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Causeur, nouvelle formule du mensuel

Le numéro de mai de Causeur vient de paraître ! Au sommaire, une pagination qui passe de seize à trente-deux pages, une toute nouvelle maquette, davantage d’illustrations et de textes inédits. Onze mois tout juste après son lancement, le look change, mais l’esprit demeure. Plus que jamais, Causeur essaie de s’engager en dehors des sentiers battus et de tous les conformismes de notre époque.
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En exclusivité ce mois-ci dans le mensuel
Parole d’homme, Elisabeth Lévy
Diego Manzana, Raul Cazals
NKM. 9 mois, Trudi Kohl
Cause toujours, tu m’intéresses, Basile de Koch
Jean Clair. Portrait du jeune homme en réactionnaire, François Miclo
Lectures, Jérôme Leroy

Les palmes de M. Schulz

Martin Schulz a remporté mercredi une belle victoire. Le président du groupe socialiste au Parlement européen a arrêté, à la force de ses petits bras, l’hydre menaçante du fascisme et conjuré les ombres qui hantent encore les recoins les plus noirs de l’histoire de notre continent. Churchill, De Gaulle, Eisenhower, Staline : allez-vous rhabiller ! Désormais, les enfants apprendront que le vainqueur du nazisme est Martin Schulz. Et personne d’autre.

Enfin, vainqueur du nazisme, c’est vite dit. Celui dont Silvio Berlusconi disait en juillet 2003 qu’il avait tout du kapo[1. Le 2 juillet 2003, au Parlement européen, Schulz reprochait à Silvio Berlusconi sa politique intérieure, alors que l’Italie présidait l’Union européenne. Ce qui lui valut la réplique d’Il Cavaliere : « Signor Schulz, so che in Italia c’è un produttore che sta montando un film sui campi di concentramento nazisti : la suggerirò per il ruolo di kapò. Lei è perfetto !“] a manœuvré pour éviter la pire infamie : que Jean-Marie Le Pen ouvre, en tant que doyen d’âge, la séance de la prochaine législature européenne.

À vrai dire, cela n’aurait pas été une première : en 1989, Claude Autant-Lara, député du Front national, l’avait fait, choquant les bonnes consciences de l’Europe unie parce qu’il dénonçait la « menace culturelle américaine » – comme le ferait aujourd’hui n’importe quel membre d’Attac ou du Front de gauche : ça doit être ça qu’on appelle la lepénisation des esprits. Le discours d’Autant-Lara avait été jugé tellement provocateur à l’époque que la moitié de l’hémicycle se vida et qu’on procéda très vite à une modification de l’article 13 du règlement intérieur : le doyen d’âge n’aurait désormais plus la parole, mais se contenterait de présider les opérations électorales. Triomphe de la démocratie.

Donc, ce que craignait Martin Schulz, en vérité, ce n’était ni un discours ni un dérapage du président du Front national, mais sa simple présence physique à la tribune présidentielle du Parlement. Le président du groupe socialiste a peur de Le Pen comme un moineau d’un épouvantail. On a donc réfléchi à un nouveau texte, fait voter mercredi une assemblée plénière, modifié le règlement pour que ce soit le président ou un vice-président sortant qui officie à l’ouverture de la prochaine législature. Tout ça pour ça : interdire à Le Pen de ne pas dire un mot. Le priver de parole ne suffisait pas. Il fallait aussi l’interdire de silence.

Le procédé est discutable : dans un Etat de droit, une assemblée ne change pas le texte qui organise ses travaux par pure convenance. Si Martin Schulz, qui aura bien mérité de la démocratie européenne les palmes – pas académiques, mais celles du canard –, avait vraiment voulu que Jean-Marie Le Pen ne préside pas en juin prochain cette séance d’ouverture, il aurait été plus inspiré d’empêcher le président du Front national de siéger à nouveau à Strasbourg.

Non pas en s’allongeant de tout son corps devant la porte de l’hémicycle, mais en faisant ce que l’on fait depuis que la politique est politique : livrer bataille, ferrailler sur le terrain et réduire à peau de chagrin le score de son adversaire. C’est après tout ce qu’a fait Nicolas Sarkozy aux dernières élections présidentielles. Bien instruit, il s’est aperçu que les imprécations, les atermoiements et les cris de jeunes vierges effarouchées ne valent rien en politique. Seul compte le combat électoral.

Qu’on y prenne bien garde cependant : en modifiant le règlement intérieur du Parlement européen, Martin Schulz et ses amis ne se livrent pas à de petits arrangements parlementaires, ils voient Jean-Marie Le Pen déjà réélu au Parlement européen. Comment peuvent-ils préjuger du vote des Français ? Un mandat électif n’étant pas une prébende perpétuelle, qui leur dit que le président du Front national ne sera pas débordé dans sa circonscription par ses adversaires ? Qui leur dit qu’il ne sera pas blackboulé et pourra bien en juin reprendre le chemin de Strasbourg mais en simple touriste ?

En réalité, Martin Schulz se préoccupe de démocratie comme d’une guigne. Son opération était assez bien ficelée pour réussir : en prêchant la bonne conscience aux autres groupes parlementaires (si vous ne vous ralliez pas à nous, c’est que vous êtes des fascistes), il est parvenu, en fin de compte, à remettre en selle médiatiquement Jean-Marie Le Pen, qui aura tout loisir – et toute légitimité cette fois-ci – de se présenter devant ses électeurs comme la victime de « l’établissement ». L’initiative de Martin Schulz arrange bien, en fin de compte, les affaires électorales du Front national. Et pas que les siennes d’ailleurs.

Seulement, songeons que, du haut de cette modification du règlement intérieur de l’assemblée de Strasbourg, deux siècles d’histoire parlementaire (française, puis, par contagion, européenne) nous contemplent… Déjà, lors de la réunion des Etats généraux en mai 1789, c’est aux doyens des trois ordres que l’on confie la présidence des débats. Le règlement de la première Législative stipule en 1791 que « l’Assemblée doit se constituer provisoirement sous la présidence du doyen d’âge ». Cet usage ininterrompu est ce que Léon Daudet appelait ironiquement la « fête à grand-papa ».

Jamais en France une législature n’a commencé sans que le doyen d’âge ne l’inaugure. Souvent majorité et gouvernement n’ont pu d’ailleurs rien faire d’autre que prendre leur mal en patience. En 1849, du haut de son âge et du perchoir, Auguste Hilarion de Kératry, monarchiste élu dans le Finistère, invoque le Ciel et provoque les républicains. En 1923, Louis Andrieux plaide pour le vote des femmes : « Le suffrage n’est pas universel, quand la meilleure partie du genre humain en est exclu. » En mai 1958, le chanoine Kir, député-maire de Dijon, ouvre les travaux de la première législature de la Ve République en plaçant la France sous la protection de Dieu, tout en prodiguant ses conseils à un général de Gaulle qui n’en attendait pas tant. En 1981, devant une assemblée toute rose dont François Fillon est l’un des benjamins, le presque-nonagénaire Marcel Dassault part dans un trip assez spécial. Après avoir préconisé que la France produise ses propres motocyclettes et ses appareils photos pour endiguer le chômage, il appelle à l’organisation d’une Exposition universelle : « Depuis quarante ans, plus aucune exposition n’a été organisée. On se demande bien pourquoi car les expositions animent toujours les affaires. Si l’on en organisait une en 1983, en 1984 ou en 1985, il faudrait y adjoindre une sorte de Luna-Park comme il en existait avant guerre. Les jeunes iraient s’y distraire au lieu de se battre dans les escaliers des HLM. Les étrangers y viendraient aussi parce que, dans bien des pays, ce n’est pas beaucoup plus gai que chez nous ! » En 1988, c’est Édouard Frédéric-Dupont qui exerce comme président d’âge : il a rejoint le FN en 1986 avant de se faire réélire sous l’étiquette RPR en 1988 dans le VIIe arrondissement. Plus près de nous encore, en 1993, le centriste Charles Ehrmann procède à un long discours, dans lequel il appelle un Edouard Balladur médusé à stopper l’immigration, à renvoyer les illégaux, mais aussi à réaliser la liaison Grenoble-Nice et à percer un tunnel au Mercantour.

La démocratie française a-t-elle souffert un instant des discours souvent longs et ennuyeux, parfois vifs et saisissants, mais toujours décalés, que prononcèrent à l’Assemblée ses présidents d’âge ? A-t-on vu les chars russes déferler sur Paris, lorsqu’en 1945, le communiste Marcel Cachin ouvrit les travaux de l’Assemblée consultative provisoire ? A-t-on rompu les ponts avec les Etats-Unis lorsque le non moins communiste Virgile Barel célébra en 1973 la fin de la guerre du Vietnam ? Bien entendu que non. Les formes que prend le jeu parlementaire ne prêtent jamais à conséquence. Sauf quand on ne les respecte pas. Car, en fin de compte, ce qu’a obtenu mercredi à Strasbourg Martin Schulz est assez simple : il l’a mis minable à ce qui restait de démocratie en Europe, renforçant auprès de l’opinion publique l’idée que le Parlement ne se soucie guère du peuple ni de ses suffrages et redonnant, du même coup, à Jean-Marie Le Pen une nouvelle jeunesse électorale.

Elle est belle, la démocratie européenne, si sûre d’elle et de ses valeurs qu’elle se fait dessus devant un vieil homme.

A quand les T.Gay.V.?

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L’info a fait l’ouverture de tous les JT d’hier soir : la SNCF va réserver dix rames TGV aux familles cet été sur deux lignes tests (Paris-Marseille et Paris-Montpellier). Les 4.400 places ont été commercialisées dès hier. Siglée « TGV Family » (on imagine que le mot « Famille » évoquait les heures les plus sombres de notre histoire ferroviaire), cette opération offre, paraît-il, des réductions tarifaires de 60 % pour les enfants de moins de 12 ans. Bonus track, Disneyland Paris assurera des animations dans ces rames dans lesquelles, dixit Guillaume Pepy, on pourra « faire tout le bruit qu’on veut ». Je ne sais – ou disons que je ne veux pas savoir – pour quelles raisons le PDG de la SNCF imagine que les enfants ont forcément vocation à hurler dans les trains. Mais, c’est bien sûr le caractère discriminatoire d’une telle opération qui retiendra notre attention. Car en l’état actuel de nos sociétés arriérées, qui dit famille avec enfants, dit grosso modo pépère, bobonne et gniards, bref, comme toujours, il n’y en aura que pour les hétéros et nada pour les autres. On ose espérer que la Halde ne va pas laisser se commettre un tel forfait (SNCF).

La rose au point final

Le 1er mai dernier, ce n’était pas seulement la Fête du Travail, instaurée en 1941 par le Maréchal et célébrée cette année, pour la première fois depuis le camarade Mathusalem, par des défilés unitaires de tous les syndicats. C’était aussi (et j’oserais presque « surtout ») le seizième anniversaire du suicide de Pierre Bérégovoy. C’est l’histoire d’un ajusteur-fraiseur qui devient Premier ministre socialiste et qui en meurt, aurait résumé Coluche.

Sur France 2, le même jour, ça s’appelait plus vaguement Un homme d’honneur et c’était un (bon) téléfilm de Laurent Heynemann – du genre qui donne à penser…

Infortuné Béré, dans tous les sens du terme ! Car enfin, sous les règnes de Mitterrand Ier et François II, cet homme-là a été « aux affaires » pratiquement sans discontinuer – et apparemment, ça n’a pas fait les siennes ! Sinon, aurait-il eu besoin d’emprunter un malheureux million de francs pour acheter un appartement ? Je ne plaisante pas, hélas : 1000 KF, les plus anciens d’entre vous s’en souviennent, ça ne pesait pas bien lourd, en ces années de gauche en peau de lapin doublée vison…

Misérable gauche mitterrandienne ! Portée au pouvoir par le peuple éponyme pour « changer la vie », elle n’aura pas attendu longtemps pour… « changer d’avis ». Ou plutôt pour le faire savoir, par la bouche d’or de saint Jacques Delors : Révolution tranquille ? Poisson d’avril !

On avait juste oublié, figurez-vous, la concurrence internationale, les critères de convergence et autres détaux. Mitterrand-le-Cynique le savait mieux que quiconque : en démocratie, s’emparer du pouvoir et le garder sont deux exercices différents – ou plus exactement successifs et contradictoires. Plus on promet, plus on ment ! Et Dieu sait qu’à cet égard le mirage mitterrandien fut, haut la main, la plus grande escroquerie de nos quatre dernières Républiques.

Ho ! François-le-Fourbe aux obsèques de Pierre-le-Crédule – qu’il avait remercié sans ménagement quelques semaines auparavant. Mais si, souvenez-vous ! Ce jour-là, le Jouvet du socialo-communisme, larme à son œil de crocodile, fustigea avec une violence surjouée les « chiens », accusés un peu vitement des crimes du Canard et des hyènes de sa propre cour.

Car ils l’ont tous lâché dès ses premiers revers, ceux qui ne l’avaient jamais accepté ! Belle scène à ce sujet dans le téléfilm, et même pas inventée : Béré invitant à sa table le personnel de Matignon en lieu et place de ses « ministres-intègres », qui s’étaient massivement décommandés…

On ne manipule pas aussi éhontément les esprits sans « désespérer Billancourt ». Et Béré, c’était encore et toujours Billancourt. Les années 1980, qu’il croyait siennes, resteront comme celles de Tapie et de Séguéla (déjà !) Une rose au poing, et quoi dedans ? Le pognon triomphant ! Si sa chute fut mortelle, c’est que le naïf Bérégovoy tombait de haut. D’autant plus haut qu’il avait gravi une à une les marches de la gloire – quand tant d’autres se contentent de naître au sommet.

Et puis ce « prolo », comme dit avec une affection discrètement condescendante Dan Franck (dialoguiste du film et écrivain autorisé), était vraiment trop nigaud. Tel un coolie qui finit par se prendre pour son patron, le malheureux croyait pouvoir atteindre aux sommets sans laisser ses idées au vestiaire, c’est-à-dire au rez-de-chaussée.

Si la lutte des classes a un sens pour moi (le droitier contrarié par la droite[1. Cf. Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer.]), ce n’est sûrement pas la dialectique, dont on sait désormais qu’elle ne casse pas trois briques… Seulement quelques humains ! Et si ces hommes-là n’avaient qu’un visage, ce serait celui de l’ami Pierrot.

Ne riez pas ! Un pauvre qui veut devenir riche pour aider les pauvres, ça peut exister, si ça se trouve… Si Bérégovoy avait été une pièce de Paul Bourget, il n’y aurait peut-être pas gagné l’immortalité ; mais à coup sûr il se serait appelé Le Déclassé. Ce pauvre-là, donc, se retrouve grisé par la réussite, le pouvoir et leurs avantages collatéraux – qui ne saoulent vraiment que ceux qui les ont mérités, pas juste hérités. Jamais le « prolo » en question ne fut intégré dans le sérail mitterrandien : question de classe, tout simplement !

Scepticisme, condescendance, indifférence, lâchage en rase campagne sur son chemin de halage : comme son saint patron, Pierre aura tout connu dans son « élévation ». Non pas que je le plaigne plus que d’autres ! Chacun porte sa croix ; lui au moins l’avait choisie, et l’a tenue jusqu’au bout. « Chapeau bas devant la casquette… »

Mais voilà : sur France 2 au moins, grâce à ce Daniel Russo qui porte magnifiquement le Béré, c’est l’empathie qui l’emporte ! Une ascension sociale trop belle pour être vraie ; des amis trop riches pour être honnêtes ; des attaques médiatico-judiciaires trop convergentes pour ne pas inciter à la paranoïa ; et surtout, avant tout, cette culpabilité poussée jusqu’à la dépression pour des crimes contre l’Esprit (de gauche) dont il ne fut que le complice hébété – et pour lesquels il fut d’ailleurs le seul à plonger…

Ce qui émeut chez lui, c’est justement cette candeur blessée, parmi les ricanements de ces nouveaux marquis poudrés qui se réclament de « la Sociale ». Deux cents ans après cette révolte de la bourgeoisie marchande qu’on appelle de vos jours « Révolution française », la noblesse de blé est toujours au pouvoir. Mais lui, l’abbé (rrant) Pierre, s’obstine à secouer le tapis, jusqu’à découvrir enfin qu’il est cloué au sol ! Il en meurt et on en pleure, malgré ce cœur sec qu’on nous répute avoir[2. Emploi critiqué.].

Qui pleurerait en revanche sur les « tapiguélas », bestioles de sci-fi darwinienne conçues pour survivre à tout[3. Comme tout ce qu’a créé Darwin. Mais pas en sept jours, comme son prédécesseur YHV.] ? À ces Terminator plaqués or, rien n’est plus étranger que l’idée de suicide ! C’est même pour ça, en vrai, qu’on aime le vieux Béré : celui-là au moins sonne vrai, d’autant plus qu’il sonne son propre glas.

On l’aura compris (au moins Elisabeth !) : l’idée n’est pas ici de me recentrer à gauche. Au contraire j’accuse, comme disait Zola (« cette vieille truelle à merde », comme disait Bloy), l’ex-gauche ex-française d’avoir tué notre ex-Bérégovoy. Et je demande, pour cette ex-gauche irresponsable certes mais nuisible, la peine capitale : un miroir.

Peine perdue !, si j’ose dire : entre temps, les rats les plus futés ont quitté le navire. Au-delà des ministres d’ouverture[4. De toute façon, y a pas d’en-deçà.], c’est le cas d’un Jean-Luc Hees, opportuniste de progrès promu, ès-qualités, nouveau patron de Radio France ; et aussi d’une ribambelle de people qui n’a pas fini de se déployer[5. Si Sarkozy est réélu en 2012, s’entend.]. Parmi eux, on distingue notamment (dans la loge du sous-préfet) les auteurs de ce téléfilm. Aussi talentueux que dénués de scrupules, ces parvenus de la gauche extra-plate parviennent encore à nous tirer des larmes en nous contant une tragédie dont ils ne veulent en aucun cas tirer une leçon ! Pour ces faux-nez (et je suis poli), il s’agit là, tout simplement d’un « drame humain » : « un film sur la chute d’un homme », résume sobrement Dan Franck ; « comment un homme perd ses valeurs », complète insidieusement Laurent Heynemann.

Mais c’est l’inverse, les copains ! Bérégovoy a cru devoir endosser seul toutes les fautes morales de la « gauche divine » au pouvoir – quand les autres ne croyaient plus depuis belle lurette qu’au pouvoir tout court. Il en est mort, tant pis pour lui…De toute façon, vous voulez que je vous dise ? Ce mec avait déjà raté sa vie : cinquante ans bien passés, et toujours pas de Rolex !

Le marin rejeté par la mer

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L’antisionisme expliqué à mes potes

On a beaucoup diffamé l’antisionisme. Dernière tête connue de l’hydre antisémite pour les uns, clef indispensable à la compréhension du monde pour les autres et, pour la plupart des gens, un OVNI dont ils se demandent ce qu’il peut bien venir foutre dans le ciel français. Dieudonné, Soral et leurs alliés du Parti antisioniste de France (PAS) attaquent à découvert le lobby du Golem et de Superman aux élections européennes.

Les voilà donc au combat sur deux fronts : l’État d’Israël et l’emprise du sionisme sur la France.

Pour l’État juif (le problème, justement, est qu’il le soit), le projet antisioniste, le respectable, est d’en faire un État binational qui, par la démographie et la démocratie combinées, deviendrait vite un État arabe de plus dans la région. Pour les juifs, retour en dhimitude. Vu l’ambiance dans le voisinage, territoire judenrein un jour ? La Rue arabe du Quai chère à Luc Rosenzweig débordée par des extrémistes ? L’antisionisme : le droit des peuples à disposer de leurs juifs ?

logo-parti-anti-sioniste

Mais l’ennemi principal des dieudonnistes et associés, c’est le lobby qui, en France, tente de bâillonner les libres penseurs. Le logo du PAS est explicite : l’Hexagone est enveloppé dans un drapeau israélien, barré d’une croix pour que puisse se relever l’étendard aux trois couleurs. On imagine une pieuvre dont une tentacule interdit Dieudonné de spectacles à Bourges comme à Saint-Benoît (Poitou-Charentes), pendant qu’une autre prive Alain Soral de médias – la pieuvre qui s’étend sur le monde, on se demande où ils vont chercher tout ça. Mais tout n’est pas réchauffé dans leur cuisine. Ils peuvent, par exemple, vous expliquer que les premières victimes du sionisme, ce sont les juifs. À les entendre, les juifs les moins communautaires, pris en otage par des « organisations mafieuses », gagneraient à les rejoindre. Au moins, c’est vaguement nouveau, ils font des efforts. Parce que nous le valons bien ?

La surprise du chef, c’est la caution. Cette fois-ci, le juif de service est un rabbin antisioniste. Les chantres de l’égalité, de la réconciliation et de la laïcité républicaine ont trouvé un barbu enchapeauté, qui attend le messie et l’Israël de la Bible en vomissant l’Israël de l’Histoire. Le spectacle de Dieudonné et Soral assis entre deux autorités à calotte, le rabbin et l’impayable Yahia Gouasmi, représentant chiite venu éclairer les Français des lumières du Hezbollah, nous promet de grands moments d’Internet, à défaut de moments de télévision (le lobby, rappelez-vous).

Pourtant, sur RFI mardi 5 mai, notre maîtresse de maison acceptait, c’est dans son caractère, ce que tant d’autres avaient refusé : un débat avec Alain Soral sur la question sioniste. L’échange fut réjouissant, mais, si les ressorts de cette idéologie sommaire ont pu apparaître à certains, le mystère Soral reste entier. Le décalage entre le talent d’hier et le discours d’aujourd’hui laisse perplexe. On se demande quel grain de sable juif est venu un jour enrayer une machine aussi brillante pour que ses analyses se réduisent à un leitmotiv : l’Elysée – et tout ce qui décide dans ce pays – sont aux mains crochues du CRIF.

Il suffit de se rendre sur le site du parti de Gouasmi (le colistier) pour y consulter le programme – pas le pogrom, ne vous trompez pas en cliquant (non là je déconne, il faut encore lire entre les lignes). Celui du président Gouasmi tient en quatorze points qui valent bien un peu d’exégèse quasi-talmudique. Allons-y.

• Faire disparaître l’ingérence sioniste dans les affaires publiques de la Nation.
Eh oui, on ne va pas se voiler la face. Continuons :

• Dénoncer tous les hommes politiques qui font l’apologie du Sionisme ;
• Eradiquer toutes les formes de Sionisme dans la Nation ;
• Libérer notre État, notre gouvernement et nos institutions de la main mise et de la pression des organisations sionistes.

On dénonce, et après on éradique. Si après ça, il reste encore un peu de sionisme, je veux bien qu’on me la coupe (enfin, juste le bout). Après la répression, l’ouverture. Lisez plutôt :

• Promouvoir l’expression libre de la politique, de la culture, de la philosophie et de la religion et les libérer du Sionisme.
Ça, ça va libérer de l’espace vital. Voilà, ça continue comme ça avec treize points qui, les signataires le jurent, n’ont rien à voir avec un quelconque antijudaïsme, et un quatorzième qui va rassurer tout le monde :

• Militer pour l’instauration d’une société de justice, de progrès et de tolérance.
Ouf, on respire. Tout ça pour ça.

Pour lever des foules dans les banlieues, le programme a l’air au point et semble obéir à une règle d’or qui a fait ses preuves dans toutes les sociétés du Moyen Orient (toutes sauf une), où l’antisionisme a apporté « justice, progrès et tolérance » : la répétition du mot « sionisme » dans un texte multiplie les bulletins antisionistes dans les urnes. Que le produit apparaisse au maximum dans le message : on ne vend pas la lessive autrement. C’est le but d’une élection, la stratégie y a toute sa place et puis Soral rappelle qu’il n’est pas membre du PAS. On a les alliés qu’on peut mais son intelligence, là-dedans, elle est passée où ?

Comme dirait l’ami Marc Cohen, Alain, reste avec nous, on fait des frites.

Timbre jauni

8

Sans même attendre d’avoir été privatisée par ukase de Bruxelles, la Poste sait faire preuve d’un réel dynamisme commercial. Voilà ce que nous apprend son dernier communiqué de presse : « La légende vivante du rock repart pour une ultime tournée offerte à son public. A l’occasion de cette tournée événement Tour 66, La Poste édite un timbre collector que Johnny Hallyday a décidé de dédier à ses fans. » N’étant pas, comme certaines zélites, antijohnniste primaire, je ne verserai pas dans le gag du genre : « Chouette, ça va persuader ses fans d’apprendre à écrire. » Mais n’étant pas non plus, comme certain Basile de Koch, d’une indulgence coupable vis-à-vis de l’ex-idole des ex-jeunes, je me contenterai donc, sans plus de commentaire, de vous affranchir…

johnny

Pour une géopolitique de la beurette

Il y a une zone de guerre en France, ce sont les cours de récréation des lycées et des collèges des quartiers sensibles. Pour une fois, l’appellation technocratique « sensible » est juste : ce sont des zones sensibles comme il y a des cœurs sensibles, des âmes sensibles ou des parties du corps sensibles à cause de la douleur ou du plaisir. Écartons tout de suite les habituels fantasmes de ceux qui confondent la vidéo du Noctilien avec L’Invasion des profanateurs de sépulture. Quand je parle de zones de guerre, n’allez pas vous imaginer des affrontements intercommunautaires entre le distributeur de bonbons du foyer et le bureau de la conseillère principale d’éducation. Si ces choses arrivent, elles restent rares, parce que l’école de la République, malgré les gifles qu’elle prend d’une société qui implose, malgré sa mise à nu par ses serviteurs-mêmes, ivres d’inconséquence pédagogiste, a encore de beaux restes. Il ne se trouve que quelques sites « de souche » pour vouloir faire croire que la guerre civile est déjà là. Elle arrivera peut-être, mais pour l’instant ce n’est pas encore le cas, parce qu’une poignée de hussards noirs tiennent encore la boutique contre les pompiers pyromanes de l’extrême droite islamophobe et les imams intrusifs qui se croient tout permis, depuis que Sarkozy leur a donné l’autorisation de ramener l’ordre lors du soulèvement de 2005.

Non, je parle d’une guerre d’une tout autre nature, d’une guerre qui se joue dans les imaginaires, avec des mains qui vont s’effleurer ou pas, des regards et les sourires échangés en cours d’histoire, des rendez-vous chuchotés, des SMS aussi dysorthographiques qu’amoureux.

Dans cette zone de guerre, donc, il y a un territoire occupé. Ce territoire occupé, c’est la représentation que les garçons ont de la femme. Soit la femme est une sainte voilée, désincarnée, une sœur, une mère, soit c’est une pute, une chienne qui aime se faire défoncer par tous les trous. Il a fallu pour en arriver à ce résultat une petite quinzaine d’années et le retour en force de deux pornographies conjuguées et objectivement alliées : celle de l’intégrisme des barbus et celle, sexuelle, de dizaines de chaînes satellite et de sites internet plus abjects les uns que les autres. On s’affole souvent dans les organisations familiales des actes de violences télévisuelles auxquels sont confrontés les enfants. On ferait bien également, et je suis désolé d’avoir à donner raison à Christine Boutin, de se demander ce qu’un gamin de douze ans a pu voir comme pipes, doubles pénétrations, insertions de sex-toys divers et différentes fantaisies sado-masochistes. Parce qu’il faut bien comprendre que la pornographie de notre temps ressemble logiquement à notre temps : ce n’est plus la bonne baise à l’ancienne, avec levrette près du haras et culbutage final d’une servante toute nue sous son tablier des années d’avant la crise. Maintenant, la représentation du sexe vise systématiquement à la violence, à l’humiliation, aux rapports de force, au viol pur et simple. Le corps est réifié, chosifié, marchandisé. On n’est jamais très loin du snuff movie, ces films qui représenteraient des mises à morts non simulées et dont, comme par hasard, les premiers metteurs en scène furent les preneurs d’otage irakiens, connus pour leur goût pour l’égorgement en direct live.

Mais il n’y a pas que les territoires occupés. Il y a aussi la ligne de front. Et la ligne de front, c’est le corps des filles, des beurettes en particulier. Elles ont trois solutions, les filles, coincées par les grands frères intoxiqués par l’imam intégriste, les films pornos crades et l’échec scolaire.

Soit elles se soumettent, et c’est le voile, et l’exclusion sociale qui va avec. Soit c’est le survêtement informe, le jogging qui cache tout, manière de nouvelle burqa siglée, ironie de l’histoire, par le logo d’une marque appartenant au grand Satan américain. Soit, troisième et dernière possibilité, héroïque et sensuelle, c’est : « Je vais vous montrer comme je suis belle et je vous emmerde. » Qui n’a pas vu, un matin lumineux de mai, arriver une théorie de jeunes Kabyles aux cheveux libres et bouclés, aux jambes nues encore allongées par des mini-jupes, des Peulh aux petits hauts dévoilant des ventres plats, le nombril orné d’un brillant, la chevelure tressée et compliquée comme une grammaire ancienne, en vérité, je vous le dis, celui-là ne sait pas ce qu’est la beauté libre, la beauté convulsive aurait dit Breton, au cœur de l’épouvante.

Les voilà, mes petites héroïnes, mes petites résistantes qui récitent la tirade de Chimène en sachant bien de quoi elles parlent en matière de surdéterminisme familial qu’il faudra vaincre pour être libres :
Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !

Sarkozy qui ne croit qu’en l’instinct et la force ne s’y est pas trompé. Il sait qui sont Rachida Dati et Fadela Amara. Que l’une soit en voie de ringardisation et l’autre persiste dans une démagogie du « parler banlieue » n’empêche pas que ces deux femmes viennent de très loin, de beaucoup plus loin même que les clandestins dans les zones de rétention. La famille, la religion, le système scolaire, social et économique ont tout fait pour qu’elles n’en soient pas là. Elles ont réussi, malgré tout.

Ce qu’il faut, maintenant, comme dans toutes les guerres, c’est envoyer des renforts à nos alliées en position de plus en plus intenable. Oh, pas sous forme de discrimination positive, mais en instaurant un climat, des représentations qui valorisent cette féminité assumée, en se comportant en gramscistes et en faisant entrer ces modèles-là dans les fictions télévisées, cinématographiques, dans le rap, la variété, les arts.

Parce que nous n’y trompons pas, la véritable victoire n’aura pas lieu quand une section française du 8e RPIMA, hypothèse de toute manière hautement improbable, aura réduit le dernier village taliban mais quand Fadila El Kandoussi se mariera avec François Dupont, devant le maire d’Ivry et que les deux familles applaudiront, même si les grand-mères regretteront un peu, juste un peu, qu’on fasse seulement un mariage civil.

À mes petites guerrières de la 3e 4 et de l’atelier d’écriture 2006-2007

Grève du sexe au Kenya

Au Kenya, devant l’incapacité des différents partis à mener à bien une politique de réformes sociales, les femmes ont décidé une grève du sexe d’une semaine reconductible si les discussions stériles et creuses des hommes au pouvoir continuaient sans déboucher sur quoi ce se soit de concret. La femme du Premier ministre elle-même a annoncé qu’elle rejoignait le mouvement. Causeur ne peut que soutenir le combat des femmes kenyanes. Cependant, nous tenons à les avertir de ne pas perdre en route leur but de guerre. Ainsi, en France, les féministes sont en grève du sexe depuis au moins trente ans, mais ne savent même plus pourquoi. Elles croient se souvenir qu’il était question de décider qui serait dessous et qui serait dessus. Mais dessous ou dessus qui ou quoi, il leur impossible de s’en souvenir alors qu’elles mangent un yaourt bio en regardant la quatrième saison de Desperate Housewifes…

Les bons coups de Prague

Il est de bon ton à Bruxelles, ces derniers temps, de cogner à bras raccourcis sur cette pauvre République tchèque. Les eurocrates et leurs tâcherons de la presse accréditée auprès de l’Union européenne pratiquent le tchèque bashing avec d’autant plus de vigueur que les moyens de rétorsion de ce petit pays d’Europe centrale sont limités.

Arrivés aux commandes de l’UE par gros temps : crise économique mondiale, transition présidentielle aux Etats-Unis, opération « plomb durci » à Gaza, et autres soucis iraniens, afghans ou sri-lankais, les Tchèques ne se seraient pas montrés à la hauteur, serinent en on et en off les cadors de la Commission et les chancelleries de quelques pays très en colère, dont la France.

Non seulement ils ont un président, Vaclav Klaus, furieusement europhobe, mais ils se sont débrouillés pour ouvrir une crise gouvernementale en plein milieu de leur mandat présidentiel. Et ce n’est pas tout: au lieu de se comporter convenablement, à l’image des Slovènes[1. La Slovénie fut le premier pays de la « nouvelle Europe » à assurer la présidence de l’UE, le semestre précédent la présidence française.] qui ne bougeaient pas une oreille sans demander la permission de Paris, ils ont eu le toupet de profiter de leur présidence pour faire valoir leurs positions sur quelques questions importantes.

De tous les pays européens, par exemple, les Tchèques sont jusque dans les tréfonds de leur peuple, les plus philosémite. À la différence des Baltes qui élèvent aujourd’hui des monuments à leurs anciens dirigeants collaborateurs des massacreurs nazis, les Tchèques n’ont jamais prêté la main à la « solution finale ». Ils se sont même payés Reinhard Heydrich, l’un de ses principaux concepteurs, exécuté à Prague par un commando de résistants en 1941. Aujourd’hui, ils ont vis-à-vis d’Israël une attitude beaucoup moins hostile que la plupart des chancelleries européennes, et osent appeler un chat un chat, et l’opération de Gaza une opération « défensive », ce qu’elle était incontestablement lors de son déclenchement. La question de la « proportionnalité » de la riposte pouvait, certes, faire débat, mais cela ne changeait rien aux faits qu’elle répondait aux bombardements incessants du Hamas sur Sderot et sa région. À Bruxelles, notamment dans les bureaux de la commissaire aux affaires étrangères, l’Autrichienne Benita Ferrero-Waldner, c’en était déjà trop, et l’on somma Prague de nuancer son propos. Le prince Schwarzenberg, ministre tchèque des Affaires étrangères, s’exécuta avec une mauvaise grâce et une élégance tout aristocratique, révélant ainsi les partis pris anti-israéliens qui animent quelques pays de l’UE et sont flagrants dans la bureaucratie bruxelloise en charge de l’international.

Tout le monde le sait : il n’y a pas d’unanimité possible en Europe sur le conflit israélo-arabe. Aux pays viscéralement, hostiles à l’Etat juif, comme l’Espagne de Zapatero, la Grèce, Chypre, et les pays nordiques, s’opposent l’Allemagne – pour d’évidentes raisons historiques –, les Pays-Bas, et surtout la République tchèque, dont le philosionisme affirmé et revendiqué fait contrepoids à d’autres nations systématiquement pro-arabes. La France, la Grande-Bretagne et l’Italie ont sur la question une position « centriste » qui varie – faiblement – dans un sens ou dans un autre en fonction des inclinations de leurs dirigeants. La France est ainsi légèrement plus favorable à Israël sous Sarkozy que sous Chirac et l’Italie plus pro-arabe avec la gauche qu’avec la droite berlusconienne. La Grande-Bretagne, dans tous les cas de figure, demeure fourbe et hypocrite. On ne s’étonnera donc pas que les positions élaborées à ce sujet soient le résultat de savants compromis, que chacun peut interpréter à sa guise devant son opinion publique nationale.

Dans ce contexte la personnalité du commissaire en charge de cette politique étrangère qui n’a de commune que le nom, peut jouer un rôle : l’ambiguïté des résolutions adoptées par les 27 l’autorise à les tirer dans un sens ou dans un autre. Mme Ferrero-Waldner, donc, est autrichienne, et pas de l’espèce qui reconnait que ce pays a quelques responsabilités dans les crimes nazis. C’est une « waldheimienne » de choc, dont la carrière diplomatique doit tout à cet ancien nazi devenu secrétaire général de l’ONU en dissimulant son passé. C’est Waldheim, devenu président de la République d’Autriche en 1986 qui recommanda la jeune diplomate Benita Waldner[2. Elle ajouta Ferrero à son nom après son mariage, non pas avec le fournisseur de chocolat de toutes les ambassades, mais avec Francisco Ferrero, un universitaire espagnol.] à son ami et successeur Boutros Boutros-Ghali. Celui-ci en fit sa chef du protocole à l’ONU, où elle se familiarisa et sympathisa avec toutes les délégations arabes, bien plus importantes pour sa carrière que les quelques démocraties occidentales et Israël qui sont en minorité dans la machine onusienne…

Elle avait pour grand ami feu Jörg Haider, dont elle prit ardemment la défense lorsque l’Autriche fut mise à l’écart dans l’UE, à la fin des années 1990 en raison de l’arrivée au pouvoir, à Vienne, d’une coalition incluant les populistes xénophobes de Haider. On ne peut raisonnablement pas dire que Bénita Ferrero-Waldner soit antisémite, mais il est indéniable qu’elle ressent envers Israël une hostilité instinctive qui va bien au-delà de ce qu’il est admissible pour quelqu’un chargé d’incarner l’Union européenne sur la scène internationale.

Là encore, la République tchèque, en la personne de son Premier ministre démissionnaire Mirek Topolanek ne s’est pas laissé impressionner. Interrogé par Haaretz sur les déclarations de Mme Ferrero-Waldner, qui prétendait conditionner le renforcement des liens entre l’UE et Israël à la reconnaissance, par le gouvernement de Netanyahou, de la solution à deux Etats pour résoudre le conflit avec les Palestiniens, Topolanek a répondu que les déclarations de la commissaire étaient « hâtives » et ne valaient « que ce que valent les déclarations d’un commissaire », sous-entendu pas grand chose. Bien envoyé, Topo ! On ne saurait mieux résumer le fonctionnement réel de la machine européenne et l’impudence de ces eurocrates qui veulent jouer aux grands de ce monde !

Dans le style « je vous démontre par l’absurde le ridicule boursouflé d’une situation », cher au brave soldat Chveik, l’immortel héros praguois de Jaroslav Hasek, le comportement de la présidence tchèque lors de la mascarade de Durban II fut également exemplaire. On se souvient de la sortie théâtrale des délégations européennes, ambassadeur de France en tête, au milieu du discours de Mahmoud Ahmadinejad devant les Nations-Unies à Genève. Enfumage ! Quelques heures plus tard, ces mêmes excellences, à l’exception de la délégation tchèque, revenaient dans la conférence pour écouter sans moufter les litanies de potentats orientaux venus donner des leçons de droits de l’homme à la planète entière. En dépit du service après-vente assuré par Kouchner sur toutes les radios et toutes les télés, assurant que Durban 2 avait été une grande victoire des démocraties en faisant adopter un texte de compromis (je sacrifie les homosexuels, tu oublies la diffamation des religions), cette conférence est une reculade en rase campagne devant l’arrogance des « humanistes » islamiques radicaux qui pilotent le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Mais pour Kouchner et ses amis, c’est la présidence tchèque qui a « failli » en se désolidarisant des néo-munichois.

Cette présidence baroque fut donc une bénédiction : jamais on n’avait pu voir cette prétendue Union européenne fonctionner avec autant de transparence. Merci les Tchèques !

Liberté pour les ennemis de la Liberté !

Jean-Marie Le Pen a raison. Vous avez bien lu. Alors que l’Elysée étudierait la possibilité de faire interdire par la justice les « listes antisionistes » concoctées par son ami Dieudonné pour les élections européennes, le patron du Front national a déclaré : « Les inconvénients de la censure sont plus graves que ceux de la liberté. » Au risque de servir sur un plateau à ceux qui aimeraient me faire pendre bien plus que les deux mots de ma main nécessaires à l’opération, je le répète : je suis d’accord avec Le Pen. Sur la conclusion en tout cas. Face à un Dieudonné, interdire ne sert plus à rien. Il faut l’affronter. À mots nus.

Je l’admets, le cas n’est pas simple. Interrogé sur Radio J, Claude Guéant a sobrement résumé le problème : « Peut-on se présenter aux élections avec un programme ouvertement antisémite ? »

La réponse semble s’imposer d’elle-même. Les « inconvénients de la liberté » sont évidents. La perspective d’un Dieudonné crachant librement sa haine d’Israël, sans doute devant quelques salles surchauffées, qui donneront, l’espace de la campagne, l’illusion qu’il dispose de puissantes divisions, est une perspective déplaisante. Il suffit de citer les propos de l’un de ses coéquipiers, le gracieux Yahia Gouasmi, pour se faire une idée de l’épreuve qui nous attend. Lors de la conférence de presse de lancement de la campagne, le 24 avril, M. Gouasmi expliquait : « À chaque divorce, moi je vous le dis, il y a un sioniste derrière. À chaque chose qui divise une nature humaine, il y a derrière un sionisme. C’est ce que nous croyons. Et c’est ce que nous allons démontrer. » Au terme de la campagne, il sera acquis, pour des milliers et, par la magie des médias, pour des millions de personnes, que l’on peut proférer de telles insanités et briguer les suffrages des électeurs. Comment les prohibera-t-on dans les salles de classe ?

Tout cela est vrai, mais Le Pen a raison : l’interdiction serait encore pire. À supposer d’ailleurs qu’elle soit prononcée. On peut imaginer qu’un tribunal juge que le « Parti antisioniste » est en parfaite conformité avec nos lois – lesquelles doivent bien avoir quelque chose à faire avec nos valeurs. L’antisionisme, qui a déjà cours des salles des profs aux cours de récré en passant par pas mal de rédactions, ferait ainsi son entrée en majesté dans le consensus républicain. Et moi, qu’il dissimule ou non de l’antisémitisme, l’antisionisme, ça ne me plaît pas. Parce qu’enfin, comme disait le Général, il faut vouloir les conséquences de ce que l’on veut. Concrètement, être « antisioniste », cela signifie que l’on souhaite soit la disparition d’Israël en tant qu’Etat juif, soit la disparition des Juifs de l’ensemble de la Palestine mandataire. Dans les deux cas, on a le droit de trouver ça moyen. Bref, je n’aimerais pas que la justice de mon pays dise « antisémitisme non, antisionisme oui », ce qui reviendrait à délivrer un permis de haïr Israël.

Il est vrai que le risque paraît faible, nos joyeux lurons ne prenant guère de précautions pour cacher que leur obsession israélienne est une obsession juive. Il est assez clair qu’ils la souhaitent ardemment cette interdiction, et ce seul fait devrait faire réfléchir tous ceux qui sont partis, sabre au clair et « heures les plus sombres de notre histoire » en bandoulière. Invité à commenter l’intervention de Guéant, Alain Soral, le troisième homme de cette aimable troupe, a répondu : « L’Etat se soumet au lobby sioniste. » Les mots sont peut-être pesés au trébuchet, mais on connaît la chanson.

Et pourtant, je n’en démords pas : Le Pen a raison. Supposons que les listes antisionistes soient interdites de scrutin par la justice pour cause d’antisémitisme avéré. Premier résultat, cela renforcera la conviction déjà fort répandue dans certains milieux que les juifs sont puissants, qu’ils tiennent les médias et la politique, jouissent de protections exorbitantes et que ces privilèges sont la première cause des malheurs du monde. Quant à tous ceux, bien plus nombreux, qui suivent ces polémiques de loin avec un agacement croissant, ils penseront paresseusement qu’après tout, « les juifs exagèrent et qu’on ne peut rien dire sur Israël sans être traité d’antisémite ».

J’imagine par avance les commentaires furibonds de ceux qui auront compris ce texte sans l’avoir lu. Que les autres ne se méprennent pas, je ne prône nullement le laissez-faire face à l’antisémitisme/antisionisme. Mais la question n’est pas seulement tactique, elle est existentielle pour nous tous, nous les Français civilisés comme disait l’autre. Déléguer à un tribunal, fût-il habilité à juger en notre nom, le soin de faire mordre la poussière à Dieudonné, c’est déserter le champ de bataille. Ne répliquons pas à la redoutable conjonction du ressentiment et de la sottise par une guérilla judiciaire, battons-nous avec nos armes à nous, l’intelligence et l’humour. Soyons plus drôles et plus malins qu’eux – c’est quand même pas difficile, merde ! Dieudonné et ses amis nous attaquent sur notre terrain, celui de la liberté. En leur interdisant le combat, c’est nous qui le perdrons.

Causeur, nouvelle formule du mensuel

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Le numéro de mai de Causeur vient de paraître ! Au sommaire, une pagination qui passe de seize à trente-deux pages, une toute nouvelle maquette, davantage d’illustrations et de textes inédits. Onze mois tout juste après son lancement, le look change, mais l’esprit demeure. Plus que jamais, Causeur essaie de s’engager en dehors des sentiers battus et de tous les conformismes de notre époque.
C’est vrai pour notre mensuel. Cela se vérifie aussi sur Internet : ouvert en novembre 2007, notre site accueille aujourd’hui plus de 250 000 lecteurs, qui consultent plus de 3 millions de pages chaque mois, selon l’enquête réalisée en mars 2009 par Médiamétrie-Netratings.
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Parole d’homme, Elisabeth Lévy
Diego Manzana, Raul Cazals
NKM. 9 mois, Trudi Kohl
Cause toujours, tu m’intéresses, Basile de Koch
Jean Clair. Portrait du jeune homme en réactionnaire, François Miclo
Lectures, Jérôme Leroy

Les palmes de M. Schulz

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Martin Schulz a remporté mercredi une belle victoire. Le président du groupe socialiste au Parlement européen a arrêté, à la force de ses petits bras, l’hydre menaçante du fascisme et conjuré les ombres qui hantent encore les recoins les plus noirs de l’histoire de notre continent. Churchill, De Gaulle, Eisenhower, Staline : allez-vous rhabiller ! Désormais, les enfants apprendront que le vainqueur du nazisme est Martin Schulz. Et personne d’autre.

Enfin, vainqueur du nazisme, c’est vite dit. Celui dont Silvio Berlusconi disait en juillet 2003 qu’il avait tout du kapo[1. Le 2 juillet 2003, au Parlement européen, Schulz reprochait à Silvio Berlusconi sa politique intérieure, alors que l’Italie présidait l’Union européenne. Ce qui lui valut la réplique d’Il Cavaliere : « Signor Schulz, so che in Italia c’è un produttore che sta montando un film sui campi di concentramento nazisti : la suggerirò per il ruolo di kapò. Lei è perfetto !“] a manœuvré pour éviter la pire infamie : que Jean-Marie Le Pen ouvre, en tant que doyen d’âge, la séance de la prochaine législature européenne.

À vrai dire, cela n’aurait pas été une première : en 1989, Claude Autant-Lara, député du Front national, l’avait fait, choquant les bonnes consciences de l’Europe unie parce qu’il dénonçait la « menace culturelle américaine » – comme le ferait aujourd’hui n’importe quel membre d’Attac ou du Front de gauche : ça doit être ça qu’on appelle la lepénisation des esprits. Le discours d’Autant-Lara avait été jugé tellement provocateur à l’époque que la moitié de l’hémicycle se vida et qu’on procéda très vite à une modification de l’article 13 du règlement intérieur : le doyen d’âge n’aurait désormais plus la parole, mais se contenterait de présider les opérations électorales. Triomphe de la démocratie.

Donc, ce que craignait Martin Schulz, en vérité, ce n’était ni un discours ni un dérapage du président du Front national, mais sa simple présence physique à la tribune présidentielle du Parlement. Le président du groupe socialiste a peur de Le Pen comme un moineau d’un épouvantail. On a donc réfléchi à un nouveau texte, fait voter mercredi une assemblée plénière, modifié le règlement pour que ce soit le président ou un vice-président sortant qui officie à l’ouverture de la prochaine législature. Tout ça pour ça : interdire à Le Pen de ne pas dire un mot. Le priver de parole ne suffisait pas. Il fallait aussi l’interdire de silence.

Le procédé est discutable : dans un Etat de droit, une assemblée ne change pas le texte qui organise ses travaux par pure convenance. Si Martin Schulz, qui aura bien mérité de la démocratie européenne les palmes – pas académiques, mais celles du canard –, avait vraiment voulu que Jean-Marie Le Pen ne préside pas en juin prochain cette séance d’ouverture, il aurait été plus inspiré d’empêcher le président du Front national de siéger à nouveau à Strasbourg.

Non pas en s’allongeant de tout son corps devant la porte de l’hémicycle, mais en faisant ce que l’on fait depuis que la politique est politique : livrer bataille, ferrailler sur le terrain et réduire à peau de chagrin le score de son adversaire. C’est après tout ce qu’a fait Nicolas Sarkozy aux dernières élections présidentielles. Bien instruit, il s’est aperçu que les imprécations, les atermoiements et les cris de jeunes vierges effarouchées ne valent rien en politique. Seul compte le combat électoral.

Qu’on y prenne bien garde cependant : en modifiant le règlement intérieur du Parlement européen, Martin Schulz et ses amis ne se livrent pas à de petits arrangements parlementaires, ils voient Jean-Marie Le Pen déjà réélu au Parlement européen. Comment peuvent-ils préjuger du vote des Français ? Un mandat électif n’étant pas une prébende perpétuelle, qui leur dit que le président du Front national ne sera pas débordé dans sa circonscription par ses adversaires ? Qui leur dit qu’il ne sera pas blackboulé et pourra bien en juin reprendre le chemin de Strasbourg mais en simple touriste ?

En réalité, Martin Schulz se préoccupe de démocratie comme d’une guigne. Son opération était assez bien ficelée pour réussir : en prêchant la bonne conscience aux autres groupes parlementaires (si vous ne vous ralliez pas à nous, c’est que vous êtes des fascistes), il est parvenu, en fin de compte, à remettre en selle médiatiquement Jean-Marie Le Pen, qui aura tout loisir – et toute légitimité cette fois-ci – de se présenter devant ses électeurs comme la victime de « l’établissement ». L’initiative de Martin Schulz arrange bien, en fin de compte, les affaires électorales du Front national. Et pas que les siennes d’ailleurs.

Seulement, songeons que, du haut de cette modification du règlement intérieur de l’assemblée de Strasbourg, deux siècles d’histoire parlementaire (française, puis, par contagion, européenne) nous contemplent… Déjà, lors de la réunion des Etats généraux en mai 1789, c’est aux doyens des trois ordres que l’on confie la présidence des débats. Le règlement de la première Législative stipule en 1791 que « l’Assemblée doit se constituer provisoirement sous la présidence du doyen d’âge ». Cet usage ininterrompu est ce que Léon Daudet appelait ironiquement la « fête à grand-papa ».

Jamais en France une législature n’a commencé sans que le doyen d’âge ne l’inaugure. Souvent majorité et gouvernement n’ont pu d’ailleurs rien faire d’autre que prendre leur mal en patience. En 1849, du haut de son âge et du perchoir, Auguste Hilarion de Kératry, monarchiste élu dans le Finistère, invoque le Ciel et provoque les républicains. En 1923, Louis Andrieux plaide pour le vote des femmes : « Le suffrage n’est pas universel, quand la meilleure partie du genre humain en est exclu. » En mai 1958, le chanoine Kir, député-maire de Dijon, ouvre les travaux de la première législature de la Ve République en plaçant la France sous la protection de Dieu, tout en prodiguant ses conseils à un général de Gaulle qui n’en attendait pas tant. En 1981, devant une assemblée toute rose dont François Fillon est l’un des benjamins, le presque-nonagénaire Marcel Dassault part dans un trip assez spécial. Après avoir préconisé que la France produise ses propres motocyclettes et ses appareils photos pour endiguer le chômage, il appelle à l’organisation d’une Exposition universelle : « Depuis quarante ans, plus aucune exposition n’a été organisée. On se demande bien pourquoi car les expositions animent toujours les affaires. Si l’on en organisait une en 1983, en 1984 ou en 1985, il faudrait y adjoindre une sorte de Luna-Park comme il en existait avant guerre. Les jeunes iraient s’y distraire au lieu de se battre dans les escaliers des HLM. Les étrangers y viendraient aussi parce que, dans bien des pays, ce n’est pas beaucoup plus gai que chez nous ! » En 1988, c’est Édouard Frédéric-Dupont qui exerce comme président d’âge : il a rejoint le FN en 1986 avant de se faire réélire sous l’étiquette RPR en 1988 dans le VIIe arrondissement. Plus près de nous encore, en 1993, le centriste Charles Ehrmann procède à un long discours, dans lequel il appelle un Edouard Balladur médusé à stopper l’immigration, à renvoyer les illégaux, mais aussi à réaliser la liaison Grenoble-Nice et à percer un tunnel au Mercantour.

La démocratie française a-t-elle souffert un instant des discours souvent longs et ennuyeux, parfois vifs et saisissants, mais toujours décalés, que prononcèrent à l’Assemblée ses présidents d’âge ? A-t-on vu les chars russes déferler sur Paris, lorsqu’en 1945, le communiste Marcel Cachin ouvrit les travaux de l’Assemblée consultative provisoire ? A-t-on rompu les ponts avec les Etats-Unis lorsque le non moins communiste Virgile Barel célébra en 1973 la fin de la guerre du Vietnam ? Bien entendu que non. Les formes que prend le jeu parlementaire ne prêtent jamais à conséquence. Sauf quand on ne les respecte pas. Car, en fin de compte, ce qu’a obtenu mercredi à Strasbourg Martin Schulz est assez simple : il l’a mis minable à ce qui restait de démocratie en Europe, renforçant auprès de l’opinion publique l’idée que le Parlement ne se soucie guère du peuple ni de ses suffrages et redonnant, du même coup, à Jean-Marie Le Pen une nouvelle jeunesse électorale.

Elle est belle, la démocratie européenne, si sûre d’elle et de ses valeurs qu’elle se fait dessus devant un vieil homme.

A quand les T.Gay.V.?

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L’info a fait l’ouverture de tous les JT d’hier soir : la SNCF va réserver dix rames TGV aux familles cet été sur deux lignes tests (Paris-Marseille et Paris-Montpellier). Les 4.400 places ont été commercialisées dès hier. Siglée « TGV Family » (on imagine que le mot « Famille » évoquait les heures les plus sombres de notre histoire ferroviaire), cette opération offre, paraît-il, des réductions tarifaires de 60 % pour les enfants de moins de 12 ans. Bonus track, Disneyland Paris assurera des animations dans ces rames dans lesquelles, dixit Guillaume Pepy, on pourra « faire tout le bruit qu’on veut ». Je ne sais – ou disons que je ne veux pas savoir – pour quelles raisons le PDG de la SNCF imagine que les enfants ont forcément vocation à hurler dans les trains. Mais, c’est bien sûr le caractère discriminatoire d’une telle opération qui retiendra notre attention. Car en l’état actuel de nos sociétés arriérées, qui dit famille avec enfants, dit grosso modo pépère, bobonne et gniards, bref, comme toujours, il n’y en aura que pour les hétéros et nada pour les autres. On ose espérer que la Halde ne va pas laisser se commettre un tel forfait (SNCF).

La rose au point final

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Le 1er mai dernier, ce n’était pas seulement la Fête du Travail, instaurée en 1941 par le Maréchal et célébrée cette année, pour la première fois depuis le camarade Mathusalem, par des défilés unitaires de tous les syndicats. C’était aussi (et j’oserais presque « surtout ») le seizième anniversaire du suicide de Pierre Bérégovoy. C’est l’histoire d’un ajusteur-fraiseur qui devient Premier ministre socialiste et qui en meurt, aurait résumé Coluche.

Sur France 2, le même jour, ça s’appelait plus vaguement Un homme d’honneur et c’était un (bon) téléfilm de Laurent Heynemann – du genre qui donne à penser…

Infortuné Béré, dans tous les sens du terme ! Car enfin, sous les règnes de Mitterrand Ier et François II, cet homme-là a été « aux affaires » pratiquement sans discontinuer – et apparemment, ça n’a pas fait les siennes ! Sinon, aurait-il eu besoin d’emprunter un malheureux million de francs pour acheter un appartement ? Je ne plaisante pas, hélas : 1000 KF, les plus anciens d’entre vous s’en souviennent, ça ne pesait pas bien lourd, en ces années de gauche en peau de lapin doublée vison…

Misérable gauche mitterrandienne ! Portée au pouvoir par le peuple éponyme pour « changer la vie », elle n’aura pas attendu longtemps pour… « changer d’avis ». Ou plutôt pour le faire savoir, par la bouche d’or de saint Jacques Delors : Révolution tranquille ? Poisson d’avril !

On avait juste oublié, figurez-vous, la concurrence internationale, les critères de convergence et autres détaux. Mitterrand-le-Cynique le savait mieux que quiconque : en démocratie, s’emparer du pouvoir et le garder sont deux exercices différents – ou plus exactement successifs et contradictoires. Plus on promet, plus on ment ! Et Dieu sait qu’à cet égard le mirage mitterrandien fut, haut la main, la plus grande escroquerie de nos quatre dernières Républiques.

Ho ! François-le-Fourbe aux obsèques de Pierre-le-Crédule – qu’il avait remercié sans ménagement quelques semaines auparavant. Mais si, souvenez-vous ! Ce jour-là, le Jouvet du socialo-communisme, larme à son œil de crocodile, fustigea avec une violence surjouée les « chiens », accusés un peu vitement des crimes du Canard et des hyènes de sa propre cour.

Car ils l’ont tous lâché dès ses premiers revers, ceux qui ne l’avaient jamais accepté ! Belle scène à ce sujet dans le téléfilm, et même pas inventée : Béré invitant à sa table le personnel de Matignon en lieu et place de ses « ministres-intègres », qui s’étaient massivement décommandés…

On ne manipule pas aussi éhontément les esprits sans « désespérer Billancourt ». Et Béré, c’était encore et toujours Billancourt. Les années 1980, qu’il croyait siennes, resteront comme celles de Tapie et de Séguéla (déjà !) Une rose au poing, et quoi dedans ? Le pognon triomphant ! Si sa chute fut mortelle, c’est que le naïf Bérégovoy tombait de haut. D’autant plus haut qu’il avait gravi une à une les marches de la gloire – quand tant d’autres se contentent de naître au sommet.

Et puis ce « prolo », comme dit avec une affection discrètement condescendante Dan Franck (dialoguiste du film et écrivain autorisé), était vraiment trop nigaud. Tel un coolie qui finit par se prendre pour son patron, le malheureux croyait pouvoir atteindre aux sommets sans laisser ses idées au vestiaire, c’est-à-dire au rez-de-chaussée.

Si la lutte des classes a un sens pour moi (le droitier contrarié par la droite[1. Cf. Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer.]), ce n’est sûrement pas la dialectique, dont on sait désormais qu’elle ne casse pas trois briques… Seulement quelques humains ! Et si ces hommes-là n’avaient qu’un visage, ce serait celui de l’ami Pierrot.

Ne riez pas ! Un pauvre qui veut devenir riche pour aider les pauvres, ça peut exister, si ça se trouve… Si Bérégovoy avait été une pièce de Paul Bourget, il n’y aurait peut-être pas gagné l’immortalité ; mais à coup sûr il se serait appelé Le Déclassé. Ce pauvre-là, donc, se retrouve grisé par la réussite, le pouvoir et leurs avantages collatéraux – qui ne saoulent vraiment que ceux qui les ont mérités, pas juste hérités. Jamais le « prolo » en question ne fut intégré dans le sérail mitterrandien : question de classe, tout simplement !

Scepticisme, condescendance, indifférence, lâchage en rase campagne sur son chemin de halage : comme son saint patron, Pierre aura tout connu dans son « élévation ». Non pas que je le plaigne plus que d’autres ! Chacun porte sa croix ; lui au moins l’avait choisie, et l’a tenue jusqu’au bout. « Chapeau bas devant la casquette… »

Mais voilà : sur France 2 au moins, grâce à ce Daniel Russo qui porte magnifiquement le Béré, c’est l’empathie qui l’emporte ! Une ascension sociale trop belle pour être vraie ; des amis trop riches pour être honnêtes ; des attaques médiatico-judiciaires trop convergentes pour ne pas inciter à la paranoïa ; et surtout, avant tout, cette culpabilité poussée jusqu’à la dépression pour des crimes contre l’Esprit (de gauche) dont il ne fut que le complice hébété – et pour lesquels il fut d’ailleurs le seul à plonger…

Ce qui émeut chez lui, c’est justement cette candeur blessée, parmi les ricanements de ces nouveaux marquis poudrés qui se réclament de « la Sociale ». Deux cents ans après cette révolte de la bourgeoisie marchande qu’on appelle de vos jours « Révolution française », la noblesse de blé est toujours au pouvoir. Mais lui, l’abbé (rrant) Pierre, s’obstine à secouer le tapis, jusqu’à découvrir enfin qu’il est cloué au sol ! Il en meurt et on en pleure, malgré ce cœur sec qu’on nous répute avoir[2. Emploi critiqué.].

Qui pleurerait en revanche sur les « tapiguélas », bestioles de sci-fi darwinienne conçues pour survivre à tout[3. Comme tout ce qu’a créé Darwin. Mais pas en sept jours, comme son prédécesseur YHV.] ? À ces Terminator plaqués or, rien n’est plus étranger que l’idée de suicide ! C’est même pour ça, en vrai, qu’on aime le vieux Béré : celui-là au moins sonne vrai, d’autant plus qu’il sonne son propre glas.

On l’aura compris (au moins Elisabeth !) : l’idée n’est pas ici de me recentrer à gauche. Au contraire j’accuse, comme disait Zola (« cette vieille truelle à merde », comme disait Bloy), l’ex-gauche ex-française d’avoir tué notre ex-Bérégovoy. Et je demande, pour cette ex-gauche irresponsable certes mais nuisible, la peine capitale : un miroir.

Peine perdue !, si j’ose dire : entre temps, les rats les plus futés ont quitté le navire. Au-delà des ministres d’ouverture[4. De toute façon, y a pas d’en-deçà.], c’est le cas d’un Jean-Luc Hees, opportuniste de progrès promu, ès-qualités, nouveau patron de Radio France ; et aussi d’une ribambelle de people qui n’a pas fini de se déployer[5. Si Sarkozy est réélu en 2012, s’entend.]. Parmi eux, on distingue notamment (dans la loge du sous-préfet) les auteurs de ce téléfilm. Aussi talentueux que dénués de scrupules, ces parvenus de la gauche extra-plate parviennent encore à nous tirer des larmes en nous contant une tragédie dont ils ne veulent en aucun cas tirer une leçon ! Pour ces faux-nez (et je suis poli), il s’agit là, tout simplement d’un « drame humain » : « un film sur la chute d’un homme », résume sobrement Dan Franck ; « comment un homme perd ses valeurs », complète insidieusement Laurent Heynemann.

Mais c’est l’inverse, les copains ! Bérégovoy a cru devoir endosser seul toutes les fautes morales de la « gauche divine » au pouvoir – quand les autres ne croyaient plus depuis belle lurette qu’au pouvoir tout court. Il en est mort, tant pis pour lui…De toute façon, vous voulez que je vous dise ? Ce mec avait déjà raté sa vie : cinquante ans bien passés, et toujours pas de Rolex !

Le marin rejeté par la mer

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L’antisionisme expliqué à mes potes

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On a beaucoup diffamé l’antisionisme. Dernière tête connue de l’hydre antisémite pour les uns, clef indispensable à la compréhension du monde pour les autres et, pour la plupart des gens, un OVNI dont ils se demandent ce qu’il peut bien venir foutre dans le ciel français. Dieudonné, Soral et leurs alliés du Parti antisioniste de France (PAS) attaquent à découvert le lobby du Golem et de Superman aux élections européennes.

Les voilà donc au combat sur deux fronts : l’État d’Israël et l’emprise du sionisme sur la France.

Pour l’État juif (le problème, justement, est qu’il le soit), le projet antisioniste, le respectable, est d’en faire un État binational qui, par la démographie et la démocratie combinées, deviendrait vite un État arabe de plus dans la région. Pour les juifs, retour en dhimitude. Vu l’ambiance dans le voisinage, territoire judenrein un jour ? La Rue arabe du Quai chère à Luc Rosenzweig débordée par des extrémistes ? L’antisionisme : le droit des peuples à disposer de leurs juifs ?

logo-parti-anti-sioniste

Mais l’ennemi principal des dieudonnistes et associés, c’est le lobby qui, en France, tente de bâillonner les libres penseurs. Le logo du PAS est explicite : l’Hexagone est enveloppé dans un drapeau israélien, barré d’une croix pour que puisse se relever l’étendard aux trois couleurs. On imagine une pieuvre dont une tentacule interdit Dieudonné de spectacles à Bourges comme à Saint-Benoît (Poitou-Charentes), pendant qu’une autre prive Alain Soral de médias – la pieuvre qui s’étend sur le monde, on se demande où ils vont chercher tout ça. Mais tout n’est pas réchauffé dans leur cuisine. Ils peuvent, par exemple, vous expliquer que les premières victimes du sionisme, ce sont les juifs. À les entendre, les juifs les moins communautaires, pris en otage par des « organisations mafieuses », gagneraient à les rejoindre. Au moins, c’est vaguement nouveau, ils font des efforts. Parce que nous le valons bien ?

La surprise du chef, c’est la caution. Cette fois-ci, le juif de service est un rabbin antisioniste. Les chantres de l’égalité, de la réconciliation et de la laïcité républicaine ont trouvé un barbu enchapeauté, qui attend le messie et l’Israël de la Bible en vomissant l’Israël de l’Histoire. Le spectacle de Dieudonné et Soral assis entre deux autorités à calotte, le rabbin et l’impayable Yahia Gouasmi, représentant chiite venu éclairer les Français des lumières du Hezbollah, nous promet de grands moments d’Internet, à défaut de moments de télévision (le lobby, rappelez-vous).

Pourtant, sur RFI mardi 5 mai, notre maîtresse de maison acceptait, c’est dans son caractère, ce que tant d’autres avaient refusé : un débat avec Alain Soral sur la question sioniste. L’échange fut réjouissant, mais, si les ressorts de cette idéologie sommaire ont pu apparaître à certains, le mystère Soral reste entier. Le décalage entre le talent d’hier et le discours d’aujourd’hui laisse perplexe. On se demande quel grain de sable juif est venu un jour enrayer une machine aussi brillante pour que ses analyses se réduisent à un leitmotiv : l’Elysée – et tout ce qui décide dans ce pays – sont aux mains crochues du CRIF.

Il suffit de se rendre sur le site du parti de Gouasmi (le colistier) pour y consulter le programme – pas le pogrom, ne vous trompez pas en cliquant (non là je déconne, il faut encore lire entre les lignes). Celui du président Gouasmi tient en quatorze points qui valent bien un peu d’exégèse quasi-talmudique. Allons-y.

• Faire disparaître l’ingérence sioniste dans les affaires publiques de la Nation.
Eh oui, on ne va pas se voiler la face. Continuons :

• Dénoncer tous les hommes politiques qui font l’apologie du Sionisme ;
• Eradiquer toutes les formes de Sionisme dans la Nation ;
• Libérer notre État, notre gouvernement et nos institutions de la main mise et de la pression des organisations sionistes.

On dénonce, et après on éradique. Si après ça, il reste encore un peu de sionisme, je veux bien qu’on me la coupe (enfin, juste le bout). Après la répression, l’ouverture. Lisez plutôt :

• Promouvoir l’expression libre de la politique, de la culture, de la philosophie et de la religion et les libérer du Sionisme.
Ça, ça va libérer de l’espace vital. Voilà, ça continue comme ça avec treize points qui, les signataires le jurent, n’ont rien à voir avec un quelconque antijudaïsme, et un quatorzième qui va rassurer tout le monde :

• Militer pour l’instauration d’une société de justice, de progrès et de tolérance.
Ouf, on respire. Tout ça pour ça.

Pour lever des foules dans les banlieues, le programme a l’air au point et semble obéir à une règle d’or qui a fait ses preuves dans toutes les sociétés du Moyen Orient (toutes sauf une), où l’antisionisme a apporté « justice, progrès et tolérance » : la répétition du mot « sionisme » dans un texte multiplie les bulletins antisionistes dans les urnes. Que le produit apparaisse au maximum dans le message : on ne vend pas la lessive autrement. C’est le but d’une élection, la stratégie y a toute sa place et puis Soral rappelle qu’il n’est pas membre du PAS. On a les alliés qu’on peut mais son intelligence, là-dedans, elle est passée où ?

Comme dirait l’ami Marc Cohen, Alain, reste avec nous, on fait des frites.

Timbre jauni

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Sans même attendre d’avoir été privatisée par ukase de Bruxelles, la Poste sait faire preuve d’un réel dynamisme commercial. Voilà ce que nous apprend son dernier communiqué de presse : « La légende vivante du rock repart pour une ultime tournée offerte à son public. A l’occasion de cette tournée événement Tour 66, La Poste édite un timbre collector que Johnny Hallyday a décidé de dédier à ses fans. » N’étant pas, comme certaines zélites, antijohnniste primaire, je ne verserai pas dans le gag du genre : « Chouette, ça va persuader ses fans d’apprendre à écrire. » Mais n’étant pas non plus, comme certain Basile de Koch, d’une indulgence coupable vis-à-vis de l’ex-idole des ex-jeunes, je me contenterai donc, sans plus de commentaire, de vous affranchir…

johnny

Pour une géopolitique de la beurette

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Il y a une zone de guerre en France, ce sont les cours de récréation des lycées et des collèges des quartiers sensibles. Pour une fois, l’appellation technocratique « sensible » est juste : ce sont des zones sensibles comme il y a des cœurs sensibles, des âmes sensibles ou des parties du corps sensibles à cause de la douleur ou du plaisir. Écartons tout de suite les habituels fantasmes de ceux qui confondent la vidéo du Noctilien avec L’Invasion des profanateurs de sépulture. Quand je parle de zones de guerre, n’allez pas vous imaginer des affrontements intercommunautaires entre le distributeur de bonbons du foyer et le bureau de la conseillère principale d’éducation. Si ces choses arrivent, elles restent rares, parce que l’école de la République, malgré les gifles qu’elle prend d’une société qui implose, malgré sa mise à nu par ses serviteurs-mêmes, ivres d’inconséquence pédagogiste, a encore de beaux restes. Il ne se trouve que quelques sites « de souche » pour vouloir faire croire que la guerre civile est déjà là. Elle arrivera peut-être, mais pour l’instant ce n’est pas encore le cas, parce qu’une poignée de hussards noirs tiennent encore la boutique contre les pompiers pyromanes de l’extrême droite islamophobe et les imams intrusifs qui se croient tout permis, depuis que Sarkozy leur a donné l’autorisation de ramener l’ordre lors du soulèvement de 2005.

Non, je parle d’une guerre d’une tout autre nature, d’une guerre qui se joue dans les imaginaires, avec des mains qui vont s’effleurer ou pas, des regards et les sourires échangés en cours d’histoire, des rendez-vous chuchotés, des SMS aussi dysorthographiques qu’amoureux.

Dans cette zone de guerre, donc, il y a un territoire occupé. Ce territoire occupé, c’est la représentation que les garçons ont de la femme. Soit la femme est une sainte voilée, désincarnée, une sœur, une mère, soit c’est une pute, une chienne qui aime se faire défoncer par tous les trous. Il a fallu pour en arriver à ce résultat une petite quinzaine d’années et le retour en force de deux pornographies conjuguées et objectivement alliées : celle de l’intégrisme des barbus et celle, sexuelle, de dizaines de chaînes satellite et de sites internet plus abjects les uns que les autres. On s’affole souvent dans les organisations familiales des actes de violences télévisuelles auxquels sont confrontés les enfants. On ferait bien également, et je suis désolé d’avoir à donner raison à Christine Boutin, de se demander ce qu’un gamin de douze ans a pu voir comme pipes, doubles pénétrations, insertions de sex-toys divers et différentes fantaisies sado-masochistes. Parce qu’il faut bien comprendre que la pornographie de notre temps ressemble logiquement à notre temps : ce n’est plus la bonne baise à l’ancienne, avec levrette près du haras et culbutage final d’une servante toute nue sous son tablier des années d’avant la crise. Maintenant, la représentation du sexe vise systématiquement à la violence, à l’humiliation, aux rapports de force, au viol pur et simple. Le corps est réifié, chosifié, marchandisé. On n’est jamais très loin du snuff movie, ces films qui représenteraient des mises à morts non simulées et dont, comme par hasard, les premiers metteurs en scène furent les preneurs d’otage irakiens, connus pour leur goût pour l’égorgement en direct live.

Mais il n’y a pas que les territoires occupés. Il y a aussi la ligne de front. Et la ligne de front, c’est le corps des filles, des beurettes en particulier. Elles ont trois solutions, les filles, coincées par les grands frères intoxiqués par l’imam intégriste, les films pornos crades et l’échec scolaire.

Soit elles se soumettent, et c’est le voile, et l’exclusion sociale qui va avec. Soit c’est le survêtement informe, le jogging qui cache tout, manière de nouvelle burqa siglée, ironie de l’histoire, par le logo d’une marque appartenant au grand Satan américain. Soit, troisième et dernière possibilité, héroïque et sensuelle, c’est : « Je vais vous montrer comme je suis belle et je vous emmerde. » Qui n’a pas vu, un matin lumineux de mai, arriver une théorie de jeunes Kabyles aux cheveux libres et bouclés, aux jambes nues encore allongées par des mini-jupes, des Peulh aux petits hauts dévoilant des ventres plats, le nombril orné d’un brillant, la chevelure tressée et compliquée comme une grammaire ancienne, en vérité, je vous le dis, celui-là ne sait pas ce qu’est la beauté libre, la beauté convulsive aurait dit Breton, au cœur de l’épouvante.

Les voilà, mes petites héroïnes, mes petites résistantes qui récitent la tirade de Chimène en sachant bien de quoi elles parlent en matière de surdéterminisme familial qu’il faudra vaincre pour être libres :
Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !

Sarkozy qui ne croit qu’en l’instinct et la force ne s’y est pas trompé. Il sait qui sont Rachida Dati et Fadela Amara. Que l’une soit en voie de ringardisation et l’autre persiste dans une démagogie du « parler banlieue » n’empêche pas que ces deux femmes viennent de très loin, de beaucoup plus loin même que les clandestins dans les zones de rétention. La famille, la religion, le système scolaire, social et économique ont tout fait pour qu’elles n’en soient pas là. Elles ont réussi, malgré tout.

Ce qu’il faut, maintenant, comme dans toutes les guerres, c’est envoyer des renforts à nos alliées en position de plus en plus intenable. Oh, pas sous forme de discrimination positive, mais en instaurant un climat, des représentations qui valorisent cette féminité assumée, en se comportant en gramscistes et en faisant entrer ces modèles-là dans les fictions télévisées, cinématographiques, dans le rap, la variété, les arts.

Parce que nous n’y trompons pas, la véritable victoire n’aura pas lieu quand une section française du 8e RPIMA, hypothèse de toute manière hautement improbable, aura réduit le dernier village taliban mais quand Fadila El Kandoussi se mariera avec François Dupont, devant le maire d’Ivry et que les deux familles applaudiront, même si les grand-mères regretteront un peu, juste un peu, qu’on fasse seulement un mariage civil.

À mes petites guerrières de la 3e 4 et de l’atelier d’écriture 2006-2007

Grève du sexe au Kenya

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Au Kenya, devant l’incapacité des différents partis à mener à bien une politique de réformes sociales, les femmes ont décidé une grève du sexe d’une semaine reconductible si les discussions stériles et creuses des hommes au pouvoir continuaient sans déboucher sur quoi ce se soit de concret. La femme du Premier ministre elle-même a annoncé qu’elle rejoignait le mouvement. Causeur ne peut que soutenir le combat des femmes kenyanes. Cependant, nous tenons à les avertir de ne pas perdre en route leur but de guerre. Ainsi, en France, les féministes sont en grève du sexe depuis au moins trente ans, mais ne savent même plus pourquoi. Elles croient se souvenir qu’il était question de décider qui serait dessous et qui serait dessus. Mais dessous ou dessus qui ou quoi, il leur impossible de s’en souvenir alors qu’elles mangent un yaourt bio en regardant la quatrième saison de Desperate Housewifes…

Les bons coups de Prague

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Il est de bon ton à Bruxelles, ces derniers temps, de cogner à bras raccourcis sur cette pauvre République tchèque. Les eurocrates et leurs tâcherons de la presse accréditée auprès de l’Union européenne pratiquent le tchèque bashing avec d’autant plus de vigueur que les moyens de rétorsion de ce petit pays d’Europe centrale sont limités.

Arrivés aux commandes de l’UE par gros temps : crise économique mondiale, transition présidentielle aux Etats-Unis, opération « plomb durci » à Gaza, et autres soucis iraniens, afghans ou sri-lankais, les Tchèques ne se seraient pas montrés à la hauteur, serinent en on et en off les cadors de la Commission et les chancelleries de quelques pays très en colère, dont la France.

Non seulement ils ont un président, Vaclav Klaus, furieusement europhobe, mais ils se sont débrouillés pour ouvrir une crise gouvernementale en plein milieu de leur mandat présidentiel. Et ce n’est pas tout: au lieu de se comporter convenablement, à l’image des Slovènes[1. La Slovénie fut le premier pays de la « nouvelle Europe » à assurer la présidence de l’UE, le semestre précédent la présidence française.] qui ne bougeaient pas une oreille sans demander la permission de Paris, ils ont eu le toupet de profiter de leur présidence pour faire valoir leurs positions sur quelques questions importantes.

De tous les pays européens, par exemple, les Tchèques sont jusque dans les tréfonds de leur peuple, les plus philosémite. À la différence des Baltes qui élèvent aujourd’hui des monuments à leurs anciens dirigeants collaborateurs des massacreurs nazis, les Tchèques n’ont jamais prêté la main à la « solution finale ». Ils se sont même payés Reinhard Heydrich, l’un de ses principaux concepteurs, exécuté à Prague par un commando de résistants en 1941. Aujourd’hui, ils ont vis-à-vis d’Israël une attitude beaucoup moins hostile que la plupart des chancelleries européennes, et osent appeler un chat un chat, et l’opération de Gaza une opération « défensive », ce qu’elle était incontestablement lors de son déclenchement. La question de la « proportionnalité » de la riposte pouvait, certes, faire débat, mais cela ne changeait rien aux faits qu’elle répondait aux bombardements incessants du Hamas sur Sderot et sa région. À Bruxelles, notamment dans les bureaux de la commissaire aux affaires étrangères, l’Autrichienne Benita Ferrero-Waldner, c’en était déjà trop, et l’on somma Prague de nuancer son propos. Le prince Schwarzenberg, ministre tchèque des Affaires étrangères, s’exécuta avec une mauvaise grâce et une élégance tout aristocratique, révélant ainsi les partis pris anti-israéliens qui animent quelques pays de l’UE et sont flagrants dans la bureaucratie bruxelloise en charge de l’international.

Tout le monde le sait : il n’y a pas d’unanimité possible en Europe sur le conflit israélo-arabe. Aux pays viscéralement, hostiles à l’Etat juif, comme l’Espagne de Zapatero, la Grèce, Chypre, et les pays nordiques, s’opposent l’Allemagne – pour d’évidentes raisons historiques –, les Pays-Bas, et surtout la République tchèque, dont le philosionisme affirmé et revendiqué fait contrepoids à d’autres nations systématiquement pro-arabes. La France, la Grande-Bretagne et l’Italie ont sur la question une position « centriste » qui varie – faiblement – dans un sens ou dans un autre en fonction des inclinations de leurs dirigeants. La France est ainsi légèrement plus favorable à Israël sous Sarkozy que sous Chirac et l’Italie plus pro-arabe avec la gauche qu’avec la droite berlusconienne. La Grande-Bretagne, dans tous les cas de figure, demeure fourbe et hypocrite. On ne s’étonnera donc pas que les positions élaborées à ce sujet soient le résultat de savants compromis, que chacun peut interpréter à sa guise devant son opinion publique nationale.

Dans ce contexte la personnalité du commissaire en charge de cette politique étrangère qui n’a de commune que le nom, peut jouer un rôle : l’ambiguïté des résolutions adoptées par les 27 l’autorise à les tirer dans un sens ou dans un autre. Mme Ferrero-Waldner, donc, est autrichienne, et pas de l’espèce qui reconnait que ce pays a quelques responsabilités dans les crimes nazis. C’est une « waldheimienne » de choc, dont la carrière diplomatique doit tout à cet ancien nazi devenu secrétaire général de l’ONU en dissimulant son passé. C’est Waldheim, devenu président de la République d’Autriche en 1986 qui recommanda la jeune diplomate Benita Waldner[2. Elle ajouta Ferrero à son nom après son mariage, non pas avec le fournisseur de chocolat de toutes les ambassades, mais avec Francisco Ferrero, un universitaire espagnol.] à son ami et successeur Boutros Boutros-Ghali. Celui-ci en fit sa chef du protocole à l’ONU, où elle se familiarisa et sympathisa avec toutes les délégations arabes, bien plus importantes pour sa carrière que les quelques démocraties occidentales et Israël qui sont en minorité dans la machine onusienne…

Elle avait pour grand ami feu Jörg Haider, dont elle prit ardemment la défense lorsque l’Autriche fut mise à l’écart dans l’UE, à la fin des années 1990 en raison de l’arrivée au pouvoir, à Vienne, d’une coalition incluant les populistes xénophobes de Haider. On ne peut raisonnablement pas dire que Bénita Ferrero-Waldner soit antisémite, mais il est indéniable qu’elle ressent envers Israël une hostilité instinctive qui va bien au-delà de ce qu’il est admissible pour quelqu’un chargé d’incarner l’Union européenne sur la scène internationale.

Là encore, la République tchèque, en la personne de son Premier ministre démissionnaire Mirek Topolanek ne s’est pas laissé impressionner. Interrogé par Haaretz sur les déclarations de Mme Ferrero-Waldner, qui prétendait conditionner le renforcement des liens entre l’UE et Israël à la reconnaissance, par le gouvernement de Netanyahou, de la solution à deux Etats pour résoudre le conflit avec les Palestiniens, Topolanek a répondu que les déclarations de la commissaire étaient « hâtives » et ne valaient « que ce que valent les déclarations d’un commissaire », sous-entendu pas grand chose. Bien envoyé, Topo ! On ne saurait mieux résumer le fonctionnement réel de la machine européenne et l’impudence de ces eurocrates qui veulent jouer aux grands de ce monde !

Dans le style « je vous démontre par l’absurde le ridicule boursouflé d’une situation », cher au brave soldat Chveik, l’immortel héros praguois de Jaroslav Hasek, le comportement de la présidence tchèque lors de la mascarade de Durban II fut également exemplaire. On se souvient de la sortie théâtrale des délégations européennes, ambassadeur de France en tête, au milieu du discours de Mahmoud Ahmadinejad devant les Nations-Unies à Genève. Enfumage ! Quelques heures plus tard, ces mêmes excellences, à l’exception de la délégation tchèque, revenaient dans la conférence pour écouter sans moufter les litanies de potentats orientaux venus donner des leçons de droits de l’homme à la planète entière. En dépit du service après-vente assuré par Kouchner sur toutes les radios et toutes les télés, assurant que Durban 2 avait été une grande victoire des démocraties en faisant adopter un texte de compromis (je sacrifie les homosexuels, tu oublies la diffamation des religions), cette conférence est une reculade en rase campagne devant l’arrogance des « humanistes » islamiques radicaux qui pilotent le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Mais pour Kouchner et ses amis, c’est la présidence tchèque qui a « failli » en se désolidarisant des néo-munichois.

Cette présidence baroque fut donc une bénédiction : jamais on n’avait pu voir cette prétendue Union européenne fonctionner avec autant de transparence. Merci les Tchèques !

Liberté pour les ennemis de la Liberté !

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Jean-Marie Le Pen a raison. Vous avez bien lu. Alors que l’Elysée étudierait la possibilité de faire interdire par la justice les « listes antisionistes » concoctées par son ami Dieudonné pour les élections européennes, le patron du Front national a déclaré : « Les inconvénients de la censure sont plus graves que ceux de la liberté. » Au risque de servir sur un plateau à ceux qui aimeraient me faire pendre bien plus que les deux mots de ma main nécessaires à l’opération, je le répète : je suis d’accord avec Le Pen. Sur la conclusion en tout cas. Face à un Dieudonné, interdire ne sert plus à rien. Il faut l’affronter. À mots nus.

Je l’admets, le cas n’est pas simple. Interrogé sur Radio J, Claude Guéant a sobrement résumé le problème : « Peut-on se présenter aux élections avec un programme ouvertement antisémite ? »

La réponse semble s’imposer d’elle-même. Les « inconvénients de la liberté » sont évidents. La perspective d’un Dieudonné crachant librement sa haine d’Israël, sans doute devant quelques salles surchauffées, qui donneront, l’espace de la campagne, l’illusion qu’il dispose de puissantes divisions, est une perspective déplaisante. Il suffit de citer les propos de l’un de ses coéquipiers, le gracieux Yahia Gouasmi, pour se faire une idée de l’épreuve qui nous attend. Lors de la conférence de presse de lancement de la campagne, le 24 avril, M. Gouasmi expliquait : « À chaque divorce, moi je vous le dis, il y a un sioniste derrière. À chaque chose qui divise une nature humaine, il y a derrière un sionisme. C’est ce que nous croyons. Et c’est ce que nous allons démontrer. » Au terme de la campagne, il sera acquis, pour des milliers et, par la magie des médias, pour des millions de personnes, que l’on peut proférer de telles insanités et briguer les suffrages des électeurs. Comment les prohibera-t-on dans les salles de classe ?

Tout cela est vrai, mais Le Pen a raison : l’interdiction serait encore pire. À supposer d’ailleurs qu’elle soit prononcée. On peut imaginer qu’un tribunal juge que le « Parti antisioniste » est en parfaite conformité avec nos lois – lesquelles doivent bien avoir quelque chose à faire avec nos valeurs. L’antisionisme, qui a déjà cours des salles des profs aux cours de récré en passant par pas mal de rédactions, ferait ainsi son entrée en majesté dans le consensus républicain. Et moi, qu’il dissimule ou non de l’antisémitisme, l’antisionisme, ça ne me plaît pas. Parce qu’enfin, comme disait le Général, il faut vouloir les conséquences de ce que l’on veut. Concrètement, être « antisioniste », cela signifie que l’on souhaite soit la disparition d’Israël en tant qu’Etat juif, soit la disparition des Juifs de l’ensemble de la Palestine mandataire. Dans les deux cas, on a le droit de trouver ça moyen. Bref, je n’aimerais pas que la justice de mon pays dise « antisémitisme non, antisionisme oui », ce qui reviendrait à délivrer un permis de haïr Israël.

Il est vrai que le risque paraît faible, nos joyeux lurons ne prenant guère de précautions pour cacher que leur obsession israélienne est une obsession juive. Il est assez clair qu’ils la souhaitent ardemment cette interdiction, et ce seul fait devrait faire réfléchir tous ceux qui sont partis, sabre au clair et « heures les plus sombres de notre histoire » en bandoulière. Invité à commenter l’intervention de Guéant, Alain Soral, le troisième homme de cette aimable troupe, a répondu : « L’Etat se soumet au lobby sioniste. » Les mots sont peut-être pesés au trébuchet, mais on connaît la chanson.

Et pourtant, je n’en démords pas : Le Pen a raison. Supposons que les listes antisionistes soient interdites de scrutin par la justice pour cause d’antisémitisme avéré. Premier résultat, cela renforcera la conviction déjà fort répandue dans certains milieux que les juifs sont puissants, qu’ils tiennent les médias et la politique, jouissent de protections exorbitantes et que ces privilèges sont la première cause des malheurs du monde. Quant à tous ceux, bien plus nombreux, qui suivent ces polémiques de loin avec un agacement croissant, ils penseront paresseusement qu’après tout, « les juifs exagèrent et qu’on ne peut rien dire sur Israël sans être traité d’antisémite ».

J’imagine par avance les commentaires furibonds de ceux qui auront compris ce texte sans l’avoir lu. Que les autres ne se méprennent pas, je ne prône nullement le laissez-faire face à l’antisémitisme/antisionisme. Mais la question n’est pas seulement tactique, elle est existentielle pour nous tous, nous les Français civilisés comme disait l’autre. Déléguer à un tribunal, fût-il habilité à juger en notre nom, le soin de faire mordre la poussière à Dieudonné, c’est déserter le champ de bataille. Ne répliquons pas à la redoutable conjonction du ressentiment et de la sottise par une guérilla judiciaire, battons-nous avec nos armes à nous, l’intelligence et l’humour. Soyons plus drôles et plus malins qu’eux – c’est quand même pas difficile, merde ! Dieudonné et ses amis nous attaquent sur notre terrain, celui de la liberté. En leur interdisant le combat, c’est nous qui le perdrons.