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Médiapart et l’affaire Limonov

Ah, elle n’a pas été longue la réplique des tolérants, ou plutôt de ceux qui confondent tolérance et démocratie. En ce dimanche tranquille, l’un des correspondants savoyards du Culet (comité uni pour une littérature éthique) m’a prévenu que le site Mediapart prenait la défense du rouge-brun Limonov dont nous avions dénoncé ici, grâce à cet asile pour vrais vigilants qu’est Causeur[1. Encore que par souci de réinsertion ce site abrite malheureusement d’anciens rouges-bruns que je ne nommerai pas.], la réapparition éditoriale chez Actes Sud, maison respectant pourtant d’habitude cette éthique à laquelle ma famille de pensée est tellement attachée. Que cela plaise ou non à Mediapart, il y a une tentation rampante à éditer ou rééditer, dans les meilleures maisons, des auteurs idéologiquement suspects. Etait-il indispensable par exemple que Le Dilettante publiât le mois dernier Enfantillages de Jacques Perret qui fut en son temps un écrivain monarchiste et proche de l’OAS ? Que quelques esthètes dévoyés voient chez Perret un sommet de la prose française et une manière inimitable de donner de jolies couleurs à notre langue est une chose, que cela soit édité sans la moindre précaution d’usage, par exemple une remise en perspective de Perret et de ses liens avec l’extrême droite, est véritablement dangereux.

Si les jeunes gens des cités risquent à tout instant de croiser un dealer, ceux des quartiers plus favorisés, eux, risquent de croiser un libraire. Et tous les libraires n’ont pas le bon sens de recommander des livres sains aux jeunes âmes en quête de sens. Plutôt que Pennac, Picouly ou Fred Vargas, qui a récemment rallié mon parti, ils pourront leur conseiller, parce qu’ils sont en vente libre et sans avertissement, l’antisémite surévalué Céline ou, plus proche de nous, Houellebecq, dont le pessimisme morbide, le racisme latent et l’islamophobie sont absolument effrayants, surtout à l’approche d’élections européennes qui doivent être vécues dans un esprit de fraternité démocratique. Tout le monde n’a pas le sang froid d’Elisabeth Lévy qui peut interviouver Maurice G.Dantec sans vomir et montrer ainsi à quel point cet auteur crypto-nazi est proche du delirium tremens.

Tu quoque mi fili ! seraient tentés de lancer tous les membres du Culet au site Mediapart en qui nous pensions trouver un allié dans l’élaboration de cette charte pour une littérature démocrate et humaniste qui se révèle plus que jamais indispensable

Hélas, il semble que notre combat soit encore plus dur que prévu, que bon nombre d’éditeurs, de journalistes et d’écrivains fassent preuve d’une inconséquence citoyenne tragique qui n’est pas sans rappeler les discussions des moines byzantins sur le sexe des anges alors que les Turcs assiégeaient Constantinople.

Enfantillages

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Fourrure, fureurs, fou rire

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Tout avait bien commencé pour l’association américaine de défense des animaux PETA (People for the Ethical Treatment of Animals). Elle s’était d’abord fait favorablement connaître en faisant poser des tops entièrement dévêtues sous le slogan affriolant « Plutôt à poil qu’en fourrure ! » Le buzz avait encore enflé quand PETA avait envoyé des commandos de petites femmes nues semer leur zone lors des défilés où l’on exhibait de la zibeline ou du chinchilla. Puis suivant l’exemple des écolos londoniens creveurs de pneus de 4×4, ses militantes avaient encore haussé le ton et semé la terreur dans les fiestas de la jet set new-yorkaise en aspergeant d’hémoglobine les ultimes porteuses d’étoles criminogènes. Hélas, le vent a tourné : chez tous les créateurs, la fourrure, un temps oubliée pour ne pas faire de vagues, est redevenue top trendy. Et PETA, boudée par les mannequins qui se sont trouvé d’autres causes humanitaires, se retrouve mis en accusation, et cette fois par les amis des bêtes ! L’association qui, du temps de sa splendeur – et de ses fundraisings fructueux –, avait ouvert à Norfolk (Virginie) un refuge pour animaux abandonnés vient de reconnaître avoir euthanasié, faute de familles d’accueil, 95 % de ses hôtes à quatre pattes. Rassurez-vous les deux mille et quelques chiens et chats piqués en 2008 ont été ensuite dûment incinérés. Ça doit être ça le « traitement éthique » : on n’a pas revendu leurs peaux à des tanneurs…

Le pape, le pape, le pape

La France est un pays catholique. Enfin, elle l’était encore la semaine dernière, quand tout ce qui portait calotte passionnait les rédactions et déclenchait dans le pays des élans rares de haine et de détestation. Quelle autre nation qu’une ultra-catholique pourrait à ce point focaliser toute son attention sur les propos et l’attitude de l’évêque romain ? Les sujets de préoccupation de nos journaux et de nos magazines n’ont rien eu à envier ces dernières semaines à ceux de l’Osservatore Romano : le pape, le pape, le pape.

On croyait la République laïque, on la voyait maintenant s’agenouiller sur des prie-dieu, faire ses dévotions et enseigner à l’Eglise ce qu’elle devait croire, dire et penser. Exeunt les polémiques sur les racines chrétiennes de l’Europe et la laïcité positive : la Fille aînée de l’Eglise était de retour. En forme, quoique légèrement sourdingue.

Rien d’autre que le pape ne semblait plus exister dans l’actualité. Chacun, ministres et people, avait son avis sur la question et entendait bien toucher sa part du gâteau médiatique pour dénoncer les propos de ce pape décidemment réactionnaire. Pour enfoncer le clou, on compara même Benoît XVI à son prédécesseur : on apprit donc que Jean-Paul II n’avait pas seulement attaqué le mur de Berlin à la petite cuiller, mais qu’il était aussi beaucoup plus cool sur les questions de société – dernière nouvelle. L’Eglise eut beau envoyer quelques-uns de ses prélats pour tenter d’expliquer ses positions sur la levée de l’excommunication des lefebvristes, l’avortement thérapeutique ou le port obligatoire de la capote, rien n’y fit. L’Osservatore Romano consacra même un article aux catholiques qui, en Ouganda, distribuent des préservatifs chaque jour : chacun tint cela pour une manœuvre de diversion.

Il faudra désormais que les catholiques français s’y habituent : sur les affaires de l’Eglise, Pierre Bergé et Christophe Dechavanne sont beaucoup plus informés et instruits que ce béotien de Mgr Vingt-Trois. De quoi se mêle-t-il, d’ailleurs, celui-là ? Et pourquoi défend-il le pape ? Il ne peut pas s’occuper de ses affaires ? Il n’a rien d’autre à faire dans la vie ? Spécialiste incontesté du prêt-à-penser, l’infaillible Pierre Bergé sait. Et il le dit lui-même, confessant au micro d’une journaliste de France 2 qu’il s’intéresse depuis longtemps aux affaires de l’Eglise, « bien qu’étant protestant et athée ». Bien vu, mon Pierrot. Et mon grand-père, il s’intéresse à la parution du prochain Têtu, « bien qu’étant mort et hétérosexuel ».

Comme l’ensemble de l’épiscopat français, président de la Conférence des évêques en tête, semblait unanime à préconiser l’usage du préservatif pour ceux qui ne peuvent pas s’empêcher d’avoir de multiples partenaires de jeux, on se fit fort d’aller débusquer à France Bleu Orléans l’évêque du cru qui professait sur les ondes de la radio publique la plus effroyable monstruosité : « Le préservatif n’est pas fiable à 100 %. » Ouh là là ! que n’avait-il pas dit, cet hérétique ! Ne sait-il pas que la capote est fiable à 1000 %, qu’on peut déchirer l’emballage avec les dents sans endommager le condom, que si on utilise comme lubrifiant de la vaseline ou de la harissa le préservatif n’est bien entendu jamais poreux et que l’histoire des trithérapies préventives en cas de rupture du latex n’est qu’une bonne grosse légende urbaine que les internes se racontent dans les salles de garde ?

Quand la bulle médiatique a une idée en tête, elle ne l’a pas ailleurs. Si elle a décidé que les curés étaient opposés à la capote, ils doivent se soumettre et s’y plier. C’est la raison pour laquelle on gonfle artificiellement l’audience d’un évêque qui s’exprime un matin sur une locale de Radio France pour lui consacrer le soir l’ouverture du 20 heures, tandis que Mgr Vingt-Trois, président de la conférence épiscopale, doit se contenter de notes de bas de page dans des revues spécialisées lorsqu’il veut balancer l’une ou l’autre chose sensée.

Je ne voudrais pas jouer le papolâtre de service – cela m’obligerait à me lever le dimanche matin et à me comporter en bon chrétien –, mais il me faut reconnaître que le langage de vérité, c’est l’Eglise catholique qui le tient. Il est à mille lieux des slogans : il appelle chacun à sa responsabilité. La relation à l’autre est une chose trop importante pour la confier aux publicitaires, comme ne l’a pas dit Clemenceau. Et même pour tirer son coup vite fait bien fait, toutes lumières éteintes, il ne suffit pas de réciter une neuvaine de Sortez couvert, il faut savoir mettre une capote et la mettre bien. Responsabilité, donc, et rien d’autre.

Autant l’avouer tout de suite : il faut s’appeler Hans Jonas (encore un Boche comme Ratzinger, on les aura !) pour trouver excitante l’éthique de responsabilité ou Emmanuel Levinas pour croire à cette fadaise que notre relation à autrui engage toujours notre propre humanité. Il faut même être un peu marxiste (c’est-à-dire beaucoup Jérôme Leroy) pour s’apercevoir que le comportement sexuel n’est pas du tout lié à la doctrine de l’Eglise catholique (qui professe ce qu’elle veut en matière de mœurs et que personne en définitive n’écoute), mais aux infrastructures de la société. Qu’on le veuille ou non, « le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus global de la vie sociale, politique et spirituelle[1. Marx, Préface à la Contribution à la critique de l’Économie politique, 1859.] ». Pour Marx, l’infrastructure conditionne la superstructure. Ce n’est pas le pape qui a décrété le puritanisme dans l’Angleterre victorienne ni même la reine elle-même. Ce n’était pas non plus l’aggiornamento des idées en vogue du temps d’Elisabeth I qui en était la cause. Les manufacturiers de Liverpool, dont les coûts salariaux s’amoindrissaient d’autant plus qu’ils promouvaient le modèle familial, gagnant deux autres bras supplémentaires et escomptant une progéniture[2. Appartenant dans la Rome ancienne à la dernière classe des citoyens, le prolétaire ne possède nulle autre fortune que sa progéniture (proles).] vite productive, avaient déjà scellé l’affaire…

Aujourd’hui, la loi de l’infrastructure, fût-elle « impensée » au sens althussérien, c’est la consommation. Et cette loi s’étend à toute l’hyperstructure : l’intime, le sociétal, le politique, le médiatique (le médiatique résultant d’un ordonnancement assez approximatif des trois autres ordres). Et manque de bol, le spirituel ne veut point s’y plier. Il résiste, le bougre. Et son langage devient dès lors incompréhensible. Quand les cuisses d’une femme sont aussi consommables qu’une paire de Nike, quand le corps de l’autre se rend aussi accessible que l’achat d’un sandwich au Mac Do du coin, quand les images et les slogans déferlent dans une indétermination absolue, quand tout se vaut dès lors que tout s’achète, alors plus rien ne vaut rien. Vouloir parler de valeurs dans ce monde-là est aussi opportun que parler de corde dans la maison d’un pendu.

Mais, à quoi bon, sur de tels sujets, user notre raison ? Contre l’infrastructure, on ne peut rien (le jeune Marx le pressentait dès sa dissertation d’Abitur). Il est aujourd’hui assez émouvant de voir quelques catholiques, comme Patrice de Plunkett et Vincent Neymon, vouloir réagir et tenir bon. Mais c’est comme pisser dans un violon, dût-il, ce dernier, jouer le Salve Regina.

Moi qui ne suis pas spécialiste de ces choses-là (et des autres non plus au demeurant), j’ai été interviewé, suite à un article sur Benoît XVI, par quelques journalistes. Le premier que j’eus au téléphone me demanda si j’étais catholique. Je lui répondis que oui et que, Dieu me préservant malgré tout de la bigoterie, c’était irrémédiable. Il enchaîna abruptement : « Vous êtes catholique, oui, mais de quel courant ? »

Il m’apprenait que l’Eglise avait des courants. Comme mon cœur balançait (suis-je catholique fabiusien, rocardien, strauss-kahnien ou mollétiste ?), je ne pus que lui répondre : « Je suis du courant Jésus, fils de Dieu, conçu du Saint Esprit, né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts… » Je n’étais pas arrivé à la communion des saints et à la rémission des péchés qu’il m’engueulait déjà au téléphone : « Et le pape dans tout ça ! Et ses erreurs de communication, hein ? »

Quand je lui expliquai que le rôle de l’Eglise n’était pas de participer à la bulle communicationnelle, mais d’assurer le bon envoi des bélinos et des mails entre l’ici-bas et le Très-Haut, il me prit pour un plaisantin, m’insulta de tous les noms et me raccrocha au nez. Quoi ? je ne suis pas à la droite de l’Eglise, je ne suis pas à sa gauche et encore moins en son milieu. Je crois simplement que l’Eglise n’a pas à s’adapter aux modes passagères ni à communiquer : elle a simplement à « porter témoignage » comme l’apôtre Paul y invitait déjà les Corinthiens. Et ce n’est pas le même job : la communication vous promet des Rolex, l’Eglise la vie éternelle. Chacun son fonds de pension.

En attendant, le 22 mars dernier, l’Agence France Presse distribuait, reprise d’un sondage Ifop-JDD, la bonne nouvelle : les catholiques français veulent changer de pape. Ben oui, mes cocos, et on l’installera en Avignon. Et il aura une gueule d’amour comme Gérard Philipe, sauf qu’il sera issu de la diversité et qu’on le choisira assez vieux pour qu’il clamse assez vite (les Français adorent les papes morts), qu’il aura la foi mais pas trop, qu’il sera hyper cool sur les questions sociétales, style Dalaï Lama mais en moins orange et qu’il se battra pour le pouvoir d’achat. Rien d’autre ? Si ! bien sûr, il faudrait aussi qu’il soit un peu juif et musulman, histoire de pas discriminer. Et s’il pouvait être homosexuel ou trans ou bi ou lesbienne au mois de juin, quand approche la gay pride, le type serait un vrai cador. Le nec plus ultra serait qu’il soit une femme. Une participative et démocratique. Et divorcée, deux enfants à charge, dont un ado à problèmes. Et sûr qu’on votera pour elle aux prochaines européennes.

Cessons nos quolibets, laissons parler l’Agence France-Presse : « 43 % des catholiques français souhaitent que le pape Benoît XVI démissionne ou parte en retraite, selon un sondage Ifop paru dans le Journal du dimanche. Seulement 54 % ne le souhaitent pas… » Et maintenant, ami catho, réactionnaire, papophile, contempteur de la capote et collectionneur incurable de croix légèrement gammées, révise ton arithmétique médiatique : elle t’apprendra que 43 est supérieur à 54. Evidemment. Alors, comme t’y incite le Carême, convertis-toi et crois en la Bonne Nouvelle. Tu y liras l’histoire d’un homme[2. Jean 8, 3-11. Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu, ils disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ? » Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin d’avoir matière à l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! » Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol. Mais eux, entendant cela, s’en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu. Alors, se redressant, Jésus lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. »] qui se contentait de dessiner de son doigt des signes sur le sable, chaque fois que se déchaînait autour de lui la compétition des mauvaises nouvelles.

Je vois Satan tomber comme l'éclair

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Le vent se lève…

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Aussi surprenant que cela puisse paraître, personne, absolument personne, n’a relevé dans la presse française le dernier dérapage de Jean-Marie Le Pen sur la question de l’antisémitisme. Interrogé par des journalistes à Bruxelles pour savoir ce qu’il pensait du dernier rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union, portant sur 19 pays européens et soulignant une nette remontée des actes antijuifs depuis le déclenchement des hostilités à Gaza, Jean-Marie Le Pen a répondu, sans l’ombre d’une hésitation : « Ça ne me surprend pas qu’il y ait une montée (de l’antisémitisme). En fait, c’est parfaitement compréhensible car Israël alimente des sentiments d’antisémitisme. » Quant au rapport de l’Agence, le président du FN a estimé qu’il s’agissait d’une « grossière diversion », destinée à faire oublier les crimes de guerre d’Israël à Gaza.

On s’étonnera donc que la presse française qui, il y a une semaine, avait amplement relayé la sortie de Le Pen au Parlement européen et le come-back du « détail » dans la rhétorique frontiste, soit restée muette devant cette justification de l’antisémitisme, dont les seuls coupables ne sauraient être que les Israéliens. Enfin on ne s’étonnera qu’à moitié. Parce qu’en vrai, ces mots, cette justification, cette absolution, ce n’est pas à Jean-Marie Le Pen qu’on les doit, mais à Ken Loach.

Oui oui, Ken Loach, le metteur en scène concerné de Bread and Roses, l’humaniste engagé de Le vent se lève, pour lequel il a obtenu la Palme d’or à Cannes en 2006. Ken Loach le chouchou des pages cinéma de Télérama, du Monde et des Inrocks. Et surtout Ken Loach, le courageux militant d’extrême gauche, le grand contempteur du Capital et du social-libéralisme, le soutien inconditionnel d’Olivier Besancenot à la dernière présidentielle.

A ce stade du récit, une précision s’impose et notamment à l’attention des tenants de l’équation gauchisme = antisionisme = antisémitisme. Je le répéterai autant de fois qu’il le faudra : par pitié, laissons l’amalgame forcené au Camp du Bien ! Je n’accuse pas tous les trotskystes, ni toute l’extrême gauche de complaisance pour l’antisémitisme, et encore moins d’antisémitisme. En Grande Bretagne, de nombreux groupes marxistes ont dénoncé les déclarations de Loach. En France, l’excellent site trotskyste de Gilles Suze (un bolchevik old school, opposant interne au NPA) a prouvé, durant toute la durée du conflit à Gaza qu’on pouvait et qu’on devait impérativement faire la part des choses entre la condamnation de l’intervention et les accusations de massacres ou de génocide, porteuses de dérives antisémites. Toujours chez nous, depuis des années, c’est le site d’extrême gauche – certains diront même d’ultra-gauche – d’Yves Coleman[1. On pourra notamment y lire un compte-rendu hallucinant de la visite de courtoisie faite au Hezbollah par l’antisioniste radical Norman Finkelstein, auteur du fameux ouvrage L’Industrie de l’Holocauste.] qui maintient avec le plus de pertinence et de virulence les saines traditions de cordon sanitaire issues de l’Affaire Dreyfus – et que nombre d’élus banlieusards de la gauche et de la droite respectables oublient volontiers en période électorale.

Mais bon, cela étant dit, on est bien obligé de constater que le discours ultra-limite de Ken Loach a été glissé en douce sous le tapis de Libé jusqu’à l’Obs. Situation délicieuse, ce sont de fieffés réacs tsahalophiles comme mes amis XP et Menahem Macina qui ont rétabli le droit du cinéaste engagé à faire connaître ses prises de positions sur le Proche Orient, le pauvre ayant été censuré, pour son bien, par ses propres groupies !

On attendra donc en vain qu’à chaque fois que nos amis de la presse qui pense reparleront d’un film de Ken Loach, ils prendront des pincettes, préciseront que leur engouement est strictement artistique et qu’il n’a rien à voir avec ses prises de positions politiques nauséabondes ; un traitement façon Brigitte Bardot qu’on peut aimer dans Le mépris sans être pour autant accusé d’être favorable à l’abattage rituel de tous les immigrés pour l’Aïd el Kebir. Plus sérieusement, on attendra qu’Olivier Besancenot se fende d’une petite mise au point. Daniel Bensaïd, qui sait écrire, devrait pouvoir lui faire ça sans trop de souci. On sait le trotskyste lambda pointilleux, voire chichiteux sur les principes, faudrait pas perdre les bonnes habitudes avec la création du NPA. Rappelons que lors d’une rencontre avec le metteur en scène diffusée le 2 janvier 2008 sur France Inter, Olivier Besancenot avait déclaré : « J’irais bien au pouvoir avec Ken Loach ! » Espérons que le cas échéant, il ne lui confiera pas le Quai d’Orsay, et encore moins la division du ministère de l’Intérieur chargée de la protection des lieux de culte.

Bref, je pense qu’Olivier Besancenot et avec lui la quasi-totalité de l’establishment ont tort de fermer les yeux sur ces transgressions de plus en plus transgressives. On est tellement gêné qu’on préfère regarder ailleurs. C’est tabou, un peu comme l’inceste avant que ça devienne à la mode. On fait comme si ça n’existait pas, et pourtant, ça existe : Le Pen n’a pas le monopole du dérapage, il y a des chics types aux normes ISO 2009 qui trouvent que la montée de l’antisémitisme est understandable et que la dénonciation des récentes attaques de synagogues était une « grossière diversion » (Red herring, hareng rouge, en VO). Alors que jusque-là, le seul discours admissible dans cette frange de l’opinion était que quels que soient les crimes imputés à l’Etat d’Israël, toute forme d’antisémitisme était injustifiable. Grâce à Ken Loach, face aux actes antisémites, on est passé du traditionnel Je condamne, mais… à l’innovant Je comprends, mais…, bref on a franchi un palier, et qui risque de ne pas être le dernier. Sincèrement, je ne dis pas que Loach est antisémite et n’encourage personne à le penser. En revanche, je crois qu’il encourage l’antisémitisme, tout en étant intimement persuadé de ne pas le faire. Je pense que cet homme, comme des flopées de citoyennistes est plombé par sa vision strictement binaire du réel, par sa division du monde en bad guys et good guys, qui est pourtant celle des thrillers bourrins américains qu’il déteste et que j’adore. Par absence d’imagination, inculture historique ou paresse idéologique, Ken Loach plaque ses schémas de Land and freedom (méchants franquistes/gentils républicains ou encore crapules staliniennes/angelots trotskystes) sur le conflit entre Tsahal et Hamas, je vous laisse deviner qui est qui…

Le pire dans tout ça, c’est donc que Ken Loach n’est pas vraiment un raciste, ni plus spécialement un antisémite. Il est victime de son ignorance, de ses préjugés, de son simplisme. Oui, c’est ça, c’est un simplet. Il n’est en définitive que le frère jumeau du petit blanc gogol de ses propres cauchemars, celui qui croit que tous les arabes dealent du crack dans les caves de HLM entre deux tournantes…

Mieux vaut Qatar que jamais

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Le 17 mars dernier, Robert Ménard, ex-boss de Reporters sans frontières, menaçait de démissionner de son poste de directeur du Centre de Doha pour la liberté de la Presse, une institution financée par l’épouse de l’émir du Qatar. Il a piqué une grosse colère en prenant conscience que les confortables émoluments qui lui sont versés par cette dame d’œuvre pétroleuse ne l’autorisent pas à diriger effectivement cette Gongo (Governemental non governemental organisation). Ainsi, la maison de repos pour journalistes persécutés qui devait être la vitrine de ce centre n’abrite, après un an de fonctionnement que deux pensionnaires, les autres n’ayant pas obtenu le visa d’entrée au Qatar.

Peut-on prêcher la vertu dans un bordel ?

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Rama Yade, la diva des sondages, ferait mieux de regarder Thalassa que se faire enfumer par Jean Daniel dans un débat sur un éventuel boycott de la Conférence de l’ONU sur le racisme, dite Durban 2, prévue pour la fin de ce mois d’avril à Genève. Elle aurait pu voir[1. Les enfants de M’bour, un reportage de Daniel Grandclémentn, diffusé le 27 février dernier dans le magazine Thalassa, qui n’en n’a rien à cirer du politiquement correct, pourvu qu’on ne pisse pas dans la mer.], comment, dans son pays d’origine, le Sénégal, on traite des enfants confiés à des écoles coraniques où on les contraint à ânonner le Coran à coup de chicotte le matin, et l’après-midi à faire la manche pour rapporter 500 francs CFA, le minimum qui leur évitera la raclée de l’imam.

On n’a pas, jusqu’à ce jour, entendu le Sénégalais Doudou Diène, porteur du titre ronflant de « rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance », clouer au pilori ces pratiques infâmes. Ce maître d’œuvre du discours onusien sur le racisme préfère stigmatiser l’idéologie laïque à la française, pétrie de colonialisme et de xénophobie, qui prive les jeunes musulmanes du droit de se soumettre à l’obligation du port du hijab dans les enceintes scolaires. Poussée dans ses retranchements par un Jean Daniel plus sentencieux que jamais, la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme a fini par concéder, lors d’un débat à Rennes, qu’elle était favorable à ce que la France participe à la Conférence Durban 2 pour, dit-elle « combattre au nom de nos valeurs ». Ben voyons ! Comme si notre brillante ministre ne savait pas que dans ce genre de raout, tout est vissé d’avance, les communiqués, résolutions et autres textes déclamatoires étant négociés à la virgule près et adoptés avant même que les excellences ne mettent les pieds dans la salle des conférences.

Dans sa dernière version qui doit beaucoup à la patte du représentant russe à Genève, le texte de Durban 2 est le résultat d’un compromis qui peut se résumer au marchandage suivant : les dictatures du tiers-monde arrêtent de diaboliser Israël comme ce fut le cas en 2001 à Durban, et les démocraties occidentales ne viennent pas leur chercher la petite bête sur le sort réservé dans ces pays, aux femmes, aux homosexuels et aux minorités ethniques et religieuses. Mais même édulcoré et nettoyé de ses formulations les plus provocatrices, le texte[2. 2.On lira une critique détaillée de ce « nouveau » texte dans une tribune de Malka Markovich publiée par Libération.] préparé par le secrétariat de la Conférence, présidé par la Libye et vice-présidé par le Pakistan et Cuba – plus respectueux des droits de l’homme tu meurs ! – n’a pas convaincu la Canada, Israël, l’Allemagne et l’Italie de participer à cette conférence. Les Etats-Unis d’Obama ont brièvement tenté un retour dans les réunions préparatoires au début février. Dix jours plus tard, ils pliaient bagages en constatant que les concessions des organisateurs étaient de pure forme, et qu’il était dangereux, en conséquence, de se laisser piéger dans ce traquenard genevois.

Mais le duo Rama Yade-Jean Daniel est sans doute plus à même que les gnomes de Washington de faire se comporter comme des gens civilisés les grands démocrates antiracistes qui gouvernent la Libye, Cuba, l’Iran ou le Venezuela. Vous savez, Mesdames et Messieurs, le racisme et la discrimination, c’est pas bien, mais en raison de cette merveilleuse alliance des civilisations qui nous rassemble dans ces lieux chargés d’histoire, on ne va pas en faire un fromage : il suffit d’une petite signature, là en bas à droite, mais qui n’engage à rien ou à pas grand chose. C’est non ?… Bon c’est dommage, mais on ne va pas se fâcher pour si peu. À plus, au prochain sommet de l’Union pour la Méditerranée sans doute…

Voilà à peu près l’effet que l’on peut attendre de l’attitude « combative » revendiquée par Rama Yade, puisque, par avance, on a déjà lâché sur les questions intéressant les féministes et associations de défense des homosexuels ainsi que sur « l’incitation à la haine des religions », nouvelle formule remplaçant la condamnation, par la Conférence, de la diffamation des religions qui visait clairement les caricatures de Mahomet.

Les partisans de la participation à la Conférence établissent un parallèle entre cette dernière et la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) des années 1970, qui avait été le cadre du dialogue entre les démocraties occidentales et le bloc communiste. Son texte majeur, l’Acte final d’Helsinki de 1975, comprenait un engagement de toutes les parties à respecter, à l’intérieur de leurs frontières, des principes compatibles avec les droits de l’homme fondamentaux. Leonid Brejnev signa sans broncher, mais rien ne changea vraiment en URSS et dans les pays satellites, sinon que les maigres bataillons des dissidents purent s’appuyer sur un texte signé par leurs dirigeants pour faire valoir leurs droits, la plupart du temps sans succès. Contrairement à ce que veulent nous faire croire ces diplomates qui prennent un plaisir intense à souper régulièrement avec le diable, ce n’est pas la CSCE et l’Acte final d’Helsinki qui ont mis à bas le communisme, mais le combat sans concession que Ronald Reagan a réussi à imposer contre « l’Empire du Mal » par le grand bluff de la « guerre des étoiles ». Mais même à Helsinki, les adversaires des démocraties n’étaient pas les maîtres de l’ordre du jour. C’était du donnant-donnant: nous acceptons de libéraliser les échanges commerciaux avec l’Est, si vous acceptez la corbeille « droits de l’homme » dans le deal final.

Certains espéraient que la substitution d’un Conseil des droits de l’homme à la Commission des droits de l’homme de l’ONU allait mettre un terme aux dérives de cette dernière, qui était devenue le forum où les dictatures obscurantistes mettaient systématiquement les démocraties en accusation, et un tribunal destiné à condamner Israël tandis que des tyrans sanguinaires se donnaient mutuellement l’absolution.

Il n’en est rien, et le système onusien continue de produire, en ce domaine, de la rhétorique déclamatoire et des rapports biaisés confiés à des « rapporteurs spéciaux » dont l’impartialité est aussi incontestable que celle de Richard Falk, probablement chargé des territoire palestiniens parce qu’il avait qualifié Gaza de « nouvel Auschwitz », ou celle de l’ineffable Jean Ziegler, l’obligé de Mouammar Kadhafi et de Fidel Castro. Son dernier opus, La haine de l’Occident, est une justification à peine voilée du terrorisme islamiste au nom des abominations que les pays « riches » ont commis et commettent encore dans le Tiers-monde.

On peut toujours aller prêcher la vertu dans un bordel, mais on ne doit pas s’étonner d’en revenir avec la vérole.

Pour une répression préventive

Quand j’étais au lycée, le directeur me convoqua un jour dans son bureau pour une bêtise que je n’avais pas faite. À ses questions sur la farce qui était plutôt comique mais que j’ai oubliée (désolé), je répondis que ce n’était pas moi et rajoutai : « Mais ça aurait pu l’être. » Quelques semaines plus tard, sans faits et sans preuves, j’étais viré. Motif : attitude négative. Dans sa grande sagesse, le responsable de l’établissement s’était débarrassé d’un insolent qui défiait l’autorité depuis un peu trop longtemps. Etait-ce juste ou pas ? Je l’ignore, mais à sa place aujourd’hui, je n’agirais pas autrement.

Dans un film dont j’ai oublié le titre, Sami Naceri est cerné par la police. Au lieu de mettre les mains en l’air comme on le lui ordonne, il fait le mariole, insulte, provoque et fait mine de dégainer en pointant sa main vide de toute arme sur une femme flic qui, se sentant menacée, le descend. Quand elle comprend que le braillard était désarmé, elle est bouleversée et gagnée par ce sentiment étrange et répandu surtout chez les innocents, la culpabilité. Franchement, je ne vois pas ce qu’il y a de bouleversant à flinguer Sami Naceri que je préfère voir torturé dans un roman de Dantec[1. Maurice G. Dantec, Artefact, Albin Michel, 2007, « Le monde de ce Prince ».] plutôt que pérorant à la télévision quand il devrait être en prison.

Mais oublions l’acteur et revenons au personnage du film. Est-il juste qu’il meure ? Je n’ai pas la réponse mais la leçon à tirer de cette histoire est que dans le doute, la police se défend. Si le message passe, le délinquant ne sera pas mort pour rien.

De même, que Saddam Hussein ait ou non détenu des armes de destruction massive n’a que peu d’importance. Qu’il l’ait fait croire au monde en baladant les inspecteurs de l’Onu pendant dix ans aura suffi à lui attirer les foudres de cet Occident qui ne craint pas ses ennemis. Attitude négative. Personne n’est à l’abri d’une guerre préventive. À bon entendeur, salut. Est-ce juste ? Le gendarme du monde marche parfois sur la justice mais je gage que l’avenir, à commencer par celui de l’Irak, donnera raison au regretté président Bush, n’en déplaise à ceux dont la pensée politique semble inspirée par les Guignols de l’Info.

Est-il juste que Julien Coupat soit en prison et Ivan Colonna condamné ? Que leurs sympathisants posent la question me paraît légitime, que les intéressés le fassent à l’ombre me semble indispensable.

Si vous écrivez des âneries sur la nécessité d’attaquer la société technologique en sabotant des trains, évitez de traîner près des rails les nuits de sabotage car vous pourriez attendre quelques mois derrière les barreaux que l’on établisse votre innocence ou votre culpabilité.

Si vous appartenez à un groupe d’où partent des coups de feu qui blessent des policiers, il se pourrait qu’on vous renvoie la balle et que vous en mouriez. Même si vous n’avez pas tiré vous même, même si vous n’avez pas d’armes. Est-ce juste ? Non, je vous l’accorde, mais je doute qu’à part chez les islamo-gauchistes on vous pleure très longtemps.

Si vous jouez le bandit corse avec tout le folklore, meurtre, embrouille, mensonge, aveux, désaveux, maquis et omerta, si, quand on vous aura gaulé comme une noix, vous prenez la justice de haut, vous courrez le risque d’être condamné sans preuves matérielles parce que l’intime conviction d’un jury suffit. Vous pourrez hurler au complot et en appeler à l’Europe mais depuis les geôles de la justice « coloniale ».

Avant de faire régner la justice, l’Etat se défend. À travers vous, l’Etat dissuade et je m’en réjouis. Tant pis pour ceux qui font semblant de tirer sur les flics, pour les dictateurs qui bluffent, les apprentis-révolutionnaires et les bergers bas du front. C’est une loi qu’on devrait enseigner aux écervelés comme l’eau qui mouille ou le feu qui brûle. L’Etat se défend et tant mieux parce que l’Etat c’est moi. Légitime défense. Quand on attaque la police ou qu’on bousille le chemin de fer, quand on menace ma civilisation ou qu’on assassine un Préfet, c’est moi qu’on vise parce que l’Etat, c’est moi.

Alors s’il arrive qu’en mon nom, on prenne quelques libertés avec la loi, les droits de la défense ou les droits de l’homme, je pense à Dirty Harry et je souris. Comme Mme Erignac depuis le verdict, je souris. Et quand une condamnation rend leur sourire aux veuves et aux orphelins, j’ai confiance dans la justice de mon pays. Vous trouvez ça injuste ?

Artefact

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Il est frais, mon Causeur

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numero10

Le numéro de Causeur du mois d’avril vient de paraître ! N’abandonnez pas aux poissonniers le monopole de s’en servir pour emballer le poisson. Abonnez-vous : vous y trouverez, réunis sous le titre de « Satan is back », des textes d’Elisabeth Lévy, Luc Rosenzweig, Marc Cohen, François Miclo, Bruno Maillé, Gil Mihaely, Jérôme Leroy, Basile de Koch, ainsi qu’un entretien exclusif avec Daniel Cohen. Retrouvez Causeur dans vos meilleures poissonneries (ou à défaut sur abonnement).

Le gouvernement Netanyahou : une coalition antinucléaire

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L’Iran d’abord : contrairement à ce que pensent la plupart des commentateurs, telle est la logique du nouveau gouvernement israélien présenté hier. Le casting de Netanyahou reflète et sans doute plus autant ses priorités stratégiques que ses calculs politiques. C’est dans cette perspective que se comprend le maintien d’Ehud Barak à la Défense ainsi que les choix du ministre des Affaires stratégiques et du ministre chargé des services de renseignements et de l’équivalent israélien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Pour ces deux portefeuilles, Netanyahou a nommé le général Moshe Yaalon (que tout le monde appelle Boguy), ancien chef d’état-major, et Dan Meridor, ancien ministre de la Justice et vétéran du comité parlementaire chargé de la supervision des services de renseignements et des affaires stratégiques. En clair, c’est un cabinet de crise qui va devoir traiter ce dossier brûlant, lequel, selon l’analyse israélienne, est entré dans une phase critique.

Le calendrier a été défini le 25 mars par le général Yadlin, chef du renseignement militaire. Convoqué par la commission de sécurité et des affaires étrangères de la Knesset, cet ancien pilote de chasse qui a participé au raid sur le réacteur irakien Osirak en juin 1981 a déclaré que l’Iran avait dépassé le seuil technologique et que désormais, s’il décidait de se doter d’une arme nucléaire, il y parviendrait en quelques mois, au plus une année. Opérée par un lanceur de fabrication nationale, la mise en orbite d’un satellite par les Iraniens montre que la République islamique possède aussi des missiles capables de porter une tête nucléaire.
Netanyahou va donc observer de près ce que font les Américains qui donnent désormais la priorité aux tractations politiques pour parvenir à un accord avec l’Iran. Mais pendant que Barack Obama négocie, rien n’empêche Ehud Barak (ni la CIA d’ailleurs) de continuer la guerre secrète contre Téhéran et de prévoir, en coordination avec les Américains et les Européens, d’autres options plus violentes et moins discrètes. Au cas où. Autrement dit, l’option militaire est étudiée très sérieusement à Tel Aviv.

En faisant du dossier iranien – problème réel et urgent – la clé de voûte de sa stratégie, Netanyahou se montre très habile. Sur le plan national, cela lui permet d’intégrer les travaillistes dans sa coalition, ce qui a au moins trois avantages : présenter au public ce « gouvernement d’union nationale » qu’il apprécie tant, maquiller le socle de sa majorité qui repose à la fois sur la droite religieuse et sur la droite nationaliste et enfin, porter un coup supplémentaire au parti de Barak, déjà déplumé après les élections de février dernier. Très divisés – cinq députés travaillistes n’ont pas voté la confiance au gouvernement – et en chute libre dans les sondages, la plus vielle formation politique israélienne qui a promis-juré il y a un mois de se refaire une santé sur les bancs de l’opposition, aura du mal à retrouver son électorat aux prochaines échéances nationales.

L’espace politique que Barak vient d’abandonner n’a pas resté vide longtemps – Tzipi Livni, chef de Kadima, le plus grand parti de la Knesset, a montré par son discours musclé qu’elle a bien l’intention de se positionner comme le deuxième parti de gouvernement et donc comme une alternative.

Sur la scène internationale, l’argument iranien de Netanyahou est écouté. À Washington, Paris, Berlin et à Londres, on sait que l’Iran constitue une menace. Mais dans ces mêmes chancelleries, on craint aussi que Netanyahou n’utilise l’Iran comme prétexte pour traîner des pieds avec les Palestiniens et les Syriens. Cette méfiance n’est pas totalement infondée. Encore que quelles que soient les intentions réelles de Netanyahu, la situation au Proche-Orient est bel et bien bloquée, tout le monde attendant l’issue des négociations entre Obama et le gouvernement iranien pour savoir d’où vient le vent. Or, pour les Iraniens, leur influence sur le Hamas, le Hezbollah et la Syrie est une carte majeure dans le nouveau « grand jeu » qui s’annonce. Ils ont donc intérêt à tout verrouiller pour l’instant.

En conséquence, d’ici au moins six mois, il sera impossible d’avancer avec les Palestiniens et avec les Syriens. Netanyahou n’a donc aucune raison d’aller tout de suite au conflit avec ses alliés de droite qui le soutiennent sur le dossier iranien. Si, un règlement général devait être négocié avec l’Iran – ce qui me paraît hautement souhaitable mais un peu moins probable – la situation serait différente. Netanyahou devrait alors faire des choix politiques et idéologiques difficiles. On ne voit pas pourquoi l’Iran lâcherait à la fois la bombe, le Hezbollah et le Hamas, aiderait les Américains en Irak et en Afghanistan sans obtenir en contrepartie la reconnaissance de son statut de puissance régionale – perspective qui n’enthousiasme pas en Israël. Dans le cadre d’un tel arrangement global Israël aurait toute sa place mais il lui faudrait en échange renoncer à occuper celle des autres. Autrement dit, une fois l’hypothèque iranienne levée, les questions de la Cisjordanie et du Golan seront discutées sérieusement et Netanyahou devra choisir entre sa coalition et l’allié principal d’Israël. Par les temps qui courent, la première est plus facile à remplacer que le second.

Je suis con, la RATP parle dans ma tête

Depuis un mois ou deux, la RATP a lancé une éprouvante « campagne pédagogique pour aider à la régularité du trafic ». Les vitres des métros et des RER se sont ainsi recouvertes d’une lèpre pimpante d’ »info-bulles », de chiures multicolores, d’étiquettes adhésives en forme de bulles de bande-dessinée, sur lesquelles les prétendus « usagers » peuvent lire ces slogans qui font désormais partie de leur désespoir quotidien : « Préparer ma sortie facilite ma descente », « Les portes s’ouvrent, je laisse descendre », « Retenir les portes, c’est retenir le métro », « Au signal sonore, je m’éloigne des portes » ou encore « Une seconde perdue en station = du retard sur toute la ligne ». De manière à peu près contemporaine, des saloperies pédagogiques ont également envahi les bus de la ville qui a été un jour Paris.

Ces campagnes d’infantilisation publique généralisée n’ont pour l’heure suscité la création d’aucun collectif « Adultes en colère » ou « Ztop l’infantil ». La discrimination permanente contre les adultes laisse également absolument indifférente notre bonne vieille Halde. Seuls le talentueux Matthieu Jung dans Libération et Caroline Constant dans L’Humanité ont épinglé avec humour ces « stickers » maléfiques, ces outrageants bubons.

Mais la violence radicale de cette campagne réside avant tout dans sa dégoûtante manière d’employer le pronom « je » à ma place. Non contente de broyer régulièrement ses « usagers » physiquement, la RATP désire à présent les broyer aussi logiquement, symboliquement. Les faire entrer en fusion avec ses décourageantes chansonnettes citoyennes. Personnellement, je suis contre l’abolition de la frontière entre la RATP et moi. Je ne l’autorise pas à me tutoyer, moins encore à me jejoyer.

Tout ça me donne envie de coller quelques « stickers » sur le crâne des communicants délirants de la RATP : « Je ne dis pas je à la place des autres », « Mes lapalissades, je me les fous au cul », « Je ne parle pas aux adultes comme à des enfants », « J’arrête d’être cool, sympa et fun ». Si on continue comme ça, les policiers crieront peut-être bientôt à ceux qu’ils s’apprêtent à arrêter : « Je lève les mains, je me rends ! » On en conviendra, cela pourrait prêter à certaines fâcheuses confusions.

Pour tous les adeptes d’une « résistance citoyenne » à l’infantilisation et aux innombrables « incivilités » de la RATP, une bonne nouvelle, tout de même : la charmante petite pointe de ces bulles de bande-dessinée permet de les décoller avec une facilité admirable. Car, en plus, ces gens-là sont bourrés de sens pratique.

Médiapart et l’affaire Limonov

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Ah, elle n’a pas été longue la réplique des tolérants, ou plutôt de ceux qui confondent tolérance et démocratie. En ce dimanche tranquille, l’un des correspondants savoyards du Culet (comité uni pour une littérature éthique) m’a prévenu que le site Mediapart prenait la défense du rouge-brun Limonov dont nous avions dénoncé ici, grâce à cet asile pour vrais vigilants qu’est Causeur[1. Encore que par souci de réinsertion ce site abrite malheureusement d’anciens rouges-bruns que je ne nommerai pas.], la réapparition éditoriale chez Actes Sud, maison respectant pourtant d’habitude cette éthique à laquelle ma famille de pensée est tellement attachée. Que cela plaise ou non à Mediapart, il y a une tentation rampante à éditer ou rééditer, dans les meilleures maisons, des auteurs idéologiquement suspects. Etait-il indispensable par exemple que Le Dilettante publiât le mois dernier Enfantillages de Jacques Perret qui fut en son temps un écrivain monarchiste et proche de l’OAS ? Que quelques esthètes dévoyés voient chez Perret un sommet de la prose française et une manière inimitable de donner de jolies couleurs à notre langue est une chose, que cela soit édité sans la moindre précaution d’usage, par exemple une remise en perspective de Perret et de ses liens avec l’extrême droite, est véritablement dangereux.

Si les jeunes gens des cités risquent à tout instant de croiser un dealer, ceux des quartiers plus favorisés, eux, risquent de croiser un libraire. Et tous les libraires n’ont pas le bon sens de recommander des livres sains aux jeunes âmes en quête de sens. Plutôt que Pennac, Picouly ou Fred Vargas, qui a récemment rallié mon parti, ils pourront leur conseiller, parce qu’ils sont en vente libre et sans avertissement, l’antisémite surévalué Céline ou, plus proche de nous, Houellebecq, dont le pessimisme morbide, le racisme latent et l’islamophobie sont absolument effrayants, surtout à l’approche d’élections européennes qui doivent être vécues dans un esprit de fraternité démocratique. Tout le monde n’a pas le sang froid d’Elisabeth Lévy qui peut interviouver Maurice G.Dantec sans vomir et montrer ainsi à quel point cet auteur crypto-nazi est proche du delirium tremens.

Tu quoque mi fili ! seraient tentés de lancer tous les membres du Culet au site Mediapart en qui nous pensions trouver un allié dans l’élaboration de cette charte pour une littérature démocrate et humaniste qui se révèle plus que jamais indispensable

Hélas, il semble que notre combat soit encore plus dur que prévu, que bon nombre d’éditeurs, de journalistes et d’écrivains fassent preuve d’une inconséquence citoyenne tragique qui n’est pas sans rappeler les discussions des moines byzantins sur le sexe des anges alors que les Turcs assiégeaient Constantinople.

Enfantillages

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Fourrure, fureurs, fou rire

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Tout avait bien commencé pour l’association américaine de défense des animaux PETA (People for the Ethical Treatment of Animals). Elle s’était d’abord fait favorablement connaître en faisant poser des tops entièrement dévêtues sous le slogan affriolant « Plutôt à poil qu’en fourrure ! » Le buzz avait encore enflé quand PETA avait envoyé des commandos de petites femmes nues semer leur zone lors des défilés où l’on exhibait de la zibeline ou du chinchilla. Puis suivant l’exemple des écolos londoniens creveurs de pneus de 4×4, ses militantes avaient encore haussé le ton et semé la terreur dans les fiestas de la jet set new-yorkaise en aspergeant d’hémoglobine les ultimes porteuses d’étoles criminogènes. Hélas, le vent a tourné : chez tous les créateurs, la fourrure, un temps oubliée pour ne pas faire de vagues, est redevenue top trendy. Et PETA, boudée par les mannequins qui se sont trouvé d’autres causes humanitaires, se retrouve mis en accusation, et cette fois par les amis des bêtes ! L’association qui, du temps de sa splendeur – et de ses fundraisings fructueux –, avait ouvert à Norfolk (Virginie) un refuge pour animaux abandonnés vient de reconnaître avoir euthanasié, faute de familles d’accueil, 95 % de ses hôtes à quatre pattes. Rassurez-vous les deux mille et quelques chiens et chats piqués en 2008 ont été ensuite dûment incinérés. Ça doit être ça le « traitement éthique » : on n’a pas revendu leurs peaux à des tanneurs…

Le pape, le pape, le pape

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La France est un pays catholique. Enfin, elle l’était encore la semaine dernière, quand tout ce qui portait calotte passionnait les rédactions et déclenchait dans le pays des élans rares de haine et de détestation. Quelle autre nation qu’une ultra-catholique pourrait à ce point focaliser toute son attention sur les propos et l’attitude de l’évêque romain ? Les sujets de préoccupation de nos journaux et de nos magazines n’ont rien eu à envier ces dernières semaines à ceux de l’Osservatore Romano : le pape, le pape, le pape.

On croyait la République laïque, on la voyait maintenant s’agenouiller sur des prie-dieu, faire ses dévotions et enseigner à l’Eglise ce qu’elle devait croire, dire et penser. Exeunt les polémiques sur les racines chrétiennes de l’Europe et la laïcité positive : la Fille aînée de l’Eglise était de retour. En forme, quoique légèrement sourdingue.

Rien d’autre que le pape ne semblait plus exister dans l’actualité. Chacun, ministres et people, avait son avis sur la question et entendait bien toucher sa part du gâteau médiatique pour dénoncer les propos de ce pape décidemment réactionnaire. Pour enfoncer le clou, on compara même Benoît XVI à son prédécesseur : on apprit donc que Jean-Paul II n’avait pas seulement attaqué le mur de Berlin à la petite cuiller, mais qu’il était aussi beaucoup plus cool sur les questions de société – dernière nouvelle. L’Eglise eut beau envoyer quelques-uns de ses prélats pour tenter d’expliquer ses positions sur la levée de l’excommunication des lefebvristes, l’avortement thérapeutique ou le port obligatoire de la capote, rien n’y fit. L’Osservatore Romano consacra même un article aux catholiques qui, en Ouganda, distribuent des préservatifs chaque jour : chacun tint cela pour une manœuvre de diversion.

Il faudra désormais que les catholiques français s’y habituent : sur les affaires de l’Eglise, Pierre Bergé et Christophe Dechavanne sont beaucoup plus informés et instruits que ce béotien de Mgr Vingt-Trois. De quoi se mêle-t-il, d’ailleurs, celui-là ? Et pourquoi défend-il le pape ? Il ne peut pas s’occuper de ses affaires ? Il n’a rien d’autre à faire dans la vie ? Spécialiste incontesté du prêt-à-penser, l’infaillible Pierre Bergé sait. Et il le dit lui-même, confessant au micro d’une journaliste de France 2 qu’il s’intéresse depuis longtemps aux affaires de l’Eglise, « bien qu’étant protestant et athée ». Bien vu, mon Pierrot. Et mon grand-père, il s’intéresse à la parution du prochain Têtu, « bien qu’étant mort et hétérosexuel ».

Comme l’ensemble de l’épiscopat français, président de la Conférence des évêques en tête, semblait unanime à préconiser l’usage du préservatif pour ceux qui ne peuvent pas s’empêcher d’avoir de multiples partenaires de jeux, on se fit fort d’aller débusquer à France Bleu Orléans l’évêque du cru qui professait sur les ondes de la radio publique la plus effroyable monstruosité : « Le préservatif n’est pas fiable à 100 %. » Ouh là là ! que n’avait-il pas dit, cet hérétique ! Ne sait-il pas que la capote est fiable à 1000 %, qu’on peut déchirer l’emballage avec les dents sans endommager le condom, que si on utilise comme lubrifiant de la vaseline ou de la harissa le préservatif n’est bien entendu jamais poreux et que l’histoire des trithérapies préventives en cas de rupture du latex n’est qu’une bonne grosse légende urbaine que les internes se racontent dans les salles de garde ?

Quand la bulle médiatique a une idée en tête, elle ne l’a pas ailleurs. Si elle a décidé que les curés étaient opposés à la capote, ils doivent se soumettre et s’y plier. C’est la raison pour laquelle on gonfle artificiellement l’audience d’un évêque qui s’exprime un matin sur une locale de Radio France pour lui consacrer le soir l’ouverture du 20 heures, tandis que Mgr Vingt-Trois, président de la conférence épiscopale, doit se contenter de notes de bas de page dans des revues spécialisées lorsqu’il veut balancer l’une ou l’autre chose sensée.

Je ne voudrais pas jouer le papolâtre de service – cela m’obligerait à me lever le dimanche matin et à me comporter en bon chrétien –, mais il me faut reconnaître que le langage de vérité, c’est l’Eglise catholique qui le tient. Il est à mille lieux des slogans : il appelle chacun à sa responsabilité. La relation à l’autre est une chose trop importante pour la confier aux publicitaires, comme ne l’a pas dit Clemenceau. Et même pour tirer son coup vite fait bien fait, toutes lumières éteintes, il ne suffit pas de réciter une neuvaine de Sortez couvert, il faut savoir mettre une capote et la mettre bien. Responsabilité, donc, et rien d’autre.

Autant l’avouer tout de suite : il faut s’appeler Hans Jonas (encore un Boche comme Ratzinger, on les aura !) pour trouver excitante l’éthique de responsabilité ou Emmanuel Levinas pour croire à cette fadaise que notre relation à autrui engage toujours notre propre humanité. Il faut même être un peu marxiste (c’est-à-dire beaucoup Jérôme Leroy) pour s’apercevoir que le comportement sexuel n’est pas du tout lié à la doctrine de l’Eglise catholique (qui professe ce qu’elle veut en matière de mœurs et que personne en définitive n’écoute), mais aux infrastructures de la société. Qu’on le veuille ou non, « le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus global de la vie sociale, politique et spirituelle[1. Marx, Préface à la Contribution à la critique de l’Économie politique, 1859.] ». Pour Marx, l’infrastructure conditionne la superstructure. Ce n’est pas le pape qui a décrété le puritanisme dans l’Angleterre victorienne ni même la reine elle-même. Ce n’était pas non plus l’aggiornamento des idées en vogue du temps d’Elisabeth I qui en était la cause. Les manufacturiers de Liverpool, dont les coûts salariaux s’amoindrissaient d’autant plus qu’ils promouvaient le modèle familial, gagnant deux autres bras supplémentaires et escomptant une progéniture[2. Appartenant dans la Rome ancienne à la dernière classe des citoyens, le prolétaire ne possède nulle autre fortune que sa progéniture (proles).] vite productive, avaient déjà scellé l’affaire…

Aujourd’hui, la loi de l’infrastructure, fût-elle « impensée » au sens althussérien, c’est la consommation. Et cette loi s’étend à toute l’hyperstructure : l’intime, le sociétal, le politique, le médiatique (le médiatique résultant d’un ordonnancement assez approximatif des trois autres ordres). Et manque de bol, le spirituel ne veut point s’y plier. Il résiste, le bougre. Et son langage devient dès lors incompréhensible. Quand les cuisses d’une femme sont aussi consommables qu’une paire de Nike, quand le corps de l’autre se rend aussi accessible que l’achat d’un sandwich au Mac Do du coin, quand les images et les slogans déferlent dans une indétermination absolue, quand tout se vaut dès lors que tout s’achète, alors plus rien ne vaut rien. Vouloir parler de valeurs dans ce monde-là est aussi opportun que parler de corde dans la maison d’un pendu.

Mais, à quoi bon, sur de tels sujets, user notre raison ? Contre l’infrastructure, on ne peut rien (le jeune Marx le pressentait dès sa dissertation d’Abitur). Il est aujourd’hui assez émouvant de voir quelques catholiques, comme Patrice de Plunkett et Vincent Neymon, vouloir réagir et tenir bon. Mais c’est comme pisser dans un violon, dût-il, ce dernier, jouer le Salve Regina.

Moi qui ne suis pas spécialiste de ces choses-là (et des autres non plus au demeurant), j’ai été interviewé, suite à un article sur Benoît XVI, par quelques journalistes. Le premier que j’eus au téléphone me demanda si j’étais catholique. Je lui répondis que oui et que, Dieu me préservant malgré tout de la bigoterie, c’était irrémédiable. Il enchaîna abruptement : « Vous êtes catholique, oui, mais de quel courant ? »

Il m’apprenait que l’Eglise avait des courants. Comme mon cœur balançait (suis-je catholique fabiusien, rocardien, strauss-kahnien ou mollétiste ?), je ne pus que lui répondre : « Je suis du courant Jésus, fils de Dieu, conçu du Saint Esprit, né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts… » Je n’étais pas arrivé à la communion des saints et à la rémission des péchés qu’il m’engueulait déjà au téléphone : « Et le pape dans tout ça ! Et ses erreurs de communication, hein ? »

Quand je lui expliquai que le rôle de l’Eglise n’était pas de participer à la bulle communicationnelle, mais d’assurer le bon envoi des bélinos et des mails entre l’ici-bas et le Très-Haut, il me prit pour un plaisantin, m’insulta de tous les noms et me raccrocha au nez. Quoi ? je ne suis pas à la droite de l’Eglise, je ne suis pas à sa gauche et encore moins en son milieu. Je crois simplement que l’Eglise n’a pas à s’adapter aux modes passagères ni à communiquer : elle a simplement à « porter témoignage » comme l’apôtre Paul y invitait déjà les Corinthiens. Et ce n’est pas le même job : la communication vous promet des Rolex, l’Eglise la vie éternelle. Chacun son fonds de pension.

En attendant, le 22 mars dernier, l’Agence France Presse distribuait, reprise d’un sondage Ifop-JDD, la bonne nouvelle : les catholiques français veulent changer de pape. Ben oui, mes cocos, et on l’installera en Avignon. Et il aura une gueule d’amour comme Gérard Philipe, sauf qu’il sera issu de la diversité et qu’on le choisira assez vieux pour qu’il clamse assez vite (les Français adorent les papes morts), qu’il aura la foi mais pas trop, qu’il sera hyper cool sur les questions sociétales, style Dalaï Lama mais en moins orange et qu’il se battra pour le pouvoir d’achat. Rien d’autre ? Si ! bien sûr, il faudrait aussi qu’il soit un peu juif et musulman, histoire de pas discriminer. Et s’il pouvait être homosexuel ou trans ou bi ou lesbienne au mois de juin, quand approche la gay pride, le type serait un vrai cador. Le nec plus ultra serait qu’il soit une femme. Une participative et démocratique. Et divorcée, deux enfants à charge, dont un ado à problèmes. Et sûr qu’on votera pour elle aux prochaines européennes.

Cessons nos quolibets, laissons parler l’Agence France-Presse : « 43 % des catholiques français souhaitent que le pape Benoît XVI démissionne ou parte en retraite, selon un sondage Ifop paru dans le Journal du dimanche. Seulement 54 % ne le souhaitent pas… » Et maintenant, ami catho, réactionnaire, papophile, contempteur de la capote et collectionneur incurable de croix légèrement gammées, révise ton arithmétique médiatique : elle t’apprendra que 43 est supérieur à 54. Evidemment. Alors, comme t’y incite le Carême, convertis-toi et crois en la Bonne Nouvelle. Tu y liras l’histoire d’un homme[2. Jean 8, 3-11. Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu, ils disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ? » Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin d’avoir matière à l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! » Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol. Mais eux, entendant cela, s’en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu. Alors, se redressant, Jésus lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. »] qui se contentait de dessiner de son doigt des signes sur le sable, chaque fois que se déchaînait autour de lui la compétition des mauvaises nouvelles.

Je vois Satan tomber comme l'éclair

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Le vent se lève…

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Aussi surprenant que cela puisse paraître, personne, absolument personne, n’a relevé dans la presse française le dernier dérapage de Jean-Marie Le Pen sur la question de l’antisémitisme. Interrogé par des journalistes à Bruxelles pour savoir ce qu’il pensait du dernier rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union, portant sur 19 pays européens et soulignant une nette remontée des actes antijuifs depuis le déclenchement des hostilités à Gaza, Jean-Marie Le Pen a répondu, sans l’ombre d’une hésitation : « Ça ne me surprend pas qu’il y ait une montée (de l’antisémitisme). En fait, c’est parfaitement compréhensible car Israël alimente des sentiments d’antisémitisme. » Quant au rapport de l’Agence, le président du FN a estimé qu’il s’agissait d’une « grossière diversion », destinée à faire oublier les crimes de guerre d’Israël à Gaza.

On s’étonnera donc que la presse française qui, il y a une semaine, avait amplement relayé la sortie de Le Pen au Parlement européen et le come-back du « détail » dans la rhétorique frontiste, soit restée muette devant cette justification de l’antisémitisme, dont les seuls coupables ne sauraient être que les Israéliens. Enfin on ne s’étonnera qu’à moitié. Parce qu’en vrai, ces mots, cette justification, cette absolution, ce n’est pas à Jean-Marie Le Pen qu’on les doit, mais à Ken Loach.

Oui oui, Ken Loach, le metteur en scène concerné de Bread and Roses, l’humaniste engagé de Le vent se lève, pour lequel il a obtenu la Palme d’or à Cannes en 2006. Ken Loach le chouchou des pages cinéma de Télérama, du Monde et des Inrocks. Et surtout Ken Loach, le courageux militant d’extrême gauche, le grand contempteur du Capital et du social-libéralisme, le soutien inconditionnel d’Olivier Besancenot à la dernière présidentielle.

A ce stade du récit, une précision s’impose et notamment à l’attention des tenants de l’équation gauchisme = antisionisme = antisémitisme. Je le répéterai autant de fois qu’il le faudra : par pitié, laissons l’amalgame forcené au Camp du Bien ! Je n’accuse pas tous les trotskystes, ni toute l’extrême gauche de complaisance pour l’antisémitisme, et encore moins d’antisémitisme. En Grande Bretagne, de nombreux groupes marxistes ont dénoncé les déclarations de Loach. En France, l’excellent site trotskyste de Gilles Suze (un bolchevik old school, opposant interne au NPA) a prouvé, durant toute la durée du conflit à Gaza qu’on pouvait et qu’on devait impérativement faire la part des choses entre la condamnation de l’intervention et les accusations de massacres ou de génocide, porteuses de dérives antisémites. Toujours chez nous, depuis des années, c’est le site d’extrême gauche – certains diront même d’ultra-gauche – d’Yves Coleman[1. On pourra notamment y lire un compte-rendu hallucinant de la visite de courtoisie faite au Hezbollah par l’antisioniste radical Norman Finkelstein, auteur du fameux ouvrage L’Industrie de l’Holocauste.] qui maintient avec le plus de pertinence et de virulence les saines traditions de cordon sanitaire issues de l’Affaire Dreyfus – et que nombre d’élus banlieusards de la gauche et de la droite respectables oublient volontiers en période électorale.

Mais bon, cela étant dit, on est bien obligé de constater que le discours ultra-limite de Ken Loach a été glissé en douce sous le tapis de Libé jusqu’à l’Obs. Situation délicieuse, ce sont de fieffés réacs tsahalophiles comme mes amis XP et Menahem Macina qui ont rétabli le droit du cinéaste engagé à faire connaître ses prises de positions sur le Proche Orient, le pauvre ayant été censuré, pour son bien, par ses propres groupies !

On attendra donc en vain qu’à chaque fois que nos amis de la presse qui pense reparleront d’un film de Ken Loach, ils prendront des pincettes, préciseront que leur engouement est strictement artistique et qu’il n’a rien à voir avec ses prises de positions politiques nauséabondes ; un traitement façon Brigitte Bardot qu’on peut aimer dans Le mépris sans être pour autant accusé d’être favorable à l’abattage rituel de tous les immigrés pour l’Aïd el Kebir. Plus sérieusement, on attendra qu’Olivier Besancenot se fende d’une petite mise au point. Daniel Bensaïd, qui sait écrire, devrait pouvoir lui faire ça sans trop de souci. On sait le trotskyste lambda pointilleux, voire chichiteux sur les principes, faudrait pas perdre les bonnes habitudes avec la création du NPA. Rappelons que lors d’une rencontre avec le metteur en scène diffusée le 2 janvier 2008 sur France Inter, Olivier Besancenot avait déclaré : « J’irais bien au pouvoir avec Ken Loach ! » Espérons que le cas échéant, il ne lui confiera pas le Quai d’Orsay, et encore moins la division du ministère de l’Intérieur chargée de la protection des lieux de culte.

Bref, je pense qu’Olivier Besancenot et avec lui la quasi-totalité de l’establishment ont tort de fermer les yeux sur ces transgressions de plus en plus transgressives. On est tellement gêné qu’on préfère regarder ailleurs. C’est tabou, un peu comme l’inceste avant que ça devienne à la mode. On fait comme si ça n’existait pas, et pourtant, ça existe : Le Pen n’a pas le monopole du dérapage, il y a des chics types aux normes ISO 2009 qui trouvent que la montée de l’antisémitisme est understandable et que la dénonciation des récentes attaques de synagogues était une « grossière diversion » (Red herring, hareng rouge, en VO). Alors que jusque-là, le seul discours admissible dans cette frange de l’opinion était que quels que soient les crimes imputés à l’Etat d’Israël, toute forme d’antisémitisme était injustifiable. Grâce à Ken Loach, face aux actes antisémites, on est passé du traditionnel Je condamne, mais… à l’innovant Je comprends, mais…, bref on a franchi un palier, et qui risque de ne pas être le dernier. Sincèrement, je ne dis pas que Loach est antisémite et n’encourage personne à le penser. En revanche, je crois qu’il encourage l’antisémitisme, tout en étant intimement persuadé de ne pas le faire. Je pense que cet homme, comme des flopées de citoyennistes est plombé par sa vision strictement binaire du réel, par sa division du monde en bad guys et good guys, qui est pourtant celle des thrillers bourrins américains qu’il déteste et que j’adore. Par absence d’imagination, inculture historique ou paresse idéologique, Ken Loach plaque ses schémas de Land and freedom (méchants franquistes/gentils républicains ou encore crapules staliniennes/angelots trotskystes) sur le conflit entre Tsahal et Hamas, je vous laisse deviner qui est qui…

Le pire dans tout ça, c’est donc que Ken Loach n’est pas vraiment un raciste, ni plus spécialement un antisémite. Il est victime de son ignorance, de ses préjugés, de son simplisme. Oui, c’est ça, c’est un simplet. Il n’est en définitive que le frère jumeau du petit blanc gogol de ses propres cauchemars, celui qui croit que tous les arabes dealent du crack dans les caves de HLM entre deux tournantes…

Mieux vaut Qatar que jamais

8

Le 17 mars dernier, Robert Ménard, ex-boss de Reporters sans frontières, menaçait de démissionner de son poste de directeur du Centre de Doha pour la liberté de la Presse, une institution financée par l’épouse de l’émir du Qatar. Il a piqué une grosse colère en prenant conscience que les confortables émoluments qui lui sont versés par cette dame d’œuvre pétroleuse ne l’autorisent pas à diriger effectivement cette Gongo (Governemental non governemental organisation). Ainsi, la maison de repos pour journalistes persécutés qui devait être la vitrine de ce centre n’abrite, après un an de fonctionnement que deux pensionnaires, les autres n’ayant pas obtenu le visa d’entrée au Qatar.

Peut-on prêcher la vertu dans un bordel ?

54

Rama Yade, la diva des sondages, ferait mieux de regarder Thalassa que se faire enfumer par Jean Daniel dans un débat sur un éventuel boycott de la Conférence de l’ONU sur le racisme, dite Durban 2, prévue pour la fin de ce mois d’avril à Genève. Elle aurait pu voir[1. Les enfants de M’bour, un reportage de Daniel Grandclémentn, diffusé le 27 février dernier dans le magazine Thalassa, qui n’en n’a rien à cirer du politiquement correct, pourvu qu’on ne pisse pas dans la mer.], comment, dans son pays d’origine, le Sénégal, on traite des enfants confiés à des écoles coraniques où on les contraint à ânonner le Coran à coup de chicotte le matin, et l’après-midi à faire la manche pour rapporter 500 francs CFA, le minimum qui leur évitera la raclée de l’imam.

On n’a pas, jusqu’à ce jour, entendu le Sénégalais Doudou Diène, porteur du titre ronflant de « rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance », clouer au pilori ces pratiques infâmes. Ce maître d’œuvre du discours onusien sur le racisme préfère stigmatiser l’idéologie laïque à la française, pétrie de colonialisme et de xénophobie, qui prive les jeunes musulmanes du droit de se soumettre à l’obligation du port du hijab dans les enceintes scolaires. Poussée dans ses retranchements par un Jean Daniel plus sentencieux que jamais, la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme a fini par concéder, lors d’un débat à Rennes, qu’elle était favorable à ce que la France participe à la Conférence Durban 2 pour, dit-elle « combattre au nom de nos valeurs ». Ben voyons ! Comme si notre brillante ministre ne savait pas que dans ce genre de raout, tout est vissé d’avance, les communiqués, résolutions et autres textes déclamatoires étant négociés à la virgule près et adoptés avant même que les excellences ne mettent les pieds dans la salle des conférences.

Dans sa dernière version qui doit beaucoup à la patte du représentant russe à Genève, le texte de Durban 2 est le résultat d’un compromis qui peut se résumer au marchandage suivant : les dictatures du tiers-monde arrêtent de diaboliser Israël comme ce fut le cas en 2001 à Durban, et les démocraties occidentales ne viennent pas leur chercher la petite bête sur le sort réservé dans ces pays, aux femmes, aux homosexuels et aux minorités ethniques et religieuses. Mais même édulcoré et nettoyé de ses formulations les plus provocatrices, le texte[2. 2.On lira une critique détaillée de ce « nouveau » texte dans une tribune de Malka Markovich publiée par Libération.] préparé par le secrétariat de la Conférence, présidé par la Libye et vice-présidé par le Pakistan et Cuba – plus respectueux des droits de l’homme tu meurs ! – n’a pas convaincu la Canada, Israël, l’Allemagne et l’Italie de participer à cette conférence. Les Etats-Unis d’Obama ont brièvement tenté un retour dans les réunions préparatoires au début février. Dix jours plus tard, ils pliaient bagages en constatant que les concessions des organisateurs étaient de pure forme, et qu’il était dangereux, en conséquence, de se laisser piéger dans ce traquenard genevois.

Mais le duo Rama Yade-Jean Daniel est sans doute plus à même que les gnomes de Washington de faire se comporter comme des gens civilisés les grands démocrates antiracistes qui gouvernent la Libye, Cuba, l’Iran ou le Venezuela. Vous savez, Mesdames et Messieurs, le racisme et la discrimination, c’est pas bien, mais en raison de cette merveilleuse alliance des civilisations qui nous rassemble dans ces lieux chargés d’histoire, on ne va pas en faire un fromage : il suffit d’une petite signature, là en bas à droite, mais qui n’engage à rien ou à pas grand chose. C’est non ?… Bon c’est dommage, mais on ne va pas se fâcher pour si peu. À plus, au prochain sommet de l’Union pour la Méditerranée sans doute…

Voilà à peu près l’effet que l’on peut attendre de l’attitude « combative » revendiquée par Rama Yade, puisque, par avance, on a déjà lâché sur les questions intéressant les féministes et associations de défense des homosexuels ainsi que sur « l’incitation à la haine des religions », nouvelle formule remplaçant la condamnation, par la Conférence, de la diffamation des religions qui visait clairement les caricatures de Mahomet.

Les partisans de la participation à la Conférence établissent un parallèle entre cette dernière et la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) des années 1970, qui avait été le cadre du dialogue entre les démocraties occidentales et le bloc communiste. Son texte majeur, l’Acte final d’Helsinki de 1975, comprenait un engagement de toutes les parties à respecter, à l’intérieur de leurs frontières, des principes compatibles avec les droits de l’homme fondamentaux. Leonid Brejnev signa sans broncher, mais rien ne changea vraiment en URSS et dans les pays satellites, sinon que les maigres bataillons des dissidents purent s’appuyer sur un texte signé par leurs dirigeants pour faire valoir leurs droits, la plupart du temps sans succès. Contrairement à ce que veulent nous faire croire ces diplomates qui prennent un plaisir intense à souper régulièrement avec le diable, ce n’est pas la CSCE et l’Acte final d’Helsinki qui ont mis à bas le communisme, mais le combat sans concession que Ronald Reagan a réussi à imposer contre « l’Empire du Mal » par le grand bluff de la « guerre des étoiles ». Mais même à Helsinki, les adversaires des démocraties n’étaient pas les maîtres de l’ordre du jour. C’était du donnant-donnant: nous acceptons de libéraliser les échanges commerciaux avec l’Est, si vous acceptez la corbeille « droits de l’homme » dans le deal final.

Certains espéraient que la substitution d’un Conseil des droits de l’homme à la Commission des droits de l’homme de l’ONU allait mettre un terme aux dérives de cette dernière, qui était devenue le forum où les dictatures obscurantistes mettaient systématiquement les démocraties en accusation, et un tribunal destiné à condamner Israël tandis que des tyrans sanguinaires se donnaient mutuellement l’absolution.

Il n’en est rien, et le système onusien continue de produire, en ce domaine, de la rhétorique déclamatoire et des rapports biaisés confiés à des « rapporteurs spéciaux » dont l’impartialité est aussi incontestable que celle de Richard Falk, probablement chargé des territoire palestiniens parce qu’il avait qualifié Gaza de « nouvel Auschwitz », ou celle de l’ineffable Jean Ziegler, l’obligé de Mouammar Kadhafi et de Fidel Castro. Son dernier opus, La haine de l’Occident, est une justification à peine voilée du terrorisme islamiste au nom des abominations que les pays « riches » ont commis et commettent encore dans le Tiers-monde.

On peut toujours aller prêcher la vertu dans un bordel, mais on ne doit pas s’étonner d’en revenir avec la vérole.

Pour une répression préventive

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Quand j’étais au lycée, le directeur me convoqua un jour dans son bureau pour une bêtise que je n’avais pas faite. À ses questions sur la farce qui était plutôt comique mais que j’ai oubliée (désolé), je répondis que ce n’était pas moi et rajoutai : « Mais ça aurait pu l’être. » Quelques semaines plus tard, sans faits et sans preuves, j’étais viré. Motif : attitude négative. Dans sa grande sagesse, le responsable de l’établissement s’était débarrassé d’un insolent qui défiait l’autorité depuis un peu trop longtemps. Etait-ce juste ou pas ? Je l’ignore, mais à sa place aujourd’hui, je n’agirais pas autrement.

Dans un film dont j’ai oublié le titre, Sami Naceri est cerné par la police. Au lieu de mettre les mains en l’air comme on le lui ordonne, il fait le mariole, insulte, provoque et fait mine de dégainer en pointant sa main vide de toute arme sur une femme flic qui, se sentant menacée, le descend. Quand elle comprend que le braillard était désarmé, elle est bouleversée et gagnée par ce sentiment étrange et répandu surtout chez les innocents, la culpabilité. Franchement, je ne vois pas ce qu’il y a de bouleversant à flinguer Sami Naceri que je préfère voir torturé dans un roman de Dantec[1. Maurice G. Dantec, Artefact, Albin Michel, 2007, « Le monde de ce Prince ».] plutôt que pérorant à la télévision quand il devrait être en prison.

Mais oublions l’acteur et revenons au personnage du film. Est-il juste qu’il meure ? Je n’ai pas la réponse mais la leçon à tirer de cette histoire est que dans le doute, la police se défend. Si le message passe, le délinquant ne sera pas mort pour rien.

De même, que Saddam Hussein ait ou non détenu des armes de destruction massive n’a que peu d’importance. Qu’il l’ait fait croire au monde en baladant les inspecteurs de l’Onu pendant dix ans aura suffi à lui attirer les foudres de cet Occident qui ne craint pas ses ennemis. Attitude négative. Personne n’est à l’abri d’une guerre préventive. À bon entendeur, salut. Est-ce juste ? Le gendarme du monde marche parfois sur la justice mais je gage que l’avenir, à commencer par celui de l’Irak, donnera raison au regretté président Bush, n’en déplaise à ceux dont la pensée politique semble inspirée par les Guignols de l’Info.

Est-il juste que Julien Coupat soit en prison et Ivan Colonna condamné ? Que leurs sympathisants posent la question me paraît légitime, que les intéressés le fassent à l’ombre me semble indispensable.

Si vous écrivez des âneries sur la nécessité d’attaquer la société technologique en sabotant des trains, évitez de traîner près des rails les nuits de sabotage car vous pourriez attendre quelques mois derrière les barreaux que l’on établisse votre innocence ou votre culpabilité.

Si vous appartenez à un groupe d’où partent des coups de feu qui blessent des policiers, il se pourrait qu’on vous renvoie la balle et que vous en mouriez. Même si vous n’avez pas tiré vous même, même si vous n’avez pas d’armes. Est-ce juste ? Non, je vous l’accorde, mais je doute qu’à part chez les islamo-gauchistes on vous pleure très longtemps.

Si vous jouez le bandit corse avec tout le folklore, meurtre, embrouille, mensonge, aveux, désaveux, maquis et omerta, si, quand on vous aura gaulé comme une noix, vous prenez la justice de haut, vous courrez le risque d’être condamné sans preuves matérielles parce que l’intime conviction d’un jury suffit. Vous pourrez hurler au complot et en appeler à l’Europe mais depuis les geôles de la justice « coloniale ».

Avant de faire régner la justice, l’Etat se défend. À travers vous, l’Etat dissuade et je m’en réjouis. Tant pis pour ceux qui font semblant de tirer sur les flics, pour les dictateurs qui bluffent, les apprentis-révolutionnaires et les bergers bas du front. C’est une loi qu’on devrait enseigner aux écervelés comme l’eau qui mouille ou le feu qui brûle. L’Etat se défend et tant mieux parce que l’Etat c’est moi. Légitime défense. Quand on attaque la police ou qu’on bousille le chemin de fer, quand on menace ma civilisation ou qu’on assassine un Préfet, c’est moi qu’on vise parce que l’Etat, c’est moi.

Alors s’il arrive qu’en mon nom, on prenne quelques libertés avec la loi, les droits de la défense ou les droits de l’homme, je pense à Dirty Harry et je souris. Comme Mme Erignac depuis le verdict, je souris. Et quand une condamnation rend leur sourire aux veuves et aux orphelins, j’ai confiance dans la justice de mon pays. Vous trouvez ça injuste ?

Artefact

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Il est frais, mon Causeur

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numero10

Le numéro de Causeur du mois d’avril vient de paraître ! N’abandonnez pas aux poissonniers le monopole de s’en servir pour emballer le poisson. Abonnez-vous : vous y trouverez, réunis sous le titre de « Satan is back », des textes d’Elisabeth Lévy, Luc Rosenzweig, Marc Cohen, François Miclo, Bruno Maillé, Gil Mihaely, Jérôme Leroy, Basile de Koch, ainsi qu’un entretien exclusif avec Daniel Cohen. Retrouvez Causeur dans vos meilleures poissonneries (ou à défaut sur abonnement).

Le gouvernement Netanyahou : une coalition antinucléaire

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L’Iran d’abord : contrairement à ce que pensent la plupart des commentateurs, telle est la logique du nouveau gouvernement israélien présenté hier. Le casting de Netanyahou reflète et sans doute plus autant ses priorités stratégiques que ses calculs politiques. C’est dans cette perspective que se comprend le maintien d’Ehud Barak à la Défense ainsi que les choix du ministre des Affaires stratégiques et du ministre chargé des services de renseignements et de l’équivalent israélien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Pour ces deux portefeuilles, Netanyahou a nommé le général Moshe Yaalon (que tout le monde appelle Boguy), ancien chef d’état-major, et Dan Meridor, ancien ministre de la Justice et vétéran du comité parlementaire chargé de la supervision des services de renseignements et des affaires stratégiques. En clair, c’est un cabinet de crise qui va devoir traiter ce dossier brûlant, lequel, selon l’analyse israélienne, est entré dans une phase critique.

Le calendrier a été défini le 25 mars par le général Yadlin, chef du renseignement militaire. Convoqué par la commission de sécurité et des affaires étrangères de la Knesset, cet ancien pilote de chasse qui a participé au raid sur le réacteur irakien Osirak en juin 1981 a déclaré que l’Iran avait dépassé le seuil technologique et que désormais, s’il décidait de se doter d’une arme nucléaire, il y parviendrait en quelques mois, au plus une année. Opérée par un lanceur de fabrication nationale, la mise en orbite d’un satellite par les Iraniens montre que la République islamique possède aussi des missiles capables de porter une tête nucléaire.
Netanyahou va donc observer de près ce que font les Américains qui donnent désormais la priorité aux tractations politiques pour parvenir à un accord avec l’Iran. Mais pendant que Barack Obama négocie, rien n’empêche Ehud Barak (ni la CIA d’ailleurs) de continuer la guerre secrète contre Téhéran et de prévoir, en coordination avec les Américains et les Européens, d’autres options plus violentes et moins discrètes. Au cas où. Autrement dit, l’option militaire est étudiée très sérieusement à Tel Aviv.

En faisant du dossier iranien – problème réel et urgent – la clé de voûte de sa stratégie, Netanyahou se montre très habile. Sur le plan national, cela lui permet d’intégrer les travaillistes dans sa coalition, ce qui a au moins trois avantages : présenter au public ce « gouvernement d’union nationale » qu’il apprécie tant, maquiller le socle de sa majorité qui repose à la fois sur la droite religieuse et sur la droite nationaliste et enfin, porter un coup supplémentaire au parti de Barak, déjà déplumé après les élections de février dernier. Très divisés – cinq députés travaillistes n’ont pas voté la confiance au gouvernement – et en chute libre dans les sondages, la plus vielle formation politique israélienne qui a promis-juré il y a un mois de se refaire une santé sur les bancs de l’opposition, aura du mal à retrouver son électorat aux prochaines échéances nationales.

L’espace politique que Barak vient d’abandonner n’a pas resté vide longtemps – Tzipi Livni, chef de Kadima, le plus grand parti de la Knesset, a montré par son discours musclé qu’elle a bien l’intention de se positionner comme le deuxième parti de gouvernement et donc comme une alternative.

Sur la scène internationale, l’argument iranien de Netanyahou est écouté. À Washington, Paris, Berlin et à Londres, on sait que l’Iran constitue une menace. Mais dans ces mêmes chancelleries, on craint aussi que Netanyahou n’utilise l’Iran comme prétexte pour traîner des pieds avec les Palestiniens et les Syriens. Cette méfiance n’est pas totalement infondée. Encore que quelles que soient les intentions réelles de Netanyahu, la situation au Proche-Orient est bel et bien bloquée, tout le monde attendant l’issue des négociations entre Obama et le gouvernement iranien pour savoir d’où vient le vent. Or, pour les Iraniens, leur influence sur le Hamas, le Hezbollah et la Syrie est une carte majeure dans le nouveau « grand jeu » qui s’annonce. Ils ont donc intérêt à tout verrouiller pour l’instant.

En conséquence, d’ici au moins six mois, il sera impossible d’avancer avec les Palestiniens et avec les Syriens. Netanyahou n’a donc aucune raison d’aller tout de suite au conflit avec ses alliés de droite qui le soutiennent sur le dossier iranien. Si, un règlement général devait être négocié avec l’Iran – ce qui me paraît hautement souhaitable mais un peu moins probable – la situation serait différente. Netanyahou devrait alors faire des choix politiques et idéologiques difficiles. On ne voit pas pourquoi l’Iran lâcherait à la fois la bombe, le Hezbollah et le Hamas, aiderait les Américains en Irak et en Afghanistan sans obtenir en contrepartie la reconnaissance de son statut de puissance régionale – perspective qui n’enthousiasme pas en Israël. Dans le cadre d’un tel arrangement global Israël aurait toute sa place mais il lui faudrait en échange renoncer à occuper celle des autres. Autrement dit, une fois l’hypothèque iranienne levée, les questions de la Cisjordanie et du Golan seront discutées sérieusement et Netanyahou devra choisir entre sa coalition et l’allié principal d’Israël. Par les temps qui courent, la première est plus facile à remplacer que le second.

Je suis con, la RATP parle dans ma tête

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Depuis un mois ou deux, la RATP a lancé une éprouvante « campagne pédagogique pour aider à la régularité du trafic ». Les vitres des métros et des RER se sont ainsi recouvertes d’une lèpre pimpante d’ »info-bulles », de chiures multicolores, d’étiquettes adhésives en forme de bulles de bande-dessinée, sur lesquelles les prétendus « usagers » peuvent lire ces slogans qui font désormais partie de leur désespoir quotidien : « Préparer ma sortie facilite ma descente », « Les portes s’ouvrent, je laisse descendre », « Retenir les portes, c’est retenir le métro », « Au signal sonore, je m’éloigne des portes » ou encore « Une seconde perdue en station = du retard sur toute la ligne ». De manière à peu près contemporaine, des saloperies pédagogiques ont également envahi les bus de la ville qui a été un jour Paris.

Ces campagnes d’infantilisation publique généralisée n’ont pour l’heure suscité la création d’aucun collectif « Adultes en colère » ou « Ztop l’infantil ». La discrimination permanente contre les adultes laisse également absolument indifférente notre bonne vieille Halde. Seuls le talentueux Matthieu Jung dans Libération et Caroline Constant dans L’Humanité ont épinglé avec humour ces « stickers » maléfiques, ces outrageants bubons.

Mais la violence radicale de cette campagne réside avant tout dans sa dégoûtante manière d’employer le pronom « je » à ma place. Non contente de broyer régulièrement ses « usagers » physiquement, la RATP désire à présent les broyer aussi logiquement, symboliquement. Les faire entrer en fusion avec ses décourageantes chansonnettes citoyennes. Personnellement, je suis contre l’abolition de la frontière entre la RATP et moi. Je ne l’autorise pas à me tutoyer, moins encore à me jejoyer.

Tout ça me donne envie de coller quelques « stickers » sur le crâne des communicants délirants de la RATP : « Je ne dis pas je à la place des autres », « Mes lapalissades, je me les fous au cul », « Je ne parle pas aux adultes comme à des enfants », « J’arrête d’être cool, sympa et fun ». Si on continue comme ça, les policiers crieront peut-être bientôt à ceux qu’ils s’apprêtent à arrêter : « Je lève les mains, je me rends ! » On en conviendra, cela pourrait prêter à certaines fâcheuses confusions.

Pour tous les adeptes d’une « résistance citoyenne » à l’infantilisation et aux innombrables « incivilités » de la RATP, une bonne nouvelle, tout de même : la charmante petite pointe de ces bulles de bande-dessinée permet de les décoller avec une facilité admirable. Car, en plus, ces gens-là sont bourrés de sens pratique.