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L’imposture antifasciste

Le regard d’Henri Beaumont


L’imposture antifasciste
Jean-Luc Mélenchon au meeting de Sophia Chikirou à Paris, hier soir © Stephane Lemouton/SIPA

« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » (Camus)


Un spectre hante l’Europe, le spectre du fascisme. Mystérieux, maléfique, son centre est partout, sa circonférence nulle part. Il enflamme les Agités du bocal en mal d’émotions fortes, Potemkine de méga-bassines, « Spartaccuse » autoproclamés « antifascistes ».

Hier soir, à la Maison de la Mutualité, Jean-Luc Mélenchon et Sophia Chikirou ont réchauffé pour leurs aficionados conquis, un cris d’armes convenu : ¡No pasarán! La bataille de Paris est sanglante, fratricide, indécise. L’amour sublime du Caudillo insoumis berce les électeurs ; Et, regardant enfler sa trotskyste mamelle ; Sur son festin de mots il s’affaisse et chancelle ; Ivre de volupté, de promesses et d’horreurs. Il cible Sarah Knafo qui a le vent en poupe. « Quel que soit son score, elle est dangereuse … Tout le monde au bureau de vote, tout le monde contre les fachos! ». Une insulte comme un hommage. « Le monde est sous les mots, comme un champ sous les mouches » (Hugo).

Loup y es-tu ?

« Fascisme : 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine ou tendance visant à installer un régime autoritaire rappelant le fascisme italien ; ce régime lui-même. 3. Attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale imposée par quelqu’un à un groupe quelconque, à son entourage »(Larousse). 

Stricto sensu, le fascisme et le nazisme n’existent plus. Mussolini est exécuté en avril 45, Hitler se suicide dans son bunker à Berlin, quelques jours plus tard. Pas un politicien ne se réclame aujourd’hui du fascisme. La loi du 29 juillet 1881 sanctionne l’apologie des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Largo sensu, l’autoritaire pèse comme un couvercle sur les esprits gémissants, oppresse, partout. La langue est fasciste, le pouvoir est fasciste, de Gaulle est fasciste, le patriarcat est fasciste, la police est fasciste, CRS-SS …  

La belle immonde n’est pas morte. Protégée par une légion de féroces Numides recrutés à Lampedusa, une pile de pilum, des amphores d’huile de ricin, Giorgia Meloni fait régner l’ordre dans le Palais Montecitorio. Les Allemands et les Danois vont-ils boucler leurs frontières au pas de l’oie ? Trump le Maudit, braqueur Maximo, Picsou libertarien de Mar-a-Lago, a-t-il « l’étoffe » d’un Benito ?

Ironie de l’histoire, l’héritage mortifère des révolutions du vingtième siècle, ce sont des empires totalitaires, Etats concentrationnaires : la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran. La décolonisation et l’émancipation ont accouché de fatwas, foulards, ayatollahs. La peste brune et les fascistes sont à l’est et au sud, les antifascistes sont à l’ouest.

La fabrique de l’antifascisme 

Le camp du progrès est à la peine. L’avenir n’est plus radieux, les lendemains déchantent. La dictature du prolétariat et les « sans-dents » donnent la colique à Thomas Piketty et Dominique Méda, stakhanovistes des RTT, du compost citoyen et de l’impôt sur les os. La gauche s’est repliée dans le flou, la moraline bio, les slogans bienveillants, un sfumato attrape-toutous.

L’antifascisme, c’est une fin, un moyen, une posture, une aubaine, une entéléchie sublime permettant de ressouder les tronçons du glaive progressiste. Un tiers Manouchian, un tiers Louise Michel, un tiers Sans-culottes, des effluves de Woodstock, flagrances Bella Ciao. Le Red Bull antifasciste enivre les miliciens de la Jeune Garde, les black blocs. So Long, Marc Bloch… Ciment et bouclier, l’antifascisme est aussi une arme fatale qui délégitime, disqualifie les opposants, « vipères lubriques », « hyènes dactylographes », « hitlériens » aux cinquante nuances de noir. L’antifascisme Soulage ; c’est l’art de faire passer les anchois avariés pour des produits exotiques.

Pas d’antifascisme sans fascistes. L’offre fasciste étant notoirement inférieure à la demande, il importe de multiplier les ennemis à combattre. Le « fasciste » a des cousins maléfiques, « les nazis », « les racistes » et une jumelle diabolique, « l’extrême droite », plus dangereuse que le cobra royal et la grenouille à flèches empoisonnées, l’unique objet du ressentiment des médias publics aux prophéties auto-réalisatrices. Par extension, capillarité, l’extrême droite, c’est la droite, dure, demi-molle, néo-libérale, illibérale, populiste, réactionnaire, les sociaux-traites, valets de l’impérialisme, les blancs, l’Occident. L’affiche noire, de barbe et de nuit, hirsute, menaçante, cherche un effet de peur sur les passants. Le chagrin et la pythie.

Le fascisme antifasciste

Le fasciste, c’est celui qui ne pense pas comme moi. « La vérité est une, seule l’erreur est multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme » (Simone de Beauvoir). Au mitan du siècle dernier, l’antifascisme c’était déjà le cri de ralliement du camp du « bien », l’anticommunisme, un crime inouï. L’imposture, orchestrée de Moscou, ravissait l’intelligentsia progressiste. Dans l’effroi et la famine, l’agitprop, au Palais d’Hiver, à Cronstadt, Rome, en Bavière, le rouge et le noir s’inspirent, s’aspirent, se fécondent, signent des pactes, se font la courte échelle.

Les Tartuffe renifleurs de « nauséabond » ont la mémoire courte, les alliances sélectives, barrages à géométrie variable. Les leçons de morale et d’humanisme de l’union des gauches, insoumise islamo-gauchiste, communiste, socialiste, écologiste, qui n’ont jamais renié un Panthéon de tyrans criminels – Robespierre, Marat, Trotski, Lénine, Mao, Castro, Maduro, le Hamas, le Hezbollah -, n’abusent personne.

LFI est un parti fascistoïde. Ligueur Maximo, Camelot du Moi, Jean-Luc Mélenchon, s’obstein eptsigne des oukases complotistes, défendu par des compagnons de déroute, une jeune garde de vieilles grognardes, influenceuses, Mad Marx, Raphaël Arnault, Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Annie Ernaux, Maeva Ghennam. Les silentiaires insoumis purgent les traîtres (Raquel Garrido, Clémentine Autain, François Ruffin), défendent les assassins de Quentin Deranque. France info noie le poison dans les euphémismes, la « brutalisation » de la vie publique. Les groupes WhatsApp de Sciences-Po adorent la botte à Staline. En 1968, Lacan expliquait aux gauchistes de Vincennes qu’ils finiront par trouver le maître auquel ils aspirent.

Les rentiers du Grand-Guignol antifasciste, les instrumentalisations politiciennes, salissent la mémoire de Jean Moulin, des Résistants, des millions de victimes qui ont souffert dans leur chair du totalitarisme, déportées et assassinées par les fascistes, les communistes, les nazis.

Crier au loup, ad nauseam, c’est obscène et criminel. « Una mattina », un morne matin, quand les véritables fascistes, rouges, noirs ou verts, seront aux portes du pouvoir, plus personne ne se lèvera, ne prendra les armes ; il sera trop tard. Postures, poutures, impostures, les défaites ne sont jamais étranges.

« Il semble bien que la demande en matière de liberté soit, pour l’humanité prise dans son ensemble, de beaucoup en dessous de l’offre que nous lui en faisons. Il est à craindre que le marché ne soit pas du tout ce que nous avions supposé. Nous risquons fort de rester avec notre stock sur les bras » (Jacques Rivière).



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