André Santini, la candidature de trop? Le maire UDI, malade et hospitalisé, se présente alors qu’il apparait très affaibli. Constance Bensussan, secrétaire générale adjointe de l’Élysée, placée en sixième position sur sa liste malgré des liens limités avec la ville, apparaît comme une possible solution de succession orchestrée en coulisses…
« Issy l’audacieuse »… c’est ainsi qu’André Santini avait, au milieu des années 2000, surnommé la ville dont il était – déjà – maire depuis 1980. Une audace qui, à cette époque-là, s’était notamment traduite par une capacité inédite, et méritoire, à attirer dans cette commune limitrophe de Paris, un certain nombre de sièges sociaux des secteurs des médias ou de la communication, ainsi que par certaines outrances en matière architecturale, André Santini étant particulièrement friand d’architectes internationaux, dont la mégalomanie des projets n’avait d’égal que leur prix pharaonique.
La dette en augmentation
Longtemps, cette audace fut le fruit de l’autonomie fiscale des communes qui aida M. Santini à panacher intelligemment un euro d’impôt levé sur les entreprises, perçu au titre de la taxe professionnelle et un euro d’impôt perçu sur les particuliers, au titre de la taxe d’habitation. Grâce à ce combo gagnant, Issy-les-Moulineaux a su attirer les familles du 15e arrondissement tout proche et passer d’une population de 56 000 habitants en 2000 à 68 000 aujourd’hui. Las ! L’Etat, toujours soucieux de restreindre les libertés municipales, en démantelant la taxe professionnelle, puis en supprimant, en 2020, la taxe d’habitation, a fragilisé cet équilibre. Au point que la dette municipale par habitant est passée de 46 euros en 2020 à 140 en 2024, tendance qui s’est accompagnée de surcroît d’une hausse substantielle de la taxe foncière.
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C’est dans ce contexte que les 46 106 électeurs isséens renouvelleront leur Conseil municipal les 15 et 22 mars. Une élection qui pourrait être plus compliquée que prévu pour M. Santini, pourtant coutumier des scores de maréchal. Et c’est bien pour cette raison qu’il ose encore certaines audaces à commencer par celle, incompréhensible, de sa propre candidature. En effet, M. Santini, 85 ans au compteur, s’est ingénié à retarder au maximum une entrée en campagne qui en devient carrément suicidaire, pour lui comme pour ses amis de quarante ans. Le déclin d’André Santini, est déjà apparu au grand jour dans un article du Parisien en date du 6 février dont les photos ne sauraient guère tromper que ceux des Isséens qui veulent encore l’être. Les photos étaient tellement peu à l’avantage du maire sortant qu’on peut s’interroger. Ses adversaires, voire ses faux amis – et ils sont nombreux – auraient en effet voulu torpiller sa candidature qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Visiblement diminué, amaigri, M. Santini, d’ordinaire si bon vivant, était accompagné, lors de cet interview, de Gabriel Attal, dont on oublierait presque qu’il est le député du coin. Et André Santini de regretter à cette occasion que notre éphémère Premier ministre n’ait pas souhaité prendre sa succession à la mairie d’Issy Les Moulineaux. Quel cinglant désaveu pour sa propre majorité ! Il est vrai que cette dernière ne s’est jamais vraiment distinguée ni par sa cohésion, ni par des compétences d’autant moins brillantes qu’André Santini était allé les chercher en 2020 chez En Marche et autres boutiques du bloc central, dont on sait bien que l’intelligence des cadres n’est pas vraiment la vertu première. Et pour cause, même hospitalisé depuis octobre, M. Santini reste le seul principe d’unité, pour ne pas dire d’éternité, d’une majorité municipale qui se déteste. Celle-ci devra pourtant vite accoucher d’un successeur, tant on doute des capacités résiduelles d’André Santini déjà à faire campagne et, plus encore, à garder le manche de sa ville jusque 2033. Et il en faut, de l’autorité pour unir une dernière fois cette majorité sortante inapte à « tuer le père » sur près d’un demi-siècle d’une gestion municipale sans partage.
Et la numéro 6 de liste est…
Dernière audace qui devrait faire tiquer bien des électeurs et dans les recoins de laquelle se cache, sans doute, la solution de cette succession âprement disputée en coulisses : cet étrange n°6 de la liste conduite par André Santini. Une certaine Madame Constance Bensussan… rien de moins que la Secrétaire générale adjointe de l’Elysée – excusez du peu ! Mme Bensussan est en charge auprès du chef de l’Etat des questions sociétales et n’aurait, semble-t-il, avec la ville d’Issy-les-Moulineaux guère que des attaches assez lointaines. De là à croire que ce haut fonctionnaire, inspectrice de affaires sociales, est là, en service commandé, pour tirer les marrons du feu, siffler la fin de la récré, s’appuyer sur les réseaux Macron et consorts pour s’imposer comme maire à des conseillers municipaux santinistes sortants, il n’y a qu’un pas que nous avons… l’audace de franchir ! N’oublions pas que le maire est élu par les conseillers municipaux, lors d’un Conseil municipal d’installation où tout peut arriver.
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Dans l’ambiance de sauve qui peut général, les options de recasage ouvertes aux barons du macronisme sont en effet d’autant plus convoitées qu’elles sont proches de Paris. Ces parachutages devraient donc, dès avant 2027, les préserver du vent de dégagisme ambiant. Quand l’empêchement de M. Santini sera-t-il constaté? Mme Bensussan sera-t-elle le prochain maire d’Issy ? Les électeurs s’en laisseront-ils compter plus longtemps ? Nul ne le sait, mais le sujet a pour effet de doper les quatre listes d’opposition qui gardent toutes leurs chances de succès.
Convaincues que leur commune vaut plus qu’un terrain de jeux pour cabinets ministériels finissants ou qu’un ultime exutoire à l’hubris de son maire historique, elles pourraient bien créer la surprise au soir du 15 mars. Par exemple en contraignant le marigot centro-santiniste à un second tour bien inhabituel à Issy-les-Moulineaux.
M. Rigolot est membre de la liste VIVRE ISSY PLEINEMENT, conduite par Mme Martine VESSIERE, candidate aux municipales des 15 et 22 mars 2026




