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Voulez-vous coacher avec moi ?

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lafayette

Je ne sais pas si vous avez la même impression, mais je trouve qu’on ne se marre pas tous les jours. Tremblement de terre, burqa, salaires déments, ouvriers licenciés, salariés suicidés : l’actualité que je suis amenée à commenter, par choix il est vrai, pèse souvent des tonnes. Hier, alors que je me triturais les méninges pour trouver un sujet de chronique pour RTL, tous ceux qui se présentaient à mon esprit me donnaient envie de fuir à toutes jambes. Il y a des jours comme ça.

Grâces soient donc rendues à mon ami Dominique Quessada qui m’a aimablement fourni le point de départ de la chronique – et de ce texte. Un sujet pour filles, puisque je veux vous entretenir chiffons et fièvre acheteuse. Et en plus, pour une fois, ce n’est pas du jus de crâne mais le fruit d’une véritable enquête de terrain.

Dominique m’informe donc de l’existence, aux Galeries Farfouillettes, d’un service appelé « personal shopper », ce qui en bon français signifie « acheteur personnalisé ». Rassurez-vous, il s’adresse aux fashion victims (c’est-à-dire aux victimes de la pub et du marketing) des deux sexes. Depuis que les hommes sont des femmes comme les autres, l’égalité devant la fanfreluche est une réalité.

Seulement, tout le monde le sait : acheter, c’est pas donné à tout le monde. Le grand magasin que le monde entier nous envie propose donc de vous accompagner dans ce parcours. Le « personal shopper » est donc un genre de coach en achat, des fois que vous ne seriez pas assez dégourdi pour claquer vos sous tout seul.

Au téléphone, une dame me fournit des informations sans chaleur excessive. Sa voix un peu pète-sec évoque plus une tenancière de maison chic dans les années 1940 qu’une wonder woman 2010 : on l’imagine surmontée d’un chignon et moulée dans une robe plus austère que sexy. Allez savoir pourquoi je la baptise (silencieusement) Madame Olga. Le conseiller qui vous reçoit dans un salon privé, m’explique-t-elle, doit d’abord « identifier vos besoins » – très important l’identification des besoins et, bien sûr, au cas où l’identification se révèlerait impossible, il faudra se résoudre à en créer. Par exemple, avez-vous besoin de renouveler votre garde-robe. Ben oui, vous savez, j’ai rien à me mettre. Deuxio : avez-vous le budget pour ça ? Aucun problème, je suis prête à laisser sur la table quelques mois de salaires pour me procurer les colifichets arborés par les people dont le magazine Elle m’apprend chaque semaine que je ne saurais me passer sous aucun prétexte.

Une fois identifiés besoin et budget, votre shoppeur personnel va piétiner pour vous et vous apporter tout ce que vous vouliez sans le savoir. J’interroge Olga (depuis qu’on parle fringues, elle et moi, on est devenues intimes). Et ça coûte combien ? Ce service est gratuit, précise-t-elle, mais avec un objectif d’achat. J’insiste. « Et si je ne trouve pas mon bonheur ? » Là, j’ai l’impression qu’elle va me raccrocher au nez. « Chez nous, c’est presque impossible ! » « D’accord, mais si l’inconcevable se produisait ? » Soupir agacé. « Vous comprenez, si on vous consacre deux heures de notre temps… » Oui, je comprends que si je pars sans rien acheter, les égards prodigués à ma petite personne cèderont la place à des regards courroucés et vaguement méprisants. « Enfin, bien sûr, il n’y a pas d’obligation », lâche Olga à contrecœur.

Je vous l’accorde volontiers, tout cela est assez dérisoire. Et pourtant symptomatique. Nous avons à peu près renoncé à apprendre le beau français aux enfants – je caricature mais à peine. On nous serine du matin au soir que la culture générale est discriminatoire et qu’il faut privilégier la motivation et le parcours plutôt que les connaissances. On invente des carottes pédagogico-financières pour inciter nos chers bambins à se rendre à l’école. Bref, comme le dit Marcel Gauchet, la libido sciendi, le plaisir d’apprendre, se fait rare – et celui d’enseigner aussi. On imagine donc que nos antiques professeurs cèderont bientôt la place à des coachs. Un coach d’histoire-géo ça le fait non ?

Des coachs, il y en a pour tout : pour nous apprendre à manger comme il faut, à bien dormir, à avoir de jolies fesses, à ne pas nous disputer avec nos patrons et petits camarades – celui-là, je devrais peut-être le consulter. Et donc, aux Farfouillettes, on vous apprend à acheter, ce qui revient presque à vous apprendre à vivre. Soyez de bons consommateurs, le reste suivra.

On pourrait appeler ça la consommation assistée. Ne soyons pas injuste, il y a peut-être là un gisement d’emplois de demain. On créera des cellules d’aide psychologique pour les malheureuses qui n’ont pas trouvé en soldes leur 27e paire de bottines (et c’est du vécu), des groupes de paroles pour celles qui ne rentrent pas dans le slim taille 36 conquis de haute lutte sur une rivale. On offrira des cures de remise à niveau à tous ceux que les aléas de la vie ont empêché de devenir de bons consommateurs, à condition, bien sûr, qu’ils aient manifesté leur motivation en s’enrichissant. Acheter, ça se mérite.

Super Nanny, on t’aimait bien

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Une fois n’est pas coutume, quittons nos personnalités politiques, nos éditorialistes et intellectuels de haut rang. Je ne peux, en effet, m’empêcher de rendre hommage à Cathy Sarraï, alias Super Nanny de M6, qui est décédée cette semaine. Super Nanny était certes une émission dans la grande tradition contemporaine. On vous apprend à bricoler, on vous apprend à cuisiner, on vous apprend à dresser votre chien, on vous apprend à renouer le dialogue avec l’être aimé, on vous apprend à trouver l’âme sœur que vous soyez paysan ou divorcé, parfois les deux et, donc, on vous apprend à faire preuve d’autorité avec vos gosses. Ne manque plus que l’émission qui vous apprendrait à trouver le point G, si tant est que ce dernier existe vraiment puisque le débat fait actuellement rage à son sujet… Lire la suite sur Antidote.

Quand la Palatine débine

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Hyacinthe Rigaud, <em>Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.</em>
Hyacinthe Rigaud, Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.

En ce jour de 1671, un carrosse lancé sur les routes de Lorraine en direction de Saint-Germain emporte une jeune fille, dont le visage sans grâce est dévasté par les larmes, les cris et des suffocations de bête à l’agonie. Elle se prénomme Élisabeth-Charlotte. Elle est fille de Charles Ier (1617-1680), électeur palatin du Rhin, et de Charlotte de Hesse-Cassel (1627-1686). De  l’homme qu’elle épousera bientôt, elle ne sait rien, ou très peu. C’est bien assez. L’époque ne dispose pas les demoiselles à contrarier leurs parents sur le choix qu’ils ont fait de leurs maris. L’exception de sa naissance et les combinaisons politiques l’ont désignée pour devenir la « prisonnière » d’un somptueux palais, toujours en chantier, bâti à la gloire du monarque de France, pays ennemi et bourreau du sien. Dans quelques jours, on l’appellera Madame, après qu’elle aura dit oui à Philippe de France, dit Monsieur, frère du roi. Elle restera fameuse sous le nom de La Palatine.
 
En fille soumise, elle s’est conformée à l’ordre de son père : abjurer sa foi protestante, se convertir au catholicisme afin de complaire à son prochain maître. Mais elle n’est pas dupe : « Dans tous les sermons, on fait de grands compliments au roi pour avoir persécuté les pauvres réformés. […] Il est vraiment bien déplorable que dans sa jeunesse […] on ne lui ait pas fait comprendre [que la religion] est instituée plutôt pour entretenir l’union parmi les hommes que pour les faire […] se persécuter les uns les autres. » Dans son courrier (ouvert sur ordre du roi), elle réclame le droit de se faire une religion « à part soi ». Il serait vain de déceler l’influence des Lumières sur tout cela ; on y constatera plutôt la liberté d’une femme sensée, tôt revenue des illusions du monde, pieuse mais sagement sceptique. Évoquant le « catéchisme de Heidelberg » (protestant), s’en remettant à la bonté du Christ, elle conclut que « mourir c’est tout de même chose affreuse et malheureusement nous ne savons guère ce qui adviendra de nous après cette vie… » Elle assistera sans plaisir au progrès du « parti des dévôts » de la Maintenon (« vieille ordure »), et n’aura de cesse de vitupérer ses représentants.
 
Elle a le pas lourd, les hanches d’une jument poulinière, et l’ensemble de son « appareil », loin d’être ondoyant, suggère la paysannerie danubienne. Avec le temps, rien ne s’améliore dans son apparence : sa silhouette s’alourdit encore, les bajoues et le menton se colorent de couperose. Elle en rit ; on prétend que son premier fils, le duc de Valois, lui ressemble fort, elle confie à sa tante aimée, la duchesse de Hanovre : « […] vous pouvez bien penser dès lors que ce n’est pas précisément un très beau garçon […] » ! Beaucoup l’évitent, quelques-uns la moquent, tous la craignent : sa voix de stentor perce les plus épaisses vanités.
 
Délaissée très tôt par Monsieur, qui lui préfère les « mignons » en général et le chevalier de Lorraine en particulier, elle se découvre les qualités qui permettent de survivre dans un milieu hostile et changeant : le sens de la formule et des mots piquants, lancés comme une volée d’oursins. Démontrant une conscience aiguë de sa position et de ses privilèges, elle demeure le modèle de la grande aristocratie de sang bleu. Néanmoins, sa liberté de ton, son audace morale, son culot de haranguère éduquée l’affranchissent de toute manière guindée. Si le paradoxe qu’elle incarne – la morale d’une princesse d’Ancien régime frottée des indiscrétions salaces d’une concierge d’immeuble cossu – nous intéresse encore, c’est à la littérature qu’il le doit ; sa correspondance est non seulement un témoignage historique de premier plan, mais encore la manifestation d’un caractère assez singulier pour exprimer des revendications universelles. Attendue, espérée même, elle ne connut certes pas le sort précaire d’une immigrée clandestine et sans papiers. Mais elle vécut de la plus triste façon qui se puisse imaginer, dans un double exil, loin de sa patrie, souvent recluse dans ses appartements, à Versailles, entièrement dépendante de l’humeur du « plus grand roi de la terre ». Toujours, elle oscilla entre l’horreur que lui inspirait la Cour et la vénération blessée qu’elle éprouvait pour son tourmenteur. Ne pouvant fuir, promise à une mort lente, elle se livra donc à une impitoyable observation du royaume de France, qu’elle fit partager dans quelque cent mille lettres. À force de perspicacité, elle finit par connaître admirablement sa prison et ses geôliers, sinon à les aimer.

Elle voit à la cour de l’Ogre (ainsi Roger Nimier nomme-t-il Louis XIV) un homme qui ne lui inspire tout d’abord « ni noblesse ni bon sentiment ». Qu’est-ce donc, à ses yeux, qu’un Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon ? Peu de chose dans l’ordre des humains, mais une encombrante insignifiance, car il possède l’arrogance de la noblesse française : « Quoique nous autres comtesses palatines, nous ayons pour ainsi dire donné naissance aux princes les plus puissants du monde, on croit ici à peine que nous soyons de bonne maison, et s’il arrive […] un comte palatin, un misérable duc lui disputera le rang. Cela me rend souvent si furieuse que j’en crève… » (1702). Avec le temps, elle adoucit sa manière. La palatine et le duc, sans le savoir, pratiquaient la même discipline : l’observation de la comédie versaillaise. Saint-Simon, la nuit venue, dans son minuscule cabinet, bâtit « l’immense édifice du souvenir », quand la Palatine laisse agir ses humeurs, s’exerce au croquis à main levé, au trait jeté (elle admirait Molière). Tous deux, souvent, assistent aux mêmes scènes, entendent les mêmes éclats de voix. Il relate la formidable gifle qu’elle administra à son fils, le duc de Chartres, dans la grande galerie : l’infortuné jeune homme n’avait pas osé refuser le parti de Mlle de Blois, que lui imposait le roi. La Palatine, furieuse de ce mariage avec une « bâtarde » (la promise était la fille de Louis XIV et de Mme de Montespan), « lui appliqua un soufflet si sonore qu’il fut entendu de quelques pas, […] couvrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs, dont j’étais, d’un  prodigieux étonnement. » (Saint-Simon). Madame s’inclinait toujours devant la volonté du roi, mais jamais sans combattre…

Elle vit dans l’intimité éblouissante d’un souverain, qui lui fournit le gîte, le couvert et la joaillerie, mais l’emprisonne. Alors, sous la femme blessée, la princesse se venge… Nos médecins sont des sots : « La France est le pays où les remèdes valent le moins […] On n’y débite que des lavements et des sirops tout à fait communs ; on y est bien ignorant. » Et Descartes, notre grand penseur national, celui qui nous plaça en tête de la course à la logique et à la raison ? Il ne vaut pas Leibniz, qui n’a pas l’impudence de voir dans les chiens de la simple mécanique plaquée sur du vivant ! Le peuple des campagnes compose une lointaine masse sombre, envieuse, barbare. Les parisiens sont braves, crédules, cependant ils ont la tête émeutière. Si l’avarice nous tient, l’intérêt nous mène : « Cela provient de l’habitude vicieuse d’acheter toutes les charges… » Et pour ce qui est de nos rapports avec la papauté : « En France, on ne se soucie guère ni de Rome ni du pape : on est persuadé qu’on peut faire son salut sans lui. » La grande affaire de ce pays, où « l’amour dans le mariage n’est plus du tout de mode », c’est la galanterie, laquelle abolit toutes les barrières sociales : « Ici, les cavaliers boiraient tout aussi bien avec les femmes de chambre qu’avec les demoiselles nobles, pourvu qu’elles fussent coquettes. » Généralement, les mœurs des grands sont corrompues au dernier degré. Ils perdent des fortunes au jeu du lansquenet, où ils côtoient « toute sorte de racaille ». La Palatine évoque la figure de la duchesse d’Ussay : « […] morte pourrie […] du mal français (la petite vérole) », sans doute contaminée par son mari, qui s’enivre en compagnie des laquais « et fait pis que cela avec eux ». Avec la recommandation du prince, et sous sa protection, on peut tout se permettre : « Le duc de Nevers et sa femme ont fait mettre hier leur fils aîné à la Bastille par lettre de cachet du roi. On prétend qu’il a dit des horreurs sur le compte de son père… » Les mahométans osent aspirer à des unions « extra-communautaires » : le roi du Maroc voit la princesse de Conti, en tombe éperdument amoureux, demande sa main au roi, et s’engage à lui donner « autant de capucins qu’elle voudra, pour que chaque jour elle puisse entendre la messe. » Avec cela, oublieux des menaces et des calamités, nous sommes gais et insouciants : « Les Français ne peuvent pas perdre l’habitude de rire, il faut qu’ils rient de tout ce qu’ils entendent […] », et qu’ils « chansonnent tout ».
 
Au-dessus de cette agitation, voici Louis XIV ! Il est l’astre dont l’attraction s’exerce sur tout le monde connu, c’est-à-dire Versailles et sa cour médisante, le pôle magnétique où convergent les lignes d’un protocole éblouissant. À cette femme de tempérament, faite pour les soirs victorieux et la passion des corps, à cette amoureuse sans utilité, l’éblouissante proximité avec un roi solaire fut une atroce volupté. Le peu d’assiduité de son légitime époux lui inspirera cette réflexion, qu’on imagine suivie d’un long soupir : « Est-ce qu’on peut redevenir vierge au bout de dix-huit ans ? » Alors, bien sûr, avoir Louis XIV à portée de main et ne pouvoir en disposer, dans un palais où la moindre alcôve n’est que gémissements, sucions et coïts furtifs… Navrant ! Mais, là encore, elle tient sa revanche sur les délicates constitutions françaises, grâce à sa robuste santé germanique. Si, pour le déduit, il ne la voit pas, pour la traque du gibier au fond des forêts, il ne veut que la Palatine. Cavalière émérite, elle rentre des chasses où l’entraîne le roi, harassée, fourbue, écorchée, traînant après elle une odeur de sang mêlée de sueur. Pour rien au monde, elle ne manquerait ces parties sauvages, où l’on force le loup, le cerf ou le sanglier. Elle chevauche au plus près de Louis, éprouvant le plaisir sauvage des vèneries sanglantes, à l’égal de son dieu soleil. 

C’est ainsi qu’elle subit l’épreuve interminable d’une femme mal mariée, qu’elle eut le bonheur de voir son fils, le Régent, monter sur le trône de France, et la joie mauvaise de survivre à son  ennemie intime, Mme de Maintenon…
 
La recension impitoyable des bassesses humaines auxquelles se livrent la Palatine et Saint-Simon, n’est-elle que mesquine satisfaction de spectateurs chafouins des misères d’une société de confinement ? La méchanceté de leurs portraits n’excède jamais celle de leurs modèles. Versailles réunissait toutes les manigances d’une société humaine énervée. Cependant, chez ces deux « infiltrés » dans le vaisseau royal gisait le sentiment de la grandeur, que leur inspirait le roi. Quoique d’Ancien régime, et observateurs fascinés de sa moisissure, ils appartiennent à ce « monde d’avant » cher à l’un de nos amis. Ils ne sont nullement de ces malins du dernier rang, de ces sarcastiques postmodernes qui dissimulent mal leur médiocrité dans le ricanement hypercritique.  

Lettres de la princesse Palatine, 1672-1722, coll. Le temps retrouvé, Le Mercure de France, préface de Pierre Gascar,  édition établie et annotée par Olivier Amiel, 1999.

Lettres de la princesse Palatine - 1672/1722

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Ticket perdant

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À partir du 1er mars, les supermarchés n’accepteront plus les tickets restaurants. La baisse du pouvoir d’achat régulière, encore accélérée par la crise de 2008, avait fait des tickets restaurants une manière de seconde monnaie pour les classes moyennes paupérisées, qui se passaient de deux ou trois repas au boulot pour compléter les grosses courses du week-end. Eh bien, c’est terminé. La grande distribution, exemple d’humanisme et grande créatrice de lien social devant l’Eternel n’acceptera plus que « deux tickets restaurants par passage en caisse et seulement pour l’achat de sandwichs, plats cuisinés frais, surgelés ou en conserve et salades préparées. » On espère que l’on fera une exception pour Henri Proglio qui vient héroïquement de renoncer à son deuxième salaire de 450 000 euros de Veolia qui s’additionnait au million six cent mille d’EDF. Parce que pour lui, du coup, sans tickets restos, ça va devenir difficile de faire le plein de son caddie.

Oui aux marchands de canons !

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canon

Après les OGM, les nanotechnologies et autres avancées de la science permettant à l’humanité de surmonter quelques fléaux naturels et d’entrevoir des solutions nouvelles pour mieux manger et vivre plus longtemps, les écolos ont pris pour cible l’enneigement artificiel dans nos stations de ski.

Selon eux, la neige de culture produite par des enneigeurs fonctionnant à l’électricité et utilisant l’eau de retenues collinaires creusées à cet effet constituerait une atteinte intolérable à l’environnement et un nouveau péché mortel contre l’intégrité de Gaïa, la Terre-mère, dont ils sont les idolâtres patentés.

Leurs arguments sont repris en détail dans un article du Canard enchaîné du 20 janvier, à l’occasion d’une action des Verts de Haute-Savoie contre la municipalité de Mieussy. Cette dernière, qui gère la station de Sommand-Praz-de-Lys avec la commune voisine Taninges souhaite installer sur son territoire une unité touristique nouvelle de 1200 lits, pour rentabiliser des installations qui ne fonctionnent à plein que pendant les week-ends et les vacances scolaires. Comme je fréquente régulièrement cette charmante station bénéficiant d’un ensoleillement remarquable et d’une vue magnifique sur la chaine du Mont-Blanc, je n’ai qu’à me féliciter de voir, certains jours, les pistes ouvertes au seul usage de quelques vaillants retraités dans mon genre.

Mais, faisant fi de mes intérêts égoïstes, je peux aussi comprendre que la municipalité de Mieussy, comptable des deniers publics investis dans une station gérée par elle en direct, soit soucieuse d’optimiser le rendement de ses remontées mécaniques et activités annexes (restauration, location de ski, etc.)

Or, aujourd’hui, le marché du ski s’est considérablement modifié : il s’est démocratisé après des décennies d’apprentissages de la glisse dans les classes de neige. L’arrivée du TGV et des lignes aériennes low cost a transformé les départs aux sports d’hiver, permettant les courts séjours genre week-end prolongé par des RTT. Enfin, il s’est internationalisé et de nouvelles clientèles, comme les Russes, sont courtisées par des pays alpins concurrents.

Cela suppose que l’aléa climatique doit être réduit au minimum, pour que l’offre soit toujours à la mesure de la demande du public.

Imaginons, par exemple, que la route conduisant au château de Versailles soit, de temps à autres, coupée par des inondations sur 20 % de la distance reliant Paris au château du Roi-Soleil. Ne trouverait-on pas normal que des pompes de drainage soient installées aux endroits critiques pour permettre au flux des touristes de visiter le monument ?

Il en est ainsi des enneigeurs : ils maintiennent le manteau neigeux à des endroits critiques (bas de la station, passages rocheux etc…) augmentant ainsi le nombre de jours skiables.

Pour nous faire bien peur, comme d’habitude, les écolos nous dressent un tableau apocalyptique des dégâts provoqués par les enneigeurs : captation des ressources en eau au risque d’assoiffer les populations, consommation effrayante d’énergie (l’équivalent d’une ville de 500.000 habitants pour tous les enneigeurs fonctionnant en France), caractère inesthétique des retenues collinaires, etc.

Ces canons à neige leur paraissent aussi redoutable pour l’avenir de l’humanité que le furent jadis ceux produits par Krupp ou Schneider.

Ce que nos amis Verts omettent de nous dire, c’est que depuis les années 1990, où les enneigeurs ont été installés, dans les grandes stations d’abord, puis vers les moyennes, on n’a jamais vu l’une d’entre elles manquer d’eau. L’enneigement, en général se pratique la nuit, quand la température et la plus basse, et la consommation d’eau des ménages réduite. Les chiffres d’équivalent énergétique d’une ville de 500.000 habitants est encore une baliverne propagandiste, puisqu’elle concerne la puissance potentielle de tous les canons installés. Or, ceux-ci ne fonctionnent que quelques heures par jour, pas tous les jours et pas tous en même temps. Quant aux retenues collinaires assurant leur alimentation en eau, il en existe certes, de peu esthétiques, mais d’autres, comme le lac biotope de Combloux méritent le détour en été…

Par ailleurs, il y a dans cette charge des Verts contre les enneigeurs un petit fumet qui rappelle la taxe carbone et son caractère antisocial : comme les grandes stations se sont équipées depuis belle lurette dans ce domaine, ce sont aujourd’hui les plus petites, stations de proximité de moyenne altitude tournées vers une clientèle locale à des prix doux qui veulent assurer leur pérennité. Si on leur interdit d’assurer une continuité saisonnière, elles fermeront. Les bling-bling, oligarques et people continueront de fréquenter Courchevel, Megève ou Val d’Isère. Les familles modestes pourvues d’enfants n’auront qu’à regarder le ski à la télé.

Les derniers résultats du commerce extérieur français sont totalement déprimants, à l’exception du tourisme, activité non-délocalisable et grande pourvoyeuse d’emplois. Il fallait bien que nos « décroissants » viennent y semer leurs graines pourries.

Himalaya : ça ne fond pas !

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Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !
Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !

Pauvre GIEC : pris dans la tourmente du refroidissement actuel, le consortium international des scientifiques réchauffistes doit faire face à un nouvel épisode créé par ses affirmations infondées. Le « climategate » avait révélé les petits arrangements entre collègues sérieux qui, conscients de leurs responsabilités, s’arrangeaient entre amis pour sauver la défense de leur vision apocalyptique de l’avenir. Une nouvelle révélation pourrait se révéler autrement plus embarrassante pour la prétendue forteresse de la vérité scientifique. On découvre aujourd’hui que la fonte des glaciers, présentée comme certaine dans le quatrième rapport de 2007, n’est qu’une hypothèse et que, faute de preuve scientifique, elle repose sur le sentiment d’un chercheur interrogé lors d’une interview.

Voilà des années qu’on nous serine que la fonte des glaciers est le signe le plus marquant de la main de la nature qui, outragée par nos excès et notre production de CO2, les ferait disparaître, avec en prime une montée du niveau des mers de plusieurs mètres. En 2035, les glaciers de l’Himalaya auront complètement disparu, avertissait le quatrième rapport du GIEC. Désormais, la vengeance sera une boisson à boire froide.

De nombreux scientifiques ont remis en cause ces décrets péremptoires. En Angleterre, un tribunal a condamné le film d’Al Gore en raison d’affirmations comparables. Or, il apparaît que la disparition annoncée des glaciers de l’Himalaya n’est qu’une rumeur transformée en vérité scientifique grâce à un puissant bouche-à-oreille. Une personne, forcément sûre, l’a dit par téléphone à une autre personne, qui elle-même l’a redit à une autre, et ainsi, chemin faisant, le « résultat scientifique » s’est retrouvé inscrit dans le fameux rapport 2007 du GIEC, qui a créé une véritable panique et qu’on n’a eu de cesse de nous présenter comme du béton armé passé au crible intransigeant et implacable de la meilleure expertise scientifique du monde.

Il y a pire. Georg Kaser, un Allemand appartenant au groupe I du GIEC, affirme avoir tenté d’attirer l’attention de ses collègues du Groupe II sur le non-sens scientifique de leur conclusion. Sans le moindre effet. Il s’en est fallu de peu que l’on évacue tous les ours blancs menacés de disparition.

Examinons les explications de nos incorruptibles alarmistes. Stéphane Foucart du Monde parle d’une « bourde qui tient en une phrase, à la 493e des 976 pages que compte le deuxième volet ». Broutille. Dans le même esprit, le climatologue français Hervé Le Treut affirme : « Cette erreur doit être ramenée à sa juste mesure. D’abord, elle ne change rien au fond du problème. » Jean Jouzel, membre du GIEC, lâche aimablement ses chers collègues, notant que l’erreur a été commise par les auteurs du deuxième volet du rapport, « qui sont spécialistes d’enjeux régionaux, et pas des aspects purement scientifiques ». Ce sont pourtant ces enjeux régionaux qui, à juste titre, inquiètent les habitants de la planète et interpellent les dirigeants du monde.

La parade est simple : on minimise – « une phrase fausse sur des milliers, who cares ? » Cette réaction évoque celle d’Al Gore qui, après la décision de la justice anglaise, s’était félicité, observant que le tribunal n’avait recensé dans son film que neuf erreurs scientifiques sur « des milliers d’autres faits ». Pour lui, le jugement aurait confirmé le consensus scientifique selon lequel « le réchauffement climatique est réel et causé par les activités humaines ». Le problème, c’est que cette « poignée d’erreurs » a largement contribué à la panique planétaire.

On pourrait éventuellement souscrire à ces justifications si, de l’autre côté, toute erreur n’était pas immédiatement montée en épingle. Ainsi, lorsque le climato-sceptique Vincent Courtillot et ses collègues utilisent des données incomplètes dans un article, alors même que cette erreur ne bouleverse pas le fond de leur travail, ils sont accusés à grand bruit de manipulation et d’incompétence. Il est vrai qu’ils ne demandent pas à l’ensemble de l’humanité de changer ses habitudes sous peine d’apocalypse. Du reste, on ne les écoute guère alors que les prévisions « scientifiquement prouvées » du GIEC font frémir le monde entier, du villageois au président des Etats-Unis.

Il ne s’agit pas de polémiquer sur la fonte des certitudes « giecatiques », mais d’en profiter pour réaffirmer que la climatologie n’est pas (encore) une science, que les lois qui gouvernent l’évolution du climat n’ont pas été découvertes, même si certains mécanismes nous sont connus ainsi qu’une partie de son passé. La science est amorale, elle n’est pas démocratique et ne se décide pas, ni à l’unanimité ni au consensus. Il est essentiel pour sa crédibilité de pas opérer d’amalgame entre ce qui a été prouvé et ce qui est perçu comme vrai par des scientifiques, qui rappelons le, sont des humains comme les autres. En conséquence, il est suicidaire de vouloir bouleverser l’organisation économique du monde au nom de ce qui n’est encore qu’une chimère, serait-elle celle d’éminents savants. Et peu importe qu’elle conforte nos « croyances de coupables ».

Cessons donc de présenter comme des certitudes l’expression de nos peurs et de notre incapacité de parvenir à une compréhension globale de l’évolution du monde. La science doit éclairer notre connaissance du monde, pas se substituer à la politique, d’abord parce que ce n’est pas son rôle, et surtout parce qu’elle en est incapable. Il n’est pas mauvais en soi de vouloir changer le monde, à condition de ne pas pratiquer pour y arriver la manipulation des esprits et la dissimulation des données.

Haïti : la faute à qui

On cherche toujours des responsables aux pires catastrophes naturelles. Le schéma se répète de cataclysmes en tsunamis, de fins du monde en tremblements de terre. Ainsi, concernant Haïti, on a d’abord pensé à Dieu… Comment ce gredin a-t-il pu laisser faire cela ? Les journaux ont titré sur le martyre des Haïtiens, sur le chemin de croix des rescapés, sur la miséricorde, et tutti-quanti… L’idée selon laquelle la situation chaotique actuelle serait la conséquence tragique de l’histoire d’Haïti, dont les méchants occidentaux colonialistes seraient responsables pointe également. Et – oh miracle ! – on apprend ce matin que de nouvelles rumeurs bien plus croustillantes commencent à courir dans les rues de Port-au-Prince… La secousse sismique ne serait pas liée aux plaques tectoniques, mais serait le résultat direct de l’essai par les « zaméricains » d’une nouvelle et terrifiante « arme secrète » . Cette information, rapportée mercredi matin par Apolline de Malherbe dans l’édition matinale du journal de BFM TV, sur fond d’hyper-présence humanitaire US sur le terrain, en dit long sur la détresse morale de la population, mais également sur le succès viral des thèses complotistes. Aujourd’hui dans les rues de Haïti, demain sur le paranoweb, après-demain dans l’imaginaire des « anti-impérialistes »… Quant aux chinois de la CIA et aux petits hommes verts qui ont infiltré le Mossad ils prépareraient – avec le Professeur Tournesol – un raz de marée dévastateur pour la prochaine équinoxe. Restez à l’écoute !

Voltaire en Haïti

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Tremblement de terre de Lisbonne de 1755
Tremblement de terre de Lisbonne de 1755

Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !
Ô de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien »
Accourez, contemplez ces ruines affreuses
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois
Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l’on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes
Partout environnés des cruautés du sort,
Des fureurs des méchants, des pièges de la mort
De tous les éléments éprouvant les atteintes,
Compagnons de nos maux, permettez-nous les plaintes.
C’est l’orgueil, dites-vous, l’orgueil séditieux,
Qui prétend qu’étant mal, nous pouvions être mieux.
Allez interroger les rivages du Tage ;
Fouillez dans les débris de ce sanglant ravage ;
Demandez aux mourants, dans ce séjour d’effroi
Si c’est l’orgueil qui crie « O ciel, secourez-moi !
O ciel, ayez pitié de l’humaine misère ! »
« Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »
Quoi! l’univers entier, sans ce gouffre infernal
Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?
Êtes-vous assurés que la cause éternelle
Qui fait tout, qui sait tout, qui créa tout pour elle,
Ne pouvait nous jeter dans ces tristes climats
Sans former des volcans allumés sous nos pas ?
Borneriez-vous ainsi la suprême puissance ?
Lui défendriez-vous d’exercer sa clémence ?
L’éternel artisan n’a-t-il pas dans ses mains
Des moyens infinis tout prêts pour ses desseins ?
Je désire humblement, sans offenser mon maître,
Que ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre
Eût allumé ses feux dans le fond des déserts.
Je respecte mon Dieu, mais j’aime l’univers.
Quand l’homme ose gémir d’un fléau si terrible
Il n’est point orgueilleux, hélas! Il est sensible.
Les tristes habitants de ces bords désolés
Dans l’horreur des tourments seraient-ils consolés
Si quelqu’un leur disait : « Tombez, mourez tranquilles;
Pour le bonheur du monde on détruit vos asiles.
D’autres mains vont bâtir vos palais embrasés
D’autres peuples naîtront dans vos murs écrasés;
Le Nord va s’enrichir de vos pertes fatales. »
[…]

Voltaire, Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756.

Sarah Palin baptisée cathodique !

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Sarah Palin, ancienne candidate à la vice-présidence, ancienne gouverneure de l’Alaska, est désormais éditorialiste politique sur Fox News et va s’apprêter aussi à présenter certains épisodes de téléréalité. A 46 ans à peine, la plus belle femme du monde fait preuve de la même sensualité brûlante que pendant la campagne électorale. Ses clins d’oeil (wink en VO) qui transformeraient un eunuque en satyre et un moine tibétain en onaniste compulsif se révèlent toujours aussi ravageurs. Sarah la libertarienne (forme de communisme prêchant le dépérissement de l’Etat, mais sans la phase d’appropriation collective des moyens de production) qui a connu un vrai succès de librairie avec son autobiographie Going Rogue (devenir rebelle en VF) semble, d’ores et déjà, une icône cathodique redoutable d’efficacité. Sa simple apparition sur le petit écran, lors de l’élection pour remplacer le sénateur Ted Kennedy dans le Massachussets, vient de provoquer le succès inattendu d’un républicain et du même coup fait perdre à Barack Obama la majorité au Sénat.

Juppé-Sarkozy : tir à vue !

Alain Juppé

La presse aura surtout retenu une seule information de la longue interview donnée hier par Alain Juppé aux Echos : son refus de la présidence de la Cour des Comptes que lui a proposé Nicolas Sarkozy après le décès de Philippe Séguin. Une fin de non-recevoir que l’ancien Premier ministre explicite en ces termes:  » Cela aurait impliqué que je renonce à mon mandat de maire de Bordeaux. Je ne ferai pas ça aux Bordelais et aux Bordelaises. L’idée que je pourrais m’ennuyer à Bordeaux est une idée qu’il faut se sortir de la tête ! »

En revanche, on aura beaucoup moins commenté le reste de l’interview et c’est bien dommage. Certes, l’appréciation globale portée sur le bilan du quinquennat en cours peut sembler empreinte de modération, même si rigoureusement exempte de toute trace d’enthousiasme : « Avec Nicolas Sarkozy, tout ne marche pas, mais globalement, la France bouge « . Mais dès qu’on rentre dans le détail des réformes passées, en cours ou à venir, Alain se lâche grave, et pas dans le genre groupie.

L’inscription de la limitation du déficit public dans la Constitution? « Cela ne sert pas à grand-chose. Et je ne crois pas à la vertu constitutionnelle sur ce type de sujet. »

Les critiques contre le Conseil constitutionnel après la censure de la taxe carbone? « Dans aucun pays démocratique au monde, on ne s’attaque aux cours suprêmes. Le Conseil constitutionnel fait son travail. »

La réforme territoriale ? « Avant de porter un jugement, j’aimerais bien la connaître avec précision. »

Le nouveau mode de scrutin préconisé par le gouvernement pour les futurs conseillers territoriaux?  » Il n’est pas dans la tradition française et élire quelqu’un qui, par hypothèse, pourrait réunir 35% des voix ne me paraît pas un bon signal. »

Son éventuel retour au gouvernement ? « La question ne se pose pas aujourd’hui. Il y a bien des manières de servir son pays. »

On se gardera bien de porter un jugement de fond sur la pertinence de ces analyses. Les experts en UMPisme, il y en déjà un derrière chaque plante verte à l’UMP. On pourra néanmoins esquisser un léger sourire quant aux reproches intra-droitiers sur le rythme des réformes alors que l’actuel maire de Bordeaux ne s’était guère fait entendre durant les années de l’immobilisme absolu chiraquien, quand on jouait à « Jacques a dit: bougez surtout pas! »

On pourra aussi remarquer que le refus du golden placard de la Cour des Comptes a une signification politique claire. Non, c’est non ! Sans ergoter longtemps sur la partie comique de l’argumentaire de Juppé (en résumé: J’ai deux amours, mon pays et Bordeaux, mais surtout Bordeaux), on notera qu’il a aussi un caractère symbolique fort : Juppé refuse de devoir quoique ce soit à Sarkozy, bref d’être peu ou prou, son féal : ce n’est pas lui, non plus, qui aurait accepté d’être nommé au FMI.

En clair, Juppé se place. Et comme Martine Aubry, ce n’est plus l’horizon lointain de 2017 qu’il a coché sur son agenda, mais celui de 2012, pariant un Sarkozy largement démonétisé à cette échéance, pas tant vaincu par ses adversaires que s’effondrant sur lui-même, victime expiatoire de ses propres contradictions. Et de fait, le maire de Bordeaux a intérêt à ne pas trop tarder à sortir du bois, la concurrence – inexistante il y a quelque mois – se durcit et se précise chaque jour un peu plus. Dans la même niche écologique, celle de la droite non-sarkozyste (comme on parlait il y a quarante ans de gauche non-communiste), il faut déjà compter avec la guerre ouverte de Villepin et la guérilla larvée de Copé, sans parler des innombrables escarmouches provoquées ça et là par deuxièmes couteaux type Raffarin. Et sans parler non plus d’une possible défection d’un poids lourd du gouvernement. On pense bien sûr à Fillon, qui pourrait songer à se mettre fissa en orbite pré-élyséenne, mais Borloo pourrait avoir le même type de tentation, pas du tout de Venise…

À toutes ces dissidences présentes ou futures, prévisibles ou inattendues, viendra donc s’ajouter la petite musique de l’ex-premier ministre. Il est encore trop tôt pour dire de quoi elle sera faite. Mais d’ores et déjà on sait de quel modèle tactique « dedans-dehors » Alain Juppé pourra s’inspirer pour transformer sa dissidence en blitzkrieg : celui qui il y a cinq ans à si bien réussi à un certain Nicolas Sarkozy.

Voulez-vous coacher avec moi ?

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lafayette

Je ne sais pas si vous avez la même impression, mais je trouve qu’on ne se marre pas tous les jours. Tremblement de terre, burqa, salaires déments, ouvriers licenciés, salariés suicidés : l’actualité que je suis amenée à commenter, par choix il est vrai, pèse souvent des tonnes. Hier, alors que je me triturais les méninges pour trouver un sujet de chronique pour RTL, tous ceux qui se présentaient à mon esprit me donnaient envie de fuir à toutes jambes. Il y a des jours comme ça.

Grâces soient donc rendues à mon ami Dominique Quessada qui m’a aimablement fourni le point de départ de la chronique – et de ce texte. Un sujet pour filles, puisque je veux vous entretenir chiffons et fièvre acheteuse. Et en plus, pour une fois, ce n’est pas du jus de crâne mais le fruit d’une véritable enquête de terrain.

Dominique m’informe donc de l’existence, aux Galeries Farfouillettes, d’un service appelé « personal shopper », ce qui en bon français signifie « acheteur personnalisé ». Rassurez-vous, il s’adresse aux fashion victims (c’est-à-dire aux victimes de la pub et du marketing) des deux sexes. Depuis que les hommes sont des femmes comme les autres, l’égalité devant la fanfreluche est une réalité.

Seulement, tout le monde le sait : acheter, c’est pas donné à tout le monde. Le grand magasin que le monde entier nous envie propose donc de vous accompagner dans ce parcours. Le « personal shopper » est donc un genre de coach en achat, des fois que vous ne seriez pas assez dégourdi pour claquer vos sous tout seul.

Au téléphone, une dame me fournit des informations sans chaleur excessive. Sa voix un peu pète-sec évoque plus une tenancière de maison chic dans les années 1940 qu’une wonder woman 2010 : on l’imagine surmontée d’un chignon et moulée dans une robe plus austère que sexy. Allez savoir pourquoi je la baptise (silencieusement) Madame Olga. Le conseiller qui vous reçoit dans un salon privé, m’explique-t-elle, doit d’abord « identifier vos besoins » – très important l’identification des besoins et, bien sûr, au cas où l’identification se révèlerait impossible, il faudra se résoudre à en créer. Par exemple, avez-vous besoin de renouveler votre garde-robe. Ben oui, vous savez, j’ai rien à me mettre. Deuxio : avez-vous le budget pour ça ? Aucun problème, je suis prête à laisser sur la table quelques mois de salaires pour me procurer les colifichets arborés par les people dont le magazine Elle m’apprend chaque semaine que je ne saurais me passer sous aucun prétexte.

Une fois identifiés besoin et budget, votre shoppeur personnel va piétiner pour vous et vous apporter tout ce que vous vouliez sans le savoir. J’interroge Olga (depuis qu’on parle fringues, elle et moi, on est devenues intimes). Et ça coûte combien ? Ce service est gratuit, précise-t-elle, mais avec un objectif d’achat. J’insiste. « Et si je ne trouve pas mon bonheur ? » Là, j’ai l’impression qu’elle va me raccrocher au nez. « Chez nous, c’est presque impossible ! » « D’accord, mais si l’inconcevable se produisait ? » Soupir agacé. « Vous comprenez, si on vous consacre deux heures de notre temps… » Oui, je comprends que si je pars sans rien acheter, les égards prodigués à ma petite personne cèderont la place à des regards courroucés et vaguement méprisants. « Enfin, bien sûr, il n’y a pas d’obligation », lâche Olga à contrecœur.

Je vous l’accorde volontiers, tout cela est assez dérisoire. Et pourtant symptomatique. Nous avons à peu près renoncé à apprendre le beau français aux enfants – je caricature mais à peine. On nous serine du matin au soir que la culture générale est discriminatoire et qu’il faut privilégier la motivation et le parcours plutôt que les connaissances. On invente des carottes pédagogico-financières pour inciter nos chers bambins à se rendre à l’école. Bref, comme le dit Marcel Gauchet, la libido sciendi, le plaisir d’apprendre, se fait rare – et celui d’enseigner aussi. On imagine donc que nos antiques professeurs cèderont bientôt la place à des coachs. Un coach d’histoire-géo ça le fait non ?

Des coachs, il y en a pour tout : pour nous apprendre à manger comme il faut, à bien dormir, à avoir de jolies fesses, à ne pas nous disputer avec nos patrons et petits camarades – celui-là, je devrais peut-être le consulter. Et donc, aux Farfouillettes, on vous apprend à acheter, ce qui revient presque à vous apprendre à vivre. Soyez de bons consommateurs, le reste suivra.

On pourrait appeler ça la consommation assistée. Ne soyons pas injuste, il y a peut-être là un gisement d’emplois de demain. On créera des cellules d’aide psychologique pour les malheureuses qui n’ont pas trouvé en soldes leur 27e paire de bottines (et c’est du vécu), des groupes de paroles pour celles qui ne rentrent pas dans le slim taille 36 conquis de haute lutte sur une rivale. On offrira des cures de remise à niveau à tous ceux que les aléas de la vie ont empêché de devenir de bons consommateurs, à condition, bien sûr, qu’ils aient manifesté leur motivation en s’enrichissant. Acheter, ça se mérite.

Super Nanny, on t’aimait bien

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Une fois n’est pas coutume, quittons nos personnalités politiques, nos éditorialistes et intellectuels de haut rang. Je ne peux, en effet, m’empêcher de rendre hommage à Cathy Sarraï, alias Super Nanny de M6, qui est décédée cette semaine. Super Nanny était certes une émission dans la grande tradition contemporaine. On vous apprend à bricoler, on vous apprend à cuisiner, on vous apprend à dresser votre chien, on vous apprend à renouer le dialogue avec l’être aimé, on vous apprend à trouver l’âme sœur que vous soyez paysan ou divorcé, parfois les deux et, donc, on vous apprend à faire preuve d’autorité avec vos gosses. Ne manque plus que l’émission qui vous apprendrait à trouver le point G, si tant est que ce dernier existe vraiment puisque le débat fait actuellement rage à son sujet… Lire la suite sur Antidote.

Quand la Palatine débine

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Nicolas de Largillière, La princesse Palatine en source
Hyacinthe Rigaud, <em>Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.</em>
Hyacinthe Rigaud, Elisabeth Charlotte de Bavière, princesse Palatine, duchesse d'Orléans.

En ce jour de 1671, un carrosse lancé sur les routes de Lorraine en direction de Saint-Germain emporte une jeune fille, dont le visage sans grâce est dévasté par les larmes, les cris et des suffocations de bête à l’agonie. Elle se prénomme Élisabeth-Charlotte. Elle est fille de Charles Ier (1617-1680), électeur palatin du Rhin, et de Charlotte de Hesse-Cassel (1627-1686). De  l’homme qu’elle épousera bientôt, elle ne sait rien, ou très peu. C’est bien assez. L’époque ne dispose pas les demoiselles à contrarier leurs parents sur le choix qu’ils ont fait de leurs maris. L’exception de sa naissance et les combinaisons politiques l’ont désignée pour devenir la « prisonnière » d’un somptueux palais, toujours en chantier, bâti à la gloire du monarque de France, pays ennemi et bourreau du sien. Dans quelques jours, on l’appellera Madame, après qu’elle aura dit oui à Philippe de France, dit Monsieur, frère du roi. Elle restera fameuse sous le nom de La Palatine.
 
En fille soumise, elle s’est conformée à l’ordre de son père : abjurer sa foi protestante, se convertir au catholicisme afin de complaire à son prochain maître. Mais elle n’est pas dupe : « Dans tous les sermons, on fait de grands compliments au roi pour avoir persécuté les pauvres réformés. […] Il est vraiment bien déplorable que dans sa jeunesse […] on ne lui ait pas fait comprendre [que la religion] est instituée plutôt pour entretenir l’union parmi les hommes que pour les faire […] se persécuter les uns les autres. » Dans son courrier (ouvert sur ordre du roi), elle réclame le droit de se faire une religion « à part soi ». Il serait vain de déceler l’influence des Lumières sur tout cela ; on y constatera plutôt la liberté d’une femme sensée, tôt revenue des illusions du monde, pieuse mais sagement sceptique. Évoquant le « catéchisme de Heidelberg » (protestant), s’en remettant à la bonté du Christ, elle conclut que « mourir c’est tout de même chose affreuse et malheureusement nous ne savons guère ce qui adviendra de nous après cette vie… » Elle assistera sans plaisir au progrès du « parti des dévôts » de la Maintenon (« vieille ordure »), et n’aura de cesse de vitupérer ses représentants.
 
Elle a le pas lourd, les hanches d’une jument poulinière, et l’ensemble de son « appareil », loin d’être ondoyant, suggère la paysannerie danubienne. Avec le temps, rien ne s’améliore dans son apparence : sa silhouette s’alourdit encore, les bajoues et le menton se colorent de couperose. Elle en rit ; on prétend que son premier fils, le duc de Valois, lui ressemble fort, elle confie à sa tante aimée, la duchesse de Hanovre : « […] vous pouvez bien penser dès lors que ce n’est pas précisément un très beau garçon […] » ! Beaucoup l’évitent, quelques-uns la moquent, tous la craignent : sa voix de stentor perce les plus épaisses vanités.
 
Délaissée très tôt par Monsieur, qui lui préfère les « mignons » en général et le chevalier de Lorraine en particulier, elle se découvre les qualités qui permettent de survivre dans un milieu hostile et changeant : le sens de la formule et des mots piquants, lancés comme une volée d’oursins. Démontrant une conscience aiguë de sa position et de ses privilèges, elle demeure le modèle de la grande aristocratie de sang bleu. Néanmoins, sa liberté de ton, son audace morale, son culot de haranguère éduquée l’affranchissent de toute manière guindée. Si le paradoxe qu’elle incarne – la morale d’une princesse d’Ancien régime frottée des indiscrétions salaces d’une concierge d’immeuble cossu – nous intéresse encore, c’est à la littérature qu’il le doit ; sa correspondance est non seulement un témoignage historique de premier plan, mais encore la manifestation d’un caractère assez singulier pour exprimer des revendications universelles. Attendue, espérée même, elle ne connut certes pas le sort précaire d’une immigrée clandestine et sans papiers. Mais elle vécut de la plus triste façon qui se puisse imaginer, dans un double exil, loin de sa patrie, souvent recluse dans ses appartements, à Versailles, entièrement dépendante de l’humeur du « plus grand roi de la terre ». Toujours, elle oscilla entre l’horreur que lui inspirait la Cour et la vénération blessée qu’elle éprouvait pour son tourmenteur. Ne pouvant fuir, promise à une mort lente, elle se livra donc à une impitoyable observation du royaume de France, qu’elle fit partager dans quelque cent mille lettres. À force de perspicacité, elle finit par connaître admirablement sa prison et ses geôliers, sinon à les aimer.

Elle voit à la cour de l’Ogre (ainsi Roger Nimier nomme-t-il Louis XIV) un homme qui ne lui inspire tout d’abord « ni noblesse ni bon sentiment ». Qu’est-ce donc, à ses yeux, qu’un Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon ? Peu de chose dans l’ordre des humains, mais une encombrante insignifiance, car il possède l’arrogance de la noblesse française : « Quoique nous autres comtesses palatines, nous ayons pour ainsi dire donné naissance aux princes les plus puissants du monde, on croit ici à peine que nous soyons de bonne maison, et s’il arrive […] un comte palatin, un misérable duc lui disputera le rang. Cela me rend souvent si furieuse que j’en crève… » (1702). Avec le temps, elle adoucit sa manière. La palatine et le duc, sans le savoir, pratiquaient la même discipline : l’observation de la comédie versaillaise. Saint-Simon, la nuit venue, dans son minuscule cabinet, bâtit « l’immense édifice du souvenir », quand la Palatine laisse agir ses humeurs, s’exerce au croquis à main levé, au trait jeté (elle admirait Molière). Tous deux, souvent, assistent aux mêmes scènes, entendent les mêmes éclats de voix. Il relate la formidable gifle qu’elle administra à son fils, le duc de Chartres, dans la grande galerie : l’infortuné jeune homme n’avait pas osé refuser le parti de Mlle de Blois, que lui imposait le roi. La Palatine, furieuse de ce mariage avec une « bâtarde » (la promise était la fille de Louis XIV et de Mme de Montespan), « lui appliqua un soufflet si sonore qu’il fut entendu de quelques pas, […] couvrit de confusion ce pauvre prince, et combla les infinis spectateurs, dont j’étais, d’un  prodigieux étonnement. » (Saint-Simon). Madame s’inclinait toujours devant la volonté du roi, mais jamais sans combattre…

Elle vit dans l’intimité éblouissante d’un souverain, qui lui fournit le gîte, le couvert et la joaillerie, mais l’emprisonne. Alors, sous la femme blessée, la princesse se venge… Nos médecins sont des sots : « La France est le pays où les remèdes valent le moins […] On n’y débite que des lavements et des sirops tout à fait communs ; on y est bien ignorant. » Et Descartes, notre grand penseur national, celui qui nous plaça en tête de la course à la logique et à la raison ? Il ne vaut pas Leibniz, qui n’a pas l’impudence de voir dans les chiens de la simple mécanique plaquée sur du vivant ! Le peuple des campagnes compose une lointaine masse sombre, envieuse, barbare. Les parisiens sont braves, crédules, cependant ils ont la tête émeutière. Si l’avarice nous tient, l’intérêt nous mène : « Cela provient de l’habitude vicieuse d’acheter toutes les charges… » Et pour ce qui est de nos rapports avec la papauté : « En France, on ne se soucie guère ni de Rome ni du pape : on est persuadé qu’on peut faire son salut sans lui. » La grande affaire de ce pays, où « l’amour dans le mariage n’est plus du tout de mode », c’est la galanterie, laquelle abolit toutes les barrières sociales : « Ici, les cavaliers boiraient tout aussi bien avec les femmes de chambre qu’avec les demoiselles nobles, pourvu qu’elles fussent coquettes. » Généralement, les mœurs des grands sont corrompues au dernier degré. Ils perdent des fortunes au jeu du lansquenet, où ils côtoient « toute sorte de racaille ». La Palatine évoque la figure de la duchesse d’Ussay : « […] morte pourrie […] du mal français (la petite vérole) », sans doute contaminée par son mari, qui s’enivre en compagnie des laquais « et fait pis que cela avec eux ». Avec la recommandation du prince, et sous sa protection, on peut tout se permettre : « Le duc de Nevers et sa femme ont fait mettre hier leur fils aîné à la Bastille par lettre de cachet du roi. On prétend qu’il a dit des horreurs sur le compte de son père… » Les mahométans osent aspirer à des unions « extra-communautaires » : le roi du Maroc voit la princesse de Conti, en tombe éperdument amoureux, demande sa main au roi, et s’engage à lui donner « autant de capucins qu’elle voudra, pour que chaque jour elle puisse entendre la messe. » Avec cela, oublieux des menaces et des calamités, nous sommes gais et insouciants : « Les Français ne peuvent pas perdre l’habitude de rire, il faut qu’ils rient de tout ce qu’ils entendent […] », et qu’ils « chansonnent tout ».
 
Au-dessus de cette agitation, voici Louis XIV ! Il est l’astre dont l’attraction s’exerce sur tout le monde connu, c’est-à-dire Versailles et sa cour médisante, le pôle magnétique où convergent les lignes d’un protocole éblouissant. À cette femme de tempérament, faite pour les soirs victorieux et la passion des corps, à cette amoureuse sans utilité, l’éblouissante proximité avec un roi solaire fut une atroce volupté. Le peu d’assiduité de son légitime époux lui inspirera cette réflexion, qu’on imagine suivie d’un long soupir : « Est-ce qu’on peut redevenir vierge au bout de dix-huit ans ? » Alors, bien sûr, avoir Louis XIV à portée de main et ne pouvoir en disposer, dans un palais où la moindre alcôve n’est que gémissements, sucions et coïts furtifs… Navrant ! Mais, là encore, elle tient sa revanche sur les délicates constitutions françaises, grâce à sa robuste santé germanique. Si, pour le déduit, il ne la voit pas, pour la traque du gibier au fond des forêts, il ne veut que la Palatine. Cavalière émérite, elle rentre des chasses où l’entraîne le roi, harassée, fourbue, écorchée, traînant après elle une odeur de sang mêlée de sueur. Pour rien au monde, elle ne manquerait ces parties sauvages, où l’on force le loup, le cerf ou le sanglier. Elle chevauche au plus près de Louis, éprouvant le plaisir sauvage des vèneries sanglantes, à l’égal de son dieu soleil. 

C’est ainsi qu’elle subit l’épreuve interminable d’une femme mal mariée, qu’elle eut le bonheur de voir son fils, le Régent, monter sur le trône de France, et la joie mauvaise de survivre à son  ennemie intime, Mme de Maintenon…
 
La recension impitoyable des bassesses humaines auxquelles se livrent la Palatine et Saint-Simon, n’est-elle que mesquine satisfaction de spectateurs chafouins des misères d’une société de confinement ? La méchanceté de leurs portraits n’excède jamais celle de leurs modèles. Versailles réunissait toutes les manigances d’une société humaine énervée. Cependant, chez ces deux « infiltrés » dans le vaisseau royal gisait le sentiment de la grandeur, que leur inspirait le roi. Quoique d’Ancien régime, et observateurs fascinés de sa moisissure, ils appartiennent à ce « monde d’avant » cher à l’un de nos amis. Ils ne sont nullement de ces malins du dernier rang, de ces sarcastiques postmodernes qui dissimulent mal leur médiocrité dans le ricanement hypercritique.  

Lettres de la princesse Palatine, 1672-1722, coll. Le temps retrouvé, Le Mercure de France, préface de Pierre Gascar,  édition établie et annotée par Olivier Amiel, 1999.

Lettres de la princesse Palatine - 1672/1722

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Ticket perdant

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À partir du 1er mars, les supermarchés n’accepteront plus les tickets restaurants. La baisse du pouvoir d’achat régulière, encore accélérée par la crise de 2008, avait fait des tickets restaurants une manière de seconde monnaie pour les classes moyennes paupérisées, qui se passaient de deux ou trois repas au boulot pour compléter les grosses courses du week-end. Eh bien, c’est terminé. La grande distribution, exemple d’humanisme et grande créatrice de lien social devant l’Eternel n’acceptera plus que « deux tickets restaurants par passage en caisse et seulement pour l’achat de sandwichs, plats cuisinés frais, surgelés ou en conserve et salades préparées. » On espère que l’on fera une exception pour Henri Proglio qui vient héroïquement de renoncer à son deuxième salaire de 450 000 euros de Veolia qui s’additionnait au million six cent mille d’EDF. Parce que pour lui, du coup, sans tickets restos, ça va devenir difficile de faire le plein de son caddie.

Oui aux marchands de canons !

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canon

Après les OGM, les nanotechnologies et autres avancées de la science permettant à l’humanité de surmonter quelques fléaux naturels et d’entrevoir des solutions nouvelles pour mieux manger et vivre plus longtemps, les écolos ont pris pour cible l’enneigement artificiel dans nos stations de ski.

Selon eux, la neige de culture produite par des enneigeurs fonctionnant à l’électricité et utilisant l’eau de retenues collinaires creusées à cet effet constituerait une atteinte intolérable à l’environnement et un nouveau péché mortel contre l’intégrité de Gaïa, la Terre-mère, dont ils sont les idolâtres patentés.

Leurs arguments sont repris en détail dans un article du Canard enchaîné du 20 janvier, à l’occasion d’une action des Verts de Haute-Savoie contre la municipalité de Mieussy. Cette dernière, qui gère la station de Sommand-Praz-de-Lys avec la commune voisine Taninges souhaite installer sur son territoire une unité touristique nouvelle de 1200 lits, pour rentabiliser des installations qui ne fonctionnent à plein que pendant les week-ends et les vacances scolaires. Comme je fréquente régulièrement cette charmante station bénéficiant d’un ensoleillement remarquable et d’une vue magnifique sur la chaine du Mont-Blanc, je n’ai qu’à me féliciter de voir, certains jours, les pistes ouvertes au seul usage de quelques vaillants retraités dans mon genre.

Mais, faisant fi de mes intérêts égoïstes, je peux aussi comprendre que la municipalité de Mieussy, comptable des deniers publics investis dans une station gérée par elle en direct, soit soucieuse d’optimiser le rendement de ses remontées mécaniques et activités annexes (restauration, location de ski, etc.)

Or, aujourd’hui, le marché du ski s’est considérablement modifié : il s’est démocratisé après des décennies d’apprentissages de la glisse dans les classes de neige. L’arrivée du TGV et des lignes aériennes low cost a transformé les départs aux sports d’hiver, permettant les courts séjours genre week-end prolongé par des RTT. Enfin, il s’est internationalisé et de nouvelles clientèles, comme les Russes, sont courtisées par des pays alpins concurrents.

Cela suppose que l’aléa climatique doit être réduit au minimum, pour que l’offre soit toujours à la mesure de la demande du public.

Imaginons, par exemple, que la route conduisant au château de Versailles soit, de temps à autres, coupée par des inondations sur 20 % de la distance reliant Paris au château du Roi-Soleil. Ne trouverait-on pas normal que des pompes de drainage soient installées aux endroits critiques pour permettre au flux des touristes de visiter le monument ?

Il en est ainsi des enneigeurs : ils maintiennent le manteau neigeux à des endroits critiques (bas de la station, passages rocheux etc…) augmentant ainsi le nombre de jours skiables.

Pour nous faire bien peur, comme d’habitude, les écolos nous dressent un tableau apocalyptique des dégâts provoqués par les enneigeurs : captation des ressources en eau au risque d’assoiffer les populations, consommation effrayante d’énergie (l’équivalent d’une ville de 500.000 habitants pour tous les enneigeurs fonctionnant en France), caractère inesthétique des retenues collinaires, etc.

Ces canons à neige leur paraissent aussi redoutable pour l’avenir de l’humanité que le furent jadis ceux produits par Krupp ou Schneider.

Ce que nos amis Verts omettent de nous dire, c’est que depuis les années 1990, où les enneigeurs ont été installés, dans les grandes stations d’abord, puis vers les moyennes, on n’a jamais vu l’une d’entre elles manquer d’eau. L’enneigement, en général se pratique la nuit, quand la température et la plus basse, et la consommation d’eau des ménages réduite. Les chiffres d’équivalent énergétique d’une ville de 500.000 habitants est encore une baliverne propagandiste, puisqu’elle concerne la puissance potentielle de tous les canons installés. Or, ceux-ci ne fonctionnent que quelques heures par jour, pas tous les jours et pas tous en même temps. Quant aux retenues collinaires assurant leur alimentation en eau, il en existe certes, de peu esthétiques, mais d’autres, comme le lac biotope de Combloux méritent le détour en été…

Par ailleurs, il y a dans cette charge des Verts contre les enneigeurs un petit fumet qui rappelle la taxe carbone et son caractère antisocial : comme les grandes stations se sont équipées depuis belle lurette dans ce domaine, ce sont aujourd’hui les plus petites, stations de proximité de moyenne altitude tournées vers une clientèle locale à des prix doux qui veulent assurer leur pérennité. Si on leur interdit d’assurer une continuité saisonnière, elles fermeront. Les bling-bling, oligarques et people continueront de fréquenter Courchevel, Megève ou Val d’Isère. Les familles modestes pourvues d’enfants n’auront qu’à regarder le ski à la télé.

Les derniers résultats du commerce extérieur français sont totalement déprimants, à l’exception du tourisme, activité non-délocalisable et grande pourvoyeuse d’emplois. Il fallait bien que nos « décroissants » viennent y semer leurs graines pourries.

Himalaya : ça ne fond pas !

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Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !
Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !
Himalaya : va encore falloir monter le chauffage !

Pauvre GIEC : pris dans la tourmente du refroidissement actuel, le consortium international des scientifiques réchauffistes doit faire face à un nouvel épisode créé par ses affirmations infondées. Le « climategate » avait révélé les petits arrangements entre collègues sérieux qui, conscients de leurs responsabilités, s’arrangeaient entre amis pour sauver la défense de leur vision apocalyptique de l’avenir. Une nouvelle révélation pourrait se révéler autrement plus embarrassante pour la prétendue forteresse de la vérité scientifique. On découvre aujourd’hui que la fonte des glaciers, présentée comme certaine dans le quatrième rapport de 2007, n’est qu’une hypothèse et que, faute de preuve scientifique, elle repose sur le sentiment d’un chercheur interrogé lors d’une interview.

Voilà des années qu’on nous serine que la fonte des glaciers est le signe le plus marquant de la main de la nature qui, outragée par nos excès et notre production de CO2, les ferait disparaître, avec en prime une montée du niveau des mers de plusieurs mètres. En 2035, les glaciers de l’Himalaya auront complètement disparu, avertissait le quatrième rapport du GIEC. Désormais, la vengeance sera une boisson à boire froide.

De nombreux scientifiques ont remis en cause ces décrets péremptoires. En Angleterre, un tribunal a condamné le film d’Al Gore en raison d’affirmations comparables. Or, il apparaît que la disparition annoncée des glaciers de l’Himalaya n’est qu’une rumeur transformée en vérité scientifique grâce à un puissant bouche-à-oreille. Une personne, forcément sûre, l’a dit par téléphone à une autre personne, qui elle-même l’a redit à une autre, et ainsi, chemin faisant, le « résultat scientifique » s’est retrouvé inscrit dans le fameux rapport 2007 du GIEC, qui a créé une véritable panique et qu’on n’a eu de cesse de nous présenter comme du béton armé passé au crible intransigeant et implacable de la meilleure expertise scientifique du monde.

Il y a pire. Georg Kaser, un Allemand appartenant au groupe I du GIEC, affirme avoir tenté d’attirer l’attention de ses collègues du Groupe II sur le non-sens scientifique de leur conclusion. Sans le moindre effet. Il s’en est fallu de peu que l’on évacue tous les ours blancs menacés de disparition.

Examinons les explications de nos incorruptibles alarmistes. Stéphane Foucart du Monde parle d’une « bourde qui tient en une phrase, à la 493e des 976 pages que compte le deuxième volet ». Broutille. Dans le même esprit, le climatologue français Hervé Le Treut affirme : « Cette erreur doit être ramenée à sa juste mesure. D’abord, elle ne change rien au fond du problème. » Jean Jouzel, membre du GIEC, lâche aimablement ses chers collègues, notant que l’erreur a été commise par les auteurs du deuxième volet du rapport, « qui sont spécialistes d’enjeux régionaux, et pas des aspects purement scientifiques ». Ce sont pourtant ces enjeux régionaux qui, à juste titre, inquiètent les habitants de la planète et interpellent les dirigeants du monde.

La parade est simple : on minimise – « une phrase fausse sur des milliers, who cares ? » Cette réaction évoque celle d’Al Gore qui, après la décision de la justice anglaise, s’était félicité, observant que le tribunal n’avait recensé dans son film que neuf erreurs scientifiques sur « des milliers d’autres faits ». Pour lui, le jugement aurait confirmé le consensus scientifique selon lequel « le réchauffement climatique est réel et causé par les activités humaines ». Le problème, c’est que cette « poignée d’erreurs » a largement contribué à la panique planétaire.

On pourrait éventuellement souscrire à ces justifications si, de l’autre côté, toute erreur n’était pas immédiatement montée en épingle. Ainsi, lorsque le climato-sceptique Vincent Courtillot et ses collègues utilisent des données incomplètes dans un article, alors même que cette erreur ne bouleverse pas le fond de leur travail, ils sont accusés à grand bruit de manipulation et d’incompétence. Il est vrai qu’ils ne demandent pas à l’ensemble de l’humanité de changer ses habitudes sous peine d’apocalypse. Du reste, on ne les écoute guère alors que les prévisions « scientifiquement prouvées » du GIEC font frémir le monde entier, du villageois au président des Etats-Unis.

Il ne s’agit pas de polémiquer sur la fonte des certitudes « giecatiques », mais d’en profiter pour réaffirmer que la climatologie n’est pas (encore) une science, que les lois qui gouvernent l’évolution du climat n’ont pas été découvertes, même si certains mécanismes nous sont connus ainsi qu’une partie de son passé. La science est amorale, elle n’est pas démocratique et ne se décide pas, ni à l’unanimité ni au consensus. Il est essentiel pour sa crédibilité de pas opérer d’amalgame entre ce qui a été prouvé et ce qui est perçu comme vrai par des scientifiques, qui rappelons le, sont des humains comme les autres. En conséquence, il est suicidaire de vouloir bouleverser l’organisation économique du monde au nom de ce qui n’est encore qu’une chimère, serait-elle celle d’éminents savants. Et peu importe qu’elle conforte nos « croyances de coupables ».

Cessons donc de présenter comme des certitudes l’expression de nos peurs et de notre incapacité de parvenir à une compréhension globale de l’évolution du monde. La science doit éclairer notre connaissance du monde, pas se substituer à la politique, d’abord parce que ce n’est pas son rôle, et surtout parce qu’elle en est incapable. Il n’est pas mauvais en soi de vouloir changer le monde, à condition de ne pas pratiquer pour y arriver la manipulation des esprits et la dissimulation des données.

Haïti : la faute à qui

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On cherche toujours des responsables aux pires catastrophes naturelles. Le schéma se répète de cataclysmes en tsunamis, de fins du monde en tremblements de terre. Ainsi, concernant Haïti, on a d’abord pensé à Dieu… Comment ce gredin a-t-il pu laisser faire cela ? Les journaux ont titré sur le martyre des Haïtiens, sur le chemin de croix des rescapés, sur la miséricorde, et tutti-quanti… L’idée selon laquelle la situation chaotique actuelle serait la conséquence tragique de l’histoire d’Haïti, dont les méchants occidentaux colonialistes seraient responsables pointe également. Et – oh miracle ! – on apprend ce matin que de nouvelles rumeurs bien plus croustillantes commencent à courir dans les rues de Port-au-Prince… La secousse sismique ne serait pas liée aux plaques tectoniques, mais serait le résultat direct de l’essai par les « zaméricains » d’une nouvelle et terrifiante « arme secrète » . Cette information, rapportée mercredi matin par Apolline de Malherbe dans l’édition matinale du journal de BFM TV, sur fond d’hyper-présence humanitaire US sur le terrain, en dit long sur la détresse morale de la population, mais également sur le succès viral des thèses complotistes. Aujourd’hui dans les rues de Haïti, demain sur le paranoweb, après-demain dans l’imaginaire des « anti-impérialistes »… Quant aux chinois de la CIA et aux petits hommes verts qui ont infiltré le Mossad ils prépareraient – avec le Professeur Tournesol – un raz de marée dévastateur pour la prochaine équinoxe. Restez à l’écoute !

Voltaire en Haïti

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Tremblement de terre de Lisbonne de 1755
Tremblement de terre de Lisbonne de 1755
Tremblement de terre de Lisbonne de 1755

Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !
Ô de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien »
Accourez, contemplez ces ruines affreuses
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois
Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?
Lisbonne est abîmée, et l’on danse à Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes
Partout environnés des cruautés du sort,
Des fureurs des méchants, des pièges de la mort
De tous les éléments éprouvant les atteintes,
Compagnons de nos maux, permettez-nous les plaintes.
C’est l’orgueil, dites-vous, l’orgueil séditieux,
Qui prétend qu’étant mal, nous pouvions être mieux.
Allez interroger les rivages du Tage ;
Fouillez dans les débris de ce sanglant ravage ;
Demandez aux mourants, dans ce séjour d’effroi
Si c’est l’orgueil qui crie « O ciel, secourez-moi !
O ciel, ayez pitié de l’humaine misère ! »
« Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »
Quoi! l’univers entier, sans ce gouffre infernal
Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?
Êtes-vous assurés que la cause éternelle
Qui fait tout, qui sait tout, qui créa tout pour elle,
Ne pouvait nous jeter dans ces tristes climats
Sans former des volcans allumés sous nos pas ?
Borneriez-vous ainsi la suprême puissance ?
Lui défendriez-vous d’exercer sa clémence ?
L’éternel artisan n’a-t-il pas dans ses mains
Des moyens infinis tout prêts pour ses desseins ?
Je désire humblement, sans offenser mon maître,
Que ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre
Eût allumé ses feux dans le fond des déserts.
Je respecte mon Dieu, mais j’aime l’univers.
Quand l’homme ose gémir d’un fléau si terrible
Il n’est point orgueilleux, hélas! Il est sensible.
Les tristes habitants de ces bords désolés
Dans l’horreur des tourments seraient-ils consolés
Si quelqu’un leur disait : « Tombez, mourez tranquilles;
Pour le bonheur du monde on détruit vos asiles.
D’autres mains vont bâtir vos palais embrasés
D’autres peuples naîtront dans vos murs écrasés;
Le Nord va s’enrichir de vos pertes fatales. »
[…]

Voltaire, Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756.

Sarah Palin baptisée cathodique !

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Sarah Palin, ancienne candidate à la vice-présidence, ancienne gouverneure de l’Alaska, est désormais éditorialiste politique sur Fox News et va s’apprêter aussi à présenter certains épisodes de téléréalité. A 46 ans à peine, la plus belle femme du monde fait preuve de la même sensualité brûlante que pendant la campagne électorale. Ses clins d’oeil (wink en VO) qui transformeraient un eunuque en satyre et un moine tibétain en onaniste compulsif se révèlent toujours aussi ravageurs. Sarah la libertarienne (forme de communisme prêchant le dépérissement de l’Etat, mais sans la phase d’appropriation collective des moyens de production) qui a connu un vrai succès de librairie avec son autobiographie Going Rogue (devenir rebelle en VF) semble, d’ores et déjà, une icône cathodique redoutable d’efficacité. Sa simple apparition sur le petit écran, lors de l’élection pour remplacer le sénateur Ted Kennedy dans le Massachussets, vient de provoquer le succès inattendu d’un républicain et du même coup fait perdre à Barack Obama la majorité au Sénat.

Juppé-Sarkozy : tir à vue !

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Alain Juppé

La presse aura surtout retenu une seule information de la longue interview donnée hier par Alain Juppé aux Echos : son refus de la présidence de la Cour des Comptes que lui a proposé Nicolas Sarkozy après le décès de Philippe Séguin. Une fin de non-recevoir que l’ancien Premier ministre explicite en ces termes:  » Cela aurait impliqué que je renonce à mon mandat de maire de Bordeaux. Je ne ferai pas ça aux Bordelais et aux Bordelaises. L’idée que je pourrais m’ennuyer à Bordeaux est une idée qu’il faut se sortir de la tête ! »

En revanche, on aura beaucoup moins commenté le reste de l’interview et c’est bien dommage. Certes, l’appréciation globale portée sur le bilan du quinquennat en cours peut sembler empreinte de modération, même si rigoureusement exempte de toute trace d’enthousiasme : « Avec Nicolas Sarkozy, tout ne marche pas, mais globalement, la France bouge « . Mais dès qu’on rentre dans le détail des réformes passées, en cours ou à venir, Alain se lâche grave, et pas dans le genre groupie.

L’inscription de la limitation du déficit public dans la Constitution? « Cela ne sert pas à grand-chose. Et je ne crois pas à la vertu constitutionnelle sur ce type de sujet. »

Les critiques contre le Conseil constitutionnel après la censure de la taxe carbone? « Dans aucun pays démocratique au monde, on ne s’attaque aux cours suprêmes. Le Conseil constitutionnel fait son travail. »

La réforme territoriale ? « Avant de porter un jugement, j’aimerais bien la connaître avec précision. »

Le nouveau mode de scrutin préconisé par le gouvernement pour les futurs conseillers territoriaux?  » Il n’est pas dans la tradition française et élire quelqu’un qui, par hypothèse, pourrait réunir 35% des voix ne me paraît pas un bon signal. »

Son éventuel retour au gouvernement ? « La question ne se pose pas aujourd’hui. Il y a bien des manières de servir son pays. »

On se gardera bien de porter un jugement de fond sur la pertinence de ces analyses. Les experts en UMPisme, il y en déjà un derrière chaque plante verte à l’UMP. On pourra néanmoins esquisser un léger sourire quant aux reproches intra-droitiers sur le rythme des réformes alors que l’actuel maire de Bordeaux ne s’était guère fait entendre durant les années de l’immobilisme absolu chiraquien, quand on jouait à « Jacques a dit: bougez surtout pas! »

On pourra aussi remarquer que le refus du golden placard de la Cour des Comptes a une signification politique claire. Non, c’est non ! Sans ergoter longtemps sur la partie comique de l’argumentaire de Juppé (en résumé: J’ai deux amours, mon pays et Bordeaux, mais surtout Bordeaux), on notera qu’il a aussi un caractère symbolique fort : Juppé refuse de devoir quoique ce soit à Sarkozy, bref d’être peu ou prou, son féal : ce n’est pas lui, non plus, qui aurait accepté d’être nommé au FMI.

En clair, Juppé se place. Et comme Martine Aubry, ce n’est plus l’horizon lointain de 2017 qu’il a coché sur son agenda, mais celui de 2012, pariant un Sarkozy largement démonétisé à cette échéance, pas tant vaincu par ses adversaires que s’effondrant sur lui-même, victime expiatoire de ses propres contradictions. Et de fait, le maire de Bordeaux a intérêt à ne pas trop tarder à sortir du bois, la concurrence – inexistante il y a quelque mois – se durcit et se précise chaque jour un peu plus. Dans la même niche écologique, celle de la droite non-sarkozyste (comme on parlait il y a quarante ans de gauche non-communiste), il faut déjà compter avec la guerre ouverte de Villepin et la guérilla larvée de Copé, sans parler des innombrables escarmouches provoquées ça et là par deuxièmes couteaux type Raffarin. Et sans parler non plus d’une possible défection d’un poids lourd du gouvernement. On pense bien sûr à Fillon, qui pourrait songer à se mettre fissa en orbite pré-élyséenne, mais Borloo pourrait avoir le même type de tentation, pas du tout de Venise…

À toutes ces dissidences présentes ou futures, prévisibles ou inattendues, viendra donc s’ajouter la petite musique de l’ex-premier ministre. Il est encore trop tôt pour dire de quoi elle sera faite. Mais d’ores et déjà on sait de quel modèle tactique « dedans-dehors » Alain Juppé pourra s’inspirer pour transformer sa dissidence en blitzkrieg : celui qui il y a cinq ans à si bien réussi à un certain Nicolas Sarkozy.