.

On peut également distinguer les comportements sexuels des hommes des comportements amoureux des femmes simplement en regardant autour de soi. Les femmes veulent un protecteur et un séducteur, un type qui les surprenne et n’oublie jamais leur anniversaire, un aventurier fidèle, un Indiana Jones qui rentre à la maison tous les soirs et les amène voir « Picasso et les maîtres ». Et bien sûr qui leur parle. Nous, nous on veut juste baiser. Evidemment, j’observe là des tendances ancestrales et chacun en fait ce qu’il en veut. Et puis dans la vie, on négocie, on trouve des compromis et tout le charme est là.

J’aurais encore pu dire que cette brave dame de la SPA et moi, dans un échange de cinq minutes, aussi éloignés l’un de l’autre par notre culture que par nos natures, nous avons pris un raccourci vertigineux vers l’inéluctable fracture.

Mais bon, j’ai envoyé mon texte à Marc Cohen et Elisabeth Lévy qui, après avoir arasé un tenon qui dépassait de l’assemblage (que ceux et celles qui veulent en savoir plus commencent par me signer une décharge pour la Halde), ont pensé que ce récit serait plus digeste qu’un long discours et que l’historiette valait bien un billet. Merci chaleureusement à tous ceux qui ont apprécié la friandise. Merci aussi aux autres pour qui, c’est juré, on ajoutera la prochaine fois des sous-titres et un rectangle blanc, et s’il le faut, une muselière au chien, ainsi qu’au maître.