« Une femme intelligente est une femme avec laquelle on peut être aussi bête que l’on veut » (Paul Valéry) : cet aphorisme semble avoir été écrit sur mesure pour Camille Laurens. Non pas un plaisir de pédérastes, comme l’a dit Baudelaire dans un mauvais jour (encore qu’on puisse le vérifier à un moment dans ce livre, je n’en dirai pas plus), mais un bonheur rare. Intelligente, elle l’est tellement, Laurens, et si fine, si peu pesante, si peu bas-bleu, qu’on lui pardonne tout. On lui pardonne l’autofiction, défaut français, on lui pardonne ses coquetteries (elle adore montrer qu’elle sait faire) on lui pardonne d’aimer un goujat inculte, un type sans intérêt, un pas-son-genre , en somme. Elle n’est pas la seule : la littérature regorge de précédents, dont Odette de Crécy pour Swann fut le type achevé.
[access capability= »lire_inedits »]Pas son genre, ou le genre qu’elle n’a pas : l’amour, si bien raconté avec Dans ces bras-là, c’est aller vers l’autre, terre inconnue, incompréhensible, sauvage. En fait de sauvagerie, la voilà servie, car en plus d’être grossier et cruel, le paparazzo dont elle tombe (tomber, le mot convient trop bien) si amoureuse, si « accro », est vraiment très loin d’elle : il n’a jamais lu un livre, et sa vie consiste à traquer julien Doré ou les minettes de la Star Ac entre deux chats sur Internet et rendez-vous SM.
Nostalgie de la boue ? Curiosité ? Fragilité (son éditeur vient de la congédier, suite à la polémique avec Marie Darrieussecq sur laquelle on ne reviendra pas) ? Quoi qu’il en soit, elle tombe, elle y va. Mais là où une Christine Angot se complairait platement à décrire sa souffrance avec haine de soi et ressentiment, Camille Laurens ne se contente pas de raconter. Prenant de la distance avec son moi, elle s’étonne et cherche à comprendre pourquoi elle sublime, et pourquoi elle accepte d’être maltraitée. Voilà l’amant devenu objet d’observation et replacé dans son contexte, celui de l’individu ultra-contemporain, vivant dans l’immédiat, les paillettes, le vide. Après avoir été claudélienne (Dans ces bras-là, pétri du Soulier de satin) puis moraliste (L’Amour, roman, placé sous le signe de La Rochefoucauld,) la voici stoïcienne : elle serre les dents, elle avance dans le brouillard et la douleur, mais elle observe. Amoureuse, et en même temps lucide, elle se dédouble : la partie rationnelle d’elle-même (surnommée Ruel) contredit, interroge, rabroue la partie qui s’égare. Il en résulte un cocktail étonnant de sentimentalisme et d’humour grinçant, d’indulgence et d’exaspération, d’abandon et de retenue, de passion et de raison : la conclusion du livre est, à cet égard, un modèle de lucidité. Jusqu’au jour où l’amour passe, et qu’elle peut enfin le raconter : le monde n’est-il pas fait pour aboutir à un livre ? On pourrait le lui reprocher. L’intelligence est donc bien inutile, c’est un peu triste et, en dépit de nos formidables conquêtes, nous n’avons guère progressé depuis Madame Bovary. Mais d’un bon écrivain, jamais dupe de lui-même, ne peut-on pas tout accepter ?
Comment écrire l’histoire de l’urss gorbatchévienne ?
Un recueil de nouvelles est souvent le meilleur moyen d’entrer dans l’univers d’un écrivain, et il serait dommage que vous ratiez celui de Chuck Palahniuk, l’auteur américain le plus innovant de ces dernières années par sa manière de se placer au carrefour de la critique sociale, de la littérature fantastique, du roman noir, de l’épouvante mais aussi de la science-fiction ou de la poésie comme seul l’avait fait avant lui, peut-être, J.G. Ballard. Lire Palahniuk est une manière d’appréhender une Amérique qui vivait déjà, bien avant le 11-Septembre, comme si la fin du monde avait eu lieu. Une Amérique peuplée de freaks qui nous ressemblent pourtant comme des frères, qu’il s’agisse d’escort boys accompagnant des malades en phase terminale ou de fermiers américains rejouant Mad Max avec leur moissonneuses-batteuses.
[access capability= »lire_inedits »] »Téléphones roses, réunions de soutien aux malades, groupes d’aide aux victimes d’addiction… Autant d’écoles pour apprendre à construire des récits efficaces. À haute voix. Pour un public. Et pas simplement pour chercher des idées mais pour les mettre en scène.« , nous dit Palahniuk, surtout connu en France de manière indirecte par Fight Club, le film de David Fincher adapté d’un de ses romans, où l’on voyait un cadre moyen schizophrène, à travers un club secret voué à la baston, parvenir à faire s’effondrer le système financier mondial. Prophétique, vous avez dit prophétique ? Comme c’est prophétique…
Savez-vous qui sont les gopnikis ? C’est la caillera de l’URSS gorbatchévienne, quand celle-ci entre en plein effondrement historique, social et idéologique, au milieu des années 1980. On croyait tout connaître de l’horreur des banlieues mondialisée avec les ghettos de L.A. ou les favelas de Rio de Janeiro. C’est que l’on n’avait pas encore fait connaissance avec ces gamins de 13 ans de moyenne d’âge qui ne verront probablement pas le XXIe siècle. Né en 1972, Vladimir Kozlov appartient à leur génération. Il ne théorise pas l’implosion d’un système, ne commente pas et ne cherche pas le pathos. C’est un romancier hautement moral dans son genre. Il se contente, ce qui est la plus belle des exigences, de simplement rendre compte, dans une prose qu’on dirait brûlée par la bière Baltika n°9 ou le Samogon, l’alcool distillé maison, « gris et épais comme du sperme » pour assommer le spleen. Une prose qui boit la lumière et donne aux bastons avec les punks l’allure de combats de zombies. Même les étés au kolkhoze ont quelque chose de cendreux pour ces Racailles et les scènes d’école font davantage penser à l’antichambre de carnages programmés qu’à La Guerre des boutons. Quand on se souvient qu’il s’agissait là des années de la glasnost, c’est-à-dire de la transparence, on comprend toute l’ironie implicite de Kozlov, écrivain au cœur sombre mais à l’œil impitoyable.
Philippe sollers signe Discours parfait, chez Gallimard, un livre parfait.
On croit tout connaître de Philippe Sollers (1936-20–), surtout sa réputation considérable dans le domaine des médias. Ce fantasme collectif de connaissance d’objet sollersoïde et de son inscription dans la modernité sert le sujet que j’aborde : Discours parfait, dernier ouvrage du susnommé, manuel de survie au social bestial, haut lieu d’un télescopage entre le corps et le temps.
À leur propos, cela fait longtemps déjà que Sollers annonce la couleur : dans La Guerre du goût, il remarquait « qu’on ne s’intéressait pas assez au corps des écrivains« . Le Discours est clair sur le temps : « Il faut se plonger dans le passé, qui est l’avenir aussi, pour éviter la dévastation générale. » Ne dites pas que vous n’étiez pas au courant : Drame, Paradis, Les Voyageurs du temps, Eloge de l’infini avaient préparé le terrain - militaire. Car Sollers est en tenue de combat : la grenade du corps dans la main gauche, la goupille du temps dans la droite.
[access capability= »lire_inedits »]Que vient faire le corps dans le combat sollersien ? Impossible de mener la guerre sans un corps - d’armée si possible. Chez Sollers, il est chinois comme Sun Tze, eau et vent. C’est-à-dire ubiquitaire. Sollers est partout à la fois ; dans l’être d’Heidegger, dans la moustache de Nietzsche, dans une illumination de Rimbaud. Sollers mouvant, c’est l’une de ses tactiques de combat : être là où l’animal social ne l’attend pas.
C’est-à-dire qui s’adapte, épouse les formes, se coule. Laboratoire mobile à ressentir, où le docteur Sollers verse, étale, projette. Le corps comme une toile démultipliée, où tout vient s’écraser. Non pour y finir, mais pour se mêler, s’identifier, s’individualiser, se rassembler. C’est-à-dire multiple. On a l’impression que Sollers est plusieurs. Comme l’art baroque qui « veut dire tout en même temps. Le mouvement, la torsion, la spirale… Les cinq sens sont le plus possible en répercussion les uns par rapport aux autres« .
Ce corps est fait pour la sensation absolue, dût-il en souffrir : Shakespeare « fait semblant d’écrire, en réalité il respire » et « les flèches du rythme vibrent, criblent la scène, viennent vous frapper en plein cœur« . Sollers sent le corps de l’écrivain partout : il entend palpiter le cœur de Voltaire à la BNF. À propos du jeune Arouet, toujours, et des « individus » des Lumières : « C’est leur corps et leur système nerveux qui devraient nous intéresser. » Inventaire à la Sollers : la vésicule vaginale biliaire de L’Etoile des amants, la voix de Simone de Beauvoir qui « semblait vouloir nier sa belle image par une parole désaccordée et non mélodique« , « Mon génie est dans mes narines » de Nietzsche…
C’est dans ce corps catalyseur de sensations que se trouve une solution pour l’esprit : « Le salut vient du dedans, certainement pas du cosmos. » Certes, rien de nouveau sous le soleil, c’est le char de Platon. Mais Sollers ajoute : ôtez le carburant du char, privez le corps des sensations, et s’annonce une forme du néant : « S’ils ne savent plus lire, s’ils ne savent plus regarder, s’ils ne savent plus sentir, ou s’ils ne savent plus s’observer en train de sentir, leur force de résistance, de révolte ou de contestation s’amoindrit. » Alors « sortir du mélange », ordonné par « l’immondialisation », « tel est le but ». Non accessible à tous, les corps ne sont pas égaux : Sollers saute quelques années et se lance sur les gnostiques, qui distinguent trois types de corps : les hyliques, prisonniers de l’enveloppe, les psychiques, prisonniers du magma intérieur et les pneumatiques, à la fois souffle et esprit - peut-on trouver plus multiple et mouvant ?
Tout est lié au corps, toujours, et à la répercussion de ses sens. Le corps est beau (Morand), le corps est laid (Claudel comme un macaque), le corps est mort (tous), on n’en sort pas, sinon par le haut : corps et verbe sont en rapport. Exemple sollersien sur le piètre amant français allocutaire des Lettres d’amour de la religieuse portugaise : « Il ne sait pas lire, c’est-à-dire jouir en profondeur. » Fermez les yeux, imaginez un Lucchini articuler cela, et vous aurez compris ce que signifie Sollers. Ou Montaigne : « A peine ai-je jeté un coup d’œil sur lui [Plutarque] qu’une cuisse ou une aile m’ont poussé. » Ailé ou pas, Sollers voit tout voler : « Le langage tourne (…) les corps gravitent en lui en s’imaginant qu’il est dans leurs têtes. »
L’obsession du « corporé » chez Sollers est à placer en regard de sa perception du temporalisé. Se cantonner au corps biologique, c’est obéir au « programme technique« , qui vise à fabriquer des corps « pour qu’ils soient mesurés dans le temps qu’on va leur assigner« . Question de rentabilité, d’abord. Puis de remplaçabilité, au centre de La Possibilité d’une île, de Houellebecq. Appéter comme Nietzsche la brisure de la masse programmatique est une nécessité. Mais prudence, le gros animal social le fait payer très cher ; en l’occurrence, un dialogue fatal avec un quadrupède turinois. Là, des sourires peuvent s’esquisser, des sourds crier au charabia, des cyniques s’en ficher. Sollers s’en désole car il a raison : la question du corps est consubstantielle à notre époque : qui vise, en vrac, à en disposer (la rage pornographique), le broyer (la pulsion génocidaire), le corseter (le dressage familial), le dupliquer (le délire plagiaire).
Une solution pour s’extraire de la gangue : « Tout corps doit être montré dans un énorme continuum de temps. Il ne doit pas être réduit à ses conditions sociales et temporelles d’existence. » Sortez du corps social, et l’infini est à portée. Dépassez l’enveloppe, comme chez Nabokov, absent du Discours, dans Ada : « Si nos organes et nos orgitrons n’avaient pas été symétriques, nous aurions pu avoir une vision du Temps amphithéâtrale et parfaitement grandiose, comme ces montagnes aux contours hachés dans la nuit tout en loques entourant un hameau clignotant et satisfait. » En somme, le corps, c’est le temps. Et le vol du temps par l’individu est le meilleur antidote au viol du corps par le collectif.
Chez Sollers, le temps prescrit par le social est une hantise : « Le temps qu’on nous inflige n’est pas celui que je dis. » Quelle est l’année : 2010 grégorienne ou 122 nietzschéenne ? Où en sommes-nous avec le Temps ? Là où Gide avait mécaniquement sorti sa montre, Sollers trace des lignes : sur le papier et dans l’Histoire.
Il fait résonner la découverte des manuscrits de Nag Hammadi et celle de Lascaux - correspondances qui offrent des « éclaircies dans la texture même du temps« . Se penche sur la « collision de l’avenir et du passé » dans Zarathoustra. Qualifie Rousseau d' »inventeur d’instants« . Et convoque Heidegger : « Le dieu même est temps. »
Le télescopage du corps et du temps, rien que d’éminemment divin. La Crucifixion, la Résurrection, le ceci-est-mon-corps, le pour-les-siècles-des-siècles, tout cela, qu’on ne comprend plus, nourrit la métaphysique du Discours. Pour l’auteur d’Une Vie divine, la posture christique a d’ailleurs ses avantages : donner la bonne parole, se faire détester, se décorporer, se conjuguer à tous les temps. Sollers en messie ? Jésus, Friedrich et Philippe, même combat ? Pourquoi pas ? Rien n’indique que Sollers ne soit pas dieu : après le Crucifié, puis le Moustachu, le Girondin !
En tout cas, nous vivons un tremblement d’ère que les messies aiment à prévoir. Ce n’est pas très gai : « Ce changement d’ère (…) se montre sous la forme d’une tyrannie possible, impliquant que l’individu, voué au collectif, soit privé le plus possible de toutes ses ressources intimes. » : par la privation du corps - on l’a vu - et l’appauvrissement du « langage sous forme de publicité ou de pornographie« . Ou encore : « C’est l’avenir qui vous tracasse, un avenir bizarre, qui ne correspond plus au passé qui allait vers lui. »
L’époque déplaît à Sollers. Elle vidange les sensations pour plagier le corps, fixe son tempo. Elle verse dans l’annihilation totalisante. Le monde est un canard sans tête, un véhicule flou lancé à grande vitesse : « C’est comment qu’on freine ?« , paniquaient Gainsbourg et Bashung. Mais Sollers n’est pas un pessimiste. Le « Tout ça va mal finir » n’est pas son truc. Il ne fait pas dans la propagande eschatologique. Le rebond est à la portée de celui qui interpole le corps (couleurs, odeurs, saveurs, sons, textures), et le Temps (cycles, éclosions, retour de la vie, sexualité, amour), c’est complexe, mais cela tient en un paragraphe qui brandit le génie des correspondances : « J’essaie de voir, ou plutôt d’écouter et de respirer, le jardin où je suis. Après le printemps des pâquerettes, des giroflées, des roses, des mimosas et des lilas, c’est l’été des lavaters ( explosifs ), et puis de nouveaux des roses, des cannas, des géraniums, de la sauge (pointue et discrète), de la lavande (merveille des narines), des fleurs d’acacias blanches ou roses, des lilas d’Espagne, des roses trémières, du solanum, des lauriers rouges ou roses, des marguerites, des églantines, des bignonias, des althaeas. Un arbre mimosa est toujours là, les rosiers sont en train de revenir, rouges, blancs, roses, crème (bonjour Ronsard), des dizaines de papillons blancs flottent, se posent, butinent en même temps que les bourdons. Le verbe butiner (butin, lutiner) se profile en miel sur fond de néant. Un peu de musique ? Mais oui, Chérubin, dans Les Noces de Figaro, papillon d’amour, farfallone amoroso, Mozart lui-même avant qu’il devienne Don Juan. Et puis non, silence, ce silence-là, au bord de l’océan, un silence aux couleurs épanouies et vives. »
Bonne nouvelle, le messie Sollers vous aura prévenu : la phase de vulgarité actuelle, comme disait Baudelaire, est dépassable. Car joue, là-bas, inaudible pour beaucoup, illuminante pour peu, la basse continue de la renaissance. Paroles d’Evangile : avec La Guerre du goût, et Eloge de l’infini, cela fait trois. Le quatrième est tapi en Sollers, et attend comme L’Espoir malrucien chanté par Ferré : « Nous avons désormais quelque chose de nouveau à dire sur le temps. Et si nous avons quelque chose d’autre à dire sur le temps, il s’ensuit que l’histoire, loin d’être finie, s’ouvre au contraire de façon infinie, et que nous pouvons la considérer, la vivre ou la revivre au présent telle qu’elle n’a jamais été envisagée« , augurait-il déjà dans Eloge de l’infini.
Ces phrases parfaites sont publiées, accessibles. Gratuites, même. À lire les réactions hasardeuses, les réflexions plaquées, les approximations critiques à propos de Sollers, l’on est en droit de se demander : mais qui le lit vraiment ? Lui-même se pose la question sur Platon, Heidegger, Joyce, Mallarmé, Rimbaud. Un jour, au terme - espérons-le, a minima - de cent ans d’une curieuse solitude, Sollers ne sera plus, comme eux. Son corps aura fait son temps. Mais il aura eu raison, comme eux : son verbe raisonnera encore dans les corps des temps d’alors. Tout le reste est littérature.
Président de la Région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche est dans le colimateur de la police de la pensée.
Le Parti socialiste finira, peut-être, par discrètement passer l’éponge sur les dernières foucades de Georges Frêche[1. C’est peut-être déjà le cas à l’heure où vous lisez ces lignes.]. Et ce sera tant mieux. Non pas que les socialistes, soudain frappés par le sens du ridicule, se mordent les doigts d’avoir lancé une chasse à l’homme parce qu’un type connu pour sa grande gueule a employé une expression imagée de la langue française. Sans doute n’ont-ils pas imaginé qu’ils risquaient de faire grimper la popularité du coupable, lequel peut maintenant camper sur l’image flatteuse de celui qu’on cherche à faire taire.
[access capability= »lire_inedits »]À Solférino, on est peut-être prêt à perdre la région des petits copains pour sauver son âme, mais il semblerait que les socialo-fréchistes septimaniens se fichent du salut de Martine. De plus, la carte de France, a annoncé celle-ci, doit être rose. Si Frêche gagne sa région, après un délai de décence convenable, il sera sans doute admis de nouveau dans la famille[2. On ne saurait cependant exclure complètement que l’affaire ait été montée à la suite d’un accord de coulisses conclu entre Verts et socialistes sur la foi de sondages prometteurs.].
Quelle mouche me pique, vous demandez vous ? Pourquoi défendre un homme dont les pratiques politiques sont encore plus douteuses que les blagues ? Intimidation, chantage, mise à l’écart de ceux qui refusent la vassalisation, pharaonisme, autoritarisme parfois pimenté de violence physique : Frêche tient plus d’Ubu que de l’empereur romain auquel il aime être comparé. Comme l’observe François Miclo, « on peut lui reprocher beaucoup de choses. Et bien plus encore. Mais il est scandaleux de l’accuser d’antisémitisme, quand il parle simplement français et utilise l’un des plus anciens lieux communs de notre langue ». Si, dans une critique gastronomique, je qualifie un gâteau d' »étouffechrétien » et qu’il s’avère que le chef est juif, serai-je traînée au tribunal ?
Je ne suis pas certaine que Georges Frêche ait pensé à l’ascendance juive de Fabius quand il lui a envoyé dans les dents sa réponse du berger à la bergère. J’aggrave mon cas : quand bien même aurait-il fait un peu de provoc, le crime ne serait pas constitué. La jubilation que certains prennent à instruire du matin au soir des procès pour antisémitisme, racisme et autres phobies déplorables est déjà assez déplaisante. Au moins, que l’on examine les dossiers : celui-ci est vide. La police de la pensée, comme celle de Sarkozy, marche à la performance. Elle ne se contente pas de dénoncer les dérapages les moins contrôlés, elle fouille sous les tapis, inspecte les placards afin d’y dénicher des indices, cherche des fragments de racisme ou des soupçons d’antisémitisme comme d’autres recueillent des traces d’ADN. En exhumant, après plusieurs semaines, des propos de Frêche passés inaperçus dans le torrent médiatique, quelle cause sert-on, sinon celle du soupçon ?
Frêche, dira-t-on, a déjà un casier. Justement. C’est l’un des problèmes. De tous les propos qui lui ont valu la « une » des médias, les seuls véritablement scandaleux sont les insultes proférées à l’égard des harkis. Le bon sens commun fera vite les comptes : on ne peut plus rien dire sur rien, et sur les juifs encore moins. Ça me rappelle la blague soviétique dans laquelle des gens font la queue pour un arrivage de viande. Un responsable arrive et dit : « Pas assez de viande. Les juifs, dehors. » Un peu plus tard : « Pas assez de viande. Ceux qui ne sont pas membres du Parti, dehors. » Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il reste une dizaine de personnes auxquelles le responsable annonce qu’il n’y aura pas de viande du tout. Commentaire : « C’est toujours pareil, les juifs passent toujours avant les autres. »
Oublions cet argument d’opportunité. Le plus grave, c’est ce sentiment qui se répand qu’on ne peut plus rien dire, puisqu’on est lynché même quand on ne dit rien ou pas grand-chose. Dans ce domaine, il ne saurait y avoir d’échelle des délits et des peines : on est raciste ou on ne l’est pas. Toute pensée vaguement choquante, tout propos un tant soit peu sulfureux peut mener au pire. Sauf que c’est parfaitement faux. Dans la vraie vie, on fait des blagues innocentes. On peut même ressentir une vague antipathie pour un groupe que l’on trouve trop bruyant, vindicatif ou accusateur sans être raciste ou homophobe. Que l’on punisse l’incitation à la haine, très bien. Mais ceux qui montent sur leurs petits poneys dès qu’un mot leur déplaît nourrissent l’illusion qu’ils pourraient éradiquer les mauvaises pensées à coup d’interdictions morales et de sanctions pénales. Le monde aseptisé dans lequel le langage sera expurgé de toutes ses potentialités négatives sera peut-être meilleur. Mais on n’y rigolera pas.[/access]
Avec l’élection de Laura Chinchilla à la tête du Costa Rica, l’Amérique du Sud confirme la tendance : le continent est de plus en plus féministe. Avec Michelle Bachelet, Cristina Kirchner, Mireya Moscoso et Violetta Barrios de Chamorro, la nouvelle présidente costaricaine est la cinquième femme élue à une magistrature suprême. Pour être dans le coup, le président vénézuélien, Hugo Chavez, serait prêt à céder sa place aux prochaines élections à une femme : la pimpante Hugoliña Chavez.
Hugoliña Chavez, prochaine présidente du Vénézuela ?
Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.
Un article du Nouvel Observateur s’intéresse cette semaine à un phénomène relativement récent mais qui prend des proportions pour le moins inquiétantes : la phobie scolaire, qui toucherait 1 % des élèves en France. Au début, quand certains collègues m’avaient parlé du phénomène, j’avais souri. Mon vilain fond réac, mes vingt ans de ZEP, mon côté vieux con, adepte de la pédagogie du coup de pied au cul. « Arrête de me prendre pour une bille, si tu ne veux pas aller à l’école, c’est que tu tires ta flemme ou que tu n’as pas appris tes vers de Corneille ou ta leçon sur l’ablatif absolu et que tu as peur de te retrouver en retenue. » Mais voilà, il semblerait d’après le papier du Nouvel Obs, toujours confirmé par des témoignages de proches, qu’il s’agisse bel et bien d’une véritable souffrance, d’une pathologie douloureuse, assez semblable dans ses symptômes aux désordres du stress post-traumatique des soldats ayant connu l’épreuve du feu. Nausées, vomissements, cauchemars récurrents, crises de panique avec impression de mort imminente, voire tentatives de suicides, ce n’est pas compliqué, certaines gamines de 14 ans préfèreraient encore, même avec des menottes, aller en garde à vue que de partir en cours de maths.
Que se passe-t-il donc à l’école pour qu’elle soit devenue pour les plus fragiles un véritable enfer, que la simple idée d’y aller les rendent blêmes et suffocants ? Sont-ce les agressions ou la violence des cours de récréation due pour l’essentiel à la baisse tragique du nombre des professeurs dans les établissements remplacés par des équipes spéciales de sécurité (pour simplifier, des flics) ? D’après l’étude, il ne semblerait pas que ce ne soit le cas et cette pathologie de la « phobie scolaire » semblerait plutôt toucher des élèves d’établissements où il n’y a pas de problème de ce genre, des établissements où existe encore la mixité sociale.
Le Nouvel Obs, toujours dans son rôle de phare de la bien-pensance sociale-libérale, incrimine la pédagogie elle-même. Et de nous décrire des établissements où les élèves sont soumis à l’atroce pression des exigences professorales, au sadisme d’enseignants psychorigides qui veulent, les salauds, transmettre à la schlague d’inutiles rudiments d’histoire, de physique, de langues vivantes. Il faudrait donc repenser le système…
Oui, d’accord, mais je suis assez étonné tout de même. N’est-ce pas officiellement depuis 1989 que l’élève est au centre du système et que Meirieu, ce Danube de la pensée dopé aux amphets bourdivines a tout fait depuis trente ans pour discréditer les savoirs des dominants et a voulu transformer l’école en « lieu de vie » avec maison du lycéen, heures de vie de classe et tout le toutim ? Alors comment se fait-ce, me demandé-je, que nos chères têtes blondes, tout au moins pour une partie d’entre elles, aient l’impression lorsqu’elles se rendent en cours, de partir pour Bagdad hors zone verte plutôt que dans un temple du savoir où l’on apprendrait dans la joie et la sérénité, puisque n’est-ce pas, ils sont, répétons-le, au centre du système ?
Et de me souvenir d’un livre déjà ancien de quelques années qui s’intitulait La barbarie douce, la modernisation aveugle des écoles et de l’entreprise (La découverte) de Jean-Pierre Le Goff. La thèse de l’auteur était lumineuse : la barbarie douce, c’est « Je suis ton copain, moi le patron de start up, moi le prof iueffèmisé, puisque c’est la mode. Je te tutoie, je te passe la main dans le dos, on est tellement égaux, mon chéri. Le problème, c’est que je reste ton patron et que même en te tutoyant, quand il faut te virer, je te vire et que moi le prof tellement « sympa », quand le système me demande de t’évaluer et de t’orienter, eh bien je le fais. Tout ce que l’on t’a raconté, c’est des carabistouilles, maintenant tu passes ou tu passes pas, c’est comme ça ». Situation éminemment schizophrénique, on en conviendra.
Et voilà pourquoi le petit Louis vomit son Benco à 7 heures du matin. Et voilà pourquoi votre fille est muette.
Dans le Nouvel Obs, quelques pages plus loin, un article sur Meirieu, candidat d’Europe Ecologie. Avec une photo de Cohn-Bendit qui lui passe la main dans le dos.
C’est Mgr Fabius qui fut chargé de mener la Contre-Réforme en France. Ultra catholique, il élimina tout ce qu’il y avait de protestants à sa portée. [access capability= »lire_inedits »]Mais, emporté par sa fougue, il quitta le Vatican en 1723, déclarant : « Ils ne sont pas assez catholiques pour moi ! »
Anonyme, Mgr Fabius, 1710. Conservé dans le vestibule de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.
Ce n’est pas Guy Debord mais le quotidien Les Echos qui nous apprend la bien triste nouvelle : la société de spectacles que dirige André Rieu accuse en 2009 des pertes de plus de quatorze millions d’euros. Des dépenses somptuaires liées aux représentations du mæstro seraient à l’origine de cette situation, qui pousse l’entreprise à hypothéquer plusieurs immeubles ainsi qu’un Stradivarius de 1732. Le plus effrayant, dans cette histoire, c’est qu’André Rieu n’aura pas les moyens cette année de faire ce qu’il aurait dû depuis longtemps : prendre des cours de violon.
L’UMP avait essayé, sans succès, le lipdub, voilà qu’elle se met aux réseaux sociaux. Les créateurs de possibles : c’est le nom du réseau social maison. Il devait être le « facebook » umpiste. Un mois après son lancement, il ne dépasse pas les 7 000 connectés. Benjamin Lancar, le patron des jeunes UMP, se fâche : Le Parisien nous apprend ce matin qu’il vient d’envoyer un mail menaçant à ses responsables départementaux, leur intimant d’adhérer au réseau social sous peine d’exclusion. Bref, à l’UMP, être antisocial, c’est franchement antisocial !
Affaire Zemmour : Michèle Alliot-Marie écrit au Syndicat de la Magistrature.
On la croyait du genre chêne. On finit par se demander si MAM n’est pas plutôt faite sur le modèle roseau. En tout cas, Mme le Garde des Sceaux semble prête à ployer devant le Syndicat de la Magistrature. Fleuron du néogauchisme judiciaire, celui-ci n’avait pas apprécié de voir son idéologie et ses pratiques fortement mises en cause par Eric Zemmour lors de sa chronique matinale sur RTL le 26 janvier 2010. Comme son comparse majoritaire et plus droitier, l’USM – il s’en était ému auprès de la ministre. Dans un courrier adressé à la présidente du SM, Clarisse Taron, dont Causeur s’est, comme on dit, procuré la copie, Michelle Alliot-Marie se joint au chœur des magistrats pleureuses et précise qu’elle a fait part de son indignation au directeur de la rédaction de RTL, « en lui rappelant que la liberté de ton et d’analyse qui caractérisent ce journaliste ne pouvaient cependant pas conduire à tenir des propos d’une part dénués de fondement et d’autre part portant atteinte à l’honneur de magistrats qui ont rendu leurs décisions en stricte application de la loi ».
Tout cela n’a, dira-t-on, aucune importance. On imagine qu’à RTL, la lettre n’a guère dû émouvoir ses destinataires et qu’elle a fort normalement fini au panier. On dira aussi que MAM est autant dans son rôle aujourd’hui en défendant les juges qu’elle l’était hier en défendant les flics et avant-hier les militaires. Sauf qu’au-delà de ces histoires de boutique, on a l’impression que le Garde des Sceaux penche aujourd’hui du côté de ceux pour qui le pouvoir a toujours tort et qui réclament sans cesse plus de laxisme, en matière de délinquance comme de politique migratoire.
Rappelons que Zemmour pointait une certaine propension des juges de la liberté et de la détention à casser systématiquement les arrêtés d’expulsion pris par l’administration à l’encontre des étrangers en situation irrégulière, au nom des droits de la personne que le Léviathan mettrait en danger du seul fait de son existence de monstre froid, insensible à la souffrance des migrants.
On n’ouvrira pas ici le débat sur les contradictions des politiques de l’immigration et la complexité labyrinthique du droit des étrangers. Observons simplement que quoi qu’en disent les contempteurs de l’Etat sécuritaire et xénophobe, notre Etat de droit garantit aux étrangers frappés par un arrêté de reconduite à la frontière un véritable arsenal de recours. Qu’il soit permis ici de s’en réjouir et de trouver d’autant plus horripilante la posture d’indignation professionnelle arborée par certaines belles âmes appointées sur les ondes du service public qui peuvent dénoncer sans crainte d’embastillement, et cela en dépit du climat liberticide qui sévit depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, le néopétainisme de Besson et autres Brice Hortefeux.
En matière d’expulsions, il est difficile de nier les effets pervers de la politique du chiffre. Elle met sous pression les services policiers et administratifs concernés, d’où le nombre grandissant de procédures mal ficelées. Reste que Zemmour a raison quand il affirme que la ligne de conduite de certains juges résulte davantage d’un engagement idéologique que du simple respect tatillon du droit. Ce corporatisme de gauche consiste à se draper confortablement dans la vertueuse robe de juge, symbole de dignité et de discernement, pour pilonner l’Etat supposément subordonné aux caprices du pouvoir.
D’un côté le juge des libertés garant des droits subjectifs, de l’autre une administration préfectorale et des services de police coercitifs et insensibles aux drames humains, avec leur cortège de fonctionnaires zélés mettant en œuvre la traque, voire les rafles, des « sans-papiers » : ce raccourci caricatural tient lieu de toute pensée sur le sujet, depuis la pétition des cinéastes de 1996 et les manifs où de dérisoires protestataires n’hésitaient pas à porter des étoiles jaunes pour dénoncer la prétendue similitude entre l’Etat républicain et celui de Vichy.
N’en doutons pas, ce scénario qui oppose le juge garant des libertés individuelles et le policier qui serait leur fossoyeur est tout prêt à resservir dans le débat sur les gardes à vue. Or, la Garde des Sceaux milite pour une réforme qui convienne aux sirènes droit-de-l’hommistes qui, si elle est adoptée, ne pourra qu’entraver le travail de la police.
On notera que ces amoureux des libertés individuelles n’hésitent pas à demander à la Garde des Sceaux de prendre des sanctions contre le vilain petit mouton noir nommé Zemmour. Et que fait MAM ? Elle souscrit à leur effroi suscité par cette mise en cause, elle apporte son soutien aux magistrats blessés par une parole de citoyen libre. En un mot, elle pactise avec ceux qui représentent un obstacle évident à toute réforme de la procédure pénale, qui constitue pourtant l’objectif qui lui a été assigné par l’Elysée.
Quel contraste entre cette mollassonnerie et l’image martiale d’une garde des Sceaux venus remettre un peu de rigueur au sein d’une Chancellerie désorientée par les caprices de la très glamour Rachida ! Le gaullisme dont elle se réclame doit être, comme elle le dit, très rénové pour inspirer pareille flexibilité face à une organisation syndicale qui semble polariser le débat au sein du Ministère de la Justice. C’est un peu comme si le Président de la République devait demander à Henri Guaino de tenir compte des derniers commentaires d’Olivier Besancenot pour écrire un discours sur le partage de la valeur ajoutée.
Dans la même registre, MAM s’est lancée depuis quelques semaines dans une regrettable surenchère polémique à l’endroit de Brice Hortefeux Ministre de l’Intérieur qui paie sans doute ainsi le fait d’être un ami du Président et l’hôte de cette Place Beauvau qu’elle ne voulait pas quitter : un jour, telle une austère surveillante générale, elle lui dispense des conseils sur la manière d’éradiquer le hooliganisme, un autre elle fait état de son scepticisme quant à l’aggravation des sanctions pénales dans le cas de crimes contre des personnes âgées et vulnérables. Du reste Hortefeux l’a finement renvoyée dans ses cordes, en constatant avec regret le manque de sérieux de son cabinet puisque cette proposition avait été votée par la commission des lois à l’Assemblée nationale.
Comment faut-il comprendre cette souplesse face au gauchisme judiciaire et cette dureté face au sarkozysme ? L’explication est très éloignée des principes et plus proche des cuisines, aux senteurs électoralistes et politiciennes dans la droite ligne de la IVe. MAM entend être la seule à incarner la continuité d’un chiraquisme sans Chirac qui n’aurait pas basculé chez Villepin. De ce point de vue, il faut exhumer une séquence de sa biographie politique. Cela se passe à l’approche de l’élection présidentielle de 1995, quand MAM refuse de choisir entre le Premier Ministre de l’époque Edouard Balladur et celui qui fut son mentor politique Jacques Chirac. Il est vrai qu’elle est alors elle-même Ministre de la Jeunesse et des sports du gouvernement conduit par Edouard. Elle tentera alors de faire la passerelle entre balladuriens et chiraquiens. Cette neutralité lui vaudra de voir cette offre de pacification transversale consacrée par l’obtention d’un surnom éponyme.
Tacticienne et femme d’appareil, on ne saurait le lui contester. Mais ces qualités indiscutables ne sont pas les attributs d’une femme d’Etat. Et son style d’autorité un peu revêche masque une plasticité idéologique certaine comme l’a montré l’émouvant exercice de compassion auquel elle s’est livrée à l’endroit du Syndicat de la Magistrature. Faut-il s’attendre à une cogestion du Ministère de la Justice partagée avec le bien nommé SM, comme à l’Education Nationale avec la FSU. En tout cas, elle prend bien soin de ne pas effaroucher coteries et corporatismes surtout quand ils sont bienpensants donc de gauche. Mais peut-être que tout cela ne masque, finalement, qu’une absence de pensée et d’orientation.
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La lettre de Michèle Alliot-Marie au Syndicat de la Magistrature
« Paris, le 28 janvier 2010,
Madame la Présidente,
Vous avez attiré mon attention sur les propos tenus par M. Eric Zemmour sur la radiot RTL le 26 janvier 2010, en déconçant leur caractère outrancier et la mise en cause inacceptable de magistrats, en particulier à la suite des décisions rendues par des juges des libertés et de la détention ayant eu à connaître de la situation d’étrangers en situation irrégulière.
Comme vous, j’ai été choquée par cette mise en cause, et je tiens à exprimer mon soutien aux magistrats directement visés et plus largement à l’ensemble des magistrats qui ont pu légitimement être blessés par ces propos excessifs.
J’ai fait part au directeur de la rédaction de RTL de mon indignation à la suite de ces propos, en lui rappelant que la liberté de ton et d’analyse qui caractérisent ce journaliste ne pouvaient cependant pas conduire à tenir des propos d’une part dénués de fondement et d’autre part portant atteinte à l’honneur de magistrats qui ont rendu leurs décisions en stricte application de la loi.
Je vous prie de croire, Madame la Présidente, à l’assurance de ma considération distinguée. [et de mon souvenir fidèle et cordial]
« Une femme intelligente est une femme avec laquelle on peut être aussi bête que l’on veut » (Paul Valéry) : cet aphorisme semble avoir été écrit sur mesure pour Camille Laurens. Non pas un plaisir de pédérastes, comme l’a dit Baudelaire dans un mauvais jour (encore qu’on puisse le vérifier à un moment dans ce livre, je n’en dirai pas plus), mais un bonheur rare. Intelligente, elle l’est tellement, Laurens, et si fine, si peu pesante, si peu bas-bleu, qu’on lui pardonne tout. On lui pardonne l’autofiction, défaut français, on lui pardonne ses coquetteries (elle adore montrer qu’elle sait faire) on lui pardonne d’aimer un goujat inculte, un type sans intérêt, un pas-son-genre , en somme. Elle n’est pas la seule : la littérature regorge de précédents, dont Odette de Crécy pour Swann fut le type achevé.
[access capability= »lire_inedits »]Pas son genre, ou le genre qu’elle n’a pas : l’amour, si bien raconté avec Dans ces bras-là, c’est aller vers l’autre, terre inconnue, incompréhensible, sauvage. En fait de sauvagerie, la voilà servie, car en plus d’être grossier et cruel, le paparazzo dont elle tombe (tomber, le mot convient trop bien) si amoureuse, si « accro », est vraiment très loin d’elle : il n’a jamais lu un livre, et sa vie consiste à traquer julien Doré ou les minettes de la Star Ac entre deux chats sur Internet et rendez-vous SM.
Nostalgie de la boue ? Curiosité ? Fragilité (son éditeur vient de la congédier, suite à la polémique avec Marie Darrieussecq sur laquelle on ne reviendra pas) ? Quoi qu’il en soit, elle tombe, elle y va. Mais là où une Christine Angot se complairait platement à décrire sa souffrance avec haine de soi et ressentiment, Camille Laurens ne se contente pas de raconter. Prenant de la distance avec son moi, elle s’étonne et cherche à comprendre pourquoi elle sublime, et pourquoi elle accepte d’être maltraitée. Voilà l’amant devenu objet d’observation et replacé dans son contexte, celui de l’individu ultra-contemporain, vivant dans l’immédiat, les paillettes, le vide. Après avoir été claudélienne (Dans ces bras-là, pétri du Soulier de satin) puis moraliste (L’Amour, roman, placé sous le signe de La Rochefoucauld,) la voici stoïcienne : elle serre les dents, elle avance dans le brouillard et la douleur, mais elle observe. Amoureuse, et en même temps lucide, elle se dédouble : la partie rationnelle d’elle-même (surnommée Ruel) contredit, interroge, rabroue la partie qui s’égare. Il en résulte un cocktail étonnant de sentimentalisme et d’humour grinçant, d’indulgence et d’exaspération, d’abandon et de retenue, de passion et de raison : la conclusion du livre est, à cet égard, un modèle de lucidité. Jusqu’au jour où l’amour passe, et qu’elle peut enfin le raconter : le monde n’est-il pas fait pour aboutir à un livre ? On pourrait le lui reprocher. L’intelligence est donc bien inutile, c’est un peu triste et, en dépit de nos formidables conquêtes, nous n’avons guère progressé depuis Madame Bovary. Mais d’un bon écrivain, jamais dupe de lui-même, ne peut-on pas tout accepter ?
Comment écrire l’histoire de l’urss gorbatchévienne ?
Comment écrire l’histoire de l’urss gorbatchévienne ?
Un recueil de nouvelles est souvent le meilleur moyen d’entrer dans l’univers d’un écrivain, et il serait dommage que vous ratiez celui de Chuck Palahniuk, l’auteur américain le plus innovant de ces dernières années par sa manière de se placer au carrefour de la critique sociale, de la littérature fantastique, du roman noir, de l’épouvante mais aussi de la science-fiction ou de la poésie comme seul l’avait fait avant lui, peut-être, J.G. Ballard. Lire Palahniuk est une manière d’appréhender une Amérique qui vivait déjà, bien avant le 11-Septembre, comme si la fin du monde avait eu lieu. Une Amérique peuplée de freaks qui nous ressemblent pourtant comme des frères, qu’il s’agisse d’escort boys accompagnant des malades en phase terminale ou de fermiers américains rejouant Mad Max avec leur moissonneuses-batteuses.
[access capability= »lire_inedits »] »Téléphones roses, réunions de soutien aux malades, groupes d’aide aux victimes d’addiction… Autant d’écoles pour apprendre à construire des récits efficaces. À haute voix. Pour un public. Et pas simplement pour chercher des idées mais pour les mettre en scène.« , nous dit Palahniuk, surtout connu en France de manière indirecte par Fight Club, le film de David Fincher adapté d’un de ses romans, où l’on voyait un cadre moyen schizophrène, à travers un club secret voué à la baston, parvenir à faire s’effondrer le système financier mondial. Prophétique, vous avez dit prophétique ? Comme c’est prophétique…
Savez-vous qui sont les gopnikis ? C’est la caillera de l’URSS gorbatchévienne, quand celle-ci entre en plein effondrement historique, social et idéologique, au milieu des années 1980. On croyait tout connaître de l’horreur des banlieues mondialisée avec les ghettos de L.A. ou les favelas de Rio de Janeiro. C’est que l’on n’avait pas encore fait connaissance avec ces gamins de 13 ans de moyenne d’âge qui ne verront probablement pas le XXIe siècle. Né en 1972, Vladimir Kozlov appartient à leur génération. Il ne théorise pas l’implosion d’un système, ne commente pas et ne cherche pas le pathos. C’est un romancier hautement moral dans son genre. Il se contente, ce qui est la plus belle des exigences, de simplement rendre compte, dans une prose qu’on dirait brûlée par la bière Baltika n°9 ou le Samogon, l’alcool distillé maison, « gris et épais comme du sperme » pour assommer le spleen. Une prose qui boit la lumière et donne aux bastons avec les punks l’allure de combats de zombies. Même les étés au kolkhoze ont quelque chose de cendreux pour ces Racailles et les scènes d’école font davantage penser à l’antichambre de carnages programmés qu’à La Guerre des boutons. Quand on se souvient qu’il s’agissait là des années de la glasnost, c’est-à-dire de la transparence, on comprend toute l’ironie implicite de Kozlov, écrivain au cœur sombre mais à l’œil impitoyable.
Philippe sollers signe Discours parfait, chez Gallimard, un livre parfait.
Philippe sollers signe Discours parfait, chez Gallimard, un livre parfait.
On croit tout connaître de Philippe Sollers (1936-20–), surtout sa réputation considérable dans le domaine des médias. Ce fantasme collectif de connaissance d’objet sollersoïde et de son inscription dans la modernité sert le sujet que j’aborde : Discours parfait, dernier ouvrage du susnommé, manuel de survie au social bestial, haut lieu d’un télescopage entre le corps et le temps.
À leur propos, cela fait longtemps déjà que Sollers annonce la couleur : dans La Guerre du goût, il remarquait « qu’on ne s’intéressait pas assez au corps des écrivains« . Le Discours est clair sur le temps : « Il faut se plonger dans le passé, qui est l’avenir aussi, pour éviter la dévastation générale. » Ne dites pas que vous n’étiez pas au courant : Drame, Paradis, Les Voyageurs du temps, Eloge de l’infini avaient préparé le terrain - militaire. Car Sollers est en tenue de combat : la grenade du corps dans la main gauche, la goupille du temps dans la droite.
[access capability= »lire_inedits »]Que vient faire le corps dans le combat sollersien ? Impossible de mener la guerre sans un corps - d’armée si possible. Chez Sollers, il est chinois comme Sun Tze, eau et vent. C’est-à-dire ubiquitaire. Sollers est partout à la fois ; dans l’être d’Heidegger, dans la moustache de Nietzsche, dans une illumination de Rimbaud. Sollers mouvant, c’est l’une de ses tactiques de combat : être là où l’animal social ne l’attend pas.
C’est-à-dire qui s’adapte, épouse les formes, se coule. Laboratoire mobile à ressentir, où le docteur Sollers verse, étale, projette. Le corps comme une toile démultipliée, où tout vient s’écraser. Non pour y finir, mais pour se mêler, s’identifier, s’individualiser, se rassembler. C’est-à-dire multiple. On a l’impression que Sollers est plusieurs. Comme l’art baroque qui « veut dire tout en même temps. Le mouvement, la torsion, la spirale… Les cinq sens sont le plus possible en répercussion les uns par rapport aux autres« .
Ce corps est fait pour la sensation absolue, dût-il en souffrir : Shakespeare « fait semblant d’écrire, en réalité il respire » et « les flèches du rythme vibrent, criblent la scène, viennent vous frapper en plein cœur« . Sollers sent le corps de l’écrivain partout : il entend palpiter le cœur de Voltaire à la BNF. À propos du jeune Arouet, toujours, et des « individus » des Lumières : « C’est leur corps et leur système nerveux qui devraient nous intéresser. » Inventaire à la Sollers : la vésicule vaginale biliaire de L’Etoile des amants, la voix de Simone de Beauvoir qui « semblait vouloir nier sa belle image par une parole désaccordée et non mélodique« , « Mon génie est dans mes narines » de Nietzsche…
C’est dans ce corps catalyseur de sensations que se trouve une solution pour l’esprit : « Le salut vient du dedans, certainement pas du cosmos. » Certes, rien de nouveau sous le soleil, c’est le char de Platon. Mais Sollers ajoute : ôtez le carburant du char, privez le corps des sensations, et s’annonce une forme du néant : « S’ils ne savent plus lire, s’ils ne savent plus regarder, s’ils ne savent plus sentir, ou s’ils ne savent plus s’observer en train de sentir, leur force de résistance, de révolte ou de contestation s’amoindrit. » Alors « sortir du mélange », ordonné par « l’immondialisation », « tel est le but ». Non accessible à tous, les corps ne sont pas égaux : Sollers saute quelques années et se lance sur les gnostiques, qui distinguent trois types de corps : les hyliques, prisonniers de l’enveloppe, les psychiques, prisonniers du magma intérieur et les pneumatiques, à la fois souffle et esprit - peut-on trouver plus multiple et mouvant ?
Tout est lié au corps, toujours, et à la répercussion de ses sens. Le corps est beau (Morand), le corps est laid (Claudel comme un macaque), le corps est mort (tous), on n’en sort pas, sinon par le haut : corps et verbe sont en rapport. Exemple sollersien sur le piètre amant français allocutaire des Lettres d’amour de la religieuse portugaise : « Il ne sait pas lire, c’est-à-dire jouir en profondeur. » Fermez les yeux, imaginez un Lucchini articuler cela, et vous aurez compris ce que signifie Sollers. Ou Montaigne : « A peine ai-je jeté un coup d’œil sur lui [Plutarque] qu’une cuisse ou une aile m’ont poussé. » Ailé ou pas, Sollers voit tout voler : « Le langage tourne (…) les corps gravitent en lui en s’imaginant qu’il est dans leurs têtes. »
L’obsession du « corporé » chez Sollers est à placer en regard de sa perception du temporalisé. Se cantonner au corps biologique, c’est obéir au « programme technique« , qui vise à fabriquer des corps « pour qu’ils soient mesurés dans le temps qu’on va leur assigner« . Question de rentabilité, d’abord. Puis de remplaçabilité, au centre de La Possibilité d’une île, de Houellebecq. Appéter comme Nietzsche la brisure de la masse programmatique est une nécessité. Mais prudence, le gros animal social le fait payer très cher ; en l’occurrence, un dialogue fatal avec un quadrupède turinois. Là, des sourires peuvent s’esquisser, des sourds crier au charabia, des cyniques s’en ficher. Sollers s’en désole car il a raison : la question du corps est consubstantielle à notre époque : qui vise, en vrac, à en disposer (la rage pornographique), le broyer (la pulsion génocidaire), le corseter (le dressage familial), le dupliquer (le délire plagiaire).
Une solution pour s’extraire de la gangue : « Tout corps doit être montré dans un énorme continuum de temps. Il ne doit pas être réduit à ses conditions sociales et temporelles d’existence. » Sortez du corps social, et l’infini est à portée. Dépassez l’enveloppe, comme chez Nabokov, absent du Discours, dans Ada : « Si nos organes et nos orgitrons n’avaient pas été symétriques, nous aurions pu avoir une vision du Temps amphithéâtrale et parfaitement grandiose, comme ces montagnes aux contours hachés dans la nuit tout en loques entourant un hameau clignotant et satisfait. » En somme, le corps, c’est le temps. Et le vol du temps par l’individu est le meilleur antidote au viol du corps par le collectif.
Chez Sollers, le temps prescrit par le social est une hantise : « Le temps qu’on nous inflige n’est pas celui que je dis. » Quelle est l’année : 2010 grégorienne ou 122 nietzschéenne ? Où en sommes-nous avec le Temps ? Là où Gide avait mécaniquement sorti sa montre, Sollers trace des lignes : sur le papier et dans l’Histoire.
Il fait résonner la découverte des manuscrits de Nag Hammadi et celle de Lascaux - correspondances qui offrent des « éclaircies dans la texture même du temps« . Se penche sur la « collision de l’avenir et du passé » dans Zarathoustra. Qualifie Rousseau d' »inventeur d’instants« . Et convoque Heidegger : « Le dieu même est temps. »
Le télescopage du corps et du temps, rien que d’éminemment divin. La Crucifixion, la Résurrection, le ceci-est-mon-corps, le pour-les-siècles-des-siècles, tout cela, qu’on ne comprend plus, nourrit la métaphysique du Discours. Pour l’auteur d’Une Vie divine, la posture christique a d’ailleurs ses avantages : donner la bonne parole, se faire détester, se décorporer, se conjuguer à tous les temps. Sollers en messie ? Jésus, Friedrich et Philippe, même combat ? Pourquoi pas ? Rien n’indique que Sollers ne soit pas dieu : après le Crucifié, puis le Moustachu, le Girondin !
En tout cas, nous vivons un tremblement d’ère que les messies aiment à prévoir. Ce n’est pas très gai : « Ce changement d’ère (…) se montre sous la forme d’une tyrannie possible, impliquant que l’individu, voué au collectif, soit privé le plus possible de toutes ses ressources intimes. » : par la privation du corps - on l’a vu - et l’appauvrissement du « langage sous forme de publicité ou de pornographie« . Ou encore : « C’est l’avenir qui vous tracasse, un avenir bizarre, qui ne correspond plus au passé qui allait vers lui. »
L’époque déplaît à Sollers. Elle vidange les sensations pour plagier le corps, fixe son tempo. Elle verse dans l’annihilation totalisante. Le monde est un canard sans tête, un véhicule flou lancé à grande vitesse : « C’est comment qu’on freine ?« , paniquaient Gainsbourg et Bashung. Mais Sollers n’est pas un pessimiste. Le « Tout ça va mal finir » n’est pas son truc. Il ne fait pas dans la propagande eschatologique. Le rebond est à la portée de celui qui interpole le corps (couleurs, odeurs, saveurs, sons, textures), et le Temps (cycles, éclosions, retour de la vie, sexualité, amour), c’est complexe, mais cela tient en un paragraphe qui brandit le génie des correspondances : « J’essaie de voir, ou plutôt d’écouter et de respirer, le jardin où je suis. Après le printemps des pâquerettes, des giroflées, des roses, des mimosas et des lilas, c’est l’été des lavaters ( explosifs ), et puis de nouveaux des roses, des cannas, des géraniums, de la sauge (pointue et discrète), de la lavande (merveille des narines), des fleurs d’acacias blanches ou roses, des lilas d’Espagne, des roses trémières, du solanum, des lauriers rouges ou roses, des marguerites, des églantines, des bignonias, des althaeas. Un arbre mimosa est toujours là, les rosiers sont en train de revenir, rouges, blancs, roses, crème (bonjour Ronsard), des dizaines de papillons blancs flottent, se posent, butinent en même temps que les bourdons. Le verbe butiner (butin, lutiner) se profile en miel sur fond de néant. Un peu de musique ? Mais oui, Chérubin, dans Les Noces de Figaro, papillon d’amour, farfallone amoroso, Mozart lui-même avant qu’il devienne Don Juan. Et puis non, silence, ce silence-là, au bord de l’océan, un silence aux couleurs épanouies et vives. »
Bonne nouvelle, le messie Sollers vous aura prévenu : la phase de vulgarité actuelle, comme disait Baudelaire, est dépassable. Car joue, là-bas, inaudible pour beaucoup, illuminante pour peu, la basse continue de la renaissance. Paroles d’Evangile : avec La Guerre du goût, et Eloge de l’infini, cela fait trois. Le quatrième est tapi en Sollers, et attend comme L’Espoir malrucien chanté par Ferré : « Nous avons désormais quelque chose de nouveau à dire sur le temps. Et si nous avons quelque chose d’autre à dire sur le temps, il s’ensuit que l’histoire, loin d’être finie, s’ouvre au contraire de façon infinie, et que nous pouvons la considérer, la vivre ou la revivre au présent telle qu’elle n’a jamais été envisagée« , augurait-il déjà dans Eloge de l’infini.
Ces phrases parfaites sont publiées, accessibles. Gratuites, même. À lire les réactions hasardeuses, les réflexions plaquées, les approximations critiques à propos de Sollers, l’on est en droit de se demander : mais qui le lit vraiment ? Lui-même se pose la question sur Platon, Heidegger, Joyce, Mallarmé, Rimbaud. Un jour, au terme - espérons-le, a minima - de cent ans d’une curieuse solitude, Sollers ne sera plus, comme eux. Son corps aura fait son temps. Mais il aura eu raison, comme eux : son verbe raisonnera encore dans les corps des temps d’alors. Tout le reste est littérature.
Président de la Région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche est dans le colimateur de la police de la pensée.
Président de la Région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche est dans le colimateur de la police de la pensée.
Le Parti socialiste finira, peut-être, par discrètement passer l’éponge sur les dernières foucades de Georges Frêche[1. C’est peut-être déjà le cas à l’heure où vous lisez ces lignes.]. Et ce sera tant mieux. Non pas que les socialistes, soudain frappés par le sens du ridicule, se mordent les doigts d’avoir lancé une chasse à l’homme parce qu’un type connu pour sa grande gueule a employé une expression imagée de la langue française. Sans doute n’ont-ils pas imaginé qu’ils risquaient de faire grimper la popularité du coupable, lequel peut maintenant camper sur l’image flatteuse de celui qu’on cherche à faire taire.
[access capability= »lire_inedits »]À Solférino, on est peut-être prêt à perdre la région des petits copains pour sauver son âme, mais il semblerait que les socialo-fréchistes septimaniens se fichent du salut de Martine. De plus, la carte de France, a annoncé celle-ci, doit être rose. Si Frêche gagne sa région, après un délai de décence convenable, il sera sans doute admis de nouveau dans la famille[2. On ne saurait cependant exclure complètement que l’affaire ait été montée à la suite d’un accord de coulisses conclu entre Verts et socialistes sur la foi de sondages prometteurs.].
Quelle mouche me pique, vous demandez vous ? Pourquoi défendre un homme dont les pratiques politiques sont encore plus douteuses que les blagues ? Intimidation, chantage, mise à l’écart de ceux qui refusent la vassalisation, pharaonisme, autoritarisme parfois pimenté de violence physique : Frêche tient plus d’Ubu que de l’empereur romain auquel il aime être comparé. Comme l’observe François Miclo, « on peut lui reprocher beaucoup de choses. Et bien plus encore. Mais il est scandaleux de l’accuser d’antisémitisme, quand il parle simplement français et utilise l’un des plus anciens lieux communs de notre langue ». Si, dans une critique gastronomique, je qualifie un gâteau d' »étouffechrétien » et qu’il s’avère que le chef est juif, serai-je traînée au tribunal ?
Je ne suis pas certaine que Georges Frêche ait pensé à l’ascendance juive de Fabius quand il lui a envoyé dans les dents sa réponse du berger à la bergère. J’aggrave mon cas : quand bien même aurait-il fait un peu de provoc, le crime ne serait pas constitué. La jubilation que certains prennent à instruire du matin au soir des procès pour antisémitisme, racisme et autres phobies déplorables est déjà assez déplaisante. Au moins, que l’on examine les dossiers : celui-ci est vide. La police de la pensée, comme celle de Sarkozy, marche à la performance. Elle ne se contente pas de dénoncer les dérapages les moins contrôlés, elle fouille sous les tapis, inspecte les placards afin d’y dénicher des indices, cherche des fragments de racisme ou des soupçons d’antisémitisme comme d’autres recueillent des traces d’ADN. En exhumant, après plusieurs semaines, des propos de Frêche passés inaperçus dans le torrent médiatique, quelle cause sert-on, sinon celle du soupçon ?
Frêche, dira-t-on, a déjà un casier. Justement. C’est l’un des problèmes. De tous les propos qui lui ont valu la « une » des médias, les seuls véritablement scandaleux sont les insultes proférées à l’égard des harkis. Le bon sens commun fera vite les comptes : on ne peut plus rien dire sur rien, et sur les juifs encore moins. Ça me rappelle la blague soviétique dans laquelle des gens font la queue pour un arrivage de viande. Un responsable arrive et dit : « Pas assez de viande. Les juifs, dehors. » Un peu plus tard : « Pas assez de viande. Ceux qui ne sont pas membres du Parti, dehors. » Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il reste une dizaine de personnes auxquelles le responsable annonce qu’il n’y aura pas de viande du tout. Commentaire : « C’est toujours pareil, les juifs passent toujours avant les autres. »
Oublions cet argument d’opportunité. Le plus grave, c’est ce sentiment qui se répand qu’on ne peut plus rien dire, puisqu’on est lynché même quand on ne dit rien ou pas grand-chose. Dans ce domaine, il ne saurait y avoir d’échelle des délits et des peines : on est raciste ou on ne l’est pas. Toute pensée vaguement choquante, tout propos un tant soit peu sulfureux peut mener au pire. Sauf que c’est parfaitement faux. Dans la vraie vie, on fait des blagues innocentes. On peut même ressentir une vague antipathie pour un groupe que l’on trouve trop bruyant, vindicatif ou accusateur sans être raciste ou homophobe. Que l’on punisse l’incitation à la haine, très bien. Mais ceux qui montent sur leurs petits poneys dès qu’un mot leur déplaît nourrissent l’illusion qu’ils pourraient éradiquer les mauvaises pensées à coup d’interdictions morales et de sanctions pénales. Le monde aseptisé dans lequel le langage sera expurgé de toutes ses potentialités négatives sera peut-être meilleur. Mais on n’y rigolera pas.[/access]
Hugolina Chavez, prochaine présidente du Vénézuela ?
Avec l’élection de Laura Chinchilla à la tête du Costa Rica, l’Amérique du Sud confirme la tendance : le continent est de plus en plus féministe. Avec Michelle Bachelet, Cristina Kirchner, Mireya Moscoso et Violetta Barrios de Chamorro, la nouvelle présidente costaricaine est la cinquième femme élue à une magistrature suprême. Pour être dans le coup, le président vénézuélien, Hugo Chavez, serait prêt à céder sa place aux prochaines élections à une femme : la pimpante Hugoliña Chavez.
Hugoliña Chavez, prochaine présidente du Vénézuela ?
Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.
Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.
Un article du Nouvel Observateur s’intéresse cette semaine à un phénomène relativement récent mais qui prend des proportions pour le moins inquiétantes : la phobie scolaire, qui toucherait 1 % des élèves en France. Au début, quand certains collègues m’avaient parlé du phénomène, j’avais souri. Mon vilain fond réac, mes vingt ans de ZEP, mon côté vieux con, adepte de la pédagogie du coup de pied au cul. « Arrête de me prendre pour une bille, si tu ne veux pas aller à l’école, c’est que tu tires ta flemme ou que tu n’as pas appris tes vers de Corneille ou ta leçon sur l’ablatif absolu et que tu as peur de te retrouver en retenue. » Mais voilà, il semblerait d’après le papier du Nouvel Obs, toujours confirmé par des témoignages de proches, qu’il s’agisse bel et bien d’une véritable souffrance, d’une pathologie douloureuse, assez semblable dans ses symptômes aux désordres du stress post-traumatique des soldats ayant connu l’épreuve du feu. Nausées, vomissements, cauchemars récurrents, crises de panique avec impression de mort imminente, voire tentatives de suicides, ce n’est pas compliqué, certaines gamines de 14 ans préfèreraient encore, même avec des menottes, aller en garde à vue que de partir en cours de maths.
Que se passe-t-il donc à l’école pour qu’elle soit devenue pour les plus fragiles un véritable enfer, que la simple idée d’y aller les rendent blêmes et suffocants ? Sont-ce les agressions ou la violence des cours de récréation due pour l’essentiel à la baisse tragique du nombre des professeurs dans les établissements remplacés par des équipes spéciales de sécurité (pour simplifier, des flics) ? D’après l’étude, il ne semblerait pas que ce ne soit le cas et cette pathologie de la « phobie scolaire » semblerait plutôt toucher des élèves d’établissements où il n’y a pas de problème de ce genre, des établissements où existe encore la mixité sociale.
Le Nouvel Obs, toujours dans son rôle de phare de la bien-pensance sociale-libérale, incrimine la pédagogie elle-même. Et de nous décrire des établissements où les élèves sont soumis à l’atroce pression des exigences professorales, au sadisme d’enseignants psychorigides qui veulent, les salauds, transmettre à la schlague d’inutiles rudiments d’histoire, de physique, de langues vivantes. Il faudrait donc repenser le système…
Oui, d’accord, mais je suis assez étonné tout de même. N’est-ce pas officiellement depuis 1989 que l’élève est au centre du système et que Meirieu, ce Danube de la pensée dopé aux amphets bourdivines a tout fait depuis trente ans pour discréditer les savoirs des dominants et a voulu transformer l’école en « lieu de vie » avec maison du lycéen, heures de vie de classe et tout le toutim ? Alors comment se fait-ce, me demandé-je, que nos chères têtes blondes, tout au moins pour une partie d’entre elles, aient l’impression lorsqu’elles se rendent en cours, de partir pour Bagdad hors zone verte plutôt que dans un temple du savoir où l’on apprendrait dans la joie et la sérénité, puisque n’est-ce pas, ils sont, répétons-le, au centre du système ?
Et de me souvenir d’un livre déjà ancien de quelques années qui s’intitulait La barbarie douce, la modernisation aveugle des écoles et de l’entreprise (La découverte) de Jean-Pierre Le Goff. La thèse de l’auteur était lumineuse : la barbarie douce, c’est « Je suis ton copain, moi le patron de start up, moi le prof iueffèmisé, puisque c’est la mode. Je te tutoie, je te passe la main dans le dos, on est tellement égaux, mon chéri. Le problème, c’est que je reste ton patron et que même en te tutoyant, quand il faut te virer, je te vire et que moi le prof tellement « sympa », quand le système me demande de t’évaluer et de t’orienter, eh bien je le fais. Tout ce que l’on t’a raconté, c’est des carabistouilles, maintenant tu passes ou tu passes pas, c’est comme ça ». Situation éminemment schizophrénique, on en conviendra.
Et voilà pourquoi le petit Louis vomit son Benco à 7 heures du matin. Et voilà pourquoi votre fille est muette.
Dans le Nouvel Obs, quelques pages plus loin, un article sur Meirieu, candidat d’Europe Ecologie. Avec une photo de Cohn-Bendit qui lui passe la main dans le dos.
C’est Mgr Fabius qui fut chargé de mener la Contre-Réforme en France. Ultra catholique, il élimina tout ce qu’il y avait de protestants à sa portée. [access capability= »lire_inedits »]Mais, emporté par sa fougue, il quitta le Vatican en 1723, déclarant : « Ils ne sont pas assez catholiques pour moi ! »
Anonyme, Mgr Fabius, 1710. Conservé dans le vestibule de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.
Ce n’est pas Guy Debord mais le quotidien Les Echos qui nous apprend la bien triste nouvelle : la société de spectacles que dirige André Rieu accuse en 2009 des pertes de plus de quatorze millions d’euros. Des dépenses somptuaires liées aux représentations du mæstro seraient à l’origine de cette situation, qui pousse l’entreprise à hypothéquer plusieurs immeubles ainsi qu’un Stradivarius de 1732. Le plus effrayant, dans cette histoire, c’est qu’André Rieu n’aura pas les moyens cette année de faire ce qu’il aurait dû depuis longtemps : prendre des cours de violon.
L’UMP avait essayé, sans succès, le lipdub, voilà qu’elle se met aux réseaux sociaux. Les créateurs de possibles : c’est le nom du réseau social maison. Il devait être le « facebook » umpiste. Un mois après son lancement, il ne dépasse pas les 7 000 connectés. Benjamin Lancar, le patron des jeunes UMP, se fâche : Le Parisien nous apprend ce matin qu’il vient d’envoyer un mail menaçant à ses responsables départementaux, leur intimant d’adhérer au réseau social sous peine d’exclusion. Bref, à l’UMP, être antisocial, c’est franchement antisocial !
Affaire Zemmour : Michèle Alliot-Marie écrit au Syndicat de la Magistrature.
Affaire Zemmour : Michèle Alliot-Marie écrit au Syndicat de la Magistrature.
On la croyait du genre chêne. On finit par se demander si MAM n’est pas plutôt faite sur le modèle roseau. En tout cas, Mme le Garde des Sceaux semble prête à ployer devant le Syndicat de la Magistrature. Fleuron du néogauchisme judiciaire, celui-ci n’avait pas apprécié de voir son idéologie et ses pratiques fortement mises en cause par Eric Zemmour lors de sa chronique matinale sur RTL le 26 janvier 2010. Comme son comparse majoritaire et plus droitier, l’USM – il s’en était ému auprès de la ministre. Dans un courrier adressé à la présidente du SM, Clarisse Taron, dont Causeur s’est, comme on dit, procuré la copie, Michelle Alliot-Marie se joint au chœur des magistrats pleureuses et précise qu’elle a fait part de son indignation au directeur de la rédaction de RTL, « en lui rappelant que la liberté de ton et d’analyse qui caractérisent ce journaliste ne pouvaient cependant pas conduire à tenir des propos d’une part dénués de fondement et d’autre part portant atteinte à l’honneur de magistrats qui ont rendu leurs décisions en stricte application de la loi ».
Tout cela n’a, dira-t-on, aucune importance. On imagine qu’à RTL, la lettre n’a guère dû émouvoir ses destinataires et qu’elle a fort normalement fini au panier. On dira aussi que MAM est autant dans son rôle aujourd’hui en défendant les juges qu’elle l’était hier en défendant les flics et avant-hier les militaires. Sauf qu’au-delà de ces histoires de boutique, on a l’impression que le Garde des Sceaux penche aujourd’hui du côté de ceux pour qui le pouvoir a toujours tort et qui réclament sans cesse plus de laxisme, en matière de délinquance comme de politique migratoire.
Rappelons que Zemmour pointait une certaine propension des juges de la liberté et de la détention à casser systématiquement les arrêtés d’expulsion pris par l’administration à l’encontre des étrangers en situation irrégulière, au nom des droits de la personne que le Léviathan mettrait en danger du seul fait de son existence de monstre froid, insensible à la souffrance des migrants.
On n’ouvrira pas ici le débat sur les contradictions des politiques de l’immigration et la complexité labyrinthique du droit des étrangers. Observons simplement que quoi qu’en disent les contempteurs de l’Etat sécuritaire et xénophobe, notre Etat de droit garantit aux étrangers frappés par un arrêté de reconduite à la frontière un véritable arsenal de recours. Qu’il soit permis ici de s’en réjouir et de trouver d’autant plus horripilante la posture d’indignation professionnelle arborée par certaines belles âmes appointées sur les ondes du service public qui peuvent dénoncer sans crainte d’embastillement, et cela en dépit du climat liberticide qui sévit depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, le néopétainisme de Besson et autres Brice Hortefeux.
En matière d’expulsions, il est difficile de nier les effets pervers de la politique du chiffre. Elle met sous pression les services policiers et administratifs concernés, d’où le nombre grandissant de procédures mal ficelées. Reste que Zemmour a raison quand il affirme que la ligne de conduite de certains juges résulte davantage d’un engagement idéologique que du simple respect tatillon du droit. Ce corporatisme de gauche consiste à se draper confortablement dans la vertueuse robe de juge, symbole de dignité et de discernement, pour pilonner l’Etat supposément subordonné aux caprices du pouvoir.
D’un côté le juge des libertés garant des droits subjectifs, de l’autre une administration préfectorale et des services de police coercitifs et insensibles aux drames humains, avec leur cortège de fonctionnaires zélés mettant en œuvre la traque, voire les rafles, des « sans-papiers » : ce raccourci caricatural tient lieu de toute pensée sur le sujet, depuis la pétition des cinéastes de 1996 et les manifs où de dérisoires protestataires n’hésitaient pas à porter des étoiles jaunes pour dénoncer la prétendue similitude entre l’Etat républicain et celui de Vichy.
N’en doutons pas, ce scénario qui oppose le juge garant des libertés individuelles et le policier qui serait leur fossoyeur est tout prêt à resservir dans le débat sur les gardes à vue. Or, la Garde des Sceaux milite pour une réforme qui convienne aux sirènes droit-de-l’hommistes qui, si elle est adoptée, ne pourra qu’entraver le travail de la police.
On notera que ces amoureux des libertés individuelles n’hésitent pas à demander à la Garde des Sceaux de prendre des sanctions contre le vilain petit mouton noir nommé Zemmour. Et que fait MAM ? Elle souscrit à leur effroi suscité par cette mise en cause, elle apporte son soutien aux magistrats blessés par une parole de citoyen libre. En un mot, elle pactise avec ceux qui représentent un obstacle évident à toute réforme de la procédure pénale, qui constitue pourtant l’objectif qui lui a été assigné par l’Elysée.
Quel contraste entre cette mollassonnerie et l’image martiale d’une garde des Sceaux venus remettre un peu de rigueur au sein d’une Chancellerie désorientée par les caprices de la très glamour Rachida ! Le gaullisme dont elle se réclame doit être, comme elle le dit, très rénové pour inspirer pareille flexibilité face à une organisation syndicale qui semble polariser le débat au sein du Ministère de la Justice. C’est un peu comme si le Président de la République devait demander à Henri Guaino de tenir compte des derniers commentaires d’Olivier Besancenot pour écrire un discours sur le partage de la valeur ajoutée.
Dans la même registre, MAM s’est lancée depuis quelques semaines dans une regrettable surenchère polémique à l’endroit de Brice Hortefeux Ministre de l’Intérieur qui paie sans doute ainsi le fait d’être un ami du Président et l’hôte de cette Place Beauvau qu’elle ne voulait pas quitter : un jour, telle une austère surveillante générale, elle lui dispense des conseils sur la manière d’éradiquer le hooliganisme, un autre elle fait état de son scepticisme quant à l’aggravation des sanctions pénales dans le cas de crimes contre des personnes âgées et vulnérables. Du reste Hortefeux l’a finement renvoyée dans ses cordes, en constatant avec regret le manque de sérieux de son cabinet puisque cette proposition avait été votée par la commission des lois à l’Assemblée nationale.
Comment faut-il comprendre cette souplesse face au gauchisme judiciaire et cette dureté face au sarkozysme ? L’explication est très éloignée des principes et plus proche des cuisines, aux senteurs électoralistes et politiciennes dans la droite ligne de la IVe. MAM entend être la seule à incarner la continuité d’un chiraquisme sans Chirac qui n’aurait pas basculé chez Villepin. De ce point de vue, il faut exhumer une séquence de sa biographie politique. Cela se passe à l’approche de l’élection présidentielle de 1995, quand MAM refuse de choisir entre le Premier Ministre de l’époque Edouard Balladur et celui qui fut son mentor politique Jacques Chirac. Il est vrai qu’elle est alors elle-même Ministre de la Jeunesse et des sports du gouvernement conduit par Edouard. Elle tentera alors de faire la passerelle entre balladuriens et chiraquiens. Cette neutralité lui vaudra de voir cette offre de pacification transversale consacrée par l’obtention d’un surnom éponyme.
Tacticienne et femme d’appareil, on ne saurait le lui contester. Mais ces qualités indiscutables ne sont pas les attributs d’une femme d’Etat. Et son style d’autorité un peu revêche masque une plasticité idéologique certaine comme l’a montré l’émouvant exercice de compassion auquel elle s’est livrée à l’endroit du Syndicat de la Magistrature. Faut-il s’attendre à une cogestion du Ministère de la Justice partagée avec le bien nommé SM, comme à l’Education Nationale avec la FSU. En tout cas, elle prend bien soin de ne pas effaroucher coteries et corporatismes surtout quand ils sont bienpensants donc de gauche. Mais peut-être que tout cela ne masque, finalement, qu’une absence de pensée et d’orientation.
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La lettre de Michèle Alliot-Marie au Syndicat de la Magistrature
« Paris, le 28 janvier 2010,
Madame la Présidente,
Vous avez attiré mon attention sur les propos tenus par M. Eric Zemmour sur la radiot RTL le 26 janvier 2010, en déconçant leur caractère outrancier et la mise en cause inacceptable de magistrats, en particulier à la suite des décisions rendues par des juges des libertés et de la détention ayant eu à connaître de la situation d’étrangers en situation irrégulière.
Comme vous, j’ai été choquée par cette mise en cause, et je tiens à exprimer mon soutien aux magistrats directement visés et plus largement à l’ensemble des magistrats qui ont pu légitimement être blessés par ces propos excessifs.
J’ai fait part au directeur de la rédaction de RTL de mon indignation à la suite de ces propos, en lui rappelant que la liberté de ton et d’analyse qui caractérisent ce journaliste ne pouvaient cependant pas conduire à tenir des propos d’une part dénués de fondement et d’autre part portant atteinte à l’honneur de magistrats qui ont rendu leurs décisions en stricte application de la loi.
Je vous prie de croire, Madame la Présidente, à l’assurance de ma considération distinguée. [et de mon souvenir fidèle et cordial]